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lundi 5 octobre 2026

Un certaine justice

 Gabriel Zucman dans la bataille des idées

           Il n'est pas un révolutionnaire, mais un économiste  formé aux meilleures écoles, approuvés par certains de ses pairs, juste soucieux de faire un pas de côté, de ne pas se plier au conformisme du métier. Une activité d'ailleurs à l'objectivité toute relative, où la scientificité pose problème, où doit régner régner le débat interne sur les options de base, les choix fondamentaux inhérents à la recherche. L'économie n'est pas une science exacte et l'unanimité ne peut être que de façade, comme le montre l'histoire de cette discipline humaine, indispensable, mais aux postulats souvent discutables.       


     ___ Zucman a fait des choix et ses calculs, au vu des inégalités  qui se creusent stratosphériquement  en France  en cette période ou l'impôts  devient un  problème de premier plan. Il propose, avec d'autres un  impôt différentiel, adopté par l'Assemblée, mais refusée par le Sénat, pour rétablir une justice minimale. Surtout à une époque où les écarts de revenus se creusent comme jamais, où l'évasion fiscale prend une ampleur inédite, contribuant au déclin des ressources si nécessaires pour investir.    Une  richesse cachée qu'il importe de divulguer et de réduire.  Une régression fiscale, dénoncée depuis déjà des années, s'exerçant dans le dos ou avec la complicité de Bercy?   Un détournement de grande ampleur.                                                     "  ...Les partisans de cette mesure, dont Gabriel Zucman, Olivier Blanchard, Jean Pisani-Ferry et plusieurs lauréats du « prix Nobel » d’économie comme Esther Duflo, Joseph Stiglitz et Paul Krugman, fondent leur argumentation sur un constat d’inégalité fiscale.  Selon leurs recherches, les ménages les plus riches, et notamment les milliardaires, sont proportionnellement moins imposés que le reste de la population. Gabriel Zucman avance que si le taux de prélèvements obligatoires moyen en France avoisine 52 % du revenu national, le taux effectif d’imposition des milliardaires se situerait plutôt aux alentours de 26 % de leur revenu économique.  Cette différence s’expliquerait par le fait que la richesse des « ultra-riches » est principalement constituée d’actifs financiers et professionnels dont la valeur augmente sous forme de plus-values latentes. Ces gains ne sont imposés que lorsqu’ils sont réalisés (par exemple, lors de la vente d’actions), ce qui permet aux détenteurs de ces fortunes d’afficher un revenu imposable très faible par rapport à l’accroissement réel de leur patrimoine. Pour les promoteurs de la taxe, l’impôt plancher viendrait donc corriger cette distorsion et renforcerait le principe d’égalité devant les charges publiques, un enjeu qu’ils jugent essentiel pour la cohésion sociale et le financement des services publics et de la transition écologique. Les recettes estimées par Gabriel Zucman se situeraient entre 15 et 25 milliards d’euros par an..."                                                                                                        L'auteur s'adressait récemment aux plus hautes instances:                                       "....    Au lieu de faire payer aux milliardaires leur juste contribution, le gouvernement a choisi de s’en prendre d’abord aux retraités : 5 milliards de baisses de revenus pour nos parents et grands-parents. 5 milliards, c’est ce que rapportait l’impôt sur les grandes fortunes (ISF) qui a été supprimé par Emmanuel Macron en 2017. Protéger les milliardaires et s’acharner sur les grands-mères et grands-pères : ce qui se prépare est inacceptable. Mais ce n’est pas tout : fiscalisation des indemnités pour maladies du travail et pour accidents professionnels, nouveaux impôts sur les biscuits et les barres céréalières, baisse de l’allocation rentrée scolaire, etc. Reconnaissons la créativité dont le gouvernement fait preuve pour défendre les privilèges fiscaux des ultra-riches : il n’y a dans ce budget aucune mesure pour les faire rentrer dans le champ de la solidarité nationale. Aucune. Ces derniers ont pourtant vu leur richesse exploser ces 30 dernières années. Selon le magazine Challenges, en 1996, la richesse des 500 plus grandes fortunes s'élevait à 80 milliards d'euros, soit 6 % du PIB de l'époque. En 2026 : 1076 milliards d'euros, soit 35 % du PIB. Ce qui signifie que si ces 500 plus grandes fortunes dépensaient tout leur argent, elles pourraient acheter plus d’un tiers de tout ce qui est produit en France (biens et services) une année donnée. Malgré l’explosion de leur fortune, les milliardaires ne contribuent pas aujourd’hui à hauteur de ce qui est demandé aux autres catégories sociales — salariés, cadres, indépendants, etc.Ils jouissent d’un privilège fiscal qui bafoue le principe fondamental d’égalité devant l’impôt affirmé par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. L’impôt plancher de 2 % que je défends vise à corriger cette anomalie. Cette mesure ne concernerait que les foyers fiscaux possédant plus de 100 millions d’euros de patrimoine, au nombre de 1 800 environ. Elle permettrait simplement de s’assurer que les ultra-riches contribuent aux charges communes à la même hauteur que les autres citoyens. Cette mesure rapporterait de l'ordre de 20 milliards d'euros par an. Pour avoir un ordre de grandeur, mettons cela en rapport avec le budget proposé par le gouvernement. Baisse des retraites : 5,5 milliards d’euros attendus. Baisse des allocations familiales et de l’allocation rentrée scolaire : 1,1 milliardTaxes sur les biscuits : 300 millions Les annonces de M. Lecornu vont perpétuer la rupture de l’égalité devant l’impôt. Elles consolident le triomphe de l’injustice fiscale et sociale. Et mettent en péril nos finances publiques. Car les faveurs consenties aux grandes fortunes et aux grandes entreprise se trouvent au cœur du dérapage de nos finances publiques : contrairement à ce qu’affirment un certain nombre de médias et de responsables politiques, nous avons avant tout un problèmes de recettes publiques et non de dépenses publiques. Le gouvernement a choisi de réduire les recettes fiscales du pays. Depuis 2017, ce sont 2 points de PIB de recettes qui manquent à l’appel, soit 60 milliards d’euros par an. C’est l’équivalent du budget de l’éducation nationale qui s’est volatilisé. D’après les travaux de l’OFCE, ce manque à gagner provient de différentes réformes et cadeaux fiscaux : suppression de l’ISF, baisse de l’impôt sur les sociétés, “flat tax” sur les revenus du capital, suppression de la taxe d’habitation, etc. Nombreux ont bénéficié aux acteurs économiques les plus privilégiés. D’autres choix budgétaires sont devenus impératifs. Peut-on continuer à tolérer que les grandes multinationales aient des taux d’imposition plus faibles que les PME, artisans et boulangers ? Peut-on continuer à tolérer que TotalEnergies ne paie pas ou presque d’impôt sur les sociétés en France ? Peut-on tolérer que les grands groupes multinationaux, dont les profits explosent, puissent payer encore moins en 2027 qu’en 2026, comme le prévoit le budget ? Non, bien évidemment que non. Il n’y a guère de raison de mettre à contribution qui que ce soit avant de s'être assuré que les milliardaires ne paient pas moins d’impôt que les classes moyennes et que les grandes entreprises ne paient pas moins que les PME. C’est simple, c’est basique. Nous comptons sur la représentation nationale et les partis politiques attachés à la justice pour défendre le principe d’égalité devant l’impôt et l’abolition du privilège fiscal des ultra-riches..."
                         __ Problème climatique                             ________________________


