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mercredi 23 août 2023

Un monde à part

Celui des riches, des très riches, des ultra-riches

                       Comme l'avait déjà décrit Balzac, dans le contexte de son temps. Un monde minoritaire, mais de plus en plus important et influent, qui fait souvent preuve d'ostentation provocante, parfois de discrétion raffinée, de bonne conscience, de certitude de son exceptionnalité. Un monde qui côtoie le monde "ordinaire", souvent sans le connaître, parfois marginalement, vivant le plus souvent hors-sol, dont la fortune et ses usages frôlent l'indécence, comme disait Orwell, surtout aux yeux de ceux qui peinent à terminer le mois. Un monde ou règne "luxe, clame et volupté", pour reprendre librement Baudelaire.  Un monde qui cumule bien des  avantages, parfois exorbitants, qui revendique toutes les chances, profitant de bien des privilèges. Ils pensent souvent s'être fait tout seuls. Un "univers impitoyable" souvent, qui a l'oreille des pouvoirs, qui ont souvent besoin de leurs aumônes et de leur influence. Un monde souvent méconnu, cherchant à se faire oublier, sauf sur les pages glacées des magazines people, pour qui l'argent n'est pas un moyen mais une fin. En tout bonne conscience.

           Un monde particulier: "...Mégayachts, îles artificielles, bitcoin, fusées, soirées arrosées… Les mille visages de la richesse s’étalent chaque jour en Une de l’actualité, sur les réseaux sociaux et, surtout, dans notre inconscient collectif. Résultat ? Pour la sociologue et professeure à l’université d’Ottawa, « bernés par les prestidigitations des ultra-riches, nous les regardons, stupéfaits, dilapider les ressources de la planète  » tandis que les inégalités demeurent.

      D’où le titre de son nouvel essai en forme de pamphlet sans concession, à paraître ce 22 août aux éditions Lux : La société de provocation – Essai sur l’obscénité des riches. Une référence explicite au roman Chien blanc de Romain Gary, dans lequel l’ancien résistant fustige « cet ordre social où l’exhibitionnisme de la richesse érige en vertu la démesure et le luxe ostentatoire tout en privant une part de plus en plus large de la population des moyens de satisfaire ses besoins réels ». De passage à Paris, Dahlia Namian a répondu à nos questions.                                                  Elon Musk fait partie d’une mouvance d’ultra-riches qui cherchent à accumuler du capital. Bien sûr, pour les capitalistes, l’objectif a toujours été de conquérir l’espace au sens large, de façon à faire fructifier leur capital. Les processus de colonisation et l’impérialisme l’ont bien montré. L’idée de conquête de l’espace s’inscrit dans cette continuité, avec une dimension carnavalesque renforcée : on peut en rire – d’ailleurs on ne sait même pas si les entrepreneurs qui se lancent là-dedans se prennent eux-mêmes au sérieux – mais ce n’est pas que de la poudre aux yeux. Ce lancement fait partie d’une véritable stratégie, qui participe à faire fructifier et à maintenir ce système qui leur profite. L’expression vient du roman Chien blanc de Romain Gary, écrit à la fin des années 1960, dans un tout autre contexte. Pour résumer, la société de provocation est un ordre social qui érige en vertu la surconsommation, le luxe ostentatoire, et qui permet à une minorité de personnes de s’acheter des îles privées, des superyachts et des SUV, tout en empêchant une partie de plus en plus importante de la société de répondre à ses besoins élémentaires. Nous sommes, me semble-t-il, dans cette situation. Plus besoin de caricature, la minorité d’ultra-riches qui domine l’ordre économique se livre bien, aujourd’hui, à une forme d’exhibitionnisme !      ____Les Américains parlent d’ailleurs de wealthporn à ce propos, terme qu’un journaliste du Devoir a très justement traduit par « pornopulence ». Les riches nous imposent effectivement une société de pornopulence, où le luxe s’étale partout, sans aucune limite, de la pub à la télé en passant par les réseaux sociaux. Dans le même temps, de plus en plus de personnes, notamment parmi les classes moyennes, peinent à payer leurs factures quotidiennes, à se loger et à se nourrir dignement. La société de provocation est notre réalité quotidienne : celle d’un capitalisme débridé, sauvage. La seule différence avec la société que décrivait Romain Gary dans les années 1960, c’est qu’on perçoit désormais très bien les conséquences désastreuses de cette richesse sur le climat…                                                                Au-delà des chiffres, il faut prendre conscience que les inégalités sont multiples. Si on s’en tient uniquement aux salaires, on n’a qu’une vision très partielle du problème. Les premières inégalités sont celles du patrimoine aujourd’hui. De ce point de vue, les indicateurs d’Oxfam me semblent être les plus pertinents. Surtout, plus il y a de concentration de ces richesses dans les mains de quelques-uns, plus il y a concentration du pouvoir politique. Certes, la richesse permet d’acheter toutes sortes de biens nuisibles et engendre des catastrophes climatiques. Mais c’est surtout le fait qu’elle permet d’avoir une influence sur les décisions publiques qui pose problème.... On voit les ultra-riches comme les seuls créateurs de richesse. On leur voue une admiration sans borne. On souscrit à cette idée méritocratique qui voudrait que tous les riches entrepreneurs soient partis de rien, aient travaillé très dur pour gravir les échelons – ce qui est faux. On pense donc que, si on les impose, ils risquent de partir ailleurs, alors qu’ils créent de la richesse, de l’emploi. Et ce serait évidemment un drame…                                                   À l’inverse, on parle toujours des travailleurs comme étant des sources de charges, de coûts, jamais comme les principaux créateurs de richesse, alors même que, sans eux, le système économique tout entier s’effondrerait – là où on se demande bien quel genre de cataclysme pourrait arriver si les grands patrons acceptaient de diviser, ne serait-ce que par deux, leurs salaires. Toutes les logiques d’exploitation et de domination sont donc rendues opaques par ce genre de raisonnement trompeur.... "            ___________________________________

vendredi 8 février 2008

PIB : une notion à revoir



De quoi sommes-nous riches?...

