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mardi 7 janvier 2014

Passé revisité

Histoire à la petite semaine
                                   Réécrire l'histoire à la lumière de nouveaux faits et de nouvelles recherches est une nécessité mais aussi un risque. C'est un travail sans cesse recommencé, qui demande formation, recherche approfondie, méthode, esprit critique, remise en question permanente des préjugés et des croyances établies.
Le mythe Charlemagne__(1)
La lecture du passé, souvent enjeu politique dans les débats d'une époque, risque toujours d'être trop marquée par les affrontements idéologiques du présent.
      Depuis peu, surfant sur une attente populaire souvent équivoque, une curiosité parfois marquée par la naïveté, l'ignorance et la recherche du  sensationnel, un certain nombre de magazines se mettent à traiter des questions relatives à notre passé, de manière le plus souvent simpliste, partiale et intéressée (les grands titres attirent le chaland).
   Comme l'Express, par exemple, qui se lance parfois dans des tableaux épiques de notre roman national, digne du plus mauvais Lavisse, avec des angles très particuliers, des points de vue a posteriori très discutables. 
   Sous la plume de Barbier, l'histoire de France, pays qui s’appelle épopée  devient une aventure rêvée, dans un style lyrique dénotant l’envie de raconter une histoire, peut-être plus que l’histoire de la France. Pour lui « la France s’est fait un destin », elle est « d’âme et de couleur » (une « âme de la France » chère à Max Gallo), même si son histoire s’est écrite « en lettres de sang ». Heureusement, la France est un pays qui a du « génie », un « peuple qui toujours se relève quand on le croit défait ».
 On n'est pas loin de la mythologie à la Michelet.
    On est proche d'une histoire héroïque décrivant un "hexagone « idéal », une « construction millénaire, région après région, charpentée de ténacité et de courage […] ». Comme si la construction de la France actuelle avait été un projet mûrement réfléchi et mis en place par les souverains successifs, malgré l’adversité. Les deux auteurs (Philippe Bidalon et Mylène Sultan) enfoncent le clou en affirmant que la France du XXIe siècle est « l’aboutissement d’une vision ancienne, ancrée sur la volonté irréductible de faire vivre la Nation ». Parler de nation sans dire un mot, ou si peu, sur la Révolution et la République semble assez étonnant."
      Valeurs actuelles fait des choix très droitiers, ce qui ne peut étonner, annonçant prophétiquement l'effacement de la France en agitant des menaces régulièrement instrumentalisées et mettant en valeur des figures quasi mythiques d'un passé idéalisé, comme Charles Martel, héros des islamophobes et des groupes d’extrême droite comme les identitaires, symbolise cette « histoire piétinée » qui se résume en fait à une litanie de grands personnages, les mêmes que ceux célébrés par les historiens de garde comme le montre la liste en bas à droite de la Une : Clovis, Saint Louis, Louis XIV et Napoléon...."
Bref, une histoire plus que sélective. Partisane. Avec des penseurs comme Camus et des historiens souvent autoproclamés comme  Dimitri Casali, Vincent Badré et même Philippe de Villiers., on quitte le domaine de la recherche historique pour celui de la propagande.
       Bref, l'histoire est une discipline trop sérieuse pour être laissée aux journalistes à la petite semaine ou imbus d'idéologie rance, adeptes d'un passé qui n'a jamais existé tel qu'ils le fantasment..
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mercredi 20 novembre 2024

Point d'histoire

   Sur l'histoire. De la légende à la réalité.

       Quand l'histoire réelle rencontre l'histoire officielle. Il n'est pas rare le décalage entre l'histoire dite "héroïque" et l'histoire banalement réelle. Avant d'être consigné de manière plus ou moins rigoureuse, il a fallu du temps pour se débarrasser de certains mythes par exemple, comme certains mythes de la guerre de 14. Chaque peuple développe un imaginaire du passé à son insu, le pouvoir politique souvent l'instrumentalise, comme au sujet du fait colonial. Le passé est souvent revisité, pour des raisons politiques et idéologiques.   (A voir)


                                                             __      Comme ce fut le cas à Leningrad, ville martyre de le Deuxième Guerre mondiale, au siège interminable. Un enfer souvent oublié. (Visionner ici). La famine a été quasi permanente.   Une victoire soviétique à coût humain élevé:             " Le siège de Leningrad (septembre 1941-janvier 1944) a resurgi récemment dans l’actualité, quand les tribunaux pétersbourgeois l’ont reconnu comme génocide (octobre 2022). Pourtant, en France, peu connaissent ce qui fut l’un des épisodes les plus déterminants de la Seconde Guerre mondiale. Deux mois et demi après l’invasion de l’URSS, lancée le 22 juin 1941 sous le nom d’« opération Barbarossa », les Allemands arrivent aux portes de Leningrad (ex-Saint-Pétersbourg), qui compte alors plus de trois millions d’habitants. Commence alors le siège de la septième plus grande ville du monde, qui durera deux ans et demi. La population composée essentiellement de civils – dont plus de 400 000 enfants – se retrouve sous les bombardements parfois quotidiens de l’ennemi et confrontée à des pénuries extrêmes qui l’obligent à vivre dans l’obscurité et le froid, avec pour seule nourriture une maigre ration de 125 grammes de pain par jour. Le quotidien des habitants est celui d’une lutte acharnée pour la survie. La famine décime la population et pousse certains à des actes désespérés, tels que le cannibalisme. Près d’un million de Léningradois périssent, ce qui fait du siège l’un des épisodes les plus meurtriers de la Seconde Guerre mondiale, menée en URSS avec une violence inouïe, expérience traumatique qui toucha chaque Soviétique....Pourtant, cette catastrophe pour l’humanité fut convertie en épopée héroïque dès les événements, puis pendant toute la période soviétique. Le discours officiel, les livres d’histoire et les pratiques mémorielles en ont présenté une version tronquée, élevée au rang de légende, aseptisée, occultant l’ampleur de la famine, de la mortalité et des souffrances endurées par les assiégés. Après deux décennies de libéralisation au moment de la Perestroïka et de l’effondrement de l’URSS, le récit du siège connaît sous la présidence de Vladimir Poutine un reflux considérable vers une histoire glorieuse et sacrée...."
  
