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lundi 31 août 2026

Un monde à part

   Celui des gens zeureux:

                          De la Mecque des techno-libertariens

                                        

    Le paradis entre-soi, quoi... 

               Fiscal aussi, ce qui ne gâche rien                  _______________

mardi 23 septembre 2025

Certains l'appellent Bernard

Le roitelet et ses gueux

                  Si j'avais le talent de J. de La Fontaine, je composerais une fable autour de ce thème, dans le contexte d'aujourd'hui. Une fable actualisée, de ce type ou comme celle-ci, la plus célèbre. En n'oubliant pas que la question de l'impôt fut le principal déclencheur de la Révolution, qui établit un certain, relatif et provisoire équilibre. l'impôt dur le revenu, institué au début du 20° siècle,  théoriquement proportionnel, connut assez vite des  problèmes de répartition, fluctuant selon les périodes et les circonstances. La juste contribution  redistributive connut un renouveau lors des lois sociales de 1945. L'égalité devant l'impôt fut et reste un idéal, un horizon, avec ses hauts et ses bas et ses instruments de mesure aléatoires.                                Le développement du néolibéralisme,  dans le sillage de R.Reagan et M Thatcher, inaugura notamment un ère de désengagement fiscal pour les hauts revenus, jusqu'à notre époque , où les cadeaux fiscaux devinrent souvent la norme et les moyens d'échapper au moins partiellement au fisc se développèrent, avec la complicit passive de Bercy.. Les années Sarkozy et Macron furent une période faste pour les plus riches contributeurs, ce qui a contribué de manière significative à produire une partie du  déficit, qui pèse sur nos épaules aujourd'hui. L'appel aux plus fortunés, largement favorisés de ce point de vue, reçoit un écho parfois favorable, mais le plus souvent une résistance souvent très forte de la part de ceux dont la fortune est devenue ces dernières années exponentielle. Le plurimilliardaire B.Buffet avouait que sa femme de ménage donnait proportionnellement beaucoup plus qui lui au fisc.         Forbes connaît le problème.      Ce n'est pas une histoire belge...                                                                                                                                     Le cas de Bernard Arnault en France et ses propos incendiaires sur la taxe Zucman est un révélateur de  la résistance au fisc observée, saut exceptions, dans les milieux les plus favorisés. IL emble ne pas se souvenir du sort imposé aux plus riches par Roosevelt pour sortir son pays de la crise. C'était autre chose..


    Point de vue:  

S’il                       " S'il fallait une preuve que la société est malade, on pourrait avancer ce fait étonnant qui consiste à prendre Bernard Arnault au sérieux. Dans un entretien au Sunday Times, le magnat du luxe a tenté, une nouvelle fois, de faire passer ses obsessions pour des analyses économiques. La taxe Zucman, qui entend frapper à hauteur de 2 % les plus hauts patrimoines, serait ainsi « mortelle pour l’économie française », et l’économiste, un « militant d’extrême gauche ». Ses propos ont inondé les médias français et étrangers.  Mais à militant, militant et demi. Bernard Arnault ne s’exprime pas en tant que juge impartial : il est un des principaux concernés par la taxe Zucman. Aussi ne doit-on pas s’étonner qu’il en fasse une des sept plaies d’Égypte.    Cependant, le milliardaire ne se plaint pas qu’on le taxe, ce qui serait de bonne guerre mais n’aurait pas grand intérêt par ailleurs. Non, ce qu’il prétend, c’est qu’en s’attaquant à lui, on s’attaque à l’économie française tout entière.      « Il ne s’agit ni d’un débat technique ni économique, mais bien d’une volonté clairement formulée de mettre à terre l’économie française », proclame le vieil homme. Dans sa logique, l’économie française dépend de lui et de ses semblables, ceux qui ont prétendument « réussi », selon le critère du montant de leur patrimoine.                                                                                                                                                 À cette aune, et c’est l’objectif de ces propos, l’économie française qui, chaque année, produit 3 000 milliards d’euros par le travail de près de 30 millions de personnes, se réduit à la volonté de quelques-unes, dont il faut reconnaître la « supériorité ». Le patron de la Banque publique d’investissement (BPI), Nicolas Dufourcq, ne dit pas autre chose lorsqu’il prétend que l’on devrait « ériger des statues à Pinault et à Niel plutôt que de les taxer à 2 % ». Ces grands patrons feraient l’économie française, et les taxer serait la pénaliser.   Cette vision frise pourtant le ridicule. D’abord, parce qu’un patron peut favoriser son entreprise ou sa propre accumulation de richesse, mais il n’a pas de maîtrise de l’ensemble des évolutions macroéconomiques. Cette vision qui réalise une équivalence entre les grands patrons et l’économie nie l’existence d’une réalité qui échappe aux premiers. Un patron n’est pas actif dans la conjoncture, il agit dans un environnement qui le dépasse et sur lequel il n’a aucune prise, sauf sur des points de détail.                                                                                                                                 Bernard Arnault en sait quelque chose, puisque son groupe est, aujourd’hui, au cœur d’une crise profonde du monde du luxe qui met en cause son modèle économique, consistant à vendre des produits de masse hors de prix. Il peut bien faire ce qu’il veut, il ne peut pas, à lui seul, contrer l’évolution de la consommation chinoise, pénalisée par l’explosion de la bulle immobilière. Il n’a même aucune prise sur son « ami » Donald Trump, qui lui a imposé des droits de douane de 15 % sur les spiritueux, malgré sa volonté d’obtenir une taxe allégée.     Il faut donc être clair : les patrons sont des agents économiques comme les autres. Leur situation de domination sociale leur permet, parfois, de faire payer les autres acteurs, principalement l’État, les consommateurs et les producteurs, pour réaliser leur accumulation. Mais on ne mesure pas – et on ne mesurera jamais – la réussite d’un pays au nombre de milliardaires.        Il suffit d’une preuve pour s’en assurer : depuis un demi-siècle, la croissance mondiale a été divisée par deux et le nombre de milliardaires a explosé. En parallèle, le chaos politique, social et environnemental s’est imposé partout. La réussite de ces gens a donc été inversement proportionnelle à celle des économies. Ce qui doit immédiatement interroger sur leur caractère nuisible.                                                                                                                                                       Il en résulte deux conclusions. D’abord, l’économie ne peut absolument pas se résumer à l’intérêt des milliardaires. Ceux qui le défendent ont une position de classe : ils favorisent leurs intérêts par rapport à ceux de la société. Car on se demande bien à quel titre on devrait ériger des statues à ces hommes riches, alors même que l’accroissement de cette richesse s’accompagne d’une détérioration palpable des conditions de vie de la majorité de la population. De là, la seconde conclusion : les milliardaires ne peuvent pas être les mieux placés pour donner des conseils de politique économique.                ___S’agissant de Bernard Arnault, la leçon pourrait même être démultipliée. Que serait-il sans l’État ? Rien ou presque. Une grande partie du succès et de sa fortune est liée au soutien sans faille des pouvoirs publics.                     __________Tout a commencé avec la reprise de l’empire Boussac, vaste empire textile tombé en faillite. Candidat imprévu à la reprise, il réussit à l’arracher avec l’aide d’Antoine Berheim, puissant associé-gérant de la banque Lazard, qui a ses entrées dans tous les cercles du pouvoir. Avec, aussi, le soutien financier du Crédit lyonnais, alors banque nationalisée, qui lui apporte les crédits nécessaires au montage financier de la reprise, Bernard Arnault n’ayant que 90 millions de francs à investir, pris sur les fonds de la société immobilière familiale Ferinel, à l’insu de son père.                    Bernard Arnault s’engage à maintenir 12 000 emplois au moins sur les 15 000 du groupe Boussac, en contrepartie de plus de 1,5 milliard de francs d’aides publiques. Trois ans plus tard, la quasi-totalité des activités du groupe (Peaudouce, Conforama, etc.) ont été liquidées, Arnault ne conservant qu’une partie des participations immobilières jugées les plus intéressantes, aux côtés de Dior Couture et du Bon Marché.     Plus de 11 000 emplois directs sont supprimés dans ce laps de temps. Mais jamais l’État ne lui demandera des comptes, et encore moins le remboursement des aides perçues pour non-respect des engagements. Il faudra l’intervention de la Commission européenne pour forcer l’État français à demander le retour des aides publiques. Et encore ! Bernard Arnault reversera moins de la moitié des aides perçues.

