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lundi 6 juillet 2026

Point d'histoire

1776: La Révolution américaine: le vrai sens

                       Une auto célébration pour le Super-Président narcissique, qui n'en loupe pas une, malgré une morosité ambiante. Une "modestie" remarquée, Trump déclarant que  son pays était « le chef-d’œuvre de l’histoire de l’humanité ».   Rien que ça!     Dans le droit fil de l'exceptionnalisme américain...                                               Ce fut un élément fondateur, c'est sûr, qui eut des répercussions sur l'histoire du monde. Un processus qui ne se ramène pas à quelques idées simples, mais un tournant fondateur. La France y tint un rôle majeur.                                                              Une réalité historique plus complexe que les mythes habituellement véhiculés. Des esclaves noirs en furent des acteurs. Une élite coloniale surtout a su en tirer profit.

           "...Le paradoxe est immense. En 1783, lorsque le traité de Paris reconnaît l’indépendance des Etats-Unis, l’esclavage est maintenu dans les anciennes colonies britanniques devenues Etats-Unis d’Amérique. Des centaines de milliers d’hommes et de femmes restent dans la servitude. Il faudra attendre la guerre de Sécession [1861-1865] et le 13e amendement [à la Constitution des Etats-Unis], en 1865, pour que l’esclavage soit juridiquement aboli sur l’ensemble du territoire américain. Ainsi, certains esclaves noirs auront contribué à l’indépendance d’un pays qui continuera à maintenir en esclavage des millions de personnes pendant plus de quatre-vingts ans..."    

_[Lire un échantillon gratuit] _

                                                                                                                                __        ____ Le grand Tocquevillle, fin connaisseur de la nouvelle Amérique, faisait part plus tard de ses réserves "...Tocqueville était accablé par l’évolution des États-Unis après les années 1850. Il voyait très bien l’émergence d’une classe politique violente, conséquence de ce qu’il appelle la « plaie inguérissable » de l’esclavage, et l’afflux d’immigrants européens qui n’avaient pas reçu la longue éducation à la liberté acquise au fil des générations le préoccupait. J’aime beaucoup quand il dit que l’Amérique, c’est le « puer robustus » de Hobbes. L’enfant robuste ?Oui, le puer robustus chez Hobbes a la force d’un adulte avec la raison d’un enfant. C’est une puissance qui croît plus vite que la sagesse. Ce n’est pas une mauvaise description du président américain actuel… Tocqueville gardait pourtant, quoiqu’il ait un véritable optimisme quant à l’avenir des États-Unis, un optimisme que les Américains d’aujourd’hui ne partagent plus : beaucoup doutent, d’après les dernières enquêtes, de la survie même de leur modèle. ..."

          _____ Le résultat, selon la journaliste Judith Levine, qui s’exprime dans le Guardian, est une commémoration marquée par « une mixture d’égocentrisme trumpien, de populisme Maga [« Make America Great Again »] et de nationalisme chrétien ». Plus que jamais, une mythologie qui attribue la naissance de la République états-unienne à des hommes blancs supérieurs et guidés par Dieu est propagée. Pour Mediapart, Carine Lounissi revient sur l’identité et les motivations des groupes sociaux qui ont été partie prenante de la dynamique révolutionnaire de 1776. Maîtresse de conférences à l’université de Rouen-Normandie, elle a codirigé La Révolution américaine et la naissance des États-Unis (Armand Colin), paru cette année. ...   Institutionnellement, la République pensée par James Madison est clairement en faveur des élites, laissant de côté les éléments les plus populaires des États-Unis. Son caractère insuffisamment démocratique a d’ailleurs été pointé par une coalition assez hétérogène : à la fois des milieux « antifédéralistes » issus de l’État de Pennsylvanie (lequel avait été assez avancé pour permettre le vote de la plupart des hommes blancs avec un mécanisme censitaire limité) et des aristocrates esclavagistes qui craignaient la restriction de leur commerce par un pouvoir central et vantaient l’autonomie des États et la démocratie locale.                                      Quels ont été les perdants de la révolution ? Ou du moins les groupes laissés de côté, malgré l’universalisme théorique des idéaux proclamés dans la Déclaration d’indépendance ? ...Les perdants sont d’abord les loyalistes, c’est-à-dire les partisans de la couronne britannique, qui s’opposaient aux patriotes, partisans de l’indépendance. Parmi les premiers, on compte des Blancs et des esclavagistes qui préfèrent rester britanniques et partir dans d’autres espaces coloniaux ou vers la Grande-Bretagne.                            __    Mais une majorité de Noirs américains ont aussi choisi ce camp, car les Britanniques leur promettaient la liberté – aucunement par humanité, mais bien dans le cadre d’une stratégie de guerre. La très grande majorité des autochtones ont également choisi le camp britannique. À la suite de la proclamation de 1763 qui fermait l’accès à l’ouest des Appalaches, ils estimaient en effet que la Grande-Bretagne était le plus à même de défendre leur souveraineté.    En 1783, quand les Britanniques ont reconnu l’indépendance, le Congrès a considéré que les autochtones avaient perdu la guerre et que cela légitimait une accélération de la politique d’expansion coloniale et de spoliation systématique de leurs terres. Celles-ci étaient considérées comme un tribut de guerre. Et on l’a dit, l’esclavage a été maintenu dans les États qui n’y avaient pas déjà renoncé...." _____    