 
       
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jeudi 1 mai 2008

Israël : entre mythe et histoire

Toutes le nations jeunes entretiennent une part de mythologie dans le rapport à leur passé , pour justifier leur existence, des choix politiques récents ou/et actuels..?Pourquoi Israël échapperait-il à la règle ?

Quand des Israëliens parlent de leur passé...

Naissance d’une nation:
[The Lion and the Gazelle - Gush Shalom - Israeli Peace Bloc]

« Si nous, les Israéliens, voulons consolider notre nation, nous devons nous libérer des mythes qui appartiennent à une autre forme d’existence et redéfinir notre histoire nationale. L’histoire sur l’exode d’Egypte est bonne en tant que mythe et allégorie - elle célèbre la valeur de la liberté - mais nous devons reconnaitre la différence entre mythe et histoire, entre religion et nation, entre une diaspora et un Etat, afin de trouver notre place dans la région dans laquelle nous vivons et développer une relation normale avec les peuples voisins...

...DANS LES 300 dernières années, l’Europe est devenue "nationale". La nation moderne a remplacé les modèles sociaux antérieurs, tels que la ville-Etat, la société féodale et l’empire dynastique. L’idée nationale a emporté tout ce qui était avant elle, y compris l’histoire. Chacune de ces nouvelles nations a modelé sa propre "histoire imaginaire". En d’autres termes, chaque nation a remanié d’anciens mythes et faits historiques pour constituer une "histoire nationale" qui proclame son importance et sert de ciment unificateur.
La Diaspora juive, qui - comme indiqué ci-dessus - était "normale" il y a 2.000 ans, devint "anormale" et exceptionnelle. Ceci attisa la haine des Juifs qui était d’une certaine façon rampante dans l’Europe chrétienne. Comme tous les mouvements nationaux en Europe étaient plus ou moins antisémites, beaucoup de juifs sentirent qu’ils étaient laissés "en dehors", qu’ils n’avaient pas leur place dans la nouvelle Europe. Certains d’entre eux décidèrent que les juifs devaient se conformer au nouveau Zeitgeist [esprit du temps - ndt] et transformer la communauté juive en une "nation" juive.
Pour ce faire, il était nécessaire de reconstruire et de réinventer une histoire juive et de la transformer à partir des annales d’une diaspora ethnico-religieuse en l’histoire épique d’une "nation". Le travail fut entrepris par un homme qui peut être considéré comme le parrain de l’idée sioniste : Heinrich Graetz, juif allemand qui fut influencé par le nationalisme allemand et créa l’histoire juive "nationale". Ses idées ont formé la conscience juive jusqu’à ce jour.
Graetz considéra la Bible comme si elle était un livre d’histoire, collecta tous les mythes et créa une version historique continue et complète : la période des Pères, l’exode d’Egypte, la conquête de Canaan, le "Premier Temple", l’exil à Babylone, le "Second Temple", la destruction du Temple et l’exil. C’est l’histoire que nous avons tous appris à l’école, la fondation sur laquelle le sionisme fut construit.
LE SIONISME représenta une révolution dans de nombreux domaines, mais sa révolution mentale fut incomplète. Son idéologie transforma la communauté juive en un peuple juif, et le peuple juif en une nation juive- mais sans jamais définir clairement les différences entre eux. Pour persuader les masses juives d’Europe orientale plutôt religieuses, il fit un compromis avec la religion et mélangea tous les termes en un grand cocktail - la religion est aussi une nation, la nation est aussi une religion, et plus tard il affirma qu’Israël était un "Etat juif" qui appartenait à ses citoyens (juifs ?) mais aussi au "peuple juif" à travers le monde. La doctrine israélienne officielle est qu’Israël est un "Etat-nation juif", mais la loi israélienne définit étroitement un Juif seulement comme une personne qui appartient à la religion juive..." [Heinrich Graetz ]

Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé : De la Bible au sionisme

-Le « peuple juif » : une invention...
La Déclaration d’indépendance d’Israël dit que le peuple juif est né sur la terre d’Israël et a été exilé de son pays natal. Chaque écolier israélien apprend que cela s’est passé pendant la période de domination romaine, en 70 après J-C.. La nation est restée fidèle à sa terre, à laquelle elle a commencé à revenir après deux millénaires d’exil. Faux, dit l’historien Shlomo Sand, dans l’un des livres les plus fascinants et stimulants publiés ici depuis longtemps. Il n’y a jamais eu de peuple juif, seulement une religion juive, et l’exil non plus n’a jamais eu lieu - il n’y a donc pas eu de retour. Sand rejette la plupart des histoires de la formation de l’identité nationale dans la Bible, y compris l’exode d’Égypte et, de façon plus satisfaisante, les horreurs de la conquête sous Josué. Tout cela est de la fiction et un mythe qui a servi d’excuse à la création de l’État d’Israël, affirme-t-il....[An invention called 'the Jewish people' - Haaretz - Israel News]

-Je suis un khazar fier de l'être
"Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines...Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. ..D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque – par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes – afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David ...
...Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au 4e siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs....
... Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que "la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays". » Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?« Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée...."[Shattering a 'national mythology' - Haaretz - Israel News]---[Histoire des Khazars ]---[Les Berbères de Les Juifs en terre d'Islam ]--

-Israël et sa « Destinée Manifeste »
-Israël, du mythe à l'histoire[André PAUL - Clio ]
- Israël : notre part de mensonge, par Schlomo Sand
->>>>Livnat Limor<<< -Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël
-Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible
->>La Bible dévoilée - Wikipédia (article en chantier)<< - Esther Benbassa, historienne du judaïsme
-Révolution laïque pour le sionisme, par Zeev Sternhell
-Abandonner le ghetto sioniste (I/II)
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- Le monde moderne et la question juive d'Edgard Morin
-Quel rapport à la la judéité ?
-Une géographie de la violence
-C.Enderlin: un journaliste exposé
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-George Bush, croisé mystique de Sion

lundi 10 octobre 2016

Pologne : histoire malmenée

Manipuler un passé qui ne passe pas.
                                                             Au moment où disparaît  une grande figure du cinéma polonais, totalement et courageusement engagé dans son temps et l'histoire de son pays (*), on est en droit de se demander ce qui arrive au gouvernement actuel de cette nation, qui donne  de la présentation d' une partie du passé récent de son pays une image détournée de son sens.
        A des fins de conditionnement partisan.
  Cela n'étonne guère. Revisiter les faits significatifs du passé, pour leur donner le sens qui convient à la politique de l'heure, a toujours été la caractéristiques des régimes forts ou à tendance autoritaire. Rien à voir avec la méthode historienne qui ne peut progresser que par révisions constantes de ses interprétations précédentes pour les corriger ou les affiner.
  L'histoire, telle qu'elle est du point de vue des historiens du moment, peut être instrumentalisée par des élites pour conditionner les esprits avec une interprétation qui les sert, qui leur plaît ou qui les flatte. Bref, bidouiller le passé n'est pas très nouveau et s'insère dans un contexte politique et historique donné.
   Le révisionnisme historique en Pologne est bel et bien en action.
        Mais ce n'est pas la première tentative. L'histoire idéologique est un vieux tropisme: le régime de Pétain en usait et en abusait, le Japon  d'aujourd'hui fait silence sur un aspect de son passé militaire, Israël s'arrange avec une histoire souvent mythique...
    Revisiter l'histoire, bidouiller le passé, l'idéaliser ou le diaboliser sont des tendances sur lesquelles il faut toujours veiller, car souvent la pure propagande n'est pas loin, au grand dam des historiens attachés à la vérité, même relative, même si elle dérange.
   On peut se demander à bon droit où va la Pologne, au delà des dérives qu'elle connaît actuellement.
(*)[A revoir Kanal    L'homme de fer... ]
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      Le gouvernement polonais impose une relecture politique de son passé:
           Jacek Leociak ne décolère pas. Ce chercheur polonais, spécialisé dans la littérature de la Shoah et cofondateur du Centre polonais de recherches sur l’Holocauste à l’Académie des sciences, est « furieux » depuis que, le 16 août dernier, le ministre polonais de la justice, Zbigniew Ziobro, a présenté à la presse un projet de loi visant à protéger la « réputation » et la « dignité » de la nation polonaise.Adopté en conseil des ministres, soumis au vote du parlement la semaine prochaine, ce texte fait encourir une peine allant jusqu’à trois ans de prison et une amende à quiconque déclarerait publiquement que des Polonais – ou l’État polonais – seraient responsables de crimes commis par les nazis ou auraient collaboré avec eux.
 Pour Jacek Leociak, cette tentative d’intervention dans le champ historique est inadmissible. « Je suis d’abord inquiet en tant que citoyen polonais. Ce projet de loi vise à empêcher le débat historique. Ce gouvernement n’est pas seulement en train d’essayer de contrôler la société actuelle, il vise également à contrôler son passé ! On se croirait dans le roman 1984, de George Orwell, où un ministère de la Vérité pouvait changer d’avis et réécrire ce qu’il voulait : “Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé.” C’est un mécanisme que l’on retrouve dans les régimes totalitaires. »
     Espérons que l' opposition de masse contre les lois restrictives concernant l'IVG s'étende aussi à cette tentative de manipulation du passé.___________
          L’inspirateur de cette régression – morale, intellectuelle et politique – s’appelle Jaroslaw Kaczynski. Il est le chef du parti PiS – Droit et justice – et, s’estimant volontiers directement en contact avec Dieu, il entendd gommer toute la complexité et les heures sombres de l’histoire de la Pologne pour en faire un parangon de bonté catholique, avec tout ce que cette obsession de la pureté comporte de dangerosité potentielle pour la démocratie. 
Celle-ci passe, toujours, par la volonté de regarder le passé en face. La France  en sait quelque chose : elle a parfois mis longtemps avant de s’y résoudre. La Pologne a été un pays doublement martyr, du nazisme et du communisme. Mais M. Kaczynski veut éradiquer la marque antisémite que recèle aussi son histoire. C’est une obsession chez lui. La semaine dernière, le gouvernement PiS a nommé Jaroslaw Szarek à la tête de l’Institut de la mémoire nationale. A l’encontre de tous ses pairs, cet historien nie la responsabilité de civils polonais dans le pogrom de Jedwabne, village de l’est du pays, dans lequel ont péri au moins 340 juifs en juillet 1941, dont 300 brûlés vifs dans une grange. Il s’agit de nier toute complicité, même indirecte, des Polonais dans la « solution finale ».
Le révisionnisme historique du nouveau pouvoir ne s’arrête pas là. Il veut torpiller la réalisation, déjà en cours, d’un magnifique Musée de l’Histoire de la seconde guerre mondiale à Gdansk. Pour lui, la guerre s’achève à la campagne de 1939. Il n’y a qu’une chose à célébrer : le splendide isolement d’une Pologne héroïque abandonnée des grandes puissances. Le reste n’existe pas, notamment la libération du pays par les Russes et l’armée polonaise en exil sur le sol soviétique. Il y a plus. Dans un réflexe revanchard, le PiS s’efforce, en manipulant les archives, de ternirla réputation des grands Polonais – de Lech Walesa à Bronislaw Geremek – qui ont assuré, en 1989, la transition du régime communiste à la démocratie.
Cela se déroule sur fond de mainmise du PiS sur la télévision d’Etat et d’une volonté de paralyser les plus hautes sphères de la justice. Au nom d’une « Pologne éternelle », paysanne et rétrograde, M. Kaczynski, catholique intégriste vengeur, confit dans sa détestation du libéralisme politique et des élites urbaines proeuropéennes, prétend remodeler l’image et l’histoire de son pays. Il ne cesse de les abaisser.
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lundi 2 septembre 2013