samedi 29 août 2026

L'empire

         Dans les empires                                                                                                                                         C'est Forbès qui le dit: B. Arnault fait partie de la prestigieuse galaxie des plus fortunés du monde, qui ne cesse de s'étendre. Il n'est pas en tête du peloton, bien sûr, mais il a de quoi assurer ses arrières. Même s'il vitupère contre l'excès d'impôts dans son pays, contre ceux qui prônent un peu plus de justice fiscale, notion qu'il abhorre. Il est un winner, tient à le faire savoir, lui qui a su faire sa place à l'Académie , vient d'être reçu pas le pape et a eu sa chaise lors de l'intronisation de Trump à la Maison Blanche, au côté de Musk, and Co. Cultiver ses relations ne nuit pas aux affaires, tout le monde sait ça...


  "Monsieur"  n'aime pas trop l'
impôt, qui pourrait venir écorner ne serait-ce qu'une toute petite partie de sa fortune. A chacun son mérite. Il s'est octroyé récemment, entre autres folies, un nouveau yacht, le plus grand et le plus luxueux, de plus exonéré d'impôts. Ce n'est pas une histoire belge!  un nouveau yacht à 500 millions €, qui émet mille fois plus de gaz à effet de serre que toute la consommation d'un français ordinaire pendant 1 an. Mais Monsieur n'est pas un français ordinaire et on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, comme disait ma grand-mère..


__ Une chance pour lui: le "contexte" lui est très favorable, comme le remarque une certaine personne, forcément jalouse:

En        "...En France, la dernière décennie a été marquée, d’une part, par un phénomène d’accumulation des richesses entre les mains de quelques milliardaires (Bernard Arnault, Rodolphe Saadé, Vincent Bolloré, etc.) encore jamais vu auparavant ; et, d’autre part, par le développement à bas bruit d’une finance de l’ombre, non régulée, dont les acteurs, méconnus du grand public, sont les fonds de capital-investissement (KKR, Blackstone, Apollo, Ardian, PAI, etc.).  Ces deux pans du capitalisme financiarisé sont en train de faire main basse sur l’économie française. Ils ont par ailleurs pour point commun de développer une vision libertarienne et autoritaire de la société, faisant craindre qu’ils ne s’accommodent très bien de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir..."                                                                        Si l’on en croit son ami Vincent Bolloré sur le réseau social X, BA est une personne […] d’un grand cœur » (sic), s’est senti profondément blessé par une série de six articles parue dans Le Monde et titrée « L’empire Bernard Arnault ». Encore un journal "communiste", sans doute.... 👺                                                                 Mais faut-il l'envier? Comme disait quelqu'un peut-être un peu jaloux, mais plutôt sage: "...Quand je lis tous les jours la formidable enquête sur la vie de Bernard Arnault dans Le Monde, je suis sidéré par la misère de cet homme. Pas d'amitié, pas d'amour, que des calculs et des méfiances. Sa peur des autres, son horreur des contacts. Son obsession maladives des profits, ses stratégies avec les puissants du monde indépendamment de leurs valeurs morales...Sa peur panique de lamaladie et des malades. Son seul plaisir tous les matins prendre un spa en regardant CNews. je suis bien plus riche que lui, parce que je possède quelque chose qu'il n'aura jamais : Je suis aimé par des gens qui n'attendent rien d'autre que mon affection et mon bien-être . Un trésor inaccessible pour ce pauvre Arnaud...."

