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mercredi 19 août 2026

Mobilité cyclopédique

  Economie, forme, évasion 

      Quand l'hirondelle s'envole                                                                                                                                  Il y a des progrès à faire...                                                                                                            La femme y a gagné beaucoup

    Le vélo ne peut pas tout, mais il peut beaucoup:                                                                                                        "...Pédaler c'est la santé. C'est confirmé. Le vélo est néfaste quand on n'en fait pas.  Quand on pédale, ça tourne rond. 

        Les bienfaits sont nombreux. Ça peut parfois devenir viral. Je ne parle pas des forçats du guidon...                                                                                                                                                                                         Sa pratique régulière devrait être  remboursée par la Sécu. Bientôt ce ne sera peut--être plus une blague, dit-on.

          Ce n'est pas moi qui le dit. Et les avis convergent.
  Qui dira les mérites du vélo pour la santé physique et mentale? Beaucoup y trouvent des bénéfices et abandonnent ou réduisent statines ou Prozac.
       De 7 à 77 ans...et au-delà. On y gagne:
          ...Un mieux-être général », détaille le docteur Sandra Winter de l’hôpital Edouard Herriot, à Lyon. Car les bénéfices de la pratique ne sont pas uniquement physiques. La santé psychique au sens large connaît la même métamorphose. Pédaler stimule les neurones et accroît ainsi la mémoire et les capacités cognitives. Monter en selle régulièrement aide à combattre le stress, permet d’augmenter son temps d’exposition à la lumière, fait gonfler l’estime de soi, améliore la qualité du sommeil… et la liste est encore longue....
....Du vélo à la place des médicaments, le docteur Arthur Molique ne réfute pas l’idée, bien au contraire : « on arrête des traitements de certains diabètes débutants suite à la reprise d’une activité physique, idem pour les traitements contre le cholestérol. Elle joue un rôle également dans la lutte contre la récidive des pathologies cancéreuses. Je suis par ailleurs persuadé que la pratique du vélo pourrait mettre un frein à la surconsommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs ».
        Mauvaises nouvelles pour les pharmaciens....
   Le vélo est reparti, après une longue période d'abandon. parfois par la force des choses, à la reconquête du pavé, mais ce n'est qu'un début. 
     Aller applaudir les forçats du guidon, les bourreaux du bitume, à l'Alpe Duez n'est pas interdit, mais ne se substitue pas à quelques sorties hebdomadaires sur son hirondelle (qui fait déjà le printemps...). Un bon virus.
    Pas seulement pour les bobos.
     Ses dangers sont souvent surestimés et trop peu est fait pour une circulation sans risques.   Visitez Copenhague, où le nombre de vélo dépasse celui des voitures et où on respire, on respire....
                                                            Le vélo ira loin...   _____________________________

mardi 7 juillet 2026

Des hommes, des vrais?

Qu'est-ce qu'un homme? Un vrai! 

