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vendredi 26 mai 2017

Malte, île avenante

Tourisme profitable.
               Il ne faut pas aller au bout du monde pour découvrir de nouveaux horizons.

                   Dépenser des fortunes pour jouir d'un accueil permanent et chaleureux.
    Pas besoin de prendre des risques à s'aventurer au bout de la planète, comme au Panama ou sur certaines îles peuplées parfois de Caïmans.
         Ni non plus de faire trop de kilomètres et de se compliquer la vie.
             A Londres, on se sent déjà loin de chez soi.
   Tout près de chez nous, on peut faire de charmantes découvertes.
  Par exemple, qui connaît bien le Luxembourg, d'où notre bon Mr Juncker est originaire?
     Qui a déjà visité la petite Andorre, sans parler du Liechtenstein, de Monaco, et surtout de la Suisse, si attractive?...La liste n'est pas exhaustive, bien sûr.
    Le paradis est à deux pas, où l'on peut optimiser sa vie, échapper au poids de contributions trop pesantes, donc profiter à moindre frais.
      Optimisons donc sans peine et sans risques...ou si peu.
                                         Un peu de prudence s'impose quand même.
        La presse s'attarde ces temps-ci sur un attractif petit îlot au sein de l'Europe, trop souvent délaissé.
          La discrète Malte fait enfin parler d'elle. Une publicité méritée.
    Les contributions de quelques touristes, connus ou moins connus, ne pouvaient suffire, il fallait une information plus large.
     L'île est ouverte à tous, sans discrimination (*)
             C'est pour ça qu'on l'aime.
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(*) Suivez le guide. qui permet  ... de lever le voile sur les Français qui ont succombé aux charmes financiers de Malte. On y retrouve la trace, aux côtés du « parrain des parrains », d’autres habitués des affaires judiciaires, qui apprécient à sa juste valeur la discrétion de l'île. Lorsque Serge Dassault, mis en examen pour achats de votes, a dû nettoyer le montage financier libanais qui a servi à rémunérer ses hommes de main de Corbeil-Essonnes, sous couvert d’achat d’un Falcon, il a fait appel à l’un de ses amis pour transférer l’avion et le reliquat de l’argent à Malte, dans une société baptisée Eurodiv Limited (lire ici).    ____Malte a aussi hébergé certaines des structures offshore utilisées par l’homme d’affaires Alexandre Allard, qui fait l’objet d’une enquête pour fraude fiscale pour avoir dissimulé 67 millions d’euros de commissions lors de l’achat du palace parisien le Royal Monceau (lire notre enquête ici). Idem pour l’avocat parisien Yann Streiff, soupçonné notamment d’abus de faiblesse, et dont l’affaire embarrasse le barreau de Paris (lire ici et ). Pourtant perclus de dettes, Me Streiff a pourtant trouvé les moyens d'investir dans une société maltaise de jeux en ligne, MMBet Gaming, par le biais d'une holding locale baptisée Canopus Holdings Limited. ____Grâce à une législation aussi souple que sa fiscalité, Malte est en effet devenue l’eldorado des jeux et paris. Tous les Français s’y sont précipités pour y monter leurs sites : casinos Partouche et Barrière, Alexandre Dreyfus (ChiliPoker). Mais tous ces poids lourds ont fini par se casser les dents, faute de rentabilité. Y compris un certain Laurent Tapie. À la suite de l’affaire de l’arbitrage du conflit qui opposait le Crédit lyonnais à Bernard Tapie, puis à l'attribution du magot de 403 millions d'euros à l'homme d'affaires, son fils Laurent a monté à partir de 2012 la société d'e-commerce Global Auction International et la structure ISPT Malta, destinée à organiser des méga-tournois de poker dans les stades. « La société a été créée à Malte uniquement car notre activité n’était malheureusement pas légalement possible en France », précise son associé, Prosper Masquelier. Le projet ayant fait flop après un premier tournoi au stade de Wembley, Laurent Tapie n’a quoi qu’il en soit pas profité des avantages fiscaux maltais.....D’autres y sont au contraire passés maîtres. Grâce aux documents Malta Files, nous avons pu reconstituer les montages maltais de plusieurs personnalités et institutions venues de tous les horizons. De l’héritier Chanel aux magasins discount GiFi, du roi de la comptabilité Christian Latouche aux mannequins de l’agence Elite, des marchés financiers au rugby amateur, révélations sur les Français qui ont logé leur argent dans l’île aux trésors fiscaux...David Wertheimer est l’un des héritiers les plus riches du monde. Ce jet-setteur trentenaire est le fils de Gérard Wertheimer, l’un des deux frères qui possèdent et dirigent Chanel, et dont la fortune est estimée à 16,5 milliards d’euros. Malgré l’immense richesse de sa famille, David Wertheimer arrondit ses fins de mois comme consultant via une société maltaise… qu’il détient via une coquille offshore panaméenne....
___Malte : l'île où il fallait faire escale pour l'évasion, le blanchiment, la corruption... 
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dimanche 22 octobre 2017

Dans une île si tranquille...

