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samedi 1 août 2020

Gafas: en finir?

Quand les Gafas montent, montent encore...
                               La crise les a encore fait fructifier..  Et pas qu'un peu...
      Leur situation de monopoles commence enfin à faire problème même aux USA.
 Mais dans des termes purement verbaux, moraux  ou juridiques, de manière assez naïve. Du déjà vu...A une autre époque, des lois anti-trust firent un peu le ménage pour briser des concurrences faussées. (*)
     Une ènième commission d'enquête, pour dire tout  ce que le monde sait. Pourtant, on les a encouragés à se développer sans frein. Jusqu'au moment où leur position dominante pose des problèmes de gouvernance générale, culturelle et politique.

    "....Les membres démocrates de la commission se sont principalement concentrés sur le modèle économique des géants de la tech.  Ils ont tenté de prouver que ces groupes utilisent les montagnes de données personnelles à leur disposition et des acquisitions de concurrents pour empêcher, illégalement, tout compétiteur d’émerger, au détriment des consommateurs, des citoyens, de l’innovation et de la démocratie.  « Google est devenu le portail d’accès à internet et abuse de son pouvoir », a argumenté David Cicilline après une série de questions à Sundar Pichai.  « C’est devenu un jardin clôturé […] qui s’assure, virtuellement, que toute entreprise qui veut être trouvée en ligne doive payer une taxe à Google. »..".
    L'Europe, en ordre dispersé comme d'habitude, recule devant des mesures pourtant si peu contraignantes.
       L'empire numérique ne cesse de s'étendre sur la planète.
    Entre fascination et critiques, nous assistons à une montée en puissance qui finit par coloniser une partie toujours plus grande de la vie des hommes, avec ou sans leur consentement.   Pour le meilleur et pour le pire. De la gestion des affaires, plus efficace, à la recherche pointue, jusqu'aux techniques de surveillance collective ou individuelle.
  Leur pouvoir sans cesse croissant, pas toujours visible, ne cesse de poser problème, comme les avancées fulgurantes et les ambitions de Jeff Bezos ainsi que les prétentions du patron de Facebook.

     La position dominante des gafa inquiète, à juste titre, les Etats ayant peu de prise sur leurs pouvoirs, leurs stratégies, leurs pratiques financières, ignorantes des frontières.
  La fameuse taxe gafa met les gouvernements en émoi: il semble bien légitime de taxer les bénéfices réalisés dans les pays où opèrent avec profit les mastodontes de la Silicon Valley ou de Seattle. Dans ce rapport de force qui commence à peine, assistons nous à une trève ou à un recul devant des géants qui minorent leurs profits?
  La bataille est lancée, incertaine, trop limitée. Lemaire monte au créneau puis recule, face aux désaccords européns. La victoire sera collective ou ne sera pas.
    Le gouvernement britannique montre l'exemple et s'engage. Durablement?
..Il vient d’abord d’annoncer que, dès sa sortie de l’Union européenne, il allait taxer les géants du numérique, tels Google, Amazon et Facebook, à hauteur de 2% des revenus réalisés sur le territoire britannique. Cette taxe (Digital Services Tax) devrait rapporter 500 millions de dollars par an dès 2019. Le Chancelier de l’Echiquier a affirmé qu’il est temps que les Etats cessent d’agir comme si les multinationales étaient trop grosses pour que l’on puisse les contrôler…
    La France plie devant les USA. Pour l'Europe, c'est loin d'être gagné malgré les bonnes intentions, les exigences plutôt modestes. Aveu d'impuissance. L'union fait ici la paralysie.       L'impasse risque de durer. Une reddition en rase campagne, face au pouvoir et au lobbying.

    .L'Europe a joué naïvement la subordination.
 La protection des données, sujet sensible s'il en est pour la souveraineté des pays, reste encore un voeu pieux. Pour éviter une accentuation d'un certain capitalisme de surveillance et de plus grandes dépendances stratégiques.
       Ce sont les prérogatives de l'Etat et son autonomie qui sont de plus en plus en jeu. Au mépris même de la démocratie, étant données les prises de parti libertarienne de ces géants.
   Il faudra du temps pour générer des alternatives à la toute puissance des gafas, qui ont toujours un temps d'avance.

_____(*) "...__Il est temps pour les citoyens de toutes les démocraties de dépasser l'idée selon laquelle, pour obliger les plateformes monopolistiques à adopter un comportement respectueux concernant nos façons d'interagir, d'échanger des informations ou nos activités de manière globale, nous ne pouvons qu'exercer de légères contraintes et taxer les plateformes monopolistiques. Comme les générations précédentes l'ont prouvé, nous devons aujourd'hui imposer un ensemble de règles qui garantissent que les actions de celles-ci ne mettront plus jamais en danger nos démocraties ou nos libertés individuelles. Plus tôt nous agirons, plus aisée sera la tâche...."
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mercredi 16 décembre 2020

Domestiquer les Gafas?

   La lutte finale?              