        La question du machisme n'a jamais quitté la scène du débat sociétal. Depuis la nuit des temps, comme on dit, elle semble avoir régné longtemps sans discussion, sans débat. A l'homme, la force physique et morale, à sa partenaire, la faiblesse et les sentiments, l'amour maternel. Même si on peut s'interroger sur ce qui est sans doute un cliché. Il fut des périodes, déjà au néolithique et dans des cultures matrilinéaires où les femme avaient beaucoup d'ascendant sur l'homme et assumaient des tâches qui lui étaient dévolues., avec une force morale et parfois physique étonnante. L'ordre masculin n'a pas toujours tenu le haut du pavé. Mais leur pouvoir, domestique ou politique, a vite repris le dessus, en Europe notamment, surtout après la Grande Guerre, où les épouses assumaient toutes les tâches.                                                               Les mouvements de suffragettes, puis le début de certains mouvements féministes, initiés notamment par l'étonnante Olympe de Gouges puis confirmés par Simone de Beauvoir, commencèrent à changer la donne, pour entrer dans les mouvements actifs de libération aux USA et en Europe. Parfois avec force et audace, aux yeux de certains mâles dominants sentant le monopole leur échapper dans certains domaines réservés. Ce qui ne manqua pas de provoquer certains retours de balancier, s'exprimant aujourd'hui parfois de manière explicite et organisée. Parfois violente, comme aujourd'hui.. Un machisme assumé, un virilisme revendiqué, publiquement ou sur sur les réseaux sociaux, un masculinisme sans complexe, lié à un suprémacisme affiché, comme à Washington, sous forme de contre-révolution. Un mouvement ouvertement réactionnaire. Au delà de l'ancien patriarcat. Pouvant déboucher sur le terrorisme. Une déjà longue histoire de résistance. Une idéologie parfois inquiétante.                                                                           Des rapports du Sénat en donnent un idée. Une polarisation grandissante: "...On est face à une minorité, ultra conservatrice, souvent d'extrême droite, en tout cas de droite très radicale, souvent ultra-catholique, qui a décidé d'être déterminée sur ce sujet-là et qui conteste l'idée de faire du consentement une nouvelle norme éthique et qui dit que si on a l'égalité, donc c'est là où on voit que dans le masculinisme il y a un projet politique de réfutation de l'égalité et pas seulement entre les sexes mais aussi entre les ethnies, avec une idée de suprématie blanche. Cette petite minorité agissante, très structurée, très financée, a réussi, lors du gouvernement Barnier, à faire capoter ce projet qui avait un consensus total dans la communauté éducative. Dans tous les mouvements réactionnaires d'ampleur, et dans les mouvements fascistes, totalitaristes, le nazisme en particulier, il y a toujours eu des femmes qui ont été portées comme des alliées, comme Némécis par exemple aujourd'hui pour pouvoir être utilisée pour adoucir l'image misogyne. Et ce n'est pas que l'extrême droite qui a le monopole du masculinisme. Il y a aussi les fondamentalistes comme l'Afghanistan avec cet apartheid de genre. Ce terme est en train de se densifier aux Nations Unies pour devenir un concept et qui vise à effacer de l'espace public les femmes..."     