...Un mal qui répand la terreur.
                                                  Dans cet Etat européen si ordinaire qu'on finit par oublier, qui ne soulève aucune tempête dans les institutions bruxelloises, se passent des choses terribles, dignes d'une mafia sud-américaine.
      Pourtant du beau monde s'y met à l'abri. En toute tranquillité et discrétion.
         Des multinationales bien connues viennent y trouver refuge.
  En fait, derrière les apparences,  la corruption mine les institutions.
                          Derrière l'opacité financière et une façade avenante, l'île est minée depuis longtemps.

Des meurtres par voiture piégée frappent depuis deux ans l'île, épinglée dans les "Panama Papers" et les "Malta Files" pour malversations financières.   400 000 lecteurs revendiqués dans un pays qui compte 430 000 habitants. Assassinée dans un attentat à la voiture piégée lundi, la journaliste Daphne Caruana Galizia s'était forgée une solide notoriété. Son blog, consacré principalement aux scandales de corruption à Malte, lui a attiré de nombreux ennemis, en particulier parmi les politiques, ses cibles régulières. Au point que son fils, également journaliste, accuse les autorités.      La corruption est un mal ancien à Malte. Bien que membre de l'Union européenne, le pays se trouvait en 2016 à la 47e place sur 176 du classement de l'ONG Transparency International. La criminalité y est d'autant plus endémique que l'île est régulièrement présentée comme un paradis fiscal, où règne une certaine opacité financière qui séduit les réseaux criminels.   Daphne Caruana Galizia s'est fait une spécialité des trafics illicites et avantages fiscaux pour les sociétés étrangères dans cette île qui abrite 70 000 sociétés offshores. Dans nombre de dossiers européens de corruption, Malte, dont l'économie est basée sur les services, en particulier financiers, est citée comme une étape dans le circuit de l'argent.    En révélant la première les soupçons de corruption pesant sur l'entourage du Premier ministre Joseph Muscat, la journaliste a indirectement provoqué des élections anticipées à la fin du printemps dernier - élections qui n'ont pas eu d'incidence sur l'équilibre politique actuel. Elle avait alors dénoncé l'ouverture par la femme du Premier ministre, Michelle Muscat, d'un compte au Panama pour y dissimuler des pots-de-vin en provenance d'Azerbaïdjan, en échange de l'autorisation donnée à une banque azérie de travailler à Malte... 

       Le courage de Daphné lui aura été fatal.

L’île méditerranéenne est régulièrement accusée de dérive mafieuse. Les opposants et les journalistes étrangers qui enquêtent sur le système maltais critiquent l’absence d’indépendance de la police, de la justice, des medias.
   Les deux proches du premier ministre mis en cause par les « Panama papers » pour avoir ouvert des comptes offshore après leur arrivée au pouvoir et touché des pots-de-vin sont toujours en place ; la police a enterré les rapports de l’agence antiblanchiment sans même ouvrir d’enquête. Malgré les réserves de Bruxelles, le très lucratif programme de ventes de passeports de l’UE, qui permet d’acquérir la nationalité maltaise pour un million d’euros, se poursuit dans la plus grande opacité.
    A l’heure où l’UE, à juste titre, exige de la Pologne et de la Hongrie le respect de l’Etat de droit, il serait bon qu’elle se penche avec autant de circonspection sur les conditions dans lesquelles les libertés fondamentales sont appliquées à Malte...

      L' île est avenante et discrète. On comprend que le "tourisme" y prenait bien des formes, pas toujours conventionnelles.
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samedi 21 avril 2018

Voir Malte...

...Et mourir. Assassiné.
                                       Vue de loin, l' île ne manque pas de séduire.
                                             Mais vue de près, par une journaliste pugnace et trop curieuse, ce n'est pas la même chanson. Daphné en savait trop. Elle l'a payé de sa vie. Les commanditaires courent toujours. Comme pour Jan Kuciak, en Slovaquie.
                             Inutile de dépenser des fortunes pour jouir d'un accueil permanent et chaleureux.
    Pas besoin de prendre des risques à s'aventurer au bout de la planète, comme au Panama ou sur certaines îles peuplées parfois de Caïmans.
         Ni non plus de faire trop de kilomètres et de se compliquer la vie.
             A Londres, on se sent déjà loin de chez soi.
   Tout près de chez nous, on peut faire de charmantes découvertes.
  Par exemple, qui connaît bien le Luxembourg, d'où notre bon Mr Juncker est originaire?
     Qui a déjà visité la petite Andorre, sans parler du Liechtenstein, de Monaco, et surtout de la Suisse, si attractive?...La liste n'est pas exhaustive, bien sûr.
    Le paradis est à deux pas, où l'on peut optimiser sa vie, échapper au poids de contributions trop pesantes, donc profiter à moindre frais.
      Optimisons donc sans peine et sans risques...ou si peu.
                                         Un peu de prudence s'impose quand même.
        La presse s'attarde ces temps-ci sur un attractif petit îlot au sein de l'Europe, trop souvent délaissé.
          La discrète Malte fait enfin parler d'elle. Une publicité méritée.
    Les contributions de quelques touristes, connus ou moins connus, ne pouvaient suffire, il fallait une information plus large.
     L'île est ouverte à tous, sans discrimination.  Suivez le guide...
       Mais il n'y a pas que l'optimisation fiscale. Il y a la corruption, parfois d'Etat. Avec ses violences.
                Dans cet Etat européen si ordinaire qu'on finit par oublier, qui ne soulève aucune tempête dans les institutions bruxelloises, se passent des choses terribles, dignes d'une mafia sud-américaine.
      Pourtant du beau monde s'y met à l'abri. En toute tranquillité et discrétion.
         Des multinationales bien connues viennent y trouver refuge.
  En fait, derrière les apparences,  la corruption mine les institutions.
                          Derrière l'opacité financière et une façade avenante, l'île est gangrenée depuis longtemps. Comme d'autres Etats, pourtant montrés du doigt.
On s'y livre, entres autres,  à de fructueux commerces de passeports permettant à certains hommes d'affaires fortunés d'acquérir le droit de mettre un pied dans l'espace européen et d'y bénéficier de faveurs, comme racheter légalement des entreprises, même en France.