                 La question semble enfin d'importance, après des décennies d'indifférence, dans la perspective de libre concurrence internationalisée chère à l'OMC. Ce qui était bon pour les Gafas, malgré leurs excès et leurs prétentions semblait bon pour les marchés.     Mais rien ne va plus depuis peu. Pour les instances européennes, il faut maintenant mette le holà.        Elles représentent de par leur développement une menace pour le système  lui-même. Il est temps de reprendre le pouvoir, comme dit une économiste.  A Bruxelles aussi, on montre ses dents. Cela ne peut plus durer. On va voir ce qu'on va voir. Quoi au fait? On verra.     Une taxe? Pourquoi pas? Mais ce sera comme une égratignure sans effets sur les flancs de géants, qui ne cessent de croître, avec la complicité de paradis fiscaux comme le Luxembourg et l'Irlande, les maillons faibles.             _____Et l'Allemagne rechigne pour ne pas fâcher l'ami américain et il faudrait réformer la législation en matière de fiscalité notamment: "...En l'absence d'harmonisation fiscale européenne, les Gafa peuvent donc implanter leurs filiales européennes – et donc leur présence physique – dans les pays qui proposent les taux d'imposition les plus faibles, tout en limitant leur présence physique dans les autres.     Par exemple, Google France n'a déclaré en 2018 qu'un chiffre d'affaires de 411 millions d'euros et a payé en France 17 millions d'euros d'impôts. Pourtant, les seules recettes publicitaires réalisées en France auraient rapporté à Google environ 2 milliards d'euros, estime le Syndicat des régies internet.     Résultat : en moyenne dans l'UE, les entreprises du numérique sont soumises à un taux d'imposition effectif deux fois moins élevé que celui applicable aux entreprises traditionnelles, selon la Commission européenne. Ce qui crée des conditions de concurrence défavorables et prive les États membres d'importantes recettes fiscales.   Dès lors, la question est de savoir sur quels critères taxer ces entreprises afin qu'elles payent leur "juste part" d'impôt dans les États où elles exercent une activité économique...".

              Une taxe oui, mais pas que...Thierry Breton est déterminé...pour l'instant. Plus d'obligations et plus de transparence. Comme si une unanimité et une volonté  forte étaient là. La guerre économique avec Washington se durcit sur ce point et le nouveau président ne sera sans doute pas plus conciliant sur cette affaire. L'internet ne peut rester un far west, selon Breton, nouveau shérif en matière de commerce équitable. Wait and see....La partie va être dure, c'est le moins que l'on puisse dire... La victoire, s'il y en a une, sera collective ou ne sera pas....._________

samedi 9 octobre 2021

Sale temps pour Facebook?

Mr Zuckerberg aurait bien du souci...

                        Après avoir déjà été auditionné par un groupe de parlementaires dans son pays, il pensait en être quitte avec les ennuis concernant surtout les modes de gestion de sa plate-forme "démocratique" hautement rentable. On ne parle pas des ratés techniques récents à l'échelle mondiale, ce qui n'est que de la cuisine techchnique interne hautement complexe.     On veut évoquer les contestations qui montent en externe comme en interne depuis quelques années, contre les ambitions mégalomanes du "patron", la direction d'une plate-forme devenue le plus souvent incontrôlable, ses prétentions libertaires qui masquent mal les visées spéculatives.          Le roi de la Silicon Valley ne maîtrise plus son méga-système de plus en plus contesté, même par certains Etats, qui parlent de démanteler un empire trop puissant et parfois toxique. "Faire l'opinion" ne peut être confié à un système devenu incontrôlable, qui n'a pas le ligne éditoriale, qui s'en glorifie et qui laisse parfois les pires opinions (et leurs conséquences) gagner du terrain à vitesse "grand V". C'est toutes les plate-formes du même type qui seraient visées. Les Gafas seraient-elles sur la voie d'une prise de contrôle, qui reste à inventer? Car les enjeux ne sont pas seulement privés. Les critiques s'accumulent, contre un système qui ne sur-amplifie pas que les bonnes informations ou les bavardages anodins. Gare à l'attention!...


             __Points de vue:  ___ 1) ".. Le temps des tempêtes semble venu pour Facebook. Disons-le tout net : le nouveau scandale qui frappe la sixième capitalisation boursière mondiale de plein fouet, appelé les "Facebook files", est possiblement le plus dévastateur à ce jour pour l'empire des réseaux sociaux de Mark Zuckerberg. Après l'enquête du Wall Street Journal publiée le mois dernier, ces révélations explosives ont été confirmées, dimanche soir, par la lanceuse d'alerte elle-même, Frances Haugen.         Dans une interview donnée à l'émission 60 Minutes (voir plus bas), la data scientist de 37 ans est sortie de son anonymat. En tout, l'ancienne employée -de mi 2019 à mi-2021- a fait fuiter des dizaines de milliers de pages de rapports internes. Non seulement au Wall Street Journal, mais aussi aux régulateurs américains. Signe que les ennuis ne font que commencer pour Facebook, elle a également déposé plainte auprès de la Securities & Exchange Commission (SEC), c'est-à-dire l'autorité de contrôle des marchés financiers, parce que ces documents montrent selon elle que Facebook a menti à ses investisseurs. Les régulateurs ne semblent pas non plus beaucoup apprécier ces révélations : le Sénat américain, déjà très critique envers les GAFA, a auditionné Frances Haugen ce mardi 5 octobre. Et la lanceuse d'alerte sera également reçue par la Commission européenne en novembre...."   