                                                                          
".... Les masculinistes d'aujourd'hui adoptent des argumentaires qui existent de longue date sur le continuum de l'opposition à l'égalité, des conservateurs jusqu'à l'ultradroite. Ce qui les rassemble philosophiquement est une conception naturaliste et essentialiste de la différence des sexes qui justifie l'ordre inégalitaire et la soumission féminine à l'autorité masculine. D'où la détestation particulière vouée à l'étude sociologique et historique de cet ordre patriarcal que l'on retrouve aujourd'hui dans la critique des études de genre renommées wokisme. Une détestation ancienne dont ont été victimes jadis les « femmes savantes », les « précieuses ridicules », des « bas bleus », des « cervelines »... Le pouvoir émancipateur de la lecture, de l'étude et de la recherche doit être combattu ! Le revanchisme à l'égard de la réussite scolaire des filles ainsi que l'hostilité à l'égard de comportements culturels devenus massivement féminins et perçus comme dévirilisants (comme la visite des musées ou la pratique de la danse) sont des dimensions non négligeables du masculinisme.                                                                   Les masculinistes s'opposent aux droits des femmes. À tous les droits des femmes. L'égalité civile, le partage de l'autorité parentale, et même le droit de vote sont actuellement remis en cause par des masculinistes trumpistes : l'enjeu est une restauration de l'autorité des hommes sur les femmes dans tous les domaines. L'amplitude de cette remise en cause des droits des femmes est inédite. Elle inclut bien sûr le plus fragile des droits : les droits reproductifs. La position dite prolife se combine avec des agendas natalistes, familialistes, populationnistes. Le réarmement démographique coïncide toujours avec la régression des droits des femmes.  L'imaginaire sexuel de l'idéologie masculiniste doit aussi retenir l'attention. Hétérocentré, homophobe, viriliste, il est formaté par la pornographie et une culture du viol dont nous mesurons mieux aujourd'hui la banalité. Le droit au viol, la décrédibilisation de la parole des victimes font partie du discours masculiniste. Il n'est pas exagéré de relier masculinisme militant et féminicide, comme l'a montré en France l'affaire Philétas en 2023. On observe en ce moment l'extension sémantique du mot masculinisme pour rendre compte des violences masculines requalifiées comme masculinistes, c'est sans doute une façon de souligner les enjeux de pouvoir et la dimension politique d'actes longtemps considérés comme des faits divers.                                 Si l'antiféminisme n'est pas nécessairement misogyne, le masculinisme l'est. Il propage la haine des femmes et du féminin, synonymes de faiblesse, ou au contraire de toute puissance. Dans les fantasmes de transhumanisme, de vie éternelle, d'eugénisme, le féminin est plus que jamais du côté de la nature, de la finitude. Cette haine inclut la haine du flou dans le genre, du queer, et de tout ce qui dévirilise les hommes. Le sens initial du mot - la pathologie - n'a pas disparu.  Si le masculinisme vise les femmes et les masculinités déviantes par rapport à leur norme, il s'acharne en particulier sur certaines femmes en faisant converger différentes stigmatisations. Je nomme intersectionnalité des haines ce point de rencontre. Historiquement, il concerne massivement les femmes colonisées, les étrangères, les femmes juives, les femmes appartenant à des minorités religieuses, sexuelles, de genre...  C'est à travers l'objet de haine, altérisé, méprisé, violenté que se dessine le suprémacisme masculin hétérosexuel cisgenre, blanc et chrétien...                                                                                         Pendant longtemps, le masculinisme n'a pas constitué un mouvement en France. L'antiféminisme était diffus et le droit protégeait les privilèges masculins. L'antiféminisme allait de soi dans les mouvements conservateurs et réactionnaires mixtes et féminins à l'époque de la première vague féministe. La France n'a pas connu d'organisations dédiées uniquement à la lutte antisuffragiste. L'influence de l'Église catholique était déterminante. L'antiféminisme était un peu partout : blagues de comptoir, caricatures, discours politiques, romans, théâtre, films, oeuvres savantes et publications pour la jeunesse.   L'évolution des moeurs et des lois entre les années 1960 et 1980 change la donne. En 1969, l'affaire du forcené de Cestas, ayant tué 2 de ses enfants et un gendarme avant de se suicider est un point d'origine : on compatit alors avec le meurtrier bouleversé par son divorce. En 1970, est fondée une première association pour la défense des intérêts des divorcés hommes. Puis un Mouvement de la condition masculine et paternelle se forme, prenant deux voies : la défense de la condition masculine, dans une perspective antiféministe, et la défense de la condition paternelle, au nom de l'intérêt des enfants et du modèle familial traditionnel. La victimisation des hommes et l'accusation portée contre la féminisation de la justice annoncent le masculinisme d'aujourd'hui.                                                                                           Contre les droits reproductifs, le combat continue, encouragé de fait par l'Église catholique qui n'a pas bougé sur la contraception et l'avortement et qui prend un tournant plus conservateur en rupture avec le progressisme de Vatican II. En 2012-2013, c'est la manif pour tous qui déploie sa contre-offensive contre les droits LGBT annonçant déjà son agenda anti-transidentité. Les courants masculinistes contemporains ne revendiquent pas cette filiation. L'anthropologue Mélanie Gourarier propose de désigner ainsi : « tout groupe organisé autour de la défense de la "cause des hommes" dans une confrontation/rivalité avec le féminisme et les femmes ». Cela inclut un masculinisme associatif et un masculinisme en ligne, la manosphère. Cette mouvance est hétérogène : elle compte des mouvements religieux conservateurs, certaines communautés du jeu vidéo, la communauté de la séduction, les séparatistes, les « abstinents involontaires » (incels) animés par un ressentiment misogyne. Le masculinisme associatif rassemble aujourd'hui quelques milliers d'adhérents. Aurélie Fillod-Chabaud a compté 141 associations enregistrées au Journal officiel entre 1996 et 2013. De quoi former des militants....."

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mardi 21 avril 2026

Cohérence et préjugés

  Avoir besoin d'ennemi(s)

C'est une sphère particulière, celle de Z, qui a sa logique propre ou ses errements particuliers. Même s'il n'est pas le seul. Sur ses options spécifiques, ses obsessions personnelles, ses ignorances assumées, ses sources d'inspiration particulières.
Il y a une certaine cohérence dans ses préjugés . Malgré les paradoxes et les aveuglements ___ Point de vue:
Prenons un homme. Éric Zemmour. Polémiste français, candidat à la présidentielle 2022, condamné à plusieurs reprises pour provocation à la haine raciale. Il "n'aime pas les Arabes", il l'a dit, écrit, redit. Il "n'aime pas les musulmans". Il considère les personnes LGBT comme une menace pour l'ordre naturel des choses. Il pense que les femmes ont abandonné leur rôle fondamental en cherchant l'indépendance. Il voit dans l'assistanat social une gangrène qui détruit le mérite et le travail. Et il pense que les Juifs, dont il est lui-même issu, ont intérêt à s'assimiler complètement ou à partir en Israël.

