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mercredi 16 décembre 2020

Domestiquer les Gafas?

   La lutte finale?              

                 La question semble enfin d'importance, après des décennies d'indifférence, dans la perspective de libre concurrence internationalisée chère à l'OMC. Ce qui était bon pour les Gafas, malgré leurs excès et leurs prétentions semblait bon pour les marchés.     Mais rien ne va plus depuis peu. Pour les instances européennes, il faut maintenant mette le holà.        Elles représentent de par leur développement une menace pour le système  lui-même. Il est temps de reprendre le pouvoir, comme dit une économiste.  A Bruxelles aussi, on montre ses dents. Cela ne peut plus durer. On va voir ce qu'on va voir. Quoi au fait? On verra.     Une taxe? Pourquoi pas? Mais ce sera comme une égratignure sans effets sur les flancs de géants, qui ne cessent de croître, avec la complicité de paradis fiscaux comme le Luxembourg et l'Irlande, les maillons faibles.             _____Et l'Allemagne rechigne pour ne pas fâcher l'ami américain et il faudrait réformer la législation en matière de fiscalité notamment: "...En l'absence d'harmonisation fiscale européenne, les Gafa peuvent donc implanter leurs filiales européennes – et donc leur présence physique – dans les pays qui proposent les taux d'imposition les plus faibles, tout en limitant leur présence physique dans les autres.     Par exemple, Google France n'a déclaré en 2018 qu'un chiffre d'affaires de 411 millions d'euros et a payé en France 17 millions d'euros d'impôts. Pourtant, les seules recettes publicitaires réalisées en France auraient rapporté à Google environ 2 milliards d'euros, estime le Syndicat des régies internet.     Résultat : en moyenne dans l'UE, les entreprises du numérique sont soumises à un taux d'imposition effectif deux fois moins élevé que celui applicable aux entreprises traditionnelles, selon la Commission européenne. Ce qui crée des conditions de concurrence défavorables et prive les États membres d'importantes recettes fiscales.   Dès lors, la question est de savoir sur quels critères taxer ces entreprises afin qu'elles payent leur "juste part" d'impôt dans les États où elles exercent une activité économique...".

              Une taxe oui, mais pas que...Thierry Breton est déterminé...pour l'instant. Plus d'obligations et plus de transparence. Comme si une unanimité et une volonté  forte étaient là. La guerre économique avec Washington se durcit sur ce point et le nouveau président ne sera sans doute pas plus conciliant sur cette affaire. L'internet ne peut rester un far west, selon Breton, nouveau shérif en matière de commerce équitable. Wait and see....La partie va être dure, c'est le moins que l'on puisse dire... La victoire, s'il y en a une, sera collective ou ne sera pas....._________

mardi 15 décembre 2020

Libre échange

 Plus que jamais en question.

                                 L'Europe se réveillera-t-elle? Faut-il une crise sanitaire et économique majeure pour arriver à des prises de conscience bien tardives et revenir à du simple bon sens économique. Le libre échange, c'est bien, comme on le pense depuis A. Smith, mais le libre échange à tout va, érigé en norme internationale et en principe absolu, c'est mortel pout beaucoup d'économies qui finissent par perdre leur substances, dans un système libre et faussé. L'OMC joue double jeu.                                                 Nombre d'économistes orthodoxes sortent des dogmes établis surtout à partir des années 80, surtout sous l'influence reaganienne, du fait du poids de la réalité qui se fait sentir durement aujourd'hui, mettant en évidence nos fragilités et nos erreurs. Ils auraient écouter le vieux Ricardo qui donnait quelques principes simples: « C’est seulement chez des peuples semblables, que les restrictions commerciales en vue de créer et de soutenir une industrie manufacturière peuvent être légitimes ; elles ne le sont que jusqu’à ce que cette industrie devienne assez forte pour ne plus craindre la concurrence étrangère » Friedrich List (1789-1846). 

