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vendredi 13 mars 2026

Fukushima: y revenir...

 Un événement que reste en mémoire par son ampleur et ses conséquences.                                                                                              Je m'en souviens comme si c'était hier et ai suivi les événements au jour le jour. Dès que l'on a eu connaissance de la catastrophe, beaucoup comme moi ont pris conscience de l'ampleur  de l'événement et des risques gravissimes pour tout le Japon, Tokyo n'étant pas très éloigné. Beaucoup fuyaient la capitale. Heureusement les vents furent plutôt orientés nord-ouest, ce qui limita la contamination sur le sol nippon. Heureusement aussi, l'équipe de la centrale pris le risques de décisions non conformes à celles qui étaient dictées à distance. Longtemps la question se posa: comment un pays aussi avancé technologiquement que le Japon a-t-il pu si mal apprécier et anticiper les risques d'un tsunami géant qui ravagea une partie est de l'île: une ampleur jugée improbable, malgré les risques permanents. Un sacré paradoxe!   Un cauchemar nucléaire. La confiance en la société Tepco a été ébranlée pour longtemps. Comme l'optimisme général régnant concernant le choix du nucléaire. Heureusement que le nombre de décès fut relativement limité par rapport au  précédent, Tchernobyl. Les vents vers le Nord Ouest y furent pour quelque chose. Un démantèlement qui peut durer jusqu'en 2060, après des années de  décontamination de la terre et de l'eau, dans des conditions parfois délicates et discutables    . Une affaire loin d'être classée, malgré le traitement des déchets et le lent démantèlement.                                                                                                                                                   Les répliques politiques de l'événement furent considérables. La suspicion concernant le nucléaire connut son effet le plus spectaculaire en Allemagne, où la chancelière dut renoncer au nucléaire sous la pression des Verts et se tourner vers d'autres sources d'énergie, gazière russe notamment et minière, sur son propre sol. En France, le débat rebondit sur le choix du nucléaire et les politiques d'investissement dans ce secteur marquèrent le pas...Le Japon revient à un investissement massif dans ce domaine si critiqué par la population, qui continue de s'interroger sur les conséquences durables de ce événement traumatisant. La responsabilité de Tepco fut minimisée. Le débat est toujours en cours sur les conséquences sanitaires de cet accident majeur, que le pouvoir s'employa à minimiser, après les regrets publics de l'ancien premier ministre.  Le débat continue, à bas bruit. L'euphorie nucléaire d'aujourd'hui en France ne doit pas faire oublier que le risque "0" n'existe pas.   Le Japon tout entier vivait sur un mythe, celui de la sécurité nucléaire absolue. "...« Tepco (l’exploitant de la centrale accidentée) avait lancé une vaste campagne de propagande dans les villes où la compagnie a construit des sites nucléaires. D’après elle, ses centrales nucléaires étaient les plus sûres du monde par leur système de sécurité et de défense. On croyait donc au “mythe de sécurité” ; on n’aura jamais d’accident et on n’aura jamais besoin de s’en inquiéter. Voilà, les habitantes de ces villes avaient subi un lavage de cerveau total de la part de Tepco... On n’a donc jamais pensé qu’un accident pouvait s’y produire... » Un fonctionnaire de la ville voisine de Futaba raconte : « Je pensais que même si un accident se produisait, on pourrait le régler en 24 heures. Donc, les exercices qu’on faisait à Futaba étaient basés sur l’éventualité d’un accident de ce niveau. Nous n’étions pas préparés pour faire évacuer tous les habitants de Futaba... » (les deux citations sont extraites d’un mémoire réalisé par Rina Kojima, étudiante qui a travaillé avec les chercheurs du projet Devast). Comment une telle croyance a t-elle pu s’installer, au détriment d’une perception réaliste des faits ? Lors de la conférence de l’Iddri, le professeur Noriyuki Ueda, anthropologue à l’Institut de technologie de Tokyo, a démonté la construction du mythe japonais de la sécurité nucléaire...                                   __  Débats toujours en cours   __


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mercredi 11 mars 2026

Israël et le kahanisme.

Vers l'extrême radicalité     _______  D'un sionisme à l'autre

       C'est un rabbin, pourtant d'extrême droite, qui dénonce les agressions souvent meurtrières par des colons à l'égard de la population cisjordanienne. Ce qui, après Gaza, s'est intensifié. Presque une simple routine. La violence n'est pas seulement le seul fait des colons. Le plus souvent, l'armée se contente d'observer.  Depuis longtemps déjà des exactions s'exercent, pas seulement du fait des colons les plus radicaux, encouragés par les politiques au pouvoir, comme Ben G'vir, par exemple, qui a l'aval de Nétanyahou, pour qui, bientôt, la "Judée-Samarie", baptisée terre juive, reviendra intégralement au  pouvoir de  Tel Aviv.    Voilà comment va se faire l'exclusion des terres. Insidieusement. Par intimidation.                                                                                                                                                            Au nom du sionisme. Mais de quel sionisme? Cette notion a toute une histoire, depuis Théodore Herzl, le fondateur. Le retour à la terre dite "sainte" prend sa naissance, sans être acceptée par tous les Juifs, aujourd'hui encore. Certaines formes du sionisme ont subi des glissements et des confusions. Le sionisme actuel se radicalise, sous l'impulsion de mouvements d'extrême droite de plus en plus radicaux, d' un suprémacisme sans concession. Meir Kahane, disciple de Jabotinski représente maintenant une référence, inspirant la politique de Nétanyahou, aspirant au Grand Israël. Un vieux mythe qui reprend de l'actualité, à la faveur des expéditions de Gaza et du Liban. Le sionisme chrétien, venu surtout d'Outre- Atlantique est le plus virulent. Le post-sionisme critique est devenu inaudible.La relative laïcisation n'est pas pour demain.  Vers un  sionisme délirant?  De dérive en dérive, le kahanisme est devenu la matrice. Ce qui ne manque pas d'inquiéter nombre d'Israëliens modérés ou critiques.

