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lundi 13 juin 2016

Une richesse cachée

Justice et souveraineté en question
                                                      On a beau avoir déjà beaucoup lu sur la question, on reste toujours songeur et presque dubitatif quand on se plonge dans une nouvelle étude sur les mal nommés paradis fiscaux.
   Rares sont les livres d'une aussi grande densité et qualité sur ce problème, qui en donne avec le plus de précision, dans les limites des connaissances actuelles, l'ampleur et en analyse les conséquences souvent mal perçues sans analyse macroéconomique.
    Malgré ses limites et ses choix, c'est une étude stimulante que celle que vient de faire paraître Gabriel Zucman, qui condense en peu de pages ce que tout citoyen devrait savoir et surtout tout homme politique responsable, prenant un peu de recul par rapport aux murmures médiatiques.
      Nous sommes riches et nous ne le savons pas.
   Enfin, nous pourrions l'être tous, la dette serait de bien moindre ampleur s'il n'y avait pas autant de finances échappant au fisc, donc à la redistribution nationale, dans le silence des Etats sur les questions qui touche directement la gestion de la véritable fortune publique. 
    Il n'est pas seulement question de blanchiment d'argent sale des activités mafieuses et parallèles, mais de ce qu'on a tu pendant trop longtemps, depuis le début du XX° siècle, et plus encore depuis une quarantaine d'années, qui s'est accéléré avec la crise de 2008.
      L'auteur s'explique sur les contextes, les ententes et les complicités qui ont engendré de telles richesses dissimulées, alimentant la finance internationale, au bon vouloir des grandes banques et de la spéculation financière, qui n'est pas sans conséquences sur le niveau de l'activité économique, les taux d'intérêt, etc...
      Depuis l'affaire de Panama, la dernière en date médiatiquement, nous touchons du doigt l'ampleur de ce que l'affaire Cahuzac, entre autres, avait déjà fait apparaître.
                Le livre de l'auteur dépasse ces quelques aspects immergés d'un iceberg de taille:
      Gabriel Zucman estime ainsi à 8% la part du patrimoine mondial des ménages caché dans les paradis fiscaux (12% pour l’UE). L’Europe est la plus touchée par l’évasion fiscale.
Le coût de la fraude permise par le secret bancaire s’élève par an à 50 milliards d’euros pour 2013 en Europe, dont 17 rien que pour la France (9 Mds pour l’impôt sur les revenus du capital, 4 Mds pour l’impôt sur les successions et 4 Mds pour l’Impôt de Solidarité sur la Fortune-ISF). Cela représente un montant de 360 Mds d’€ détenus offshore pour la France (dont la moitié en Suisse). Si ces montants fraudés avaient été imposés en France depuis le début des années 1980, les déficits primaires auraient été moindres et le stock de la dette publique ne serait que de l’ordre de 70% du PIB, soit le niveau d’avant la crise de 2008, au lieu de 94% du PIB fin 2013 (surcoût total causé par l’évasion fiscale= environ 480 Mds d’€de stock de la dette) (graphique 2 du fichier joint)

.      Les paradis ont toujours la cote et les ruses pour échapper au fisc notamment se multiplient face aux moyens dérisoires que les nations déploient (plus ou moins) pour faire appliquer une justice fiscale minimale.
     Il y a bien des niches pour les nantis malins, bien conseillés par les banques et leur service juridiques. Des paradis pas tapageurs, dont on aime la discrétion... et qui ne sont pas de simples coffres offerts:
                       Les paradis fiscaux ne sont pas une excentricité exotique mais bien un instrument structurel de l’économie mondialisée. Ils nous confrontent aux problèmes moraux les plus fondamentaux et interrogent les relations qu’entretiennent public et privé, entreprises et États, riches et pauvres.
      Il n'y a pas que les îles Caraïbres (Les British virgin islands) dites « BVI », qui sont un des "paradis" incontournables des montages fiscaux des entreprises, par le secret et le taux d'imposition quasi nul qu'elles offrent) , Jersey, Hong-Kong il y a aussi le calme Luxembourg, etc..La liste est longue.
      Ce petit pays au cœur de l'Europe et de l'Union européenne a abandonné le secret bancaire, mais déploie mille ruses pour attirer les multinationales, en leur garantissant de payer un impôt très faible. Selon l'économiste Gabriel Zucman, aucun pays n'est allé aussi loin dans « la commercialisation de sa souveraineté », en laissant les entreprises négocier les taxes et les règles auxquelles elles sont soumises.
           8% de la richesse mondiale est détenue dans des paradis fiscaux et 10% du patrimoine européen des ménages placé dans des paradis fiscaux: ce n'est pas rien. On le sait à Bercy, qui sait utiliser les verrous, mais comme le rappelait récemment Eva Joly, on ne se donne pas les moyens pour en finir avec l'impunité fiscale.
    Donc, en analysant des données officielles inexploitées, l’économiste Gabriel Zucman évalue, dans La richesse cachée des nations, la part des avoirs mondiaux échappant au fisc. (Les champions de l’évasion sont les Russes avec 52 % des capitaux concernés, devant les pays d’Afrique ou d’Amérique latine, qui voient entre 20 et 30 % de la richesse leur échapper.  Un désastre pour l'Afrique surtout.)
   Et  l’argent des banques centrales finit dans les paradis fiscaux
       Tout reste à faire.   ...C'est surtout la lutte des citoyens contre la fausse fatalité de l’évasion et de l’impuissance des nations (qui compte). Mais cela ne suffira pas.
  Une question de justice et de souveraineté
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mardi 3 décembre 2013