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mercredi 6 mai 2026

Paysannerie d'aujourd'hui

Sous le signe de la violence

       France5 a eu l'occasion de rediffuser un excellent documentaire, tiré du livre de   Nicolas Legendre  (Prix Albert Londres) sur le vie méconnue de beaucoup d'"exploitants" agricoles (c'est l'expression d'aujourd'hui) et leurs difficultés à assumer le travail et la vie qui sont les leurs dans les conditions actuelles que leur imposent souvent une grande solitude dans le marché dans lequel ils doivent s'insérer, dans certaines régions plus que d'autres, dont on ne retient généralement que quelques faits divers.   Certes, le monde agricole et les modes de production restent encore d'une grande diversité, selon les lieux, la qualité des terres, et dans une certaine mesure, les traditions. L'agriculture biologique, elle, constitue une sphère à part, malgré les difficultés de s'imposer  contre la logique productiviste en vigueur.


                                                                                      Un système qui a muté dans les années 70, contraint de s'insérer dans un agrobusiness, devenu souvent pervers, qui a changé radicalement le mode de production et les rapports au travail, le lien à la terre. L'agro industrie est devenu la norme dans les régions qui s'y prête au mieux. Ce que a pu appeler la fin des paysans. Plus qu'un malaise                                                                                                                                           Une "fuite en avant productiviste, faite de surendettement, de tentatives de suicide. Mais aussi, des violences entre paysans, avec la guerre des terres.                                                                                " ...Depuis soixante-quinze ans, le productivisme agricole épuise les terres et les hommes, jusqu’à en mourir. Ce n’est plus un secret pour personne. Mais quelque chose semble avoir bougé dans l’état des lieux terrifiant que dresse Nicolas Legendre, qui s’est associé avec la cinéaste Magali Serre pour cette première réalisation. Prix Albert Londres en 2023 pour son livre enquête Silence dans les champs (Arthaud) où il déshabille le complexe agro-industriel à l’œuvre en Bretagne, ce fils de paysan persiste et signe, avec ce documentaire, en élargissant la focale à la France entière. « Au fil de dix années, retrace le journaliste, j’ai recueilli les témoignages anonymes d’agriculteurs, d’éleveurs, de décideurs du monde agricole. Mais aujourd’hui, devant le désastre écologique et humain, la parole se libère. »  Les témoignages, désormais assumés, sont stupéfiants. Chaque année, des milliers d’agriculteurs jettent l’éponge pour sauver leur peau. La violence est partout. « La violence et même la misère, expliquent Vanessa Péan et son mari, qui ont lâché leur ferme en Mayenne après quatorze ans d’activité. Dans le travail, les pressions, le regard des autres. On la ressentait, mais on ne s’avouait pas cette violence au quotidien. C’est maintenant qu’on a arrêté qu’on s’en rend compte, parce qu’on est libérés. Et on se dit c’est de l’esclavage... »

                              Détresse matérielle d'un côté, vu des revenus souvent très insuffisants. Détresse psychologique du fait des injonctions contradictoires qui sont au coeur d'entreprises d'un nouveau genre.     _______         


vendredi 13 juin 2025

USA: les craintes

 Après stupeur et tremblements

          Le chaos et les contradictions engendrées par  Demolition Man laissent toujours songeur et inquiet, tant au niveau international qu'intérieur. A l'heure où des troubles se manifestent à la Cité des Anges, des clivages apparaissent de plus en plus, qui font redouter des affrontements de plus en plus répétés et violents. La stratégie de la tension et des clivages forts, volontairement instaurés par la Maison Blanche, risque de mener le pays, que l'on sait fragile, malgré sa façade de super-puissance, à des dérives portant en elles des risques de scission. Ce ne serait pas la première fois. La  guerre civile si meurtrière   n'est pas si lointaine (*)   

      Le pays est miné de l'intérieur, une succession de chaos pouvant entraîner l'irréparable. C'est en tout cas une crainte partagée.  Le pire serait-il à venir?   L'écrivain Douglas Kennedy souligne les fragilités de son pays, connaissant les principaux rapports de force qui le traversent. Une résistance civile forte et durable peut-être un déclencheur de conflits plus ouverts...L'empire peut-il empirer? Le débat migratoire  s'envenime. Le souvenir de la prise du Capitole hante encore les esprits...