Un monde à part.

Qu'est-ce que la richesse? _______________

EFrance, la dernière décennie a été marquée, d’une part, par un phénomène d’accumulation des richesses entre les mains de quelques milliardaires (Bernard Arnault, Rodolphe Saadé, Vincent Bolloré, etc.) encore jamais vu auparavant ; et, d’autre part, par le développement à bas bruit d’une finance de l’ombre, non régulée, dont les acteurs, méconnus du grand public, sont les fonds de capital-investissement (KKR, Blackstone, Apollo, Ardian, PAI, etc.).Ces deux pans du capitalisme financiarisé sont en train de faire main basse sur l’économie française. Ils ont par ailleurs pour point commun de développer une vision libertarienne et autoritaire de la société, faisant craindre qu’ils ne s’accommodent très bien de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir..." ... Ah ça, c'est plus embêtant.

jeudi 23 octobre 2025

Loyauté contestée

 Des faits occultés

            Selon que vous serez puissants ou misérables....


                                 –... Cellule de luxe, réception chez Macron, visite de Darmanin, gardes du corps personnels au sein de la prison, manifestation de vieux riches et soutien médiatique. La République des privilèges : comment les puissants se déclarent au-dessus des lois – Ce mardi 21 octobre, le malfrat Nicolas Sarkozy faisait ses entrées à la prison de la Santé. C’est la première fois qu’un chef d’État européen se retrouve derrière les barreaux. Condamné à cinq ans de réclusion pour association de malfaiteurs dans l’affaire des financements libyens pour sa campagne de 2007, il est condamné aux côtés de cinq autres prévenus, dont ses anciens acolytes Brice Hortefeux et Claude Guéant. Il ne passera certainement que quelques semaines en prison, le temps pour la Cour d’appel de Paris de statuer sur la demande de mise en liberté déposée après l’incarcération. Nicolas Sarkozy est pourtant l’homme du tout sécuritaire, qui réclamait la tolérance zéro envers les délinquants. Il a mis en place la politique du chiffre au sein de la police et de la gendarmerie, faisant exploser le nombre de gardes à vue et d’incarcérations. Il a en outre mis en place les peines planchers pour les récidivistes. Rappelons que Sarkozy avait déjà été condamné à 3 ans de prison dans l’affaire Bismuth, puis à un an de prison dans l’affaire Bygmalion. Il devrait donc être le premier satisfait de la fermeté de la justice, tout comme ces bourgeois qui squattent habituellement les plateaux télés pour hurler au laxisme de la justice, et qui aujourd’hui hurlent à sa trop grande fermeté. Ne leur en déplaise, l’exécution provisoire n’est pas l’exception, elle est la norme. 57% des peines de prison ferme sont assorties d’une exécution immédiate. Ce taux grimpe à 86% pour les comparutions immédiates. Mais les puissants ne supportent pas qu’on touche à l’un des leurs.