                                                                   

 ___ 2)  ___"...Le système est partiellement mis à nu:  La lanceuse d’alerte Frances Haugen a livré, mardi 5 octobre, un réquisitoire implacable contre Facebook lors d’une audition devant le Sénat américain, point d’orgue d’une opération savamment organisée depuis plusieurs semaines et dévastatrice pour la société de Mark Zuckerberg.« Les choix faits à l’intérieur de Facebook sont désastreux pour nos enfants, pour notre sécurité publique, pour notre vie privée et pour notre démocratie », a notamment asséné l’ancienne employée de Facebook qui, durant deux ans, a travaillé au sein de l’équipe « Civic Integrity » qui s’occupait de la lutte contre les « fake news » (ou infox).Durant plusieurs heures, Frances Haugen a détaillé devant des sénateurs, en grande partie conquis, les révélations tirées des milliers de documents qu’elle a déjà commencé à rendre publics depuis plusieurs semaines, plongeant Facebook dans la crise sans doute la plus grave que le réseau social ait connue    Cette opération de communication inédite a débuté le lundi 13 septembre par la publication d’un premier article de la série « Facebook Files » dans le Wall Street Journal, principal récipiendaire des documents. Celui-ci révélait que, dans le cadre d’un programme baptisé « XCheck », ou « Cross check », Facebook a « white-listé » plusieurs millions d’utilisateurs « VIP » : célébrités, politiques et journalistes.    Ces privilégiés ne sont pas soumis aux mêmes règles de modération et peuvent se permettre de tenir des propos ou de poster des contenus enfreignant les règles du réseau social. C’est au titre de ce programme que Facebook a toléré que le footballeur brésilien Neymar publie sur son compte, suivi par des dizaines de millions de personnes, une photo dénudée d’une femme l’accusant de viol, même si le cliché fut finalement retiré par la suite.    Dès le lendemain, le quotidien publiait une deuxième enquête montrant que, contrairement à ce qu’avait pu affirmer son président Mark Zuckerberg, Facebook avait bien conscience des effets néfastes sur la jeunesse du réseau social Instagram, dont il est propriétaire. Plusieurs documents internes révèlent que des chercheurs travaillant pour la société ont alerté, à plusieurs reprises, sur les risques que fait peser lnstagram sur la santé mentale des jeunes, et principalement des adolescentes.       « 22 % des adolescentes disent que lorsqu’elles se sont senties mal en raison de leur corps, Instagram les a fait se sentir encore pire », préviennent-ils dans un message interne diffusé en mars 2020. « Les adolescents reprochent à Instagram les hausses de taux de dépression et d’anxiété », affirme une présentation de résultats de recherches faites en 2019. « Cette réaction était spontanée et cohérente à travers tous les groupes » étudiés par les chercheurs. Un autre document interne explique que parmi les adolescents interrogés ayant déclaré avoir eu des pensées suicidaires, 16 % des usagers britanniques et 6 % des usagers américains liaient celles-ci à Instagram.    Mercredi 15 septembre, de nouveaux documents montrent que Facebook avait été alerté sur les effets pervers d’une modification de son algorithme intervenue en 2018. Celle-ci avait officiellement pour but d’améliorer les relations entre utilisateurs de Facebook en privilégiant le partage de contenus entre amis ou parents plutôt que la diffusion de contenus professionnels.         Mais, en réalité, ces changements ont eu l’effet inverse. Le nouvel algorithme a fortement favorisé, dans les « news feed », les « interactions sociales significatives » (« meaningful social interactions » ou MSI en anglais) les plus clivantes et mis en avant les contenus suscitant les réactions les plus violentes.        Facebook a même été alerté par l’un de ses clients, particulièrement sensible à ces questions : Buzzfeed, un site d’information gratuit dont l’audience repose en grande partie sur la diffusion de ses contenus sur les réseaux sociaux. À l’automne 2018, son directeur, Jonah Peretti, a écrit à Facebook, expliquant avoir constaté des changements notables dans les types d’article faisant le plus d’audience. Il cite le cas d’un article intitulé « 21 choses que tous les mecs blancs sont coupables de dire » ayant suscité 13 000 partages et 16 000 commentaires, en grande partie agressifs. Parallèlement, Buzzfeed avait des difficultés à faire circuler des articles sur d’autres thématiques, comme les animaux.          Des recherches menées en interne ont confirmé le problème. « La désinformation, la toxicité et les contenus violents prévalent démesurément dans le partage », écrivaient des chercheurs dans un mémo. « Notre approche a eu des effets collatéraux malsains pour des parties importantes des contenus publics, comme la politique et les informations », alertaient dans un autre document des « data scientists » de Facebook.     Le jeudi 16 septembre, Facebook était également accusé de laxisme dans le contrôle des contenus dans les pays en voie de développement, l’une des principales sources de revenus de la société. Comme le souligne le Wall Street Journal, les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud sont déjà actuellement les principaux marchés du réseau social et constituent sa principale source de croissance potentielle. Alors que les audiences en Europe et aux États-Unis ont tendance à stagner, « pratiquement tous les nouveaux utilisateurs de Facebook viennent de pays en voie de développement », écrit le journal.    