     Selon le député de gauche Yair Tsaban, il est ..." représentatif d'un courant plus large que celui de ses adeptes déclarés ", et certaines de ses idées, défendues et présentées de manière moins radicale, sont aujourd'hui populaires dans l'extrême droite _ et même la droite _ parlementaire. ..."  


                                                                                                                                 
"     ..
.Chantre du racisme ", " apologiste de la violence anti-arabe ", " paranoïaque ", " démagogue " : Meir Kahane se cachait à peine d'être un peu tout cela à la fois. Le " rabbin de New-York ", comme on l'appelait encore à la Knesset, affichait un programme ouvertement raciste sur les murs de son parti, le Kach, dans le quartier de Mahane Yehuda, à Jérusalem. Kahane aura saisi le vide idéologique laissé par le dépérissement des valeurs sionistes originelles _ socialisme, laïcité, démocratie, _ et c'est ce vide qu'il saura exploiter dans les années 70, quand il émigre en Israël avec sa femme et ses quatre enfants..."                 Il proclame un nationalisme exacerbé, sectaire, raciste, qui se nourrit de la peur de l'autre : l'Arabe devient l'exutoire à tous les maux d'Israël. Discours martelé auprès des plus défavorisés, discours qui vante l'exclusion. La ségrégation doit être totale entre juifs et non-juifs, dit-il. La défense de l'identité juive est incompatible avec la coexistence avec les Arabes : le Kach veut interdire aux non-juifs de vivre à Jérusalem, interdire les quartiers mixtes, les plages mixtes, les mariages et relations sexuelles entre juifs et non-juifs.      La religion doit être l'unique fondement de l'Etat, et comme, dit-il encore, judaïsme et démocratie sont incompatibles, il faut retirer le droit de vote aux Arabes israéliens : ils pourraient, un jour, devenir majoritaires et menacer le caractère juif de l'Etat... Le sort réservé aux Palestiniens des territoires occupés est plus simple encore : la valise. Le premier, Kahane prône le " transfert " des Palestiniens de l'autre côté du Jourdain. " Ou nous les mettons dehors, ou nous attendons qu'ils nous mettent dehors ". Au service de cet ultra-nationalisme, Kahane manie l'injure raciste _ " les Arabes sont des chiens " _ et, avec ses militants, pratique le raid punitif...Participant aux élections législatives de juillet 1984, le Kach obtient un siège : Kahane entre à la Knesset. C'est un couronnement pour l'ancien professeur d'une obscure école religieuse du Queens. Il était arrivé en Israël en 1971, précédé d'une réputation douteuse pour avoir été l'animateur d'un mouvement extrémiste, la Ligue de défense juive. Se présentant comme un ancien du FBI, il avait eu maille à partir avec la justice américaine : la Ligue entraînait ses militants au maniement des explosifs et fut l'organisatrice de quelques attentats, notamment contre la mission diplomatique soviétique à New-York. Kahane sera condamné à un an de prison.                       Dos vouté, barbe grisonnante, visage ravagé par les tics nerveux, il profite de la tribune de la Knesset pour populariser son " programme ". Il a l'écoute d'une partie de la jeunesse, parmi les déclassés, les recalés du modèle sioniste. Chez les colons, dans les implantations de Cisjordanie, il exaspère la colère après chaque attentat, prenant la tête des manifestations, avec un seul cri de ralliement : " Mort aux Arabes. "    A la veille des élections de novembre 1988, alors que l'" Intifada " bat son plein, les sondages créditent le Kach de suffisamment de suffrages pour obtenir quatre députés. Mais le " mouton noir " de la classe politique commence à faire peur à ses collègues. A l'initiative des grands partis, la Cour suprême, à la mi-octobre 1988, va " disqualifier " le Kach, interdisant à la formation de Kahane de se présenter aux élections. Le Kach est banni de scrutin pour " racisme et incitation au racisme " (...) parce qu'il défend " un programme encourageant à la haine contre les Arabes " et qui, dit encore la Cour, " rappelle les heures les plus sombres vécues par le peuple juif ".       Privé de Knesset, Kahane disparaît de la scène publique ; complètement ignoré des médias, son mouvement se marginalise . Selon le député de gauche Yair Tsaban, il est pourtant " représentatif d'un courant plus large que celui de ses adeptes déclarés ", et certaines de ses idées, défendues et présentées de manière moins radicale, sont aujourd'hui populaires dans l'extrême droite _ et même la droite _ parlementaire...."       ___________________

samedi 3 janvier 2026

Economie de guerre

 Vers une re -militarisation de l'Europe...