Mais l’aide de l’État ne s’arrête pas. Pendant les débuts du groupe LVMH, le Crédit lyonnais lui consent des lignes de crédit sans limite et prend même une participation. Au moment de la faillite de la banque en 1992, Bernard Arnault (comme Bolloré ou Pinault de leur côté) en profite pour racheter cette participation à vil prix et effacer une partie de sa dette. Dans la panique qui entoure le dossier du Crédit lyonnais, qui a coûté plus de 20 milliards de francs à l’État, on n’y voit que du feu.                                                                                                                                                             Dès cette époque, les pouvoirs publics se mettent en quatre pour « aider ». L’administration fiscale ferme les yeux sur tout, des jeux d’argent en ligne (Betfair) basés dans des paradis fiscaux aux différents montages qui lui permettent d’éluder en grande partie l’impôt, grâce à sa holding et à ses filiales basées dans les paradis fiscaux.      En 2020, le gouvernement Macron va encore plus loin et met le Quai d’Orsay à la disposition des intérêts de LVMH : Jean-Yves le Drian, alors ministre des affaires étrangères, signe une lettre permettant au groupe de suspendre son OPA sur Tiffany. Il en renégocie par la suite les termes et économise plus de 750 millions de dollars.                                                                                                                                                       Aux côtés des pouvoirs publics, de nombreuses collectivités et organismes publics, à commencer par Paris et Versailles, se mettent en quatre pour satisfaire les demandes du groupe, qui réussit à obtenir des contrats et des privilèges dépassant toutes les règles du droit commun, de la concession du Jardin d’acclimatation aux Champs-Élysées, en passant par le jardin de Versailles, l’ancienne École polytechnique, voire le Louvre.   Construisant son succès sur une forme de prédation de l’État, Bernard Arnault aime à se présenter comme une forme de pointe avancée du capitalisme français. Mais c’est là encore une illusion, car si LVMH a prospéré grâce au double soutien de l’État français et du capitalisme d’État chinois, son dirigeant a connu une suite de déboires tragiques qui font douter de ses compétences économiques.

Bernard Arnault est l’exemple de ce qu’il ne fallait pas faire pendant la bulle internet. En 1999, il crée ainsi un fonds spécialisé, nommé Europ@web, et plusieurs sociétés, dont Liberty Surf et eLuxury. En moins de dix-huit mois, le fonds perd plus de 500 millions d’euros. Toutes les sociétés sont en difficulté. Mais la faillite la plus flagrante est celle de Zebank, une plateforme de services bancaires, créée avec la participation de Dexia, banque publique emportée dans la crise de 2008.                       Entre difficultés techniques, projets mal évalués et mauvaises mises en œuvre, la banque ne tient pas sept mois. Elle ferme à l’automne 2001. Elle sera revendue pour moins de 6 millions alors que 150 millions d’euros y auront été investis.   Bien plus attiré par les lumières qu’on ne le pense, Bernard Arnault s’entiche à la même période de Sébastien Bazin, alors dirigeant en France de Colony Capital, coqueluche du monde des affaires, et qui a décidé de prendre une très importante participation dans Carrefour. Bernard Arnault l’imite en 2007 et devient bientôt le premier actionnaire du groupe de distribution, qui est un des premiers bénéficiaires du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE).                    __Malgré son talent et les aides publiques, Bernard Arnault n’arrive pas à transformer les pâtes en or, ni à dégager les profits qu’il espérait, preuve, d’ailleurs, de sa piètre connaissance de l’économie française. En 2021, il abandonne piteusement Carrefour en revendant toutes ses actions.

Même dans l’immobilier, son secteur d’origine, Bernard Arnault a connu des déboires. Son expérience de promoteur aux États-Unis a tourné au fiasco. Ferinel, l’entreprise familiale de promotion immobilière, spécialisée dans l’immobilier de loisirs, a disparu dès le milieu des années 1980, n’existant plus que comme holding familiale.