                          
                                            (*)       "  C'est une question que l'actualité vient de ranimer et qui n'est pas nouvelle en réalité. Car les USA plus qu'aucune autre nation sont une construction essentiellement artificielle. Si la guerre d'indépendance, qui a coûté à la France sa monarchie au passage, sert souvent de référence historique. La réalité c'est que les USA n'ont qu'une histoire assez faible et sans réelle contrainte extérieure. Là où les nations de l'Ancien Monde partagent toutes une histoire difficile, longue et souvent assez sanglante ayant participé à la construction du collectif national. Les USA n'ont rien de ce genre. L'unité nationale est donc assez fragile, même si les Américains peuvent montrer leur drapeau en permanence. Et cette fragilité ressort de temps en temps lorsque des troubles arrivent. Les USA ont d'ailleurs déjà été confrontés à un risque d'implosion avec l'affrontement nord-sud comme vous le savez, qui officiellement concernait le statut de l'esclavage des populations noires, mais qui en réalité avec comme fond la question du libre-échange et du protectionnisme. Et oui l'histoire a tendance à bégayer parfois.

 

L'affrontement actuel entre le mouvement Trumpiste et les globalistes qui a comme fond la question du rapport commercial avec le reste du monde était déjà au cœur de la guerre de Sécession. À l'époque le nord voulait des droits de douane pour se protéger de la concurrence anglaise alors au fait de sa puissance et de son avance technologique. Les industriels US n'étaient pas capables de concurrencer les Anglais. Les états du sud par contre étaient essentiellement agraires, et grâce à l'esclavage et à leur sol très riche, ils n'avaient pas besoin de protection pour être compétitifs et exporter vers la Grande-Bretagne et le reste de l'Europe. Dans leur cas le libre-échange était bien plus avantageux que de risquer des quotas ou des droits de douane anglais. La question de l'esclavage n'a été en réalité qu'un outil aux mains des intérêts du nord. On rappellera que les droits de noirs seront limités jusqu'aux années 1960 et que Abraham Lincoln, le grand président américain, créa le Libéria pour se débarrasser des noirs qu'il venait de libérer de l'esclavage. On repassera sur l'intérêt qu'il portait réellement au droit des populations issues d'Afrique. D'ailleurs pour la petite histoire les populations américaines noires reproduiront au Liberia le même système dont elles ont elles-mêmes été victimes, mais avec les populations locales. C'est assez triste de voir que l'humanité arrive à produire ce genre de catastrophe mimétique. On pourrait penser ici un peu à Israël, mais c'est un autre débat.

 

Quoiqu'il en soit on voit bien que la coupure actuelle n'a rien de nouveau, même si les acteurs sont différents et la situation beaucoup plus compliquée pour les USA. Le commerce extérieur est au cœur de l'affrontement entre ce que l'on pourrait nommer les deux Amériques. L'Amérique globaliste qui vit de ses rentes financières et technologiques, une Amérique qui a besoin de main-d'œuvre pas chère pour ses petits services et qui veut donc toujours plus d'immigrés puisque les Américains de base ne font plus assez d'enfants depuis les années 70. On rappelle que les WASPS qui furent extrêmement dynamiques sur le plan démographique connaissent une natalité à l'européenne depuis le milieu des années 70 avec environ 1,7 enfant par femme. La dynamique démographique US depuis les années 80 vient essentiellement de l'immigration latino et particulièrement mexicaine. C'est la composante qui va justement complexifier le conflit actuel et qui justement pose la question à terme de la survie de l'entité USA..."  _________________

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vendredi 9 mai 2025

L' autre 8 Mai 1945

L'événement occulté [ Bis repetita ]

