lundi 14 décembre 2020

Faire payer Amazon?

S'agit-il bien de cela essentiellement?

         Imposer davantage le mastodonte de Seattle paraîtrait la moindre des choses, à conditions que tous les pays où il prospère le fassent de manière unanime et concertée. Ce qui est un peu rêver. Le problème majeur est celui du développement sans fin de cette transnationale, qui dit créer des emplois , mais qui en détruit beaucoup plus, dans divers secteurs et qui en précarise un grand nombre.     Des initiatives internationales se manifestent contre celui qui prend trop et ne rend pas assez. Mais ce ne sont pas des initiatives dispersées qui changeront fondamentalement les choses. Les autorités de Bruxelles commencent à se rendre enfin compte de l'ampleur du problème et de la concurrence déloyale à laquelle se livre la multinationale. Mais il faut encore passer aux actes et dans tous les pays, malgré les promesses de la firme.                _____Amazon joue sur nos contradictions, surtout en ces temps de covid où il redouble d'activité. Le piège commercial a bien fonctionné, avec notre "complicité" inconsciente: "... Amazon est devenu le porte-drapeau de notre dilemme contemporain, celui qui nous fait balancer entre contempteur et profiteur de l’ubérisation croissante de nos sociétés. Succomber ou résister ? Telle est bien l’alternative à laquelle nous confronte un acteur qui traite près de 50 colis par seconde dans ses entrepôts et est utilisé par près d’un Français sur deux. En partant de la vente en ligne de livres, Amazon a tissé en vingt-cinq ans une toile quasi infinie, vendant tout ou presque, de la vis à tête fraisée au chocolat fourré, achetés en quelques clics et livrés à domicile en un temps record. Essaimant ses entrepôts sur tout le territoire, il est devenu tout à la fois indispensable à nombre de nos concitoyens éloignés des villes et parfois la porte d’accès quasi unique à la consommation pour des urbains actifs et pressés..."                                        _________  Pour le super-géant du e-commerce, la crise lui profite.                                              C'est la fête à Amazon. Comme à tous les e-commerces en général. Click and collect wait! c'est le mot d'ordre du moment.          Mais à Seattle, c'est à une échelle jamais encore vue. On comprend que des collectifs disent stop. Il est temps. Sinon c'est un monde  pire qu'avant qui nous attend: "... un monde d’après pire qu’avant. Celui d’un capitalisme sécuritaire dominé par les GAFA, ces géants de l’e-commerce et de la vie numérique. Celui d’une multinationale en train d’asseoir son monopole dans la vente de milliards de produits en détruisant la vie sociale locale, une multinationale qui détruit 4,5 emplois lorsqu’elle en crée un, qui remplace progressivement ses salariés par des robots et qui a recours à des milliers de travailleurs précaires pour livrer ses produits. »      Il faut « contraindre Amazon à payer sa part de fiscalité au bien commun », de préférence via une imposition de ses bénéfices..."

           Mais les protestations individuelles et collectives ne suffisent pas tant qu'elles ne s'exercent pas au niveau le plus élevé, au moins européen. On ne peut compter sur les USA, avec leurs lois particulières privilégiant le droit léonin des multinationales. Le grand exterminateur du petit commerce, pas seulement des libraires, risque d'avoir encore de beaux jours devant lui, car le piège s'est refermé pour longtemps, séducteur au début, mais écrasant les prix des producteurs de biens ou d'oeuvres diverses, culturelles ou non. Il a joué habilement sur la séduction des consommateurs qui ne voient pas au delà de l'horizon de leur porte-monnaie, aveugles aux surcoûts et les conditions de travail générés par la firme.                                    Les petits grincements occasionnels n'y feront rien pour réguler un tel mastodonte, rebelle aux critiques internes ou externes. Résultat: un emploi créé,  deux emplois perdus. Sans parler du gaspillage. Parfois on critique, même en haut lieu, mais on en profite. Tant que durera l'ambiguïté et le double langage, Amazon fructifiera. Il y a ce qu'on sait mieux et ce qu'on sait moins.... Comme le projet qui sous-tend l'extension de la firme: 

              Jeff Bezos possède le Washington Post, qui donne le ton aux médias d’information américains en matière de soutien et de promotion presque totale du néoconservatisme, de l’impérialisme américain et des guerres. Cela embrasse les sanctions, les coups d’État et les invasions militaires contre des pays sur lesquels les milliardaires américains veulent exercer une mainmise qu’ils n’ont pas encore – tels que le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Russie, la Libye ou la Chine.