            La notion de protectionnisme éducateur n'a pas perdu de sa pertinence. Un juste retour à la souveraineté économique semble une nécessité dans les domaines stratégiques et d'avenir. Pas seulement en matière politique. Certes, le protectionisme a été longtemps vilipendé comme facteur de nationalisme, voire de guerre. Celui de Trump, du moins en parole, semble une prise de conscience bien tardive, quoique excessive et électoraliste. Civiliser la mondialisation est une tâche urgente. Maîtriser un processus qui mène beaucoup à le dépendance et à l'appauvrissement est une nécessité, en redéfinissant de nouvelles règles.  Il est toujours intéressant de relire Maurice Allais qui, sur ce point, a eu raison avant les autres:

                L'économiste qui nous a quitté il y a quelques années, à la pensés souvent complexe et technique, n'est pas d'un abord toujours  simple ni à l'abri de criques. Mais il fut aussi caricaturé et instrumentalisé.
     On retiendra surtout de lui sa critique de la pensée néolibérale et du Consensus de Washington, produits politiques et économiques de l'école de Hayek, de Friedman et de leurs disciples, notamment R. Reagan, M. Thatcher et de leurs épigones..
    Sa pensée commence, à la faveur d'une crise qu'il pronostiquait, à être considérée comme prémonitoire sur de nombreux points. Elle est en tous cas stimulante.
         Notamment concernant une certaine forme de mondialisation, menée notamment sous la houlette de l'OMC, qu'il lui semblait nécessaire de réformer, comme la place trop belle laissée à des multinationales de plus en plus puissantes mettant de plus en plus les Etats au service de leurs intérêts...
     Naguère, certains, et non des moindres,  finissaient par reconnaître la nécessité d' une mondialisation régulée.
   Car la libre concurrence, dans une mondialisation sauvage et sans principes, faisant une confiance aveugle aux marchés, est source de déséquilibres et de crises. (La Crise mondiale aujourd’hui)
     L’idéologie que j’appelle « libre-échangiste mondialiste » a déjà fait d’innombrables victimes dans le monde entier. Pour une raison simple, empiriquement vérifiée : la mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents, entraîne finalement partout, dans les pays développés comme dans les pays sous-développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Or, cette mondialisation n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.
       Même à l'intérieur de l'Europe, la concurrence sans convergence ni cohérence, sans protections extérieures minimales, ouverte à tous les vents, favorable à toutes sortes de délocalisations, mène aux impasses que nous connaissons, mettant en péril une construction mal pensée.

            Maurice Allais s'est fait le critique sans concession de la politique économique menée à Bruxelles depuis des décennies et avance des arguments souvent proches du bon sens, que Pascal Lamy et les autres ne voulaient (ou ne pouvaient) entendre..
.       ..Ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification...

___ Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation.   Comme l’économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation et qu’elle se développe dans un cadre anarchique, l’ouverture mondialiste à tous vents des économies nationales ou des associations régionales est non seulement dépourvue de toute justification réelle, mais elle ne peut que les conduire à des difficultés majeures
  .__Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale.__Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement.__Si on considère, par exemple, le cas de l’agriculture communautaire européenne, l’alignement de ses prix sur des prix mondiaux qui peuvent rapidement varier de un à_ deux en raison d’une situation toujours instable n’a aucune justification....Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux....Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique....La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits.... 
     Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes ne peut qu ’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.  Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, et elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés et de développement économique et social comparable. 
    Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire. Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en oeuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  Au regard de l’ensemble de l’évolution constatée de 1974 à 2004, soit pendant trente ans, on peut affirmer aujourd’hui que cette évolution se poursuivra si la politique de libre-échange mondialiste de l’Organisation de Bruxelles est maintenue.    En fait, toutes les difficultés pratiquement insurmontables dans lesquelles nous nous débattons aujourd’hui résultent de la réduction d’au moins 30 % du Produit national brut réel par habitant d’aujourd’hui. La prospérité de quelques groupes très minoritaires ne doit pas nous masquer une évolution qui ne cesse de nous mener au désastre.  L’aveuglement de nos dirigeants politiques, de droite et de gauche, depuis 1974 est entièrement responsable de la situation dramatique où nous nous trouvons aujourd’hui.  Comme le soulignait autrefois Jacques Rueff : « Ce qui doit arriver arrive. »  Toute l’évolution qui s’est constatée depuis 1974 résulte de l’application inconsidérée et aveugle de l’Article 110 du Traité de Rome du 25 mars 1957 constamment repris dans tous les traités ultérieurs... 
         Pierre Mendes-France s'était lui-même montré, de manière presque prémonitoire, très critique  à l'égard du Traite de Rome le 18 janvier 1957, premier jalon d'un processus mal réfléchi.
     L'idée d'un protectionisme raisonnable  fait son chemin. Mais comment changer le poids des dogmes et le cours des choses? La prise de conscience de quelques uns est bien faible et bien tardive..._
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lundi 14 décembre 2020

Faire payer Amazon?