       Un massacre colonial

 8 Mai 1945: SETIF     (Elements pour une analyse)

                               Que s'est-il passé, loin de Paris, mais en France tout de même Un autre 8 Mai, dont on parle peu. Un événement longtemps passé sous silence.
   Silence et manipulations de l'information.
-17000 morts algériens selon les sources américaines
        Un événement encore à décrypter.
La commission d'enquête fut annulée. De Gaulle savait.
       Une Algérie sans "ciment réel", sur fond d'antagonismes anciens issus du fait colonial, Ce fut le vrai début de la guerre d'Algérie.
              "  Le 19 avril 2015, le secrétaire d’État Jean-Marc Todeschini s'est rendu à Sétif, à 300 km à l’est d’Alger, pour rendre hommage aux victimes des massacres du 8 mai 1945 en Algérie. C'était la première fois qu'un représentant du gouvernement français venait commémorer ces tueries considérées comme le véritable premier acte de la guerre d’Algérie
Le documentaire de Mehdi Lallaoui et Bernard Langlois (55 minutes fortes d'images d'archives et de témoins retrouvés) raconte ces jours où, alors que l'Europe se libère de l'horreur, en Afrique du Nord les peuples colonisés, acteurs de la Libération espérant leur émancipation, vont connaître les massacres et la torture. Ce 8 mai 1945, à Sétif, un policier tire sur Bouzid Saâl, jeune scout musulman tenant un drapeau de l'Algérie et le tue, ce qui déclenche une émeute meurtrière des manifestants, avant que l'armée n'intervienne, suivie par les milices des colons.
Moins connus, les massacres de Guelma se déroulent dans les jours suivant la révolte de Sétif. Exécutions sommaires, massacres de civils, maisons incendiées, hameaux bombardés : dans ce documentaire de 15 minutes, les témoins se souviennent.
         Les massacres de Sétif, qui se déroulèrent entre le 8 mai et la fin juin 1945, est un terme générique qui couvre en réalité des tueries sommaires qui eurent lieu dans une grande partie du Constantinois. L’interruption brutale des cortèges populaires (à Sétif et Guelma, la police tira sur la foule), initiés par les nationalistes algériens voulant fêter la victoire sur l’Allemagne nazie et rappeler les promesses d’émancipation, fut le déclencheur des émeutes. Elles firent 103 morts chez les Européens. La répression aveugle contre la population algérienne fut terrible. Il y a 20 ans, je réalisais pour la chaîne Arte et avec la complicité de mon ami Bernard Langlois Les Massacres de Sétif, un certain 8 mai 1945. Parallèlement, « Au Nom de la Mémoire » publiait un livre de référence sur ces événements : Chronique d’un massacre. 8 mai 1945, Sétif, Guelma, Kherrata de Boucif Mekhaled...
               Les massacres de Sétif, Guelma, Kherrata commencèrent à être évoqués publiquement par les représentants de l’État français il y a une dizaine d’années seulement. En effet, il a fallu attendre soixante ans pour que l’ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, parle à propos des massacres perpétrés par la France en mai juin 1945 de « tragédie inexcusable ». Quant à Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, il déclarait trois mois plus tard: « Il est essentiel pour construire un avenir commun que nous arrivions à examiner ensemble le passé afin d’en surmonter les pages les plus douloureuses pour nos deux peuples. Cela suppose d’encourager la recherche des historiens, de part et d’autre, qui doivent travailler ensemble, sereinement, sur ce passé mutuel. »
    Le président de la République François Hollande alla beaucoup plus loin. Devant les deux chambres du Parlement algérien, il déclara en 2012, lors de son premier déplacement en Algérie : « Pendant 132 ans, l'Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal (…) et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. Parmi ces souffrances, il y a eu les massacres de Sétif, de Guelma, de Kherrata, qui, je sais, demeurent ancrés dans la mémoire et dans la conscience des Algériens, mais aussi des Français. Parce qu’à Sétif, le 8 mai 1945, le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles. »...
   Le déplacement à Sétif et l’hommage aux victimes du secrétaire d’État Jean-Marc Todeschini le 19 avril sont certes à saluer, mais n’apporteront rien de nouveau. Nommer le crime sans le caractériser, sans l’identifier comme crime contre l’humanité, c’est ne faire que la moitié du chemin.
Car au-delà des phrases et des tournures « les pages douloureuses », « les drames inexcusables », « le système injuste et brutal », de quoi parle-t-on ? Nous évoquons des massacres de populations civiles par les autorités militaires et les milices coloniales dont les estimations vont de 9 000 à 35 000 morts. Nous évoquons l’utilisation de l’avion et de la marine de guerre pour réduire à néant des dizaines de villages soi-disant insurgés. Nous évoquons les jugements sommaires et les exécutions du même ordre de centaines de civils désarmés. Nous évoquons des tortures, des disparitions forcées de personnes, et des emprisonnements dont certains prendront fin au jour de l’indépendance, en juillet 1962.
    Sétif 1945 est indéniablement un crime contre l’humanité selon les définitions de la Cour pénale internationale : « Les crimes contre l’humanité incluent des actes commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque. La liste de ces actes recouvre, entre autres, les pratiques suivantes : meurtre, extermination, réduction en esclavage, déportation ou transfert forcés de population, emprisonnement, torture (…). Persécution d’un groupe identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste (…). »
     Depuis des années, les demandes de reconnaissance solennelle et officielle en France des crimes de 1945 sont restées vaines, malgré le rappel chaque année par les associations de cette exigence de justice. Cette exigence morale qui impose de mettre des mots sur les exactions commises au nom de la République en Algérie, il y a 70 ans. Ces reconnaissances qui permettent l’apaisement, la justice et la transmission de notre histoire commune ont été possibles par la voix du président Jacques Chirac7 pour ce qui concerne la responsabilité de la France dans la rafle du « Vél' d’hiv' » de juillet 1942. Elles ont été possibles par la voix de l’actuel président de la République dans la reconnaissance des crimes du 17 octobre 1961..." ____________________

