Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!

lundi 21 février 2022

A lire, toutes affaires cessantes

    Deux auteurs ont attiré mon attention cette semaine, qui méritent le détour.  Ils renouvèlent l'interprétation de phénomènes socio-politiques actuels de l'heure, qui n'ont que très peu fait l'objet de débats de fond:

__________Le premier, une étude de Benjamin Lemoine, remet en question la vision qui nous est généralement présentée de la "dette publique", dans le contexte actuel: L'ordre de la dette  et sa suite récente: La démocratie disciplinée.    Il n'est pas le premier, mais il est sans doute un des  rares à avoir analysé cette question de manière historique autant qu'économique en remettant certains mythes tenaces en question.       Après un temps d'accalmie (covid oblige et le "quoiqu'il en coûte" étant devenu une sorte de parenthèse) la question de la dette revient: la dette serait le mal qu'il faudrait prioritairement combattre, notamment en rognant encore plus sur les dépenses publiques.                                 __La Cour des comptes et P. Moscovici y vont de leur couplet bien connu. La dette revient en force comme une obsession, objet d'inquiétude depuis des années dans les sphères étatiques. Alors que la dette américaine, stratosphérique, n'obsède pas, pas plus que la dette japonaise, plus élevée que la nôtre. 

_____________Le deuxième, Les Infiltrés, traite de la question plusieurs fois débattues  de la place et du pouvoir des firmes de consulting (le plus souvent anglo-saxonnes) qui se sont immiscées au coeur de l'Etat et de beaucoup de ses administrations, surtout depuis les années 1990, dans les sillage des dogmes néolibéraux de R.Reagan et M.Thatcher, selon lesquels "l'Etat est le problème".         Ce que les fonctionnaires de l'Etat français faisaient et savaient faire a été peu à peu délégué à des officines privées, même dans le domaine de la santé, pour repenser les normes et réorganiser la logique de la "gouvernance", plus proche de celle du domaine privé. Avec le souci prioritaire de l'efficacité à courte vue et de l'économie prétendue..alors que ces organismes privés sont grassement payés, pesant lourdement sur les finances publiques.                                                                           "Depuis vingt ans les consultants se sont installés au cœur de l'État. Gestion de la pandémie, stratégie militaire, numérisation de nos services publics...: les cabinets de conseil, pour la plupart anglo-saxons, sont à la manœuvre dans tous les ministères. L'État a payé pour se dissoudre. Ce livre relate ce suicide assisté.    C'est l'histoire d'un putsch progressif, presque rampant, sans effusion de sang mais qui, de l'intérieur, a changé la France. Depuis vingt ans, les consultants se sont installés au cœur de l'État. Gestion de la pandémie, stratégie militaire, numérisation de nos services publics... : les cabinets de conseil, pour la plupart anglo-saxons, sont à la manœuvre dans tous les ministères. On les retrouve même au cœur de nos services de renseignement.      L'histoire de cette infiltration n'a jamais été racontée. Et cette prise de pouvoir encore moins démocratiquement approuvée. Les choses se sont faites par acceptations ou résignations successives. Il ne s'agit en rien d'une conspiration. L'État a été parfaitement consentant. Il a payé pour se dissoudre. Et dépense chaque année toujours plus pour s'effacer. Ce livre relate ce suicide assisté."                  ____Les principaux cabinets comme Mc Kinsey, contribuent fortement à mettre l'Etat en mode start-up, avec la bénédiction de hauts fonctionnaires acquis à la cause, notamment avec l'impulsion sarkozienne et de E. Woerth.

           Bonne lecture critique!                    __________________________________

dimanche 20 février 2022

Mots et maux du dimanche

__ Feu de tout bois

__ Olaf au taf

__ Le cantique de Xi         

__ Tout s'explique

__ Google Team

__ Christiana, vraiment?

__ Call Center

__ Précarités allemandes

__ Petits arrangements

__ Immortalité rêvée

__ Miracle à Lourdes

__ Bilan "contrasté"

__ Nucléaire US: Mind!

___________________Il n'avait qu'à s'appeler Martin

___________________Qui sont le "affreux"?( libre propos)

                                                                _________________________

samedi 19 février 2022

MALI (suite et fin?)

En attendant...quelle suite?

                    C'était à redouter dès le départ, prévisible lors de l'acte II de l'opération.                         Un "redéploiement" qui masque mal un échec patent. La fin d'une forme d'utopie.

             C'était à l'évidence mal parti. "...Le 2 février 2022, Serge Michaïlof renouvelait dans La Croix sa sévère analyse : « Au Mali, notre fétichisme à l’égard d’une démocratie à bout de souffle a conduit notre diplomatie à ajouter une série de maladresses à l’erreur initiale commise par le président Hollande de transformer l’opération Serval, aux objectifs clairs et limités, en une opération Barkhane aux objectifs flous et inatteignables. Notre armée a brillamment arrêté le rezzou djihadiste qui aurait sans doute pu conquérir Bamako en 2013. Mais lui demander ensuite avec Barkhane de détruire le terrorisme au Mali était lui confier une mission impossible. »...