S'agit-il bien de cela essentiellement?

         Imposer davantage le mastodonte de Seattle paraîtrait la moindre des choses, à conditions que tous les pays où il prospère le fassent de manière unanime et concertée. Ce qui est un peu rêver. Le problème majeur est celui du développement sans fin de cette transnationale, qui dit créer des emplois , mais qui en détruit beaucoup plus, dans divers secteurs et qui en précarise un grand nombre.     Des initiatives internationales se manifestent contre celui qui prend trop et ne rend pas assez. Mais ce ne sont pas des initiatives dispersées qui changeront fondamentalement les choses. Les autorités de Bruxelles commencent à se rendre enfin compte de l'ampleur du problème et de la concurrence déloyale à laquelle se livre la multinationale. Mais il faut encore passer aux actes et dans tous les pays, malgré les promesses de la firme.                _____Amazon joue sur nos contradictions, surtout en ces temps de covid où il redouble d'activité. Le piège commercial a bien fonctionné, avec notre "complicité" inconsciente: "... Amazon est devenu le porte-drapeau de notre dilemme contemporain, celui qui nous fait balancer entre contempteur et profiteur de l’ubérisation croissante de nos sociétés. Succomber ou résister ? Telle est bien l’alternative à laquelle nous confronte un acteur qui traite près de 50 colis par seconde dans ses entrepôts et est utilisé par près d’un Français sur deux. En partant de la vente en ligne de livres, Amazon a tissé en vingt-cinq ans une toile quasi infinie, vendant tout ou presque, de la vis à tête fraisée au chocolat fourré, achetés en quelques clics et livrés à domicile en un temps record. Essaimant ses entrepôts sur tout le territoire, il est devenu tout à la fois indispensable à nombre de nos concitoyens éloignés des villes et parfois la porte d’accès quasi unique à la consommation pour des urbains actifs et pressés..."                                        _________  Pour le super-géant du e-commerce, la crise lui profite.                                              C'est la fête à Amazon. Comme à tous les e-commerces en général. Click and collect wait! c'est le mot d'ordre du moment.          Mais à Seattle, c'est à une échelle jamais encore vue. On comprend que des collectifs disent stop. Il est temps. Sinon c'est un monde  pire qu'avant qui nous attend: "... un monde d’après pire qu’avant. Celui d’un capitalisme sécuritaire dominé par les GAFA, ces géants de l’e-commerce et de la vie numérique. Celui d’une multinationale en train d’asseoir son monopole dans la vente de milliards de produits en détruisant la vie sociale locale, une multinationale qui détruit 4,5 emplois lorsqu’elle en crée un, qui remplace progressivement ses salariés par des robots et qui a recours à des milliers de travailleurs précaires pour livrer ses produits. »      Il faut « contraindre Amazon à payer sa part de fiscalité au bien commun », de préférence via une imposition de ses bénéfices..."

           Mais les protestations individuelles et collectives ne suffisent pas tant qu'elles ne s'exercent pas au niveau le plus élevé, au moins européen. On ne peut compter sur les USA, avec leurs lois particulières privilégiant le droit léonin des multinationales. Le grand exterminateur du petit commerce, pas seulement des libraires, risque d'avoir encore de beaux jours devant lui, car le piège s'est refermé pour longtemps, séducteur au début, mais écrasant les prix des producteurs de biens ou d'oeuvres diverses, culturelles ou non. Il a joué habilement sur la séduction des consommateurs qui ne voient pas au delà de l'horizon de leur porte-monnaie, aveugles aux surcoûts et les conditions de travail générés par la firme.                                    Les petits grincements occasionnels n'y feront rien pour réguler un tel mastodonte, rebelle aux critiques internes ou externes. Résultat: un emploi créé,  deux emplois perdus. Sans parler du gaspillage. Parfois on critique, même en haut lieu, mais on en profite. Tant que durera l'ambiguïté et le double langage, Amazon fructifiera. Il y a ce qu'on sait mieux et ce qu'on sait moins.... Comme le projet qui sous-tend l'extension de la firme: 