Niches et paradis

Seigneur, délivrez-nous des paradis!
                                                       Des niches, il y en a de petites, bien légales, et d'autres, plus grandes, plus conséquentes, loin des yeux de Bercy, pour échapper à l'impôt.
    Des niches magiques...
Les paradis, eux, c'est normal, sont toujours luxuriants, mais discrets.
  Une richesse cachée, bien à l'ombre, qui ne s'investit pas, qui ne crée pas de croissance mais au contraire spécule dangereusement, qui appauvrit les Etats et les moins favorisés, en développant une rente stérile. Niches et paradis se confondent souvent.
  Un secret bien gardé.
Elle ne devaient plus exister, avait-on dit ..
Plus jamais ça!...avait-il dit.       «Des trous noirs comme les centres offshore ne doivent plus exister, et leur disparition doit préluder à une refondation du système financier international» (F.Fillon)
(On est prié de ne pas rire!)
   Les paradis sont nichés partout, pas seulement sous les cocotiers des Caraïbes. Juste à côté...
               On imagine à peine: quelque 350 milliards d'avoirs français coulent des jours heureux dans des paradis divers, souvent à deux pas de nos frontières.
     "Malgré toutes les annonces de réforme, toutes les promesses de transparence et de coopération, qui battent leur plein depuis quelques années ( ici), l’analyse de Gabriel Zucman est sans pitié : « Il n'y a jamais eu autant d'argent qu'en 2013 dans les paradis fiscaux, explique-t-il à Mediapart. Selon mes calculs, 8 % du patrimoine financier mondial des ménages y est logé, et échappe à tout impôt. Soit une fortune de 5 800 milliards d'euros, dont 350 milliards appartenant à des Français. C’est 25 % de plus qu’en avril 2009, quand le G20 de Londres avait annoncé la “fin du secret bancaire”. ..
   Selon lui, la fraude permise par le secret bancaire représente 130 milliards d'euros de perte d'impôts au niveau mondial, dont 17 milliards rien que pour la France [ Certains font des estimations plus hautes, comme Antoine Peillon _ndlr].
     À court terme, il estime que l’Hexagone pourrait récupérer 10 milliards d’euros par an s’il luttait de façon efficace contre la fraude. Et sans l'évasion fiscale, la dette publique française ne s’élèverait pas à 95 % du PIB, mais à 70 %....
  Tout en haut de la pyramide, la Confédération helvétique, qui gère 1 800 milliards d’euros de fortunes étrangères, dont 1 000 milliards de fonds appartenant à des Européens. « C’est l’équivalent de 6 % du patrimoine financier des ménages de l’Union européenne, son plus haut niveau historique », souligne Gabriel Zucman. L’argent est déposé directement en Suisse ou dans les filiales de ses banques nationales à Hong Kong, Singapour, Jersey ou autres....
    L’argent est ensuite investi aux deux tiers dans des fonds de placement, dont beaucoup sont hébergés au Luxembourg : au total, un tiers des fortunes gérées en Suisse sont investies dans des fonds d’investissements luxembourgeois (non taxés par le Grand-Duché). Un état de fait reconnu tout récemment par l'OCDE, qui a désigné pour la première fois le Luxembourg comme un paradis fiscal. Et afin de le rendre intraçable par les fiscs nationaux, les banquiers prennent soin, avant d’investir cet argent, de dresser un ou plusieurs paravents, en le confiant virtuellement à des sociétés écrans, basées aux îles Vierges (ou à Panama), et censées en être les propriétaires. Aujourd’hui, plus de 60 % des comptes en Suisse sont détenus par l’intermédiaire de sociétés écrans sises au Panama, de trusts enregistrés aux îles Vierges britanniques, de fondations domiciliées au Liechtenstein, etc.
  Certes, Bercy peut se féliciter des 4 300 dossiers déposés depuis fin juin par des contribuables souhaitant régulariser des avoirs non déclarés. Mais selon les estimations, on compte au moins 80 000 comptes de Français non déclarés en Suisse ! La plupart sont protégés par des sociétés écrans, et resteront indétectables un bon moment, car une entreprise basée aux îles Vierges n’est pas assimilée à un particulier fraudant le fisc…
« La lutte commence tout juste. Des progrès importants ont été faits, je ne le nie pas, mais l’écart entre les proclamations d’une part et les actes et les chiffres d’autre part, est assez considérable, constate Gabriel Zucman. Les gouvernants et les technocrates qui réfléchissent à ces questions sous-estiment la progression de l’opacité financière. Ils pensent qu’avec des traités d’échange d’informations, à la demande ou automatiques, on va résoudre le problème du jour au lendemain, ce qui est très loin d’être le cas....»
                                                  On risque d'être découragé face à une telle organisation, de telles sommes détournées et de tels ravages.. G. Zucman estime cependant que, même s'il faudra du temps,  lutter contre l’évasion fiscale n’est pas une utopie.
   Du temps et des volontés politiques concertées et déterminées.
On est loin de compte...
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samedi 15 juin 2024

Les dires de Zucman

Une utopie?