⚫ Le rouleau-compresseur médiatique et politique pour imposer un discours victimaire
Depuis des années, le rouleau-compresseur médiatique tente d’imposer un récit : celui d’un pauvre homme innocent, harcelé par une justice et des magistrats «rouges» qui veulent sa peau. Ces dernières semaines, ce récit propagé par les médias des milliardaires s’est intensifié. Tous les éditocrates bourgeois et femmes ou hommes politiques véreux se sont ligués autour d’un des leurs, qu’on a osé attaquer. Ils se pensent au-dessus des lois. Qu'un membre de leur clan soit condamné, même si sa culpabilité est évidente, leur paraît impensable. C’est un crime de lèse-majesté.
Ils reprennent une tactique savamment orchestrée par Sarkozy lui-même, qui se présente depuis 12 ans comme la victime d’un complot organisé par Mediapart, le parquet financier, et tous ces fameux «juges rouges». Passant sous silence le fait que cinq autres personnes ont été condamnées à ses côtés, prenant garde de ne jamais rappeler qu'il s'agit d'une association de malfaiteurs avec un dictateur ayant commis des actes terroristes, qu'il y a eu 12 ans d'enquête approfondie et plusieurs recours, mobilisant de nombreux magistrats.
Rappeler de simples éléments du dossier à la population serait remettre en question l’image intouchable de Sarkozy. Le tribunal reconnaît notamment le pacte de corruption avec le terroriste Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi, commanditaire de l’attentat contre le vol DC 10 de la compagnie UTA au Niger, en 1989, qui a tué 170 personnes. En tant que ministre de l’Intérieur, Sarkozy avait promis la levée du mandat d’arrêt contre le terroriste, en échange du soutien financier de sa campagne. Des familles de victimes s’étaient d’ailleurs portées partie civile dans le procès de Sarkozy, mais ces dernières n'ont jamais été invitées sur les plateaux télé. Leur parole n’existe tout simplement pas.
Sur ces plateaux en revanche, toute la classe bourgeoise se met en branle pour défendre l’un des leurs. Ses avocats sont partout, criant à l’injustice, au “jour funeste pour la France” que constitue cette incarcération. Sur Europe 1, l’homme d’affaires Jean-Claude Darmon expliquait très bien : «C’est un choc pour des gens comme nous ! Nous ne sommes pas faits pour la prison, nous ne sommes pas des animaux, c’est terrible». Le sous-entendu est clair : la prison, c’est pour les animaux, donc les personnes non blanches, les pauvres, les sans-papiers. Pas pour les puissants.
Ses défenseurs tournent en boucle sur l’absence de preuves, se permettant de refaire le procès. Dans cette histoire, tout le monde devient juge. Pourtant, les juges - véritables ceux-ci - ont acté qu’il y avait bien eu transfert d’argent depuis la Libye, et que le trésorier de Sarkozy, Eric Woerth, était bien au courant. La note révélée par Mediapart, où est inscrite noir sur blanc l’accord du régime libyen pour un financement de 50 millions d’euros, a bien été jugée irrecevable par la présidente du tribunal le 25 septembre. Néanmoins, la justice avait déjà tranché deux fois sur ce document, à la demande même de Nicolas Sarkozy, et affirmé qu’il ne s’agissait ni d’un faux intellectuel, ni d’un faux matériel. Mais ça, personne n’en parle.
Une chose est sûre, on n’en aura jamais autant appris sur le système carcéral français que ces derniers jours. Les médias, si peu enclins à partager les chiffres sur la surpopulation carcérale (le taux d’occupation moyen des prisons françaises est à plus de 130% et certaines montent à 200%) ou sur le taux de suicide dans les prisons (6 fois plus élevé qu’à l’extérieur), nous offrent une foule de détails. Ils nous apprennent qu’il s’est lancé dans l’écriture de son nouveau livre en prison, qu’il aurait amené la biographie de Jésus et le Comte de Monte-Cristo avec lui… On connaîtra bientôt le contenu de ses repas et l'heure où il va aux toilettes.
Le Parisien, le journal de Bernard Arnault - qui faisait partie des 55 prestigieux invités de l’ancien Président au Fouquet’s le soir de son élection de 2007 - révélait carrément dans ses pages le plan de la cellule du Président. Celle-ci est la copie – en plus salubre – d’un logement du CROUS où vivent des centaines de milliers d’étudiant·es en France. Mais cela semble déchaîner les passions des Bourgeois, scandalisés qu’on inflige un tel traitement à l’un des leurs.
Ici, plus personne pour dire que la prison serait un Club Med. Il bénéficie pourtant de conditions infiniment plus confortables qu’un détenu lambda, bénéficiant d'une cellule individuelle avec télévision, ligne de téléphone fixe personnelle pour continuer ses activités de malfrat, une salle de bain individuelle. Il se trouve dans l'aile VIP de la prison, avec une cour de promenade séparée et un accès privilégié aux activités sportives, jeux de société, lecture… Et il dispose même de ses gardes du corps à plein temps dans des cellules voisines !
À l’heure actuelle, plus de 4.500 détenus, eux, dorment à même le sol dans des cellules à 3 ou 4 personnes, dans des conditions insalubres, parfois infestées de cafards. On se doute que celle de Sarkozy sera d’une propreté immaculée. Mafieux parmi les mafieux, il était défendu par Patrick Balkany sur RTL, qui lui donnait ses petits conseils pour “survivre” à la prison : ne pas porter de bleu marine et ne pas avoir d’eau de Cologne. Sans rire.
⚫ La mise en scène de Nicolas Sarkozy
Le condamné lui-même se met en scène dans cette séquence, et la journée de son incarcération était orchestrée au millimètre. Dans la Tribune du dimanche, il expliquait qu’il allait écrire un livre s’inspirant du comte de Monte-Cristo et des lettres écrites par le capitaine Dreyfus… Convoquer l’imaginaire de ces deux illustres – l’un réel, l’autre fictif – condamnés à tort, Sarkozy n’a honte de rien. Le matin, il publiait un communiqué, affirmant “ce n’est pas un ancien président de la République que l’on enferme ce matin, c’est un innocent”, parlant de “chemin de croix”. Son fils chéri Louis Sarkozy avait également organisé un rassemblement à la Villa Montmorency, ce repère de riches parasites, où les Sarkozy ont un hôtel particulier.
Des dizaines de vieux bourgeois fanatisés y hurlaient leur amour comme à une rockstar. Des t-shirts avec le visage du multirécidiviste étaient même distribués, sur lesquels on pouvait lire : «la fin de l’histoire n’est pas écrite» et des hurlements de retraités du 16ème arrondissement contre «la gauche» et «la justice» retentissaient. L’ancien président, lui, marchait au pas, le visage grave, Carla au bras, au son de la Marseillaise, au milieu de la foule en délire. Une véritable scène de télé-réalité à l’américaine. Et ironiquement, les médias nationaux ont beaucoup plus couvert cette pathétique manif de soutien que le procès en lui-même !
⚫ La fin de la séparation des pouvoirs
L’un des fondements de la démocratie est la séparation des trois pouvoirs exécutif, législatif, et judiciaire. Mais cela n’est pas un problème dans la France de Macron. On apprenait que Nicolas Sarkozy était reçu à l’Élysée par le président vendredi 17 octobre, quelques jours avant son incarcération, pendant plus d’une heure. Recevoir un multirécidiviste, cela ne gêne pas le président, ces gens sont des mafieux. Emmanuel Macron a également profité de l’incarcération pour proposer un débat sur l’exécution provisoire, afin d’assurer à ses petits copains de pouvoir éviter la case prison à l’avenir.
Gérald Darmanin, ministre de la justice et violeur, a exprimé sans honte sa «profonde tristesse» face à l’incarcération de celui qu’il considère comme son mentor – avoir un multi-condamné pour mentor quand on est ministre de la Justice, ça ne s’invente pas – et qu’il rendrait visite au repris de justice en prison, lors d’une interview à France Inter le 20 octobre. Il a même déclaré : «Je ne peux pas être insensible à la détresse d'un homme». L’indépendance des juges, le respect d’une décision de justice ? Il n’en a que faire : ce qui prime, c’est la loyauté entre les puissants. Et tant pis si cela représente une forme de pression sur les magistrats. Le Syndicat de la magistrature s’est d’ailleurs inquiété de cette annonce, déplorant que «toutes les personnes détenues méritent l'attention du garde des Sceaux, y compris celles qui ne sont pas ses amies».... _________