                  Lîle aux fantômes n'a pas encore été grondé par le bon Mr Juncker, qui n'était pas informé, bien sûr.
        L'Europe a besoin de lunettes, dans sa myopie sélective. Les pratiques panaméennes sont à nos portes.
     Le collectif de journalistes européens, qui s'est engagé à poursuivre le travail d'investigation mené dans la solitude par Daphné, aura-t-il le cran d'aller jusqu'au bout de ses recherches? L'indignation ne suffit pas.
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vendredi 9 octobre 2020

Jersey, j'aime

 Il fait bon vivre, dans cette petite île anglo-normande.

          Ce n'est pas le gigantisme  tapageur de  W.Sreet ou de la City, avec leurs méga-banques ayant pignon sur rue.    Là-bas, les capitaux peuvent fructifier à l'aise dans le micro-climat favorable de l'île. La tempête monétaire de 2008 a laissé inébranlables les établissements discrets où transitent des fonds presque sans fond, à l'identité mal définie, aux contours le plus souvent flous, pour ne pas dire opaques. Ce n'est pas non plus l'exotisme des îles Caïmans. Cela se rapprocherait plutôt du paisible Luxembourg et de sa clientèle d'un genre particulier. ou de Malte, où il fait bon vivre..                                                                     Il faut bien prononcer le mot, la fraude est devenu la spécialité de l'île, comme la banane au Costa-Rica. On la cultive avec amour... mais il y a quelques soucis dans l'air dans ce monde discret__"...Les archives « Jersey Offshore », contiennent plus de 350 000 pages de mémos, contrats, courriels et documents bancaires. Ils révèlent que l’activité de la trust company consistait à faciliter l’évasion fiscale et le blanchiment à grande échelle, y compris en fabriquant de faux documents... Un couple veut lancer l’alerte au sujet de Jersey, afin que l’île change sa réglementation et fasse la transparence sur les trusts. « Ça a des conséquences dans le monde entier, parce que Jersey, c’est l’endroit où tous les criminels vont pour cacher leur argent. Jersey ne fait rien et se pince le nez. Cela doit s’arrêter ! », indique Tanya Dick-Stock à l’EIC...Les documents montrent aussi à quel point les criminels en col blanc peuvent exercer en toute impunité à Jersey, où le pouvoir politique est entre les mains de financiers qui ont tout intérêt à ce que rien ne change (lire notre enquête ici).  Les autorités de l’île ont fermé les yeux sur les activités de La Hougue pendant des années, puis ont refusé d’ouvrir une enquête après que Tanya Dick-Stock leur a fourni l’intégralité des documents. Il faut dire que les juges qui ont débouté la fille de John Dick ont travaillé par le passé pour La Hougue.  La firme était gérée au quotidien par un directeur général britannique, Richard Wigley. Le credo de la maison : la confidentialité absolue. « Confidentiel – ne pas conserver », peut-on lire sur de nombreux documents internes. « S’il vous plaît, passez ça à la broyeuse », écrit Wigley sur un mémo...."

            Bon, un peu de mauvaise conscience quand même ou de peur que l'on révèle d'étranges pratiques dans des lieux où l'argent n'a pas d'odeur. Des transactions très discrètes et très juteuses, à l'abri des regards et de tout contrôle. Un rêve pour les évadés fiscaux, à deux pas de chez nous. Mais pas seulement... La grande évasion continue, malgré quelques timides mesures d'incitation à rentrer au bercail. Difficile de résister aux appels paradisiaques, surtout quand des Etats ferment les yeux.            _____Non, les paradis, c'est pas fini.   Il est très drôle M.Moscovici.   Pour lui, « Que ça vous plaise ou pas, il n’y a pas de paradis fiscal dans l’UE, mais sans aucun doute des pays qui encouragent à l’excès l’optimisation fiscale. Caricature et réflexe pavlovien anti-européen ne suffisent pas à faire une vérité. » Une distinction fort subtile, mais qui, selon l’ancien ministre de l’économie et des finances devrait le dédouaner de toute accusation. Pour lui : mélanger « paradis fiscaux »et « pays qui encouragent à l’excès l’optimisation fiscale » serait une « caricature »contraire à la vérité.    Il a dû être inspiré par son patron luxembourgeois, toujours de bon conseil.  L'optimisation,  c'est vrai, c'est plus cool que l'évasion et cela se fait dans le règles plus ou moins claires des pays qui en stimulent la pratique., nous dit-on.                    __Selon les études récentes et appréciées de Zucman et de bien d'autres, il y a d'importantes richesses cachées tout près de chez nous et l'Europe n'est pas blanche comme neige. Tant d'argent échappe à l'impôt, c'est à dire à la redistribution, entre autre.     La fête continue, sous des formes diverses. Pas seulement aux Bahamas. Au moins quatre pays en Europe peuvent être caractérisés de paradis fiscaux...Il n'y a pas que les paradis exotiques.  La Hongrie n'est pas à l'écart, pas plus que la Belgique et bien d'autres....______

