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vendredi 17 janvier 2025

Ça gaze! Toujours plus...

Drill Baby, drill!


     L'heure est au forage forcené aux USA. Et ce n'est pas près de s'arrêter...Surtout pas avec Trump, qui relancera aussi les forages offshore. Il va au charbon.  Premier producteur et premier exportateur, les USA ne vont pas s'arrêter là dans cette nouvelle ruée vers l'or. On en profite.   La guerre des pétroles continue... 


                                                                                                         Malgré tous les risques connus et constatés.  "..L'exploitation massive  des gaz de schiste aux Etats-Unis, à partir des années 2000, a entraîné une chute spectaculaire des prix de l’énergie et la relance, tout aussi spectaculaire, du secteur de la pétrochimie. Ce gaz représente aujourd’hui 35% de la production de gaz aux Etats-Unis, ce qui leur a permis de devenir un pays exportateur de gaz naturel, et sans doute de contester, à terme, la place de la Russie comme premier exportateur de gaz naturel. Mais cet essor sans précédent, qui n’est pas sans rappeler la ruée vers l’or noir, s’est aussi accompagné de nombreuses controverses quant à ses conséquences environnementales...."                         Certains Pensylvaniens, entre autres, en savent quelque chose.                                                            Difficile encore d'imaginer un monde sans pétrole. Jusqu'à la dernière goutte?                                                                                                                        Peu importe l'avenir, il faut forer, même dans les conditions les plus aventureuses. A forages extrêmes, risques extrêmes.  La politique d'Obama a mis quelques bémols à cette frénésie du forage, mais cela n'a pas empêché de continuer à produire, outre les gaz de schistes, un pétrole toujours bon marché, pour peser sur les prix, réduire le pouvoir de l'lOPEP, conserver un statut de nation énergétivore, sous la pression des lobbies.
  Chez les voisins du Nord, dans l'Alberta, on est atteint de la même fièvre, aux dépens d'une nature de plus en plus sinistrée.
    Celui qu'on appelle le  saboteur de Washington, climato-optimiste avéré, n'appréciant guère les scientifiques et la voix de la raison, privilégiant le court-terme, contrairement à ce que l'on fait en Californie, a oublié les terribles leçons de Deepwater. On ne creuse pas impunément de plus en plus profond. Mais priorité aux énergies fossiles!
   Trump n'est pas si fou que cela, il sert bien les intérêts des puissants groupes qui l'ont porté au pouvoir: il relance l’exploitation offshore, au nom de l'América first and alone, malgré les dénis concernant les risques: "Le Bureau de mise en œuvre de la réglementation environnementale (BSEE) estime que l’industrie pétrolière pourrait économiser des centaines de millions de dollars sur dix ans. « En réduisant le fardeau réglementaire sur l’industrie, nous encourageons l’augmentation de la production nationale de pétrole et de gaz tout en maintenant un niveau élevé de sécurité et de durabilité environnementale », déclarait, le 28 décembre 2017, Scott Angelle, le directeur du BSEE, en présentant la future réglementation.
   L’idée générale est que l’industrie peut se réguler elle-même, qu’elle a tiré les leçons de la catastrophe qui a coûté à BP 18,7 milliards de dollars (15,5 milliards d’euros) en pénalités et dommages et intérêts, et qu’au fond, la nature est plus résiliente qu’on ne le croit.
    C’est le propos que tenait, en décembre 2017, l’universitaire Kelvin Droegemeier, secrétaire d’Etat à la science et à la technologie de l’Oklahoma. Interrogé sur l’irréversibilité ou non du réchauffement climatique, il citait en exemple l’affaire Deepwater Horizon : « Ce fut un désastre environnemental massif, et pourtant, grâce à la digestion microbienne d’une grande partie de la nappe, les impacts sont bien moindres que ce qui était craint. Il n’empêche, il n’est pas sage de tester Mère Nature. » Les associations écologistes contestent cette théorie de « nettoyage » par les microbes avancée dans une étude financée par BP. Elles soulignent au contraire les malformations constatées sur les espèces marines et estiment qu’il faudra au moins une décennie pour réellement évaluer les dégâts de Deepwater sur les écosystèmes."
      Des propos bien sût dénoncés par diverses organisations de défense de l'environnement.
  Contre la course folle aux énergies fossiles redevenue une priorité de sécurité nationale et de redressement économique, promettant d’annuler toutes les « restrictions tueuses d’emplois » et d’ouvrir les terres et les eaux fédéra les à la prospection d’hydrocarbures. Le président élu annonce à ses concitoyens une révolution énergétique, créatrice de millions d’emplois, sans dégrader la qualité de leur air, de leur eau et de leurs habitats naturels.
    Rien de moins.  Mais c'est surtout sous l'ère d'Obama que l’Amérique aura atteint les premiers rangs de la production mondiale de pétrole, aux côtés de l’Arabie saoudite et de la Russie, revenant aux niveaux de 1970, avec un record de 9,6 millions de barils par jour en 2015.
  Ce retour de l’Amérique a ébranlé le pouvoir de l’OPEP et a conduit à l’effondrement du prix du baril en 2014 et son maintien sous la barre des 50 dollars. Certes, la production américaine est redescendue aux alentours de 8,6 millions de barils, mais sous l’effet de la baisse des prix et non pas de « restrictions tueuses d’emplois »."
    La fuite en avant et à risques continue de plus belle  en relançant entre autres deux oléoducs controversés et ne sera pas forcément une bonne affaire pour les intérêts américains. Mais le long terme n'intéresse pas le locataire de la Maison Blanche.