mardi 21 octobre 2025

Bernard entre en guerre

 Superprofit et justice sociale en question

           L'enfant de Roubaix a fait du chemin. Mais il n'est pas parti de rien, comme beaucoup d'autres. Il a hérité  et a même bénéficié des faveurs de L.Fabius. Sa fortune fait des bonds spectaculaires en peu de temps. Un cas.  Sa fortune en fait rêver plus d'un, même parmi les super-privilégiés. On s'étonne qu'il s'charne sur le "terroriste" Zucman, dont les projets sont si peu confiscatoires et qui ne font pas bondir d'autres privilégiés, comme Mathieu Pigasse. Beaucoup d'économistes et des journaux économiques sont d'accord sur la nécessité  de mettre à contribution ceux qui paient proportionnellement moins, beaucoup moins que le commun des mortels.

              Le cas de Bernard Arnault en France et ses propos incendiaires sur la taxe Zucman est un révélateur de  la résistance au fisc observée, saut exceptions, dans les milieux les plus favorisés. IL semble ne pas se souvenir du sort imposé aux plus riches par Roosevelt pour sortir son pays de la crise. C'était autre chose..



      Demolition Man fait des envieux, Bernard Arnault en tête            "...Il apparait ouvrir la voie outre-Atlantique à ce qu'ils espèrent pour la France - et à travers elle, surtout pour eux-mêmes : libérer l'esprit d'entreprendre et décomplexer le droit de s'enrichir, en violentant ce qui entrave cette délivrance. Ainsi est applaudi chez Trump ce qui à la fois ferait « désespérément » défaut dans l'Hexagone et honore les attributs de ces louangeurs...."

                  Changer de monde?....

___  LA RÉPONSE DE GABRIEL ZUCMAN A BERNARD ARNAULT:
"Bonjour M. Bernard Arnault, la fébrilité n’autorise pas la calomnie.
Les milliardaires ne paient pas ou presque d’impôt sur le revenu et 86% des français ont raison de vouloir mettre fin à ce privilège.
M. Arnault, j’ai été très surpris par le caractère caricatural de vos attaques.
Vos propos me visant sortent du domaine de la rationalité et sont sans fondement.
Essayons de reprendre un peu de mesure.
Contrairement à ce que vous affirmez, je n’ai jamais été militant dans aucun mouvement ni encarté dans aucun parti.
Je n’ai pour seule activité que mon travail de chercheur et d’enseignant, en tant que professeur des universités à l’Ecole normale supérieure et à Berkeley
Depuis plus de 17 ans mon travail consiste à cartographier la richesse des grandes fortunes
A étudier les paradis fiscaux
Et à objectiver les techniques d’évasion fiscale et d’optimisation des grandes fortunes
Mes travaux sur la mondialisation et la redistribution font référence et sont reconnus partout dans le monde
En parlant de « pseudo compétence universitaire », vous vous attaquez à la légitimité même d'une recherche libre de toute pression financière
Venant de l’un des hommes les plus riches du monde et dans un contexte où les libertés académiques sont remises en cause dans un nombre grandissant de pays, cette rhétorique — guère éloignée de celle d'un Trump ou d'un Musk — devrait tous nous inquiéter
Le constat sur lequel je me fonde — que les milliardaires paient très peu d’impôt sur le revenu proportionnellement à leur revenu — a été établi de façon indépendante et objective par les travaux de l’Institut des Politiques Publiques en France
Ainsi que par de nombreuses autres équipes de recherche aux Pays-Bas, au Brésil et aux Etats-Unis entre autres pays.
M. Arnault : niez-vous ce constat ?
En outre les grandes fortunes ont vu leur patrimoine exploser ces 30 dernières années.
Selon Challenges, en 1996, le patrimoine des 500 plus grandes fortunes s'élevait à 80 milliards d'euros, soit 6,4% du PIB de l'époque.
En 2024 : 1228 milliards d'euros, soit 42 % du PIB.
Mais ces grandes fortunes ne contribuent pas aujourd’hui à hauteur de ce qui est demandé aux autres catégories sociales — patrons de PME, salariés, cadres, etc.
L’impôt plancher de 2% que je défends vise à corriger cette anomalie.
Cette mesure ne concernerait que les foyers fiscaux possédant plus de 100 millions d’euros de patrimoine, au nombre de 1 800 environ.
Elle est soutenue par de nombreux économistes de renommée internationale au-delà des clivages partisans. Sept Prix Nobel d'économie la soutiennent
Tous ces économistes veulent-ils aussi, selon vous, abattre l'économie de marché ? Sont-ils des militants d'extrême gauche aux "pseudo-compétences universitaires" ?
Cette mesure permettrait simplement de s’assurer que les milliardaires contribuent aux charges communes à la même hauteur que les autres citoyens :
Principe fondamental d’égalité devant l’impôt affirmé par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789
Cette mesure est plébiscitée par une écrasante majorité de Français (86%).
L ’impôt plancher est un instrument de justice, d’apaisement social et de stabilité budgétaire.
Plus vite on l'adoptera, plus vite on débloquera la situation budgétaire.
M. Arnault : votre opposition caricaturale à nos principes d'égalité fondamentaux, inscrits dans notre Constitution, constitue une attaque contre notre contrat social
Quoi que vous en pensiez : le temps est venu de soumettre les milliardaires à un taux minimal d’imposition."
Gabriel Zucman ____________________

