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mardi 24 juin 2025

Aller voir ailleurs

 Petite leçon de voyage 

                     De l'injonction au choix

                               Je voyage, donc je suis....Il apparaît que le voyage de loisirs, depuis une bonne cinquantaine d'années, devient la norme dans les pays développés, du moins pour les franges de population possédant des ressources suffisantes, bénéficiant de prix tendanciellement en baisse. En 2024,  on dénombrait 1,4 milliard d’arrivées de touristes internationaux dans le monde, là où on en comptait 60 millions en 1968. Bien que très concentrée géographiquement (95 % des touristes visitent moins de 5 % de la planète selon l’Organisation Mondiale du Tourisme) et socialement (à échelle mondiale, entre 90 et 80 % de la population mondiale n’a jamais pris l’avion), le désir de voyager est devenu omniprésent dans beaucoup d’imaginaires. Hélas, l’industrie qui le porte est très coûteuse pour l’environnement : en 2019, elle était à l’origine de 8,8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, dont 70 % sont dû à la mobilité des touristes. Au vu des crises environnementales, sociales et géopolitiques, faut-il arrêter de voyager ?


            La question mérite réflexion pour Rodolphe Christin, sociologue et auteur de Peut-on voyager encore ? Réflexions pour se rapprocher du monde (Ecosociété, 2025), qui était l’invité du dernier Bookclub d’Usbek & Rica ce samedi 14 juin à la librairie Les Sauvages à Marseille. À travers une critique de l’industrie touristique et de notre boulimie du déplacement, l’auteur y invitait à adopter une approche sobre du voyage. Il esquisse un futur où l’on cesserait de considérer que les vacances vont de pair avec le fait de partir, se réappropriant au passage notre capacité à décider ce que l’on fait de notre temps libre. "
                  L'aventure touristique est-elle en voie de décin?                                                                                                                  On aura beau dire, comme Jean Mistler "Le tourisme est l'industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux, dans des endroits qui seraient mieux sans eux", on n'échappe pas au fait de la pulsion de l'évasion, du tropisme de l'ailleurs, du plaisir de la découverte de nouveaux lieux aussi. Mais avec le temps et la hausse du niveau de vie, cette fringale de nouveauté est devenue bien souvent l'effet d'un conditionnement marchand, parfois d'un impératif moutonnier, qui tend à concentrer de plus en plus de personnes dans les mêmes endroits dits 'incontournables". Le voyageurisme, encouragé par la baisse des coûts des transports et du développement de l'industrie touristique est vite et trop souvent devenu une fin en soi, à tel point qu'il faudrait réinventer le sens du voyage, de l'étonnement, de la découverte de manière plus créative, moins moutonnière. Certains lieux, certains pays et villes soufrent d'un excès de fréquentations (Cancun, Venise, Machu Pichu, Annecy, Barcelone, Bréhat...) au point qu'il fallu parfois contingenter la fréquentation. L'Espagne et la Grèce souffrent parfois de surpopulation locale donc  de sous-hydratation critique, de hausse des prix de l'habitat au détriment des autochtones. Au point d'engendrer des réactions négatives de leur part. On atteint parfois des limites. Comme ici. Malgré le charme et le plaisir...   Même si la notion de surtourisme peut parfois être un concept ambigu

             D'exceptionnel qu'il était, le voyage est passé dans le registre des biens de consommation ordinaires, pour une masse de plus grande de personnes de tous continents.
      Il s'est généralisé, banalisé. low-costé. Partir n'est plus tout à fait partir. Le charme est largement rompu. Je me souviens d'un bref voyage (rare à l'époque pour un fils de paysan vosgien que j'étais) au bord de la Méditerranée; ce fut un enchantement durable, que n'a pas produit un périple récent en Islande, malgré son intérêt. Le sur-tourisme n'affecte pas que certaines îles grecques...Certains ont décidé de prendre du temps pour explorer leur propre région, avec d'autres moyens.

  Le voyage est devenu un produit d' appel, certains pays jouant sur le tourisme  pour gonfler leur PIB. Pas toujours avec discernement.
   Au risque de réduire le tourisme à des déplacements de foules grégaires qui ne voient rien ou presque, qui ne retiendront que quelques pixels embarqués ou quelques selfies, pour témoigner qu'"on y était".
   Voyage normalisé, voyages-spectacle, voyage banalisé, vite oublié, avant de préparer le suivant sur catalogue au papier glacé.
    Le low-cost et la guerre des voyagistes  a encouragé la tendance, comme le fast food a banalisé et dénaturé la nourriture. Tant qu'il y aura du pétrole....
     Le voyage de découvertes, lent, peu programmé, dans des lieux non courus, qui laissent des traces indélébiles, est devenu de plus en plus rare .
     Faire l'éloge du dépaysement vrai, de la découverte authentique, des rencontres non programmées est devenu de moins en moins fréquent. Ce dépaysement qui change en profondeur l'intériorité et renouvelle le regard. L'écotourisme est possible.
      Un peu de tourisme, ça va....Mais on semble avoir dépassé le seuil de la déraison touristique.
          Mais les déferlantes touristiques dans les mêmes lieux en même temps vont tuer le tourisme.
 Et les incidences de ce phénomènes sur le milieu, urbain et/ou naturel, commencent à poser bien des problèmes, même au Machu Pichu, où l'on parle de contingenter la fréquentation, dans certains villes où le problème de l'eau devient crucial, dans d'autres, où l'hyper-fréquentation, festive ou non, perturbe fortement la vie locale, modifie le prix du foncier, entraîne indirectement  l' "exode" de populations, comme à Barcelone , à Venise ou à Dubrovnik. A  Amsterdam, c'est les "festivités" nocturnes qui gâchent tout.
   Si, dans une certaine mesure, il peut être bénéfique économiquement, comme en Tunisie, il peut aussi se révéler catastrophique très rapidement. Les cohortes de visiteurs pressés sortis en rang des bateaux de croisière, sans discontinuer les jours d'été, auront-elles raison des plus beaux sites de Santorin, dont les rues principales sont investies à prix d'or par les marchands de produits de luxe?...
       Il faut réapprendre à voyager, non comme hier, mais selon des formules à réinventer.
                Retrouver le plaisir durable et profond de la découverte, loin de la saturation des tours-operators vendeurs de produits finis, où la surprise doit être bannie, où le confort doit être assuré, où l'on achète d'abord "un prix". Low cost, low plaisir...
   Le Routard ne fait même plus rêver.
        Comment retrouver, à contre-sens des tendances frénétiquement consommatrices, le sens du voyage rare et de qualité. 
  Il ne s'agit plus de suivre les injonctions du voyager pas cher, mais de retrouver le sens de l'étonnement et de la découverte. Avec désir et lenteur. Parcimonieusement.
    Des voyages qui forment à la vie et ouvrent à soi-même, comme disait le vieux Montaigne qui a parcouru une partie de l'Europe... à cheval.                                                                                                            Mais pourquoi, disait Pascal, avons-nous tant de mal à ne pas pouvoir  rester un peu en repos?...       _________________________

mardi 14 janvier 2025

Volcans: l'improbable peut avoir lieu

Ici ou là

   Entre crainte et fascination....