       Il s’agit de guerres d’agression contre des pays qui n’ont jamais agressé les États-Unis. Elles ne sont absolument pas défensives, bien au contraire. Ce n’est pas nécessairement la guerre sans fin (même Hitler n’avait pas ça dans ses plans), mais la guerre jusqu’à ce que la planète entière soit passée sous le contrôle du gouvernement des États-Unis, lui-même dirigé par les milliardaires américains qui financent le néoconservatisme et de l’impérialisme – au sein des deux principaux partis politiques américains, des think tanks, des journaux, des réseaux TV, etc.
    Bezos joue un rôle crucial dans le néoconservatisme, depuis que, lors de la réunion du groupe Bilderberg du 6 au 9 juin 2013, il a passé un accord avec Donald Graham, propriétaire du Washington Postpour lui acheter son journal moyennant 250 millions de dollars. Bezos avait déjà négocié en mars de la même année, avec John Brennan, le directeur néoconservateur de la CIA, un contrat de 600 millions de dollars sur dix ans pour des services informatiques décentralisés (cloud computing), contrat qui a transformé Amazon Corporation, qui au départ était en déficit constant, en une entreprise assurée de faire des profits.
    Le patrimoine de Bezos a donc augmenté encore davantage (et à un rythme plus rapide) qu’il ne le faisait quand Amazon perdait de l’argent. Il est devenu le vendeur le plus influent non seulement de livres, mais aussi [de services] pour la CIA et pour des méga-entreprises comme Lockheed Martin [première entreprise américaine et mondiale de défense et de sécurité NdT]. L’impérialisme amplifie son patrimoine, mais n’en est pas la seule cause. Bezos est peut-être l’homme d’affaires-prédateur le plus doué de la planète.
     Certains des milliardaires américains n’accordent pas la même importance que lui à la conquête internationale, mais tous sont des soutiens – plus ou moins fervents – du néoconservatisme. Aucun d’entre eux, par exemple, n’a fondé d’organisation anti-impérialiste, ni accordé de financements importants à celles qui existent. Aucun milliardaire américain ne s’implique pour mettre fin au règne du néoconservatisme, ni même n’apporte de soutien à la lutte pour y mettre fin, ou du moins pour en finir avec son emprise sur le gouvernement américain. Aucun. Pas un seul.
   Mais beaucoup d’entre eux créent et financent largement des organisations néoconservatrices, ou dirigent des médias néoconservateurs comme le Washington Post. Ils sont comma ça, les milliardaires, du moins aux États-Unis. Tous sont impérialistes. Ils apportent un soutien financier à l’impérialisme. Ils en assurent la promotion et embauchent des gens le font également ; ils mettent au placard ou se débarrassent de ceux qui y rechignent. L’expansion d’un empire est extrêmement profitable pour ses aristocrates, et l’a toujours été, même avant l’Empire romain.
     Bezos veut privatiser tout ce qui peut l’être partout dans le monde, comme l’éducation, les autoroutes, la santé et les régimes de retraite. Plus les milliardaires exercent de contrôle sur ces secteurs, moins le reste du monde n’en exerce ; empêcher leur contrôle par le public est un moyen pour les milliardaires de se mettre à l’abri d’une démocratie qui augmenterait leurs impôts et d’une réglementation qui réduirait leurs profits en augmentant les coûts de leurs sociétés. Ainsi, la mainmise des milliardaires sur le gouvernement leur permet d’augmenter les prélèvements qu’ils opèrent sur la population.  