                    "...La fin de Barkhane a été actée entre fromage et dessert, et pas seulement au sens littéral. L’annonce est intervenue entre deux autres événements – une conférence de l’Agence française de développement sur « une nouvelle alliance entre l’Afrique et l’Europe », l’après-midi, et un sommet Europe-Afrique à Bruxelles le lendemain. Une « séquence riche », en jargon élyséen. Une manière de diluer l’annonce fatidique et les circonstances calamiteuses de ce départ dans d’autres sujets, pourrait-on aussi dire.        Mais le plus intéressant n’est peut-être pas tant cette annonce (et les savants effets de communication qui l’entourent) que la manière dont l’exécutif et les armées françaises s’en sont saisis pour tirer un bilan sincère de cette opération militaire, et plus largement de la politique française au Sahel.       Ce grand bilan, à écouter l’Élysée, aurait été fait. Le quinquennat d’Emmanuel Macron aurait « revisité les fondamentaux de la relation entre la France et le continent africain », « refondé le logiciel », permis un « aggiornamento », y compris concernant les opérations militaires.              Mais l’invoquer ne suffit pas à lui donner corps, et on cherche en vain dans ce discours autre chose que de l’autosatisfaction. Questionné sur ses erreurs et ce qui aurait pu être mieux fait dans la politique française au Sahel ces dernières années, l’Élysée se borne à répondre que « les évolutions profondes qu’on observe au Sahel […] avaient été prises en compte » par Paris.                        Quant à la dégradation spectaculaire des relations avec le Mali, elle n’est pas due, au moins en partie, à une certaine arrogance de l’exécutif français (voir ci-dessous) mais bien aux autorités maliennes, qui auraient adopté une « trajectoire de rupture ».        Cette incapacité apparente à se remettre en cause semble toucher aussi bien l’entourage politique du chef de l’État que la haute hiérarchie militaire française. Il y aurait pourtant beaucoup à dire, et à interroger, concernant Barkhane et le bilan du quinquennat Macron au Sahel.        Le retrait des troupes françaises du Mali est d’abord et surtout un échec politique et diplomatique. L’escalade verbale de ces derniers mois avec les autorités maliennes en est l’illustration la plus frappante – sans être la seule. Des semaines durant, Jean-Yves Le Drian et Florence Parly se sont écharpés, par tribunes et médias interposés et en des termes fort peu diplomatiques, avec le premier ministre de la transition malien Choguel Kokalla Maïga.       Aux accusations françaises d’« indécence », d’« irresponsabilité » et d’« illégitimité » de la junte ont répondu les attaques maliennes sur la « condescendance » des Français et leur supposé agenda de « partition » du pays, le tout se soldant par l’expulsion d’un ambassadeur.        Avant les ministres des affaires étrangères et des armées, le chef de l’État avait ouvert la voie. Depuis son élection il y a cinq ans, le président a multiplié les marques de condescendance – pour ne pas dire de mépris – à l’égard de ses homologues sahéliens. L’épisode de la « clim’ » à Ouagadougou (lorsque en 2017 Macron avait plaisanté sur le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré « parti réparer la climatisation ») et surtout, celui du sommet de Pau en janvier 2020 (lorsque le chef de l’État français avait littéralement convoqué les chefs des États du G5-Sahel dans le sud de la France) ont marqué les esprits.       « On ne convoque pas un chef d’État, qui plus est quand on est le président de l’ancienne puissance coloniale. Cela rappelle trop de mauvais souvenirs », admet un diplomate du Quai d’Orsay ayant requis l’anonymat. Cet épisode est resté en travers de la gorge de nombre de Maliens, pour qui la France se comporte comme chez elle au Mali.       Couplé à l’annonce de la fin de l’opération Barkhane « en tant qu’opération extérieure », faite par Macron en juin 2021, alors que les autorités maliennes n’en avaient pas été préalablement informées, il a braqué la junte au pouvoir et a convaincu ses dirigeants de se détourner de Paris et d’aller chercher de l’aide en Russie...." ________

vendredi 18 février 2022

Pouvoir d'achat

 Aujourd'hui et demain

                                     Notes de lecture sur une notion souvent floue, relative, fluctuante, mais fondamentale. Un marqueur social et politique. La question des inégalités y est centrale.

                 Le pouvoir d’achat s'avère central pour mesurer la santé économique d'un pays et pour juger l’efficacité de la politique économique d’un gouvernement. Cependant, force est de constater que les propositions de la majorité des candidats à la présidentielle (et notamment ceux favorisés par les sondages) semblent bien loin de la gravité des problèmes actuels.         Les dépenses des ménages sont fortement liées aux évolutions du pouvoir d’achat. Elles s’en distinguent, car les revenus perçus par les ménages permettent aussi d’épargner.                                       Bien que restant élevé par rapport à nos voisins, le taux d’épargne des ménages français est en baisse depuis 1980, en raison, justement, de l’augmentation bien moins dynamique des revenus, empêchant les ménages d’épargner comme avant.     Appréhendé de manière globale, le pouvoir d’achat donne une vision incomplète de la réalité vécue par les ménages. Il est important de tenir compte également de l’évolution de la population, et de la distribution inégale de ces gains de pouvoirs d’achat au sein de la société.     