           Ce que nous considérons, souvent à juste titre, comme un événement potentiellement destructeur, du point de vue humain , est d'un autre point de vue  un phénomène tout à fait naturel, souvent cyclique. On se souvient de certaines éruptions qui ont fait date dans l'histoire récente, notamment en Indonésie, au Japon ou ailleurs. Comme celui qui menace au Yellowstone  L'Islande, sans les volcans ne serait rien et certaines îles n'existeraient pas... Le volcanisme est un facteur essentiel dans la formation de la terre telle que nous la connaissons, comme pour la formation de l'oxygène. Certains, et non des moindres, sont toujours prêts à se manifester. On peut parfois à bon droit les redouter. Nous ne sommes pas tirés d'affaire. La SicileNaples toutes proches, peuvent nous réserver des surprises.   

_Islande  (photo personnelle) -

                                                                                                                                              "...
 Notre belle planète bleue, avec son atmosphère et ses vastes océans, est habitable grâce à l’activité volcanique. En effet, les volcans jouent un rôle majeur dans le cycle de production du gaz carbonique, lequel a contribué à l’effet de serre de notre atmosphère. C’est cet effet de serre qui permet de garder l’eau des océans à l’état liquide en maintenant une température assez élevée. Attention de ne pas confondre : l’effet de serre est essentiel à la vie sur Terre, ce qui n’empêche pas que son déséquilibre actuel, causé par les humains, menace bel et bien notre environnement! Enfin, d’autres suggèrent encore que c’est grâce aux volcans que notre planète regorge d’eau! Les volcans auraient malaxé les roches des profondeurs de la Terre, expulsant ainsi vers la surface de grandes quantités de vapeur d’eau. Que ces trois pistes se confirment ou non, les volcans sont de véritables architectes de la nature : ils ont façonné pas moins de 80% de la surface terrestre! Ces géants ont donc un autre visage que celui de la dévastation… Une chose est sûre, ils ne cessent de nous fasciner! Et le photographe Carsten Peter ne fait pas exception, lui qui s’approche des montagnes qui crachent du feu pour croquer sur le vif les volcans toujours actifs avec sa caméra. Il fréquente ainsi les endroits les plus inhospitaliers et majestueux de la Terre. Aventurier hors pair, muni de sa combinaison d’astronaute futuriste, il s’approche des cratères remplis de lave bouillante pour en sortir des images saisissantes. Le photographe et sa courageuse équipe sont les vedettes qui nous invitent à nous plonger dans cette formidable aventure immersive à travers le film Volcans 3D au Cinéma IMAX®TELUS....
          

                                                                   __________________

samedi 5 octobre 2024

Ces grands voyageurs

Et commerçants- explorateurs hors pair

        C'est la fin des légendes concernant ces peuples venus du Nord pour répandre la terreur sur nos terre d'Occident, selon les images d'Epinal de mon enfance. On sait maintenant qu'ils avaient des capacités de se projeter loin de leurs côtes froides, de leur zônes d'origine, pour pratiquer  un commerce étonnamment riche et diversifié et en développement des formes d'art originales. On n'est pas encore au bout de nos surprises. "...Leur motivation était, une fois la précieuse marchandise récupérée, d'étendre leur commerce. Selon les chercheurs, le réseau commercial d'ivoire des Vikings comprenait non seulement l'Europe et le Moyen-Orient, mais probablement aussi l'Asie de l'Est. Ces résultats sont intrigants car ils élargissent considérablement l'éventail autrefois supposé des activités de récolte d'ivoire, «et confirment les preuves archéologiques d'interactions avec les Inuits de Thulé»....

             Si l'on se penche sur les études récentes d'un des meilleurs spécialistes de la question, faites de recherches savantes et de questions prudentes, Regis Royer, on apprend vite que:

   LesVikings ne sont pas un peuple unique et ont connu, pour ce qu'on en sait, une civilisation riche et une histoire compliquée, mais passionnante, aux incursions maritimes et fluviales multiples et parfois étonnantes.
  Notamment en Grande-Bretagne et en Normandie.
  Pour les Vikings de l'Est, on signale des avancées en profondeur jusqu'à Samarcande.
  L'occupation assez longue en l'Islande est connue et celle qui affecte le Groenland continue à poser maints problèmes, comme les causes de leur disparition. On peut trouver ici des éléments permettant de mieux situer le problème, à la lumière des travaux de Jared Diamond.
   Le cas d'une occupation sans doute limitée à Terre-Neuve est encore en discussion. .."      
    ______   Nous restons fascinés  par les Vikings   et le récit de leurs exploits, écrit l’historien. Nous nous les représentons comme de féroces barbares coiffés de casques à cornes, brandissant des épées étincelantes et des haches tranchantes. » Alors même que les emblématiques casques ornés de cornes des Vikings n’ont jamais existé…
                 Pour l’auteur, la réputation des Vikings, au Moyen Âge comme actuellement, est en effet « liée aux conceptions religieuses et à la formation théologique des auteurs des textes qui sont parvenus jusqu’à nous ». Les Vikings avaient certes « une propension à attaquer les monastères et les églises qui constituaient des cibles faciles, sans défense, le plus souvent épargnées par les armées chrétiennes. Comme les moines et les clercs avaient le quasi-monopole de l’écrit pendant le haut Moyen Âge, les chroniques et les autres textes qui nous sont parvenus défendent leur point de vue ». Et les Vikings y ont gagné une réputation détestable : celle d’un « peuple infâme » et d’une « race corrompue ».d
     Même si, comme le souligne Alban Gautier, professeur d’histoire médiévale qui assure la préface du livre, « les Vikings n’étaient pas un peuple », puisque « l’univers des Vikings était marqué par une grande diversité tant culturelle que religieuse » et qu’il n’était pas nécessaire que du sang scandinave coule dans ses veines pour appartenir à ce groupe. À rebours de ce que pensent certains adeptes néopaïens et contemporains des Vikings. L’un des plus grands rois vikings, Cnut le Grand, qui bâtit un empire en mer du Nord entre 1015 et 1035, était ainsi aux trois quarts slave…
      Mais la violence, écrit l’auteur, « continue à passionner la société moderne et les Vikings sont devenus emblématiques de ses formes les plus atroces et les plus insensées ».L’incarnation la plus fantasmée de cette cruauté viking aurait consisté en l’habitude de la torture dite de l'« aigle de sang », dont l’auteur rappelle pourtant que l’imaginaire provient d’une mauvaise compréhension et traduction de la poésie scaldique.
    En dépit de tout cela, la réputation sanglante de ces « super héros du Nord » et de ces « histoires de tortures horribles imprégnées de paganisme », sensationnelles et palpitantes, a « annihilé notre sens critique habituel, y compris celui de nombreux historiens. Même des auteurs ayant accès à des sources de connaissance fiables continuent à raconter ces histoires considérées comme un fatras d’erreurs ».
    L’auteur considère que, replacée dans son contexte historique, « leur violence n’était pas pire que celle des autres », par exemple comparée à un Charlemagne (sacré empereur en 800) dont les armées ont tué et ravagé à plus grande échelle que les Vikings. Le mode d’action des Vikings, consistant à remonter les fleuves à l’aide de bateaux rapides, catalysait l’effet de sidération et de terreur provoqué par ces hommes en armes. En effet, si les peuples d’Europe n’ignoraient pas la violence aveugle dans une époque très tourmentée, lorsque l’ennemi progressait par voie de terre, la rumeur se répandait rapidement et permettait à beaucoup de s’échapper…
     Pour à la fois contrer cette image noire et aller au-delà des imaginaires stéréotypés entourant le temps des Vikings, Anders Winroth fait le point sur un savoir fragmenté, marqué par des vides et des incertitudes, qui a pu catalyser le recouvrement d’une réalité difficile à cerner par un imaginaire puissant et souvent erroné.