                       ____Sur quoi Pierre Moscovici s’appuie-t-il pour défendre cette subtile distinction ? Il faut revenir à son entretien sur RTL où il explique qu’un paradis fiscal est une juridiction « qui ne respecte pas les règles de bonne gouvernance internationale ». De ce strict point de vue, effectivement, le commissaire a raison : les pays de l’UE respectent tous ces règles. Mais cela pose alors immédiatement une autre question : qui décide de ces règles et sur quels critères ? En réalité, Pierre Moscovici considère que n’est un « paradis fiscal » que celui qui figure sur les listes de paradis fiscaux. Mais ces listes sont le fruit de compromis politiques qui nuisent très fortement à leur crédibilité. Ainsi, selon la définition de l’OCDE, il n’y a tout simplement plus de vrais paradis fiscaux « non coopératifs » dans le monde entier...
...Pierre Moscovici rejoindrait ainsi largement l’éditorialiste des Échos Dominique Seux qui, la semaine passée sur France Inter, où il tient chronique quotidienne, affirmait que critiquer les paradis fiscaux était une « forme de complotisme », car en réalité « il n’y a pas de trésor caché ». ...
Gabriel Zucman, économiste à l’université de Berkeley, a estimé dans son ouvrage La Richesse cachée des nations (éditions du Seuil), publié en 2017, que 7 900 milliards de dollars étaient placés dans les paradis fiscaux pour échapper aux fiscs nationaux. Dès lors, il semble nécessaire d’élargir la définition du paradis fiscal si l’on veut prendre en compte la « vérité », comme prétend le faire Pierre Moscovici....
      La réalité est plus simple que celle que présente Pierre Moscovici. Lorsque des capitaux quittent la France pour Jersey, ce n’est certainement pas pour que son propriétaire puisse profiter tranquillement des pubs de Saint-Hélier ou de la vue sur la Manche. C’est un flux visant à un seul but : échapper à l’impôt. Et peu importe que Jersey ne soit sur aucune liste. On n’y amène pas ses fonds pour jouir des perspectives économiques radieuses du bailliage anglo-normand, mais pour échapper au taux d’impôt national. « La première motivation qui pousse à transférer des fonds dans un paradis fiscal est d’échapper à l’impôt », rappelle heureusement Anne-Laure Delatte dans un article de L’Économie mondiale 2018 (éditions La Découverte). Que cela plaise ou non à Pierre Moscovici......


             Pierre Moscovici aurait pu, par exemple, se souvenir des récentes affaires de blanchiment massif d'argent russe au Danemark, Suède, Allemagne et Estonie. Il aurait pu aussi se souvenir des Malta Files, publiées par Mediapart en 2017, et qui faisait la longue liste des pratiques douteuses de l’île méditerranéenne où, rappelons-le tout de même à notre commissaire, une journaliste, Daphne Caruana Galizia, a été assassinée pour avoir enquêté sur les réseaux de blanchiment dans ce pays. Mais pas de quoi voir là un quelconque « paradis fiscal » pour Pierre Moscovici.      Plus généralement, l’association Oxfam a retraité les critères de la liste noire de l’UE sur les pays membres et est parvenue à la conclusion que cinq d’entre eux (Luxembourg, Malte, Chypre, Irlande et Pays-Bas) n’en respectaient pas au moins un, ce qui les plaçait immédiatement sur la liste noire. On sait que Pierre Moscovici tentera de disqualifier le travail d’Oxfam (qu’il utilise pourtant par ailleurs sur son blog concernant les inégalités, une des conséquences de l’existence des paradis fiscaux, mais ce n’est qu’une des multiples contradictions de ce personnage), mais l’association a constitué une banque de données solide pour justifier ce résultat. De surcroît, un rapport du Parlement européen de mars 2019  a identifié sept paradis fiscaux dans l’UE (les cinq déjà cités, plus la Belgique et la Hongrie). Ce rapport a été adopté le 26 mars 2019 et se veut très sévère pour ces États membres. En clair : l’argutie juridique du commissaire ne repose sur rien d’autre que ses propres choix politiques. C’est un discours vide et refermé sur lui-même, loin des réalités. Que cela lui plaise ou non.....
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vendredi 24 mai 2019

Curiosité et civisme journalistiques (1)