                                                                                         
Un premier moyen d’appréhender plus justement le ressenti des Français en matière de pouvoir d’achat est de calculer ce dernier en tenant compte des unités de consommation, c’est-à-dire en tenant compte des besoins de consommation de chaque individu (un adulte consommant plus qu’un adolescent ou un enfant). Depuis 1960, le pouvoir d’achat d’une unité de consommation a été multiplié par 3 contre près de 5 pour le revenu total des ménages.                    De plus, on constate une stagnation du pouvoir d’achat par unité de consommation depuis 2010, en raison notamment des politiques de rigueur menées après le déclenchement de la crise de la zone euro.   Contrairement à ce qu’indique son nom, toutes les dépenses effectuées par les ménages ne rentrent pas dans la même catégorie. En effet, en ce qui concerne les dépenses « contraintes » telles que les loyers, l’alimentation, ou l’énergie, on peut s’interroger sur leur caractère arbitrable : peut-on réellement s’en passer ? En répondant par la négative, on remet en cause l’idée d’une capacité d’arbitrage des individus que sous-entend la notion de « pouvoir ».                     L’INSEE définit les dépenses pré-engagées comme étant les dépenses engagées par contrat et difficilement renégociables à court terme. Elles comportent les charges de loyers ou de crédit, mais également les dépenses de communication (internet, téléphone…), ou encore les services financiers (assurances). En 1960, elles représentaient es dépenses 12 % des dépenses des ménages. En 2020, les dépenses pré-engagées représentent plus de 31 % des dépenses des ménages. Les dépenses liées au logement expliquent l’essentiel de la hausse sur cette période.            L’INSEE distingue également les dépenses dites « peu compressibles » telles que les dépenses liées à l’alimentation ou la santé. On constate que le poids de ces dépenses a légèrement diminué sur cette période passant de 38 % du budget des ménages à 31 % en 2020. Cette diminution s’explique en partie par la forte baisse des prix alimentaires depuis les 30 glorieuses.                              Les dépenses compressibles, qui renferment les dépenses d’habillement, d’ameublement, mais aussi et surtout de loisir (dépenses culturelles, sorties…) et l’achat de services divers sont en fort recul sur la période 1960-2020. Or ces dépenses constituent le pouvoir d'achat arbitrable qui permet un réel ajustement de la consommation aux évolutions des revenus des ménages. Ce que les ménages peuvent donc librement choisir de consommer ou non s’est réduit fortement depuis 1960.                                     L’importance croissante de certains postes de dépenses, dont certains sont incompressibles, conduit donc à un amaigrissement du « pouvoir d’achat ressenti » des ménages français. Comme les dépenses arbitrables correspondent souvent aux « petits plaisirs » de la vie, leur stagnation voire leur baisse pour les ménages les moins aisés explique aussi le sentiment de détresse financière qui se développe dans une large partie de la population.   Un dernier élément qui contribue à faire du pouvoir d’achat une vérité relative, c’est-à-dire propre à chaque individu, est l’inégalité de revenu et de consommation qui peut exister entre les différentes classes sociales. Les revenus des 10 % des Français les plus riches sont en moyenne 6 fois supérieurs à ceux des 10 % les plus pauvres. Ces inégalités se traduisent par une structure de consommation assez différente suivant les niveaux de revenus.      On constate sur le graphique suivant que les 20 % des Français les plus pauvres (1er quintile) consacrent par exemple 22 % de leur revenu aux dépenses de logement et d’énergie contre seulement 12 % pour les 20 % les plus riches (5e quintile).                                Ainsi la structure de ces dépenses varie fortement suivant les classes sociales : les dépenses pré-engagées représentent 41 % de la dépense totale des ménages pauvres contre 28 % de la dépense des ménages aisés. Ce fait explique en partie les différences de vécu concernant l’évolution récente du pouvoir d’achat, et donc l’incompréhension mutuelle qui peut naître de cette situation.              Outre le fait que le pouvoir d’achat arbitrable varie fortement suivant le revenu des Français, la structure de consommation fortement différenciée des classes sociales les expose plus ou moins à la récente reprise inflationniste. L’inflation vécue par les 20 % des ménages les plus modestes est ainsi de 5 % sur l’année 2020 contre seulement 3 % pour l’inflation ressentie en moyenne en France.        Une inflation plus forte signifiant un pouvoir d’achat réduit, c’est donc une double peine que vivent les classes populaires françaises : d’une part, des revenus faibles, impliquant un pouvoir d’achat arbitrable faible (donc peu d’occasion « de se faire plaisir ») et d’autre part une sensibilité beaucoup plus forte de ces dépenses à l’inflation.     Un facteur important d’appauvrissement tient aussi au fait que le SMIC est revalorisé suivant l’indice d’inflation calculé par l’INSEE. Or, cette inflation calculée est une inflation moyenne pour tous les Français. La structure de consommation des salariés au SMIC les expose cependant à une inflation supérieure à cette inflation moyenne.       Ainsi, avec un revenu qui augmente moins que l’inflation vécue par les classes populaires, les salariés au SMIC voient donc leur pouvoir d’achat diminuer sur la période récente. À cela s’ajoute la problématique de l’augmentation continue des dépenses « contraintes ».           Ce ressenti n’est que peu partagé par les classes sociales supérieures, la structure de leurs dépenses et leur pouvoir de négociation sur les salaires les mettant pour l’instant à l’abri des pertes de pouvoir d’achat. Cela laisse en revanche place à une importante différence de vécu qui fracture la société française et qui a éclaté au grand jour avec la crise des gilets jaunes qui, eux, subissent les effets de l'érosion du pouvoir de négociation des syndicats, des effets de l'euro, du marché unique, de la mondialisation, etc.                                 