dimanche 30 mars 2025

Petit billet du dimanche

__ Flirt

__ PFAS >>                           

__ Dialogue

__ Incertitudes

__ Esclavage

__ L'affaire

__ Séisme

__ Intimidation

__ Désillusion?

__ Cancers

__ Coupable

__ Other Land

__ Flexibilité

__ Pommes ou pas?

__ Du  côté d'Alep

__ L'ami Wittkoff

__ Déréglements climatiques

__ Technique et religion

__ Hommes et femmes

__ Renoncement écologique  _______________________

lundi 17 mars 2025

Négationnisme colonial

 Ignorance et déni

              L'effet Apatnie n'a pas fini de faire des remous dans la sphère  médiatique française, alors que se tendent comme rarement les relations diplomatiques entre l'Algérie  et la France et que l'instrumentalisation de l'immigration  se donne libre cours.                                                                           Une histoire compliquée__L'évocation de certains  crimes coloniaux reviennent en surface de manière polémique, révélatrice des tensions politiques internes du moment. L'évocation publique du comportement de certains dirigeants français en Algérie, pour ne parler que d'elle, sont pourtant bien documentés. De Bugeaud à Bigeard, la vie des populations françaises/algériennes ne fut pas un modèle de vie communautaire, malgré les discours officiels. Des "anciens'  d'Afn ont gardé quelques souvenirs traumatisants.   


                                                  Il serait temps de regarder enfin en face cette histoire commune:                                                                            

Aimé                 " Aimé Césaire a déjà tout dit. C’est dans son Discours sur le colonialisme, initialement paru en 1950, puis en 1955 dans une version revue et augmentée.  « Où veux-je en venir ?, écrit-il. À cette idée : que nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation – donc la force – est déjà une civilisation malade, une civilisation mortellement atteinte, qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler, je veux dire son châtiment. Colonisation : tête de pont dans une civilisation de la barbarie d’où, à n’importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation. »     L’aventure coloniale française a commencé en 1635 avec la prise de possession de la Guadeloupe et de la Martinique, deux îles des Caraïbes. Aimé Césaire est né dans le nord de cette dernière, à Basse-Pointe, en 1913. Cet immense poète en fut sans interruption le député durant près d’un demi-siècle (1945-1993) et le maire de sa capitale, Fort-de-France, durant cinquante-six ans (1945-2001). En 2011, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, un hommage national lui a été rendu par la pose d’une plaque à son nom au Panthéon, louant cet « inlassable artisan de la décolonisation ».            C’est donc depuis le chaudron initial de la colonisation, depuis ces Antilles où un crime contre l’humanité, l’esclavage des Africains déportés, fera la richesse des colons et de la France, que Césaire énonce une vérité historique qui semble devenue aujourd’hui inaudible. Le (re)lire, c’est prendre toute la mesure de l’abaissement de notre débat public où la mémoire de la Shoah est désormais brandie pour interdire d’énoncer d’autres crimes dont l’Europe s’est longtemps rendue coupable, à l’encontre des peuples non européens.


               Cet interdit, dont le journaliste Jean-Michel Aphatie a récemment fait les frais, cherche à empêcher de penser les liens qu’entretiennent le nazisme et son crime de génocide avec la longue durée européenne des conquêtes coloniales et l’idéologie de supériorité civilisationnelle qui y a légitimé destructions, massacres et exterminations. C’est comme si Césaire, l’un de ces « grands hommes » qu’honore la patrie, selon le fronton du Panthéon, devenait soudain un penseur sulfureux, banni de la République, de ses débats et de ses médias.                                Les pièces à conviction sont innombrables et irréfutables. En accès libre, le site Histoirecoloniale.net les donne à voir, notamment à propos de l’évocation par Jean-Michel Aphatie des « Oradours » commis par la France durant sa conquête de l’Algérie. On doit à l’un de ses animateurs, Alain Ruscio, une somme sur cette Première guerre d’Algérie, qui est déjà un ouvrage de référence.   Loin d’un réquisitoire, c’est le récit factuel d’une guerre longue et dévastatrice, déployée comme une histoire globale, tenant compte de la diversité des acteurs, des contextes et des causalités. On y croise nombre d’horreurs qui en rappellent d’autres, tant cette conquête est menée par des militaires qui ont servi Napoléon.