                         La transformation de la Samaritaine, lancée en grande pompe par Emmanuel Macron en 2021, n’est guère plus concluante. Pariant sur les touristes chinois, le groupe n’a pas vu les transformations à l’œuvre depuis le covid. Mal positionné, il ne répond ni aux attentes des Parisiens, ni à celles des touristes.                    Au reste, la preuve que Bernard Arnault, comme les autres milliardaires, se moque profondément de l’intérêt général, c’est son soutien à l’accord passé fin juillet entre l’Union européenne et les États-Unis. Le milliardaire avait clairement exprimé, dans les colonnes du Figaro, qu’il fallait accepter les conditions de Donald Trump, même au prix de mesures douloureuses.   Car ce qui l’intéresse ici, c’est de maintenir son accès au marché états-unien. Peu importe que cet accord sacrifie d’autres secteurs et organise une vassalisation de fait de l’Europe, s’il peut continuer à vendre ses sacs outre-Atlantique. Et pour couronner le tout, LVMH n’hésite pas à investir aux États-Unis, c’est-à-dire à délocaliser une partie de sa production de France, pays dont la marque épuise pourtant l’image dans sa communication.     Ce soutien à Donald Trump, une connaissance de longue date, n’est pas un détail. Il traduit une évolution de l’homme, et plus généralement, de sa classe, vers la nouvelle extrême droite, celle qui s’incarne dans le président états-unien et qui mêle un discours de liberté pour les capitaux avec une tendance autoritaire, xénophobe et réactionnaire.....                                                                                                                                        Ce qui se dessine à travers les déclarations de Bernard Arnault, c’est le nouveau régime dans lequel le capitalisme est sur le point d’enserrer la société.   Dans ce régime, le capital est intouchable, même symboliquement, et la question de la redistribution est limitée à celle entre les catégories de travailleurs, sur des critères ethniques et nationaux. Cette logique induit une destruction systématique des normes, sociales et environnementales, réduites à une bureaucratie inutile. En avril, Bernard Arnault avait d’ailleurs, lors de l’assemblée générale des actionnaires de LVMH, repris la rhétorique classique de l’extrême droite contre la bureaucratie et les normes de l’Union européenne qui « amplifient » les problèmes français.                                                                                  Le débat sur la taxe Zucman constitue, pour les capitalistes français, un moment important. Désormais, leur tolérance au moindre impôt, même le plus modéré comme celui-ci, qui est soutenu par le Parti socialiste et ne modifie aucun grand équilibre de pouvoir économique, est nulle.    Pour augmenter son taux de profit, le capital ne tolère plus aucune frustration, ni équité fiscale, ni norme environnementale, ni droit du travail. La seule contrainte qu’il accepte est celle de la puissance, c’est-à-dire du rapport de force. C’est pourquoi il est prêt à accepter les conditions nouvelles d’accès au marché états-unien. Mais cette concession doit se payer directement par la destruction de l’État social et des protections des travailleurs sur son marché intérieur aux fins de compensation.                  Caricature de la réalité, destruction du lien social et de l’environnement, intolérance à la frustration et glorification de la loi du plus fort : le nouveau visage du capitalisme se confond avec l’extrême droite. Et Bernard Arnault en est l’incarnation. Il n’est certainement pas un parangon de sagesse ou de savoir sur l’économie, il est seulement le porte-voix du capital prédateur radicalisé. Une radicalisation qui nous projette dans le désastre. "  [Merci à Médiapart et à Romaric Godin et Martine Orange]

mardi 26 août 2025

Exil fiscal

Des paradis qui coûtent cher

                  Dans le débat qui s'éternise et qui s'enlise au Palais Bourbon, où les  petites chapelles se déchirent sans fin sur des détails, des noyaux de cerise, faisant plus de la morale  que de la politique et n'évoquant que trop rarement les problèmes de fond, de structures, il serait bon de revenir à quelques problèmes éludés, loin de la soupe moralisante que nous sert Matignon et qui n'a pour effet que d'irriter sans convaincre. Revenir aux sources profondes de la dette est une tâche prioritaire, bien sûr, même si cette analyse perturbe trop d'intérêts dominants.  Ce serait déjà un point important  que ne ne pas occulter cet aspect, même si cela ne sera pas suffisant. L'Etat n'est pas un arbitre neutre et l'Assemblée doit retrouver ses droits dans cette quasi monarchie en lambeaux qui temporise...Lutter vraiment contre l'optimisation fiscale serait déjà un point positif, en faisait sauter les verrous de Bercy et la corruption, entre autres. Et il y a encore beaucoup à faire...                                                                                                                                                                   L'exil fiscal reste encore d'actualité




                                  Même si certains promettent d'y remédier....Par le mauvais temps qui court surtout, un apport dans les caisse des Etats, qui ont besoin de soutenir à bout de bras une économie chancelante, ne serait pas un luxe. Et ce ne serait pas un don, mais un juste retour de ce qui était dû dans le cadre du simple devoir fiscal. Les promesses de ceux qui ont laissés faire ou ont parfois encouragés ces pratiques restent du vent. L'"optimisation fiscale"et autres subterfuges pour échapper à la rigueur du fisc restent largement verbales pour l'essentiel, malgré les promesses et les mesurettes.              ___Les très grands fraudeurs peuvent encore dormir tranquilles, à côté de chez nous ou du côté des Caraïbes. Ce ne sont pas des millions qui manquent dans les caisses de l'Etat, mais plusieurs dizaines de milliards, qui font le bonheur des paradis fiscaux, grands et petits. C'est au niveau européen que le problème se pose surtout, au niveau mondial aussi: "...L’évasion fiscale dans le monde, de la part d’entreprises ou de particuliers, coûte chaque année 427 milliards de dollars aux Etats, au profit de paradis fiscaux ou de pays peu regardants, révèle vendredi 20 novembre l’organisation non gouvernementale (ONG) Tax Justice Network. L’ONG a passé au crible l’évasion fiscale pays par pays dans un rapport qu’elle présente comme le premier du genre et qui tente d’éclairer des flux financiers réputés pour leur opacité..."          ___Les études de Vincent Peillon le confirme, jamais démenties.  La lutte contre la covid serait facilitée financièrement par cette manne qui s'envole.

La grande évasion continue, elle qui devait être jugulée, aux dires de nos responsables. 