PIB-Le produit intérieur brut et les autres indicateurs sociaux et économiques (PRB 00-22F)
".....Le PIB ne pouvant mesurer que les facteurs auxquels un prix est associé, il exclut automatiquement ce qui ne ressort pas de la sphère de l’économie, comme la faible criminalité, la stabilité familiale et la salubrité de l’air. Inversement, les coûts « négatifs » que sont le contrôle de la pollution ou les dépenses en systèmes d’alarme et en frais de garderie constituent une adjonction au PIB même s’ils contribuent peu au bien-être général ou n’y contribuent aucunement. Le PIB ne tient pas non plus compte des investissements en capital social, comme les investissements dans les collectivités ou les institutions sociales....."
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----------Reconsidérer la richesse: PATRICK VIVERET (
(Objet application/pdf)
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- "Qu'est-ce que la richesse ?" de Dominique Méda
"... Pour s’opposer au capitalisme, il faut s’extraire du processus productif et "en opérer la critique au nom même des valeurs qu’il remet en cause, mieux encore, au nom même des valeurs qui font de la société une société riche, une société civilisée. La meilleure stratégie n’est donc pas celle qui bégaye, implore, se raidit et dit "travail, travail, travail", mais celle qui s’enracine dans des valeurs ou dans des principes absolument essentiels à la vie de nos sociétés, que nous nous accorderions à reconnaître comme tels, et dont on pourrait montrer que le capitalisme ne les respecte pas, quand il ne les détruit pas"
Place Publique-Tous comptes faits, qu'est-ce que la
richesse-tri.pdf (Objet application/pdf)-

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Pour un autre regard sur la richesse:

"...Peu regardante sur ce qu’elle additionne, la Croissance oublie par contre toutes les activités humaines qui ne donnent pas lieu à des dépenses monétaires : entraide, vie associative, temps passé avec nos enfants et attention aux anciens, ...

Souhaite-t-on une société où la principale boussole est celle du chiffre d’affaires, et où l’on accepte des inégalités de revenus de plus en plus criantes ?

Une société où les dégâts écologiques ne viennent jamais remettre en cause la logique de la course aux profits ? Souhaite-t-on une société où les dépenses de santé sont très élevées ou une société dont les personnes sont en bonne santé ? Souhaite-t-on une société où les loisirs ne sont "bons" que si ils entraînent des dépenses, ou choisit-on la douceur de vivre ? Et ainsi de suite...

Le PIB et la Croissance sont bien loin de mesurer l’amélioration du bien-être d’une société et du "bien-vivre" des individus. Ce ne serait pas si grave si cet indicateur se cantonnait à ce qu’il est, un regard sur les activités économiques. Mais son omniprésence dans les esprits en fait le raisonnement principal, affecte notre quotidien, empêche d’autres regards ...

La santé par exemple n’est abordée que comme une dépense, alors qu’elle devrait être traitée en termes d’investissement sur l’être humain. Mais la prévention est moins productrice de "croissance" que la réparation... Et les dégâts de la pollution ou du stress au travail sur la santé, par exemple, ne sont jamais comptabilisés en négatif dans le chiffre d’affaire des entreprises.... "

-Un objet comptable non identifié
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"L'argent n'est qu'une fiction et toute sa valeur celle que la loi lui donne. L'opinion de ceux qui en font usage n'a qu'à changer, il ne sera plus d'aucune utilité et ne procurera pas la moindre des choses nécessaires à la vie. On en aurait une énorme quantité qu'on ne trouverait point, par son moyen, les aliments les plus indispensables. Or il est absurde d'appeler "richesse" un métal dont l'abondance n'empêche pas de mourir de faim ; témoin ce Midas à qui le ciel, pour le punir de son insatiable avarice, avait accordé le don de convertir en or tout ce qu'il toucherait. " ARISTOTE

lundi 28 novembre 2011

Temps des riches

Parce ce que je le vaux bien ?

"
Entre le riche et le pauvre, entre le fort et les faibles, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit"
(Lacordaire)

"L'argent qu'on possède est l'instrument de la liberté; celui qu'on pourchasse est celui de la servitude." (Rousseau)

« Ma détermination à atteindre cet objectif est accrue quand je lis les rapports indiquant les profits colossaux et les bonus obscènes dans des firmes qui doivent leur survie même au peuple américain. » (Barack Obama. Discours sur l'etat de l'Union 14/1/2010)
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__Etre riche ?
Personne n'est parfait!...
Tous les (très) riches ne peuvent pas, comme W.Buffet, réclamer plus d'impôts, après moultes opératio
ns douteuses et spéculatives, à l'instar de G.Soros.
Pourquoi encore parler des riches?
Laisser les vivre, cela les regarde, dira-t-on...Et puis, cessez la jalousie, fondement de votre critique des riches (argument libéral classique). Ne faudrait-il pas plutôt les plaindre?...
La question morale, dans cette affaire, n'est pas à à sa place, même si l'indignation peut s'exprimer légitimement au vu de certains revenus stratosphériques, dont la grande masse des gens n'a même pas idée. Le problème est politique au sens large, concerne la société toute entière, pas seulement pour une question de solidarité. Il y va aujourd'hui de sa cohérence et de sa survie.

