Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!

mardi 20 août 2019

Comme Crésus

Pourquoi les riches?                (Bis repetita)
...Parce qu'ils le valent bien
     C'est pas le tout de gagner un milliard par an, il faut encore le dépenser. (Coluche)
   Et que de soucis! Gagner 4 millions à l'heure, ce n'est pas une sinécure...Demandez à Bernard. La vie n'est pas simple.
                 __Y a-t-il un sens à avoir tout et mille fois au-delà?...
Par exemple, les locataires de la  Villa Montmorency,  Liliane Bettencourt ...dont on peut s'amuser à calculer le revenu...
 Toujours plus de milliardaires.
      Aux Etats-Unis, 1 % des ménages captent 23 % du revenu global et vivent "sur une autre galaxie"
  La très grande richesse, dont on a parfois pas idée, n'est pas gênante en soi, même si elle ne peut combler le plus ambitieux des hommes. Mille vies ne suffiraient pas pour profiter de tant de fortunes amassées et stériles. Autant d'argent qui ne va pas dans la production, génératrice d'emplois, et qui s'égare dans certains paradis, enfers de l'économie réelle. Et plus personne ne croit à la théorie du ruissellement.
____Ce qui pose problème, c'est sa coexistence avec la masse des personnes vivant de peu ou de rien, les pauvres et les précaires, ceux pour qui dix euros comptent à la fin du mois. C'est l'exploitation qui est faite d'un main d'oeuvre qui coûte parfois si peu, surtout du côté de l'Asie.
Comme le disait il y a peu avec un certain bon sens un certain PP, sur TF1 " Le patron de (votre) chaîne, Martin Bouygues, 2,5 milliards de fortune, c'est inadmissible !"...Il faudrait, je crois, 200.000 ans de travail pour qu'un smicard puisse gagner autant !.. "C'est pour dire la disproportion qui existe aujourd'hui dans cette société-là et on dénonce un système qui est capable de condamner des millions de gens à la pauvreté, au chômage, qui n'arrivent plus à se soigner, à se loger..."
   C'est le temps des riches, les assistés de la France d'en-haut, à la richesse ostentatoire et décomplexée, toujours en hausse.
  Dans la France des inégalités croissantes, où les riches s'enrichissent toujours plus et les pauvres
s'appauvrissent davantage. Le Pactole ne coule pas pour tous.
  Des riches que certains aimeraient parfois imiter, surtout ceux des ghettos de la fricosphère, qui ont parfois une certaine idée de leurs capacités de bienfaisance...
  La crise.leur va plutôt bien.
_______________________