Informer
                Le travail du journaliste, le vrai, est d'abord d'enquêter.
    Sur une sujet donné, fût-il sensible, aller chercher les sources les plus fiables, les analyser, les recouper, en faire la synthèse avec toute la méthode, la prudence nécessaire, mais aussi avec l'audace qui s'impose, surtout sur des sujets jugés sensibles, voire même interdits.
    Aller au-delà de la censure sur des sujets jugés brûlants parfois, quelle que soit la puissance qui s' oppose à la diffusion de la vérité, dans un domaine ou dans un autre.
   Mettre à jour les ombres entretenues dans des domaines fondamentaux de la vie citoyenne, déceler les pratiques frauduleuses ou dangereuses de telle multinationale, par exemple. Dénoncer les activités illicites de tel responsable politique aussi. Les domaines d'investigations ne manquent pas. Seuls font défaut trop souvent, le manque de professionnalisme ou de courage, d'obstination parfois, le défaut de soutien d'une la presse qui ne remplit pas sa mission..
    Albert Londres reste un modèle à jamais. Lui qui ne voulait pas plaire aux pouvoirs ou flatter les puissants.
     Or l'nvestigation peut toujours être  menacée, comme on s'en rend compte aujourd'hui. On ne parlera pas de Malte ou la Russie, où certains ont payé de leur vie leur "curiosité", leur travail citoyen mais de notre pays où, régulièrement des pressions ou des intimidations s'exercent pour détourner certaines investigations de leur objet. 
    Même quand on est journaliste au Monde, journal très modéré et souvent jugé trop conventionnel, comme Ariane Chemin, enquêtant sur l'affaire Benalla, on peut avoir des soucis avec certains obstacles tendus, parfois subtils et insidieux.
  On conçoit que dans certains domaines, un minimum de secrets soient préservés,
    Dans le domaine politique et militaire par exemple. Mais dans certaines limites seulement. Fallait-il passer sous silence le commerce d'armes avec l'Arabie Saoudite, utilisées au Yemen?
   Le secret défense a parfois bon dos et a pu être utilisé à des fins douteuses. Les affaires sont innombrables.
   De même, dans les secrets dits d'affaires, il y a bien des choses et des pratiques qu'on ne veut pas mettre à jour, dans l'industrie comme dans la finance.
     Informer n'est pas un délit et prendre ses distances avec les pouvoirs est nécessaire. C'est un devoir pour tout organe d'information qui se respecte.
    Si la vérité journaliste est toujours à travailler, la censure demande aussi à être détectée et dénoncée. Sous toutes ses formes.
___
-Assange risque 170 ans de prison aux USA...
-Journalistes en danger.
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jeudi 13 décembre 2018

En même temps...

Au Sénat , l'Exit tax..
                            Pendant qu'à l' Elysée on lâchait du lest (certains disaient des miettes), au Sénat on faisait quelques concessions pour les plus fortunés. A bas bruit.
   Ça vaut le coup de s'exiler.
       Descendu de l'Olympe, Jupiter a daigné parler.
  En évoquant notamment le sujet brûlant de l'exode fiscal. Très vaguement.

 ..."promettant( plutôt) de lutter contre l’évasion fiscale des plus favorisés. Alors que sa majorité vient à peine d’adopter une nouvelle loi contre la fraude fiscale, le président a estimé, lors de son allocution, lundi 10 décembre, qu’il fallait « aller plus loin pour mettre fin aux avantages indus et aux évasions fiscales » :« Le dirigeant d’une entreprise française doit payer ses impôts en France et les grandes entreprises qui y font des profits doivent y payer l’impôt. »
     En même temps...au Sénat, comme par hasard, on allège les mesures concernant ce problème.
             Un timing étonnant.
  "...À 19h, la chambre haute du Parlement avait effectivement approuvé une mesure proposée par Emmanuel Macron au mois de mai dernier: la suppression, puis l'allègement de l'exit tax. Cette disposition, qui permettait de taxer à hauteur de 30% les plus-values réalisées via la vente d'actions par des Français riches et domiciliés à l'étranger, a ainsi été très largement assouplie. Au lieu d'être applicable pendant les quinze ans suivant le déménagement des citoyens concernés, elle ne l'est plus que pendant deux à cinq ans.   Un cadeau fiscal facilitant l'exil de certains de nos compatriotes les plus fortunés, comme l'ont regretté les sénateurs de gauche, qui ont tenté de faire barrage à la mesure défendue par la secrétaire d'État Agnès Pannier-Runacher en déposant des amendements de suppression. Sans succès...."
        Certains ont eu peur. Enfin, un peu..
    Mais qu'ils se rassurent, ces annonces sont inapplicables.
   Mais ce n'est pas sans effets
  Certains en ont profité pour ironiser. L'occasion était trop belle. Il est encore facile d'"optimiser"
      Tout cela entre dans un contexte global.  Il n'y a pas que la fraude fiscale, parfois encouragée, il y a la fuite, parfois institutionnalisée.
         On s'étonnera après que les caisses de l' Etat soient comme un tonneau des Danaïdes....
   L'évasion exotique ne nuit pas, dirait-on. C'est devenu la routine du système.
        Xavier Harrel en avait déjà parlé longuement. Antoine Peillon aussi, de manière très  chiffrée.
                               Des révélations? Pas vraiment. Le client est roi, nonobstant P.Moscovici. (*)
      On va donc continuer à optimiser en rond, chacun pour soi.
               A Malte ou ailleurs__________________
_______________- (*) Nous nous engageons à prendre des actions pour parvenir à un système fiscal internatilanl  moderne et juste à l’échelle internationale. »
      Pour 2070?... C'est (pas) dans l'air...
                            ____La richesse cachée des nations
                                                                                   Nous sommes riches et nous ne le savons pas...