Des cibles très différentes. Un discours parfaitement cohérent.
Ce n'est pas un hasard. Ce n'est pas non plus le fruit d'une mauvaise journée ou d'un tempérament difficile. C'est un système, et ce système a une logique interne très solide que l'on peut analyser, comprendre, et, peut-être, commencer à défaire.
1. La même personne, des cibles différentes.
Les chercheurs l'observent depuis les années 1950. Theodor Adorno et son équipe ont été parmi les premiers à le documenter sérieusement dans La Personnalité Autoritaire : les préjugés envers des groupes distincts ne se distribuent pas au hasard dans une population, ils se regroupent. Celui qui exprime des préjugés forts contre les immigrés a statistiquement beaucoup plus de chances d'en exprimer aussi contre les personnes LGBT, contre les femmes qui "prennent trop de place", contre les Juifs, contre les Noirs, contre les précaires, non pas parce que ces groupes se ressemblent ou représentent les mêmes "problèmes", mais parce que quelque chose de plus profond les relie, du côté de celui qui rejette et non du côté de ceux qui sont rejetés.
Zemmour en est l'illustration parfaite et documentée. Chaque groupe qu'il cible est différent. Chaque argument qu'il avance est distinct. Mais si on prend du recul, le schéma est toujours le même : une France éternelle, naturelle, légitime, menacée par des forces qui lui sont étrangères ou contraires. Les Arabes qui ne s'intègrent pas. Les LGBT qui "déconstruisent" la famille. Les féministes qui affaiblissent les hommes. Les assistés qui vivent du labeur des autres. Ce n'est pas une liste de problèmes distincts. C'est une seule et même peur habillée différemment.
Le sujet réel, ce ne sont jamais les cibles. C'est une vision du monde qui a besoin d'ennemis pour exister.
2. Ce que ces préjugés ont en commun.
Pour comprendre pourquoi ils vont ensemble, il faut regarder leur architecture commune. Tous ces préjugés partagent la même structure de base : il existe un ordre naturel, légitime et normal, cet ordre est menacé par des groupes qui ne sont pas "à leur place", et la réaction défensive est donc justifiée, voire nécessaire. Peu importe la cible, le schéma ne change jamais.
Chez Zemmour, cet ordre s'appelle "la France de toujours", "la civilisation", "le modèle républicain". Mais la mécanique est identique chez n'importe qui qui tient le même type de discours dans une salle de pause ou dans les commentaires d'un article : un "nous" normal et légitime, un "eux" menaçant ou parasite, une hiérarchie à défendre. Ce cadre cognitif précède les cibles. Il les cherche et les trouve, et c'est pourquoi la même personne peut cumuler des dizaines de préjugés sans jamais se sentir contradictoire. Pour elle, pour lui, ce n'est pas de la haine tous azimuts, c'est de la lucidité, c'est "voir les choses telles qu'elles sont".
3. Le préjugé de classe : le ciment des autres.
Il y a une dimension du discours de Zemmour qu'on analyse moins souvent sous cet angle mais qui est centrale : le mépris des précaires et des "assistés". "La culture de l'excuse." "L'assistanat qui détruit le mérite." "Ceux qui préfèrent les allocations au travail." Cette conviction, que la hiérarchie sociale reflète fidèlement le mérite individuel, n'est pas un préjugé parmi d'autres. C'est le socle sur lequel tous les autres reposent.
Elle légitime en effet l'idée fondamentale qu'il existe des gens qui méritent leur place et des gens qui ne la méritent pas, des gens qui produisent et des gens qui consomment sans contrepartie, des gens qui respectent les règles et des gens qui en abusent. Une fois ce cadre posé, toutes les autres cibles s'y insèrent naturellement : l'immigré vient profiter d'un système qu'il n'a pas construit, la femme indépendante refuse les responsabilités qui lui reviennent, la personne LGBT revendique des droits spéciaux qu'elle n'a pas mérités.
Le préjugé de classe fabrique ainsi une grille de lecture universelle, qui mérite, qui ne mérite pas, qui est légitime, qui ne l'est pas, et les autres préjugés n'ont plus qu'à s'y brancher. C'est en ce sens qu'il est le ciment : pas forcément le plus bruyant dans le discours public, mais le plus structurant de tous.
4. Pourquoi les preuves ne changent rien.
C'est ici que la réalité devient encore plus intéressante, et plus dérangeante. Zemmour a été contredit des milliers de fois. Par des historiens, des démographes, des sociologues, des journalistes. Ses chiffres ont été démontrés faux. Ses raccourcis historiques ont été démontés point par point. Et pourtant, son audience n'a pas fondu. Ses partisans ne l'ont pas abandonné. Pourquoi ?
Parce qu'un préjugé bien construit est immunisé contre les preuves contraires, et ce n'est pas parce que ceux qui le partagent sont stupides. C'est parce que le système produit activement ses propres réponses aux objections. On lui montre que l'immigration est un moteur économique documenté, réponse : "Les études sont commandées par des lobbys." On lui cite des exemples d'intégration réussie, réponse : "Ce sont des exceptions." On lui montre qu'il se contredit lui-même sur tel ou tel point, réponse : "Vous faites du fact-checking pour éviter de parler du fond."