    Le nouveau maître du pétrole a besoins d'être cru pour surmonter les tempêtes qu'il lève régulièrement, de forcer (en vain) le scepticisme des Californiens et les craintes de ceux de Floride, qui ont une certaine mémoire.                                


dimanche 8 septembre 2024

dimanche 25 février 2024

Billet dominical

__ Pénuries

__ Recul

__ Révolution?

__ Priorité?                 

__ La jungle

__Fréquentations

__ Sélectivité

__ Fractures

__ Inapproprié

__ Baby-crasch

__ Gaz de schistes

__ Accusé AirBnb

__ Arnaque funèbre

__ Ecole touchée

__ Jours sans pluie

__ Charge mentale  __________________________

mercredi 27 septembre 2023

Jusqu'à la dernière goutte?

         C'est reparti!

                              Après la période florissante du siècle dernier et le relatif déclin qui suivit, l'Oncle Sam se remet à forer comme jamais, jusqu'à devenir à nouveau le premier. Drill, Baby! comme disait Sarah Palin, qui voyait le salut du pays dans l'extraction à tout prix et à tout va. Celui-ci a changé de nature, mais donne à la puissance américaine de nouveaux atouts, avec des techniques que l'on s'est refusé chez nous: trop de dangers environnementaux et humains. De l'autre côté de l'Atlantique, on a moins de scrupules et puis le gaz de schistes, comme on disait, s'est révélé une manne de première grandeur. Le lobbying a été efficace. L'optimisme est toujours de mise. La guerre en Ukraine est un bon dopant. L'environnement et la santé des riverains attendront...Pour combien de temps?   La guerre de l'or noir continue, sous d'autres formes, malgré les promesses et les engagement officiels.                                                                                                                                                           Les USA ont retrouvé la première place dans la production du pétrole, grâce à à l'énergie non conventionnelle, ce qui n'est pas conséquences en matière géopolitique. Dans cet ancien Nouveau Monde, "... Ce cycle minier spéculatif porté par le culte du dollar va pourtant totalement à l’encontre d’un développement plus durable, tant ses conséquences environnementales sont considérables (rejets de C02, pollutions, microséismes liés à la fracturation hydraulique...). Surtout, les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial devant la Russie et l’Arabie saoudite et sont dorénavant totalement indépendants, en particulier vis-à-vis du Moyen-Orient et de l’OPEP. Les équilibres géopolitiques et géostratégiques mondiaux en sont bouleversés. C’est dans ce contexte qu’intervient au printemps 2022 l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui débouche sur des sanctions visant en particulier le secteur des hydrocarbures. À moyen terme, le retrait – au moins partiel – de la Russie du marché énergétique mondial d’un côté, le désancrage énergétique de l’Union européenne d’avec la Russie de l’autre ouvrent aux États-Unis de nouvelles perspectives d’affirmation énergétique mondiale, en rénovant en particulier sur des bases nouvelles le vieux lien géostratégique, géopolitique et géoéconomique transatlantique..."   