              Jeff Bezos possède le Washington Post, qui donne le ton aux médias d’information américains en matière de soutien et de promotion presque totale du néoconservatisme, de l’impérialisme américain et des guerres. Cela embrasse les sanctions, les coups d’État et les invasions militaires contre des pays sur lesquels les milliardaires américains veulent exercer une mainmise qu’ils n’ont pas encore – tels que le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Russie, la Libye ou la Chine.
       Il s’agit de guerres d’agression contre des pays qui n’ont jamais agressé les États-Unis. Elles ne sont absolument pas défensives, bien au contraire. Ce n’est pas nécessairement la guerre sans fin (même Hitler n’avait pas ça dans ses plans), mais la guerre jusqu’à ce que la planète entière soit passée sous le contrôle du gouvernement des États-Unis, lui-même dirigé par les milliardaires américains qui financent le néoconservatisme et de l’impérialisme – au sein des deux principaux partis politiques américains, des think tanks, des journaux, des réseaux TV, etc.
    Bezos joue un rôle crucial dans le néoconservatisme, depuis que, lors de la réunion du groupe Bilderberg du 6 au 9 juin 2013, il a passé un accord avec Donald Graham, propriétaire du Washington Postpour lui acheter son journal moyennant 250 millions de dollars. Bezos avait déjà négocié en mars de la même année, avec John Brennan, le directeur néoconservateur de la CIA, un contrat de 600 millions de dollars sur dix ans pour des services informatiques décentralisés (cloud computing), contrat qui a transformé Amazon Corporation, qui au départ était en déficit constant, en une entreprise assurée de faire des profits.
    Le patrimoine de Bezos a donc augmenté encore davantage (et à un rythme plus rapide) qu’il ne le faisait quand Amazon perdait de l’argent. Il est devenu le vendeur le plus influent non seulement de livres, mais aussi [de services] pour la CIA et pour des méga-entreprises comme Lockheed Martin [première entreprise américaine et mondiale de défense et de sécurité NdT]. L’impérialisme amplifie son patrimoine, mais n’en est pas la seule cause. Bezos est peut-être l’homme d’affaires-prédateur le plus doué de la planète.
     Certains des milliardaires américains n’accordent pas la même importance que lui à la conquête internationale, mais tous sont des soutiens – plus ou moins fervents – du néoconservatisme. Aucun d’entre eux, par exemple, n’a fondé d’organisation anti-impérialiste, ni accordé de financements importants à celles qui existent. Aucun milliardaire américain ne s’implique pour mettre fin au règne du néoconservatisme, ni même n’apporte de soutien à la lutte pour y mettre fin, ou du moins pour en finir avec son emprise sur le gouvernement américain. Aucun. Pas un seul.
   Mais beaucoup d’entre eux créent et financent largement des organisations néoconservatrices, ou dirigent des médias néoconservateurs comme le Washington Post. Ils sont comma ça, les milliardaires, du moins aux États-Unis. Tous sont impérialistes. Ils apportent un soutien financier à l’impérialisme. Ils en assurent la promotion et embauchent des gens le font également ; ils mettent au placard ou se débarrassent de ceux qui y rechignent. L’expansion d’un empire est extrêmement profitable pour ses aristocrates, et l’a toujours été, même avant l’Empire romain.
     Bezos veut privatiser tout ce qui peut l’être partout dans le monde, comme l’éducation, les autoroutes, la santé et les régimes de retraite. Plus les milliardaires exercent de contrôle sur ces secteurs, moins le reste du monde n’en exerce ; empêcher leur contrôle par le public est un moyen pour les milliardaires de se mettre à l’abri d’une démocratie qui augmenterait leurs impôts et d’une réglementation qui réduirait leurs profits en augmentant les coûts de leurs sociétés. Ainsi, la mainmise des milliardaires sur le gouvernement leur permet d’augmenter les prélèvements qu’ils opèrent sur la population.  
    Au moyen du Washington Post qui assure la promotion de la guerre, Bezos est l’un des meilleurs vendeurs du monde auprès du complexe militaro-industriel américain. Il contrôle et est actionnaire principal d‘Amazon, dont la division Services Web fournit tous les services de cloud-computing du Pentagone, de la CIA et de la NSA. (Il mène aussi la charge pour la technologie de reconnaissance faciale la plus avancée.)
    On a pu voir en gros titre, en avril, « La CIA évalue le contrat du Cloud à plusieurs dizaines de milliards », un contrat qui pourrait faire grimper la fortune personnelle de Bezos plus haut encore dans la stratosphère, surtout s’il emporte la totalité du marché (comme précédemment).
   Il domine également à l’échelle mondiale – domination qui ne cesse de s’étendre – la promotion et la vente de livres et de films, parce que son Amazon est le plus grand détaillant au monde (et désormais aussi l’un des plus grands éditeurs, producteurs et      distributeurs). Cette situation aussi, peut avoir un fort impact indirect sur la politique et le gouvernement, en mettant en avant les travaux les plus néoconservateurs, contribuant ainsi à façonner le discours intellectuel (et les votes des électeurs) dans le pays.
     Bezos écrase des millions de détaillants par son génie inégalé à prendre le contrôle des marchés, les uns après les autres, soit sous l’étiquette Amazon, soit en se positionnant en intermédiaire incontournable – voire même souvent en rachetant les détaillants concurrents d’Amazon.
    Bezos croit fermement au « libre marché », qu’il maîtrise peut-être mieux que quiconque. Cela signifie qu’il est favorable au pouvoir sans frein des milliardaires et à ce qu’ils puissent, par le biais de leur argent, contrôler et finalement absorber tous ceux qui sont moins puissants qu’eux.