  De manière inégale et peu harmonisée, l'Europe semble entrer dans une nouvelle phase de son histoire souvent chaotique. Un vent mauvais souffle de l'Est, mettant en péril ses croyances et son relatif confort. Oui, la guerre peut revenir, nous dit-on, mais où? sous quelle forme? nul ne peut le dire. Certains pays ne se sentent pas ou peu concernés. D'autres n'y croient pas. C'est là qu'on peut juger de la fragilité de ce que l'on nomme encore l'"Union". La Pologne, les Etats baltes se sentent davantage visés par d'éventuelles réelles incursions russes. La géographie et l'histoire expliquent leurs projets défensifs.                   L'Allemagne entre elle aussi dans une  logique d'état de guerre. Venant de loin, elle met en place à la hâte des mesures importantes pour constituer une défense crédible. Pour Merz, c'est l'heure des choix, discutés (et discutables). L'Ostpolitik à courte vue et mercantile est bel et bien enterrée. Merz se présente implicitement comme l'anti Merkel . En plein milieu d'une  crise économique qui dure. Certains murmurent à Berlin que cette détermination soudaine de la droite allemande a quelque chose à voir avec le désir de relancer son industrie. Au Bundestag aussi des vois dénoncent un calcul intéressé jouant sur des peurs exagérées et des ressorts patriotiques affaiblis par des années de prospérité aujourd'hui en question et d'impréparation défensive, de croyances naïves en une sorte de "paix perpétuelle" (comme préconisait Kant). Les menaces sont-elles si sérieuses dans le court terme? Est-ce vraiment un  tournant majeur quand on connaît les faiblesses réelles de la Russie, malgré les menaces de son tsar? En tous cas, pour Berlin c'est la fin des tabous...Des  milliards d'euros sont en jeu. C'est bien une logique d'état de guerre. Vue avec une certain suspicion de part et d'autre du Rhin...Qui va payer finalement cet énorme  réarmement à marche forcée?... 