      Il utilise pour cela les résultats de fouilles archéologiques inédites, notamment dans les « tombes à navire », puisqu’on trouve dans les campagnes scandinaves des milliers de « navires de pierres » en forme de vaisseaux emmenant les morts dans l’Au-delà et que nombre de Scandinaves, non seulement des guerriers vikings mais aussi des paysans lambda, étaient inhumés « dans une sorte de bateau ou au moins accompagnés par un navire symbolique ».Mais Winroth s’intéresse tout particulièrement aux inscriptions runiques et aux strophes scaldiques, ces compositions élaborées dont les poètes islandais firent la renommée....
..O« recycle toujours les mêmes mythes, mais certaines de ces histoires les plus passionnantes sur les Vikings ne sont que rarement, voire jamais racontées ». Si tout n’est pas passionnant de bout en bout dans cet ouvrage, son grand mérite est de trancher les controverses sur les motifs qui ont poussé les Vikings, pendant trois siècles, à parcourir les mers et les fleuves pour piller, rançonner, coloniser et conquérir une géographie lointaine, allant des mondes arabes jusqu’au-delà du Groenland.
Représentation des Vikings datant du XIIe siècle : les Danois sur le point d'envahir l'Angleterre.Représentation des Vikings datant du XIIe siècle : les Danois sur le point d'envahir l'Angleterre.
Winroth ne cherche pas ces raisons dans les explications mécaniques parfois avancées, allant du changement climatique à la pression démographique en passant par un prétendu « caractère guerrier » des peuples du Nord. Son explication est de nature sociopolitique. Comme le résume Alban Gautier : « Afin d’affermir un pouvoir foncièrement instable, les chefs scandinaves du haut Moyen Âge recrutaient des bandes armées qu’il leur fallait récompenser par des présents prestigieux ; en échange, les guerriers fidèles à leur chef se battraient pour lui. (…) L’explication principale du phénomène viking se trouverait donc à la croisée d’une stratégie politique, d’une pratique sociale et d’une éthique guerrière, toutes fondées sur le principe du don et du contre-don. »
     Winroth fait donc le pari que, pour comprendre les Vikings qui sont partis et que l’Europe a vu déferler sur ses terres, il faut d’abord connaître ceux qui sont restés et les sociétés auxquelles les guerriers étaient adossés. En effet, « les raids des Vikings avaient lieu à petite échelle, et étaient le plus souvent le fait d’hommes jeunes qui possédaient peu de propriétés foncières, voire aucune, et n’étaient généralement pas mariés ».
L’historien cherche donc moins à comprendre le « temps des Vikings » depuis le champ de bataille que depuis la « maison-halle » où le chef abreuvait ses hommes et les éblouissait par sa richesse et les produits exotiques qu’il avait pu ramener. « Tout commençait, explique-t-il, avec les grandes fêtes données dans les maisons-halles des chefs de guerre du Nord » qui constituent les plus grands bâtiments de l’Europe septentrionale au Moyen Âge.
Attaque viking, image de 1100, faite dans l'abbaye de Saint-Aubin.Attaque viking, image de 1100, faite dans l'abbaye de Saint-Aubin.
Dans cette maison-halle, le chef prononçait des discours, parce qu’un « bon chef n’avait pas seulement besoin d’être généreux et victorieux à la guerre mais devait être éloquent et prononcer des paroles qui allaient droit au cœur ». Il s’agissait aussi d’un « espace sacré où le chef procédait à des rituels religieux ».
    Le chapitre que Winroth consacre à la religion est l’un des plus intéressants de l’ouvrage. On y découvre ou redécouvre, même si les fouilles « ne nous apprennent pas grand-chose de la religion vécue », la complexité de l’imaginaire spirituel et mythologique des Vikings, notamment la lutte du dieu Thor avec le serpent de Midgard, qui se tenait enroulé autour du monde et était censé le maintenir en place. Le jour où il lâcherait, le monde se fragmenterait et disparaîtrait, dans le cadre d’une religion largement apocalyptique, où la fin du monde s’appelle le Ragnarök et consiste en un grand incendie après lequel un monde meilleur peut surgir.
    On y voit aussi la façon dont le christianisme a, peu à peu, remplacé la vieille religion païenne en Scandinavie, parfois en se superposant à elle. Winroth prend ainsi l’exemple très parlant d’un moule en stéatite, trouvé dans le nord du Jutland au Danemark, qui donne une image de la manière dont le christianisme a lentement pénétré la culture scandinave sans immédiatement éliminer les anciennes religions. L’artisan qui possédait ce moule, pouvait en effet, au choix, couler « une croix chrétienne ou le marteau de Thor », voire les deux en même temps…
    Cette conversion des mondes vikings au christianisme fut moins le fait de missionnaires« que des besoins et objectifs des chefs et rois scandinaves ». La religion chrétienne fut en effet utilisée comme un « outil de construction des communautés au sein de leur économie politique ».
     C’est en effet au moment où les chefs vikings à l’onomastique devenue légendaire, d’Erik le Rouge à Harald à la dent bleue, sont remplacés par des rois scandinaves que la religion catholique s’impose vraiment. « L’Église joua un rôle de premier plan dans ce processus, fournissant son savoir-faire en matière d’éducation et d’administration, en plus d’une idéologie qui considérait que les rois régnaient, avec l’approbation de Dieu, depuis le sommet d’une hiérarchie bureaucratique. »
   Avec cette transformation de la structure sociopolitique des territoires vikings en royaumes médiévaux, c’est toute la société scandinave qui se modifia, jusqu’à son expression poétique. Le vers scaldique était ainsi entièrement muet sur l’amour romantique, dont les idées ne se propagent dans la poésie scandinave qu’au XIIe siècle. « Dans ce domaine aussi, la Scandinavie rejoint progressivement l’Europe », conclut l’auteur. [Mediapart
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mardi 3 septembre 2024

Le profit ou le climat?