   Parce qu’il est si doué lui-même pour amasser des richesses, il a d’ores et déjà réussi à se hisser au sommet mondial, en étant l’un des individus les plus puissants du monde. Le plus riche de tous est le roi Salmane, propriétaire de l’Arabie saoudite, dont Aramco (la plus grande compagnie pétrolière du monde) vaut, à elle seule, plus de mille milliards de dollars. (Forbes et Bloomberg excluent les monarques de leur classement.)
    En fait, Bloomberg, tout à sa malhonnêteté à ce sujet, est allé jusqu’à produire ce gros titre le 10 août dernier : « Les 25 dynasties les plus riches de la planète contrôlent 1 400 milliards de dollars », rompant ainsi avec sa tradition en incluant dans leur liste un monarque, le roi Salmane, qu’ils ont classé au quatrième rang avec seulement 100 milliards de dollars, une ‘estimation’ ridiculement basse qui, sans vergogne, ne tient compte ni d’Aramco, ni surtout de la richesse de l’Arabie saoudite.
   Bloomberg n’a même pas essayé de justifier sa méthodologie farfelue, mais a simplement présumé ses lecteurs assez crédules pour l’accepter. Ce roi est donc a minima sept fois plus riche que Bezos. Il est peut-être aussi puissant que Bezos. L’héritier suprême est beaucoup plus riche même que le milliardaire suprême qui s’est fait tout seul, l’« entrepreneur ».
     Certes, les deux hommes comptent au nombre des géants qui dominent le monde à notre époque. Et les deux hommes sont des libertariens – des champions de la croyance selon laquelle la propriété privée (dont les milliardaires ont tant) est la base de tous les droits – ils pensent donc que les personnes les plus fortunées possèdent plus de droits que les autres, et que les plus pauvres en ont moins, et que tous les gens qui ont un patrimoine net négatif (en ayant plus de dettes que de biens) ne possèdent aucun droit à l’exception de ceux que les plus riches peuvent leur donner ou plutôt leur concéder, que ce soit par bonté ou pour une autre raison (comme les liens familiaux).
     C’est cela le libertarianisme : la privatisation de tout ; la valeur d’une personne se résume à son « patrimoine net » et à rien d’autre. Cette croyance est du pur libertarianisme. C’est une croyance très répandue chez beaucoup voire chez tous les milliardaires. Les milliardaires sont impérialistes en ce qu’ils cherchent à maximiser la liberté des super-riches ; peu importe si cela signifie ponctionner plus, et finalement appauvrir tous ceux qui ne sont pas super-riches. Leur idéologie est cohérente. Elle est basée sur la fortune. Mais ce à quoi le public croit, c’est plutôt aux belles histoires dont les milliardaires autorisent la diffusion.
    Bezos et les autres milliardaires emploient et fidélisent des salariés et autres mandataires pour obéir à leur volonté. C’est leur pouvoir direct. Mais les milliardaires possèdent aussi un pouvoir indirect considérable grâce à leurs liens d’interdépendance, car chaque grande société est liée par contrat à d’autres sociétés, en particulier à de grandes sociétés comme les leurs ; par conséquent, le pouvoir que possède un milliardaire donné est en fait un pouvoir partagé avec les autres (l’accord conclu par Bezos avec Graham en est un exemple.)
    Collectivement, ils travaillent en réseau, même parfois sans s’être rencontrés en personne, seulement par l’intermédiaire de leurs représentants et même avec leurs principaux concurrents sur les marchés. Il s’agit d’un pouvoir collectif que les milliardaires possèdent au-delà de leur pouvoir individuel en tant qu’employeur de salariés et autres prestataires.
      Ce pouvoir collectif est incarné par Bezos mais il pourrait l’être par d’autres milliardaire comme Bill Gates, Warren Buffett, Larry Ellison, Mark Zuckerberg, Charles Koch, Sergey Brin, Michael Bloomberg, George Soros ou Jack Dorsey. Ils sont concurrents les uns des autres donc n’ont pas les mêmes attentes vis-à-vis du gouvernement américain, cependant ils s’accordent tous pour l’essentiel sur ce que le gouvernement « devrait » faire (en particulier sur le fait que l’armée américaine devrait être renforcée, aux frais des contribuables, bien sûr, pas aux leurs)
     Fondamentalement, Big Brother, dans le monde réel, est remarquablement cohérent et soudé – bien plus que ne l’est la population – et c’est l’une des raisons pour lesquelles ils contrôlent le gouvernement, en court-circuitant la population.
  Voici comment tout cela se déroule, sous l’action des serviteurs de Bezos :
     Son Amazon paie peu ou pas d’impôts fédéraux parce que le gouvernement fédéral a écrit les lois fiscales pour inciter les entreprises à faire le genre de choses que Bezos a toujours voulu qu’Amazon fasse.
    Le gouvernement américain encourage donc les méga-sociétés, par la fiscalité et la réglementation, à écraser les petites entreprises en entravant leur croissance. Cela verrouille d’une certaine manière l’aristocratie en place, qui sera moins constituée de nouveaux venus (comme Bezos l’était lui-même, mais comme ses enfants ne le seront pas).
   Les élus appuient massivement ces positions parce que la plupart de leurs financements de campagnes électorales émanent de personnes super-riches, de leurs employés et autres fondés de pouvoir. C’est un système qui se renforce lui-même. La super-richesse contrôle le gouvernement, qui, à son tour, avec les super-riches et leurs sociétés, exerce le contrôle de la population en réduisant ses opportunités économiques. Le résultat final est un renforcement, par l’institution même, de l’extrême inégalité de patrimoines, qui ne cesse de croître.
    Les milliardaires sont les vrais Big Brothers. Et Bezos est le plus grand de tous._______________