Or, plusieurs documents fournis par Frances Haugen montrent que le système de modération se révèle particulièrement lent à supprimer certaines pages problématiques utilisées par des organisations criminelles dans le cadre du trafic de drogue, d’êtres humains ou d’incitations à la violence. Des employés ont ainsi pu signaler une page utilisée par un réseau basé au Moyen-Orient pour tromper des femmes en leur faisant miroiter un travail pour ensuite les contraindre à se prostituer. En Éthiopie, ce sont des groupes armés qui ont utilisé Facebook pour appeler à des violences ethniques.     L’exemple le plus frappant est celui rapporté, dans un rapport interne envoyé à la direction de Facebook en janvier 2021, par un ancien policier spécialisé dans la cybercriminalité, embauché par la société en 2018 pour faire partie d’une équipe chargée de surveiller les « pays à risque ». Ces enquêteurs numériques y expliquaient avoir découvert l’existence d’un réseau sur Facebook et Instagram utilisé par le Cártel de Jalisco Nueva Generación (CJNG), le cartel de Jalisto nouvelle génération en français, l’un des plus violents et redoutés cartels de la drogue mexicains.         Il faut dire que le CJNG ne prenait aucune précaution pour dissimuler ses activités et postait, sur ses multiples pages, des photos de scènes de crime ou d’armes en plaqué or. Les enquêteurs de Facebook ont également découvert que le cartel utilisait ses réseaux sociaux pour recruter de nouveaux membres et les envoyer dans des camps d’entraînement, ainsi que pour rémunérer des tueurs à gages.    Dans son rapport, l’équipe d’enquêteurs demandait à ce que des mesures soient prises afin de s’assurer de la suppression de toutes les pages liées au CJNG. Si certaines l’ont bien été, d’autres sont cependant restées en ligne et de nouvelles ont été créées. Quelques jours après l’envoi du rapport, le cartel postait même, sur un nouveau compte Instagram, une vidéo d’un homme exécuté d’une balle dans la tête. « Cette page, parmi d’autres pages sur Facebook et Instagram faisant la promotion du cartel, est restée active pendant au moins cinq mois avant d’être fermée », rapporte le Wall Street Journal.      Le vendredi 17 septembre, le quotidien racontait comment les internautes antivaccination avaient réussi à mettre en échec Mark Zuckerberg, qui souhaitait que son réseau social participe à la campagne d’incitation.     Cet article clôturait une première semaine de révélations quotidiennes sur Facebook sans que le nom de la lanceuse d’alerte n’apparaisse une seule fois. Une seconde salve d’articles fut publiée entre les mardi 28 septembre et vendredi 1er octobre, révélant notamment les projets de Facebook visant à attirer de plus en plus de préadolescents sur son réseau social Instagram. Là encore, l’anonymat de Frances Haugen restait préservé.      La lanceuse d’alerte a révélé elle-même son identité dans une interview diffusée le dimanche 3 octobre dans l’émission « 60 minutes » sur la chaîne CBS. « Facebook, encore et encore, a montré qu’il a choisi le profit au lieu de la sécurité », accusait-elle.  Dans les jours qui ont suivi, Frances Haugen et ses soutiens ont levé le voile sur l’organisation de cette fuite et de cette campagne de communication orchestrée avec une redoutable efficacité. Spécialiste des algorithmes, Frances Haugen a travaillé pour plusieurs grandes entreprises du Net, comme Google ou Pinterest, avant d’être embauchée par Facebook en 2019.     Là, elle explique avoir été choquée par le fonctionnement de l’entreprise de Mark Zuckerberg et par les nombreuses dérives qu’elle a pu constater. « J’ai vu un paquet de réseaux sociaux et c’était substantiellement pire à Facebook que ce que j’avais vu avant », affirmait-elle dans son interview à CBS. Plusieurs éléments vont la conduire à quitter Facebook, comme la fermeture de son service juste avant l’élection présidentielle américaine de 2020. Lors de son dernier jour, au mois de mai 2021, elle envoie sur la messagerie Internet un dernier message prémonitoire : « Je ne déteste pas Facebook. J’aime Facebook. Je veux le sauver. »    Frances Haugen n’a pas agi sur un coup de tête. Elle avait pris soin de contacter Whistleblower Aid, une association fournissant assistance aux lanceurs d’alerte créée par John Tye, un ancien agent du département d’État américain ayant lui-même dénoncé, à l’occasion de plusieurs interventions en 2013 et 2014, la surveillance des communications pratiquée par le gouvernement américain.    Avec l’aide de Whistleblower Aid, Frances Haugen a soigneusement préparé la divulgation des documents. Elle a ainsi contacté des parlementaires et plusieurs autorités, auxquels elle les a transmis. Elle est notamment entrée en contact avec le sénateur démocrate Richard Blumenthal et la sénatrice républicaine Marsha Blackburn qui, au printemps dernier, organisaient justement une série d’auditions sur la manière dont les réseaux sociaux comme Instagram collectent des données sur les enfants...."   _____________________________

samedi 9 janvier 2021

Fin de règne à la Silicon Valley?