                                   Les
conséquences sur le milieu et la santé sont considérables. Total Energies est impliqué dans cette nouvelle aventure. La France est devenue le premier importateur.                     "...Entre janvier et septembre 2022, Entre janvier et septembre 2022, la France a accueilli 132 méthaniers des États-Unis et importé 11,9 milliards de mètres cubes (bcm) de gaz américain9 . Cela représente 38 % de la consommation française de gaz10. Selon les données de l’administration américaine, environ 87 % du gaz produit aux États-Unis est du gaz de schiste ou étanche et est donc extrait par fracturation hydraulique, une technique pourtant interdite en France.."   
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samedi 25 mars 2023

Pas bonnes mines

 Un record

                              La santé écologique de ce immense pays n'est vraiment pas bonne, même si les terres sont sans fin...Le bilan carbone ne faiblit pas, au contraire, et on voit mal comment il pourrait se réduire dans les prochaines années. "...En 2007, le Canada était le 7e plus gros émetteur de CO2 au monde, avec environ 2 % du total des émissions, et l'un des premiers émetteurs de gaz à effet de serre par habitant (en raison notamment de l'exploitation des sables bitumineux). Le Canada est le 5e plus gros producteur mondial de pétrole brut et de gaz naturel, ainsi qu'un des plus gros producteurs d'hydroélectricité au monde. L'empreinte écologique par personne du Canada était en 2012 de 9 hag, ce qui est très supérieur à la moyenne mondiale (2,6 hag), en raison d'un mode de vie très consommateur en énergie fossile . Il  s'agit de l'une des plus fortes empreintes au monde...." (Wiki)   Résultat de l'extraction à grande échelle des gisements miniers, gaziers? et pétroliers. Malgré les promesses de Trudeau, sous la pression des écologistes, un virage reste à inventer. Pour l'instant, c'est une faillite.... L'industrie minière, notamment, est montée du doigt, pas seulement sur le territoire national.  Car elle s'exerce un peu partout dans le monde, notamment au Mexique et en Colombie britannique, où les scrupules sont moindres. Les vestiges de la mine Giant, par exemple, sont toujours là, et pour longtemps. Dans une partie de l'Alberta, c'est la désolation...A l'étranger, certaines méga-firmes se comportent comme des conquistadors...                                                                                     Le Canada est -il le paradis des exploitations minières?

         Le vaste pays ne manque pas de ressources souterraines, qui constituent une bonne part de sa richesse. En plus d'être aussi un petit paradis fiscal.
     Pays qui s'est fait une spécialité de prospecter et d'exploiter aussi à l'étranger: en Amérique Latine, en Afrique, en Nouvelle Calédonie...en Europe.
     Les ressources naturelles diverses ne font pas défaut, jusqu'ici.
   Le pays est devenu une plaque tournante de l’industrie minière: "Trois sociétés minières sur quatre ont leur siège social au Canada. "
   Mais pour ne parler que d'eux, les Québequois ont quelques soucis avec leurs mines! La complaisance officielle est source de nombreux problèmes, pas seulement écologiques.
    Le « paradis minier canadien » est soumis a bien des critiques et une législation satisfaisante  a bien du mal à se mettre en place; étant donné la puissance de lobbies dans ce domaine, aussi hautement spéculatif.
Diavik Diamond Mine
    A l’étranger, l'impunité semble être totale. Certaines compagnies sont même dans la ligne de mire d’Ottawa.
    Différents projets de loi ne sont pas parvenus à leurs fins.
        La pollution des gaz de schiste suscite un tollé au Canada.
        On connaît trop bien maintenant les effets de l'amiante sur la la santé, dont les effets sont encore à venir...mais pour les pays peu regardants, c’est bon pour les exportations. Va-t-on vraiment vers la fin de ce poison?
          On sait comment se passe l' exploitation des schistes bitumineux du côté de l'Alberta
  Que peut, que veut Justin Trudeau?
         Le Canada: combien de temps encore un paradis naturel?

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vendredi 16 août 2019

Donald va au charbon

Le Coal, c'est cool.
                             Le charbon, c'est bon pour l'économie et pour l'environnement.
     Cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Puisqu'il le dit.  Il suffit de le proclamer: comme il se proclame the best Presidentt qui soit, Il déclare que les USA possèdent l'air et l' eau les plus pures du monde. C'est bien vrai, ça. La preuve!
    Cela va de soi. Y réfléchir serait une perte de temps. Un dogme, ça ne se discute pas.
   