vendredi 10 octobre 2025

Informer ou légitimer? (suite)

 Informer ou légitimer?  (suite)

        That is the question

                      Surtout à l'heure de la toujours plus grande concentration des médias, de plus en plus  aux mains des puissants intérêts, de la prolifération des fakes New, l'objectif de tout organe de presse est bien de "faire l'opinion", de l'accompagner, de l'informer, de la constituer aussi, de l 'ouvrir au monde de manière rigoureuse, ce qui n'exclut pas des lignes éditoriales variées s'assumant entièrement, mais en respectant la liberté des lecteurs, ses capacités de choix, de sélection de ses interprétations et le pluralisme politique. Un équilibre délicat et parfois compliqué à trouver, résultat d'une forme de journalisme qui se veut autant que possible objective (non partisane au sens étroit), honnête, ouverte et nuancée. Ce qui est pas une fonction sans difficultés ni écueils. L'objectivité ne peut être dans ce domaine que l'aboutissement d'efforts constants et collectifs. Ce ne peut être qu'un idéal, mais une exigence nécessaire, surtout à l'heure ou beaucoup se détournent de la presse d'opinion. 


                                       Aujourd'hui, une certaine presse (écrite ou non, de plus en plus concentrée, se donne surtout pour tâche de conditionner l'opinion, sur la base de choix éditoriaux extrêmes pas toujours clairement assumés, ne faisant pas mystère de ses choix politiques du moment, montant à l'assaut de l'opinion. La concentration est la règle, comme la manipulation des faits et la pression sur les jugements, mettant à mal les principes républicains et la fonction de journalistes, qui se démettent ou qui se soumettent....

Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, François Bayrou, Sébastien Lecornu, Rachida Dati, Édouard Philippe, Aurore Bergé, Catherine Vautrin, Sylvie Retailleau, Sarah El Haïry, Marc Fesneau, Christophe Béchu, Marlène Schiappa… On ne compte plus le nombre de figures de la majorité présidentielle, anciens ou actuels membres du gouvernement, qui se pressent chaque week-end dans les colonnes du Journal du dimanche, entre deux chroniques de Pascal Praud, trois éditoriaux de Charlotte d’Ornellas et une tribune de Marion Maréchal.    L’hebdomadaire d’extrême droite, dirigé depuis quelques mois par Geoffroy Lejeune, a même récemment recueilli les confidences diplomatiques d’Emmanuel Macron, parfaisant ainsi son entreprise de banalisation. La reprise en main brutale de Vincent Bolloré en juin 2023, les semaines de grève de l’ancienne rédaction, le départ contraint de dizaines de journalistes, la bataille culturelle assumée par les nouveaux dirigeants du titre, les fausses informations qui y sont parfois distillées… Plus rien ne dissuade le pouvoir d’alimenter le JDD. Bien au contraire.....Tout au début, pourtant, des voix s’étaient élevées contre la secrétaire d’État Sabrina Agresti-Roubache et le député Renaissance Karl Olive, qui s’étaient rués dans les pages des premiers numéros de la nouvelle formule. Sylvain Maillard, patron du groupe macroniste à l’Assemblée nationale, avait même demandé à ses troupes de ne pas s’exprimer dans l’hebdomadaire. Mais l’Élysée avait rapidement fait savoir qu’il n’était pas question de le boycotter et les rares scrupules des troupes présidentielles avaient disparu avec les derniers jours de l’été.   À la rentrée de septembre 2023, un ministre expliquait ainsi à Mediapart que « passé un délai de décence », tout le monde finirait par s’exprimer dans le JDD – ce qu’il a d’ailleurs lui-même fini par faire assez rapidement. Même la députée Renaissance Violette Spillebout, qui s’était pourtant mobilisée aux côtés des salarié·es en grève, a récemment réservé une exclusivité au journal – contactée, elle n’a pas souhaité répondre à nos questions. De quoi rebooster légèrement un titre dont les ventes accusent un repli continu. Mais surtout permettre à son rédacteur en chef de se frotter les mains.       ___                                                                                                                                    Le JDD est donc venu compléter la liste des médias Bolloré auxquels les membres du gouvernement et de la majorité apportent régulièrement leur caution : C8, Paris Match, Europe 1 et évidemment CNews. En quelques années, la chaîne dirigée par Serge Nedjar a littéralement envahi les palais de la République, où elle est devenue un bruit de fond quotidien. « Avant, les télévisions qui sont allumées en continu à l’Élysée ou dans les ministères étaient surtout branchées sur BFM. Désormais, de plus en plus de gens mettent CNews », confirme un conseiller de l’exécutif.                                                                            Une position parfaitement assumée au plus haut niveau de l’État. « CNews, c’est la fabrique de l’opinion, affirme l’entourage du président de la République. Contrairement aux autres chaînes d’info, ils offrent un sens – en expliquant toute la journée que la France n’est plus la France – et une perspective – le retour de la France contre-révolutionnaire sur des valeurs catholiques ultratradis. » Et d’ajouter : « Ce qui est important, ce n’est pas le médium, mais le public. Si on regarde CNews, c’est d’abord pour savoir ce que pensent huit millions de Français. »       ___« Parler à tout le monde », « aller convaincre là où les gens vous écoutent », « toucher d’autres publics », « mener le combat sur le champ de bataille »… Depuis quelques années, les macronistes multiplient les formules pour justifier leur présence sur les antennes de Bolloré. Vivement critiqué après son passage dans l’émission de Cyril Hanouna, le député Renaissance Quentin Bataillon, président de la commission d’enquête parlementaire sur la TNT, a d’ailleurs tenté de les recycler. « Je pense qu’il faut parler à tous les publics », a-t-il indiqué sur France Info.    ______________ Sous couvert de « pédagogie » à destination du public de « Touche pas à mon poste » (TPMP), « et notamment des plus jeunes », Quentin Bataillon a surtout participé au dévoiement des institutions en sortant totalement de son rôle et de la neutralité qu’il impose. L’épisode a déplu jusqu’à l’Élysée, qui n’a pourtant rien trouvé à redire, ces dernières années, au défilé de ministres dans l’émission de Cyril Hanouna. En 2019, Marlène Schiappa avait même coanimé une émission avec ce dernier, contribuant ainsi à sa légitimation dans le champ politique.    ____________Avec ses multiples passages sur CNews, ses tribunes dans le JDD ou encore sa nouvelle maison d’édition – elle vient de signer chez Fayard, désormais propriété du milliardaire breton –, l’ancienne ministre est devenue une grande habituée de la galaxie Bolloré. Elle ne manque d’ailleurs jamais une occasion de défendre celle-ci, comme récemment encore, toujours sur le plateau de Cyril Hanouna, où elle est venue dire tout le mal qu’elle pensait de certain·es député·es de la commission d’enquête.   _________En 2021, Marlène Schiappa avait même lancé dans l’atmosphère l’idée selon laquelle l’animateur préféré de Vincent Bolloré pourrait coanimer le débat d’entre-deux-tours de la présidentielle. Passé les rires, la proposition a l’air de rien cheminé dans les esprits. Car si Emmanuel Macron n’a jusqu’ici jamais répondu aux invitations de Cyril Hanouna, son entourage n’insulte plus l’avenir. « Désormais, c’est lui qui incarne la politique sur C8, je pense que la question doit être examinée », indique un conseiller.                                                                                                                 Avec le temps, les figures de la « Bollosphère » ont profité de leurs relais dans les cercles du pouvoir pour se rapprocher de son cœur. Comme le racontait Le Monde au mois de décembre, le milliardaire lui-même échange de nouveau avec Emmanuel Macron. Le 13 mars au soir, juste après son audition devant les parlementaires de la commission d’enquête sur la TNT, il était encore à l’Élysée pour la cérémonie de décoration du patron de LVMH, Bernard Arnault, élevé à la plus haute dignité de la Légion d’honneur par le président de la République.