             Pas du tout. Les mesures ont connu un début de réalisation dans certains pays. Un certain nombre d'économistes et de décideurs politiques sont prêts à franchir le pas, sans léser qui que ce soit, au contraire, en contribuant à davantage de justice sociale, de répartition de la richesse collective. Un grand manque à gagner pour la collectivité échappe régulièrement des caisses de l'Etat. "Légalement" ou non. Zucman est l'homme qui s'intéresse aux paradis fiscaux qui ne cesse de prospérer et aux évasions, souvent à grande échelle, déstabilisant la gestion économique des pays qui en sont victimes. Certains ultra-favorisés vont dans le ses de l'auteur, comme certains pays, modestement!

      


       On se rappelle de l'affaire des Paradis Papers, qui a fait grand bruit.

L’économiste Gabriel Zucman, professeur à l’École d’économie de Paris, porte depuis plusieurs années au niveau mondial l’idée d’un impôt sur les grandes fortunes. Il estime que la campagne accélérée pour les élections législatives, qui se tiendront les dimanches 30 juin et 7 juillet, est une bonne occasion de remettre sur la table la proposition d’un impôt sur les patrimoines des milliardaires, ridiculement imposés en France. 

"   L’idée d’un nouvel impôt sur la fortune réémerge à gauche en ce début de campagne aux élections législatives. Son rétablissement figure dans l’accord pour un Nouveau Front populaire intervenu jeudi 13 juin au soir. Pourquoi faut-il, selon vous, remettre sur la table le sujet de la taxation du patrimoine des ultrariches 

Gabriel Zucman : D’abord parce qu’il y a une forte demande de l’opinion publique pour abolir les privilèges fiscaux. Les milliardaires ont des taux d’imposition ridiculement faibles en France. Pour ce qui concerne l’impôt sur le revenu, leur taux effectif est de moins de 2 %, en raison du recours généralisé aux sociétés holdings. Normalement pierre angulaire de la progressivité du système fiscal, l’impôt sur le revenu échoue à remplir sa mission. La France est un paradis fiscal pour les milliardaires : si tous partaient demain s’installer aux îles Caïmans, cela ne changerait quasiment rien aux recettes du Trésor public !                                                                                Il n’y a en fait que l’impôt sur les bénéfices payé par les entreprises qu’ils possèdent qui touche in fine les milliardaires. Ce qui fait que, tous impôts compris, leur taux de prélèvement obligatoire est de l’ordre de 27 %, selon les chiffres de l’Institut des politiques publiques, quand le Français moyen paie – à nouveau tous impôts compris – un peu plus de 50 %. Il y a là une différence de traitement injustifiable.

_____Quel nouvel impôt sur le patrimoine des très riches faudrait-il instaurer en France ? 

Il faut tirer les leçons du passé : ne pas simplement ressusciter l’ISF [impôt sur la fortune, supprimé par Emmanuel Macron en 2018 – ndlr] mais créer un nouvel impôt sur les ultrariches. L’ISF échouait à taxer les plus grandes fortunes car trop de niches fiscales lui étaient adossées. Il faudrait, à mon sens, prendre exemple sur l’impôt proposé par Bernie Sanders aux États-Unis durant la primaire démocrate en 2020, qui taxait progressivement, et sans exonération, les patrimoines supérieurs à 32 millions de dollars au taux de 1 %, ceux supérieurs à 50 millions à 2 %, jusqu’à 8 % au-dessus de 10 milliards.                                                                                 On pourrait s’en inspirer en France en instaurant un impôt sur le patrimoine de 1 % au-delà de 10 millions d’euros, 2 % au-delà de 20 millions d’euros, 3 % au-delà de 100 millions, jusqu’à 8 % au-delà de 10 milliards. Cela pourrait rapporter de 30 à 40 milliards d’euros par an au fisc français, un montant tout à fait significatif. 

   _____Ne craignez-vous pas que l’on oppose à votre proposition que les riches s’en iront de France pour aller dans un pays à la fiscalité plus favorable, car c’est l’ordre des choses ? 

C’est toujours le risque – et c’est pourquoi il faut coupler cet impôt sur le patrimoine à une taxe sur l’exil fiscal. Concrètement, les contribuables fortunés vivant depuis longtemps en France continueraient à être soumis à l’impôt français – par exemple pendant dix ans – s’ils décidaient de s’installer dans un pays à fiscalité avantageuse. Prenons l’exemple d’un milliardaire qui déménagerait de Paris vers la Suisse : le fisc français viendrait alors collecter la différence entre l’impôt dû dans son nouveau pays de résidence et ce qu’il payait jusqu’ici en France. L’administration fiscale française jouerait en quelque sorte le rôle de collecteur fiscal de dernier ressort.    Il est techniquement possible de mettre en œuvre une telle proposition car, depuis 2018, il y a un échange automatique des données bancaires entre les établissements financiers d’une centaine de pays – dont la Suisse, le Belgique ou le Luxembourg – et l’administration fiscale française.   Il faut le marteler : l’exil fiscal n’est pas une loi de la nature qui rendrait impossible, au niveau national, d’entreprendre quoi que ce soit pour taxer les milliardaires au motif qu’ils s’en iraient. Un futur gouvernement français pourrait très bien, dès la mi-juillet, mettre en œuvre une taxation unilatérale des ultrariches, couplée à ce mécanisme de taxation des exilés fiscaux afin d’enrayer la mécanique de la concurrence fiscale internationale. Cela rapporterait rapidement des milliards aux caisses de l’État, qui pourraient être immédiatement réinvestis dans les services publics. 

Il y a un besoin massif d’investissements dans les services publics, que ce soit dans l’éducation, la santé ou les infrastructures.