 Dilemme

          La réflexion sur les transformations rapides du climat, différenciées mais globalement constatées et mesurées ne laisse plus de place aux doutes. Le climato-scepticisme régresse où se réfugie dans les sphères du conservatisme, comme aux USA, fidèle soutien du business sans limites, notamment en ce qui concerne la sphère des libertariens inconditionnels, sans vision d'avenir. Mais le "business as usual" peut-il être crédible? La succession des COP où s'engagent des Etas dans la riposte pour ralentir les effets des changement climatiques laisse souvent sceptique, quand on voit le peu de mesures réellement décidées ou appliquées, notamment en France, récemment au niveau agricole.   


                                                                                                                                                                  Certains pays, se sentant plus en péril, sont plus offensifs, du moins formellement, comme la Présidente de l'Islande, qui déclarait, réclamant une mise à jour du capitalisme:                   « L’un de mes grands regrets est que nous n’avons pas assez retenu les leçons de la grande crise de 2008, détaille-t-elle. Nous vivons dans un système largement inspiré par les travaux de Milton Friedman [1912-2006, l’économiste inspirateur du néolibéralisme], qui ne produit plus de valeur commune depuis longtemps : les inégalités augmentent partout dans le monde. La recherche effrénée du profit au détriment du climat et du bien-être n’est pas tenable. »   Mais la remise en question d'une forme de capitalisme mondialisé et hyper-financiarisé est- il crédible, quand on sait qu'il porte en son sein le développement d'une croissance sans fin et du renouvellement perpétuel des produits? Ce que tous les économistes, pas seulement marxistes, considèrent, comme sa nature même. Comment ralentir et changer son développement sans frein, sa logique interne, sinon par un un changement radical de sa nature intrinsèque et de manière mondialisée? Rien de tel n'a jamais été proposé à Davos; lieu où se rencontrent annuellement hommes d'Etat, banquiers et industriels de haut vol. Les grandes messes de la COP ont montré leurs limites. Limites institutionnelles jusqu' à un certain point, à condition qu'elles s'appliquent à tous. Un changement total de paradigme s'impose, au niveau mondial, car il n'y a pas trente six planètes. La tâche est immense et ne peut déboucher sur des demi-mesures. Un immense défi... pour une terre habitable.
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mercredi 24 janvier 2024

Europe: toujours plus large?

Mais jusqu'où?

              Du pain béni pour les multinationales.   "... Le paradoxe est... que l’élargissement de l’Europe à l’Est ait pour effet, à court et moyen termes, d’affaiblir sérieusement les perspectives d’autonomie stratégique européenne, renforçant, au contraire, les moyens dont dispose Washington pour peser sur le cours de la construction européenne. Aussi, l’élargissement le plus significatif et le plus réel n’est pas celui de l’Europe, mais celui de la puissance américaine en Europe..."                                                                                                                   Depuis 2004 Pour la huitième fois, au cours d'une longue histoire, toujours problématique. Des craintes sont diffuses.                                                                                                  La question ne cesse de rebondir.    Les promesses faites envers l'Ukraine ravive la question de l'élargissement de l'Europe, qui n'a jamais cessé de faire périodiquement problème. A l'époque du "Bénélux", aucun souci: les échanges entre petits pays voisins furent envisagés comme une solution logique, surtout à le suite d'un guerre dont il fallait se relever en commun. PH Spaak en fut un ardent défenseur.     Mais l'idée des pionniers étaient d'aller beaucoup plus loin, sous l'instigation de J. Monnet, avec l'impulsion de Schuman, de de De Gasperi, encouragés par le grand frère d'Outre-Atlantique, dans le contexte de la Guerre froide. Toute une histoire assez tortueuse, une évolution que contestait au début De Gaulle, qui y voyait une possible dilution de souveraineté, l'intégration  trop marquée aux désiderata de Washington, le risque d'un simple marché sans entraves où la finance deviendrait la norme. Il caressait le rêve d'une autre Europe, "de l'Atlantique à l'Oural"  L'histoire a parlé et nous vivons au coeur d'une autre logique, dans une histoire assez chaotique. Une Europe à plusieurs vitesses, qui se redéfinit en se faisant, dans un processus dont on ne voit pas la fin, dans un affaiblissement politique régulièrement contesté. Nous sommes loin d'en avoir fini avec ce stop and go parfois un peu aveugle où la cohérence est défaillante et où les promesses à géométrie variable sont liées à des capitales qui ont en arrière-plan des objectifs différents t où la question de l'Otan vient embrouiller les débats. Ne parlons pas de la bureaucratie envahissante, souvent hors sol.                Les nouveaux arrivants ne sont parfois pas dans les clous, comme la Pologne et la Hongrie, qui jouent leur jeu propre. Qu'en sera-t-il du Kosovo, et, mieux, de la Turquie, toujours théoriquement candidate. On se prend légitimement à douter d'une possible conduite commune dans l'avenir, vu que c'est déjà une cacophonie périodique sur divers sujets et chaque pays tire la couverture à lui en matière de solidarité, de fiscalité, etc...Le cas récent de la gestion de la crise grecque a été un exemple  révélateur des défaut d'une élargissement qui s'est fait sans analyse sérieuse des situations concrètes 