dimanche 13 décembre 2020

En deux mots

__Europe: on en profite 

L'enjeu du Nikel
__ Amazon est un malin

__ Aventure finlandaise

__ Macron: décoration à tout va

__ Pas nickel

__ Humour sous le képi

__ Une Afrique épargnée

__ Un dernier pour la fin_________

samedi 12 décembre 2020

En attendant le vaccin


 

Une autre échelle

Relativisons...

           Par ces temps difficiles, tout aussi pénibles humainement qu'ils soient, mais qui ne sont que passagers, notre horizon semble sombre et bouché. Nous regardons à nos pieds, tétanisés par un épisode sanitaire que l'humanité a déjà subi maintes fois et dans des conditions autrement dramatiques. Lever les yeux vers le ciel étoilé d'hiver, qui nous parle d'immensité et de temps infinis; penser la complexité d'un objet à portée de notre vue, qui nous renvoie à des niveaux de plus grande complexité qui nous donne le tournis...nous sauve de notre vision étroite rivée à des activités quotidiennes parfois dérisoires et à des soucis micoscopiques.    Ce que Pascal avait déjà théorisé dans les deux infinis, à l'aube des temps modernes, malgré les limites des connaissances de cette époque. Un vertige qui ne nous renvoie pas à une transcendance, mais à une vision synoptique et apaisante, telle que celle dont nous parle Spinoza.   La connaissance libère du poids d'un présent trop pesant et du poids des incertitudes et des angoisses.