Les géants trembleraient-ils?

                           C'est un fait nouveau dans le domaine des empires numériques de l'Ouest américain.     Une grogne qui se répand depuis longtemps, à bas bruit, puis de façon plus ouverte, voire publique, contre certaines pratiques et méthodes de management qui ne passent plus, dans un monde pourtant présenté comme idéal. Mais aussi la gestion est mise en question, comme certaines pratiques douteuses et le contrôle exercé de plus en plus massivement et insidieusement sur les esprits, à leur insu:  « Une poignée de personnes d'une poignée de sociétés oriente, par ses décisions, la façon de penser d'un milliard de personnes aujourd'hui », alerte-t-il, estimant qu'il n'y a, selon lui, « pas de problème plus urgent » que celui-ci à l'heure qu'il est".                                                                                                                           La critique n''est pas nouvelle, mais elle vient de l'intérieur et sa portée est donc plus grande. De plus, un début de syndicalisation (fait nouveau) se manifeste pour résister à certaines pressions et abus constatés dans ce monde à l'apparence "clean". C'est, sinon un choc, du moins une nouveauté, depuis les débuts de l'aventure numérique sans fin du côté de San Diego. Les revendications montantes ne sont pas seulement salariales et ne viennent pas que des petites mains. Dans de petites entreprises, mais aussi chez Amazon, où des contrats discutables sont contestés. Chez Google aussi, même si cela reste limité, même si la syndicalisation aux USA est un engagement devenu rare et risqué, depuis le virage libéral reaganien.         Mais la firme se rebiffe et engage une défense particulière: Symbole de ce durcissement du climat social : elle a recours à IRI, "une société extérieure spécialisée dans la lutte contre le syndicalisme. Ces consultants, juristes ou “psychologues d’entreprises” “font depuis les années 1950 partie de l’arsenal des employeurs aux États-Unis pour tuer dans l’œuf toute tentative de la part des salariés de créer un syndicat ou de s’organiser pour mieux faire entendre leurs revendications”, explique John Logan, historien à l’université de Californie et spécialiste de l’anti-syndicalisme américain, contacté par France 24.  Le marché de la lutte contre le syndicalisme est florissant aux États-Unis, et il pèse plusieurs centaines de millions de dollars de chiffre d’affaires par an. Méconnues en Europe - où la culture anti-syndicale est moins forte -, les structures similaires à IRI peuvent employer des milliers de salariés, mener des campagnes sur plusieurs mois, facturées plusieurs millions de dollars. “Elles sont en grande partie responsables du déclin du syndicalisme aux États-Unisces dernières années”, écrit John Logan dans son étude sur l’histoire de l’anti syndicalismeaméricain..."

         Certes, ces critiques nouvellement organisées, à Austin ou ailleurs, ne sont pas encore d'importance majeure, mais elles pourraient s'étendre. Des responsables politiques, comme 
E.Warren et d'autres pourraient encourager le processus, dans leur critique de la situation monopolistique des géants qui ne cessent de croître et de s'ingérer jusque dans les structures de l'Etat, pas seulement dans la vie privée des personnes. Les assauts de l'UE contre les pouvoirs exorbitants des Gafas, en ordre dispersé pour l'instant, pourraient aussi stimuler la contestation interne contre des structures qui représentent parfois un Etat dans l'Etat, en situation de monopole, qui auraient fait frémir un certain Roosevelt...Serait-ce le début de la fin d'une extension sans limites et de projets prométhéens?_On peut toujours rêver...____________

lundi 18 novembre 2019

On l'appelle Jeff

Et il est riche et puissant.
                                Non, très riche, très puissant et très influent.
              L'homme de la plus grande super-succes strory mondiale actuelle est notre nouveau Big brother, à l'écoute bienveillante de nos moindres désirs. et un visionnaire. Son redoutable concurrent a des objectifs différents.
  Il n'est pas le seul dans le monde des Gafas et dans le firmament des très grosses fortunes  et le mastodonte poursuit sa route conquérante.
   Il se veut le manager idéal, à l'efficacité redoutable, mais à la "philosophie" discutée et discutable.