lundi 19 août 2019

Nuages dans le ciel

Périls en la demeure?
            Les nuages ne sont pas toujours signes d'orages destructeurs.
               Mais parfois ils annoncent des menaces possibles, sans que l'on soit sûr de leurs déclenchements et de leurs puissances.
  La conjoncture économique, qui est aussi géopolitique, n'est pas bonne, aux dires de nombreux spécialistes. C'est un euphémisme. Surtout en cette période.
  Serions-nous à l'aube d'un basculement imminent? d'une nouvelle crise?
   Il ne s'agit pas de crier "au loup", mais il arrive souvent que l'histoire se répète,  ou... bégaie.
 Il n'y a pas que certaines pratiques bancaires qui inquiètent.
La crise obligataire n'est pas bon signe et les risques d'une récession mondiale s'accumulent
 Certains ne prédisent qu'un "amorti", d'autres évoquent un tsunami financier et d'autres de plus grands risques.
______Comme le diagnostique Martine Orange, qui ne joue pas au devin mais diagnostique une convergence de signes qui devrait inquiéter:
                                                       " ...Il y a des signes qui ne trompent pas. Quand les financiers brusquement redécouvrent l’attrait de l’or, quand ils sont prêts à perdre de l’argent pour le mettre dans des placements jugés sûrs, quand ils commencent à s’inquiéter de la liquidité sur les marchés, c’est que la mécanique financière est en train de se dérégler, que la peur est en train de gagner.
    Depuis le début du mois d’août, le spectre d’une nouvelle crise est revenu planer. Des secousses de plus en plus fortes, de plus en plus fréquentes saisissent les marchés. Mercredi 14 août, Wall Street a connu sa plus forte chute depuis le début de l’année : − 3 % en une séance. Dix jours auparavant, le marché financier américain avait connu une baisse à peu près comparable, avant de se reprendre un peu.
    Les signes de dérèglement les plus patents sont sur les marchés obligataires. Leur univers désormais est celui des taux négatifs, où l’argent ne vaut plus rien, où des banques font payer les déposants pour garder leurs avoirs. Mercredi, les derniers points de résistance se sont effondrés : les courbes des taux des obligations américaines et britanniques sont désormais inversées ; emprunter de l’argent à dix ans coûte moins cher qu’emprunter à deux ans. Cette inversion des courbes, qui n’est pas intervenue depuis 2007, est analysée comme un chat noir par le monde financier. Beaucoup y voient les signes annonciateurs d’une récession imminente.
    Brusquement, les financiers prennent en compte des informations, à l’œuvre pourtant parfois depuis des mois, mais qu’ils avaient minimisées, négligées, voire superbement ignorées. La récession qui menace l’Allemagne et toute la zone euro, l’essoufflement de la croissance américaine, l’escalade des tensions entre la Chine et les États-Unis, le ralentissement chinois, le conflit à Hong Kong, le Brexit, l’Argentine…Tout devient source d’inquiétude et d’alarme.
     Alors que les craquements du monde deviennent assourdissants, des flots de capitaux vont déjà se cacher dans les lieux censés être les plus sûrs. L’once d’or est ainsi revenue au-dessus de la barre des 1 500 dollars pour la première fois depuis 2013. Les signatures jugées sûres, comme celles de l’Allemagne, de la Suisse, de la Suède, de la France, sont recherchées, quel qu’en soit le prix. Toutes les obligations d’État allemandes et suisses, même au-delà de 30 ans, ont des taux négatifs. En d’autres termes, pour garder leurs avoirs en lieu sûr, les investisseurs acceptent de perdre de l’argent. La totalité des titres offrant des taux négatifs dans le monde est estimée désormais à 15 000 milliards de dollars
      « Pour l’instant, certains investisseurs restent encore sur la piste de danse, puisque l’orchestre joue encore. Mais ils se tiennent près de l’issue de secours, au cas où la musique s’arrêterait brutalement », écrivait il y a quelques jours un des chroniqueurs du Financial Times, résumant l’état d’esprit ambiant.
    Et la musique risque de s’arrêter brutalement. Quand ? Comment ? Pourquoi ? Les analystes et les économistes avancent des hypothèses. Chacun a ses explications ou ses obsessions du moment : la Chine, le Brexit, Donald Trump, l’endettement privé. Mais tous dressent finalement un même constat : le système actuel est à bout de souffle.
     L’addition de la crise non résolue de 2008, faute d’avoir voulu tirer les leçons des échecs qui l’avaient provoquée, et des remèdes qui y ont été apportés avec une débauche d’argent gratuit déversé dans le système financier par les banques centrales a contribué à créer une instabilité, des déformations économiques et des niveaux d’inégalité ingérables, sans parler des problèmes environnementaux. Le moindre grain de sable peut gripper la machine, la moindre étincelle mettre le feu aux poudres. Le moindre tweet, surtout.
     C’est un tweet vengeur de Donald Trump, début août, qui a provoqué la nervosité actuelle. Furieux des décisions de la Fed, qui n’allait pas assez loin à son goût, le président américain a annoncé le 1er août une augmentation de 10 % des droits douaniers sur toutes les importations chinoises qui n’étaient pas encore taxées.
    L’annonce a pris tout le monde de court, à commencer par Pékin. Mais elle était surtout à usage interne : « C’est la Fed et non la Chine qui est visée »analyse un éditorialiste de Bloomberg. En poursuivant l’escalade des tensions avec la Chine, le président américain veut forcer la main au président de la Réserve fédérale, avec lequel il est en conflit depuis l’automne, et l’obliger à baisser les taux directeurs américains, voire à renouer avec la politique de rachats de titres (quantitative easing) qu’elle a abandonnée depuis 2015.
    Car Donald Trump est en campagne pour sa réélection. Il a besoin de présenter un bilan, prouvant que sa politique est la bonne, qu’avec lui, « America is back ». Or, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Les formidables allègements fiscaux (baisse de l’IS de 35 % à 21 %, suppression des droits sur les capitaux rapatriés) qu’a consentis l’administration Trump aux grands groupes, pour les inciter à ramener leurs capitaux cachés dans les paradis fiscaux, n’ont pas eu les effets escomptés.
    Selon les estimations, à peine 400 milliards de dollars sont revenus aux États-Unis. Les groupes se sont servis de cet argent pour augmenter leurs dividendes, racheter leurs actions mais pas pour investir et créer des emplois. Ce qui prouve à nouveau au passage l’inanité de la théorie du ruissellement, établie sur un coin de table par l’économiste Arthur Laffer.