Ce phénomène, que les psychologues cognitifs appellent la falsification sélective ou plus communément le biais de confirmation, va bien au-delà du simple fait de retenir ce qui confirme et rejeter ce qui contredit : le système se referme sur lui-même, il intègre les attaques comme des preuves supplémentaires de sa propre légitimité. Plus on le contredit, plus ses défenseurs se sentent persécutés, et donc confirmés. C'est un mécanisme redoutablement efficace.
5. Le double niveau de cohérence.
Ce qui rend le cas Zemmour particulièrement instructif, c'est qu'il illustre les deux niveaux de cohérence à l'œuvre simultanément. Au premier niveau, chaque préjugé pris individuellement est cohérent avec lui-même, il a ses propres arguments, ses propres exemples, ses propres exceptions gérées, et il résiste aux preuves contraires comme une huître à laquelle on ne peut pas arracher les deux valves. Au second niveau, tous ces préjugés se renforcent mutuellement parce qu'ils reposent sur la même architecture, le même "nous" à défendre et le même "eux" à contenir, formant un réseau dans lequel toucher l'un fragilise les autres et défendre l'un renforce les autres.
C'est ce second niveau qui explique pourquoi les préjugés voyagent en groupe. Et c'est aussi ce qui rend le personnage de Zemmour si difficile à "réfuter" en débat : on ne peut pas démonter chaque brique séparément, parce que le problème n'est pas dans les briques, il est dans la structure.
6. La dimension ironique : il appartient aux groupes qu'il cible.
Il faut s'arrêter un instant sur quelque chose que le cas Zemmour illustre de façon presque unique. Cet homme est d'origine algérienne et juive. Il appartient donc partiellement aux groupes qu'il cible ou qu'il a ciblés dans son discours. Et pourtant le système fonctionne parfaitement, sans contradiction perçue de sa part.
Cela montre quelque chose d'essentiel : le système de préjugés n'est pas une affaire personnelle ou identitaire au sens simple du terme. Ce n'est pas "je déteste ce que je suis". C'est un cadre cognitif qui s'impose à l'individu indépendamment de son histoire, et qui lui permet de se positionner du côté du "nous légitime" quelles que soient ses origines, à condition de rejeter avec suffisamment de force tout ce qui pourrait le rattacher au "eux". C'est ce que les psychologues appellent parfois l'identification à l'agresseur : on rejette en bloc ce qui nous rattache au groupe stigmatisé pour rejoindre symboliquement le groupe dominant.
7. Ce qui change vraiment les préjugés.
On a beaucoup parlé de ce qui ne fonctionne pas. Alors qu'est-ce qui fonctionne réellement ? La recherche en psychologie sociale pointe depuis des décennies vers une réponse relativement stable : le contact. Mais pas n'importe quel contact, un contact réel, durable, dans des conditions d'égalité, avec des objectifs communs, et non une interaction de surface ou une simple coexistence passive dans un même espace.
Une vraie relation. Un collègue. Un voisin. Une amitié. Quelque chose qui ne rentre plus dans la case, qu'on ne peut plus neutraliser avec "oui mais lui c'est différent", parce que cette personne est devenue trop réelle, trop présente, trop humaine pour être réduite à une catégorie. C'est lent, difficile à organiser à l'échelle sociale, et ça ne fonctionne pas pour tout le monde ni dans toutes les conditions, mais c'est ça qui crée les vraies ruptures dans les systèmes de préjugés, pas un débat télévisé, pas un fact-check, pas une condamnation judiciaire. Une personne, une situation, une réalité qu'on ne peut plus évacuer.
Il faut être clair sur un point : ce travail n'appartient pas aux groupes ciblés. Ce n'est pas aux victimes des préjugés de prouver leur humanité, de se rendre accessibles, de faire le premier pas. Le contact dont on parle ici est une responsabilité collective et politique, celle des institutions, des employeurs, des politiques publiques qui organisent ou séparent les gens. Quand la société crée des conditions d'égalité réelle, le contact fait son travail. Quand elle ne les crée pas, la charge retombe toujours sur les mêmes.
8. Ce que ça change pour nous.
Zemmour est une figure publique extrême, et il serait commode de penser que ce dont on parle ici ne concerne que lui et ses semblables. Mais le mécanisme qu'il illustre à grande échelle est le même qui opère dans les conversations de famille, dans les commentaires Facebook, dans les salles de pause. La structure est identique, seul le volume varie.
Comprendre que les préjugés forment un système cohérent n'est pas une invitation au fatalisme, mais une invitation à être plus lucide sur ce qu'on combat et comment on le combat. Corriger un préjugé factuel sans s'attaquer à la structure qui le produit, c'est boucher un trou dans une passoire. Ce qui a du sens, c'est de comprendre la fonction que remplissent ces préjugés dans la vie de ceux qui les portent : ils donnent un ordre au monde, désignent des responsables, fournissent une identité collective solide, un "nous" clair face à des "eux" qui menacent, qui profitent, qui dérangent. La prochaine fois, cherchez le cadre. C'est là que tout se tient, et c'est là que tout peut se défaire. [ Souligné par moi] ________________