Point d'histoire

Israël: le mythe de l'exil
                                         Une émission intéressante sur Arte vendredi soir, qui soulève une question débattue en Israël même, qui a été et reste au coeur du projet sioniste.
La notion de l'exil est la thématique dominante du monde juif croyant et préside à la fondation de l'Etat d'Israël, exil conditionnant celle du retour..[ L'an prochain à Jérusalem, ville chargée de  mythes et objet de conflits entre toutes.]
Mais s'agit d'un retour et y a-t-il eu véritablement exil?
      Un chercheur israëlien indiquait que l'exil semble avoir été, si l'on en croit les textes,  toujours d'actualité: depuis Abraham, quittant Ur en Chaldée, les Hébreux fuyant l'Egypte, quittant plus tard Babylone...puis expulsés par les troupes romaines après le deuxième révolte...  si l'on en croit les mythes officiels et les récits bibliques, tels qu'une tradition religieuse les a livrés, contestés par nombre d''intellectuels israëliens eux-mêmes, souvent caricaturés, vu les réactions passionnelles que leurs analyses engendrent.
_Tout porte à croire que le thème du retour a été surtout forgé à Babylone, dans  certains groupes juifs et a servi rétrospectivement à interpréter l'histoire passée et comme de grille de lecture pour les présumées conséquences de l'épisode de l'occupation romaine.
     Or, il n'y aurait pas eu d'exil après la destruction du Temple et il y a de fortes probabilités, de nombreux indices archéologiques et culturels l'indiquent, que les Palestiniens d'aujourd'hui sont les descendants des Juifs d'hier, arabisés à partir du 7° siècle. De plus, il n'était pas dans les pratiques de la politique romaine de vider un pays occupé de ses habitants. Ils en ont certainement déplacé un certain nombre, notamment de Jérusalem, transférés certains à Rome comme signes de victoire, mis quelques-uns en esclavage, mais un transfert massif est de l'ordre de l'imaginaire. De plus, la diaspora juive existait déjà depuis longtemps tout autour de la Méditerranée.
         Cette thèse iconoclaste pour l'orthodoxie juive est confortée par les études historiques de l'historien israëlien Schlomo Sand et indirectement par les recherches archéologiques de l'équipe de Finkelstein.
"La Déclaration d’indépendance d’Israël dit que le peuple juif est né sur la terre d’Israël et a été exilé de son pays natal. Chaque écolier israélien apprend que cela s’est passé pendant la période de domination romaine, en 70 après J-C.. La nation est restée fidèle à sa terre, à laquelle elle a commencé à revenir après deux millénaires d’exil. Faux, dit l’historien Shlomo Sand, dans l’un des livres les plus fascinants et stimulants publiés ici depuis longtemps. Il n’y a jamais eu de peuple juif, seulement une religion juive, et l’exil non plus n’a jamais eu lieu - il n’y a donc pas eu de retour. Sand rejette la plupart des histoires de la formation de l’identité nationale dans la Bible, y compris l’exode d’Égypte et, de façon plus satisfaisante, les horreurs de la conquête sous Josué. Tout cela est de la fiction et un mythe qui a servi d’excuse à la création de l’État d’Israël" affirme Sand. 
 La notion de peuple juif est donc une invention, un mythe, forgé pour les besoins de la cause, à la suite des idées et du projet sioniste de T.Herzl.
                                    "D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque – par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes – afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).
Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du 19e siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple « rétrospectivement », avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »
                 La déconstruction du mythe national de l'Etat d'Israël ne va pas sans susciter des réactions parfois violentes, surtout dans le milieu des Juits ultra-orthodoxes et /ou nationalistes. Remettre en question une tradition et des convictions revendiquant la réappropriation de la terre sacralisée (aux contours imprécis) donc légitime ne peut aller pour l'instant sans vives contestations privées ou officielles.Nous avons eu, nous aussi nos mythes historiques.
  Les révélations du réalisateur israélien Ilan Ziv semblent plutôt libératrices.
Selon   Uri Avnery, « Si nous, les Israéliens, voulons consolider notre nation, nous devons nous libérer des mythes qui appartiennent à une autre forme d’existence et redéfinir notre histoire nationale. L’histoire sur l’exode d’Egypte est bonne en tant que mythe et allégorie - elle célèbre la valeur de la liberté - mais nous devons reconnaitre la différence entre mythe et histoire, entre religion et nation, entre une diaspora et un Etat, afin de trouver notre place dans la région dans laquelle nous vivons et développer une relation normale avec les peuples voisins..."
Gush Shalom ajoute:If we, the Israelis, want to consolidate our nation, we have to free ourselves from the myths that belong to another form of existence and re-define our national history.
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jeudi 18 juin 2015