   Mais c'est environ 300 milliards d'évasion de toutes natures que l'on peut encore comptabiliser. C'est à peu près le  budget de l'EN qui nous échappe tous les ans. Et Jupiter parle de "putain de pognon" à propos des dépenses sociales...
   A Bercy, on se félicite de progrès réalisés. Sur certains points comme le secret bancaire dans certains cas, oui, en partie. Pour le reste...on est loin du compte. Il n'y a pas que la fraude en interne.   
 La  lutte est d'autant plus difficile que les paradis sont parfois des géants et que les moyens investis pour des enquêtes approfondies sont dérisoires, comme le rappelait Eva Joly.     Le chemin est encore long...     On croyait tout savoir (ou presque) à l'occasion des dernières révélations livrées par les Panama Papers, les Paradies papers...en attendant d'autres qui pourront encore surprendre.      On imaginait les mal nommés "paradis fiscaux", ou plutôt les enfers pour les Etats et les contribuables, confinés dans des espaces exotiques et plus ou moins lointains, dans le lointain Pacifique ou dans le petit Delware.    Mais pas du tout. Il y a une richesse cachée aussi tout près de chez nous, qui échappe aux comptes des Etats, aux investissements productifs, aux services publics, pour s'investir surtout dans l'espace financier mondialisé à des fins essentiellement spéculatives. Ce que Zucman, entre autres, a parfaitement montré:   .... Le montant des avoirs détenus dans les paradis fiscaux a continué à croître, explique Gabriel Zucman , qui a actualisé ses données pour cette nouvelle édition, à peu près au même rythme que le patrimoine financier. Ce montant atteint aujourd’hui 7 900 milliards d’euros, soit 8 % du patrimoine financier des ménages, et représente une perte de recettes fiscales, pour l’ensemble des Etats, que celui-ci estime à 155 milliards d’euros par an. Ce qui peut sembler relativement faible, mais cette évasion fiscale internationale (car cette estimation ne prend pas en compte la fraude fiscale qui se limite au cadre national) est surtout, et même de plus en plus, l’affaire des très riches, pour lesquels elle représente une part de leur patrimoine nettement plus importante... l’évasion fiscale internationale est de plus en plus réservée aux ultra-riches....

       Ils ont donc bien des raisons d'aimer les paradis, les gros comme les petits, pour "optimiser", détourner, voire blanchir. Ils sont excellents pour échapper au devoir commun de redistribution, voire aux sanctions pour criminalités en tous genres. L'offshore, c'est super pour beaucoup et plus besoin de valises pour transférer petits ou gros trésors à mettre à l'ombre. Quelques clics suffisent.
     On découvre que, tout près de chez nous,  au coeur de l’Europe, qui se proclame solidaire, nos voisins bataves encouragent ce sport qui ne peut que léser ses voisins et les autres, comme le fait aussi Dublin."Officiellement, le "pays des tulipes" ne figure pas sur la "liste noire" de l’Union européenne. Pourtant, à y bien regarder, les Pays-Bas constituent bel et bien LE royaume de l’optimisation fiscale, autrement dit : de l’évasion fiscale légale. Comme le Luxembourg ou l’Irlande, les Pays-Bas ont fait de cette activité une véritable industrie, comme l’explique Lison Rehbinder..."
    Une place forte de l'évasion fiscale disent certains. Ou le saint Graal de l'évasion fiscale jugent d'autres.
        Les paradis fiscaux, c'est fini, disait il y a huit ans Nicolas Sarkozy.
                      Il avait juste parlé un peu trop vite....ou était mal informé. A moins que ce ne soit une bien grossière dénégation.

Iles enchanteresses...

        Les paradis, on y tient,, pensent certains fortunés. L'enfer, c'est le fisc! La TVA, c'est Tu Vas te faire Arnaquer!
   L'île de Man, à deux pas de la GB, offshore à nos portes, est un petit bijou;: on peut y trouver la Rolls-Royce de la finance offshore.
   Les Caïmans, c'est un peu plus risqué, mais c'est si exotique!
       Pas seulement pour les riches particuliers (ils le valent bien!) et les opulentes sociétés méritantes, mais aussi pour les groupes bancaires, même en péril.
   Par exemple, la Société Générale qui réalise 22% de ses profits dans les paradis fiscaux mais n'y emploient que 4% de ses salariés pour réaliser 10% de son chiffre d'affaires.
  Ce n'est pas mal!
      Plus près de nous, le verdoyant Luxembourg du bon Mr Juncker , plus conventionnel, mais discret. Ou le pays du Gouda. Accueil cordial assuré. Comme à la City d'ailleurs, so serious! indeed... Elisabeth II, Donald Trump, Justin...
      Après  Panama, il y a de quoi faire. Les voyages optimisent les capitaux.
         Placement illégal? vous plaisantez. L'argent est fait pour circuler, pour voyager. Il n'y a pas de mur. Et l'industrie financière doit tourner un max. On lave plus blanc...et Total-ment
        Un danger pour nos démocraties?  Faut pas pousser! Il y a toujours assez de gens modestes pour payer des impôts. Pourquoi pas un scandale mondial  tant qu'on y est?       
     Et on peut toujours couper dans les dépenses publiques, ce n'est pas un problème.
  L'état impécunieux peut toujours trouver des solutions: un petit million par ci, un gros milliard par là. La politique de l'essuie glace, connue à l'Elysée. On peut toujours trouver des solutions pour compenser les 60 milliards qui manquent annuellement à la France.
   Un peu d'évasion exotique ne nuit pas. C'est devenu la routine du système.
        Xavier Harrel en avait déjà parlé longuement. Antoine Peillon aussi, de manière très  chiffrée.
                               Des révélations? Pas vraiment. Le client est roi, nonobstant P.Moscovici
      On va donc continuer à optimiser en rond, chacun pour soi.
               A Malte ou ailleurs__________________
_______________- (*) Nous nous engageons à prendre des actions pour parvenir à un système fiscal internatilanl  moderne et juste à l’échelle internationale. »
      Pour 2070?... C'est (pas) dans l'air...
                            ____La richesse cachée des nations
                                                                                   Nous sommes riches et nous ne le savons pas...