__Le temps des riches, des très riches, est arrivé.
Une richesse sans commune mesure avec les revenus du commun des mortels, même privilégié, que l'auteur compare à un processus de sécession d'une ploutocratie mettant à mal les valeurs de la République. Un monde à part. Une autre planète.
"
En une trentaine d'années s'est constitué en France et dans d'autres pays un club de gens ayant des ressources financières hors norme. Ils sont 0,01% qui sont à 82.000 euros de revenus mensuels imposables, soit pour la France à peu près 6000 personnes. Leurs rémunérations sont devenues vertigineuses et font de leur groupe un monde à part..."
Aux Etats-Unis, 1 % des ménages captent 23 % du revenu global et vivent "sur une autre galaxie".
Le retour des «années fric» a été spectaculaire en France, grâce à un Président compréhensif et à des impôts allégés. Alain Minc lui-même, qui fait partie du sérail, parlait naguère de l'argent fou.

__Les rémunérations obscènes, qui ne se sont pas développées par génération spontanée, mais grâce au
contexte neolibéral reaganien des années 80, où la finance a pris le pas sur tout le reste, s'étalent sans vergogne et mettent en péril le vivre ensemble, compromettant les bases mêmes de la démocratie. ("obscène" est le terme utilisé par Obama pour qualifier les profits massifs de la finance)
Quand on sait que les 10% les plus-riches possèdent 50% du patrimoine des menages francais, n'y a-t-il pas lieu de s'interroger sur ce déséquilibre indécent et inquiétant?
Au niveau du patrimoine, élément essentiel de la richesse, les inégalités sont en pleine croissance.

_Etre riche: une question de talent, de chance, de naissance, de malversations?
Un peu de tout cela, à des doses diverses. Souvent, on naît avec une cuillère d'argent dans la bouche, co
mme la fille de Mme Bettancourt ou le fils Dassault ou Bouygues...Parfois, le "génie" et la compétence personnels interviennent, avec une dose de filouterie dans certains cas (Bill Gates, doit beaucoup à son intelligence, mais aussi à son opportunisme et à ses "coups" pour affaiblir ses concurrents, comme Rockefeller bien avant lui). Il y a très rarement de très grandes fortunes sans une dose de cynisme et d'absence de scrupules (Soros et ses spéculations sur les monnaies)
__ La richesse, notamment l'extrême richesse, à la source du spectaculaire creusement des inégalités depuis 20 ans n'est pas seulement une affaire de cupidité et de volonté de puissance, poussée parfois jusqu'à l'absurde. Elle est révélatrice d'un problème socio-économique de fond, d'une question de redistribution, notamment dans la répartition entre le capital-rente et le travail. "
Ce soudain intérêt pour les riches constitue une focalisation légitime sur un monde dont la discrétion fait partie du mode de vie, au moment où il capte une part sans cesse croissante de la richesse nationale et menace ainsi la cohésion sociale. Mais il ne peut devenir le seul centre de la question sociale, «au risque, souligne Stéphane Beaud, d’autonomiser cette question des "riches" en la dissociant des rapports de classe et des rapports de travail». (Mediapart)
Le creusement s'accentue, la pauvreté absolue et relative gagne, même si elle est encore mal mesurée. C’est du côté du capital et de sa reproduction intergénérationnelle que se situe une grande part du creusement des inégalités qui corrompt, aujourd’hui, le ciment social.
On connaît les ghettos, les riches niches et les super cadeaux fiscaux
Les chiffres sont brutaux. On a pu dire qu'au niveau mondial, les plus pauvres financent les plus riches.
_La pauvreté existe même si on peut l'ignorer. Demain, tous ne pourront être milliardaires, malgré le rêve
américain, toujours démenti.
Aux USA, la pauvreté fait des ravages. En Allemagne, elle se cache mieux. En France, il suffit d'aller faire le tour des associations et des restaurants du coeur pour en prendre la mesure..

Mais il ne suffit-il pas de déclarer, comme Obama et Cameron naguère, la chasse aux riches pour réparer le tissu social dégradé par la perversion d'un système demeuré intact...
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Parce qu'ils le valent bien !