     D'élargissements en élargissements, on peut se demander combien de décennies un terme (et lequel?) sera atteint et de quelle nature il sera. La question se pose régulièrement, avec ses crises, ses échecs, son Brexit, ses relances et ses incohérences. Il y a dix ans déjà, on se posait des questions qui restent toujours en suspens: Les illusions d'une Europe sans limites géographiques claires sont tenaces.___Est-ce vraiment une bonne nouvelle pour la Croatie?  Certains Croates ne sont pas enthousiastes, c'est un euphémisme. Le pays risque de déchanter, si on la mène à marche forcée selon le catéchisme bruxellois, vers l'ordre néolibéral en vigueur.__ "...La Serbie espère ouvrir des négociations d'adhésion en janvier ou encore le Kosovo obtenir un accord de stabilisation et d'association, première étape vers l'adhésion. La Macédoine, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro sont aussi dans les starting-blocks, comme l'Albanie. Au-delà, l'Islande a entamé des négociations pour son adhésion et la Géorgie, l'Ukraine ou encore l'Arménie rêvent un jour de faire partie de l'Union. Sans parler de la Turquie. Or pour l'Union européenne, ces élargissements risquent de devenir de véritables pièges. A 27, l'Europe est déjà largement ingouvernable. Toute décision, comme en témoignent celle sur le budget de l'Europe ou celle sur le mandat du commissaire européen pour négocier - enfin - un accord de libre échange avec les Etats-Unis, donne lieu à de longues palabres, des querelles sans fin entre Etats membres. L'Union européenne n'a toujours pas non plus été capable d'adopter une position commune face à la guerre civile en Syrie. Comment, à plus de 30, demain, parviendra-t-elle à faire entendre une seule voix face à l'Amérique, à la Chine, à la Russie, voire à l'Inde ? Certes, en termes comptables, l'intégration de tous les pays de l'ex-fédération de Yougoslavie ne coûtera au budget européen qu'à peine 10 milliards d'euros. Mais il reste encore d'immenses écarts de niveau de vie entre ces pays et le reste de l'Union. Pour beaucoup de nouveaux membres et de candidats, l'adhésion à l'Union européenne est perçue avant tout comme une prolongation de leur engagement vers l'Alliance atlantique, et non pas comme la reconnaissance d'une véritable identité européenne. On s'achemine donc de plus en plus vers une Europe à géométrie variable, avec des pays censés être intégrés comme les 17 dans l'euro - cette intégration étant elle-même source de très grandes difficultés -, les 22 de l'espace Schengen - espace au fonctionnement imparfait lui aussi - et les autres. L'Union européenne doit se décider, enfin, à fixer ses frontières et à redéfinir sa raison d'être. Même si aujourd'hui, avec l'arrivée de la Croatie, elle peut se vanter d'atteindre à nouveau l'objectif de ses pères fondateurs : « faire régner la paix en Europe ».Ce processus arrange tout à fait les partisans d'une Europe simple zône de libre échange, telle que le Royaume-Uni qui  a réussi à l'imposer, rendant maintenant impossible la création d'une future entité politique cohérente et indépendante ou  même une éventuelle et problématique structure fédéraliste...    The Economist avance que l'élargissement a été une des réalisations les plus réussies de l'UE et qu'il faut continuer à intégrer de nouveaux pays...la puissance des USA a besoin d'un grand marché européen mais certainement pas d'une puissance européenne concurrente...    _Les négociations pour un grand marché transatlantique  sont la dernière manifestation de cette volonté d'hégémonie économique, dictée par les multinationales. On peut aller jusqu'à dire qul'entrée de la Croatie va permettre de rendre l'Union européenne encore plus ingérable. Et donc à Washington de mieux diriger l'ensemble.    ___   Objectif bientôt atteint?...Entre deux chaises..______Quant au fédéralisme...       __    _______________________________

mercredi 15 novembre 2023

Le vie (normale) de la terre

Elle n'est pas de tout repos

            La terre n'est pas une planète morte.

     On le voit bien aujourd'hui notamment en Islande, toujours en changement, où les  volcans s'épanouissent, avec des conséquences connues et assumées, parfois inquiétantes, parfois dangereuses.                                        Bon voyage!

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samedi 4 novembre 2023

Europe sur la sellette

       Questions et hypothèses. Nouvelle donne.                                                                                                                                                                 On reparle d'un nouvel élargissement. Comme si la gestion actuelle d'une entité aussi hétérogène ne posait déjà pas assez de problèmes, économiques et surtout politiques. Surtout à l'heure des retours de souveraineté. Il y  a comme un retour de balancier, à l'heure où la "mondialisation heureuse" est remise en question, où des conflits imprévus minent les solidarités et introduit des clivages nouveaux. La situation économique de l'Allemagne n'incite pas à l'optimisme. Elle tend à faire  cavalier seul, Ce qui n'est bon pour personne; il n'y a pas lieu de s'en réjouir                                                                                                                                        Certains sont très pessimistes sur l'avenir d'une entité qui bat de l'aile. Les crises de nerfs se multiplient. Une révision s'impose en tout cas. Des promesses n'ont pas été tenues. Certains, qui y croyaient, pestent contre ses infidélités et ses défaillances. Le fédéralisme, en tous cas, est bien mort.   Des  "mesures radicales" suffiront-elles?                  Cette vieille idée prometteuse a-t-elle encore une chance, après tant de propos sans objet ou de timides tentatives inabouties?