Point d'histoire: Waterloo

Ce fut un certain 18 Juin 1915....
                                                         La bataille qui a fait l'Europe,
  Dont la carte fut revue et corrigée au Congrès de Vienne.
                Il y eu les faits: la fin du roman de sa vie d'acteur politique.
                       Il y eu les récits, plus ou moins fidèles, plus ou moins romancés.
                             Le mythe et réalité se sont vite entremêlés
  L'histoire héroïque, épique, comme disent les historiens, a pris le dessus, dans le cadre du roman national qui caractérise notre pays. Les souvenirs renaissants, les déceptions du trône renaissant et l'action de Napoléon III redonneront un sens glorieux à l'événement et à toute l'aventure du Corse d' exception.
    Ce qui devait être une affaire vite réglée, l'affaire d'un déjeuner, comme disait l'empereur, a mal tourné (*)
    Ce fut la fin d'un destin hors du commun, aux ambitions sans limites, mais qui s'avouait parfois limité.
 Dans son exil de Sainte-Hélène, l'Empereur a lui-même eu conscience du caractère hasardeux de son destin: « J'avais beau tenir le gouvernail, quelque forte que fût la main, les lames subites et nombreuses l'étaient bien plus encore, et j'avais la sagesse d'y céder plutôt que de sombrer en voulant y résister obstinément. Je n'ai donc jamais été véritablement mon maître ; mais j'ai toujours été gouverné par les circonstances... ».
La seule chose que Napoléon ait plutôt bien maîtrisé est la construction de sa Légende, en gérant sa communication par ses Bulletins de la Grande Armée et ses commandes aux peintres, en se livrant aussi à l'Angleterre et en se dotant de l'auréole du martyr !
     Waterloo est devenu un haut-lieu de tourisme, un prétexte à reconstitutions, à commémorations, l'objet de films, d'émissions.
  Ce fut une défaite mal digérée, toujours synonyme de désastre.
      L'effondrement de l'Aigle fut  le début d'une légende aux multiples facettes.
Devenue un récit aux limites du merveilleux,  dans notre aventure collective.
  Wellington a quelque peu contribué à la célébrité du lieu.
                 Pour ou contre Napoléon? C'est une autre histoire, un peu vaine...La légende n'a pas disparu, même si elle a connu des mutations.
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(*)Stendhal, dans La Chartreuse de Parme, n’a rien inventé. Fabrice del Dongo, comme beaucoup, ne voit que bien peu de choses de la bataille, hormis des cadavres d’habits rouges. Un lieutenant britannique, dans ses Mémoires, expliquera : « La fumée, le vacarme, choses qui sont inévitables quand on se frotte à l’ennemi, et l’attention que les officiers doivent à leurs hommes, tout cela les rend particulièrement incapables de dresser le compte-rendu des batailles auxquelles ils ont pu être mêlés ». Le combat lui-même est multiforme : artillerie qui balaye des fantassins, cavaliers qui buttent contre des carrés de fantassins, corps-à-corps meurtriers. La fumée empêche de bien distinguer une formation d’une autre, la disparité des uniformes, colbacks, shakos, bicornes, couleurs des capotes complique l’identification des combattants ; l’enchevêtrement d’hommes et de chevaux, cavaliers qui, lors de charges contre des carrés de fantassins, sont bloqués par les cadavres des chevaux ou désarçonnés par leur cheval affolé et incapable de foncer sur un mur de baïonnettes ; obus et balles qui fracassent les os et dévastent les chairs ; boulets qui tranchent dans les rangs en tuant plus de dix hommes à la fois… C’est l’immensité et l’absurde boucherie de cette bataille que Serge Bondartchouk a tenté de restituer dans un film intitulé Waterloo, en 1970.
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jeudi 25 octobre 2007