mardi 13 février 2018

Une notion confuse

 PIB en question
                          Le Produit intérieur brut est souvent présenté ou perçu par ceux qui y font référence comme une donnée objective, comme une sorte de reflet de ce Adam Smith appelait la richesse des nations.
   Alors que, bien que fonctionnelle d'un certain point de vue, c'est une notion construite, sur des bases de calcul parfois discutables, n'ayant qu'une valeur relative et quelque peu illusoire.
    Que la notion de PIB soit un indicateur plus qu'imparfait est le moins que l'on puisse dire.
 Il est souvent trompeur si on ne l'aborde pas de manière critique
     Le fait que la France, par exemple, va intégrer  les revenus de la drogue  dans son PIB devrait interroger sur le fétichisme économique  qui caractérise cette notion. Même des activités économiques illégales estimées finissent pas entrer dans son calcul. Par exemple, Eurostat estime que le trafic de drogue, la prostitution (là où elle n’est pas légale) et le trafic d’alcool et de tabac entrent bel et bien dans le cadre de cet accord mutuel. Ils doivent donc être intégrés dans le PIB. Et tous finissent par s'aligner sur ces modes de calcul.
   Il importe de démystifier la tendance à identifier PIB et richesse et surtout qualité de vie. Comme interrogeait E.Joly: "La France produit trois fois plus qu'il y a trente ans. Sommes-nous trois fois plus heureux?...les richesses sont-elles mieux réparties?
    La vraie question à se poser est: qu'est qui fait la richesse?de quoi sommes-nous riches?
".....Le PIB ne pouvant mesurer que les facteurs auxquels un prix est associé, il exclut automatiquement ce qui ne ressort pas de la sphère de l’économie, comme la faible criminalité, la stabilité familiale et la salubrité de l’air. Inversement, les coûts « négatifs » que sont le contrôle de la pollution ou les dépenses en systèmes d’alarme et en frais de garderie constituent une adjonction au PIB même s’ils contribuent peu au bien-être général ou n’y contribuent aucunement. Le PIB ne tient pas non plus compte des investissements en capital social, comme les investissements dans les collectivités ou les institutions sociales....."
 Le PIB est donc un objet comptable non ou mal identifié.  
      Selon Patrick Viveret, il faut reconsidérer la richesse et ses aspects qualitatifs, qui ne sont pas des objectifs comptables comme la notion de croissance peut l'être aussi.
        "...Peu regardante sur ce qu’elle additionne, la Croissance oublie par contre toutes les activités humaines qui ne donnent pas lieu à des dépenses monétaires : entraide, vie associative, temps passé avec nos enfants et attention aux anciens, ...
Souhaite-t-on une société où la principale boussole est celle du chiffre d’affaires, et où l’on accepte des inégalités de revenus de plus en plus criantes ?
Une société où les dégâts écologiques ne viennent jamais remettre en cause la logique de la course aux profits ? Souhaite-t-on une société où les dépenses de santé sont très élevées ou une société dont les personnes sont en bonne santé ? Souhaite-t-on une société où les loisirs ne sont "bons" que si ils entraînent des dépenses, ou choisit-on la douceur de vivre ? Et ainsi de suite...
Le PIB et la Croissance sont bien loin de mesurer l’amélioration du bien-être d’une société et du "bien-vivre" des individus. Ce ne serait pas si grave si cet indicateur se cantonnait à ce qu’il est, un regard sur les activités économiques. Mais son omniprésence dans les esprits en fait le raisonnement principal, affecte notre quotidien, empêche d’autres regards ...
La santé par exemple n’est abordée que comme une dépense, alors qu’elle devrait être traitée en termes d’investissement sur l’être humain. Mais la prévention est moins productrice de "croissance" que la réparation... Et les dégâts de la pollution ou du stress au travail sur la santé, par exemple, ne sont jamais comptabilisés en négatif dans le chiffre d’affaire des entreprises.... "
        Comme le soulignait déjà Aristote"L'argent n'est qu'une fiction et toute sa valeur celle que la loi lui donne. L'opinion de ceux qui en font usage n'a qu'à changer, il ne sera plus d'aucune utilité et ne procurera pas la moindre des choses nécessaires à la vie. On en aurait une énorme quantité qu'on ne trouverait point, par son moyen, les aliments les plus indispensables. Or il est absurde d'appeler "richesse" un métal dont l'abondance n'empêche pas de mourir de faim ; témoin ce Midas à qui le ciel, pour le punir de son insatiable avarice, avait accordé le don de convertir en or tout ce qu'il toucherait.
   Rien à voir avec le bien-être, sous ses différents aspects, encore moins avec le bonheur
    On peut se référer en ce sens au discours de Bob Kennedy à l' université du Kansas le 18 mars 1968:
      Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l'air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production de napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants. En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux.Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l'intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue.

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lundi 17 janvier 2011

La "révolution" du philanthrocapitalisme

Les dollars du coeur

La richesse concentrée par quelques uns sert bien plus la cause du progrès que lorsqu’elle est émiettée en salaires destinés à faire vivre la multitude » (Carnegie)

« 98% d’entre eux (les plus fortunés) se sont hissés au sommet à la force du poignet. Je compatis néanmoins avec ceux qui sont restés pauvres même s’ils doivent, d’abord, à leur propre incompétence de n’avoir pas échappé à leur condition." (Pasteur Russel Cornwell)


__________Les milliardaires américains, de plus en plus nombreux, ont le coeur sur la main.
Merci Reagan! merci Bush!
De 1979 à 2007, la richesse des 1% des Américains fortunés s'est accrue de 281%.
-Ils rivalisent de générosité, à la recherche de nouveaux symboles de prestige. Les "multinationales de la bonté", qui prennent d'un côté pour donner de l'autre, ne manquent pas d'étonner les grandes fortunes françaises, qui lâchent moins facilement leurs millions...
-Comme s'ils avaient mauvaise conscience, ou peur des colères montantes, face à la
pauvreté croissante de larges couches de la population et aux inégalités montantes, à la faveur d'une crise générée par les nababs de Wall Street et à leurs alliés, ils cachent pour un temps leur cynisme (
« La lutte des des classes a repris aux Etats-Unis et ce sont les gens dans mon genre qui sont en train de la gagner, disait naguère W.Buffet) en se sentant sans doute en contradiction avec certaines valeurs affichées ("La voracité d’une poignée de carnassiers mine l’évangile de la richesse pour tous, arc-boutant du rêve américain." (E.Dior))

-Parmi les plus riches que riches, les "barons pillards" du Richistan, c'est à qui donnera le plus dans les fondations humanitaires ou culturelles. Ils veulent "sauver le monde", quand ils ont contribué souvent à le détruire par leurs activités prédatrices...