L’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République en 2017 repose sur deux éléments principaux : un « dégagisme » qui a conduit à écarter les deux grands partis politiques français, le Parti socialiste et les Républicains, mais également un fort soutien de la classe moyenne supérieure et aisée. Ce « populisme des riches », relativement inhabituel, tient en fait à une inquiétude profonde de cette strate sociale : le déclassement via une baisse de son niveau de vie.                   Sur le graphique ci-dessous, on voit en effet qu’entre 2011 et 2017, les 20 % des Français les plus aisés ont vu leur revenu disponible brut reculer de près de 7 % (mais cela n’a pas été le cas des plus riches d’entre eux). L’essentiel de cette baisse de revenu s’explique par la baisse des revenus du patrimoine en raison des effets de la crise de la zone euro et des politiques adoptées par la BCE (en particulier la forte baisse des taux d’intérêt, la politique monétaire de la BCE favorisant les inégalités).                   Un certain ressentiment a pu naître au sein des foyers aisés, à la fois à l’égard des pouvoirs publics qui ont permis cette situation, mais également à l’égard des classes plus défavorisées, vues par les milieux aisés comme profitant « indûment » du système social.                                                Les mesures socio-fiscales mises en place par Emmanuel Macron se sont effectivement inscrites dans une forme de « réaction » visant à rétablir la situation antérieure des classes supérieures. La baisse de l’imposition des revenus du capital et la baisse de certains transferts sociaux (diminution des APL, réforme de l’assurance chômage…) ont permis de stopper la baisse du pouvoir d’achat des foyers les plus aisés.                                    Si l’amélioration de la situation économique a permis l’augmentation des revenus de la plupart des ménages français de près de 1,5 %, on constate cependant que les 5 % des Français les plus pauvres ont quant à eux vu leur revenu impacté négativement.   Si l’on regarde à présent l’effet des mesures gouvernementales additionnées des gains de revenus permis par le retour de la croissance économique, on constate que les classes supérieures (déciles 9 et 10) sont les grandes gagnantes du quinquennat Macron, avec une hausse de revenu comprise entre 630 € et 1200 € par ménage.                                     À l’inverse, les ménages des classes moyennes (qui excluent les 10% des Français les plus pauvres et les 10% les plus riches) n’ont vu qu’une progression de 350 à 450 € par ménage.   On comprend à présent mieux le socle électoral très solide sur lequel repose la majorité LREM : une classe aisée qui a vu dans le président Macron la solution, peut-être provisoire, à sa baisse de pouvoir d’achat.                                  Le mouvement des gilets jaunes, né en 2018, s’est donc développé dans le cadre d’une importante différence de vécu entre classes sociales. Les plus aisés qui avaient vu l’arrêt de l’érosion de leur pouvoir d’achat depuis 2017 n’ont pu concevoir que les milieux populaires subissent un destin différent.                           Pourtant, malgré l’augmentation apparente des revenus des gilets jaunes, leur exposition différente à l’inflation (en particulier l’énergie) et la progression de leurs dépenses contraintes, ont au contraire abouti à une diminution de leur pouvoir d’achat « réel » sous le quinquennat Macron.                                                              La répression violente du mouvement social par le gouvernement s’est faite avec le soutien, au moins passif, du socle électoral LREM, soit les 20% des Français les plus riches. La peur de voir régresser à nouveau leur niveau de vie, par exemple via de nouveaux transferts sociaux (qui pourtant n’en sont pas la cause principale) ont conduit à une certaine intransigeance dans le soutien des classes aisées au gouvernement.                                       À l’inverse, les classes populaires voient leur niveau de vie fortement impacté par les évolutions de prix et l’augmentation de leurs dépenses contraintes. La baisse de leur pouvoir d’achat et le mépris affiché du gouvernement face à leurs revendications ont également produit une réaction très violente à l’égard de la politique du président Macron.                                                                                             ______Le pouvoir d’achat est la première préoccupation des Français, et il sera donc un enjeu central de la présidentielle française de 2022. Derrière cette notion se cachent en réalité deux indicateurs : d’une part le revenu disponible des ménages (revenus – charges fiscales) et d’autre part le niveau général des prix, c’est-à-dire l’inflation. Depuis 2010, la progression du pouvoir d’achat a été très faible, s’inscrivant dans le prolongement d’une tendance qui date des années 1980.      Paradoxalement, ce sont les classes aisées qui ont vu leur pouvoir d’achat fortement baisser entre 2011 et 2017. L’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017 est le fruit d’une forme de « populisme » des riches, permettant par les mesures socio-fiscales mises en place de stopper la baisse de leur niveau de vie.          Cette politique a cependant eu comme dégât collatéral la baisse du pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes en raison de la baisse des prestations sociales, mais aussi des gels de salaires dans un contexte de forte augmentation des prix et du nombre de dépenses contraintes, d'où certaines accusations contre Macron sur le fait d'être un « Robin des bois à l'envers ».                Les différences de vécu ont conduit à une éruption de violence lors de la crise des gilets jaunes, tant dans sa forme contestataire que répressive. Son caractère de « guerre des classes » est alors apparu clairement à de nombreux commentateurs politiques de l’époque et n’a réellement pris fin qu’à la survenue de la crise de la Covid-19. Pourtant, les raisons sous-jacentes à cet affrontement social sont toujours d’actualité.            Tant que nos pouvoirs publics se feront les représentants des intérêts d'une seule classe, la logique d'affrontement ne pourra que s'aggraver, au risque de disloquer le sentiment d’appartenance et de solidarité nationale...."___________________