Guy Môquet :mémoire manipulée?


Laissons Guy Môquet en paix...

Personne n’en aurait parlé si, dans sa mise en scène permanente de lui-même,dans sa prétention à transcender tout clivage politique, dans son art consommé de brouiller les cartes en instrumentalisant l’histoire, dans sa volonté récupératrice qui fait feu de tout bois (ce fut Jaurès, bientôt Marx ?), notre Grand Timonier n’avait pas utilisé sa mémoire. Le présent n’est pas brillant, l’avenir semble échapper au volontarisme magique, reste le passé qu'’on torture pour en faire un élément fédérateur, faute de mieux...Nihil novi... ZEN




Guerre des mémoires, par Bertrand Le Gendre Le Monde| 24.10.07 | 13h36 • Mis à jour le 24.10.07 | 13h37

"En 2005, la polémique portait sur l’esclavage, le génocide arménien et le rôle "positif" de la colonisation... On croyait cette guerre des mémoires éteinte, mais le feu couvait sous la cendre. De nouveaux foyers ont pris feu, ranimant les passions. Comment parler de l’immigration ? A qui appartient Guy Môquet ? La République est-elle comptable des crimes de Vichy ?

Ces questions, Nicolas Sarkozy et son conseiller spécial, Henri Guaino, les posent sans complexes. Comme prévu, les historiens se raidissent, la gauche crie à la manipulation des symboles, et l’Elysée persiste. Le chef de l’Etat et son idéologue ont de bonnes raisons d’exalter ainsi le passé. Ils voient dans la nation un antidote providentiel à la mondialisation qui désincarne la France, un remède nécessaire aux forces centrifuges qui minent le vivre ensemble dont parlait Ernest Renan (1823-1892).

Nicolas Sarkozy ne connaissait pas la lettre de Guy Môquet, qu’il a décidé de faire lire le 22 octobre dans tous les lycées. C’est Henri Guaino, gaulliste nostalgique, qui la lui a mise sous les yeux pendant la campagne présidentielle.

A qui appartient la mémoire de ce jeune communiste fusillé à 17 ans par les Allemands, en octobre 1941 ? A tous, affirme l’Elysée. A nous, rétorquent les communistes, non sans arrière-pensées. Exalter le sacrifice de Guy Môquet, c’est passer sous silence l’un des épisodes les moins glorieux de l’histoire du Parti communiste français: l’adhésion du parti au pacte Hitler-Staline d’août 1939. Une trahison qui, en février 1940, valut au père de Guy Môquet, Prosper Môquet, d’être déchu de son mandat de député.

Otages de mémoires concurrentes, les enseignants et les chercheurs, en particulier les historiens, ont le sentiment d’être abusés, dépossédés. Ils disent "instrumentalisés". Dans L’Humanité, une professeure de lettres s’insurge contre la circulaire demandant aux enseignants de lire la lettre d’adieu de Guy Môquet: "Cette circulaire transforme cet hommage au résistant qu’il était en une sorte d’ode à l’obéissance."

Histoires d’hier, querelles d’aujourd’hui. La gauche s’exaspère tout autant de l’invocation par la droite de ses grands hommes: Léon Blum, Jean Jaurès, Jules Ferry... Voulue par Jacques Chirac - horresco referens -, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration est révélatrice de ces tiraillements, dont les travailleurs étrangers sont souvent l’enjeu.

A quelques semaines de son ouverture au public, porte Dorée, à Paris (12e), une poignée d’historiens décidaient de quitter son conseil scientifique pour protester contre la création d’un ministère de l’immigration et de "l’identité nationale". Les mêmes historiens sont revenus à la charge, début octobre, pour contester la création d’un Institut d’études de l’immigration au sein du Haut Conseil à l’intégration. Son inauguration par le ministre, Brice Hortefeux, a dû être reportée sine die.

Guy Môquet, identité nationale... Henri Guaino revisite le passé avec une telle passion qu’il lui arrive de mettre Nicolas Sarkozy en porte-à-faux. Le régime de Vichy était-il la France ? Non, disait de Gaulle. Oui, a dit Jacques Chirac. Non, a expliqué Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, dans un discours inspiré par Henri Guaino: "La France n’a pas commis de crime contre l’humanité, la France n’a pas commis de génocide."