               ______________________


jeudi 10 juillet 2025

N'est pas Mozart qui veut

 Ça se discute...

               Et ça se vérifie

                                      A approfondir... en attendant un rapport complet et objectif

" Souvenez vous en 2017, quand l'intégralité des médias de masse faisait la campagne de Macron : il était présenté comme un «Mozart de la finance», jeune et talentueux. Huit ans plus tard, non seulement les finances du pays sont au rouge comme elles ne l'ont jamais été, mais surtout, la pauvreté atteint des niveaux alarmants.
- Lundi 7 juillet l'Insee, l'institut national de statistiques, publiait un rapport révélant que le taux de pauvreté avait grimpé à 15,4% en 2023, contre 14,4% l’année précédente. Une hausse brutale, qui représente 650.000 personnes considérées comme pauvres de plus qu’en 2022, pour un total atteignant 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Le bond de la pauvreté a touché plus particulièrement les familles monoparentales, une sur trois atteignant le seuil de pauvreté.
- Les 20% les plus riches ont des revenus 4,5 fois supérieurs aux 20% les plus pauvres, un écart historique. L’Insee constate une augmentation du niveau de vie des ménages les plus aisés, avec une hausse de 2,1% du niveau de vie pour les 10% les plus aisés. «Il faudrait remonter aux débuts des années 1970 pour constater des inégalités un peu plus fortes», explique l’Insee. Le niveau de vie des 10% les plus riches a progressé de 2,1% en euros constants, tandis que les 30% des plus modestes ont connu une baisse de leur niveau de vie.
- L'augmentation de la pauvreté est particulièrement forte chez les chômeur-ses, une situation provoquée par les réformes qui ont diminué l'allocation chômage, et les mères célibataires, liée aux sous-indexations de prestations sociales comme les APL. Macron a imposé des mesures qui rendent les pauvres plus pauvres et les riches plus riches. Et dans les jours à venir, le gouvernement compte annoncer un gel des prestations sociales dans le prochain budget ainsi qu' un nouveau plan d'austérité.
- Un autre rappel : en 2017, face au nombre de sans abris, Emmanuel Macron déclarait qu’il ne voulait voir «plus personne dans les rues d’ici à la fin de l’année» et que sa première bataille serait de «loger tout le monde dignement». Huit ans plus tard, il n’y a jamais eu autant de sans abris, et jamais autant de morts dans la rue. Le nombre de décès de sans-abris a battu un record l'an dernier selon le recensement du collectif Les Morts de la Rue.
- Autre constat peu connu mais alarmant : en France le taux de mortalité infantile ne fait qu'augmenter, atteignant le chiffre de 4,1 pour 1000 naissances selon les derniers chiffres disponibles. La mortalité infantile est un indicateur du développement d’un pays et de son système de soin. La France se situait à la troisième place en Europe jusque dans les années 2000. Elle est désormais au 20e rang des pays européens. Deux décennies de politiques néolibérales sont passées par là.
- La France dégringole aussi dans le domaine de la corruption. «Une dégradation alarmante et inédite de la situation française» selon Transparency International. L'ONG vient de classer la France à la 25e place de son indice de perception de la corruption. Elle pointe notamment «une absence de volonté, tous bords politiques confondus, de lutter contre les atteintes à la probité». La France est désormais 10 places derrière l’Allemagne et le Danemark, et au même niveau que la Qatar, monarchie gazière, ou les Bahamas, paradis fiscal situé au large de la Floride. Elle entre même pour la première fois dans la catégorie des pays «risquant de perdre le contrôle de la corruption».
- Résultat du macronisme : plus de pauvreté, plus de mortalité infantile, plus de corruption, plus de SDF… mais on pourrait se dire qu'en échange, en bon néolibéral, Macron aurait «redressé les comptes publics» et qu'il s'agitait d'un «mal nécessaire», pour arriver à «l'équilibre budgétaire» comme disent les économistes de droite. Même pas.
- La dette de la France a atteint 3.345,8 milliards d'euros à la fin du premier trimestre 2025. Ce qui représente 114% du PIB. Macron a creusé la dette française de 1.089 milliards d'euros depuis son élection. Le taux d’emprunt de la France à 5 ans est maintenant plus élevé que celui du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie. Comment est-ce possible ? Par un pillage généralisé des ressources publique au profit des plus riches, notamment par des baisses d’impôts gigantesques pour les privilégiés...."
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vendredi 29 novembre 2024

L' épouvantail

La dette fait peur

                 On comprend pourquoi. Nous confondons le plus souvent dette privée et dette publique, ou on nous fait croire que c'est la même chose. C'est culpabilisant. Mais l'Etat n'est pas un ménage. La dette n'est pas le problème que l'on croit ou que l'on présente de manière dramatisée, de manière politiquement surjouée.   Il importe d'abord de dédramatiser. "... La dette profite avant tout à une minorité c’est-à-dire à ceux qui détiennent un patrimoine financier, alors que tous les contribuables, eux, payent à travers leurs impôts les intérêts de la dette...."    (voir ICI)   La situation est compliquée, certes, mais pas insoluble. La France est loin du chemin de la Grèce...