jeudi 17 février 2022

Un 17 Février

 Des événements en nombre

                        A retenir en particulier: la mort du Franc.



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Re-nationaliser EDF?

Etonnant, non?

                 Back to the past?...  Après différents "ouvertures du capital" selon le langage jospinien, serait-ce le retour à la case 1946, celle du bon sens, après des aventures financières scabreuses, le scandale d'Areva , le projet  Hercule  , déjà avorté ... Mr Lemaire, après avoir fustigé les initiatives européennes en matière d'alignement des prix de l'électricité sur celui du gaz,  se dit prêt à remettre les compteurs à zéro, en raison d'une conjoncture problématique en matière énergétique: "Toutes les options sont sur la table" dit-il. Alors?... Faudrait savoir.  "...Le ministre de l’économie, des finances et de la relance, Bruno Le Maire, a déclaré, mardi 15 février, qu’« aucune option (…) ne d[eva]it être écartée » dans la stratégie de l’Etat vis-à-vis d’EDF – y compris une éventuelle nationalisation de l’énergéticien français.    « Aucune option, à partir du moment où on ouvre une nouvelle ère, ne doit être écartée. Il faut toutes les regarder sereinement », a déclaré le ministre sur la radio BFM Business, en réponse à une question sur une nationalisation d’EDF. « Toutes n’appartiennent pas forcément au même calendrier. Mais toutes les options sont sur la table », a encore dit M. Le Maire. En début d’année, son ministère avait plutôt écarté un tel scénario...."                                       __On avait attendu des merveilles des différentes percées libérales sur un marché pas tout à fait comme les autres...Mais c'est devenu un échec patent. Des contradictions manifestes, à l'heure où les grandes puissances s'interrogent sur leur avenir énergétique. Un défi gigantesque. Rien n'est joué. Les incertitudes redoublent. Un virage compliqué.


                                                          

          "...Ce mardile ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, n’a pas exclu de nationaliser EDF si le besoin s’en faisait sentir. De fait, le faramineux chantier des six EPR annoncé par le chef de l’Etat ne laisse guère le choix à la puissance publique: au contribuable de payer l’atome, le marché se régalera du reste. Le macronisme a cela de fascinant qu’il peut convertir les libéraux les plus endurcis au Gosplan quand nécessité politique et économique font loi. Le 10 février, campé devant une imposante turbine Arabelle à Belfort, le chef de l’Etat sonnait la relance du programme nucléaire français en annonçant la construction de six réacteurs EPR à l’horizon 2035, et une option pour huit de plus. Mardi matin sur BFM Business, mal réveillé mais assez pour sursauter, on a entendu Bruno Le Maire assurer le service après-vente du «chantier du siècle» en répondant par l’affirmative à l’hypothèse d’une nationalisation d’EDF : «Aucune option, à partir du moment où on ouvre une nouvelle ère, ne peut être écartée. Il faut toutes les regarder, sereinement, toutes n’appartiennent pas forcément au même calendrier, mais toutes les options sont sur la table», a déclaré le ministre de l’Economie en pesant chaque mot.  Bien sûr, Le Maire n’a pas explicitement prononcé le mot «nationalisation». Un gros mot pour qui a fait l’essentiel de sa carrière politique dans la case droite néolibérale de l’échiquier. Car qui demandait jusque-là à corps et à cris la nationalisation d’EDF au nom du retour à un vrai service public de l’énergie ? La CGT, le PC, …"           Etonnant, non?             ____Wait and see...comme disait ma grand-mère bretonne.__________

mercredi 16 février 2022

Instabilité linguistique?

 Ras le chapeau!