  Il se dit humaniste, sait pratiquer occasionnellement la charity business et a des ambitions pour l'humanité toute entière partagées par d'autres jeunes loups,  de la Silicon Valley ou d'ailleurs. Mais il gomme soigneusement les effets de ses pratiques commerciales sur le petit commerce, les conditions de travail, les salaires....
    La presse l'intéresse aussi, comme vectrice et caisse de résonance pour la diffusion de ses projets, de ses idées, comme faire-valoir incontournable.
                             Jeff Bezos possède le Washington Post, qui donne le ton aux médias d’information américains en matière de soutien et de promotion presque totale du néoconservatisme, de l’impérialisme américain et des guerres. Cela embrasse les sanctions, les coups d’État et les invasions militaires contre des pays sur lesquels les milliardaires américains veulent exercer une mainmise qu’ils n’ont pas encore – tels que le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Russie, la Libye ou la Chine.
       Il s’agit de guerres d’agression contre des pays qui n’ont jamais agressé les États-Unis. Elles ne sont absolument pas défensives, bien au contraire. Ce n’est pas nécessairement la guerre sans fin (même Hitler n’avait pas ça dans ses plans), mais la guerre jusqu’à ce que la planète entière soit passée sous le contrôle du gouvernement des États-Unis, lui-même dirigé par les milliardaires américains qui financent le néoconservatisme et de l’impérialisme – au sein des deux principaux partis politiques américains, des think tanks, des journaux, des réseaux TV, etc.
    Bezos joue un rôle crucial dans le néoconservatisme, depuis que, lors de la réunion du groupe Bilderberg du 6 au 9 juin 2013, il a passé un accord avec Donald Graham, propriétaire du Washington Postpour lui acheter son journal moyennant 250 millions de dollars. Bezos avait déjà négocié en mars de la même année, avec John Brennan, le directeur néoconservateur de la CIA, un contrat de 600 millions de dollars sur dix ans pour des services informatiques décentralisés (cloud computing), contrat qui a transformé Amazon Corporation, qui au départ était en déficit constant, en une entreprise assurée de faire des profits.
    Le patrimoine de Bezos a donc augmenté encore davantage (et à un rythme plus rapide) qu’il ne le faisait quand Amazon perdait de l’argent. Il est devenu le vendeur le plus influent non seulement de livres, mais aussi [de services] pour la CIA et pour des méga-entreprises comme Lockheed Martin [première entreprise américaine et mondiale de défense et de sécurité NdT]. L’impérialisme amplifie son patrimoine, mais n’en est pas la seule cause. Bezos est peut-être l’homme d’affaires-prédateur le plus doué de la planète.
     Certains des milliardaires américains n’accordent pas la même importance que lui à la conquête internationale, mais tous sont des soutiens – plus ou moins fervents – du néoconservatisme. Aucun d’entre eux, par exemple, n’a fondé d’organisation anti-impérialiste, ni accordé de financements importants à celles qui existent. Aucun milliardaire américain ne s’implique pour mettre fin au règne du néoconservatisme, ni même n’apporte de soutien à la lutte pour y mettre fin, ou du moins pour en finir avec son emprise sur le gouvernement américain. Aucun. Pas un seul.
   Mais beaucoup d’entre eux créent et financent largement des organisations néoconservatrices, ou dirigent des médias néoconservateurs comme le Washington Post. Ils sont comma ça, les milliardaires, du moins aux États-Unis. Tous sont impérialistes. Ils apportent un soutien financier à l’impérialisme. Ils en assurent la promotion et embauchent des gens le font également ; ils mettent au placard ou se débarrassent de ceux qui y rechignent. L’expansion d’un empire est extrêmement profitable pour ses aristocrates, et l’a toujours été, même avant l’Empire romain.
     Bezos veut privatiser tout ce qui peut l’être partout dans le monde, comme l’éducation, les autoroutes, la santé et les régimes de retraite. Plus les milliardaires exercent de contrôle sur ces secteurs, moins le reste du monde n’en exerce ; empêcher leur contrôle par le public est un moyen pour les milliardaires de se mettre à l’abri d’une démocratie qui augmenterait leurs impôts et d’une réglementation qui réduirait leurs profits en augmentant les coûts de leurs sociétés. Ainsi, la mainmise des milliardaires sur le gouvernement leur permet d’augmenter les prélèvements qu’ils opèrent sur la population.  
    Au moyen du Washington Post qui assure la promotion de la guerre, Bezos est l’un des meilleurs vendeurs du monde auprès du complexe militaro-industriel américain. Il contrôle et est actionnaire principal d‘Amazon, dont la division Services Web fournit tous les services de cloud-computing du Pentagone, de la CIA et de la NSA. (Il mène aussi la charge pour la technologie de reconnaissance faciale la plus avancée.)
    On a pu voir en gros titre, en avril, « La CIA évalue le contrat du Cloud à plusieurs dizaines de milliards », un contrat qui pourrait faire grimper la fortune personnelle de Bezos plus haut encore dans la stratosphère, surtout s’il emporte la totalité du marché (comme précédemment).
   Il domine également à l’échelle mondiale – domination qui ne cesse de s’étendre – la promotion et la vente de livres et de films, parce que son Amazon est le plus grand détaillant au monde (et désormais aussi l’un des plus grands éditeurs, producteurs et      distributeurs). Cette situation aussi, peut avoir un fort impact indirect sur la politique et le gouvernement, en mettant en avant les travaux les plus néoconservateurs, contribuant ainsi à façonner le discours intellectuel (et les votes des électeurs) dans le pays.
     Bezos écrase des millions de détaillants par son génie inégalé à prendre le contrôle des marchés, les uns après les autres, soit sous l’étiquette Amazon, soit en se positionnant en intermédiaire incontournable – voire même souvent en rachetant les détaillants concurrents d’Amazon.