    On peut en douter  à l'heure où l'idéal européen des pionniers a du plomb dans l'aile, où les intérêts se déchirent, ou les alliances se délitent, où beaucoup d'Etat n'ont pas la moindre velléité de rompre avec l'OTAN et les intérêts géostratégiques des USA.
    A l'heure où Macron tente de nouvelles relances, ce projet est-il encore crédible, tant que de profondes transformations ne sont pas visibles au niveau des pays, unis surtout comme un marché aux intérêts peu convergents?
    Un improbable consensus.
         Ou ,dit plus sévèrement et plus explicitement:
                                     ...L’échec de la communauté européenne de défense (CED) : une idée française rejetée par la France...En été 1950, pressé par la menace communiste concrétisée par le déclenchement en juin de la guerre de Corée, Jean Monnet, commissaire général du Plan français et inspirateur du plan Schuman, envisage d’organiser la défense de l’Europe dans un cadre supranational comparable à celui contenu dans la proposition Schuman. Dans le même temps, les États-Unis demandent à leurs alliés de préparer le réarmement de la RFA. Jean Monnet présente son projet à René Pleven, président du Conseil français et ancien ministre de la Défense, qui le soumet à l’Assemblée nationale le 24 octobre 1950. Le projet envisage la mise en place d’une armée européenne permettant d’intégrer les futures unités allemandes dans un ensemble placé sous une autorité européenne unique, militaire et politique. Ce projet suscite de très vifs débats en France. Accepté par la plupart des États occidentaux, le projet de Communauté européenne de défense (CED) est rejeté en août 1954 par l’Assemblée nationale française. Finalement, le refus de l’Assemblée nationale française de ratifier le traité instituant la CED entraîne également automatiquement l’abandon du projet de Communauté politique européenne dont il est le corollaire institutionnel. La consternation est générale en Europe occidentale et aux États-Unis. La France, qui s’était fait le champion de la cause européenne depuis plusieurs années, est sérieusement discréditée par cet abandon. La déception est immense et appelle une réaction rapide3
             Dès l’automne 1954, au lendemain du rejet par les parlementaires français de la Communauté européenne de défense (CED), certains dirigeants des pays du Benelux s’appliquent à relancer un projet communautaire qui propose des solutions aux problèmes spécifiques de l’intégration économique. Traumatisés par l’échec de la CED, ils refusent de laisser l’unification européenne s’enliser. Négociés à Val Duchesse depuis juin 1956 au sein de la conférence intergouvernementale pour le Marché commun et l’Euratom, les traités instituant la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA) sont signés le 25 mars 1957 par les représentants des six pays membres de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), respectivement la République fédérale d’Allemagne (RFA), la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas. Ainsi débute l’aventure de la Communauté économique européenne (CEE) qui se transformera en Union européenne (UE) le 1er novembre 1993 après la ratification du traité de Maastricht (il prévoit l’union économique et monétaire, grâce à une monnaie unique européenne qui sera ultérieurement appelée l’euro). De Six membres, elle passe en 2018 à 28 membres, 27 après le départ du Royaume-Uni.
   Rappelons les institutions mises en place sur les questions de défense au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ! Elles expliquent, en grande partie, la problématique actuelle.   Le Traité de collaboration en matière économique, sociale et culturelle et de légitime défense collective, signé à Bruxelles le 17 mars 1948 par la France, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Il entre en vigueur le 25 août 1948. Bien que ce traité ne prévoie qu’une « coopération » entre les parties contractantes « qui s’exercera notamment par le Conseil Consultatif prévu à l’article 7 » et qu’il ne stipule pas la création d’une organisation internationale, dans les faits, l’organisation issue du traité sera appelée « Organisation du traité de Bruxelles » ou « Union occidentale ». Elle se transformera plus tard en « Union de l’Europe occidentale » (UEO)4 et sera définitivement absorbée par l’Union européenne. De profundis !
    Plus important dans le domaine de la défense européenne est ce qui se passe Outre-Atlantique. Le 4 avril 1949, douze ministres des Affaires étrangères signent à Washington le traité instituant l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Aux Cinq du pacte de Bruxelles (pays du Benelux, France et Grande-Bretagne) s’ajoutent les États-Unis, le Canada, le Danemark, l’Islande, l’Italie, la Norvège et le Portugal. En réalité, l’explosion, en septembre 1949, de la première bombe atomique soviétique et le déclenchement, en juin 1950, de la guerre de Corée ont accéléré la mise en place de la structure militaire intégrée de l’OTAN. Après la chute du mur de Berlin, l’OTAN va absorber les anciens État membres du Pacte de Varsovie, à l’exception de l’ex-URSS avec laquelle est mise en place un organe de consultation qui a pour nom Conseil OTAN-Russie (COR). L’Alliance atlantique comporte 28 États membres, le Monténégro l’ayant rejoint en 2017.
     A partir de 1998, avec le sommet franco-britannique de Saint-Malo, pour sa part, l’Union européenne a engagé le processus d’élaboration d’une politique européenne de sécurité et de défense. Moteur de cette évolution avec pour objectif la création d’une véritable Europe de la Défense, la France s’emploie à promouvoir un rôle accru de l’Union européenne dans le domaine de la défense et à appuyer le développement de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC, depuis 2007), qui, en pleine cohérence avec les autres instruments européens d’action extérieure, apporte une réelle valeur ajoutée à la gestion des crises5.
    Les objectifs de la PSDC sont définis par l’article 42 du traité sur l’Union européenne (TUE). Celui-ci stipule que l’UE peut avoir recours à des moyens civils et militaires en dehors de l’Union « afin d’assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale conformément aux principes de la charte des Nations unies ». Sans remettre en cause le caractère spécifique des politiques de sécurité et de défense de chaque État membre (notamment dans le cadre de l’OTAN dont 22 des 28 pays de l’Union sont membres), la PSDC poursuit également l’objectif, à terme, d’une défense commune (art. 42 TUE). Plusieurs structures permanentes participent à la PSDC : constitué de représentants des États, le Comité politique et de sécurité (COPS) exerce, sous l’autorité du Conseil et du Haut-représentant, le contrôle politique et la direction stratégique des opérations de gestion des crises. Il reçoit des conseils et des recommandations du Comité militaire de l’UE (CMUE). L’État-major militaire de l’UE (EMUE) planifie, exécute et met en œuvre les décisions. La capacité civile de planification et de conduite (CPCC) assure la direction des opérations civiles. Enfin l’Agence européenne de défense (AED) vise à améliorer les capacités militaires des États membres. 
                   Voici pour la théorie. Qu’en est-il de la pratique depuis la fin du siècle dernier à l’année 2018 ? Le moins que l’on puisse dire est que le fossé est abyssal entre la parole et les actes si tant est que les intentions des uns et des autres aient identiques.
    Si la problématique de la mise en place d’une authentique défense européenne relève encore aujourd’hui du vœu pieu, c’est qu’elle est toujours l’otage d’un désaccord intellectuel récurrent et d’une absence de volonté politique d’une immense majorité des 27/28.