   Tout va bien donc. De l'audace est nécessaire, comme le dit aussi son ami Bolsonero, grand maître-es-écologie.
  Pour les gaz de schistes, il n'y a pas non plus de problème. Trill Baby! Ça rapporte gros. Même si de mauvaises langues ne sont pas à l'unisson, plutôt critiques vis à vis de cette politique déclarée court-termiste. 
C'est donc la fin du CleanPower Plan
   Si nous ne développons pas la prochaine génération de charbon propre ici, aux Etats-Unis, nul ne le fera, a déclaré le locataire de la Maison Blanche
  C'est clair comme l'eau des nappes phréatiques de Pennsylvanie.
       Mais il y a des empêcheurs de creuser en rond au pays de l'Oncle Sam. Et des méchants qui n'y connaissent rien.        Pas de quoi s'inquiéter...
                  God bless Donald!
                                              Il est temps de le faire savoir.
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mercredi 15 août 2018

Où va l' empire américain?

   Tournant décisif ou relatif et provisoire?        
                                                           Le Pompier pyromane, qui siège à la Maison Blanche, n'est pas à une incohérence près, tout en suivant une ligne définie très tôt contre un multilatéralisme relatif, ayant à ses yeux affaibli la puissance économique du pays.
     Les coupables du déclin sont toujours à l'extérieur, utiles boucs émissaires...