    Bezos croit fermement au « libre marché », qu’il maîtrise peut-être mieux que quiconque. Cela signifie qu’il est favorable au pouvoir sans frein des milliardaires et à ce qu’ils puissent, par le biais de leur argent, contrôler et finalement absorber tous ceux qui sont moins puissants qu’eux.
   Parce qu’il est si doué lui-même pour amasser des richesses, il a d’ores et déjà réussi à se hisser au sommet mondial, en étant l’un des individus les plus puissants du monde. Le plus riche de tous est le roi Salmane, propriétaire de l’Arabie saoudite, dont Aramco (la plus grande compagnie pétrolière du monde) vaut, à elle seule, plus de mille milliards de dollars. (Forbes et Bloomberg excluent les monarques de leur classement.)
    En fait, Bloomberg, tout à sa malhonnêteté à ce sujet, est allé jusqu’à produire ce gros titre le 10 août dernier : « Les 25 dynasties les plus riches de la planète contrôlent 1 400 milliards de dollars », rompant ainsi avec sa tradition en incluant dans leur liste un monarque, le roi Salmane, qu’ils ont classé au quatrième rang avec seulement 100 milliards de dollars, une ‘estimation’ ridiculement basse qui, sans vergogne, ne tient compte ni d’Aramco, ni surtout de la richesse de l’Arabie saoudite.
   Bloomberg n’a même pas essayé de justifier sa méthodologie farfelue, mais a simplement présumé ses lecteurs assez crédules pour l’accepter. Ce roi est donc a minima sept fois plus riche que Bezos. Il est peut-être aussi puissant que Bezos. L’héritier suprême est beaucoup plus riche même que le milliardaire suprême qui s’est fait tout seul, l’« entrepreneur ».
     Certes, les deux hommes comptent au nombre des géants qui dominent le monde à notre époque. Et les deux hommes sont des libertariens – des champions de la croyance selon laquelle la propriété privée (dont les milliardaires ont tant) est la base de tous les droits – ils pensent donc que les personnes les plus fortunées possèdent plus de droits que les autres, et que les plus pauvres en ont moins, et que tous les gens qui ont un patrimoine net négatif (en ayant plus de dettes que de biens) ne possèdent aucun droit à l’exception de ceux que les plus riches peuvent leur donner ou plutôt leur concéder, que ce soit par bonté ou pour une autre raison (comme les liens familiaux).
     C’est cela le libertarianisme : la privatisation de tout ; la valeur d’une personne se résume à son « patrimoine net » et à rien d’autre. Cette croyance est du pur libertarianisme. C’est une croyance très répandue chez beaucoup voire chez tous les milliardaires. Les milliardaires sont impérialistes en ce qu’ils cherchent à maximiser la liberté des super-riches ; peu importe si cela signifie ponctionner plus, et finalement appauvrir tous ceux qui ne sont pas super-riches. Leur idéologie est cohérente. Elle est basée sur la fortune. Mais ce à quoi le public croit, c’est plutôt aux belles histoires dont les milliardaires autorisent la diffusion.
    Bezos et les autres milliardaires emploient et fidélisent des salariés et autres mandataires pour obéir à leur volonté. C’est leur pouvoir direct. Mais les milliardaires possèdent aussi un pouvoir indirect considérable grâce à leurs liens d’interdépendance, car chaque grande société est liée par contrat à d’autres sociétés, en particulier à de grandes sociétés comme les leurs ; par conséquent, le pouvoir que possède un milliardaire donné est en fait un pouvoir partagé avec les autres (l’accord conclu par Bezos avec Graham en est un exemple.)
    Collectivement, ils travaillent en réseau, même parfois sans s’être rencontrés en personne, seulement par l’intermédiaire de leurs représentants et même avec leurs principaux concurrents sur les marchés. Il s’agit d’un pouvoir collectif que les milliardaires possèdent au-delà de leur pouvoir individuel en tant qu’employeur de salariés et autres prestataires.
      Ce pouvoir collectif est incarné par Bezos mais il pourrait l’être par d’autres milliardaire comme Bill Gates, Warren Buffett, Larry Ellison, Mark Zuckerberg, Charles Koch, Sergey Brin, Michael Bloomberg, George Soros ou Jack Dorsey. Ils sont concurrents les uns des autres donc n’ont pas les mêmes attentes vis-à-vis du gouvernement américain, cependant ils s’accordent tous pour l’essentiel sur ce que le gouvernement « devrait » faire (en particulier sur le fait que l’armée américaine devrait être renforcée, aux frais des contribuables, bien sûr, pas aux leurs)
     Fondamentalement, Big Brother, dans le monde réel, est remarquablement cohérent et soudé – bien plus que ne l’est la population – et c’est l’une des raisons pour lesquelles ils contrôlent le gouvernement, en court-circuitant la population.
  Voici comment tout cela se déroule, sous l’action des serviteurs de Bezos :
     Son Amazon paie peu ou pas d’impôts fédéraux parce que le gouvernement fédéral a écrit les lois fiscales pour inciter les entreprises à faire le genre de choses que Bezos a toujours voulu qu’Amazon fasse.
    Le gouvernement américain encourage donc les méga-sociétés, par la fiscalité et la réglementation, à écraser les petites entreprises en entravant leur croissance. Cela verroui lle d’un e certaine manière l’aristocratie en place, qui sera moins constituée de nouveaux venus (comme Bezos l’était lui-même, mais comme ses enfants ne le seront pas).
   Les élus appuient massivement ces positions parce que la plupart de leurs financements de campagnes électorales émanent de personnes super-riches, de leurs employés et autres fondés de pouvoir. C’est un système qui se renforce lui-même. La super-richesse contrôle le gouvernement, qui, à son tour, avec les super-riches et leurs sociétés, exerce le contrôle de la population en réduisant ses opportunités économiques. Le résultat final est un renforcement, par l’institution même, de l’extrême inégalité de patrimoines, qui ne cesse de croître.
    Les milliardaires sont les vrais Big Brothers. Et Bezos est le plus grand de tous.
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mercredi 13 janvier 2021