___Le Charity business n'est pas nouveau Outre-Atlantique, mais il connaît, notamment avec W.Buffer et Bill Gates, une surenchère étonnante. Phénomène opportuniste?

"Faire payer les riches" est un slogan qu'ils s'appliquent à eux-mêmes. Il faut dire que les fortunes arrivent à des hauteurs tellement stratosphériques que le sacrifice d'une partie, même importante, de leur fortune, laisse encore une grande marge de réserves pour vivre plus qu'aisément... Par exemple, "le niveau phénoménal des sommes mobilisées par Bill Gates. Quelques points de comparaison ? Le PNB du Mali : 9 milliards de dollars, Celui de Madagascar, 8,5 milliards. Haïti, 6,5. Le Laos, 5,5…. Bill Gates, sa fondation : 100 milliards. Les dons annuels de la Fondation sont plus élevés que le budget de l’Organisation mondiale de la Santé. Et quand les amis de Bill Gates répondent à son appel, cela donne Warren Buffet et 37 milliards de dollars ! Soit 40% du Viet-nam ou du Maroc !.."

___Une "philanthropie" qui s'inscrit dans une longue tradition. C'est une vieille histoire américaine (1/3)_-(2/3) -(3/3)
Le "rêve américain" se poursuit sous d'autres formes, avec d'autres moyens...

_Une spirale infernale?
"... Ce déferlement de dollars, pour les protagonistes de l’affaire, les Gates, mais aussi leur ami Buffet, l’ont-ils vraiment voulu dans toute l’acceptation du terme ? Ont-ils compris que le big business a pris le pouvoir aux Etats-Unis et qu’ils en sont, bonne conscience ou non, les représentants. Sont-ils conscients que, leur bonté, dans un monde globalisé où les marchés ont été décloisonnés et ouverts, devenu le champ clos des multinationales du profit, va faire émerger des « non profitable institutions » multinationales, autrement dit, des multinationales de la Bonté....Lles Etats-Unis ont été transformés en un « Richistan ». Et ce n’est pas l’économie qui est en cause. C’est la politique. » En 1963, aux Etats-Unis, le taux marginal d'imposition des plus riches était de 91 % alors qu'à l'heure actuelle, avec les avantages consentis par Bush, il n'est plus que de 35 %. A ce compte, il est facile de comprendre pourquoi la part des riches s’est considérablement accrue dans la richesse nationale américaine et, plus généralement, dans le monde. Warren Buffet ne s’y est pas trompé lorsqu’il y a peu de temps, il en a appelé à la taxation des riches. Il n’est pas le seul. Plusieurs « riches Amércains ont fondé l’association « patriotic millionnaires for fiscal strength » qui a lancé ce slogan s’adressant au Président Obama “For the fiscal health of our nation and the well-being of our fellow citizens, we ask that you allow tax cuts on incomes over $1,000,000 to expire at the end of this year as scheduled”. Cette association a rappelé au Président Obama que de 1979 à 2007, la richesse des 1 % des Américains fortunés s'était accrue de 281 % ! Peut-être Warren Buffet a-t-il conscience qu’à ne rien faire, la spirale de la bonté va passer, même aux yeux des pauvres, pour infernale. Des sommes colossales maniées par des personnes privées, pour le bien de l’humanité ? Quel bien ? Au nom de quelle vision de l’homme et de la société ? Celle de Bill Gates, celle de Melinda ou de Warren Buffet ? Ou d’un gourou, qui saura les influencer ? Celle d’un prédicateur évangéliste ? Ou d’un membre de l’église de la Scientologie ?..."
___La gestion de ces fonds privés ne sont pas sans lacunes démocratiques.
Et s'ils payaient leurs impôts?...
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-George Soros, l'homme qui n'est pas à une contradiction près