        Contre les critiques qui ne cessent pas et tendent même à redoubler, jusqu'à dans la presse US la plus conventionnelle, il maintient un cap dont beaucoup là-bas voient qu'il nuit aux intérêts à terme de l'économie américaine, et renforce les positions dures vis à vis de régimes comme l'Iran, profitant du privilège exorbitant de l'exterritorialité.
      C'est le hard power en action, brouillon mais têtu, lourd de menaces internes et externes, mais  si favorable à Wall Street.
      L'Empire tente de se refaire une santé, dans tous les sens du terme, à la faveur d'un isolationnisme à courte vue.
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                Point de vue:
                                    Le côté obscur du système.
                                                                                         Accordons au président Donald Trump le sens du symbole. C'est le 8 mai 2018, anniversaire de la capitulation de l'Allemagne nazie, qu'il a dénoncé unilatéralement le traité de Vienne entre l'Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (ainsi que l'Allemagne).
C'est aussi le 14 mai 2018, 70e anniversaire de la proclamation de l'État d'Israël, qu'il a choisi pour transférer officiellement de Tel Aviv à Jérusalem l'ambassade américaine en Israël, en violation du plan de partage préconisé par l'ONU et le Conseil de sécurité en 1947, selon lequel Jérusalem devait garder un statut international...
     Enfin, c'est le 6 août 2018, anniversaire du bombardement d'Hisroshima, qu'il précise les sanctions contre l'Iran et les entreprises occidentales qui auraient le front de commercer avec ce pays.
      Précédemment, le 4 août 2017, le président américain a aussi renié l'accord de Paris sur le climat, conclu le 12 décembre 2015 sous l'égide de l'ONU (mais il est toutefois douteux qu'il ait choisi cette date en référence à l'abolition des privilèges, le 4 août 1789 !).
       Il est déjà arrivé que les États-Unis renient leur parole : ce fut le cas le 19 mars 1920 quand le Sénat rejeta le traité de Versailles laborieusement négocié à Paris par le président Wilson. Les conséquences en furent dramatiques : les Américains ignorèrent la Société des Nations et s'abstinrent d'intervenir face aux violations des traités qui, de proche en proche, menèrent à la Seconde Guerre mondiale.
      Comment mieux signifier que les États-Unis s'affranchissent désormais de l'ordre multilatéral qu'ils ont eux-mêmes mis en place en 1945 en fondant l'ONU à San Francisco ?
      Aux yeux de la plupart des Européens, ces trois ruptures (sur l'Iran, le climat et Jérusalem) apparaissent insensées, contraires à l'intérêt général et potentiellement source de guerres et de désordres majeurs. Mais aux yeux de la majorité des Américains, bien au-delà de l'électorat de Donald Trump, elles sont raisonnables et pleinement conformes à l'intérêt supérieur des États-Unis.
S'il manque pour le moins de finesse et d'élégance, le président américain semble doué d'un flair exceptionnel pour sentir les attentes de ses concitoyens. On a pu le constater pendant la campagne électorale quand ce milliardaire new-yorkais a gagné la faveur des petits Blancs de l'intérieur, victimes de la désindustrialisation, du dumping chinois, de la financiarisation de l'économie et du recul des services publics.  Comme eux, il a compris que les États-Unis étaient à bout de souffle. La preuve en est que, pour la première fois depuis la naissance du pays il y a deux siècles, l'espérance de vie moyenne a chuté en 2015 et 2016. Selon cet indicateur du bien-être, les États-Unis se classent désormais dans le peloton de queue des pays développés et même derrière Cuba. Comment ne pas comprendre que les classes populaires aient envie de renverser la table et d'en finir avec la politique néolibérale menée depuis plus de trente ans ?...   On peut douter que les pistes ébauchées par Donald Trump redressent le pays et améliorent le sort de l'humanité. Il n'empêche qu'elles rejoignent les aspirations de l'Américain moyen et même d'une bonne part des élites du pays.  
     On l'a encore constaté avec le désengagement de l'accord de Paris sur le climat qui rejoint les aspirations profondes de la quasi-totalité des citoyens américains, pour lesquels l'accès à une énergie bon marché est un élément non-monnayable de l'american way of life.
    C'est que les Américains ont une perception de la nature à l'opposé de celle des Eurasiens. Pendant plusieurs millénaires, Chinois, Indiens, Orientaux et Européens ont appris à gérer la pénurie dans des terroirs à forte densité humaine. En l'absence d'alternative, ils ont veillé à la conservation de la fertilité des terres et au bon renouvellement des ressources naturelles.
     Rien de tel pour les colons qui ont débarqué au XVIIe siècle sur les côtes de Nouvelle-Angleterre. Ils ont découvert un Éden aux ressources en apparence inépuisables, tout juste occupé par quelques tribus d'Indiens qu'ils ont eu vite fait de chasser ou d'exterminer. Agriculteurs et artisans émérites, ils ont mis tous leurs talents dans l'exploitation de ces ressources sans jamais craindre la pénurie ou la disette. Ils se sont comportés en prédateurs, comme les chasseurs-cueilleurs de l'Âge de pierre mais avec les moyens techniques des Temps modernes.
   Il en a découlé l'agro-industrie, l'automobile individuelle associée à la déliquescence des villes traditionnelles, l'avion associé aux vacances aux antipodes pour le seul plaisir de « buller » sur une plage, avec les conséquences que l'on sait pour notre environnement.