    Au moyen du Washington Post qui assure la promotion de la guerre, Bezos est l’un des meilleurs vendeurs du monde auprès du complexe militaro-industriel américain. Il contrôle et est actionnaire principal d‘Amazon, dont la division Services Web fournit tous les services de cloud-computing du Pentagone, de la CIA et de la NSA. (Il mène aussi la charge pour la technologie de reconnaissance faciale la plus avancée.)
    On a pu voir en gros titre, en avril, « La CIA évalue le contrat du Cloud à plusieurs dizaines de milliards », un contrat qui pourrait faire grimper la fortune personnelle de Bezos plus haut encore dans la stratosphère, surtout s’il emporte la totalité du marché (comme précédemment).
   Il domine également à l’échelle mondiale – domination qui ne cesse de s’étendre – la promotion et la vente de livres et de films, parce que son Amazon est le plus grand détaillant au monde (et désormais aussi l’un des plus grands éditeurs, producteurs et      distributeurs). Cette situation aussi, peut avoir un fort impact indirect sur la politique et le gouvernement, en mettant en avant les travaux les plus néoconservateurs, contribuant ainsi à façonner le discours intellectuel (et les votes des électeurs) dans le pays.
     Bezos écrase des millions de détaillants par son génie inégalé à prendre le contrôle des marchés, les uns après les autres, soit sous l’étiquette Amazon, soit en se positionnant en intermédiaire incontournable – voire même souvent en rachetant les détaillants concurrents d’Amazon.
    Bezos croit fermement au « libre marché », qu’il maîtrise peut-être mieux que quiconque. Cela signifie qu’il est favorable au pouvoir sans frein des milliardaires et à ce qu’ils puissent, par le biais de leur argent, contrôler et finalement absorber tous ceux qui sont moins puissants qu’eux.
   Parce qu’il est si doué lui-même pour amasser des richesses, il a d’ores et déjà réussi à se hisser au sommet mondial, en étant l’un des individus les plus puissants du monde. Le plus riche de tous est le roi Salmane, propriétaire de l’Arabie saoudite, dont Aramco (la plus grande compagnie pétrolière du monde) vaut, à elle seule, plus de mille milliards de dollars. (Forbes et Bloomberg excluent les monarques de leur classement.)
    En fait, Bloomberg, tout à sa malhonnêteté à ce sujet, est allé jusqu’à produire ce gros titre le 10 août dernier : « Les 25 dynasties les plus riches de la planète contrôlent 1 400 milliards de dollars », rompant ainsi avec sa tradition en incluant dans leur liste un monarque, le roi Salmane, qu’ils ont classé au quatrième rang avec seulement 100 milliards de dollars, une ‘estimation’ ridiculement basse qui, sans vergogne, ne tient compte ni d’Aramco, ni surtout de la richesse de l’Arabie saoudite.
   Bloomberg n’a même pas essayé de justifier sa méthodologie farfelue, mais a simplement présumé ses lecteurs assez crédules pour l’accepter. Ce roi est donc a minima sept fois plus riche que Bezos. Il est peut-être aussi puissant que Bezos. L’héritier suprême est beaucoup plus riche même que le milliardaire suprême qui s’est fait tout seul, l’« entrepreneur ».
     Certes, les deux hommes comptent au nombre des géants qui dominent le monde à notre époque. Et les deux hommes sont des libertariens – des champions de la croyance selon laquelle la propriété privée (dont les milliardaires ont tant) est la base de tous les droits – ils pensent donc que les personnes les plus fortunées possèdent plus de droits que les autres, et que les plus pauvres en ont moins, et que tous les gens qui ont un patrimoine net négatif (en ayant plus de dettes que de biens) ne possèdent aucun droit à l’exception de ceux que les plus riches peuvent leur donner ou plutôt leur concéder, que ce soit par bonté ou pour une autre raison (comme les liens familiaux).