Pas le peine de faire les malins.   De se prendre pour le nombril du monde. 
Nous ne sommes pas grand chose, disait ma grand mère, quand arrivait un coup dur.                              En dehors des événements heureux ou malheureux, si nous ne sommes pas le nez dans le guidon ou empli de notre suffisance, nous pouvons mesurer notre insondable petitesse, notre contingence essentielle, la fugacité de notre vie. 
    Pour ce faire, il suffit, par une belle nuit étoilée, de s'arrêter un instant, de lever la tête en l'air ou d'utiliser un télescope, comme le fait  Alfred, la tête dans les étoiles. Ce n'est pas l'encyclopédique Gérard qui le contredira, comme tant d'autres...après Pascal, qui avait lu  Galilée et  Copernic.:

      "... Qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et l'infini où il est englouti."

Suivez le guide...
   __________________Notre terre, qui n'est pas une star, compte si peu, depuis que Hubble élargit notre vision de l'univers. Elle est tout à fait marginale dans notre galaxie et des galaxies, il y en a tant...        Voilà qui remet bien des choses en place et qui apaise. Tout le bruit et la fureur du monde se trouve du coup relativisé.. On ne s'accroche plus irrationnellement et désespérément à la vie, comme à un bien durable. Le vieux taoïsme chinois a beaucoup à nous apprendre en matière de modestie, pas seulement Lucrèce ou Diderot.         La folle gestion du monde par l'homme, se croyant démiurge dans sa fuite en avant vers un "progrès" non maîtrisé, relève de l'aveuglement prométhéen.                  Notre courte vue fait de nous de grands infirmes...                      Terrien, t'es rien.       Mais c'est ta grandeur de le reconnaître. _______

vendredi 11 décembre 2020

Vous avez dit Hercule?

What's it?

        Une nouvelle usine à gaz. Un projet très contesté. dans l'histoire chaotique  du service public de l'électricité, après les malheurs financiers d'Areva, la gestion problématique du nucléaire, pas seulement à Flamanville et à l'étranger.    La discussion est bien avancée sur un nouveau projet bruxellois de démantèlement de EDF, qui va aboutir à une grosse concession. La logique libérale de la Commission suit son cours, covid ou pas....Mais le projet risque de mieux passer en cette période où beaucoup ont la tête ailleurs. La concurrence entre par la grande porte dans un domaine si sensible et stratégique. L'Etat se détache peu à peu de ses missions essentielles, comme dans d'autres domaines...

Points de vue sur une casse annoncée:

                "...Dans les tuyaux depuis deux ans, la dislocation d’EDF en trois entités pour privatiser certaines activités aurait été actée par le gouvernement et Bruxelles selon plusieurs parlementaires. Opposition et syndicats montent au créneau. Ce mardi 8 décembre, plusieurs députés de l’opposition ont interpellé le Premier ministre sur l’avenir d’EDF, l’accusant de vouloir faire passer le « projet Hercule » de démantèlement du service public de l’électricité en douce. Le gouvernement conteste et assure que les discussions sont toujours en cours à Bruxelles.    Ce plan, c'est l’aboutissement de décennies de détricotage du service public. Il y a plus d’un an, en octobre 2019, Marianne racontait déjà comment Emmanuel Macron voulait « casser la chaîne de valeur » de la filière électrique française en l’ouvrant partiellement à la concurrence, une exigence de Bruxelles.     Ce projet, baptisé Hercule, prévoit de réorganiser EDF en trois entités. Le nucléaire français deviendrait « EDF bleu » et resterait public quand les énergies renouvelables seraient regroupées dans un « EDF vert », dont 30 % seraient mis en bourse. Une filiale « EDF Azur » contiendrait les actifs hydroélectriques, qui eux seraient ouverts à la concurrence.     Cette séparation créerait de facto un EDF rentable offert aux actifs privés et un EDF coûteux, à la charge du contribuable. Le risque dès lors serait « qu'EDF n'ait plus les moyens de développer le nucléaire à très long terme », comme l'écrivait Marianne en 2019.Seconde victime de ce projet : le portefeuille du consommateur...."