    Inédite dans l'Histoire humaine, cette mentalité de prédateur empêche aujourd'hui les Étasuniens de penser le réchauffement climatique. Comme leurs ancêtres, ils font confiance à la Providence et plus encore à leur débrouillardise pour y parer.
       Contre l'Iran:
                              À cela une raison immédiate, l'image détestable de l'Iran aux États-Unis. Washington et ses services secrets ont longtemps vu en l'Iran un protectorat pas plus respectable qu'une quelconque république bananière d'Amérique centrale.La dénonciation de l'accord de Vienne avec l'Iran réunit aussi sinon un consensus du moins une nette majorité de l'opinion américaine. Le New York Times lui-même, journal de référence de la bourgeoisie intellectuelle de gauche hostile à Trump, l'a lui-même approuvée (*).
      Faisant fi de l'Histoire et de la culture de ce pays, autrement plus prestigieuses que la leur, ils ont pu renverser un Premier ministre réformiste en 1953, ramener au pouvoir un jeune souverain à leur dévotion et le laisser choir quand ce même souverain (le chah) s'est avisé de reprendre le contrôle de ses ressources pétrolières en 1973. Ayant ainsi malencontreusement ouvert la voie à une dictature islamiste, ils ont tenté de la renverser en lançant contre elle le dictateur irakien Saddam Hussein et n'ont fait au contraire que la renforcer. Ils ont alors connu une humiliante prise d'otages qui a marqué l'opinion publique presque aussi violemment que la guerre du Vietnam.
      C'est ainsi que les Américains préfèrent encore aujourd'hui nouer une alliance impieavec les wahhabites de l'Arabie séoudite plutôt que se réconcilier avec l'Iran. Ils oublient simplement que les wahhabites, c'est le World Trade Center (3000 morts en 2001) et l'Iran le Festival de Cannes (2 films en compétition en 2018), comme le note le géographe Bernard Hourcade.
     Contre les Arabes.
                               Ce pays fut, il faudrait s'en souvenir, le premier État occidental, sinon le seul hormis le IIIe Reich, à introduire le droit de la race dans sa législation. C'était le 26 mars 1790, par le Naturalization Act : cette loi offrit généreusement la citoyenneté aux free white persons (« personnes libres blanches »), autrement dit aux immigrants européens de bonnes mœurs et à leurs enfants, mais en exclut sans le dire les autres immigrants et surtout les esclaves et affranchis africains ainsi que les Indiens eux-mêmes dont la présence sur le sol américain était pourtant bien antérieure à celle des Blancs.L'installation provocatrice de l'ambassade américaine à Jérusalem découle de la même politique de pompier-pyromane. Par son mépris affiché des revendications arabes, elle satisfait un vieux fond raciste caractéristique des États-Unis.
        Le déplacement de l'ambassade à Jérusalem comble d'aise les bellicistes au pouvoir en Israël tout comme les chrétiens intégristes qui ont soutenu Donald Trump aux États-Unis. Elle éloigne encore un peu plus la perspective d'un règlement négocié sur la Palestine avec la création de deux États. Elle donne au Hezbollah chiite libanais des motifs supplémentaires d'attaquer Israël. L'Iran, du coup, pourrait se sentir obligé de soutenir son affidé et d'entrer dans un conflit frontal avec l'État hébreu que l'un et l'autre redoutent.
    Dans ce conflit hypothétique, les chiites et les Iraniens bénéficieront d'un atout de taille. Face au fringant prince héritier d'Arabie MBS qui se repose encore sur l'alliance américaine et a fait le choix téméraire de se rapprocher d'Israël, au risque d'être renversé ou tué, ils auront beau jeu de se présenter comme les seuls vrais défenseurs des Palestiniens et de la cause musulmane. Un coup qui pourrait être fatal à l'Arabie, déjà empêtrée dans sa guerre au Yémen.
      Ainsi les États-Unis pourraient-ils, avec l'affaire de l'ambassade, entraîner l'effondrement de la dynastie de Séoud et de l'Arabie elle-même. Ce lâchage des Arabes sunnites, et de l'Arabie séoudite en premier lieu, tient peut-être à un bouleversement récent dans le domaine énergétique : avec l'exploitation intensive de leurs gisements de schistes bitumineux et de gaz de schiste, les États-Unis sont redevenus très largement le premier producteur mondial de pétrole et gaz et n'ont plus à s'inquiéter autant de la stabilité du monde arabe.
     L'autre éventualité, liée à l'asphyxie économique de l'Iran, serait la remise en selle des extrémistes à Téhéran. Par fierté, n'ayant plus rien à perdre, les Iraniens pourraient se lancer dans une guerre désespérée, avec des conséquences imprévisibles comme le blocage du détroit d'Ormuz par lequel passe l'essentiel de la production pétrolière du Golfe.  
        La dénonciation de l'accord de Vienne et l'installation de l'ambassade américaine à Jérusalem relèvent surtout d'une motivation politique profonde qu'avait déjà décelée Emmanuel Todd en 2002 dans un ouvrage visionnaire, Après l'Empire, Essai sur la décomposition du système américain. C'est sciemment en effet que les États-Unis produisent aujourd'hui du désordre et de la guerre, afin de continuer à apparaître comme indispensable au maintien de l'ordre avec leurs forces armées.