samedi 21 mars 2026

Vers une précarité généralisée?

  Régime (devenu) "normal"?     

          La précarité ( au sens le plus large) semble un état normal de l'existence. Tout est précaire, la santé, la vie, l'amour même souvent... C'est la contingence fondamentale de toute vie humaine. C'est ce que disait Mme la ministre Parizot pour justifier cet aspect de la vie économique et sociale. Là, elle crée la confusion, car elle mélange deux plans. En ce qui concerne la vie de travail, par exemple, ce que l'on appelle la précarité est en fait déterminée socialement, liée essentiellement à des rapports de production à un moment donné, dans une situation donnée. On  voit clairement que ce peut être la conséquence de choix et d'effets de système., sur lequel on peut agir sur la base d'autres choix, souvent politiques. Pour prendre un exemple limite, le contrat "0 heures" anglo-saxon n'est pas le fait du hasard, mais de décisions politiques. En France, la précarité des jeunes surtout, a doublé depuis les années 80, ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays comparables.                                                                                                  La précarité devient de plus en plus un régime normal dans l'espace européen. Ne parlons pas des USA. Mais pas seulement. Pas seulement pour les juniors. Les femmes sont le plus concernées. On peut toujours faire mieux. Précariser le travail, c'est précariser la vie sous ses différents aspects, de manière souvent irréversible. La flexibilité est une exigence de nos sociétés libérales et financiarisées, où se creusent comme jamais les inégalités de revenus 