Gabriel Zucman

         Oui mais tout de même, ce serait branle-bas de combat dans le milieu des affaires parisien, qui serait, sans aucun doute, vent debout contre une telle proposition… 

Bien sûr. Il ne faut pas être naïf et sous-estimer la capacité de mobilisation des personnes concernées. Cela dit, il faut rappeler que ce n’est pas aux milliardaires de décider quels doivent être les taux d’imposition qui s’appliquent à eux, mais aux citoyens français, par le vote. C’est la démocratie.

Et même chez les plus fortunés, de plus en plus commencent à comprendre le caractère insoutenable de la situation actuelle, qui voit, je le rappelle, les milliardaires avoir des taux d’imposition deux fois plus faibles que le reste de la population. Ce privilège alimente la montée des inégalités, et en retour un fort sentiment de défiance vis-à-vis des institutions. C’est une mauvaise chose pour le pays, y compris pour les grandes fortunes elles-mêmes, qui n’ont économiquement pas intérêt au délitement de la cohésion sociale.                                                                                                                          Mais surtout, il y a un besoin massif d’investissements dans les services publics, que ce soit dans l’éducation, la santé ou les infrastructures. Ces biens publics sont le moteur de la croissance économique et la clé de l’attractivité future de la France. L’abolition des privilèges fiscaux pour financer ces investissements aurait toutes les chances d’être un pari gagnant économiquement – en plus d’améliorer la situation sur le terrain des inégalités et de la justice sociale. 

   ______Nous avons beaucoup parlé de la France, mais la taxation des plus riches est un sujet qui doit aussi se coordonner à une échelle plus large…  

À mon sens, il nous faut avoir trois niveaux d’action. Au niveau mondial d’abord, il est nécessaire de réécrire les traités de la mondialisation, de sortir de la logique de la concurrence fiscale et de mettre au cœur de la coopération internationale la lutte contre les inégalités, contre l’opacité financière et pour l’harmonisation fiscale. C’est le sens de mon travail avec l’Observatoire européen de la fiscalité, par exemple pour œuvrer à la création d’un impôt minimum mondial sur les ultrariches.  

Ensuite, on peut faire d’énormes progrès dans cadre de coalitions entre pays. Un accord international n’est pas indispensable pour lutter contre l’évasion fiscale ; nul besoin d’unanimité. 

L’exemple le plus clair en est donné par l’accord signé par de nombreux pays en 2021 pour mettre en œuvre un taux minimum d’impôt sur les bénéfices de 15 % – certes trop faible – pour les sociétés multinationales. Il y a dans cet accord une clause de « collecteur fiscal de dernier ressort » qui, lorsque certains pays rechignent à appliquer l’impôt minimal, autorise les autres à surtaxer les multinationales de façon à ce que leur taux effectif atteigne tout de même 15 %.     Pour être concret, en Europe où s’applique cet accord depuis le 1er janvier 2024, les pays auront bientôt le droit de surtaxer les bénéfices des multinationales américaines ou chinoises – deux pays qui n’appliquent pas l’impôt minimum – pour que ces dernières soient assujetties aux mêmes règles que les entreprises du Vieux Continent.    Enfin, il est possible d’agir au niveau national, comme je l’ai déjà expliqué pour la France, par exemple en créant un impôt sur la fortune sans niche fiscale couplé à un dispositif anti-exil fiscal.

Le fait que Joe Biden fasse de la taxation des ultrariches un thème central de sa campagne témoigne d’un changement de mentalité rapide et puissant au sein des élites démocrates.

Gabriel Zucman L’impôt sur la fortune a-t-il le vent en poupe au niveau international ? 

        Si l’on prend d’abord le cas des États-Unis, on voit que le président Joe Biden, qui avait pourtant fait campagne en 2020 contre la proposition portée par Bernie Sanders et Elisabeth Warren de taxer les plus riches, l’a en grande partie reprise à son compte durant son mandat en tentant (pour le moment en vain) de faire voter une « billionaire income tax ». 

Et il a cette année inscrit dans son programme cette proposition pour se faire réélire. Le fait que Joe Biden, qui ne vient pas vraiment de l’aile gauche du Parti démocrate, fasse de la taxation des ultrariches un thème central de sa campagne témoigne d’un changement de mentalité rapide et puissant au sein des élites démocrates. 

  ______Il faut ensuite parler de ce qu’il se passe actuellement au G20, grâce au volontarisme du Brésil, qui en exerce actuellement la présidence, et qui a fait de la question de la taxation coordonnée des très grandes fortunes une priorité de son agenda. C’est une première, G20 et G7 confondus ! J’ai été invité en février à parler devant les ministres des finances du G20 pour formuler des propositions en la matière – en l’occurrence un impôt minimum sur les milliardaires mondiaux, égal à 2 % de leur patrimoine – dont les modalités techniques seront précisées dans un rapport publié à la fin du mois.  Ce qui m’a frappé dans la réponse des ministres, ce sont les retours positifs de la plupart des pays. Que ce soit en Afrique, en Amérique du Sud ou en Europe, de nombreux gouvernements ont salué l’initiative brésilienne d’inscrire ces sujets à l’agenda, et depuis trois mois de plus en plus se rallient à la proposition que nous portons. Cela illustre la demande mondiale pour plus de justice fiscale que l’on perçoit dans les enquêtes d’opinion, et la pression démocratique croissante pour ce type de mesures, partout plébiscitées par les opinions publiques.Mathias Thépot]

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mardi 21 octobre 2025

Bernard entre en guerre

 Superprofit et justice sociale en question

           L'enfant de Roubaix a fait du chemin. Mais il n'est pas parti de rien, comme beaucoup d'autres. Il a hérité  et a même bénéficié des faveurs de L.Fabius. Sa fortune fait des bonds spectaculaires en peu de temps. Un cas.  Sa fortune en fait rêver plus d'un, même parmi les super-privilégiés. On s'étonne qu'il s'charne sur le "terroriste" Zucman, dont les projets sont si peu confiscatoires et qui ne font pas bondir d'autres privilégiés, comme Mathieu Pigasse. Beaucoup d'économistes et des journaux économiques sont d'accord sur la nécessité  de mettre à contribution ceux qui paient proportionnellement moins, beaucoup moins que le commun des mortels.