      Pendant ce temps, l’État américain a continué à s’appauvrir. En 2018, les recettes fiscales sur les entreprises ont diminué de 22 %, à 263 milliards de dollars, tandis que le déficit budgétaire américain se creusait de 17 % à 779 milliards de dollars. Pour les dix premiers mois de l’année fiscale en cours – l’année fiscale se termine fin septembre aux États-Unis, le déficit a encore augmenté de 27 % à 866,8 milliards de dollars. Il risque de dépasser allègrement les 1 000 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année.
     Mais les résultats de Donald Trump sont encore plus piteux en matière de rééquilibrage commercial, avancé comme justification dans la guerre commerciale avec la Chine. Dans un récent article publié dans le New York Times, l’économiste Paul Krugman reprenait tous les chiffres de cette guerre commerciale lancée contre Pékin depuis un an. Ses conclusions sont implacables : « La guerre commerciale ne marche pas. Elle ne conduit pas aux résultats escomptés par Trump. »
     À l’appui de sa démonstration, Paul Kurgman donne des chiffres : le déficit commercial avec la Chine augmente au lieu de baisser ; les débouchés américains, notamment pour les produits agricoles, se réduisent ; les entreprises n’ont pas ramené leurs activités aux États-Unis mais les ont déplacées vers d’autres pays comme le Vietnam ; et ce sont les consommateurs américains qui finalement doivent payer le prix des augmentations des tarifs douaniers imposés aux importations chinoises. 100 milliards de dollars seraient ainsi prélevés chaque année sur le budget des ménages américains, selon ses estimations.
     D’où les pressions sur la Banque centrale américaine pour qu’elle renoue avec une politique monétaire non conventionnelle. Abaisser les taux dans une économie où tous les ménages empruntent à taux variable, c’est donner une bouffée d’oxygène immédiate aux consommateurs, leur donner le sentiment qu’ils regagnent du pouvoir d’achat. Déverser à nouveau des milliards, c’est soutenir un système financier et des marchés dopés à l’argent gratuit, c’est créer une apparence de richesse censée soutenir l’économie.
    Rien ne prouve que les remèdes déjà utilisés maintes fois par la Fed auront cette fois les mêmes effets. Car ils sont devenus en partie la cause des malaises et des tensions actuelles. Mais ce n’est pas la préoccupation de Donald Trump : l’important est de donner l’illusion du succès de sa politique, d’une économie prospère. Au moins le temps d’une campagne électorale.
     Ayant depuis le début de sa présidence institué le Dow Jones comme baromètre de sa politique, Donald Trump s’est alarmé de sa chute ces derniers jours. Comprenant peut-être qu’il avait été trop loin, il a annoncé le 13 août que la nouvelle hausse des tarifs douaniers pour les importations chinoises, prévue initialement pour début septembre, serait reportée à décembre. Un geste de bonne volonté dans l’espoir de trouver un accord commercial large avec Pékin, a expliqué le président américain. Dans les faits, il semble aussi que l’administration Trump ait pris conscience qu’une hausse brutale des tarifs, notamment sur tous les composants et produits électroniques, jusque-là épargnés, risquait de provoquer une rupture brutale pour les entreprises high tech
     Pendant une demi-journée, Donald Trump a pu se croire maître du monde : le Dow Jones s’est envolé. Le lendemain, la fête était finie : les marchés financiers mondiaux ont plongé durement, l’indice phare de Wall Street en tête. Avec sa mauvaise foi habituelle, Donald Trump s’est défaussé de toute responsabilité, accusant à nouveau dans un tweet vengeur le président de la Réserve fédérale d’être responsable de tout. Puis il a multiplié les déclarations à l’adresse de « son ami » Xi Jinping, lui proposant une rencontre pour régler les différends commerciaux entre les États-Unis et la Chine, et parler du sort de Hong Kong.
     Il y a encore quelques mois, cette invitation aurait pu avoir quelque chance d’aboutir. Mais elle risque de rester lettre morte, désormais. Car le gouvernement chinois a changé d’attitude. Il ne cherche plus, comme il y a un an quand Donald Trump a pris ses premières sanctions douanières, à temporiser, à rappeler son attachement aux traités internationaux, à l’ordre international. Il est désormais décidé à défendre ce qu’il considère comme ses droits et ses ambitions, même s’il lui faut en payer un prix élevé.
    Le monde a pris la mesure de ce durcissement le 5 août. Ce jour-là, le président Xi Jinping a annoncé sa riposte, en représailles aux nouvelles hausses douanières annoncées par les États-Unis. Non seulement la Chine ne reprendrait pas ses achats de soja américain, comme elle l’avait fait miroiter dans les négociations, mais elle laissait filer sa monnaie, permettant au yuan de passer pour la première fois sous le seuil symbolique de 1 dollar pour 7 yuans
     Contrairement à la plupart des pays, la Chine garde un contrôle étroit de sa monnaie : elle encadre les fluctuations du yuan dans un couloir de 2 %, autour d’un cours pivot. Malgré le ralentissement de l’économie chinoise depuis plus d’un an et les sanctions américaines, les autorités de Pékin ont veillé pendant tout ce temps à ne pas laisser tomber la valeur de la monnaie, afin de ne pas être accusées de manipuler leur monnaie en vue de soutenir leurs exportations et d’effacer les sanctions douanières américaines. Le yuan a perdu 10 % de sa valeur par rapport au dollar l’an dernier. Pour certains économistes et même le FMI, il aurait pu chuter beaucoup plus, compte tenu de la situation économique de la Chine.
     Voir les autorités chinoises autoriser la monnaie à passer au dessus des 7 yuans, considérés comme la ligne magique par les marchés, et même fixer ironiquement par la suite le nouveau cours pivot à 7,0001 yuans pour un dollar, ne peut être lu que comme un signe politique. Pékin ne s’en cache même pas d’ailleurs. Dans un communiqué, la Banque centrale de Chine a expliqué que la chute du yuan était « due aux effets des mesures unilatérales et protectionnistes [américaines – ndlr] et aux prévisions à la suite des annonces tarifaires contre la Chine ».
    « Ça s’appelle de la manipulation monétaire », s’est emporté Donald Trump, avant de s’en prendre à nouveau à la Fed. Dans la minute, tous les marchés ont commencé à dégringoler, s’alarmant de l’escalade des tensions entre La Chine et les États-Unis. « Les représailles de Pékin sont massives ; sur une échelle de 1 à 10, elles sont à 11. […] les mesures prises par Pékin ciblent directement la Maison blanche et semblent conçues pour avoir un impact politique maximum », dit Chris Krueger, responsable à l’institut de recherche Cowen.
     Des économistes commencent à évoquer les risques d’une nouvelle guerre des monnaies, chaque pays tentant de soutenir son activité en pratiquant des dévaluations compétitives sur le dos des autres. Les souvenirs des effets dévastateurs des politiques suivies pendant les années 1930 sont rappelés à tous. La comparaison avec les événements de la « Grande Dépression » n’est toutefois pas totalement pertinente. Car il y a une dimension nouvelle par rapport aux années 1930 : la liberté totale de circulation des capitaux.