    « On connaît dans les grandes cours, un autre moyen de se grandir, c’est de se courber » nous rappelle utilement ce grand maître de la diplomatie française que fut Talleyrand ! Et, c’est justement de cela dont il s’agit lorsque l’on parle de « défense européenne », vocable générique destiné à désigner la volonté (ou l’absence de volonté) des Européens de concevoir leur défense de manière autonome, souveraine, indépendante de celle de l’OTAN, dominée par les États-Unis. D’abord, tous nos partenaires récusent, depuis le départ de la construction européenne, l’idée purement française d’une « Europe puissance ». Le général de Gaulle parlait d’une « Europe européenne », ce qui en creux signifiait une Europe indépendante des États-Unis, y compris dans le domaine de la défense. Faute d’écho de ses partenaires, il en a tiré les conclusions qui s’imposaient pour la France : développement d’une force de dissuasion nucléaire et retrait de la structure militaire intégrée de l’OTAN en 1966. Ensuite, nos partenaires ont toujours considéré le principe même d’une défense européenne comme n’allant pas de soi, pour ne pas dire qu’ils y étaient purement et simplement opposés. La raison est simple : l’OTAN (en d’autres termes les Américains) leur fournit une assurance tout-risque peu onéreuse alors qu’une défense européenne ne serait qu’une simple assurance au tiers peu efficace et très dispendieuse. Sous-jacente est l’idée qu’il ne faudrait surtout pas fâcher l’Oncle Sam, très à cheval sur la question. En un mot comme en cent, la défense de l’Europe est du ressort des Américains et certainement pas des Européens. Ce qui signifie le rejet d’une Europe puissance et indépendante à la française au profit d’une Europe grand marché et soumise aux caprices de Washington6. Tel est le défi insurmontable de la France à Bruxelles lorsqu’elle met et remet sur la table son projet de défense européenne non subordonnée à l’OTAN, faire boire un âne qui n’a pas soif !7 Un remake du mythe de Sisyphe8. Nous en avons des exemples quotidiennement avec les rebuffades qu’essuie Emmanuel Macron avec son projet de refondation de l’Europe (Cf. son discours lyrique de la Sorbonne), en général et avec son projet « d’armée européenne » (Cf. sa déclaration sur Europe 1 du 6 novembre 2018) en particulier. Le problème se corse encore plus lorsque fait défaut au sein de l’équipe Europe le désir de jouer collectif, l’affectio societatis9.
      « Le volontarisme en diplomatie comme en d’autres domaines est efficace étant bien entendu que les objectifs sont clairement définis et que tous les moyens pour y parvenir sont mobilisés »10. Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, que le volontarisme, la pugnacité de tous les présidents de la République française pour faire avancer leur double projet d’une Europe puissance et son corollaire, une défense européenne s’est heurtée et se heurte toujours au mieux à un mur d’incompréhension, au pire à un rejet pur et simple. La seule exception tient aux actions dites de développement des « capacités civiles » (le mou à l’Europe et le dur à l’OTAN) et de quelques « capacités militaires » (amélioration de la projection des forces en opération, renforcement de l’information et du renseignement spatial, de la protection des forces et de leurs moyens et de leur efficacité en opération, de l’interopérabilité)11. Mais, il y a pire avec la pire décision prise par Nicolas Sarkozy en 2007 pour la crédibilité de la France sur la question de la défense européenne.
    En effet, il faudra attendre l’arrivée au pouvoir en 2007 pour que « Sarko l’américain » brise le tabou en reprenant en 2009 le chemin perdu du Saint des Saints en se rangeant sous la coupe du Pentagone. Les Américains décident, les Français exécutent comme des idiots utiles. En échange, nous recevons un commandement à Norfolk en Virginie (SACT ou Commandement Suprême Allié de la Transformation). Tout est bien qui finit bien pour la France ! Le président de la République multiplie les attentions à l’endroit de ses interlocuteurs américains. Mais, contrairement à ce qu’il escomptait (ceci ne relevait-il pas de la vulgaire farce ?), les Américains et autres Britanniques ne font pas le moindre pas en direction de la politique européenne de sécurité et de défense. L’argument est imparable en période de restrictions budgétaires, pourquoi faire mal au Berlaymont ce que l’on fait parfaitement à Evere !
    C’est le règne du circulez, il n’y a rien à voir. Quant à François Hollande qui avait critiqué la décision de Nicolas Sarkozy alors qu’il était le chef de l’opposition, il n’y trouve rien à redire dès qu’il prend ses fonctions à l’Élysée. Il fait même rédiger un rapport par Hubert Védrine qui souligne les inconvénients d’un nouveau départ de la structure intégrée12.      Tout est bien qui finit bien. Jupiter écrase la main de Donald Trump mais essuie ses avanies successives sur les questions de défense européenne, y compris à l’occasion des cérémonies commémoratives du centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale.  C’est dans ce contexte qu’il convient de replacer le débat (même si le mot est un peu fort) sur la défense européenne relancé à plusieurs reprises par le président de la République, Emmanuel Macron, y compris à travers son idée récente – peu populaire à Washington – d’une « armée européenne ».
      Au tropisme jupitérien d’une défense européenne indépendante pouvant aller jusqu’à la constitution d’une « armée européenne », s’oppose toujours celui des autres Européens – avec quelques légères nuances pour l’Allemagne – d’une défense européenne reposant sur une armée américaine.
    La formule un peu abrupte d’Emmanuel Macron (« Nous devons nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d’Amérique », précitée du 6 novembre 2018), qui se situe dans le droit fil de ses déclarations antérieures va dans le même sens, à savoir celui de « sa volonté de reprendre le leadership d’une Europe indépendante, y compris dans le domaine de la défense »13. Le 10 novembre 2018, dans un entretien accordé à CNN, il revenait sur sa priorité donnée à l’Europe de la défense : « Je ne veux pas voir les pays européens augmenter le budget de défense pour acheter des armes américaines ou autres… », visant explicitement l’acquisition récente d’avions de combat américains F-35 au détriment d’équipements européens. En visite sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, dans la nuit du 13 au 14 novembre 2018, Emmanuel Macron a de nouveau plaidé pour une défense européenne plus « autonome » vis-à-vis de l’allié américain. Reconnaissons à Emmanuel Macron le mérite de la constance en ce domaine ! Il est peut-être le seul à être cohérent sur ce sujet au sein de l’Union à 27/28. Force est de reconnaître que s’est piégé à Bruxelles en refusant de jouer le jeu institutionnel. Les idées françaises ne s’y imposent pas comme par miracle. Elles doivent être soumises à nos partenaires, discutées, convaincre. Le cavalier seul qu’Emmanuel Macron pratique sur le plan national échoue sur la scène européenne. Cette énorme bourde ne s’explique-t-elle pas par la méconnaissance de la chose européenne par ses collaborateurs. Ce qui est d’autant plus incompréhensible que son conseiller diplomatique, Philippe Etienne est un ancien du circuit bruxellois. De deux choses l’une, ou bien c’est un incompétent notoire, ou bien il n’a pas l’oreille de Jupiter. Tout ceci est inquiétant !