                                                          ___   Selon T.Porcher  "...L'endettement est un épouvantail qu'on agite pour faire de l’austérité. Chaque fois qu'il y a des coupes dans les services publics, cela profite au secteur privé. Dans tous les pays où vous avez une dépense publique faible, vous avez une dépense privée très élevée. Le secteur privé en profite d’autant plus que face à la concurrence internationale, nous avons très fortement baissé la fiscalité sur les grandes entreprises. Beaucoup de grandes entreprises arrivent à échapper, en grande partie, à l'impôt via des mécanismes d'optimisation fiscale.          Prenez par exemple le CAC 40 en France : il y a 1 200 filiales dans les paradis fiscaux. Si les entreprises y vendent des choses qu'elles produisent, pourquoi pas ? Mais si elles ne produisent pas et n'ont pas d'outils de production là-bas, c'est qu’elles y sont pour d’autres raisons. Il faudrait s'interroger là-dessus. Donc la mondialisation a baissé, via la concurrence, les niveaux de fiscalité. Mais elle permet aussi, via des mécanismes fiscaux, d'éviter de payer l'impôt et donc, en partie, de plomber les comptes.                                                                 L'endettement n'est pas un problème parce que les investisseurs veulent encore acheter notre dette. C'est ça, le paradoxe. Je ne dis pas qu'il faut continuer comme cela ad vitam aeternam, mais en fait, ces dix dernières années, nous avons utilisé la dette pour pratiquer de l'austérité dans les services publics, tout en baissant très fortement les impôts. Il y a eu 70 milliards de baisses d'impôts, dont 40 milliards sur les entreprises.  Mais de l'autre côté, cela oblige à couper dans la dépense publique. Et ces dix dernières années, il y a des investissements qui n'ont pas été faits, par exemple à l'hôpital. Un an avant la crise, une aide-soignante du CHU de Rouen a interpellé Emmanuel Macron en lui disant que le système de santé avait besoin de moyens. Il lui répond : « Il n'y a pas d'argent magique. » Il lui dit que la priorité est de réduire la dette et le déficit. Un an après, il explique qu’il va réaliser un plan massif d'investissements pour l'hôpital public.                            La dette a souvent servi pour ne pas faire les investissements nécessaires en temps et en heure. Pourtant aujourd'hui, notre dette est soutenable. Pourquoi ? D’abord parce que les taux d'intérêt, même s'ils augmentent, sont plus faibles qu'il y a six mois.  Deuxièmement, parce qu'il y a deux fois plus d'investisseurs qui veulent acheter notre dette qu'on émet d'obligations. Cela signifie que les investisseurs demandent encore notre dette. Ce qu'il faut, c'est être crédible, proposer un plan de réduction du déficit sur cinq ans ou un peu plus longtemps et ne pas faire des coupes sévères comme nous le faisons. Nous allons couper 60 milliards, soit 2 % du PIB, ce qui équivaut au premier plan d'austérité de la Grèce, qui a eu un impact négatif sur la production et in fine fait augmenter la dette.                                                   En fait, ce que nous percevons actuellement dans les carnets de commandes des entreprises, c’est que nous n’avons plus un problème d'offre, mais un problème de demande. Il faut donc relancer la demande, en augmentant les salaires. Parce qu'aujourd'hui, beaucoup de gens n’arrivent pas à vivre avec le salaire minimum. Et il faut également faire des investissements publics massifs, parce que plein de secteurs ont besoin d'investissements publics : l'éducation, la petite enfance, les maisons de retraite, mais aussi la rénovation des bâtiments, les voitures électriques, l'innovation.    Tous les pays le font, à commencer par les États-Unis, et Trump poursuivra. D'ailleurs, ce qui est assez intéressant, c'est que les débats entre Donald Trump et Kamala Harris abordaient très peu la question de la dette, alors que la leur est supérieure à la nôtre et leur déficit également. Les Chinois ont augmenté de plus de 100 milliards leur déficit pour financer leur plan de relance. Donc, des deux côtés, les concurrents de l'Europe font des plans de relance. Nous nous enfermons dans des questions de déficit ou de dette, alors que nous devrions faire l’inverse. Nous sommes en train de reproduire les mêmes erreurs qu'en 2010. Mais si ce modèle a été abandonné, c’est parce qu’il a failli : dans les années 1970, lors de la stagflation (mélange de stagnation et d’inflation) qui a suivi les chocs pétroliers, et au début des années 1980, avec le plan de relance de Mitterrand. Je ne suis pas d'accord. Il ne fallait pas faire de la relance pour faire de la relance, parce que dans ce cas, nous risquons de redonner de l'argent à plein d'entreprises qui vont continuer à délocaliser et à pratiquer de l'optimisation fiscale. Pour que la relance marche, il faut un stratège à la tête de l’État. Il faut bien choisir les secteurs.                                                                   Dans l'état actuel des choses, si vous relancez en période de mondialisation, l'argent ira tout droit dans la poche des actionnaires. C'est ce qu’il s'est passé avec le CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) : une grosse partie a été captée par les actionnaires. C'est également ce qu’il s'est passé avec la baisse de l'ISF (impôt de solidarité sur la fortune). C'est normalement le but du commissariat au Plan de choisir les secteurs et d’expliquer comment une relance peut être efficace. Et quand on lit leurs rapports, aucune solution n’est proposée.  Après 1981, effectivement, Mitterrand a vite changé d'avis. Au départ, c'était un petit peu bricolé, mais il y avait quand même des choses qui étaient intéressantes. D'ailleurs, un article de Liêm Hoang-Ngoc dans Marianne explique qu'il y avait des réussites sur certains points. Mais les socialistes ont paniqué dès qu'ils ont eu un peu d'inflation. Ils auraient peut-être pu continuer. Mais pour que ce modèle existe, est-ce qu'il ne faut pas, au préalable, rompre le libre-échange et retrouver un peu de souveraineté sur la monnaie ?                Ce serait mieux. L'euro a été mal ficelé. À cause de lui, aujourd'hui, il y a de la concurrence sur le social, sur le fiscal, parce qu’il n’y a plus la possibilité de dévaluer. Mais sortir de l'euro, c’est autre chose. Même si techniquement cela a été théorisé par plein de gens, dans les faits, je pense que l’impact serait trop brutal, dans une situation où les gens comme l'économie sont très fragiles. Je ne sais pas si quelqu'un serait prêt à le vivre. Donc il faut faire avec.                                                                                                                                              Il y a deux solutions. Soit on part du cadre européen et on tente de réformer l'Europe. C'est un peu le serpent de mer dont on parle depuis Yanis VaroufakisPodemos, etc. Soit on se dit qu’on reprend une partie des leviers, notamment la politique budgétaire à l'échelle nationale, en taxant par exemple les plus riches, etc. Au niveau national, nous avons quand même des marges de manœuvre.                                                                                                                                    Déjà, parce que c'est une économie qui renforcerait les services publics. Et vous savez ce qu'on dit ? Les services publics, c’est le patrimoine du pauvre. L'éducation, la petite enfance, l'hôpital, cela touche beaucoup de monde, notamment avec une population qui vieillit : 80 % des dépenses de santé se font après soixante ans et nous sommes en train de faire encore des économies sur l'hôpital et nous voulons en faire sur les retraites. C’est une économie dans laquelle le modèle social serait préservé et les services publics seraient relancés. [ "Il est temps de remettre l'économie à sa place : au service des besoins sociaux et des écosystèmes"]  Enfin, il y a la question du meilleur partage de la richesse créée, que ce soit avant la taxation ou après. Actuellement, dans la distribution des revenus primaires, il y a des différentiels que j'estime trop grands. Il faudrait réduire l’écart entre revenu primaire et préserver nos mécanismes de redistribution. Tout cela profiterait à la majorité de la population. Cela ne signifierait pas que les 1 % s’appauvriront. Lorsque nous regardons les années 1950 à 1970, les 1 % s'enrichissaient toujours, mais moins vite que le reste de la population. Depuis, ils s'enrichissent plus vite. C'est cela qui n'est pas normal.                                     _Le keynésianisme a été un modèle qui a sauvé le capitalisme, en le régulant. Ne faut-il pas peut-être sortir de ce mode de production ?_ 
L’anticapitalisme, c’est intéressant théoriquement parlant, dans les débats, dans des échanges intellectuels. Mais concrètement, je constate autour de moi que la plupart des gens veulent juste avoir un peu plus de revenus, pour pouvoir avoir un peu plus de loisirs et partir en vacances, avoir des meilleures conditions de travail, des meilleurs transports publics...."   _____________