     Chaque changement de taux, chaque mouvement de monnaie amènent dans les heures qui suivent des déplacements massifs de capitaux, qui, libres de tout mouvement, se déplacent à la vitesse de la lumière, pour trouver des places plus rentables ou spéculer sur les écarts entre les monnaies des uns et des autres. Cette masse de capitaux volants, qui a grossi dans des proportions gigantesques avec la création monétaire débridée depuis la crise de 2008, est désormais un facteur d’instabilité financière, économique et politique majeure, comme le prouvent les derniers événements en Argentine. La Chine n’est pas à l’abri de cette menace. Elle aussi doit gérer au plus près les risques de fuite de capitaux. D’autant que, malgré ses excédents commerciaux gigantesques, sa balance des paiements ne cesse de se détériorer et pourrait devenir négative dès cette année.
      Mais il y a un autre facteur qui inquiète la planète financière dans l’attitude récente de la Chine. Le ton très dur adopté par Pékin, accompagné de campagnes ultranationalistes dans le pays, laisse entendre que la Chine est désormais déterminée à jouer sa partie, à défendre ce qu’elle considère comme ses intérêts et prépare sa population à accepter de lourds sacrifices, si cela s’avère nécessaire. L’approche coopérative que Pékin avait adoptée depuis 30 ans n’est plus de mise.
      Or, le rôle de la Chine a été déterminant ces dernières années. Tout au long de la crise financière de 2008, Pékin a accepté de prendre des mesures extraordinaires pour stabiliser l’économie mondiale, injectant des centaines de milliards pour éviter l’effondrement de ses banques, mais aussi relancer la machine économique, soutenir une demande internationale. Rarement un gouvernement aura mis autant de moyens sur la table en temps de paix pour soutenir les équilibres précaires du monde, rappelle l’historien Adam Tooze dans son livre Ces dix années qui ont changé le monde. Ces mesures, qui se sont traduites par des surinvestissements et un surendettement, sont aujourd’hui une des causes du ralentissement et du malaise chinois.
     Qu’adviendra-t-il si, en cas de crise, le gouvernement chinois n’est plus d’accord pour aider à stabiliser le système économique et financier mondial ? Des économistes assurent que, malgré tout, Xi Jinping n’est pas prêt à tirer un trait sur une politique de soft power, mise en œuvre après le massacre de Tian’anmen, qui lui a été profitable. La façon dont Xi Jinping va gérer la question de Hong Kong dans les jours, voire dans les heures qui viennent dira ce qu’il en est.
    Une des victimes collatérales manifestes de cette escalade des tensions entre la Chine et les États-Unis est l’Europe. Et elle risque sans doute d’être un des terrains d’affrontement privilégiés entre les deux superpuissances à l’avenir.
     L’Allemagne, première puissance économique du continent, est la première atteinte. Son modèle mercantiliste, reposant sur des excédents commerciaux hors norme et leur recyclage financier à Wall Street, est touché au cœur depuis la montée des tensions commerciales mondiales. Elle voit des marchés se fermer, des débouchés disparaître. La Chine, qui était son premier client, est en passe de devenir son premier concurrent. De plus, la spécialisation de son économie, bâtie sur l’industrie automobile, est remise en cause, au fur et à mesure que les questions environnementales deviennent de plus en plus préoccupantes.
     Au deuxième trimestre, l’Allemagne a enregistré une baisse de 0, 2 % de son activité économique. Pour de nombreux observateurs, Berlin n’échappera pas à une récession cette année. La contraction de l’économie allemande a déjà entraîné un ralentissement dans ses principaux pays sous-traitants (Hongrie, Pologne, Tchéquie). Mais elle risque aussi d’emmener avec elle toute la zone euro, qui ne s’est toujours pas relevée de la crise de 2008.
      Pourtant, rien ne bouge. L’Allemagne a ainsi répété ces derniers jours qu’elle se refusait à renoncer à sa règle d’or de l’équilibre budgétaire, comme ne cessent de le lui suggérer de nombreux économistes, afin d’adopter des mesures contracycliques susceptibles de soutenir son économie et celle de l’Europe.
     Alors, une nouvelle fois, la Banque centrale européenne est montée au créneau. Inquiète des risques grandissants dans le système financier mondial, elle a fait savoir de façon tout à fait inhabituelle le 15 août qu’elle était prête à prendre des mesures de soutien hors norme pour venir en aide à l’économie européenne dès le début septembre. « Il est important que nous élaborions un train de mesures important et percutant en septembre. Lorsque vous travaillez avec les marchés financiers, il est souvent préférable de tirer plus fort plutôt qu’en dessous, et de disposer d’un ensemble très solide de mesures politiques, plutôt que de bricoler », a déclaré Olli Rehn, membre du conseil de la BCE en tant que gouverneur de la Banque centrale de Finlande.
      Alors que les taux directeurs de la BCE sont déjà négatifs, que l’institution monétaire a racheté des tombereaux de titres obligataires ces dernières années pour 2 600 milliards d’euros, beaucoup se demandent de quelles armes dispose encore la Banque centrale européenne pour reprendre sa politique de soutien monétaire. Très introduit dans les plus grandes capitales européennes, le fonds d’investissement BlackRock suggère que la BCE ose franchir le dernier pas et fasse comme la Banque centrale du Japon : racheter directement des actions. Ce qui reviendrait purement et simplement à nationaliser les marchés et à débarrasser les investisseurs de tout risque…
    La parenthèse de la mondialisation telle que nous la connaissons depuis 30 ans, depuis la chute du mur de Berlin, est en train de se refermer. Une certaine démondialisation a déjà commencé, sans que l’on puisse savoir à ce stade quelle forme prendra la suite. C’est face à cette décomposition accélérée de l’ordre ancien que les responsables du G7 (États-Unis, Allemagne, Japon, Canada, France, Italie, Royaume-Uni) vont se retrouver à Biarritz entre le 24 et 26 août.
     Cette réunion, comme tant d’autres auparavant, risque de n’aboutir qu’à des déclarations de circonstance. Comme à leur habitude, les responsables politiques, incapables de tirer la moindre leçon de leurs échecs passés, seront tentés de dire qu’il est urgent d’attendre. Comme à leur habitude, ils n’imagineront pas adopter d’autre approche, tant leurs traités, leurs politiques, les principes idéologiques qui les sous-tendent, leur semblent des chefs-d’œuvre indépassables. Au risque du monde…"
_______________________