                                                                                                                         Point de vue (à discuter):    " ...Explosion des budgets militaires au détriment de tous les services publics, retour du service militaire, discours catastrophistes sur l’imminence d’une attaque russe, propagande dans les écoles… Depuis 2022, l’Allemagne, comme presque tous les autres pays européens, s’est engagée dans un énorme effort d’armement, qui renforce le risque d’un conflit de grande ampleur. Accéléré par le chancelier Friedrich Merz, ce tournant vers l’économie de guerre, disproportionné par rapport aux menaces, vise à achever le démantèlement de l’Etat-providence et à légitimer un Etat d’exception permettant de museler les contestations grandissantes contre un système économique toujours plus dans l’impasse. Si ce tournant historique fait face à certaines contestations en Espagne, en France ou au Royaume-Uni, ce n’est pour l’instant pas le cas en Allemagne. Par le journaliste allemand Fabian Scheidler, traduction par Alexandra Knez.                                                              L’Union européenne, la Grande-Bretagne et d’autres membres européens de l’OTAN se sont engagés sur la voie d’une militarisation massive, dont la rapidité et l’ambition sont sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Alors que la plupart des pays de l’OTAN peinaient jusque‑là à atteindre l’objectif, fixé en 2014, de consacrer 2 % de leur PIB à la défense, ils se sont brusquement engagés à porter cet effort à 5 % par an lors du sommet de 2025, sous la pression de Donald Trump. Seul le gouvernement espagnol a refusé d’obtempérer.                               Ni l’OTAN, ni ses États membres, ni les grands médias ne soulignent qu’un effort de 5 % du PIB représente, en réalité, près de 50% des budgets nationaux. S’ils appliquaient réellement cet engagement, les gouvernements seraient contraints de tailler massivement dans les dépenses sociales, de l’éducation à la santé, tout en creusant leurs déficits publics. En mars 2025, le Financial Times résumait l’enjeu en titrant : « L’Europe doit réduire son État‑providence pour construire une économie de guerre ». Autrement dit, la militarisation programmée s’apparente à une offensive de classe menée d’en haut. Bien que les gouvernements aient quelque peu édulcoré leurs engagements, en déclarant que seuls 3,5 % iront directement à l’armée et que 1,5 % serviront à réorganiser les infrastructures à des fins militaires, consacrer 35 % des budgets nationaux à la défense représenterait un coup dur pour ce qu’il reste du modèle européen de protection sociale.                                    Dans la plupart des pays européens, des coupes massives dans les dépenses publiques sont désormais envisagées pour rediriger des ressources vers le complexe militaro‑industriel. Le gouvernement allemand est l’un des plus zélés à cet égard. Le ministre des Finances, Lars Klingbeil (SPD), a promis de tripler le budget de la défense, qui passerait de 52 milliards d’euros en 2024 à 153 milliards en 2029, un niveau inédit. Parallèlement, le chancelier Friedrich Merz (CDU) a déjà annoncé de fortes réductions des allocations chômage afin de compenser une partie de l’écart.        ____ Au Bundestag, les voix dissidentes se font désespérément rares. Les Verts, depuis longtemps parmi les partisans les plus résolus du réarmement, ont voté en mars 2025 un amendement constitutionnel levant toutes les contraintes budgétaires pour l’armée et les services de renseignement, tout en maintenant l’austérité pour le reste des dépenses publiques. De son côté, l’Alternative für Deutschland (AfD), désormais en tête dans plusieurs sondages, soutient elle aussi un renforcement massif de l’appareil militaire et un recul de l’État‑providence. Bien que Die Linke s’oppose officiellement à ce programme, ses représentants au Bundesrat, la seconde chambre fédérale (équivalent du Sénat français, ndlr), ont soutenu l’amendement constitutionnel, déclenchant de vives tensions au sein du parti. Pour certains observateurs, cette absence d’opposition parlementaire évoque le sombre précédent des crédits de guerre de 1914, adoptés à l’unanimité au Reichstag — avec le soutien du SPD..." .....                                                   Dans d’autres pays européens, cependant, la résistance est plus forte. Au Royaume-Uni, Keir Starmer s’est heurté à une opposition farouche à son projet de réduction des prestations sociales, même au sein de son propre parti travailliste, et a été contraint de faire marche arrière. En France, le premier ministre François Bayrou a été renversé par une motion de censure concernant un plan de réduction budgétaire de 44 milliards d’euros (le budget 2026, toujours en discussion, prévoit cependant encore de nouveaux efforts budgétaires dans tous les domaines, excepté la défense dont le budget doit augmenter de près de 7 milliards d’euros, ndlr). En Espagne, des manifestations de masse contre le réarmement ont exercé une forte pression sur le premier ministre Sanchez pour qu’il limite les dépenses militaires.         Si l’on ignore encore jusqu’où les gouvernements européens pourront aller dans leur programme « tout pour les armes, rien pour le social », l’offensive contre les services publics et les classes populaires ne faiblit pas et s’étend partout. La militarisation sans limites s’impose désormais comme le projet central de l’Union européenne, qui cherche à consolider des fondations fragilisées en bâtissant une union militaire.                                                                           En Allemagne, une vague de militarisation qui aurait été impensable il y a quelques années déferle sur le pays, touchant les écoles, les universités, les médias et les espaces publics. Des tramways arborent désormais un camouflage militaire. D’immenses publicités pour l’armée présentent la guerre comme une grande aventure renforçant l’esprit d’équipe. La Bundeswehr mène une campagne de recrutement particulièrement offensive auprès des jeunes, que ce soit dans la rue, dans les écoles ou sur les campus universitaires. Des mineurs de moins de 18 ans sont même enrôlés, en contradiction avec les principes de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, comme le rappellent des organisations telles que Terre des Hommes. De jeunes officiers interviennent directement dans les salles de classe pour promouvoir l’armée devant des élèves parfois âgés d’à peine 13 ans. Au lieu de favoriser un débat critique sur la présence militaire à l’école, celle‑ci s’y déploie sans véritable contrepoids. L’administration envisage en outre d’instaurer des exercices réguliers de défense civile dans les établissements scolaires, avec l’objectif explicite de préparer mentalement les élèves à la guerre.                                                                  
Dans les médias, la chaîne publique allemande ARD a commencé à mettre en avant l’armée et ses préparatifs de guerre dans son émission pour enfants « 9 ½ », allant jusqu’à donner des conseils sur la manière de s’engager. Le programme n’aborde aucune question critique et passe sous silence les risques de mort ou de traumatismes liés aux zones de conflit. La deuxième chaîne publique, ZDF, adopte la même approche : dans son émission jeunesse ZDFtivi, l’armée est présentée comme une force sympathique et charitable.                           Les universités sont de plus en plus poussées à collaborer avec l’armée. Si quelques Länder interdisent encore la recherche militaire dans les établissements publics et qu’environ 70 universités se sont engagées volontairement à mener exclusivement des travaux civils, l’écologiste Robert Habeck, alors vice-chancelier, a déclaré au début de 2025, qu’il fallait « repenser la séparation stricte entre usages militaires et civils » dans le monde académique. En Bavière, les autorités ont déjà supprimé toute « clause civile », empêchant désormais les universités de refuser des projets à vocation militaire. Parallèlement, l’armée allemande a élaboré un vaste plan confidentiel, baptisé « Opération Allemagne », visant à subordonner les institutions civiles aux objectifs militaires.                                                                                                                                                    Ces efforts concertés pour créer un État de guerre visent notamment à transformer les attitudes de la population allemande qui, depuis des décennies, est majoritairement sceptique à l’égard de l’armée et en particulier, des engagements à l’étranger. Depuis la fin des années 1960, puis tout au long des années 1970 et 1980, la montée des mouvements pacifistes a contribué à briser des traditions militaristes profondément ancrées en Allemagne. En 1981, quelque 300 000 personnes ont défilé à Bonn contre le réarmement nucléaire de l’OTAN. Fondés un an plus tôt, les Verts jouaient alors un rôle central dans cette mobilisation : leur manifeste appelait à la « dissolution immédiate des blocs militaires, en particulier de l’OTAN et du Pacte de Varsovie » et, en pleine guerre froide, réclamait « le démantèlement de l’industrie allemande de l’armement et sa conversion à une production pacifique »...                   ________________

mercredi 17 décembre 2025

Il est minuit à Santiago

      L'oubli retombe sur le Chili                                                                                                                                                                       C'est le retour des vieux démons. On pensait que le pays allait pouvoir s'installer durablement dans une voie démocratique, mais le succès de Kast, fils d'émigré allemand nazi, revendiquant l'héritage de Pinochet, fait craindre de nouvelles années noires pour le peuple chilien. 