jeudi 6 septembre 2012

Le piège chinois

 Chine au carrefour
_____________________Richesse privée et misère publique

___Le piège, ce n'est pas seulement la dépendance des USA par rapport à  l'Empire du Milieu et vice-versa: d'étroits rapports économiques et financiers. La Chine finance une bonne partie de la dette de l' Oncle Sam, tant que le dollar est hégémonique, et lui vend quantité de produits bon marché  permettant de réguler au plus bas la masse salariale des consommateurs américains les moins favorisés.
 La Chine et les USA se tiennent par la barbichette. Malgré les tensions, les deux pays sont pour l'instant condamnés à vivre ensemble de manière dialectique, sinon conflictuelle. Le Tigre a su dompter l' Aigle.
______________Mais un piège existe aussi dans le fonctionnement interne de l'économie libérale-autoritaire chinoise, s'efforçant d'être toujours en pointe dans de nombreux domaines, condamnée à exporter, à développer une croissance ininterrompue générant de grandes inégalités, elles-mêmes facteurs de croissance. Les dirigeants chinois connaissent les  fragilités structurelles du pays, qui entre dans une période difficile, mais ne savent trop comment sortir du piège pourtant sciemment construit.. La corruption continue, le progrès social est au point mort, malgré quelques ouvertures, suscitées par la crainte de révoltes fréquentes. 
  "Selon Robin Munro, le gouvernement chinois pourrait (même) se faire à l'idée de syndicats indépendants, pourvu que ces derniers s'abstiennent de contester le pouvoir politique. C'est précisément ce à quoi s'efforce le CLB, et ce qui explique peut-être que ses membres aient les coudées étonnamment franches sur le terrain. Reste à savoir si la corruption galopante et la montée en flèche des abus qu'elle génère ne sont pas en passe de déclencher un rejet massif - dont on ne voit pas comment il pourrait éviter d'être politique. "
  Les débats en Chine, puissance fragile, sur les choix futurs, l'avenir du pays, filtrent à peine.
_____________________"...La direction chinoise s'est durant une génération attachée à la croissance économique aux dépens du reste. Deuxièmement, l'inégalité s'est généralisée à mesure que la Chine socialiste a brisé le "bol de riz d'acier" de la protection sociale. Troisièmement, la forte hausse d'une consommation privée ostentatoire s'est opérée aux dépens de l'investissement dans des biens communs tels que les retraites, la santé à coût raisonnable ou l'éducation publique. Quatrièmement enfin, les dépenses consacrées au surdéveloppement et aux projets futiles n'ont cessé de croître, tandis que les investissements nécessaires au bien-être général ont baissé.
La capacité chinoise d'exporter à bas coût a été rendue possible par une réserve inépuisable de main-d'oeuvre migrante. Résultat, une ville comme Guangzhou (l'ex-Canton), la plus grande du Guangdong, ressemble aujourd'hui à l'Arabie saoudite : elle présente un PIB par tête comparable à celui d'un pays à revenu moyen, mais les chercheurs estiment que 3 millions seulement des 15 millions de personnes qui travaillent chaque jour à Guangzhou en sont des habitants officiellement enregistrés.
Les autres n'ont aucun droit au logement, à l'éducation ou aux soins de santé, et vivent sur des salaires de subsistance. En Arabie saoudite, les travailleurs immigrés sous-payés sont attirés par la richesse pétrolière, alors que dans le Guangdong les travailleurs sont à la fois la source et le sous-produit de la richesse.
__Cette absence de protection pour la plupart des travailleurs contribue à renforcer l'autre jambe sur laquelle marche la croissance chinoise : le capital bon marché permettant d'investir dans les infrastructures nationales. Ne disposant pas de retraite, de soins de santé ni d'éducation assurés par l'Etat, les citoyens épargnent la moitié de leurs revenus pour se garantir en cas de coup dur.
Mais les banques publiques leur versent un taux d'intérêt artificiellement bas. Cela permet d'amasser de vastes quantités de capitaux que les entrepreneurs peuvent emprunter à faible coût pour ces investissements spéculatifs qui ont gonflé le PIB et parsemé le paysage chinois d'inutiles folies telles que bâtiments municipaux luxueux comme des palais, usines qui ne tournent pas et hôtels vides. D'après plusieurs études officielles, le nombre d'"incidents de masse" (manifestations violentes impliquant plus de 500 personnes) enregistrés par les autorités est passé de 8 700 en 1993 à 87 000 en 2005 et à 180 000 en 2011.
Depuis quelques années s'est ouvert en Chine un débat sur la façon dont le pays pourrait échapper au piège de sa richesse. Beaucoup de ceux qui se revendiquent de la nouvelle gauche demandent des mesures capables de stimuler la demande intérieure afin d'éliminer les causes du mécontentement social. En tête de leur liste figurent l'augmentation des salaires, la fin des subventions artificielles aux exportations, l'accès aux services sociaux, la réforme du système hukou (permis de résidence) et la fin de la "répression financière" qui maintient des taux d'intérêt artificiellement bas.
Augmenter les salaires et laisser peu à peu le yuan s'apprécier seront déjà des opérations difficiles, mais mettre un terme à la répression financière des taux d'intérêt artificiellement bas touchera au coeur même des intérêts privés les plus puissants de Chine.
De surcroît, ces mesures ralentiront la croissance. C'est pourquoi nombreux à droite sont ceux qui cherchent une façon de rendre la richesse chinoise plus acceptable. Ils veulent privatiser les entreprises étatiques, inciter l'industrie à améliorer sa chaîne de valeur et développer des politiques à même de légitimer l'inégalité, qu'ils considèrent comme un élément essentiel pour aiguillonner le progrès.
Beaucoup applaudissent ce que l'universitaire chinois Xiao Bin vante sous le nom de "modèle du Guangdong", à savoir un autoritarisme souple qui permet une plus grande expression citoyenne sur Internet et autorise la société civile et les ONG à faire état de leurs préoccupations.
Wang Shaoguang, pour sa part, craint que, sans une tentative de grande ampleur de s'attaquer aux causes des désordres, tous ces problèmes ne fassent qu'empirer. "Les conseils de Galbraith n'ont eu aucun effet aux Etats-Unis, notait-il dans un essai publié en 2011, aussi la Chine socialiste devrait-elle faire mieux."
La crise financière a déclenché une crise dans le modèle de développement de la Chine. Les régions prospères comme le Guangdong ont été plongées dans le chaos sitôt que la demande occidentale pour les importations chinoises s'est tarie. Le phénomène a coïncidé avec le sentiment grandissant que les fondations traditionnelles de la croissance s'érodaient en raison de la hausse simultanée du coût du travail, du prix des terrains et des taux de change.
Les mesures massives de relance adoptées par la Chine ont été bénéfiques sur le court terme, mais ont exacerbé les déséquilibres à plus long terme. Certains intellectuels affirment que la "société du Xiaokang" évoquée par Deng a atteint ses limites naturelles avec des travailleurs migrants qui descendent dans la rue dont le nombre est sans précédent et des autorités qui émettent des opinions divergentes sur les politiques à adopter.
Alors que leurs prédécesseurs devaient affronter les problèmes de la pauvreté et de l'héritage du socialisme, la nouvelle génération de dirigeants chinois qui accédera au pouvoir cet automne devra éviter le piège d'un marché qui produit - selon la formule de Galbraith - richesse privée et misère publique..." (Mark Leonard)