Au hasard :   « Il faut détruire tous les nègres des montagnes, hommes et femmes, ne garder que les enfants au-dessous de douze ans » : le général Leclerc, beau-frère de Bonaparte, en 1802, alors qu’il mène l’armée de reconquête de Saint-Domingue, un an avant qu’elle ne soit défaite à Vertières.   « Des têtes… Apportez des têtes, bouchez les conduites d’eau crevées avec la tête du premier Bédouin que vous rencontrerez » : Savary, duc de Rovigo, en 1832 au début de la conquête de l’Algérie, ordonnant le massacre de toute la tribu d’El Ouffia, en représailles d’un vol.     « Toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées, tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge ni de sexe, l’herbe ne doit plus pousser où l’armée française a mis le pied » : le colonel Montagnac en 1843, expliquant, depuis Philippeville en Algérie, comment il faut « faire la guerre aux Arabes »....  ________

mercredi 5 février 2025

A fond la forme!

 Ou: à fond les belles affaires!

   On trouve tout chez Décathlon. Presque tout pour le sport et la vie en plein air! S'équiper sportif est devenu tendance, même si le sport effectif n'est pas assez pratiqué, aux dires des médecins. Les prix sont attractifs.   


                                                                                                           L'éthique commerciale l'est moins. Comme dans toutes les boutiques de fast fashion. Si 80% de clients, dit-on, sont satisfaits, il y a beaucoup à dire sur le fond. Pas seulement sur des détails. Ici...


___Comme chez Temu, Shein ou d'autres, il faut regarder l'arrière-cour, entrer dans les coulisses, décrypter les non-dits. Une enquète approfondie permet de le faire..

                  "...Des vêtements innovants et bon marché : tels sont les ingrédients du succès de Decathlon. Mais des documents confidentiels obtenus par Disclose racontent une tout autre histoire sur le géant français du sport. Travail d’enfants, exploitation d’ouvriers ouïghours en Chine, liens avec la déforestation au Brésil… Enquête sur une multinationale prête à tout pour maximiser ses profits.

La tente « 2 secondes ». Le sac à dos Quechua à 3 euros. Le masque intégral pour plonger à trois mètres de profondeur. Derrière ces produits iconiques, un nom qui rime avec innovation : Decathlon. La marque française a fait de son ingéniosité un emblème, vantant ses centres de conception au pied des Alpes, sur la côte Atlantique ou près de Lille. C’est là, dans le Nord, qu’elle a fait ses débuts en 1976, dans un petit entrepôt au bord d’une quatre-voies. Près de cinquante ans plus tard, elle a conquis les cœurs des consommateur·ices, s’affichant en tête des enseignes préférées des Français·es.

Cette performance ferait presque oublier que Decathlon est avant tout une machine à cash, qui ouvre un magasin tous les quatre jours dans le monde. Son chiffre d’affaires a doublé en dix ans, atteignant 15,6 milliards d’euros en 2023, pour 931 millions d’euros de bénéfice net. Une prouesse telle que l’entreprise, non cotée en bourse, a versé l’an dernier 1 milliard d’euros de dividendes à son actionnaire majoritaire, la famille Mulliez, également propriétaire de Leroy Merlin, Auchan, Kiabi ou Flunch. Un partage de valeur réalisé au détriment des salarié·es des magasins, dénoncent les syndicats de Decathlon, qui ont appelé à la grève en décembre 2024 ; fait rarissime dans l’histoire de l’enseigne. Peu coutumière des polémiques, la marque avait vu son image écornée fin 2023, lorsque Disclose avait révélé la poursuite de ses ventes en Russie à l’aide de sociétés domiciliées dans les paradis fiscaux. Déjà, « l’amour du sport » revendiqué par la marque semblait s’effacer derrière l’appât du gain. Ce que vient confirmer une nouvelle série d’enquêtes de Disclose.

Documents internes et témoignages inédits

Pendant un an, nous avons plongé dans les secrets de fabrication de la multinationale française. Grâce à l’analyse de plusieurs dizaines de documents internes, des témoignages inédits d’ex-employé·es et la collaboration de chercheur·euses indépendant·es, notre investigation met au jour les graves conséquences humaines et écologiques de la stratégie « low cost » de Decathlon.                                                          Salaires misérables au Bangladesh, travail d’enfants et trafic d’êtres humains en Chine… D’après notre enquête, les principaux fournisseurs de Decathlon en Asie ont recours à plusieurs formes d’esclavage moderne. Ces conditions de production indignes sont la conséquence de la pression sur les coûts imposée par l’enseigne française à ses sous-traitants. Par souci d’économies, toujours, Decathlon compte aussi parmi ses partenaires des usines qui s’approvisionnent en cuir auprès de géants du bœuf, accusés d’être les premiers responsables de la déforestation illégale au Brésil.