samedi 15 juin 2024

Les dires de Zucman

Une utopie?

             Pas du tout. Les mesures ont connu un début de réalisation dans certains pays. Un certain nombre d'économistes et de décideurs politiques sont prêts à franchir le pas, sans léser qui que ce soit, au contraire, en contribuant à davantage de justice sociale, de répartition de la richesse collective. Un grand manque à gagner pour la collectivité échappe régulièrement des caisses de l'Etat. "Légalement" ou non. Zucman est l'homme qui s'intéresse aux paradis fiscaux qui ne cesse de prospérer et aux évasions, souvent à grande échelle, déstabilisant la gestion économique des pays qui en sont victimes. Certains ultra-favorisés vont dans le ses de l'auteur, comme certains pays, modestement!

      


       On se rappelle de l'affaire des Paradis Papers, qui a fait grand bruit.

L’économiste Gabriel Zucman, professeur à l’École d’économie de Paris, porte depuis plusieurs années au niveau mondial l’idée d’un impôt sur les grandes fortunes. Il estime que la campagne accélérée pour les élections législatives, qui se tiendront les dimanches 30 juin et 7 juillet, est une bonne occasion de remettre sur la table la proposition d’un impôt sur les patrimoines des milliardaires, ridiculement imposés en France. 

"   L’idée d’un nouvel impôt sur la fortune réémerge à gauche en ce début de campagne aux élections législatives. Son rétablissement figure dans l’accord pour un Nouveau Front populaire intervenu jeudi 13 juin au soir. Pourquoi faut-il, selon vous, remettre sur la table le sujet de la taxation du patrimoine des ultrariches 

Gabriel Zucman : D’abord parce qu’il y a une forte demande de l’opinion publique pour abolir les privilèges fiscaux. Les milliardaires ont des taux d’imposition ridiculement faibles en France. Pour ce qui concerne l’impôt sur le revenu, leur taux effectif est de moins de 2 %, en raison du recours généralisé aux sociétés holdings. Normalement pierre angulaire de la progressivité du système fiscal, l’impôt sur le revenu échoue à remplir sa mission. La France est un paradis fiscal pour les milliardaires : si tous partaient demain s’installer aux îles Caïmans, cela ne changerait quasiment rien aux recettes du Trésor public !                                                                                Il n’y a en fait que l’impôt sur les bénéfices payé par les entreprises qu’ils possèdent qui touche in fine les milliardaires. Ce qui fait que, tous impôts compris, leur taux de prélèvement obligatoire est de l’ordre de 27 %, selon les chiffres de l’Institut des politiques publiques, quand le Français moyen paie – à nouveau tous impôts compris – un peu plus de 50 %. Il y a là une différence de traitement injustifiable.

_____Quel nouvel impôt sur le patrimoine des très riches faudrait-il instaurer en France ? 

Il faut tirer les leçons du passé : ne pas simplement ressusciter l’ISF [impôt sur la fortune, supprimé par Emmanuel Macron en 2018 – ndlr] mais créer un nouvel impôt sur les ultrariches. L’ISF échouait à taxer les plus grandes fortunes car trop de niches fiscales lui étaient adossées. Il faudrait, à mon sens, prendre exemple sur l’impôt proposé par Bernie Sanders aux États-Unis durant la primaire démocrate en 2020, qui taxait progressivement, et sans exonération, les patrimoines supérieurs à 32 millions de dollars au taux de 1 %, ceux supérieurs à 50 millions à 2 %, jusqu’à 8 % au-dessus de 10 milliards.                                                                                 On pourrait s’en inspirer en France en instaurant un impôt sur le patrimoine de 1 % au-delà de 10 millions d’euros, 2 % au-delà de 20 millions d’euros, 3 % au-delà de 100 millions, jusqu’à 8 % au-delà de 10 milliards. Cela pourrait rapporter de 30 à 40 milliards d’euros par an au fisc français, un montant tout à fait significatif. 

   _____Ne craignez-vous pas que l’on oppose à votre proposition que les riches s’en iront de France pour aller dans un pays à la fiscalité plus favorable, car c’est l’ordre des choses ? 

C’est toujours le risque – et c’est pourquoi il faut coupler cet impôt sur le patrimoine à une taxe sur l’exil fiscal. Concrètement, les contribuables fortunés vivant depuis longtemps en France continueraient à être soumis à l’impôt français – par exemple pendant dix ans – s’ils décidaient de s’installer dans un pays à fiscalité avantageuse. Prenons l’exemple d’un milliardaire qui déménagerait de Paris vers la Suisse : le fisc français viendrait alors collecter la différence entre l’impôt dû dans son nouveau pays de résidence et ce qu’il payait jusqu’ici en France. L’administration fiscale française jouerait en quelque sorte le rôle de collecteur fiscal de dernier ressort.    Il est techniquement possible de mettre en œuvre une telle proposition car, depuis 2018, il y a un échange automatique des données bancaires entre les établissements financiers d’une centaine de pays – dont la Suisse, le Belgique ou le Luxembourg – et l’administration fiscale française.   Il faut le marteler : l’exil fiscal n’est pas une loi de la nature qui rendrait impossible, au niveau national, d’entreprendre quoi que ce soit pour taxer les milliardaires au motif qu’ils s’en iraient. Un futur gouvernement français pourrait très bien, dès la mi-juillet, mettre en œuvre une taxation unilatérale des ultrariches, couplée à ce mécanisme de taxation des exilés fiscaux afin d’enrayer la mécanique de la concurrence fiscale internationale. Cela rapporterait rapidement des milliards aux caisses de l’État, qui pourraient être immédiatement réinvestis dans les services publics. 