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jeudi 26 octobre 2017

Transhumance

Pas simple d'être (très) riche!
                                     C'est un sport de combat.
        Rien n'est jamais acquis et il faut savoir souvent faire sa valise.
           Car les règles (ou les non règles) changent très souvent.
             Ce n'est pas du jeu.
   Une situation qui n'est pas de tout repos et il faut savoir déjouer le fisc.
    C'est comme les multinationales, obligées de déplacer leurs pions selon le coût de la main d'oeuvre.
   Pourquoi tant de grosses entreprises américaines en Irlande? Il y a climat plus favorable. Pas cons les mecs, qui profitent de l'absence d'harmonie européenne. Chacun pour soi! Bien fait pour leurs g......!
    Même si certains esprits chagrins ne sont pas d'accord:  "Cette concurrence entraîne finalement les pays européens dans une spirale infernale. L'Irlande du Nord prévoit d'abaisser son impôt sur les sociétés pour être aussi attractive que la République irlandaise. Tout cela est accentué par le développement des acteurs du numérique, qui profitent du caractère dématérialisé de leur activité pour payer le moins d'impôt possible. « Au final, tout le monde est perdant, juge le député Marc Laffineur. Cette concurrence fiscale et sociale agressive sape les fondements de l'Union européenne. "
    Donc les grosses fortunes font de la  transhumance, en fonction des avantages et des cadeaux fiscaux. L'intérêt,national et général n'est leur souci.
 Le principal argument en faveur de la réduction du périmètre de l'impôt de solidarité sur la fortune(ISF) a du plomb dans l'aile quand on observe ce qui passe dans les pays européens offrant aux plus riches une fiscalité avantageuse. 
   De la Belgique jadis attractive ou du Luxembourg si proche, il faut maintenant aller plutôt sur les bords du Léman.
   Mais la Suisse ne serait plus ce qu'elle était...
Il faudrait aller voir vers Malte...et plus loin. Ce n'est pas la place qui manque. 
      C'est un enfer que la recherche du meilleur paradis. On ne va pas en plus payer des impôts.
La fortune se gagne à la force ses poignets, reste encore à la faire fructifier et à faire partie des premiers de cordée.
    Heureusement qu'il n'y a plus de valises et de routes forestières passées à la sauvette. L'argent pèse moins lourd et il n'y a plus de frontières.    Les chemins numériques, bien que détournés, ont pour eux la discrétion et la rapidité.
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vendredi 3 octobre 2025

Retour sur l'"affaire"

Pourquoi tant de haine?

        L' inversion des valeurs .

               A l'occasion du pot de départ de notre ancien Président, quelques mots...      Hier, la justice était jugée trop laxiste, par le condamné lui-même.       Sommes- nous en train  de prendre la voie américaine?      La réaction du sénat n'a pas été ambigüe.                                 Si "Personne n'y comprend rien", c'est que l'affaire est très compliquée et qu'il a fallu un temps considérable pour dénouer les multiples fils. Une justice "orientée", ce fut l'essentiel des arguments de la presse bolloréenne.  A qui la honte? Les exemples ne manquent pas de hauts responsables politiques sanctionnés par la justice. Le confusionnisme est méthodiquement entretenu. Le juge Halphen a été très clair sur les principes. La réaction du sénat n'a pas été ambigüe. On peut être "outré", certes, mais il faudrait préciser de quoi...  Un avancée, pour Jean Garrigues... Ce n'est pas un roman.    L'hyper-présidence a fait son temps...        Chacun peut se poser des questions sur le déroulement d'un procès, la justice n'étant qu'humaine, donc soumise à des imperfections, des manquements plus ou moins importants, mais   on ne revient pas sur la chose jugée, dans les limites du droit.   Sachant que la justice en France fonctionne avec des moyens bien insuffisants.                                                                                                                                                                      "...« Alors même que l’Etat de droit est aujourd’hui attaqué de toutes parts, dans un contexte inquiétant des populismes, oui, il y a un péril certain, pendant que de manière invraisemblable des magistrats sont menacés parce qu’ils n’auraient commis qu’une seule faute : celle d’appliquer la règle de droit. »  On peut reprocher beaucoup de choses à l'institution judiciaire, notamment ses manques de moyens notables, certaines insuffisances, parfois un certain laxisme ou un manque de cohérence, mais on ne peut critiquer publiquement la choses jugée, quelle qu'elle soit, sous peine de fragiliser tout un système qui reste fondamentalement humain, quoique non arbitraire.                                                                       "...A chaque mise en cause judiciaire d’un responsable politique, le vieux refrain du «Gouvernement des juges» resurgit, comme si la probité des élus ne relevait que du suffrage universel et non de la loi. Mais que vaut une démocratie si ses dirigeants peuvent s’exonérer de toute responsabilité pénale ?."   