dimanche 18 août 2019

Billet dominical

_ Quand le passé compromet le présent.
                        Un conflit qui s'endurcit.

_ Les vaches méritent mieux.

_ Les Blancs sont évidemment supérieurs.
                                Mieux vaut ne pas être noirs.

_ Mais jusqu'où iront-ils?  Le monde à l'envers?
             Des dangers d'une finance hors-sol. Inquiétudes bancaires.

_ Dictature du numérique?
                    Des usages discutables. Des dérives potentielles.

_ Les serpents n'ont pas toujours mauvaise presse.
                      Les mythes s'en emparent.

_ Ça continue...Ce n'est pas le fruit du hasard.

_ Une éco-radicalité de spectacle.

_ Feue l'Amazonie?
                                  _________________________________________________

samedi 17 août 2019

Les soucis de Mamie

Berlin ébranlé.
                        Malgré son départ programmé,  Angela se fait du mouron.
         Il n'y a pas qu'elle qui tremble, mais aussi plus d'un responsable économique, s'inquiétant d'une possible récession. Pour un pays qui a misé l'essentiel de son industrie sur l'exportation, la conjoncture n'est pas au mieux. C'est une litote.
    Certains parlent de la fin du "miracle allemand", un miracle décrit depuis longtemps comme assez illusoire par les plus lucides.. Ceux qui voulaient s'en inspirer sont aujourd'hui plus circonspects. Un mythe qui ne dit rien des profondes inégalités creusées par les orientations schröderienne et des chroniques manques d'investissements intérieurs.
 Les excédents commerciaux deviennent un problème.
    D'autres évoquent un déclin peut-être passager.
 Ou alors, sans dramatiser outre mesure, d'autres parlent d'un simple fléchissement, dû aux circonstances actuelles du marché mondial, la politique restrictive de Trump en matière de commerce et le relatif essoufflement de l'économie chinoise, notamment importatrice privilégiée de belles voitures allemandes.
   Il est difficile de tirer des plans sur la comète, tant sont grandes les incertitudes en matière économique et politique et importantes et rapides les actuelles mutations industrielles en cours.
   Mais tant que l'économie se fait largement dans la corbeille, on peut d'attendre à bien des mauvaises surprises.
    Il est vrai que l'on a surévalué le prétendu"modèle allemand". Berlin est un colosse au pieds d'argile.
  De plus, Merkel a une grosse épine dans le pied: l'état de santé de la Deutsche Bank, qui ne date pas d'aujourd'hui. Toujours un danger . Un danger systémique. qui donne des sueurs froides à plus d'un.
 Un remède de cheval suffira-t-il?
       Il n'y a pas de mystère. C'est la fin probable d'un cycle.
   Il va falloir revoir la copie. La vulnérabilité à la demande mondiale s'exprime, mais le risque plane aussi, par contre-coup, pour ses voisin-partenaires.
 De plus, la montée d'une certaine extrême-droite renforce les appréhensions.
_____________

vendredi 16 août 2019

Donald va au charbon

Le Coal, c'est cool.
                             Le charbon, c'est bon pour l'économie et pour l'environnement.
     Cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Puisqu'il le dit.  Il suffit de le proclamer: comme il se proclame the best Presidentt qui soit, Il déclare que les USA possèdent l'air et l' eau les plus pures du monde. C'est bien vrai, ça. La preuve!
    Cela va de soi. Y réfléchir serait une perte de temps. Un dogme, ça ne se discute pas.
   
   Tout va bien donc. De l'audace est nécessaire, comme le dit aussi son ami Bolsonero, grand maître-es-écologie.
  Pour les gaz de schistes, il n'y a pas non plus de problème. Trill Baby! Ça rapporte gros. Même si de mauvaises langues ne sont pas à l'unisson, plutôt critiques vis à vis de cette politique déclarée court-termiste. 
C'est donc la fin du CleanPower Plan
   Si nous ne développons pas la prochaine génération de charbon propre ici, aux Etats-Unis, nul ne le fera, a déclaré le locataire de la Maison Blanche
  C'est clair comme l'eau des nappes phréatiques de Pennsylvanie.
       Mais il y a des empêcheurs de creuser en rond au pays de l'Oncle Sam. Et des méchants qui n'y connaissent rien.        Pas de quoi s'inquiéter...
                  God bless Donald!
                                              Il est temps de le faire savoir.
                               ___________________________________________________