            Comment est-il possible d'avoir aussi peu de mémoire, de se précipiter une nouvelle fois dans une dictature qui s'annonce?  Effets du vote obligatoire, devenu imposé, et d'une constitution presque inchangée depuis Pinochet? Amnésie?  On s'interroge...
Les peuples ont parfois la mémoire courte et une culture politique atrophiée. Les paroles fortes de Pablo Neruda sont retombées dans le silence...                                                                            La mémoire qui flanche Comment est-ce possible? La nostalgie de la droite conservatrice dans les milieux conservateurs n'explique pas tout. Pas plus que le poids d'une église conservatrice. La conservation de la constitution de l'ère Pinochet aussi. L'insécurité est mineure par rapport aux  pays voisins . Il nous manque des données pour comprendre.  Un effet Trump et Milei, sans doute aussi, dans une Amérique latine en effervescence, de Caracas à Quito. Le Jaguar de l'Amérique latine n'a pas suivi les ambitions démocratique de Michèle Bachelet, dont le père est mort suite aux tortures des nervis de Pinochet, le bras armé de la CIA,   Kissinger aidant, dans le pays où les intérêts US étaient puissants, qui créa là un Etat lige, par le biais des Chicago Boys.            "...Le résultat d’une transition inaboutieCe jour sinistre dit évidemment beaucoup du Chili et de l’échec de ses secteurs les plus progressistes face aux verrous installés par la dictature pour survivre à sa fin formelle.    « Un énorme conservatisme social a persisté dans ce pays, de même qu’un modèle de marchandisation et de privatisation des existences l’a emporté, commente l’historien Olivier Compagnon, professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle. Le legs néolibéral, que l’on voue aux gémonies depuis nos positions éthiques et intellectuelles, représente plus que jamais un horizon désirable pour beaucoup de gens. »   « La matrice néolibérale a été ancrée par les idéologues de l’ancien régime, abonde Damien Larrouqué, maître de conférences en science politique à Cergy Paris Université. L’État chilien est désargenté dans un pays riche et malade de ses inégalités abyssales. Dès lors que la mère des batailles, à savoir la réforme fiscale, a été perdue par Gabriel Boric [le président de gauche sortant – ndlr], la puissance publique n’avait pas les moyens de changer la vie...."



    ___ *   Kast officialise sa candidature indépendante auprès du Service électoral (Servel) en déposant 43 461 parrainages. Il reçoit le soutien de milieux de droite, conservateurs, libertariens, nationalistes et d’anciens militaires, entre autres. Il défend un programme résumé par « moins d’impôts, moins d’État, provie »[, ainsi que des mesures anti-immigration illégale. Son soutien affiché à l’ancienne dictature militaire provoque de vives polémiques, notamment sa proposition d’accorder une grâce aux condamnés de plus de 80 ans souffrant de maladies liées à l’âge – mesure qui inclurait les auteurs de violations des droits de l’homme sous Pinochet. Au premier tour de l’élection présidentielle chilienne de 2017, il obtient 523 213 voix (7,93 %), arrivant en quatrième position alors que les sondages lui accordaient seulement 2 à 3 %/ . Au second tour, il soutient Sebastián Piñera, finalement élu. Il déclare que « les Chiliens ont besoin de Dieu » et propose que l’État promeuve l’enseignement religieux à l’école publique avec des professeurs disponibles lorsque les élèves le choisissent.  ...   En matière de relations internationales, Kast propose de fermer la frontière avec la Bolivie afin de lutter plus efficacement contre le trafic de drogue. En 2018, il appelle le gouvernement à rompre les relations diplomatiques avec la France après l’octroi de l’asile à l’ancien guérillero Ricardo Palma Salamanca.  En mars 2018, lors d’une tournée dans les universités chiliennes, Kast est agressé physiquement par des manifestants à l’université Arturo-Prat d’Iquique[26]. Il dénonce également une censure de la part de l’université de Concepción et de l’université australe du Chili[28].   Lors de l’élection présidentielle brésilienne de 2018, il soutient Jair Bolsonaro. En avril 2018, il lance le mouvement politique de droite Acción Republicana.       En septembre 2019, il est accusé de ne pas avoir déclaré des fonds transférés vers des sociétés au Panama. Kast reconnaît l’existence de ces sociétés mais affirme qu’elles appartiennent à son frère Christian Kast. Il défend ensuite le droit des Chiliens à investir à l’étranger. En mai 2019, il crée le think tank Ideas Republicanas et, en juin 2019, le Parti républicain du Chili. Il s’oppose aux manifestations de la crise sociale de 2019-2022, les qualifiant non pas de mouvement social mais d’actes de violence organisés par des « terroristes ». À mesure que l’approbation des manifestations diminue, Kast parvient à fédérer les Chiliens opposés à la violence. Lors du Référendum constitutionnel chilien de 2020, il fait campagne pour le « Rejet » (21,72 % des voix) face à l’« Approbation » (78,28 %).   Pour l’élection de la Convention constitutionnelle chilienne de 2021, Kast conclut un pacte avec la coalition de centre-droit Chile Vamos pour présenter une liste commune « Vamos por Chile ». Cette liste obtient 20,6 % des voix, soit moins d’un tiers des sièges. Kast impose notamment la candidature de Teresa Marinovic, figure alignée sur ses positions mais mal acceptée par une partie du centre-droit. Marinovic est largement élue, permettant à de nombreux candidats républicains d’entrer grâce au système D’Hondt .   (Wiki)                                                                                                     ______________              Laissons parler Neruda:  " Ils se sont promus patriotes.