     C’est cela le libertarianisme : la privatisation de tout ; la valeur d’une personne se résume à son « patrimoine net » et à rien d’autre. Cette croyance est du pur libertarianisme. C’est une croyance très répandue chez beaucoup voire chez tous les milliardaires. Les milliardaires sont impérialistes en ce qu’ils cherchent à maximiser la liberté des super-riches ; peu importe si cela signifie ponctionner plus, et finalement appauvrir tous ceux qui ne sont pas super-riches. Leur idéologie est cohérente. Elle est basée sur la fortune. Mais ce à quoi le public croit, c’est plutôt aux belles histoires dont les milliardaires autorisent la diffusion.
    Bezos et les autres milliardaires emploient et fidélisent des salariés et autres mandataires pour obéir à leur volonté. C’est leur pouvoir direct. Mais les milliardaires possèdent aussi un pouvoir indirect considérable grâce à leurs liens d’interdépendance, car chaque grande société est liée par contrat à d’autres sociétés, en particulier à de grandes sociétés comme les leurs ; par conséquent, le pouvoir que possède un milliardaire donné est en fait un pouvoir partagé avec les autres (l’accord conclu par Bezos avec Graham en est un exemple.)
    Collectivement, ils travaillent en réseau, même parfois sans s’être rencontrés en personne, seulement par l’intermédiaire de leurs représentants et même avec leurs principaux concurrents sur les marchés. Il s’agit d’un pouvoir collectif que les milliardaires possèdent au-delà de leur pouvoir individuel en tant qu’employeur de salariés et autres prestataires.
      Ce pouvoir collectif est incarné par Bezos mais il pourrait l’être par d’autres milliardaire comme Bill Gates, Warren Buffett, Larry Ellison, Mark Zuckerberg, Charles Koch, Sergey Brin, Michael Bloomberg, George Soros ou Jack Dorsey. Ils sont concurrents les uns des autres donc n’ont pas les mêmes attentes vis-à-vis du gouvernement américain, cependant ils s’accordent tous pour l’essentiel sur ce que le gouvernement « devrait » faire (en particulier sur le fait que l’armée américaine devrait être renforcée, aux frais des contribuables, bien sûr, pas aux leurs)
     Fondamentalement, Big Brother, dans le monde réel, est remarquablement cohérent et soudé – bien plus que ne l’est la population – et c’est l’une des raisons pour lesquelles ils contrôlent le gouvernement, en court-circuitant la population.
  Voici comment tout cela se déroule, sous l’action des serviteurs de Bezos :
     Son Amazon paie peu ou pas d’impôts fédéraux parce que le gouvernement fédéral a écrit les lois fiscales pour inciter les entreprises à faire le genre de choses que Bezos a toujours voulu qu’Amazon fasse.
    Le gouvernement américain encourage donc les méga-sociétés, par la fiscalité et la réglementation, à écraser les petites entreprises en entravant leur croissance. Cela verrouille d’une certaine manière l’aristocratie en place, qui sera moins constituée de nouveaux venus (comme Bezos l’était lui-même, mais comme ses enfants ne le seront pas).
   Les élus appuient massivement ces positions parce que la plupart de leurs financements de campagnes électorales émanent de personnes super-riches, de leurs employés et autres fondés de pouvoir. C’est un système qui se renforce lui-même. La super-richesse contrôle le gouvernement, qui, à son tour, avec les super-riches et leurs sociétés, exerce le contrôle de la population en réduisant ses opportunités économiques. Le résultat final est un renforcement, par l’institution même, de l’extrême inégalité de patrimoines, qui ne cesse de croître.
    Les milliardaires sont les vrais Big Brothers. Et Bezos est le plus grand de tous._______________

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