Si la France en tant que telle n’est pas coupable de la rafle du Vél’d’Hiv’, pourtant organisée par la police française, c’est donc Vichy qui est responsable. Retour à la vulgate gaulliste. C’est ce qu’on avait cru comprendre jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy, élu président de la République, assure qu’il n’avait "rien à ajouter et rien à retrancher au très beau discours de Jacques Chirac". En juillet 1995, commémorant la rafle de 1942, l’ancien président avait affirmé que "la France" des années d’Occupation avait commis "l’irréparable", la France et non l’Etat français.

Dans Le Monde du 27 juillet, Serge Klarsfeld, président de l’association Les Fils et Filles de déportés juifs de France, se félicitait aussitôt de ce retour à l’orthodoxie chiraquienne. Qu’en a pensé Henri Guaino ? On le sait depuis l’interview qu’il a accordée à Libération (20-21 octobre). Il ne désarme pas: "Ma France à moi, elle n’était pas à Vichy. Je ne vais pas me repentir de quelque chose que je n’ai pas fait..."

BROUILLONNE, INTÉRESSÉE, APOCRYPHE

Ces messages contradictoires, cet empilement de propos n’embarrassent pas Nicolas Sarkozy. Contrairement à son conseiller spécial, ce n’est pas un idéologue. Il ne se sert pas de l’histoire comme d’un corps de doctrine, mais comme d’une boîte à outils, au risque d’entretenir, par ses zigzags, la guerre des mémoires.

Comme pour le régime de Vichy, la France ne sait pas sur quel pied danser avec l’immigration. Et encore moins avec la colonisation. Là aussi, la parole officielle empile, juxtapose, faute d’un accord sur une lecture commune du passé.

Le Palais de la porte Dorée, où la République se propose aujourd’hui de "changer le regard contemporain sur l’immigration", a d’abord abrité l’Exposition coloniale de 1931. Puis un musée des colonies. Puis un musée de la France d’outre-mer.

Les deux ailes de son grand hall Art déco hébergent toujours des fresques monumentales où se déhanchent, lascives, des négresses nues. Telle était, à l’apogée de l’empire, la vision de l’homme blanc.

Cette sédimentation de l’histoire est une constante du roman national. De la colonisation, certains ne veulent retenir que le côté présentable: Charles de Foucauld, Lyautey, les tirailleurs sénégalais... Les autres ne voient que sa face hideuse: le travail forcé, la torture en Algérie...

L’invocation de Guy Môquet brouille pareillement la mémoire nationale. Elle exalte un acte de résistance héroïque sans le resituer dans son contexte. Contrairement à Guy Môquet, la France profonde a collaboré ou elle a fait le dos rond.

De Gaulle le savait, mais il ne voulait pas le savoir. A peine revenu en métropole, en juin 1944, il s’adressait ainsi à des Normands maréchalistes la veille encore: "Ce que le pays attend de vous, c’est que vous continuiez le combat comme vous ne l’avez jamais cessé depuis juin 1940." De Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy, c’est la même vision de l’histoire nationale qui se perpétue. Brouillonne, intéressée et souvent apocryphe.

Les historiens s’insurgent. Ils ont bien raison. Mais ils n’y peuvent rien. Sinon fourbir leurs arguments pour la prochaine bataille de la guerre des mémoires". Bertrand Legendre Article paru dans l’édition du 25.10.07.


La manipulation des émotions (Contrejournal):