               ______ Toute la présentation se résume pour le moment en un slogan publicitaire : un EDF bleu pour les activités nucléaires, un EDF azur pour l’hydraulique, un EDF vert pour la distribution (Enedis), les services (Dalkia) et les énergies renouvelables (voir nos articles ici ou là). « C’est un projet de démantèlement qui va conduire à détruire l’outil industriel, à la casse du service public et à la privatisation d’une partie du groupe », dénoncent toutes les organisations syndicales.                           Ces derniers jours, la tension est encore montée d’un cran. Selon certaines rumeurs insistantes, le projet Hercule pourrait être intégré dans le texte de la convention climat qui doit être discuté au début de l’année prochaine à l’Assemblée nationale. Le site Contexte, très en pointe sur ces sujets, annonçait le 7 décembre que la restructuration d’EDF risquait même de se faire par ordonnance, « afin de gagner du temps ».       L’information n’a reçu ni confirmation ni démenti. Personne n’y voit quoi que ce soit dans ce dossier. Tout se négocie dans l’opacité, le secret, la dissimulation.     Pourtant, l’électricité est un bien essentiel, déterminant dans nos économies modernes. Ce secteur est un des vecteurs décisifs de toute la transition énergétique, et EDF un outil déterminant pour piloter une politique. Les décisions prises engagent pour des années le pays, tant en termes de sécurité que de compétitivité et d’aménagement du territoire. Sans parler du fait qu’EDF est un service public, un bien commun de la nation, inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946, et non un actif à la disposition du gouvernement.       Toutes ces questions déterminantes pour le pays vont-elles échapper à tout débat public, à toute délibération, être tranchées sous le boisseau ? « Alors que les bruits courent d’une réforme profonde et imminente, brutale et rapide, personne, ni les élus de la nation, ni les syndicats, ni les citoyens ne savent rien. […] Sommes-nous encore en démocratie ? », tonne SUD Énergie."

     « L’énergie est un bien trop précieux pour être laissée aux seuls enjeux financiers. »_________


jeudi 10 décembre 2020

Marseille et ses "miasmes"

 Aux premières loges 

                        Grand port méditerranéen, par où transitaient toutes sortes de produits venant du Moyen-Orient et de plus loin, Marseille était une porte d'entrée idéale pour l'arrivée des biens, mais aussi des "miasmes", des germes de toutes sortes que les marins amenaient avec eux. Les pandémies se répétaient, sans qu'on sache leur donner un nom, sans qu'on en connaisse la source ni les mécanismes.     Avec l'expérience, on essayait d'isoler, de confiner comme on pouvait, mais jamais sans le succès escompté. Malgré des mesures mal respectées.   On connaît celle de 1720, qui emporta la moitié de la population dans cette ville prospère et des environs. Un seul bateau, transportant des tapisseries, semble avoir été mis en cause: le Grand St Antoine. Les saignées n'y firent rien. L'aide et le dévouement, non plus. 

        Désespoir généralisé. De quoi relativiser ce que nous vivons aujourd'hui.  Des sépultures de catastrophes sont retrouvées régulièrement. Les rats n'auraient peut-être pas été les seuls propagateurs.  Selon Olivier Dutour, "...le terrifiant pathogène ne venait pas d’Asie, comme on le croyait jusqu’alors, mais descendait directement du responsable de la première pandémie ayant ravagé l’Europe au 14e siècle, connue sous le nom effrayant de "peste noire". Entre 1342 et 1353, elle avait en effet décimé près de la moitié de la population de l’Europe ! Autrement dit, "le bacille de cette peste noire médiévale a persisté localement pendant plusieurs  siècles avant de resurgir brusquement !" 

          Il y eut plus tôt la "grande pestilence" de1347, qui affecta une population déjà fragilisée et se répandit en plusieurs phases successives sur une partie de l'Europe.    ___________________