___Pascal Praud, autre animateur phare de la galaxie Bolloré, a lui aussi plusieurs fois textoté avec le chef de l’État. À l’Élysée, il échange régulièrement avec le conseiller mémoire Bruno Roger-Petit, qui fut par le passé l’un des chroniqueurs de son émission. Il est même arrivé que ce dernier mette sa conversation sur haut-parleur pour en faire profiter Brigitte Macron. Selon Le Monde, Pascal Praud, qui n’hésite jamais à fustiger le « système » tout haut, en a même profité pour s’excuser tout bas des « vilenies » qu’il distille à l’antenne contre son époux.                                                             Les bonnes relations entretenues au plus haut niveau de l’État avec les figures de la « Bollosphère » ont tout naturellement infusé le reste de l’écosystème macroniste, où chacun évite les critiques. Les rares personnalités à s’être ouvertement inquiétées de la bataille culturelle conduite par les médias du groupe l’ont d’ailleurs payé très cher. Ce fut notamment le cas de l’ancien ministre de l’éducation nationale Pap Ndiaye – qui avait affirmé que CNews « était clairement d’extrême droite » –, mais aussi de sa collègue Rima Abdul Malak.                                              Pour avoir simplement rappelé que les chaînes du groupe Bolloré étaient soumises, comme tous les diffuseurs, à des règles précises qu’elles ont plusieurs fois enfreintes ces dernières années, la ministre de la culture a fait l’objet d’une large campagne de dénigrement sur C8 et CNews. Et ce, sans recevoir de soutien en interne. Auditionnée en mars par la commission d’enquête parlementaire sur la TNT, elle a cependant estimé que lier son départ du gouvernement à ces prises de position relevait de « la politique fiction ».           Également cible de nombreuses attaques après ses propos sur CNews, Pap Ndiaye n’avait, lui non plus, pas franchement été soutenu par ses collègues. L’un d’entre eux, Stanislas Guerini, était même allé jusqu’à prendre ses distances ouvertement sur Europe 1 : « Si je pensais qu’Europe 1 était une radio d’extrême droite, je ne serais pas venu ce matin », avait-il déclaré. À l’époque, face à la virulence des attaques, le chef de l’État avait certes évoqué la liberté d’expression de son ministre, mais en prenant soin de ne rien dire sur le fond de sa prise de position.    _____Car dans l’écosystème macroniste, chacun est conscient des risques encourus par celles et ceux qui osent émettre une critique sur les médias Bolloré. Selon plusieurs sources au sein de la majorité présidentielle comme du gouvernement, beaucoup craignent d’être « boycottés » par ces derniers ou de souffrir à leur tour d’une « mauvaise presse ». Les éditoriaux ad hominem, les commentaires déplaisants ou les petites phrases glissées ici ou là… La machine peut rapidement se mettre en marche. « Il y a clairement une forme de peur », reconnaît un conseiller ministériel.Certains ont directement fait les frais de leur liberté d’expression, à l’instar du député Renaissance Christopher Weissberg, qui n’a jamais plus été invité sur CNews après y avoir critiqué en direct sa ligne éditoriale. « C’était en pleine grève des journalistes du JDD, se souvient-il. Je me suis dit que c’était l’occasion idéale d’aborder le sujet. Immédiatement, j’ai été attaqué et insulté par certaines personnes autour de la table. C’était dingue. » Après avoir saisi l’Arcom au sujet des propos tenus par Pascal Praud liant les punaises de lit à l’immigration (sortie qui lui a depuis valu une mise en garde du gendarme de l’audiovisuel), l’élu a également eu droit à quelques messages gratinés de l’animateur. _____Au début de son mandat, Christopher Weissberg a lui-même plusieurs fois participé à des émissions sur CNews. « Lorsque vous vous lancez, il n’y a pas beaucoup de formats politiques dans lesquels vous êtes invités régulièrement et qui vous permettent de vous exprimer un peu longuement », dit-il. Mais il a rapidement compris que l’exercice était vain, voire dangereux : « Comme Murdoch aux États-Unis ou au Royaume-Uni, ce groupe puissant sert de tremplin à l’extrême droite, affirme le député Renaissance. On est en train de lui donner les clés. C’est une guerre culturelle qui se joue et on perd quasiment toutes les batailles idéologiques. »                                                                                                     Rares sont celles et ceux, au sein de la majorité présidentielle, à avoir pris conscience de ce danger. L’attrait pour la lumière, la volonté de parler au plus grand nombre, une forme de naïveté… Plusieurs raisons expliquent l’omniprésence des macronistes dans les médias Bolloré. Mais la principale est plus triviale encore. « Chez nous, certains pensent comme CNews, confie un cadre du parti présidentiel. Pour eux, c’est une chaîne de droite comme une autre. Ils ne voient pas pourquoi ils n’iraient pas sur ses plateaux alors qu’ils acceptent d’aller sur le service public qu’ils considèrent de gauche. »   ____Dans ce contexte de droitisation à l’infini, CNews et C8 sont devenus incontournables. Certains, comme Olivier Véran, ont longtemps refusé de s’y rendre, avant de radicalement changer d’avis. Pour justifier sa venue dans l’émission « Face à Baba » de Cyril Hanouna en janvier 2023, après des années à se targuer qu’il ne participerait jamais à ce type de format, l’ancien porte-parole du gouvernement avait recyclé la formule préférée de l’Élysée : « Il est important d’aller s’adresser à l’ensemble des Français qui regardent la télévision ou qui écoutent la radio. »                                                                                                                                                 Les mêmes arguments avaient déjà été invoqués dès l’automne 2019 lorsque le président de la République avait accordé un entretien-fleuve à Valeurs actuelles, alors sous la direction de Geoffroy Lejeune, pour parler immigration, sécurité et identité. L’épisode était très vite apparu comme l’un des tournants du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Une entrée fracassante dans l’ère du confusionnisme macroniste où tout se vaut et où rien n’est grave. Depuis lors, et malgré ses dénégations, le pouvoir a largement contribué à la contamination du débat public par l’extrême droite.  Car contrairement à ce que prétendent celles et ceux qui estiment nécessaire de « mener le combat sur le champ de bataille », les membres du gouvernement et de la majorité qui regardent en boucle les chaînes du groupe Bolloré et s’y expriment souvent n’y mènent aucune offensive. Convaincus que les questions de Pascal Praud, Cyril Hanouna ou Sonia Mabrouk reflètent une grande partie de l’opinion française, ils viennent au contraire valider leurs obsessions. Et normalisent, dans le même temps, leur entreprise de désinformation. " [Ellen Salvi _ Merci à Mediapart]    ___________________________