jeudi 15 août 2019

Medica-menteurs et méga-profits

Pénurie factice
                     Question de santé
    Ils disent manquer de médicaments.
  En fait, ils les réservent, en faisant un business intéressant mais dangereux. (*)
 Et cela s'aggrave.
L'hôpital est plus touché que la ville.
Un Français sur quatre est concerné.
   On attend les effets d'un plan annoncé.
     Suffira-t-il de vouloir responsabiliser les grands laboratoires, qui font tant de bonnes affaires?
  Et on disait que la production des produits pharmaceutiques, après trop de dérives, était sous contrôle?...
_____
       (*)-.... Ils ont fait chou blanc dans toutes les pharmacies de leur quartier. La quête du vaccin à injecter au plus tard cinq mois après la naissance de leur bébé a mené ces parents de l’est parisien, dix kilomètres plus au sud, à Malakoff, glacière à la main. Il était temps. « C’est un coup de chance, nous avions seulement une boîte en stock, commente Danielle Treussard, qui tient l’officine francilienne. En revanche, il nous manque toujours de la cortisone depuis plus d’un mois. »      Le 22 mai, des rhumatologues en colère ont de leur côté adressé une pétition à la ministre de la santé pour qu’elle réagisse face à leurs patients privés d’antidouleurs. Ils dénoncent le comportement de l’industrie pharmaceutique qui se préoccuperait peu de fournir ces traitements d’importance vitale, mais peu rémunérateurs. Alors, ils attendent du plan anti-pénurie d’Agnès Buzyn – qui devrait être annoncé ce lundi 8 juillet, selon son cabinet –, et de la fermeté vis-à-vis des laboratoires.     D’autant que les disettes sont de plus en plus récurrentes : 538 médicaments essentiels, dits d’intérêt thérapeutique majeur, ont été en rupture ou tension d’approvisionnement en 2017 selon l’agence du médicament : c’est douze fois plus qu’il y a dix ans. Et un quart des Français aurait déjà été confrontés à un refus de délivrance de leur traitement pour cause de pénurie. « Les malades sont contraints à faire du porte-à-porte avec ordonnance », dénonce Carmen Hadey, administratrice de SOS Hépatites.   Surtout, notre système sanitaire est menacé : faute de vaccin contre l’hépatite B, par exemple, les risques de transmission de la maladie augmentent, des embauches de pompiers ou d’infirmiers ne peuvent être validées, des patients se fournissent au marché noir, se rabattent sur des vaccins combinés avec d’autres non nécessaires, ou zappent carrément les rappels. Ce qui ne les protège plus, à terme, contre le virus.
 © Reuters© Reuters=     Un système D risqué provoqué par ces ruptures de stock qui concernent surtout les anti-infectieux comme les vaccins et les antibiotiques, ainsi que les anticancéreux comme les chimiothérapies : Ouest France rapporte notamment le cas de ce Breton privé de son traitement pour son cancer de la vessie depuis deux mois ; parmi les plus touchés également, les médicaments neurologiques comme les traitements contre la maladie de Parkinson, qui soulagent pourtant 200 000 malades.......Incompréhensible, d’autant que depuis 2016, la loi oblige les entreprises pharmaceutiques à renforcer leur arsenal pour assurer la disponibilité des remèdes fondamentaux difficilement remplaçables comme le Sinemet.     Le géant américain MSD, qui le fabrique, invoque un problème de production. Il a écopé de la toute première sanction en France pour mauvaise mise en œuvre d’un plan de gestion de pénurie en décembre 2018 : une amende de 350 000 euros. Une goutte d’eau à l’échelle de ses 40 milliards de dollars de chiffre d’affaires, qui en font le sixième plus gros laboratoire du monde. MSD n’a pas jugé utile de répondre à nos demandes d’interview.       En France, Sanofi est la deuxième entreprise du CAC 40 la plus généreuse avec ses actionnaires (derrière Total). Or « les bénéfices de l’industrie pharmaceutique sont parfois obtenus au détriment des patients, regrette Jean-Paul Vernant, représentant de la Ligue contre le cancer. Les traitements manquants sont toujours les “vieux médicaments”, moins lucratifs. Les nouveaux, qui sont vendus plus cher, ne sont quasiment jamais en pénurie ! »        À l’arrivée des génériques – les copies des médicaments de marque commercialisés quand le brevet tombe – les prix diminuent. Alors « l’industrie pharmaceutique arrête de produire ces remèdes devenus non rentables sans tenir compte des profits réalisés quand ils étaient sous brevet, en situation de monopole », dénonce Nathalie Coutinet, enseignante chercheuse à l’université Paris-XIII et coauteure de Économie du médicament (La Découverte, 2018). Face à ce constat, le Leem, le lobby des entreprises du médicament, demande tout simplement à l’État d’augmenter le tarif de ses produits.   Or il arrive déjà souvent qu’après une rupture de stock, à son retour sur le marché, le médicament coûte bien plus cher. Exemple avec le BCNU, un traitement contre les tumeurs du cerveau. « Avant la pénurie, il était vendu 34 euros les 100 mg. Quand il est réapparu un an plus tard, en 2015, il coûtait 900 euros et à présent, il se vend 1500 euros ! » rapporte Jean-Paul Vernant, professeur d'hématologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris...._____________________________

mercredi 14 août 2019

Un certain Boris

Johnson, le bad boy
                         Funambule de la Tamise. 
                                 Après un feuilleton déjà agité, une histoire anglaise atypique, l'avenir est surtout fait d'incertitudes, d'anticipations pas toujours rassurantes, d'un côté comme de l'autre du Channel. Cameron, qui a tendu le liège, se planque.
   Difficile de dire ce qui va se passer, mais on n'arrête pas sur sa lancée un camion sans frein.
      Pour le meilleur et pour le pitre?
               Voici un diagnostic du moment sans concession qui ne manque pas de pertinence sur plus d'un point:

         " Décidément, la perfide Albion mérite amplement son qualificatif. Souvenons-nous des déclarations viriles du négociateur européen, l’idiot inutile qui n’envisageait pas un seul instant que sa géniale stratégie (est-ce le mot idoine ?) puisse être contournée comme les Allemands le firent de la ligne Maginot en 1940. Preuve en est qu’il (lui et surtout sa cohorte de conseillers) n’avait pas prévu le moindre plan B en cas de tergiversations britanniques. Manifestement, ce grand escogriffe ne comprend toujours rien à l’âme britannique (il ahane la langue de Shakespeare)1 et aux fondamentaux de la négociation (ils lui sont toujours aussi inconnues) avec un peuple aussi retors. Faute d’options alternatives, Michel Barnier se retrouve nu comme le roi. Pour l’Union européenne comme pour les Britanniques, le « Brexit » constitue un saut dans l’inconnu qui risque de traduire pendant des mois et des années par une sorte de nuits et brouillard auquel il faudra bien s’habituer et se préparer.
Au moins de juin dernier, nous nous interrogions sur le déroulement du long chemin de Damas du Premier ministre britannique, Theresa May alors que son navire se fracassait sur l’écueil qui a pour nom « Brexit ». Nous résumions son calvaire autour de quatre mots : humiliation, confusion, sidération et prévision. Pour ce qui est de la prévision, nous écrivions :
  « L’avenir n’appartient à personne. Il n’y a pas de précurseurs, il n’y a que des retardataires ». (Jean Cocteau). Parmi les chefs d’État et de gouvernement des 27 pays membres de l’Union européenne, combien seront-ils à faire preuve de prescience pour tenter d’anticiper l’avenir et ne pas être prisonnier d’un présent qu’ils ne parviennent pas à maîtriser ? À quand, la réunion d’un Conseil européen (en l’absence du crétin des Alpes qui a pour nom Michel Barnier qui a amplement démontré ses limites diplomatiques) uniquement consacré à une séance de remue-méninges (« brainstroming ») à la définition d’une stratégie cohérente et pérenne pour les prochains mois en lieu et place d’une diplomatie classique à Bruxelles du chien crevé au fil de l’eau ? Faute de quoi, il y a de fortes chances que Londres mène le branle et impose ses conditions léonines à ses ex-partenaires las et désabusés. La suite au prochain numéro2.
   Les semaines passées démontrent, s’il en était encore besoin, que les Européens ne pensent jamais stratégie et prévision. Ils excellent dans le court-termisme et le présentisme. Il est vrai que les dirigeants européens sont des hommes politiques et de non des hommes d’État qui parlent de procédure et non de vision. Ils improvisent au rythme médiatique, des sondages d’opinion, de leurs humeurs changeantes. La cohérence et la continuité ne font plus partie de leur langage, de leur mode de fonctionnement. Aujourd’hui, Europe et Grande-Bretagne ne forment plus qu’une communauté réduite aux inquiets3.
       Un homme déterminé. Or, depuis deux mois, le moins que l’on puisse dire est que la situation est des plus confuse tant de l’autre côté du Channel avec la nomination, par le Parti conservateur, de l’ancien maire de Londres, le bouillonnant et europhobe, Boris Johnson comme successeur de Theresa May et donc comme Premier ministre qu’à Bruxelles. L’homme à la chevelure hirsute se rêve en un nouveau Winston Churchill. Nous y sommes. Boris Johnson a pris possession du 10 Downing Street et n’entend pas, semble-t-il, se laisser dicter sa conduite par les Vingt-Sept. Il prétend travailler à un « no deal » (sortie de l’Union européenne sans accord) à la date du 31 octobre 20194. Pour prouver sa détermination à aller à la rupture, il décline les invitations à se rendre à Paris et à Berlin qui lui ont été lancées par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Il explique que l’accord négocié par son prédécesseur est inacceptable pour lui. Sans de substantifique concessions (lesquelles ?), il n’envisage pas de revenir à la table de négociation5. Il proclame qu’il n’est pas décidé à payer le premier euro des cinquante milliards que devrait lui coûter son divorce. Il veut un plan de dérégulation et de relance, autoriser les OGM et créer des ports francs6. Son regard se tourne désormais vers le grand large où son meilleur soutien n’est autre que le président de la République, Donald Trump. Les deux hommes proposent de sa rapprocher par la conclusion d’un accord de libre-échange profitable aux deux parties. Une sorte de nouvelle idylle américano-britannique qui renoue avec la tradition de l’appel du grand large.