Amazon et la souveraineté numérique

 Des rapports ambigüs 

                      Le problème du poids de plus en plus gigantesque des Gafas dans la vie quotidienne et publique est (enfin!) de plus en plus pris en considération et contesté, par son ampleur, ses pouvoirs, ses incidences, qui ont forcément des aspects politiques, à tel point que l'UE s'en émeut (il serait temps!) et qu'aux USA même, des voix se font entendre de plus en plus en haut lieu pour démanteler ces plateformes et leur monopole de fait. Jusqu'à dans les milieux démocrates.

                  Amazon, qui fait ses choux gras de la crise sanitaire, est lui-même particulièrement l'objet de critiques de responsables politiques, en ce qui concerne non seulement son hyper puissance, ses pratiques commerciales, mais aussi les intrusions de certains de ses services dans la vie de certaines institutions, certains services de l'Etat dont il sait habilement attirer  les faveurs jusqu'à se rendre indispensable.  Mais c'est là que la cohérence du discours politique est prise en défaut, car s'instaure un double langage, du moins dans notre pays.         ___Bruno Le Maire est justement critique quand il le faut, mais cède dans certaines occasions, et non des moindres:  "..S'il y a une firme américaine qui est constamment visée par des controverses, pour sa pratique d’évasion fiscale comme pour ses pratiques sociales, c’est assurément Amazon, beaucoup plus encore que les autres géants du numérique, qu’il s’agisse de Google ou d’Apple. Il ne se passe plus une semaine sans qu’une nouvelle polémique n’éclate, alimentée par les milieux culturels, ceux de l’édition par exemple, ou encore par l’association citoyenne Attac, qui a fait de la lutte contre l’évasion fiscale l’un de ses principaux chevaux de bataille. Et pourtant, la firme américaine n’a visiblement rien à craindre des autorités françaises. C’est même exactement l’inverse : alors que Bruno Le Maire a récemment dénoncé les géants du numérique comme les « adversaires des États », elle est visiblement chouchoutée par le gouvernement français, et plus particulièrement par la Banque publique d’investissement (BPI), qui est l’un de ses importants leviers dans le pilotage de la politique économiqueCoup sur coup, la BPI vient en effet de passer, sans en faire la moindre publicité, plusieurs accords avec le géant américain, qui apparaissent pour le moins discutables. Ou, en tout cas, qui seront vivement discutés. Et même contestés.                                                                                                          On vient ainsi d’apprendre qu'Amazon qui, hormis son immense force de frappe commerciale planétaire, est aussi un hébergeur géant, a construit une nouvelle plateforme en France, baptisée « L’accélérateur du numérique », qui « est destinée à accompagner pas à pas l’ensemble des entrepreneurs français dans leur transformation numérique et les aider ainsi à développer leur activité en ligne ». « Le programme couvre une large variété de sujets, du marketing à la logistique en passant par le choix de la stratégie de vente. L’accès au programme est gratuit, sur simple inscription », lit-on sur le site de la plateforme.    Des orientations et des décisions vivement critiquées par des acteurs de la vie  politique et économique: "..., la BPI a signé un partenariat avec Amazon pour digitaliser les entreprises. Le message, doublement problématique, sous-entend que la solution et la compétence numérique seraient celles d'Amazon et que la numérisation des commerces et des TPE-PME passerait par les marketplaces américaines. Or de très nombreuses TPE et PME sont déjà accompagnées par des entreprises françaises. L'enjeu : leur donner les moyens non seulement de survivre, mais aussi d'exister à moyen terme, d'étendre leur zone de chalandise et de faire connaître leurs services. Il s'agit aussi de construire un autre modèle en multipliant les places de marché territorialisées. L'État et les collectivités locales soutiennent ces initiatives qui favorisent une offre indépendante et une consommation en circuit court. Dès lors, recommander Amazon par défaut, c'est faire preuve de mépris pour les acteurs français et ignorer la réalité de notre tissu économique. Faire des grandes plateformes LA solution au défi de la numérisation, sans jamais citer la possibilité de créer son propre site et ainsi construire son autonomie numérique, c'est envoyer les TPE et PME au casse-pipe. Leurs marges seront mangées par les royalties des plateformes. Leur relation client leur sera ôtée. La part de leur chiffre d'affaires réalisée en ligne, si elle augmente, les rendra prisonnières des conditions tarifaires des plateformes dans les bras desquelles la BPI les aura jetées, alors que mille options pertinentes existent. » ______________________