  ___  Il ne faudrait pas avoir peur des minijobs.
Ils sont créateurs d'emplois, comme ils disent...
    Pas plus que de la précarité, qui permet souplesse et mobilité sur notre bonne planète ouverte à tous les vents du profit à court terme et des capitaux hautement volatiles...Faut pas contrarier  les marchés!
En matière de flexibilité, on peut toujours faire mieux.
    Comme disait Madame Parisot: « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
Que répondre à une telle "évidence"? Presque un axiôme. CQFD!
   Donc, plus besoin de contrat. Ni CDI, ni CDD, qui sont d'anachroniques contraintes. La notion de contrat tend à disparaître, comme le poussiéreux Code du Travail. Des vieilleries..Des obstacles au business.
              Certains pionniers audacieux défendent le contrat de travail zéro heure, condition pour une embauche aléatoire...C'est déjà mieux.
    D'autres, plus visionnaires encore, prônent le travail gratuit. 
Ils poussent un peu le bouchon, mais il faut reconnaïtre qu'il y a vraiment des gens qui pensent...!!!
     Mme Merkel, sur les traces de Schröder, fait ce qu'elle peut..
         Du boulot à un euro , du « Kurzarbeit », on peut trouver...  Le système Schröder-Haartz se poursuit sous toutes ses formes, imprimant son innovation partout, inspirant même notre Président.
   Pourquoi même ne pas prendre Emmaus comme  modèle?
Ils sont en avance sur leur temps...
   Ce n'est au fond qu'un retour au bon vieux temps d'autrefois... et même à le bonne vieille antiquité.
                 ...Et dire qu'il y a encore des attardés qui affirment que la flexibilité nourrit le chômage!
Pff!
             Le travail durable et assuré ne devrait plus être de mise. Il génère monotonie, ennui et paresse, habitudes néfastes  des avantages zaquis? La vie, c'est le changement..
   Un ouvrier assuré de son poste devient vite, disent-ils, moins performant et s'installe dans le confort d'une vie qui devient vite routinière et terne. Il devient aussi plus exigeant, profitant de la solidarité crée avec ses homologues pour revendiquer plus d'avantages. Il est même prêt à cesser momentanément le travail pour ça afin d'augmenter ses gains, prenant l'entreprise en otage et mettant en péril la production. Il oublie vite que le travail, sans lequel il ne vivrait pas, lui a été accordé par pure générosité. Et puis, en vieillissant, au delà de quarante ans, il perd son efficacité et coûte trop cher....Il faut recycler!
  Le marché, c'est le mouvement, comme la vie, c'est aussi la rationalité, comme disaient Hayek et son disciple Friedman, l'expression de la main de Dieu...
                  Donc, il ne faut pas avoir peur des  mini-jobs
Et puis, l'argent n'est pas tout. Il ne fait pas le bonheur... 
 Il faudrait, comme les sages d'autrefois savoir se contenter de peu en renonçant aux surenchères salariales qui finissent par rendre perpétuellement insatisfait.
            Il importe donc de «détabouïser(sic!)le mot de "flexibilité"»comme ils disent...
.Déjà en Grèce ou en Espagne, par exemple, la précarité est devenue généralisée, au delà même des pratiques américaines. 
Nul doute que ces pays vont sortir ainsi plus vite de la crise, car  en matière de compétitivité, l'Espagne défie la France»On pourrait aussi dire que le Portugal défie l'Espagne, que la Chine défie le Portugal, que le Vietnam défie la Chine, et que le Bangladesh défie le Vietnam, vu que l'on peut toujours chercher un pays où l'on accepte de travailler plus en gagnant moins.."
            La précarité, c'est la norme du futur. C'est un dogme fondamental du néolibéralisme
La rigidité, la stabilité, voilà l'ennemi!
   ...C'est du moins ce qu'on dit dans les sphères généralement bien informées intéressées... 
 Jonathan Swift_n'aurait pas raisonné autrement...         _________________

mercredi 11 mars 2026

Israël et le kahanisme.

Vers l'extrême radicalité     _______  D'un sionisme à l'autre

       C'est un rabbin, pourtant d'extrême droite, qui dénonce les agressions souvent meurtrières par des colons à l'égard de la population cisjordanienne. Ce qui, après Gaza, s'est intensifié. Presque une simple routine. La violence n'est pas seulement le seul fait des colons. Le plus souvent, l'armée se contente d'observer.  Depuis longtemps déjà des exactions s'exercent, pas seulement du fait des colons les plus radicaux, encouragés par les politiques au pouvoir, comme Ben G'vir, par exemple, qui a l'aval de Nétanyahou, pour qui, bientôt, la "Judée-Samarie", baptisée terre juive, reviendra intégralement au  pouvoir de  Tel Aviv.    Voilà comment va se faire l'exclusion des terres. Insidieusement. Par intimidation.                                                                                                                                                            Au nom du sionisme. Mais de quel sionisme? Cette notion a toute une histoire, depuis Théodore Herzl, le fondateur. Le retour à la terre dite "sainte" prend sa naissance, sans être acceptée par tous les Juifs, aujourd'hui encore. Certaines formes du sionisme ont subi des glissements et des confusions. Le sionisme actuel se radicalise, sous l'impulsion de mouvements d'extrême droite de plus en plus radicaux, d' un suprémacisme sans concession. Meir Kahane, disciple de Jabotinski représente maintenant une référence, inspirant la politique de Nétanyahou, aspirant au Grand Israël. Un vieux mythe qui reprend de l'actualité, à la faveur des expéditions de Gaza et du Liban. Le sionisme chrétien, venu surtout d'Outre- Atlantique est le plus virulent. Le post-sionisme critique est devenu inaudible.La relative laïcisation n'est pas pour demain.  Vers un  sionisme délirant?  De dérive en dérive, le kahanisme est devenu la matrice. Ce qui ne manque pas d'inquiéter nombre d'Israëliens modérés ou critiques.