              Le cas de Bernard Arnault en France et ses propos incendiaires sur la taxe Zucman est un révélateur de  la résistance au fisc observée, saut exceptions, dans les milieux les plus favorisés. IL semble ne pas se souvenir du sort imposé aux plus riches par Roosevelt pour sortir son pays de la crise. C'était autre chose..



      Demolition Man fait des envieux, Bernard Arnault en tête            "...Il apparait ouvrir la voie outre-Atlantique à ce qu'ils espèrent pour la France - et à travers elle, surtout pour eux-mêmes : libérer l'esprit d'entreprendre et décomplexer le droit de s'enrichir, en violentant ce qui entrave cette délivrance. Ainsi est applaudi chez Trump ce qui à la fois ferait « désespérément » défaut dans l'Hexagone et honore les attributs de ces louangeurs...."

                  Changer de monde?....

___  LA RÉPONSE DE GABRIEL ZUCMAN A BERNARD ARNAULT:
"Bonjour M. Bernard Arnault, la fébrilité n’autorise pas la calomnie.
Les milliardaires ne paient pas ou presque d’impôt sur le revenu et 86% des français ont raison de vouloir mettre fin à ce privilège.
M. Arnault, j’ai été très surpris par le caractère caricatural de vos attaques.
Vos propos me visant sortent du domaine de la rationalité et sont sans fondement.
Essayons de reprendre un peu de mesure.
Contrairement à ce que vous affirmez, je n’ai jamais été militant dans aucun mouvement ni encarté dans aucun parti.
Je n’ai pour seule activité que mon travail de chercheur et d’enseignant, en tant que professeur des universités à l’Ecole normale supérieure et à Berkeley
Depuis plus de 17 ans mon travail consiste à cartographier la richesse des grandes fortunes
A étudier les paradis fiscaux
Et à objectiver les techniques d’évasion fiscale et d’optimisation des grandes fortunes
Mes travaux sur la mondialisation et la redistribution font référence et sont reconnus partout dans le monde
En parlant de « pseudo compétence universitaire », vous vous attaquez à la légitimité même d'une recherche libre de toute pression financière
Venant de l’un des hommes les plus riches du monde et dans un contexte où les libertés académiques sont remises en cause dans un nombre grandissant de pays, cette rhétorique — guère éloignée de celle d'un Trump ou d'un Musk — devrait tous nous inquiéter
Le constat sur lequel je me fonde — que les milliardaires paient très peu d’impôt sur le revenu proportionnellement à leur revenu — a été établi de façon indépendante et objective par les travaux de l’Institut des Politiques Publiques en France
Ainsi que par de nombreuses autres équipes de recherche aux Pays-Bas, au Brésil et aux Etats-Unis entre autres pays.
M. Arnault : niez-vous ce constat ?
En outre les grandes fortunes ont vu leur patrimoine exploser ces 30 dernières années.
Selon Challenges, en 1996, le patrimoine des 500 plus grandes fortunes s'élevait à 80 milliards d'euros, soit 6,4% du PIB de l'époque.
En 2024 : 1228 milliards d'euros, soit 42 % du PIB.
Mais ces grandes fortunes ne contribuent pas aujourd’hui à hauteur de ce qui est demandé aux autres catégories sociales — patrons de PME, salariés, cadres, etc.
L’impôt plancher de 2% que je défends vise à corriger cette anomalie.
Cette mesure ne concernerait que les foyers fiscaux possédant plus de 100 millions d’euros de patrimoine, au nombre de 1 800 environ.
Elle est soutenue par de nombreux économistes de renommée internationale au-delà des clivages partisans. Sept Prix Nobel d'économie la soutiennent
Tous ces économistes veulent-ils aussi, selon vous, abattre l'économie de marché ? Sont-ils des militants d'extrême gauche aux "pseudo-compétences universitaires" ?
Cette mesure permettrait simplement de s’assurer que les milliardaires contribuent aux charges communes à la même hauteur que les autres citoyens :
Principe fondamental d’égalité devant l’impôt affirmé par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789
Cette mesure est plébiscitée par une écrasante majorité de Français (86%).
L ’impôt plancher est un instrument de justice, d’apaisement social et de stabilité budgétaire.
Plus vite on l'adoptera, plus vite on débloquera la situation budgétaire.
M. Arnault : votre opposition caricaturale à nos principes d'égalité fondamentaux, inscrits dans notre Constitution, constitue une attaque contre notre contrat social
Quoi que vous en pensiez : le temps est venu de soumettre les milliardaires à un taux minimal d’imposition."
Gabriel Zucman ____________________

mardi 5 octobre 2021

Pas gênés

Pourquoi s'en faire?

                 Quand l'impunité est là. Quand la vigilance politique fait défaut..