                                                                         "...N.             Sarkozy  n’est pas la victime d’un complot. La France, elle, est victime de Nicolas Sarkozy. Tel devrait être l’enseignement évident de la condamnation de l’ancien président de la République pour association de malfaiteurs à cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt dans l’affaire des financements libyens. Mais non, dans le moment trumpien que nous vivons et qui a plongé depuis quatre jours le pays dans un monde parallèle où la vérité n’est plus qu’une opinion comme une autre, Nicolas Sarkozy serait en réalité le souffre-douleur de juges « haineux » alliés à une presse – Mediapart en l’occurrence – « militante »Dans Le Journal du dimanche, propriété de son ami Vincent Bolloré (qui lui avait prêté son yacht en 2007 pour qu’il fête tranquillement son accession à l’Élysée dans les eaux de Malte), l’ex-chef de l’État s’est indigné le 28 septembre : « Ce n’est pas moi qui suis humilié mais la France par ces pratiques si contraires à l’État de droit. » Il n’a pas tort. Mais pas dans le sens où il l’entend. Car il faut bien prendre la mesure de la « gravité exceptionnelle » 
(pour reprendre les mots du tribunal) de l’affaire libyenne..."                                                                                                                          ______________ "...Que répondre si on vous demande (sincèrement) : « Mais pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il été condamné ? Trois chefs d’accusation ont été écartés par le tribunal contre l’ancien président, mais sa condamnation à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs dans l’affaire des financements libyens ne repose ni sur la « haine » des magistrats ni sur un « complot » mais sur des éléments solides et un jugement motivé. Nicolas Sarkozy, avec ses avocats et son épouse Carla Bruni, s’exprimant devant les médias, à la sortie de la salle d’audience du tribunal de Paris, le 25 septembre 2025, à l’issue de la lecture du jugement dans l’affaire libyenne. Nicolas Sarkozy, avec ses avocats et son épouse Carla Bruni, s’exprimant devant les médias, à la sortie de la salle d’audience du tribunal de Paris, le 25 septembre 2025, à l’issue de la lecture du jugement dans l’affaire libyenne. ALAIN JOCARD/AFP D’abord à la sortie de l’audience, puis par la bouche de ses avocats et de ses communicants et, enfin, dans « le Journal du dimanche », l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy cherche à imposer sa propre lecture dedans l’affaire des financements libyens de la campagne de 2007. Sa petite rengaine, désormais rodée, emprunte des accents tantôt populistes, tantôt complotistes. toutes les accusations retenues contre lui se seraient dégonflées. La preuve : il est relaxé des chefs de corruption, de financement illicite de campagne électorale et de recel de détournement de fonds publics – les plus infamants, selon lui.
L’ex-chef de l’Etat martèle que le tribunal correctionnel de Paris a reconnu dans sa décision que le document publié en 2012 par « Mediapart » et à l’origine de l’affaire, la fameuse note de Moussa Koussa (ex-patron des renseignements extérieurs libyens), était « un faux ». En réalité, le tribunal a estimé qu’il s’agissait « probablement d’un faux » et l’enquête ne repose pas uniquement sur cette pièce mais sur plus de dix années d’investigations menées dans le monde entier. Nicolas Sarkozy explique également qu’aucun argent liquide attribué au régime de Mouammar Kadhafi n’a été retrouvé dans ses comptes de campagne – là-dessus, il a raison, c’est ce que dit le jugement. Restent des pages et des pages justifiant la condamnation de l’ancien président de la République pour association de malfaiteurs en vue de mettre en place un pacte de corruption – un délit puni de dix ans d’emprisonnement –, en l’occurrence le versement d’argent libyen pour lui permettre de parvenir à l’Elysée. Des rencontres avec un dignitaire terroriste. Ce pacte, d’après le tribunal, s’est noué entre Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, Claude Guéant et l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine. Peu importe que de l’argent soit arrivé ou non in fine dans les caisses de la campagne : l’homme qui se voyait président « avait pour objectif de préparer une corruption au plus haut niveau possible lorsqu’il serait élu », notent les juges du tribunal correctionnel de Paris. Il existe des preuves matérielles qui viennent caractériser ce pacte pour la justice : les rencontres entre les deux proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy et Abdallah Senoussi, chef des renseignements militaires libyens – ayant ainsi la main sur les fonds de l’Etat –, beau-frère de Kadhafi mais aussi terroriste patenté, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par contumace à Paris en 1999 pour avoir piloté dix ans plus tôt l’attentat contre le vol DC-10 de la compagnie UTA, qui avait coûté la vie à 170 personnes. Deux réunions occultes se sont en effet tenues à Tripoli en sa