dimanche 1 septembre 2013

Richesse et valeur

 Extension du domaine de la valeur
                                                        Alors que la richesse est toujours en hausse pour une minorité, que la tyrannie des marchés, financiers surtout, approfondit son emprise, que  l'ère de la marchandisation généralisée fait son chemin, on est en droit de se demander quelle est la vraie richesse, du point de vue d'une économie considérée au sens large (au sens étymologique, aristotélicien du terme), qui ne serait plus réduite au seul quantitatif et au fétichisme du PIB).
  Il importe de démystifier cette notion purement comptable.
Comme disait Bob Kennedy, en mars 1968, " le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l'intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue”.
   En économie, il y a le mesurable, le quantifiable et l'inestimable.
La notion de valeur a deux aspects: l'aspect quantitatif, qui s'exprime dans la notion de prix, quels que soient les modes de sa formation, et l'aspect qualitatif; que reflète la valeur d'usage individuel ou social des biens produits: leur utilité pour la vie; ce que l'on consomme pour exister en fonction de besoins variables historiquement et culturellement. 
A la base tout, il y a la valeur de l'individu, qui ne se ramène pas à sa fonction de producteur/consommateur. Un être qui n'a pas de prix, par sa dignité intrinsèque, comme le relevait fortement Kant. La personne ne peut être un moyen, parce qu'elle est toujours une fin, possédant une valeur inconditionnelle, qui fonde le respect qu'elle mérite, en tant que semblable et différente de moi, conscience à la source des valeurs morales. La valeur des choses naturelles ou produites n'ont qu’une valeur relative, celle de moyens... au contraire, les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi, c’est-à-dire comme quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen.
Aucune démonstration ne peut fonder cette donnée, qui s'affirme comme le  postulat pratique de base sans lequel aucune valeur morale n'est possible et aucune économie ne peut trouver tout son sens, sa finalité ultime: l'économie au service des hommes en tant que personnes, dont l'existence doit être assurée, mais qui ne se ramène pas à l'aspect économique.
       JM Harribey, qui ne ne va pas jusqu'à ces considérations philosophiques, quoiqu' elles sous-tendent ses analyses, se propose (et il n'est pas le premier) de remettre en question la notion de valeur telle qu'elle est envisagée dans l'économie classique depuis A.Smith, à l'aune de la production et des échanges, en revenant à certaines intuition de Marx  sur la dimension sociale, qualitative de la création de valeur.
            Dans son essai,  Jean-Marie Harribey, déconstruisant la notion de valeur dans l’histoire économique, ouvre des perspectives novatrices dans la manière d’appréhender le rôle de l’économie dans nos sociétés, propose une distinction très stimulante entre la richesse et la valeur (sous ses différentes formes) et affirme : « Au delà de l’économique, il n’y a pas rien, il y a beaucoup, mais dans un espace incommensurable au premier, parce qu’il concerne l’ordre des valeurs, et non pas de la valeur, ou bien l’ordre des richesses, qui déborde celui de la richesse économique ou valeur, à fortiori celui de la valeur marchande : il est celui de l’inestimable. »
  Il se donne comme projet théorique de refonder la pensée économique, comme le fait André Orléan et d'autres, qui sortent d'une économétrie à courte vue et quelque peu quantophrénique, guéris des dogmes qui se sont vus contredire par la violence de la crise en cours. A la lumière d'un certain bon sens souvent perdu, ils s'efforcent de repenser un capitalisme purement productiviste qui souvent sapent ses propres principes, surtout quand il s'égare dans les marais purement financiers, quand l'investissement intelligent à long terme est perdu de vue au profit du seul rendement financier à court terme et de la seule rente, incapable de prendre en charge les problèmes nouveaux qui se posent à l'humanité en corrompant les grandes décisions politiques, annexées par la logique d'un système où le seule profit tend à devenir l'alpha et l'oméga de toute vie. Même dans le domaine de la santé, de la gestion de l'eau ou du droit à polluer...
Laissons parler JMH.: 
"..Ce qui est mesurable monétairement ne couvre pas ce qui est inestimable sur notre planète et dans la vie des sociétés, il existe des registres incommensurables entre eux. La prétention de l’économie dominante est de penser pouvoir les agréger. L’ambition de ce livre est de refonder une critique théorique pour contribuer à réduire l’emprise de la création de valeur destinée au capital, à promouvoir celle qui est sans but lucratif pour répondre à des besoins sociaux, et à respecter les équilibres naturels qui sont sources de richesses indispensables à la vie. Là où le domaine du marchand se termine commencent celui du non-marchand et celui de la gratuité..."

Un souci écologique, au sens large, qui rejoint les analyses plus anciennes de René Passet et de P. Viveret.

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samedi 12 mars 2022

Ultra-richesse et démocratie

 Inégalités: jusqu'où?