        Tout le monde n'ira pas au paradis. Evadons-nous!...fiscalement. Les paradis (fiscaux), c'est fini! disait Sarko, sans sourciller. Mais tout fini par se savoir, ou presque...    Après les Panama Papers et leurs révélations, "ils" ont ouvert la boîte de Pandore: rien que du beau monde! Vient au jour une liste non exhaustive de personnes connues ou moins connues, du monde politique, mais pas seulement, d'institutions aussi, comme en Israël. Des heureux zélus, dont 35 chefs d'Etat, dont l'entourage de Vladimir  Pas moins! La finance offshore a encore des jours heureux devant elle, profitant d'un grand vide juridique. Les USA, qui ne manquent pas de prêcher l'exemple, sont aussi bien placés, pas seulement dans le Delaware: "... tout en laissant prospérer sur son territoire des zones défiscalisées et opaques dans le Delaware, le Nevada ou le Wyoming Ensemble, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et le Washington Post ont identifié un quatrième Etat américain qui se livre à un commerce florissant d’immatriculation de « trusts » garantissant l’anonymat : le Dakota du Sud. Le « trust » est une structure fondée sur le secret, qui permet à de riches particuliers de se délester – sur le papier – de leur patrimoine..."


            ______   « Pandora Papers » est une enquête collaborative menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) en partenariat avec 150 médias internationaux, dont Le Monde. Elle repose sur la fuite de près de 12 millions de documents confidentiels, transmis par une source anonyme à l’ICIJ, provenant des archives de quatorze cabinets spécialisés dans la création de sociétés offshore dans les paradis fiscaux (îles Vierges britanniques, Dubaï, Singapour, Panama, les Seychelles…).   Cinq ans après les « Panama Papers », l’enquête révèle l’ampleur des dérives de l’industrie offshore et de ses sociétés anonymes. Elle montre comment ce système profite à des centaines de responsables politiques de tous pays, et comment de nouveaux paradis fiscaux prennent le relais à mesure que les anciens se convertissent à la transparence..."____[Le 29 mai 1937 dans une lettre en forme d’alerte sur l’urgence à se saisir de la lutte contre l’évasion fiscale, le secrétaire au Trésor des États-Unis, Henry Morgenthau, écrivait à Franklin D. Roosevelt « Le salarié ordinaire ou le petit commerçant n’a pas recours à ces mécanismes ou des mécanismes semblables. L’évasion ou l’évitement fiscal légalisé que pratiquent les soi-disant leaders du monde des affaires […] font peser un fardeau supplémentaire sur les membres de la collectivité les moins à même de le supporter, ou sur ceux qui ont déjà payé leur juste part de bonne grâce. » La missive n’a pas pris une ride...]

         ___________On a beau avoir déjà beaucoup lu sur la question, on reste toujours songeur et presque dubitatif quand on se plonge dans une nouvelle étude sur les mal nommés paradis fiscaux.

   Rares sont les livres d'une aussi grande densité et qualité sur ce problème, qui en donne avec le plus de précision, dans les limites des connaissances actuelles, l'ampleur et en analyse les conséquences souvent mal perçues sans analyse macroéconomique.
    Malgré ses limites et ses choix, c'est une étude stimulante que celle que vient de faire paraître Gabriel Zucman, qui condense en peu de pages ce que tout citoyen devrait savoir et surtout tout homme politique responsable, prenant un peu de recul par rapport aux murmures médiatiques.
      Nous sommes riches et nous ne le savons pas.
   Enfin, nous pourrions l'être tous, la dette serait de bien moindre ampleur s'il n'y avait pas autant de finances échappant au fisc, donc à la redistribution nationale, dans le silence des Etats sur les questions qui touche directement la gestion de la véritable fortune publique. 
    Il n'est pas seulement question de blanchiment d'argent sale des activités mafieuses et parallèles, mais de ce qu'on a tu pendant trop longtemps, depuis le début du XX° siècle, et plus encore depuis une quarantaine d'années, qui s'est accéléré avec la crise de 2008.
      L'auteur s'explique sur les contextes, les ententes et les complicités qui ont engendré de telles richesses dissimulées, alimentant la finance internationale, au bon vouloir des grandes banques et de la spéculation financière, qui n'est pas sans conséquences sur le niveau de l'activité économique, les taux d'intérêt, etc...
      Depuis l'affaire de Panama, la dernière en date médiatiquement, nous touchons du doigt l'ampleur de ce que l'affaire Cahuzac, entre autres, avait déjà fait apparaître.
                Le livre de l'auteur dépasse ces quelques aspects immergés d'un iceberg de taille:
      Gabriel Zucman estime ainsi à 8% la part du patrimoine mondial des ménages caché dans les paradis fiscaux (12% pour l’UE). L’Europe est la plus touchée par l’évasion fiscale. .;.______________

vendredi 28 novembre 2025

Larges horizons

De tout

__   Copains comme cochons

                       Fascination réciproque

__  Quel risque pour la pensée avec ChatGPT?

           Aveux

__  A quoi sert l'archéologie

                  Pour creuser des trous, comme dit R.Dati?      Ou une science auxiliaire de l'histoire, éclairant le présent.