Ils se sont décorés dans les clubs.
Ils ont aussi écrit l’histoire.
Les parlements se sont remplis de faste 
Après quoi ils se sont partagés la terre,
La loi, les plus jolies rues,
L’air ambiant, l’université, les souliers.

Leur prodigieuse initiative
C’est l’Etat ainsi érigé,
La mystification rigide.
Comme toujours, 
On a traité l’affaire avec solennité
Et à grand renfort de banquets
D’abord dans les cercles ruraux,
Avec des avocats, des militaires.
Puis on a soumis au Congrès
La Loi suprême, 
La célèbre Loi de l’Entonnoir
Aussitôt votée.

Pour le riche, la bonne table,
Le tas d’ordure pour les pauvres.
La prospérité pour les riches
Et pour les pauvres le turbin.
Pour les riches la résidence.
Le bidonville pour les pauvres.
L’immunité pour le truand,
La prison pour qui vole un pain.
Paris pour les fils à papa,
Le pauvre, à la mine, au désert !
L’excellent Rodriguez de la Crota
A parlé au Sénat
D’une voix mélliflue et élégante.
’Cette loi, établit la hiérarchie obligatoire
Et surtout les principes de la chrétienté.
C’est aussi indispensable que la pluie.
Seuls les communistes, 
Venus de l’enfer comme chacun sait,
Peuvent critiquer notre charte de l’Entonnoir,
Savante et stricte.
Cette opposition asiatique,
Née chez le sous homme, 
Il est simple de l’enrayer :
Tous en prison, tous en camp de concentration,
Et ainsi nous resterons seuls,
Nous les messieurs très distingués
Avec nos aimables larbins
Indiens du parti radical’.

Les applaudissements fusèrent
Des bancs de l’aristocratie :
Quelle éloquence, quel esprit,
Quelle philosophie, quel flambeau !
Après cela chacun courut
A son négoce emplir ses poches,
L’un en accaparant le lait,
L’autre escroquant sur les clôtures           



Un autre volant sur le sucre
Et tous s’appelant à grands cris Patriotes !
Ce monopole du patriotisme,
aussi consulté dans cette Loi de l’Entonnoir.”

Pablo Neruda                                _______________________________________


mercredi 19 novembre 2025

Tyrannie de l'urgence

Il est URGENT de ralentir!

      De prendre le temps de la réflexion, du loisir, de la méditation, du rêve...                                                                                                                                    "Hâte-toi lentement!" disait Auguste, prônant l'absence de précipitation dans l'action.  Cela pourrait bien avoir encore un sens aujourd'hui, dans une autre temporalité, une autre culture, d'autres modes de vie, d'autres rythmes. Mais cela ne dépend pas toujours tout à fait de nous.   Les notion  de  rentabilité, d'efficacité, de rapidité sont au coeur  du système capitaliste dès sa naissance (Time is money)   et plus encore dans sa version fordienne, qui s'imposa et se généralisa au début du XX° siècle, finissant par investir même les secteurs non industriels et constituant  un saut dans l'automatisation des rythmes et des modes de vie. La rapidité devint la règle et imprègne les comportements d'aujourd'hui jusqu'à la fébrilité. Le manque de temps subjectivement vécu imprègne jusqu'à la quête des dernières nouveautés en matière de modes comme de contenus numériques . Le temps semble nous manquer même en matière de loisirs, générant une insatisfaction rebondissant sans cesse.  La frustration tend à devenir norme. On perd sa vie en voulant la gagner...                                                                                                                                                 