Dans les pas de la fast fashion

Alors que l’enseigne investit des millions pour ne pas être cataloguée comme une marque « low cost », ces deux mots s’affichent partout dans des documents transmis à Disclose par une source interne. Les prix bas, ce sont eux qui conduisent Decathlon à faire fabriquer la majeure partie de ses vêtements par des sous-traitants. Decathlon en compte 1 264 dans le monde, pour seulement… neuf sites de production « maison ». Pour s’assurer une rentabilité maximale, l’équipementier recherche en priorité les usines les moins chères. En l’occurrence, celles qui « travaillent pour des marques à bas prix et engagées dans la production de masse », comme le note un document interne, énumérant les critères pour sélectionner un sous-traitant. Une stratégie commerciale agressive qu’on aurait pu croire réservée aux géants chinois de la fast fashion, Shein ou Temu.                                                                                                                             Ses principaux fournisseurs sont en Asie : par ordre d’importance, en Chine, au Vietnam et au Bangladesh. Ce dernier est d’ailleurs qualifié de « low cost country » (« pays à bas coût »), dans une feuille de route interne. Confectionner des vêtements dans ce pays — où plus de la moitié de la population vit dans un bidonville — est une « force » pour Decathlon, renseigne le même document. Ici, le groupe travaille avec des fournisseurs présentés comme « ultra low cost », qui emploient des adolescent·es, pouvant être légalement rémunéré·es sous le salaire minimum. D’autres usines intégrées à sa chaîne de production dans le pays sont qualifiées de « clandestines » par un ancien salarié. Bien qu’elles fournissent jusqu’à 10 % des composants d’une chaussure, la marque n’y effectue aucun audit, dévoile Disclose dans un premier volet de son enquête.

En bout de chaîne, ce sont les ouvriers qui confectionnent les produits, Quechua, Kipsta, Domyos ou Kalenji qui paient le prix du système Decathlon. Disclose a obtenu une nomenclature interne qui détaille le coût de fabrication d’une basket pour enfant très populaire, la Decathlon PW 540. Sur les 8,61 euros de prix de revient au Bangladesh, le salaire des ouvriers et ouvrières représente seulement 2,84 euros. Prix de vente en France : 25 euros.                                                                                                     

La soif de profit a poussé Decathlon dans les bras d’autres sous-traitants problématiques. En Chine, cette fois-ci. Ce deuxième épisode de notre enquête, publié jeudi 6 février, en partenariat avec Cash Investigation*, révèle que l’un de ses principaux partenaires locaux a recours au travail forcé des Ouïghours, une minorité musulmane persécutée par Pékin. Deux usines chinoises travaillant pour Decathlon utiliseraient également du coton originaire du Xinjiang, la région d’origine des Ouïghours, et où les accusations de travail forcé sont légion.

Notre enquête sur la multinationale aux 931 millions d’euros de bénéfices en 2023, nous a aussi amené au Brésil. Ce troisième volet, publié en partenariat avec le média néerlandais Follow the Money, le samedi 8 février, s’intéresse à l’origine d’une autre matière première : le cuir utilisé dans les célèbres chaussures de randonnée Quechua. Les usines qui les assemblent au Vietnam utilisent des peaux de bovins en provenance du Brésil, au risque de contribuer à l’éradication des forêts primaires dans le pays.

Confrontée à nos révélations, Decathlon se contente d’affirmer son « engagement en faveur d’un approvisionnement responsable ». L’entreprise assure par ailleurs « condamner fermement toute forme de travail forcé et de travail d’enfant ». Sa course aux prix les plus bas vient pourtant contredire ces engagements. Jusqu’à faire mentir le fondateur de la marque, Michel Leclercq, qui avait coutume de dire : « Il est interdit de tromper un client chez Decathlon ».  [Merci à Disclose]

mardi 17 décembre 2024

Il s'appelait Souleymane

           Mais il aurait pu s'appeler Rachid ou Omar.... Venu par nécessité à Paris, à la recherche de travail, après un long périple, parfois périlleux. Ce  n'est qu'un film, mais percutant. Un document saisissant. Un témoignage utile qui pose le problème des livreurs parisiens soumis à des conditions de travail ultra-précaires pour survivre au jour le jour et aider ses proches lointains. Un immigré bienvenu pour les plate-formes qui se livrent au développement des livraisons en tous genres. Au coeur d'un film politiquement incorrect, saisissant de vie et criant de vérité. A couper le souffle