      Selon l'historien, les États-Unis ont connu après la Seconde Guerre mondiale une phase impériale bienveillante. Portés par le prestige de leur victoire sur le nazisme et la puissance de leur industrie (près de la moitié de la production mondiale), ils ont pu ramener la prospérité en Europe occidentale et au Japon ainsi que maintenir une paix approximative dans l'ensemble de la planète. Hollywood, le rock'n roll, Coca Cola et l'american way of life ont fait rêver le monde entier, y compris les pays à gouvernement hostile.
     Mais les choses se sont gâtées dans les années 1970, observe Emmanuel Todd. Les États-Unis ont reporté sur leurs alliés et partenaires le poids de leur fonction militaire, à la manière d'Athènes qui, au Ve siècle av. J.-C., imposa à ses alliés de la ligue de Délos de financer ses trières garantes de leur sécurité face aux Perses. À la différence des Athéniens, les Américains n'ont eu besoin d'exercer aucune contrainte. Ils ont usé simplement du prestige de leur monnaie, le dollar : c'est ainsi qu'au lieu d'augmenter leurs impôts pour financer la course aux armements, ils ont émis des bons du Trésor. Les banques étrangères y ont souscrit sans hésiter en se disant qu'il n'y avait pas de placement plus sûr car le « gendarme du monde » ne pouvait en aucune manière faire défaut, sauf à provoquer l'effondrement de l'économie mondiale.
       Du fait d'une monnaie surévaluée, les États-Unis ont alors vu se creuser leurs déficits commerciaux et se réduire leurs exportations industrielles. Les citoyens américains en ont largement profité avec une charge fiscale réduite et un volume de consommation très supérieur à leur création de richesse.
     Ils ont abandonné à la Chine, au Japon et à l'Allemagne la production de biens manufacturés, en se réservant le soft power représenté par la monnaie de réserve (42% des transactions internationales sont encore effectuées en dollars) ainsi que les activités tertiaires (cinéma et surtout internet).     
      Mais ce privilège impérial a été rendu possible parce que les États-Unis et leur puissance militaire étaient réputés indispensables à la stabilité de la planète. Or, depuis la fin de la guerre froide et plus encore depuis le début du XXIe siècle, les progrès de l'éducation et la maîtrise de la fécondité ont pacifié le monde comme jamais dans son Histoire ! Cela ne fait pas l'affaire des Américains qui pourraient craindre que leurs créanciers leur demandent des comptes (*
     Le cauchemar américain, en ce début du XXIe siècle, eut été une Union européenne partenaire de la Russie selon le projet exprimé en allemand, devant le Bundestag, le 21 septembre 2001 par le président Poutine lui-même : « Nul ne remet en question l'importance des relations partagées entre l'Europe et les États-Unis. Toutefois, je pense que l'Europe peut assurer à long terme sa réputation de centre puissant et politiquement indépendant si elle parvient à associer ses ressources avec celles de la Russie... avec les ressources naturelles, humaines et territoriales... avec le potentiel économique, culturel et de défense de la Russie ».
      Fort heureusement, les stratèges de Washington ont eu vite fait d'enterrer ce projet concurrent. Avec le concours bienveillant de la Pologne et des États baltes, viscéralement antirusses, ils multiplient aujourd'hui les exercices militaires aux portes de la Russie, façon d'humilier le peuple russe et ses dirigeants.
     Le président russe, renvoyé dans ses cordes, se voit obligé de jouer la carte eurasiatique en se rapprochant de la Chine à travers le groupe de Shanghai. Et tant pis pour les industriels et les agriculteurs allemands et français, privés du marché russe. Heureusement, l'Europe peut continuer de se pourvoir en gaz russe. Mais jusqu'à quand ?
     La nouvelle « guerre froide » entre les États-Unis et la Russie semble bien partie, à cela près qu'elle n'oppose plus deux superpuissances qui dominent chacune la moitié du monde comme dans les années 1950 mais deux pays blessés qui ne pèsent plus très lourds face aux puissances montantes d'Asie.Leur combat nous fait penser à ce tableau de Goya où l'on voit deux bandits en train de s'étriper cependant qu'ils sont tous les deux en train de s'enfoncer dans les sables mouvants.   Comme ces deux-là, les USA et la Russie s'anéantissent mutuellement avec pour seul résultat d'ouvrir la voie à leur rival commun, la Chine.
           Contre la Chine.  
                                      L'autre cauchemar américain est en effet la Chine qui, après avoir été l'atelier à bas coût des multinationales américaines, est subrepticement devenue une puissance autonome, avide de reprendre la place qui lui revient, la première. L'État chinois, à la différence de l'Europe, a su s'émanciper des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) en créant ses propres acteurs de l'internet. Plus gravement peut-être, il s'est approprié un quasi-monopole des terres rares indispensables à l'industrie électronique mondiale et aux armées modernes. Mais pour l'heure, il est encore soucieux de ménager les États-Unis dont il est devenu le premier créancier par ses achats massifs de bons du Trésor.
     En attisant les tensions dans la mer de Chine, avec la Corée du Nord par exemple, le président Trump a voulu montrer à ses voisins que les États-Unis sont encore redoutables et indispensables au maintien de l'ordre international .