          Le modèle de la hâte tend à s'imposer dans le monde professionnel. Les exigences d'intensité, de réactivité, d'adaptabilité dessinent un faisceau de contraintes pesant sur les temps du travail. Cet ouvrage rend compte d'histoires de travail cumulées lors d'études menées dans de multiples secteurs : ouvriers de l'automobile, de la sidérurgie ou du BTP, pâtissiers, horticulteurs, infirmières et aides-soignantes, agents administratifs et encadrants, etc. Ces femmes et ces hommes vivent des expériences communes relatives aux injonctions contradictoires de faire "vite et bien", à l'impossibilité de prendre le temps nécessaire pour acquérir et faire circuler des savoirs professionnels... tout en ayant le sentiment que les difficultés qu'ils éprouvent leur sont personnelles. Les auteurs décrivent les rouages de ce modèle de la hâte, ses méfaits, mais aussi les stratégies et les ruses déployées dans l'activité quotidienne, individuelle et collective, pour le contrer. De ces histoires se dégagent les temps essentiels, ceux grâce auxquels on peut faire vivre son expérience, défendre sa santé et redonner au travail tout son sens : le temps pour transmettre, pour construire avec les autres, pour créer. En partageant ces tranches de vie, les auteurs veulent susciter une réflexion collective sur les manières d'agir autrement, plaidant pour une " écologie des temps du travail ".                                                                                                                      Un éloge de la lenteur s'impose. Halte à la vitesse! La vitesse qui nous emporte. Celle qui nous agite, nous  conditionne, nous stresse, nous enfièvre. Celle qui compromet notre rapport pacifié au présent. à nous- mêmes. L'injonction à la rapidité, au coeur de nos sociétés où aucun instant ne doit se perdre, finit par devenir toxique. Elle rompt le relatif équilibre avec nous-mêmes, comme source d'insatisfaction permanente. "Rien ne sert de courir"...Il importe de se déconditionner à tout prix, au coeur de la frénésie ambiante, si nous tenons à quelques valeurs intimes. La lenteur fait gagner du temps.                                         "Une sage lenteur a raison de la hâte" (Th. de Mégare)

             "Les seules vérités qui vaillent sont des vérités lentes" (E.Orsenna)
   -"Tout ce qui doit durer est lent à croître" (L. De Bonald)      Montaigne(Essais) : « Le monde n’est qu’une branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse : la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’Egypte, et du branle public et du leur. La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant. Je ne puis assurer mon objet. Il va trouble et chancelant, d’une ivresse naturelle. Je le prends en ce point, comme il est, en l’instant que je m’amuse à lui, je ne peins pas l’être, je peins le passage. »

               Lever le pied, d'urgence!    

                                                       C'est la règle aujourd'hui dans beaucoup de domaines, devenue une partie de nous-mêmes. Depuis le début de l'ère industrielle. Et cette course dont nous sommes victimes et acteurs à la fois est un cercle vicieux qui nous épuise. Victimes d'un système qui nous pousse à la performance d'une infinités de tâches que nous jugeons indispensables, même parfois dans nos loisirs, nous avons oublié ce qu'est la lenteur. Un autre rythme maîtrisé, pour une sagesse des pas comptés est à retrouver, favorable à la santé, aussi bien physique que mentale.                                                                Il y a urgence à ralentir. Sortir de la dictature de l'urgence. Changer de rythme.    "La lenteur n’est pas un défaut de vitesse, mais bien plutôt le plus haut degré de résistance à un monde qui s’emballe et cherche à enrôler les hommes dans une course sans fin vers l’accélération."                                                                                            