présence, d’abord en octobre 2005 avec Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, puis en décembre 2005 avec Brice Hortefeux, ami de Nicolas Sarkozy et à l’époque ministre délégué aux Collectivités territoriales. Les deux entrevues dans la capitale libyenne ont été organisées par Ziad Takieddine. Ont-ils fait miroiter à Abdallah Senoussi une grâce présidentielle dans l’hypothèse où Nicolas Sarkozy serait élu à l’Elysée en échange de remises de fonds ? Entre les deux rencontres, celui qui est alors le patron de Bauveau s’est aussi déplacé en Libye, où il a rencontré Mouammar Kadhafi, et, selon le tribunal, a pu à cette occasion confirmer le pacte préparé par ses proches. De l’argent a ensuite été versé sur des comptes en banque de Ziad Takieddine, qui ont joué le rôle de « chambre de compensation occulte ». Le 31 janvier 2006 en effet, soit quelques semaines après le déplacement de Brice Hortefeux à Tripoli, un virement d’un montant de 3 millions d’euros venant du Trésor public libyen apparaît sur un des comptes de l’intermédiaire franco-libanais. _____Brice Hortefeux comme Claude Guéant ont livré de piètres justifications à ces entrevues, estimant avoir été « piégés ». « Les deux prévenus n’ont donné aucune explication cohérente et crédible à ces deux rencontres restées occultes, note le jugement. Le fait qu’ils soient en relation avec Ziad Takieddine, qu’ils avaient rencontré pour l’un huit jours avant son départ, et pour l’autre deux mois avant, mais juste avant de recevoir son invitation, dont ils avaient été avertis de la présence sur place, et qu’ils avaient eu au téléphone dans la journée, dément l’idée qu’ils auraient été piégés, ou même seulement mis devant le fait accompli. » Ces rencontres étaient en effet contre-nature, la France ayant perdu 54 ressortissants dans l’attentat organisé par Abdallah Senoussi. Pourtant, des documents retrouvés prouvent que les deux collaborateurs de Nicolas Sarkozy ont proposé un soutien juridique au beau-frère du dictateur libyen, visé par un mandat d’arrêt, en le mettant en contact avec Me Thierry Herzog, qui deviendra l’avocat du président de la République. « Le fait qu’il n’y ait eu aucun acte positif concernant la situation d’Abdallah Senoussi n’infirme pas que des promesses en ce sens, même irréalisables d’un point de vue judiciaire, aient été faites », souligne encore le tribunal dans son jugement. Mensonge devant le tribunal Lors de l’audience, Nicolas Sarkozy ne s’est pas expliqué sur ces entrevues. Il a même nié en avoir eu connaissance, estimant que Claude Guéant et Brice Hortefeux avaient commis des « erreurs », « faisant preuve d’une certaine faiblesse » en acceptant de rencontrer ce personnage sulfureux. Pour le tribunal, l’ex-chef de l’Etat a menti : « Ils n’ont pu manquer de [lui en] rendre compte. » Le but de ces rencontres était « d’obtenir ou tenter d’obtenir des soutiens financiers en Libye ». ____________« Au regard de l’ensemble de ces éléments, ces deux rencontres occultes de deux très proches du candidat avec l’homme des basses œuvres du régime libyen, à une période où Nicolas Sarkozy n’était pas encore certain d’être investi par son parti et d’obtenir son financement, n’ont de sens qu’au regard de cette situation », conclut le jugement, pour appuyer la réalité d’une association de malfaiteurs. « Les relations régulières de Claude Guéant avec Ziad Takieddine » étaient « nécessairement connues du candidat ». Autre point central du dossier : le carnet de Choukri Ghanem, l’ancien ministre du Pétrole libyen retrouvé noyé en 2012 dans le Danube à Vienne, en Autriche. Le tribunal a exclu toute possibilité que ces écrits soient apocryphes. Le ministre y consignait toutes ses réflexions sur le régime, certaines vérifiables à la virgule près, et a détaillé les montants et dates des versements de dignitaires libyens à destination de la campagne Sarkozy. A la page du 29 avril 2007, en plein entre-deux-tours de l’élection présidentielle française, Choukri Ghanem avait noté : « Bechir [Saleh, directeur de cabinet de Kadhafi et patron du fonds souverain libyen] a parlé, disant avoir envoyé 1,5 million d’euros à Sarkozy quand Saïf [Al-Islam Kadhafi, l’un des fils du dictateur] donnait 3 millions à Sarkozy. Mais on leur a dit que l’argent n’était pas arrivé. Il semblerait que les “mecs” en chemin l’ont détourné, tout comme ils lui ont pris 2 millions en provenance d’Abdallah Senoussi. » La somme de 3 millions correspond au montant versé sur un compte de Ziad Takieddine après une rencontre entre Brice Hortefeux et Abdallah Senoussi. Deux autres flux financiers en provenance de Libye, l’un vers Ziad Takieddine et l’autre à destination de l’intermédiaire Alexandre Djouhri ont été mis au jour lors de l’enquête, mais rien n’a permis de comprendre comment – et si – ils étaient parvenus à Nicolas Sarkozy. L’une des hypothèses, reprenant celle de Choukri Ghanem, est que la somme a été détournée par les intermédiaires. Il n’en reste pas moins une association de malfaiteurs… qui a mal tourné." ( Violette Lazard) _____________________