                           Les Académiciens en ont ras le chapeau et le font savoir officiellement. Trop c'est trop!. Voltaire ou De Gaulle n'y retrouveraient pas leurs petits.    Une idée comme ça...: puisque nous sommes français, pourquoi ne pas parler notre si belle langue pleine de ressources, au lieu d'en faire trop souvent un mixte globo-franco-english, du moins dans certains milieux, où l'on veut briller, se distinguer, être "moderne", obscurément technique, mais mimétique à souhait, souvent ridicule.     Dans une prétendue start up nation, on ne peut pas parler comme ça, même dans les bureaux du high-business, quand ce n'est pas absolument nécessaire.                                   __Certains avaient déjà tiré la sonnette d'alarme dans les année 80, se moquant d'un mimétisme singeant la langue des winners, par pure ostentation, pour être dans le vent,  pour faire "moderne" dans une France vieillissante, sans doute. Les Québécois n'ont pas ces scrupules en parlant sans complexe leur français. Dans les milieux "in", branchés, un certain anglais ultra réducteur des affaires fleurit de plus en plus; même dans la vie courante. Ne parlons pas du langage publicitaire, marchand: mon coiffeur lui-même s'est fait "Hairdresser": un grand pas en avant!             ______Des expressions et des mots qui sont là tous les jours et qui n'apportent rien, sinon un faux vernis d'activisme anglo-saxon...."... benchmarking, networking, booster... Dans les métiers du numérique, du conseil ou encore de la finance, les anglicismes sont légion. Aux Echos START (oui, start, c’est mal) on n’est pas en reste. On ne passe plus d’appels téléphoniques, on fait des calls, on ne fait plus de réunions pour réfléchir, on brainstorme... Et puis bien sûr, ça se retrouve dans nos articles (mea culpa), voire dans nos titres : ici, , ou encore . Selon une étude du “Parisien”, neuf Français sur dix utilisent des anglicismes, dont 12% “très souvent” et 48% “de temps en temps”.  Jean Maillet, linguiste et auteur des 100 anglicismes à ne plus jamais utiliser !¹ y voit une forme de snobisme. “On pense que c’est mieux d’utiliser un mot étranger, cela vous donne une certaine supériorité. Vous montrez ainsi que vous connaissez des mots anglais”, précise celui qui a été professeur d’anglais durant une vingtaine d’années...."  _____"....Dans certaines entreprises du Cac 40 désormais proclamées global players, l'anglais est devenu la langue de travail officielle, même dans des services 100 % franco-français. D'où des situations surréalistes où les documents de travail sont rédigés en anglais (sous peine de passer à la corbeille car le français ne peut en aucun cas être validé) tandis que les réunions où sont examinés lesdits documents se tiennent allègrement en français, sous la houlette d'un CEO qui peine à écrire un mail en anglais… Mais son assistante américaine est in charge !...." 😵


     Voici un petit lexique si vous voulez "briller" (?) dans certains milieux. Vous allez en jeter, forcément auprès de vos proches...C'est une épidémie qui continue à se répandre, qui ferait rire parfois un anglo-saxon. "...J'ai checké : il y a un meeting en confcall, plug-toi pour les incentiver sur les KPI, ça aidera la team à être awardée ! ». Si cette phrase n’est pas une citation directe, elle n’est pas non plus une exagération grossière. Elle illustre simplement le ridicule d’une situation que chacun(e) rencontre à longueur de journée : des francophones qui inondent leurs phrases d’expressions anglophones..."                                  _______Bref, le globish devient envahissant. François 1°, au secours!   __________________

mardi 15 février 2022

Que font-ils chez nous?

   La grande hypocrisie

                          La question de l'immigration revient au coeur des débats préélectoraux. De la pire des manières. Avec ses approximations habituelles, ses amalgames fréquents, ses préjugés tenaces, ses passions exacerbées, son instrumentalisation jouant sur les peurs et parfois des fantasmes ancestraux..               La vieille question du travail clandestin dans différents secteurs d'activité, en France comme ailleurs est souvent encore passée sous silence. Les politiques migratoires varient au gré des circonstances et des idéologies, selon les perceptions d'une opinion publique marquée par l'air du temps et une connaissance du problème conditionnée par des préjugés variables, des connaissances de l'histoire aléatoires.                                                                                                __________"...Ils sont artisans, boulangers, restaurateurs, bouchers, soignants. Et toujours un peu plus nombreux à se mobiliser pour empêcher l’expulsion d’un employé immigré sur lequel ils savent compter. Ils sont aussi étrangers mais diplômés en France, parfois chercheurs dans des laboratoires prestigieux, sans pour autant parvenir à renouveler leur titre de séjour condition sine qua non pour pouvoir travailler.    A quelques semaines de l’élection présidentielle, quand les questions identitaires et sécuritaires se mélangent et hystérisent les débats sur l’immigration, ces récits disent une autre histoire : celle de la pénurie de main-d’œuvre, des freins administratifs kafkaïens et de la contribution des immigrés – qu’ils soient diplômés ou pas – à l’économie. Ils racontent leur présence essentielle, comme ces aides-soignantes en « première ligne » applaudies au début de la pandémie. Ils montrent, en creux, à l’autre bout du spectre, la faible affluence des étrangers plus qualifiés. « Ainsi la France, 6puissance économique mondiale, n’est que 19e au classement mondial “compétitivité et talents” élaboré par [l’école privée de management] l’Insead, qui mesure la capacité d’un pays à attirer, produire et retenir des talents », constatent des économistes dans une note du Conseil d’analyse économique de novembre 2021.   L’immigration a toujours rempli un rôle de compensation là où il y avait un vide, où les besoins n’étaient pas satisfaits par la population locale. A la fois sur les métiers pour lesquels la demande s’accroît brusquement et sur ceux qui sont en déclin comme l’artisanat en voie d’être mécanisé ou délocalisé. Certes, depuis l’époque des ouvriers spécialisés (OS) de Renault à Boulogne-Billancourt décrits par le sociologue Abdelmalek Sayad en 1986, le profil des immigrés de travail s’est diversifié. De plus en plus exercent une profession qualifiée, à l’instar des 11,5 % de médecins formés à l’étranger, ou des nombreux ingénieurs informatiques tunisiens...."   ___Que serait l'hôpital sans les nombreux médecins et chirurgiens étrangers...mal payés!