                                                                 La vitesse est devenue une dimension de plus en plus présente dans la vie quotidienne de nos concitoyens, à des degrés divers, toujours "pressés par le temps", les rythmes imposés par une vie trépidante, vivant montre en main. même dans les loisirs, où l'échappée psychologique hors des contraintes quotidiennes devient problématique, psychologiquement surtout.
   Cette propension/pression tend à envahir tous les aspects de la vie quotidienne et devient une nouvelle manière d'exister. Jusque dans nos rêves. Le domaine du sport n'échappe pas à la règle: toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus haut...
    Prendre son temps apparaît parfois comme culpabilisant. Pas seulement dans l'atelier de confection pakistanais ou l'usine de montage japonais... Nous sommes asservis à une logique de production et de ses dérivés, qui retentit sur tout le reste de la vie. Les nouveau modes de management vont dans ce sens, parfois brutaux, souvent source de souffrances.
      Dans la production de masse depuis le fordisme, le temps est devenu de plus en plus un facteur de productivité, donc de richesse, un aspect de l'organisation du travail et, partant, des loisirs, un mode de vie. C'est les Temps Modernes.
  Nous sommes devenus  prisonniers et malades de la vitesse même devant notre smartphone.
           Gagner du temps, même la finance s'y met: pour le trading haute fréquence, cette guerre 2.0, la milliseconde compte et il n'y a nul repos pour le jeu des algorithmes. Un jeu dangereux, comme dit Krugman.
   Il serait temps de trouver les conditions de rephasage entre notre vie et nos activités. Nos esprits qui tendent à s'emballer, devenant moins disponibles pour l'essentiel. Le  problème est global, économique, civilisationnel.
         Pourtant, l'ébauche de la nécessité d'un autre monde commence à s'esquisser, du moins en pensée, contre cette compression du temps qui n'est pas sans conséquences sur la vie psychologique, sociale et économique, cette " course effrénée aux profits ­immédiats et ses conséquences sur la planète et sur la ­société tout entière. Un monde soumis aux serveurs informatiques et aux algorithmes, qui échappent à tout contrôle, dont l’espace temps n’est plus celui des hommes mais celui des ordinateurs. Un secteur financier qui ne bénéficie qu’à quelques personnes dans le monde. A l'image de l'Américain Thomas Peterffy, fondateur et président d'Interactive Brokers, une entreprise située dans le Connecticut. Ce malin, milliardaire et cynique programmeur informatique, pour qui « le capitalisme reflète la nature intrinsèque de l’Homme », est persuadé que ce modèle ne s’écroulera jamais. « Celui qui aura les meilleurs logiciels aura les meilleures chances de l’emporter sur les autres. »
         L'immédiat et la vitesse sont devenus la norme. L’accélération, notre rythme quotidien. « Mais à quel prix ? Et jusqu’à quand ? » interroge le réalisateur Philippe Borrel  dans son dernier film, L’urgence de ralentir« Ce que nous vivons, appuie l’économiste Geneviève Azam, c’est vraiment la colonisation du temps humain dans toutes ses dimensions – biologique, social, écologique – par le temps économique. C’est un temps vide, sans racine, sans histoire, seulement occupé par la circulation des capitaux ». Directement pointés du doigt, les milieux financiers et la logique d’actionnaires en attente d’une rentabilité immédiate. 
  Parfois jusqu'à la frénésie...    
   Illustration de cette accélération financière et technologique: le trading haute fréquence dans lequel les algorithmes ont remplacé les hommes. « Le marché est un serveur mettant en relation des acheteurs et des vendeurs qui sont désormais des algorithmes, relate Alexandre Laumonier, auteur de 6Un ordre est exécuté au New York Stock Exchange en 37 microsecondes, soit 1350 fois moins de temps qu’il n’en faut pour cligner de l’œil... » Le rythme est désormais dicté par les machines. « Celui qui compressera le temps le plus rapidement possible gagnera la partie », assène le sociologue Douglas Rushkoff. A moins que les catastrophes écologiques, économiques et sociales annoncées ne prennent les devants...
    Le court-termisme et la financiarisation de l'économie sont potentiellement destructeurs des fondamentaux de l'économie elle-même.
         La logique de rentabilité et de compétitivité, propre à l’activité économique (« la concurrence ne dort jamais »), s’étend à tous les domaines de la vie. Le temps libre, d’autant plus précieux qu’il a été "gagné", doit lui aussi être géré efficacement ; mais cette réticence à courir le risque de le dilapider a de lourdes conséquences. Il en résulte un handicap qui, pour le coup, est également partagé du haut en bas de l’échelle sociale : « Pas plus que l’exploiteur, l’exploité n’a guère la chance de se vouer sans réserve aux délices de la paresse », écrit Raoul Vaneigem. Or, « sous l’apparente langueur du songe s’éveille une conscience que le martèlement quotidien du travail exclut de sa réalité rentable » . 
   Rosa ne dit pas autre chose : selon lui, si l’on veut reprendre la main sur le cours de l’histoire individuelle et collective, il faut avant tout se dégager des « ressources temporelles considérables » pour le jeu, l’oisiveté, et réapprendre à « mal » passer le temps, en se désimpliquant de cette logique, où au bout du compte la vie perd sa substance comme le temps perd son poids, sa densité. De s'arrêter souvent au bord du chemin pour se sentir seulement exister.
     Ce qui est en cause, ajoute-t-il, c’est la possibilité de « s’approprier le monde », faute de quoi celui-ci devient « silencieux, froid, indifférent et même hostile » ; il parle d’un « désastre de la résonance dans la modernité tardive ». La chercheuse Alice Médigue, elle aussi, identifie un « phénomène de désappropriation » qui maintient le sujet contemporain dans un état d’étrangeté au monde et à sa propre existence . Avant le règne de l’horloge — que les paysans kabyles des années 1950, rapporte Pierre Bourdieu, appelaient « le moulin du diable » —, les manières de mesurer le temps reliaient d’ailleurs naturellement les êtres humains à leur corps et à leur environnement concret. Les moines birmans, raconte Thompson, se levaient à l’heure où « il y a assez de lumière pour voir les veines de la main » ; à Madagascar, un instant se comptait à l’aune de la « friture d’une sauterelle »
      Parce qu’elle plonge ses racines très profondément dans l’histoire de la modernité, la crise du temps ne se satisfera pas de solutions superficielles. D’où la prudence avec laquelle il faut considérer des initiatives comme le mouvement européen slow — « lent » : Slow Food pour la gastronomie , Slow Media pour le journalisme, Cityslow pour l’urbanisme… 
    Aux Etats-Unis, le penseur Stewart Brand supervise dans le désert du Texas la construction d’une « Horloge du Long Maintenant » censée fonctionner pendant dix mille ans et redonner ainsi à l’humanité le sens du long terme. Le projet perd toutefois de sa poésie lorsqu’on sait qu’il est financé par M. Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon : on doute que ses employés, obligés de cavaler toute la journée dans des entrepôts surchauffés, y puisent un grand réconfort existentiel..."      
    Immense défi que celui qui consiste à s'abstraire de la tyrannie du court-terme, qui est un aspect de la crise que nous vivons, anthropologique autant qu'économique. 
                                                           Est-ce ainsi que les hommes vivent? ♪♫♪

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