      Soucieux de contrer l'influence de la Chine, il a par la même occasion rappelé à ses alliés traditionnels, le Japon et Taiwan, leur dépendance à l'égard du parapluie nucléaire américain. On peut comprendre de la sorte son surprenant bras de fer avec la Corée du Nord. De bienveillant, l'Empire américain est ainsi devenu... malveillant et agressif !
      Déjà en 2002, Emmanuel Todd écrivait : « Les États-Unis sont en train de devenir pour le monde un problème. Nous étions plutôt habitués à voir en eux une solution. Garants de la liberté politique et de l'ordre économique durant un demi-siècle, ils apparaissent de plus en plus comme un facteur de désordre international, entretenant, là où ils le peuvent, l'incertitude et le conflit » (Après l'Empire).
    L'historien avançait l'idée que les États-Unis, pour conserver leur fonction gendarmesque, seraient conduits à affronter des acteurs mineurs. Et de citer l'Irak, l'Iran, la Corée du Nord, Cuba etc. L'exception remarquable est le Vietnam communiste, que les Américains ménagent avec soin, ayant perdu l'envie de l'affronter...
     Il faut dire que, depuis les guerres du XIXe siècle contre les Indiens, les Mexicains et les Espagnols jusqu'aux guerres du XXe siècle contre le Japon et l'Irak, les Américains ont toujours privilégié les guerres asymétriques et évité les adversaires à leur taille (l'exception allemande n'en est pas une, l'armée américaine n'ayant affronté les Allemands qu'en 1918 et 1944, quand ceux-ci étaient déjà passablement affaiblis).
     Si l'on craint aujourd'hui encore la puissance de frappe des États-Unis, ce n'est pas à leurs fantassins que l'on pense (on les a vus en 1992 se débander devant des Somaliens) mais à leurs armes nucléaires, à leurs bombardiers et maintenant à leurs drones (avions sans pilote). Précurseurs dans ces domaines comme dans beaucoup d'autres, les Américains conserveront leur avance aussi longtemps que les Chinois ne les priveront pas des composants électroniques et des terres rares indispensables au fonctionnement de leurs armes. 
           Contre les "alliés" européens.
                                                  Protégés par deux océans et disposant de leurs propres réserves d'hydrocarbures, les Américains n'ont pas trop à se soucier d'un regain de troubles au Moyen-Orient et dans le Golfe Persique. Ils peuvent multiplier les foyers d'incendie dans cette région sans trop de conséquences pour eux-mêmes... Il en va différemment des Européens, d'autant que ceux-ci sont encore très dépendants du pétrole moyen-oriental.
     Pour ne rien arranger, les grandes entreprises françaises et surtout allemandes ont beaucoup investi en Iran. Si elles maintiennent leurs relations avec ce pays au-delà du 4 novembre 2018, Donald Trump les a menacées de représailles financières sur leurs avoirs en dollars. Il s'agit d'une forme de protectionnisme autrement plus violente et efficace qu'une quelconque augmentation de droits de douane !
      Et de façon tout aussi unilatérale, sans prendre la peine d'en référer à ses « alliés », Washington menace aussi de sanctions économiques la Russie sous le prétexte de la tentative de meurtre d'un agent double à Salisbury (on croit rêver quand on songe aux forfaits autrement plus graves dont se sont rendus coupables les services secrets américains : Mossadegh, baie des Cochons, Allende etc etc). Cela signifie-t-il que les entreprises européennes devront renoncer à commercer avec la Russie comme avec l'Iran ?
       Céder aux menaces reviendrait pour les Européens à abdiquer leur souveraineté, comme l'a bien perçu le président de la République française. « Si nous acceptons que d'autres grandes puissances, y compris alliées, y compris amies dans les heures les plus dures de notre histoire, se mettent en situation de décider pour nous notre diplomatie, notre sécurité, parfois en nous faisant courir les pires risques, alors nous ne sommes plus souverains, a déclaré Emmanuel Macron le 10 mai 2018 à Aix-la-Chapelle. Et il a ajouté : Nous avons fait le choix de construire la paix et la stabilité au Proche et au Moyen-Orient (...). D'autres puissances, tout aussi souveraines que nous, ont décidé de ne pas respecter leur propre parole. Devons-nous renoncer pour autant à nos propres choix ? »
          Reste à savoir quelle suite sera donnée à ces fortes paroles. Si les Européens rendent les armes devant un Empire américain désormais clairement agressif, même envers ses alliés, c'en sera fini de la phraséologie bruxelloise sur le libre-échange, la paix, l'union, la concertation etc. Nous entrerons dans un nouveau monde dans lequel, entre les États-Unis, la Chine et peut-être la Russie, l'Europe n'aura plus sa place.
       Ne nous voilons pas la face. Par lassitude, dégoût, fatigue ou intérêt, les États européens sont en voie d'abdiquer leur souveraineté au profit de Washington comme l'a anticipé Emmanuel Macron. Ne maîtrisant ni leur stratégie militaire, décidée par les généraux américains de l'OTAN, ni leur diplomatie et leur commerce comme le montre le précédent iranien, ils seront bientôt devenus un protectorat de Washington. Les États européens conserveront leur statut, comme la Tunisie sous le protectorat français, mais leurs citoyens, entrés en servitude volontaire, n'auront plus voix au chapitre et leurs élus débattront de sujets anecdotiques tels que le harcèlement de rue en laissant à d'autres la monnaie, la diplomatie, le droit commercial, la stratégie militaire, les frontières et les alliances.      [André Larané]
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