     Selon le député de gauche Yair Tsaban, il est ..." représentatif d'un courant plus large que celui de ses adeptes déclarés ", et certaines de ses idées, défendues et présentées de manière moins radicale, sont aujourd'hui populaires dans l'extrême droite _ et même la droite _ parlementaire. ..."  


                                                                                                                                 
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.Chantre du racisme ", " apologiste de la violence anti-arabe ", " paranoïaque ", " démagogue " : Meir Kahane se cachait à peine d'être un peu tout cela à la fois. Le " rabbin de New-York ", comme on l'appelait encore à la Knesset, affichait un programme ouvertement raciste sur les murs de son parti, le Kach, dans le quartier de Mahane Yehuda, à Jérusalem. Kahane aura saisi le vide idéologique laissé par le dépérissement des valeurs sionistes originelles _ socialisme, laïcité, démocratie, _ et c'est ce vide qu'il saura exploiter dans les années 70, quand il émigre en Israël avec sa femme et ses quatre enfants..."                 Il proclame un nationalisme exacerbé, sectaire, raciste, qui se nourrit de la peur de l'autre : l'Arabe devient l'exutoire à tous les maux d'Israël. Discours martelé auprès des plus défavorisés, discours qui vante l'exclusion. La ségrégation doit être totale entre juifs et non-juifs, dit-il. La défense de l'identité juive est incompatible avec la coexistence avec les Arabes : le Kach veut interdire aux non-juifs de vivre à Jérusalem, interdire les quartiers mixtes, les plages mixtes, les mariages et relations sexuelles entre juifs et non-juifs.      La religion doit être l'unique fondement de l'Etat, et comme, dit-il encore, judaïsme et démocratie sont incompatibles, il faut retirer le droit de vote aux Arabes israéliens : ils pourraient, un jour, devenir majoritaires et menacer le caractère juif de l'Etat... Le sort réservé aux Palestiniens des territoires occupés est plus simple encore : la valise. Le premier, Kahane prône le " transfert " des Palestiniens de l'autre côté du Jourdain. " Ou nous les mettons dehors, ou nous attendons qu'ils nous mettent dehors ". Au service de cet ultra-nationalisme, Kahane manie l'injure raciste _ " les Arabes sont des chiens " _ et, avec ses militants, pratique le raid punitif...Participant aux élections législatives de juillet 1984, le Kach obtient un siège : Kahane entre à la Knesset. C'est un couronnement pour l'ancien professeur d'une obscure école religieuse du Queens. Il était arrivé en Israël en 1971, précédé d'une réputation douteuse pour avoir été l'animateur d'un mouvement extrémiste, la Ligue de défense juive. Se présentant comme un ancien du FBI, il avait eu maille à partir avec la justice américaine : la Ligue entraînait ses militants au maniement des explosifs et fut l'organisatrice de quelques attentats, notamment contre la mission diplomatique soviétique à New-York. Kahane sera condamné à un an de prison.                       Dos vouté, barbe grisonnante, visage ravagé par les tics nerveux, il profite de la tribune de la Knesset pour populariser son " programme ". Il a l'écoute d'une partie de la jeunesse, parmi les déclassés, les recalés du modèle sioniste. Chez les colons, dans les implantations de Cisjordanie, il exaspère la colère après chaque attentat, prenant la tête des manifestations, avec un seul cri de ralliement : " Mort aux Arabes. "    A la veille des élections de novembre 1988, alors que l'" Intifada " bat son plein, les sondages créditent le Kach de suffisamment de suffrages pour obtenir quatre députés. Mais le " mouton noir " de la classe politique commence à faire peur à ses collègues. A l'initiative des grands partis, la Cour suprême, à la mi-octobre 1988, va " disqualifier " le Kach, interdisant à la formation de Kahane de se présenter aux élections. Le Kach est banni de scrutin pour " racisme et incitation au racisme " (...) parce qu'il défend " un programme encourageant à la haine contre les Arabes " et qui, dit encore la Cour, " rappelle les heures les plus sombres vécues par le peuple juif ".       Privé de Knesset, Kahane disparaît de la scène publique ; complètement ignoré des médias, son mouvement se marginalise . Selon le député de gauche Yair Tsaban, il est pourtant " représentatif d'un courant plus large que celui de ses adeptes déclarés ", et certaines de ses idées, défendues et présentées de manière moins radicale, sont aujourd'hui populaires dans l'extrême droite _ et même la droite _ parlementaire...."       ___________________