         Les migrations font partie de l'histoire des hommes. Un problème complexe et multiforme, sur lequel dominent le désaccord et la cacophonie, où l'UE montre sa faiblesse entre tolérance intéressée et rejet sans concession. C'est la grande dissonance: entre  l'accueil de Merkel il y a peu et les rejets sans nuances du bloc des pays plus à l'est, il y a conflit ouvert.  Malgré les appels des organisations  caritatives et humanitaires, les politiques d'accueil sa durcissent, comme en Grèce, parfois jusqu'à la fermeture systématique des passages possibles.                  C'est la politique du mur,  du grillage ou du barbelé. Certains gouvernants sont de plus en plus tentés, parfois sous la pression d'une opinion mal informée, par un grand renfermement, qui garantirait leur réélection. Sans égard pour une réalité migratoire complexe et multiforme.

            L'orbanisation gagne les esprits, jusqu'en France où elle devient un thème récurrent de la campagne, comme arme électorale.. Sans nuances. Etablir une forteresse à la Trump, c'est le grand fantasme pour certains, un cheval de bataille, l'instrumentalisation idéal du moment. Sans souci de nuances sur ce problème complexe.   La crise européenne de durcit, mettant à mal ses institutions, mettant à jour ses failles. Notamment l'impuissance face aux pressions de l'est. C'est souvent le retour aux vieilles recettes qui ne fonctionnent pas, un travail de Sisyphe. Les murs n'ont jamais rien réglé et n'ont jamais contribué à dissoudre les préjugés et les amalgames. Ils tendent plutôt à renforcer les violences:  "...Ils ont survolé la question, devenue, il est vrai, banale : les ministres européens de l’intérieur et chargés des migrations, réunis vendredi 8 octobre à Luxembourg, n’avaient pas envie de s’appesantir sur cette nouvelle affaire de pushbacks (refoulements illégaux) de migrants, révélée la veille par le consortium d’investigation Lighthouse Reports. Cette fois, celui-ci s’était appuyé sur des enregistrements prouvant les brutalités commises par des membres de forces de l’ordre, aux uniformes rendus anonymes, des « unités spéciales » à l’œuvre en Croatie, en Grèce et en Roumanie, et dont le financement pourrait venir de fonds européens...."