      Ceci étant dit, cet activisme sur la question de la défense européenne mérite d’être replacé dans un contexte plus large et plus électoraliste, celui des prochaines élections au Parlement européen du 26 mai 2019. Le moins que l’on puisse dire est que les choses ne se présentent pas sous les meilleurs auspices pour la République en marche à coup de verticalité et d’arrogance dans un contexte de jacquerie fiscale (Cf. le mouvement des « gilets jaunes »). Compte-tenu de ce qui précède, Jupiter tente de donner des gages aux proeuropéens en leur proposant de faire l’Europe, « y compris l’Europe de la défense » et aux souverainistes (qu’il avait vilipendés jusqu’ici) en leur disant « mais une Europe indépendante ». Ce que l’on appelle la diplomatie du en même temps qui connait vite ses limites sur la scène européens ! C’est qu’au fil du temps et de sa compréhension de la France d’en bas, Emmanuel Macron a évolué sur sa conception de l’Europe. Après avoir opposé de manière caricaturale les « progressistes » et les « nationalistes », il essaie désespérément de les concilier en évoquant une « Europe qui protège davantage les travailleurs »14. Il fait appel à l’ancienne garde des Républicains pour tenter de sauver les meubles15. Il est vrai que son approche manichéenne lui revenait en boomerang au lieu de le conforter dans son grand dessein européen. La constance est un gage de succès, la diplomatie du fil de l’eau et de la godille est le gage de l’échec.
     « En diplomatie, les seuls traités durables seraient les traités conclus entre les arrière-pensées » nous rappelle le Comte de Saint-Aulaire en 1953. Et sur la question de la défense européenne, les arrière-pensées ne manquent pas tant du côté de nos partenaires que du côté de Jupiter. 
     Nos partenaires européens évoluent entre diplomatie de l’exclusion et diplomatie du dos rond. Même s’ils commencent à prendre conscience des limites de l’engagement américain en Europe (« l’OTAN est obsolète » de Donald Trump, l’appel à meilleur partage du fardeau du président américain, ses diatribes contre l’Union européenne, l’Allemagne et plus récemment contre la France…) et des risques que fait peser Washington sur le multilatéralisme (retrait de l’accord nucléaire iranien, de l’accord sur le climat conclu lors de la COP21, du traité FNI, de plusieurs accords commerciaux, retrait de l’UNESCO, critique sévère du fonctionnement de l’OMC…). Ils commencent à prendre conscience que l’Union européenne doit en finir avec ses prudences de gazelle et changer de pied pour être un interlocuteur qui compte sur le grand échiquier international. Mais, à ce jour, rien de concret sur le plan des actes tant l’atlantisme est profondément inscrit dans leur A.D.N.. Depuis son élection, Emmanuel Macron tente de relancer une Europe de la défense moribonde. En un mot, le constat est partagé : des risques nouveaux menacent la sécurité du continent. Mais les pays européens sont en désaccord sur à peu près tout. Et une large partie d’entre eux s’en remettent d’abord, voire exclusivement, à l’OTAN16. Quelle ligne rouge faudra-t-il que Donald Trump franchisse pour que l’électrochoc produise tous ses effets ? Nous n’en sommes pas encore à ce stade. Du côté allemand, en dépit des déclarations de la chancelière en faveur d’une coopération avec la France, les milieux allemands de la Défense considèrent la création d’une « armée européenne » comme irréaliste et contre-productive. Ce rapprochement se heurte à des cultures politiques, stratégiques et industrielles différentes des deux côtés du Rhin17. Du côté britannique, le secrétaire d’État à la défense, G. Williamson évoque « une idée complètement folle » qui « menacerait la paix et la sécurité à long terme ». Même si le propos est excessif, il n’en traduit pas moins une pensée répandue chez nos partenaires.
     Les arrière-pensées françaises sont également légions. Sur la question de la contribution de l’OTAN à la défense européenne, nos dirigeants pratiquent le grand écart permanent entre l’indépendance d’une Europe de la défense et la prééminence de l’Alliance atlantique (Cf. les déclarations du président de la République et de sa ministre des Armées, Florence Parly surnommée idéfix18). Rappelons que, dans son discours sur la refondation de la Sorbonne, il se prononce pour une défense européenne en concertation avec l’OTAN, le membre de phrase qui tue. Ce qui signifie en clair que tout change pour que rien ne change ! La servitude volontaire a encore de beaux jours devant elle. En réponse au tweet de Donald Trump sur ses propos « insultants » (Amérique vue comme un ennemi potentiel au même titre que la Chine et la Russie, proposition d’armée européenne…), Emmanuel Macron s’empresse de dire que son projet viendrait renforcer l’Alliance. Que et qui doit-on croire ? La défense européenne relève-t-elle du gadget électoraliste ou bien d’un projet d’envergure de refondation de l’Europe : refonte de l’euro pour en faire une monnaie d’échange international, taxation des GAFAM, réciprocité en matière d’extraterritorialité du droit américain ?
     Nous ne sommes qu’à moitié rassurés en apprenant que l’ex-secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, Louis Gauthier (magistrat de la Cour des comptes, toujours les mêmes rapports rédigés par les membres de la Caste), doit remettre son rapport sur la défense européenne d’ici à la fin de l’année au président Emmanuel Macron. Il enfonce quelques portes ouvertes : « Les Européens sont sous le coup de plusieurs électrochocs qui ont eu lieu ces dernières années : invasion de la Crimée par la Russie, en 2014, attentats djihadistes, en 2015, cyberattaques WannaCry et NotPetya, en 2017… Ce qui relevait, dans nos rapports, de l’analyse prévisionnelle est devenu un constat : l’Europe est fragile »19. Et d’en remettre une couche quelques jours plus tard : « Louis Gauthier : 2019 sera une année cruciale pour la défense européenne »20. Encore un membre des grands corps qui excelle dans la pratique de l’enfoncement des portes ouvertes. Nous sommes encore moins rassurés en découvrant les propos stupides de notre incompétente ministre en charge des Affaires européennes, Nathalie Loiseau au JDD du 18 novembre 2018 à propos des résultats qui sont remis au président de la République sur le millier de consultations citoyennes européennes tenues en France21. On y découvre que les Français veulent que l’Europe les protège. Quel scoop ! Toujours les mêmes méthodes de gouvernement : commande de rapports insipides à des membres des grands corps (« La Noblesse d’État ») et de sondages aussi inutiles mais toujours aussi coûteux (Cf. ceux qui valent quelques problèmes aux anciens collaborateurs de Nicolas Sarkozy à l’Élysée).
     « L’Europe cherche, avec raison, à se donner une politique et une monnaie communes, mais elle a surtout besoin de se donner une âme », nous rappelle fort justement André Frossard. D’âme, elle n’en a toujours pas en dépit des propos rassurants d’Emmanuel Macron devant le Bundestag (18 novembre 2018). De volonté, elle n’en a toujours pas en dépit des déclarations lénifiantes de nos fédérastes indécrottables, meilleur carburant des « populistes ». De cap, elle n’en a toujours pas en dépit des incantations jupitériennes (passablement affaibli sur la scène intérieure depuis l’affaire Benalla et les manifestations des « gilets jaunes » comme sa collègue Angela qui se rapproche de plus en plus de la sortie). De la confusion ne peut naître un nouvel élan salvateur en Europe. « À ceux qui rappellent qu’il n’est pas de démocratie sans souveraineté des peuples, il (Emmanuel Macron) répond donc par un concept magique : la souveraineté européenne… [Guillaume Berlat] __________________________