                                       En France, 5 personnes, les plus riches du pays, possèdent plus que 27 millions de Français les plus pauvres.    ______Le développement accéléré des très grandes fortunes ne pose pas seulement un problème moral, ce n'est pas seulement une question de "décense" selon la formule de Orwell   . C'est aussi et surtout une question de justice et d'intérêt social bien compris. Quand les inégalités atteignent de tels sommets, quand les fortunes, celle des "héritiers" surtout, se constituent aussi rapidement, à la faveur d'institutions qui les favorisent, c'est le lien social qui est en question, c'est le vivre-ensemble qui fait problème, c'est le tissu social qui se délite et le politique qui régresse. Quand une petite minorité concentre tant de ressources qui ne vont pas au bien commun, qui ne sont souvent même pas productives, la société est en péril, la démocratie vacille. ___  Selon OXFAM La fortune des 10 Français les plus riches est désormais supérieure de presque 100 milliards à celle des 490 autres grandes fortunes françaises ! Un constat similaire à celui que nous dressions un an après la pandémie : entre mars 2020 et mars 2021, les milliardaires français ont gagné 170 milliards d’euros– soit deux fois le budget de l’hôpital public français, la troisième plus forte progression après les Etats-Unis et la Chine ! Pas de quoi se réjouir quand on sait qu’un Français sur 8 a besoin d’aide alimentaire pour vivre. Nous ne pouvons pas accepter que ces deux mondes coexistent, c’est insoutenable dans tous les sens du terme.   Cet enrichissement exceptionnel n’est pas le résultat de la main invisible du marché, ni le fruit d’un talent rare mais bien le résultat de choix politiques et notamment du renflouement des marchés financiers dès les premiers jours de la pandémie.   Ces inégalités indécentes sont inacceptables et rappellent encore une fois l’urgence d’une fiscalité plus juste. Si le gouvernement s’est jusqu’à maintenant toujours opposé à une contribution exceptionnelle sur le patrimoine des 1% les plus riches, il ne peut pas être insensible aux chiffres révélés par Challenges. Emmanuel Macron peut encore changer de braquet ! Comme en Argentine, en Nouvelle-Zélande, et peut-être bientôt aux Etats-Unis, la France doit être au rendez-vous de l’Histoire. »                                                                            Le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a augmenté de 30% en un an, selon le classement à paraître jeudi du magazine Challenges, qui a dénombré 109 milliardaires français cette année, contre 95 l'an dernier. Il y a dix ans, en 2011, le nombre de milliardaires français était de "seulement" 51.         



                Le problème de l'inégalité " 
 entre les milliardaires et tout le monde n’est pas seulement qu’ils peuvent se permettre d’acheter plus de choses que tout le monde ; c’est qu’ils contrôlent les ressources dont le reste d’entre nous dépend pour survivre.      Prenons l’exemple de Jeff Bezos, dont la richesse se présente essentiellement sous la forme d’actions Amazon. Lorsque l’on mesure l’ampleur de la richesse de Bezos, il ne s’agit pas seulement de sa richesse, mais aussi de son pouvoir. Le fait que Bezos contrôle personnellement environ 10 % de l’une des plus grandes et des plus riches entreprises du monde signifie qu’il a un contrôle considérable sur le fonctionnement de l’économie.        Il peut influencer les salaires fixés par Amazon, qui déterminent les revenus de millions de personnes dans le monde. Il peut influencer les décisions d’investissement de l’entreprise, qui déterminent non seulement le nombre d’emplois créés dans l’économie, mais aussi les types de biens, de services et de technologies susceptibles d’être développés dans les années à venir. Il participe à toute une série de décisions qui ont un impact considérable sur le reste de la société, qu’il s’agisse de l’empreinte écologique de l’entreprise ou du montant total de ses impôts.       On peut dire la même chose des autres milliardaires qui contrôlent la plupart des ressources du monde. Les magnats de l’immobilier fixent nos loyers et influencent les prix des terrains et des biens immobiliers dans le monde entier. Les financiers déterminent la répartition des investissements, ce qui façonne toutes sortes de tendances sociales, comme l’évolution technologique, l’intensité carbonique de la production et la géographie de la production. Enfin, les magnats des médias contribuent à façonner les informations que nous recevons pour comprendre ces tendances.          Les décisions prises par cette petite poignée d’hommes ont un impact énorme sur presque tous les domaines de notre vie – y compris nos salaires, nos loyers et la température de notre planète. Et pourtant, ils exercent cette quantité extraordinaire de pouvoir avec peu ou pas de responsabilité.      Aucune personne saine d’esprit ne soutiendrait qu’il s’agit d’une manière rationnelle d’organiser une économie. La plupart des économistes classiques soutiennent que des personnes comme Jeff Bezos n’ont pas vraiment autant de pouvoir que nous le pensons. Les décisions d’Amazon sont, selon eux, entièrement déterminées par les tendances générales du marché. Ce n’est pas Bezos qui prend les décisions, mais le marché.       Pourtant, dans un monde caractérisé par des niveaux extrêmes d’inégalité, des taux élevés de concentration du marché et la mainmise des entreprises sur l’État, ce point de vue devient beaucoup plus difficile à défendre. Lorsque dix hommes peuvent perdre presque tout ce qu’ils possèdent tout en étant plus riches que presque tout le monde sur la planète, il est absurde de prétendre qu’ils ne contrôlent pas la situation parce que le marché le fait....L’inégalité n’est pas seulement importante parce qu’elle est injuste ; l’inégalité est importante parce que la richesse de ceux qui sont au sommet dépend de la pauvreté de ceux qui sont au bas de l’échelle..."_
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