      Une meute incontrôlable. Manifestement, l’homme n’est pas facile. Il risque de donner du fil à retordre à ses Vingt-Sept homologues tant il pratique la diplomatie de l’invective, de l’humiliation, de l’imprévisibilité. En apparence, du moins, il semble savoir ce qu’il veut et surtout ce qu’il ne veut pas. En l’absence d’une stratégie commune claire (y compris sur un « no deal »7), les Européens se contentent de s’époumoner à dire qu’ils ne renégocieront pas la moindre virgule du dernier texte proposé aux Britanniques. Trop c’est trop. Mais, à lire entre les lignes, il apparaît très clairement que les Vingt-Sept sont loin d’être sur la même ligne sur la tactique à adopter dans les négociations à venir quoi que l’on nous dise8. Nous en avons eu un excellent exemple lors de la négociation de la date butoir de fin de la négociation du « Brexit ». La voie de la chancelière l’avait emporté sur celle du président français. Au-delà, nul ne sait ce qu’il adviendrait de l’unité de façade si Boris Johnson pratiquait la politique de la division pour arracher le maximum de concessions à ses homologues. Croire qu’il faille mettre en exergue les difficultés internes (Irlande, Écosse9 où la perspective du « Brexit » renforce les indépendantistes10), économie11, étroitesse de la majorité au Parlement après les dernières élections partielles12) de l’homme à la mèche blonde pour l’amener à résipiscence, c’est faire fausse route13. Croire qu’il faille mettre en exergue les inconvénients du « Brexit » pour l’économie britannique, c’est également faire fausse route parce que le peuple en a décidé ainsi14. Surtout lorsque nous apprenons que la croissance de la zone euro marque nettement le pas au deuxième trimestre de l’année 201915. L’Union européenne n’est pas à l’abri de coups de Jarnac de la perfide Albion et de sa place financière et d’éventuels ports francs susceptibles de faire une concurrence déloyale aux crédules élèves européens. Bruxelles, croyant toujours avoir affaire à des gentlemen, entend négocier, comme si de rien n’était. Le gang qui a pris le pouvoir à Londres, aussi select ou érudit soit-il (Boris Johnson et son âme damnée Jacob Rees-Mogg échangent volontiers en latin), ne va pas prendre de gants : l’Europe éparpillée par petits bouts, façon puzzle ! Angela Merkel et Emmanuel Macron se retrouvent déjà Gros-Jean comme devant, attendant Godot-Johnson qui ne viendra pas16.
  « La prospective est un art difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » (Pierre Dac). Bien malin celui qui peut prédire le cours que vont prendre les choses au cours des prochains mois ? Bien malin celui qui peut prédire l’échéance de ce marathon diplomatico-politique ? Bien malin celui qui peut prédire l’épilogue de ce feuilleton à rebondissements, « deal or no deal » ? C’est que « L’avenir n’appartient à personne. Il n’y a pas de précurseurs, il n’y a que des retardataires ». (Jean Cocteau). Une seule chose est certaine, nous ne devons pas douter un seul instant de la résilience du peuple britannique (Cf. sa conduite lors de la Seconde Guerre mondiale). Moins certaine mais encore que… Boris Johnson semble reprendre à son compte le mot – venu de l’empire du Soleil-Levant – que Proust, dans La Recherche, met dans la bouche de M. de Norpois, mot que devait, de son côté, abondamment citer Clemenceau, le « Tigre », notre proto-Churchill, durant la Grande Guerre : « La victoire est à celui qui est capable de souffrir un quart d’heure de plus que son adversaire »17Boris Johnson mène le branle face à une Union européenne qui a tout de la désunion européenne."
Guillaume Berlat
12 août 2019
1 Raphaëlle Leyris (propos recueillis par), Jonathan Coe : « Ce que signifie être anglais est devenu une obsession pour moi », Le Monde, 2 août 2019, pp. 16-17.
2 Guillaume Berlat, Brexit pour Theresa ou le joli mois de Maywww.prochetmoyen-orient.ch , 3 juin 2019.
3 Hervé Martin, Les gaietés du Brexit dure vues de la France. Au bord du divorce par lassitude, Europe et Grande-Bretagne ne forment plus qu’une communauté réduite aux inquiets. Exemples…, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 4.
4 Éric Albert/Jean-Baptiste Chastand, Boris Johnson en route vers le « no deal », Le Monde, 31 juillet 2019, p. 2.
5 Éric Albert, Le père de Boris Johnson supplie l’UE de faire un geste, Le Monde, 1er août 2019, p. 4.
6 Éric Albert, Brexit : la recette économique « trumpienne » de Boris Johnson, Le Monde, 30 juillet 2019, p. 3.
7 Jean Pisani-Ferry, Brexit : l’Europe doit se préparer au « no deal », Le Monde, 4-5 août 2019, p. 27.
8 Sophie Petitjean/Jean-Pierre Stroobants, Brexit : Bruxelles inflexible après la visite du négociateur britannique, Le Monde, 3 août 2019, p. 3.
9 Brexit : l’Ecosse et l’Irlande s’angoissent. Johnson : « Rassurez-vous nous resterons unis pour le meilleur et pour le pitre ! », Le Canard enchaîné, 31 juillet 2019, p. 1.
10 Assa Samaké-Roman, En Ecosse, la perspective du Brexit renforce les indépendantisteswww.mediapart.fr , 3 août 2019.
11 Éric Albert, Les entreprises exaspérées par le Brexit, Le Monde, 1er aout 2019, p. 11.
12 Éric Albert, Premier revers électoral pour Boris Johnson, Le Monde, 3 août 2019, p. 3.
13 Éric Albert, Brexit : Boris Johnson dans l’impasse de l’Irlande du Nord, Le Monde, 2 août 2019, p. 4.
14 Éditorial, Brexit : une illusoire « libération », Le Monde, 1er août 2019, p. 24.
15 Marie Charrel, La croissance de la zone euro marque clairement le pas, Le Monde, Économie & Entreprise, 2 août 2019, p. 12.
16 Antoine Perraud, Le premier ministre Boris Johnson se rêve vainement en Churchillwww.mediapart.fr , 3 août 2019.
17 Antoine Perraud, précité.
______________________________