__ Porno toxique  

                        Une déferlante

__ Deux mots sur les hominidés   

                      Nos ancêtres les migrants.  Un site intéressant

__ Aux origines du roman national- républicain

__ Danger de la désinformation

__ Sciences et techniques: ambivalence problématique

__ Narcotrafic: tous concernés

__ Vu de Kiev   Une paix illusoire?    

                                                                                                                                                              "...Les législateurs avec lesquels le Kyiv Independent s’est entretenu estiment que le président ukrainien ne peut pas accepter le plan proposé. « Le prix à payer pour maintenir le dialogue [avec les États-Unis] ne peut être la souveraineté de l’Ukraine, que ce plan sape complètement », déclare Inna Sovsun, députée du parti d’opposition Holos.                                                                                  Nouvelle tentative des États-Unis d’imposer un accord de paix défavorable à l’Ukraine intervient alors que le plus grand scandale de corruption de la présidence de Volodymyr Zelensky a indigné l’opinion publique. La situation sur le champ de bataille reste également de plus en plus difficile, tandis que la Russie continue de pilonner les infrastructures énergétiques ukrainiennes à l’approche de l’hiver, ce qui met encore plus à rude épreuve la population ukrainienne...."

        __ Le système Praud   Pascal Praud, symbole d’un système médiatique qui s’empoisonne lui-même. " A partir de maintenant, on va faire du muslim, muslim, muslim...'

"Dans un pays où l’espace public se rétrécit sous la pression d’une oligarchie médiatique de plus en plus brutale et décomplexée, l’affaire Praud n’est pas une anecdote. C’est un révélateur. Le symptôme d’un système où certains animateurs, propulsés en sentinelles autoproclamées d’un « bon sens » dévoyé, s’abreuvent de rumeurs, de fake news, de comptes trumpistes ou mileistes, sans le moindre recul, sans la plus élémentaire hygiène intellectuelle. Et tout cela, avec le pouvoir immense et irresponsable que leur confère leur exposition quotidienne..."

Sous la pression croissante de la Maison-Blanche, Kyiv est désormais confronté à un plan de paix américain en 28 points que beaucoup dans le pays considèrent comme une capitulation. Des militants, des législateurs, des soldats et des vétérans ukrainiens avertissent que cette proposition pourrait renforcer la position de la Russie, conduisant à une aggravation du conflit plutôt qu’à sa résolution. Et ce non seulement sur le front, mais aussi dans les rues de l’Ukraine.         Volodymyr Ariev, député du parti d’opposition Solidarité européenne, a déclaré que le plan divulgué semblait être « un plan de capitulation et de trahison » et « ne reflétait absolument pas les intérêts de l’Ukraine et de l’Union européenne ». Il estime que si le président ukrainien Volodymyr Zelensky l’accepte, une partie de la société le rejettera, ce qui pourrait conduire à un conflit interne.                                                                                                     Alors que le président américain Donald Trump a passé des mois à tenter en vain d’amener la Russie à la table des négociations, la dernière version du plan de paix, négociée par l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et l’envoyé russe Kirill Dmitriev, semble montrer que Washington s’est finalement rangé du côté de Moscou. Les États-Unis ne laissent à Kyiv que quelques jours pour accepter une proposition défavorable – vendredi, Donald Trump a estimé que le jeudi 27 novembre, jour de la fête de Thanksgiving, était une date butoir « adéquate ».Le plan en 28 points réitère les exigences maximalistes imposées depuis longtemps par la Russie à Kyiv. Dans un discours télévisé prononcé le 21 novembre, Volodymyr Zelensky a confirmé que l’Ukraine pourrait bientôt être confrontée à un choix difficile : « Soit la perte de sa dignité, soit le risque de perdre un partenaire clé. » Il a déclaré que l’Ukraine collaborerait avec les États-Unis et ses partenaires européens pour proposer des alt__ Une toxicité quotidienne:Pascal Praud, symbole d’un système médiatique qui s’empoisonne lui-mêm "... Dans un pays où l’espace public se rétrécit sous la pression d’une oligarchie médiatique de plus en plus brutale et décomplexée, l’affaire Praud n’est pas une anecdote. C’est un révélateur. Le symptôme d’un système où certains animateurs, propulsés en sentinelles autoproclamées d’un « bon sens » dévoyé, s’abreuvent de rumeurs, de fake news, de comptes trumpistes ou mileistes, sans le moindre recul, sans la plus élémentaire hygiène intellectuelle. Et tout cela, avec le pouvoir immense et irresponsable que leur confère leur exposition quotidienne.