Il y a un besoin massif d’investissements dans les services publics, que ce soit dans l’éducation, la santé ou les infrastructures.

Gabriel Zucman

         Oui mais tout de même, ce serait branle-bas de combat dans le milieu des affaires parisien, qui serait, sans aucun doute, vent debout contre une telle proposition… 

Bien sûr. Il ne faut pas être naïf et sous-estimer la capacité de mobilisation des personnes concernées. Cela dit, il faut rappeler que ce n’est pas aux milliardaires de décider quels doivent être les taux d’imposition qui s’appliquent à eux, mais aux citoyens français, par le vote. C’est la démocratie.

Et même chez les plus fortunés, de plus en plus commencent à comprendre le caractère insoutenable de la situation actuelle, qui voit, je le rappelle, les milliardaires avoir des taux d’imposition deux fois plus faibles que le reste de la population. Ce privilège alimente la montée des inégalités, et en retour un fort sentiment de défiance vis-à-vis des institutions. C’est une mauvaise chose pour le pays, y compris pour les grandes fortunes elles-mêmes, qui n’ont économiquement pas intérêt au délitement de la cohésion sociale.                                                                                                                          Mais surtout, il y a un besoin massif d’investissements dans les services publics, que ce soit dans l’éducation, la santé ou les infrastructures. Ces biens publics sont le moteur de la croissance économique et la clé de l’attractivité future de la France. L’abolition des privilèges fiscaux pour financer ces investissements aurait toutes les chances d’être un pari gagnant économiquement – en plus d’améliorer la situation sur le terrain des inégalités et de la justice sociale. 

   ______Nous avons beaucoup parlé de la France, mais la taxation des plus riches est un sujet qui doit aussi se coordonner à une échelle plus large…  

À mon sens, il nous faut avoir trois niveaux d’action. Au niveau mondial d’abord, il est nécessaire de réécrire les traités de la mondialisation, de sortir de la logique de la concurrence fiscale et de mettre au cœur de la coopération internationale la lutte contre les inégalités, contre l’opacité financière et pour l’harmonisation fiscale. C’est le sens de mon travail avec l’Observatoire européen de la fiscalité, par exemple pour œuvrer à la création d’un impôt minimum mondial sur les ultrariches.  

Ensuite, on peut faire d’énormes progrès dans cadre de coalitions entre pays. Un accord international n’est pas indispensable pour lutter contre l’évasion fiscale ; nul besoin d’unanimité. 

L’exemple le plus clair en est donné par l’accord signé par de nombreux pays en 2021 pour mettre en œuvre un taux minimum d’impôt sur les bénéfices de 15 % – certes trop faible – pour les sociétés multinationales. Il y a dans cet accord une clause de « collecteur fiscal de dernier ressort » qui, lorsque certains pays rechignent à appliquer l’impôt minimal, autorise les autres à surtaxer les multinationales de façon à ce que leur taux effectif atteigne tout de même 15 %.     Pour être concret, en Europe où s’applique cet accord depuis le 1er janvier 2024, les pays auront bientôt le droit de surtaxer les bénéfices des multinationales américaines ou chinoises – deux pays qui n’appliquent pas l’impôt minimum – pour que ces dernières soient assujetties aux mêmes règles que les entreprises du Vieux Continent.    Enfin, il est possible d’agir au niveau national, comme je l’ai déjà expliqué pour la France, par exemple en créant un impôt sur la fortune sans niche fiscale couplé à un dispositif anti-exil fiscal.

Le fait que Joe Biden fasse de la taxation des ultrariches un thème central de sa campagne témoigne d’un changement de mentalité rapide et puissant au sein des élites démocrates.

Gabriel Zucman L’impôt sur la fortune a-t-il le vent en poupe au niveau international ? 

        Si l’on prend d’abord le cas des États-Unis, on voit que le président Joe Biden, qui avait pourtant fait campagne en 2020 contre la proposition portée par Bernie Sanders et Elisabeth Warren de taxer les plus riches, l’a en grande partie reprise à son compte durant son mandat en tentant (pour le moment en vain) de faire voter une « billionaire income tax ». 

Et il a cette année inscrit dans son programme cette proposition pour se faire réélire. Le fait que Joe Biden, qui ne vient pas vraiment de l’aile gauche du Parti démocrate, fasse de la taxation des ultrariches un thème central de sa campagne témoigne d’un changement de mentalité rapide et puissant au sein des élites démocrates. 

  ______Il faut ensuite parler de ce qu’il se passe actuellement au G20, grâce au volontarisme du Brésil, qui en exerce actuellement la présidence, et qui a fait de la question de la taxation coordonnée des très grandes fortunes une priorité de son agenda. C’est une première, G20 et G7 confondus ! J’ai été invité en février à parler devant les ministres des finances du G20 pour formuler des propositions en la matière – en l’occurrence un impôt minimum sur les milliardaires mondiaux, égal à 2 % de leur patrimoine – dont les modalités techniques seront précisées dans un rapport publié à la fin du mois.  Ce qui m’a frappé dans la réponse des ministres, ce sont les retours positifs de la plupart des pays. Que ce soit en Afrique, en Amérique du Sud ou en Europe, de nombreux gouvernements ont salué l’initiative brésilienne d’inscrire ces sujets à l’agenda, et depuis trois mois de plus en plus se rallient à la proposition que nous portons. Cela illustre la demande mondiale pour plus de justice fiscale que l’on perçoit dans les enquêtes d’opinion, et la pression démocratique croissante pour ce type de mesures, partout plébiscitées par les opinions publiques.Mathias Thépot]

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