                        ____Accueillir toute la misère du monde? Impossible et insensé, bien sûr, mais... ..«Lorsque les migrants se présentent à nos portes, nous ne pouvons pas nous comporter autrement qu'en êtres humains et les accueillir!»
          Au nom de la régulation... Mais de quelle régulation parle-t-on? Le mot recouvre bien des ambiguïtés, des pratiques, qui peuvent être cruelles, aux limites de nos frontières ou à l'intérieur. Le traitement répressif et policier du problème non seulement choque, mais est inefficace.
     Il n'est pas nécessaire d'être pape ou évêque pour prêter attention à la question, particulièrement en ces temps de fêtes où la dépense souvent tapageuse s'affiche un peu partout, d'être sensibilisés aux problèmes que posent les phénomènes migratoires en Europe et particulièrement chez nous....sans oublier la détresse sociale interne. Le problème, tout simplement humain, est souvent mis entre parenthèses dans nos sociétés d'abondance, mais aux injustices criantes. et aux égoïsmes nationaux toujours résurgents.
     Si les récents phénomènes migratoires, souvent mal cernés, posent des problèmes humains et politiques au niveau de toute l'Europe (problèmes qui sont parfois les conséquence de ses propres erreurs en politique étrangère, comme en Lybie ou en Syrie), il ne sont pas sans s'accompagner de nombre de préjugés et d'idées reçues.
    Contrairement aux opinons mal informées ou formatées, on est loin d'un phénomène massif.   L'accueil des  migrants en France est l'objet de bien des critiques. De nombreux exemples, depuis ceux, médiatisés, de Calais et de la Porte de la Chapelle, notoirement mal gérés, ont le don de rendre impopulaires des phénomènes mal cernés, où les amalgames sont nombreux. Jusqu'au rejet xénophobe parfois. Ce n'est pas inédit dans notre histoire.     Beaucoup de migrants, même pour des raisons politiques, subissent actuellement un sort  pire que sous Sarkozy et Hortefeux. Pire que sous Hollande et Valls.      Comment s'en débarrasser devient le souci primordial.  La dissuasion et le rejet priment sur les conditions d'un accueil digne de ce nom, dans un premier temps     La politique de gribouille, voire la duplicité est souvent dominante et le double discours domine en l'Europe: L’Union européenne fait tout pour empêcher l’arrivée de migrants, mais elle publie depuis le début des années 2000 des documents expliquant qu’il faut absolument encourager les migrations pour remédier à la crise démographique d’une Europe vieillissante, et qu’on a besoin de dizaines de millions de travailleurs étrangers.   La Commissaire européenne Cécilia Malmström parlait en 2010 d’une nécessité pour assurer « la survie économique » de l’UE, Michel Barnier en 2011 a déclaré qu’il fallait des migrants pour garantir la survie des États-providences européens. On a, d’un côté, une politique sécuritaire anti-migration et, de l’autre, un discours utilitariste pro-migration. Aucune étude scientifique ne valide ces deux visions officielles. Les décideurs politiques font mine d’ignorer les travaux sur les ressorts complexes de l’immigration et ne considèrent pas les personnes concernées comme des acteurs de leur projet migratoire.    Quand on considère l'immigration européenne avant 1914, puis jusqu'à 1974, on prend conscience de l'importance (relative) des mouvements de populations périodiques qui sont venues modifier le visage d'une France toujours changeante, parfois lentement, parfois rapidement..    Par exemple, en France, ..dans les années 1920, le premier pays d'immigration au monde, devant les États-Unis eux-mêmes ! Sur le siècle écoulé, l'ensemble des étrangers et des naturalisés équivaut au croît de la population, environ quatre millions de personnes.   En 1931, les étrangers sont 2,9 millions sur 41,8 millions d'habitants, parmi lesquels 808 000 Italiens, 508 000 Polonais, 352 000 Espagnols, 250 000 Belges, 100 000 Suisses... À quoi s'ajoutent quelques dizaines de milliers de Kabyles d'Algérie. Les Polonais et, dans une moindre mesure, les Italiens vivent dans des communautés repliées sur elles-mêmes, avec leurs organisations culturelles, sociales et religieuses pilotées par les gouvernements de Varsovie ou Rome...                        ___________C'est toute une histoire, que celle de l'immigration en France. Mais pas qu'en France:La crise des réfugiés a remis les mouvements migratoires au cœur des obsessions européennes et, en particulier, allemandes. On le voit notamment à l’accueil qu’a reçu l’ouvrage de Philipp Ther, professeur à l’université de Vienne. Dans Die Zeit, Elisabeth von Thadden en salue l’ambition : retracer les flux migratoires qui ont agité l’Europe depuis 1492, date de l’expulsion d’Espagne d’un demi-million de Juifs et de musulmans. « La question qui l’intéresse est : tous ces émigrés ont-ils réussi à s’intégrer ? »     On sait, en général, qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sept à huit millions de personnes ont été déplacées. Mais on ignore souvent, qu’une génération plus tôt, après la Première Guerre mondiale, ils étaient aussi des millions à être déracinés. Avant cela, il y eut bien entendu la révocation de l’édit de Nantes. Une bénédiction pour l’Allemagne, où les huguenots, qui comptaient beaucoup d’artisans fort qualifiés, se sont réfugiés en masse. Mais un sérieux défi aussi : Francfort, ville de 30 000 habitants, en accueillit pas moins de 100 000. On découvre des faits étonnants, comme l’intégration des Tatares musulmans à la république aristocratique de Pologne-Lituanie, au XVIe siècle, ou encore « la prouesse de l’Empire ottoman » qui accueillit, au XIXe siècle, à peu près deux millions de réfugiés musulmans chassés des Balkans.    Le paradoxe est que l’Etat moderne démocratique ne favorise pas ce genre d’accueil en masse. « Parce que les démocraties votent en permanence, elles font preuve de moins de patience, explique von Thadden. Or, il faut des générations avant que les réfugiés s’intègrent vraiment. » A ce titre, les Etats prémodernes, où le souverain cherchait avant tout son intérêt sans se soucier de l’avis de ses sujets, disposait d’une latitude bien plus grande....                                                                                                                         ___Barrer la route aux migrants, et même aux ONG  n'est certainement pas la solution. Les grillages et les murs n'ont jamais rien résolu.   De récents flottements annoncent peut-être d'autres orientations:   ...A couteaux tirés depuis des semaines avec le secteur associatif, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb fait cette première (et insuffisante) concession alors que les médias relaient le désarroi des migrants sur le territoire français, que le Défenseur des droits, Jacques Toubon, estime que le projet de loi comporte des atteintes aux droits fondamentaux, et que plusieurs députés En Marche commencent à faire connaître leur désaccord… Après des mois de grand écart entre les discours humanistes du président Macron et la politique implacable de Gérard Collomb, cette première reculade donne un peu d’espoir – à condition que le rapport de force ne faiblisse pas. Et que ce ne soit pas le Parlement européen qui entérine cette notion de « pays tiers sûr » à laquelle le gouvernement français vient de renoncer...__

Réfugiés: d'un sommet à l'autre
 Entre émotion et raison 
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