Car voici le tableau : Pascal Praud, figure centrale de CNews, scrolle, glane, absorbe, récolte sans filtre des contenus douteux sur X — le réseau social d’Elon Musk devenu une décharge publique où prolifèrent manipulation, désinformation et violence politique — et les déverse ensuite à l’antenne, devant des millions de téléspectateurs qui, eux, n’ont pas les moyens de vérifier la source ou le sérieux de ce qu’on leur assène.
L’épisode Zucman : chronique d’une manipulation assumée
Le 19 septembre, sur CNews, Praud croit tenir un coup médiatique : Gabriel Zucman aurait occupé toutes les ondes de l’audiovisuel public pour défendre sa proposition de taxe sur les grandes fortunes. L’animateur déroule ce qu’il présente comme une liste « sérieuse », « objective », les yeux rivés sur son smartphone : France Inter, France 5, Télématin, etc. Et pour faire bonne mesure, il ajoute des intitulés d’émissions comme :
— « Faut-il exterminer les riches ? »
— « Sa majesté Zucman »
Ces titres sont tellement grotesques qu’un collègue, en plateau, tente timidement : « Il faudrait revérifier… »
Mais Praud, lui, persiste : « Moi je ne fais que rapporter. »
Sauf que tout est faux. Le message repris par Praud provenait d’un compte parodique, « Parti mileiste français ». Une blague. Une caricature. Une satire. Rien de plus. Et pourtant l’animateur, figure centrale de la chaîne la plus politique du paysage médiatique, l’a répétée comme un fait.
Même erreur chez l’influenceur de droite Charles Consigny sur BFM TV. Le compte satirique a dû lui-même intervenir :
« C’était évidemment parodique. »
Cet épisode n’est pas un dérapage. C’est un fonctionnement.
Le smartphone comme rédacteur en chef
Dans l’univers de l’Heure des pros, l’appareil le plus puissant n’est ni la rédaction, ni les journalistes, ni le réel : c’est le téléphone de Pascal Praud.
SMS, contacts hétéroclites — humoristes, ex-footballeurs, anciens députés macronistes, ou même son propre patron Serge Nedjar qui lui souffle des remarques en direct — et surtout une consommation effrénée de contenus douteux sur X. Un animateur concurrent résume :
« Deux fois sur trois, c’est partagé de travers, ou dit de manière totalement univoque. Et souvent sans passer un coup de fil pour comprendre. Ça dénote une façon de ne pas être journaliste. »
Il arrive à Praud de sentir un sujet juste. Exemple : l’encadrement du découvert bancaire, que la plupart des médias n’avaient pas encore repris. Mais trop souvent, c’est l’inverse : un tweet lu, répété sans vérification, transformé en « information ». Comme le scandale imaginaire du 15 octobre :
« L’Agence européenne des médicaments a ordonné l’effacement de toutes les données sur les effets indésirables liés aux vaccins Covid. »
En réalité : une fausse info complotiste, issue du compte « Tocsin », ne concernant que les travaux contestés de deux universitaires antivax. Rien à voir avec les données officielles.
Les sphères numériques fréquentées : un écosystème toxique
On sait désormais d’où viennent certains choix éditoriaux de CNews : des comptes sensationnalistes d’extrême droite comme « Cpasdeslol » ou Fdesouche. Mediapart l’a documenté en 2024. Praud, lui, a récemment vanté « Trump Fact News », un compte truffé de fausses infos, mais hyperactif dans la guerre culturelle pro-Trump.
Son usage d’X n’est pas un hasard : c’est un carburant idéologique.
Pourtant, ces sphères qui l’ont porté se retournent aujourd’hui contre lui. Pierre Sautarel (Fdesouche) s’est mis à se moquer de Praud pour sa défense acharnée de Nicolas Sarkozy dans l’affaire Kadhafi.
« La sincérité de Pascal Praud coïncide toujours avec les attentes de ses employeurs. Même quand il en change. »
Un constat acide.
Quand les complotistes eux-mêmes l’accusent de trahison
Pendant le Covid, Praud jouait au rebelle : sceptique, provocateur, flirtant avec les milieux antivax et anti-gouvernement. Cela lui avait valu une véritable aura dans les sphères complotistes.
Mais fin octobre, l’affaire de la fake news transphobe visant Brigitte Macron change la donne. Praud s’insurge, juge les accusations « dégueulasses », et affirme qu’Aurélien Poirson-Atlan — alias Zoé Sagan — devrait payer bien plus que 8 000 euros d’amende :
« Il a 100 000 ? Je lui prendrais 100 000. Je lui prendrais tout. »
C’en est trop pour une partie de son ancien public. Myriam Palomba, influenceuse complotiste, l’accuse de n’être qu’un :
« Rebelle de pacotille, journaliste minable qui se fait passer pour antisystème. »
Un retournement révélateur : celui qui s’était nourri de ce terreau s’en retrouve prisonnier.
Le grand écart permanent : encenser les réseaux puis les dénoncer
Ironie : en 2017, Praud déclarait sur RTL :
« Twitter est anonyme, Twitter est effrayant, Twitter infecte la société. Comment échapper à son influence ? »
Huit ans plus tard, X est devenu l’outil privilégié des extrêmes, amplifié par le patronat réactionnaire de Musk. Et Praud, loin de s’en protéger, s’y plonge pour y puiser des infos parfois fausses, qu’il vend ensuite comme vérités éclatantes.
Il oscille désormais entre fascination et condamnation :
— X serait un fabuleux vivier d’infos « cachées » par les médias traditionnels.
— X serait simultanément une « poubelle » remplie « des voix les plus stupides ».
Un discours contradictoire, incompatible, mais révélateur : il ne maîtrise plus l’outil auquel il délègue sa pensée.
Le problème n’est pas Praud, mais le système qui l’a créé
Ce qui se joue ici dépasse le cas d’un seul animateur. C’est la mise en lumière d’un écosystème médiatique où :
— le fact-checking est remplacé par le défilement compulsif d’un feed toxique,
— la nuance disparaît au profit de l’indignation permanente,
— les contenus complotistes et extrémistes deviennent des sources,
— la frontière entre information et manipulation s’effrite chaque jour davantage.
L’erreur Praud n’est pas individuelle. Elle est systémique. Elle est structurelle. Elle est le produit d’une machine médiatique qui a abdiqué son devoir d’informer pour celui de mobiliser, polariser, effrayer et diviser — au profit d’intérêts économiques et politiques très identifiés.
Tant que cette machine ne sera pas remise en question, les épisodes comme celui-ci se répéteront. Avec les mêmes dégâts..."
Source : Libération (Réécriture) _________________