     On touche du doigt le problème de l'uberisation de certains services dans les grandes villes.  Celui de la précarité et de l'exploitation d'une main d'oeuvre sans défense, victime de que on appelé le capitalisme de plate-forme.                                                                                       Un film qui a eu un accueil inattendu                                                                                                     ".... Si « histoire » est synonyme de « vie », Souleymane aurait suffi. Sauf qu’en l’occurrence L’Histoire de Souleymane n’est pas la vie de Souleymane, livreur guinéen que cette fiction suit sur deux jours, mais l’histoire qu’il invente pour un entretien avec une fonctionnaire de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Annoncé en préambule, ce face-à-face de plomb offre au film son climax. Nerveux, noué, poignant, Souleymane récite son parcours : arrêté dans une manifestation puis emprisonné en tant que cadre d’un parti d’opposition, il a dû fuir la Guinée-Conakry pour sauver sa peau. La jeune femme qui l’écoute et transcrit ne le croit pas. Ce récit jalonné de dates anormalement précises sonne faux. Un récit-type, comme il y a des lettres-types.    Perversité du monde social qui réprouve les filouteries auxquelles il vous accule. Perversité du recruteur qui en entretien d’embauche reproche au postulant ses réponses hypocrites et formatées. Perversité d’une garde à vue qui pousse à des aveux qui causeront votre perte. Perversité d’un directeur de casting qui vous enjoint d’être naturel. Si Souleymane dit la vérité pendant son entretien, cette sorte de casting, son dossier sera refusé et il devra quitter la France. Il n’obtiendra l’asile qu’au prix du mensonge, lui qui a promis à sa mère de ne jamais mentir. Le monde social est faux, le marché du travail est un marché de dupes.                                                  Contre cette fausseté structurelle, le réalisateur Boris Lojkine fait in extremis le pari de la vérité. À l’invitation de son interlocutrice exaspérée, le sans-papiers délaisse l’histoire pipeau pour l’histoire vraie : sa mère tombée malade à la suite du départ du père, ou délaissée parce que malade, la nécessité de gagner davantage pour la soigner, la décision de traverser le Mali vers la Libye, où la violence subie le pousse vers la France via l’Italie.   La stratégie de la vérité sera-t-elle payante ? Le scénario ne livre pas le verdict administratif, reportant le poids de la décision sur le spectateur. Le pari sur la vérité est un pari sur la commune décence morale de l’audience. Qui resterait de marbre devant la chaîne de tuiles qui a jeté « Souleymane-de-Paris » dans l’enfer du travail à la tâche à quatre mille kilomètres de chez lui ? Qui, même mentalement, oserait décréter le renvoi au pays d’un individu sur lequel pèse déjà un emboîtement infini de pressions, qu’elles viennent de la plate-forme de livraison de repas qui le saigne, du roué Camerounais qui lui sous-loue son compte, de l’ombrageux mentor qui lui fournit et facture des faux papiers ?                                                                 Comptons tout de même sur un « spectateur de droite » pour retomber sur ses pattes. Celui-là trouvera bien le moyen de voir dans le mensonge de Souleymane non la pieuse manœuvre d’un homme acculé, mais l’illustration criante de l’exploitation abusive du statut de réfugié politique. Il pourra aussi brandir le principe de réalité : tout cela est bien triste, ce jeune Africain est absolument sympathique, et on souhaite un prompt rétablissement à sa maman, mais, voyez-vous, pas toute la misère du monde. Sachant que la probabilité qu’existe un spectateur de droite de L’Histoire de Souleymane approche zéro. On connaît le profil du public agrégé par un film de cette catégorie : braves gens venus là sur la prescription d’un média de gauche, sur le conseil d’une copine intermittente du spectacle, sur la base d’une conversation en salle des profs ou salle de soins, et tout disposés à compatir au sort d’un travailleur nomade. Vase clos du film social : il ne touche que des déjà-touchés, ne prêche que des convertis.                                                       Quel intérêt, alors ? Que peut donc apporter L’Histoire de Souleymane aux acquis à la cause ? Du corps. Pas seulement celui d’Abou Sangare, acteur amateur qui incarne ici un personnage très proche de lui. Aussi le corps de ce pan emblématique du marché numérisé. Le public prévisible du film, plutôt informé, connaît à peu près la situation des livreurs de plate-forme, mais, par la grâce d’une fiction en lisière du documentaire, son savoir se fait chair. Ce qu’il a lu quelque part ou aperçu dans un reportage, le déjà-convaincu est ici convié à l’éprouver. Le fait de l’esclavage moderne devient un fait sensible. On savait les risques pris pour accumuler les courses dérisoirement rémunérées, mais ainsi collé aux basques de Souleymane hors d’haleine, comme jadis la caméra subjective des Dardenne à celles de leur héroïne Rosetta, on les vit, on tremble d’un énième feu rouge grillé, on tord le cou pour éviter un camion. On fatigue.                                       Le tourbillon de la première heure donne surtout une mesure exacte de ce phénomène connu mais par trop abstrait : les marchands volent aux prolétaires leur force de travail, mais d’abord leur temps. Le temps nocturne voué à se recharger. Le temps diurne strictement minuté, balisé, tracé, jusqu’à l’horaire impérieux du bus de ramassage social. Littéralement : Souleymane n’a pas une minute à lui. Rivé à cet homme suspendu aux diktats de son téléphone, le bien nommé Histoire de Souleymane n’augmente pas notre savoir, à quelques détails près, mais notre sensibilité. Et une rieuse ironie nous souffle que nous n’avons pas perdu notre temps."    ________________