Le théâtre politique de Nicolas Sarkozy




jeudi 2 mai 2013

Point d'histoire: Hitler au pouvoir

 Il y a 80 ans...
__________L' arrivée de  Hitler reste encore en partie une énigme historique.
L'énoncé des faits, depuis la fin de la guerre de 14 est relativement facile à établir.
Mais les causes profondes, les rapports de force et les objectifs masqués des protagonistes affichés ou secrets, l'entrelacement des passions et des intérêts restent encore largement à décrypter.
Les desseins d'un homme seul, arrivant par sa seule volonté au pouvoir, conforme au discours officiel du régime, ne sont absolument pas explicatifs mais  relèvent d'une histoire "héroïque" naïve.
Les manuels évoquent les divisions et les erreurs de la gauche, la faiblesse d'une jeune démocratie, l'humiliation de la défaite et du Traité de Versailles, la renaissance du militarisme, l'occupation de la Ruhr, les erreurs de Brüning...
Mais tous ces ingrédients n'auraient pas à eux seuls contribué à conduire à l'aventure hitlérienne. Il aura fallu une succession de crises, monétaires, puis productives, un chômage massif.
Les causes économiques sont souvent mises en avant, notamment les conséquences de la crise économique et l'hyper-inflation allemande sous la république de Weimar, mais on les considère souvent comme importantes, sans plus, sans voir que le soutien final des groupes financiers et des industriels les plus puissants fut l'élément décisif dans la consécration du futur Chancelier.
On peut noter l'importance du 30 janvier : Le 4 janvier 1933, l'ancien chancelier von Papen et le banquier von Schroeder rencontrent Hitler à Cologne afin de définir un projet de gouvernement. Quelques jours plus tard, Hugenberg se rallie lui aussi à la solution Hitler. Von Papen arrive alors à convaincre Hindenburg que la nomination d'Hitler à la tête d'un gouvernement au sein duquel figureraient les principaux représentants de la droite nationaliste permettrait tout à la fois de "domestiquer les nazis" et d'obtenir une majorité à l'Assemblée. De leur côté, les principaux représentants des milieux financiers et industriels allemands (Krupp, Thyssen, Siemens, Schacht) envoient à Hindenburg une adresse lui conseillant d'appeler Hitler au pouvoir. Le 28 janvier 1933, Hindenburg demande à von Schleicher sa démission. Deux jours plus tard, il nomme Hitler Chancelier du Reich.
___Le 30 janvier, Hitler prend le pouvoir et le 1er février il déclare:  « Donnez-moi quatre ans et vous ne reconnaîtrez plus l'Allemagne ». Effectivement, ce fut un champ de ruines..
Sa résistible ascension  a connu bien des complicités, des atermoiements et des réticences avant de connaître l'accord fondamental des forces économiques qui comptaient. Mais, elle aurait pu être tuée dans l'oeuf.
.Dés1923, le patron sidérurgiste Stinnes disait à l’ambassadeur américain : « Il faut trouver un dictateur qui aurait le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire. Un tel homme doit parler la langue du peuple et être lui-même un civil ; nous avons un tel homme  . » Avec la crise économique de 1929, ces mêmes cercles ont décidé de miser sur le parti de Hitler qui a reçu de leur part un soutien accru. Sans leurs millions, Hitler ne serait jamais devenu aussi important.
___Le 19 novembre, des banquiers, de grands industriels et de grands propriétaires terriens demandent au président Hindenburg de nommer Hitler à la chancellerie. La rencontre entre le Premier ministre en exercice von Papen et Hitler dans la villa du banquier von Schröder le 4 janvier 1933 a scellé les arrangements qui ont conduit au 30 janvier 1933.
Certains patrons ont encore des doutes sur la capacité d’Hitler à contrôler son arrière-ban, chauffé par des discours démagogiques contre le grand capital. Mais Hitler les rassure. Le 20 février 1933, il reçoit le gratin du grand capital allemand. L’aile dite anticapitaliste du parti, qui avait cru à la démagogie de Hitler et pensait que les nazis prendraient aussi des mesures contre le grand capital, est éliminée. Pendant la nuit des longs couteaux, le 30 juin 1934, Hitler fait assassiner 1 000 cadres de ses propres sections d’assaut (SA).
Ce sont les Thyssen, Krupp, Siemens et autres qui ont déterminé la politique économique de Hitler. Il suffit de voir la composition du Haut comité économique sous le gouvernement nazi. Nous y trouvons Gustav Krupp von Bohlen, roi de l’industrie d’armement, Fritz Thyssen, baron de l’acier, C. von Siemens, roi de l’électricité, Karl Bosch, de l’industrie des colorants.
Le gouvernement Hitler bloque les salaires au niveau très bas de 1932, où ils étaient arrivés en raison de la crise. Les travailleurs sont privés de tous leurs droits et menacés d’emprisonnement dans un camp de concentration en cas de grève.
La loi nazie du 15 mai 1934 limite la liberté de changer d’employeur. Un livret de travail est introduit en février 1935. Sans ce document, aucun travailleur ne peut être engagé. Tout comme en Belgique au 19e siècle, un ouvrier qui désire travailler ailleurs peut en être empêché par son patron si celui-ci détient son livret de travail.... 
_______C’est au cours de l’année précédente que le mouvement de ralliement de la grande bourgeoisie au nazisme commença à se développer. " Le premier trimestre 1932 marque ainsi un ralliement massif, sinon général du grand patronat industriel à une solution politique dont les principaux bénéficiaires seraient les nazis. (…) le 26 janvier 1932, le banquier von Schröder, mécène de longue date du NSDAP, organise à Düsseldorf une rencontre entre le dirigeant nazi et environ 300 représentants du monde industriel. La partie n’est pas jouée au départ, car beaucoup n’ont jamais eu le moindre contact avec Hitler et se montrent plutôt méfiants à son égard. Or, en deux heures, le führer emporte l’adhésion enthousiaste de la majorité de l’assistance. Sur le conseil de Thyssen et de Schacht, il a troqué la chemise brune contre le complet bleu marine et le discours qu’il prononce est un modèle d’habileté, à la fois rassurant pour le patronat, dont l’autorité sera non seulement maintenue mais renforcée par un gouvernement national-socialiste, et prometteur d’un avenir grandiose. Les diatribes contre le pacifisme et l’hommage rendu à l’armée ne peuvent laisser planer aucun doute dans l’esprit de ses auditeurs : la politique des nazis sera une politique de réarmement et d’autarcie, ce qui ne peut déplaire aux producteurs de charbon et d’acier auxquels il s’adresse. Pour conclure, après avoir fustigé l’égalitarisme et la démocratie, Hitler brosse un tableau en noir et blanc du présent et du futur de l’Allemagne : " Aujourd’hui, nous nous trouvons au tournant du destin allemand. Si l’évolution actuelle se poursuit, l’Allemagne sombrera forcément un jour ou l’autre dans le chaos du bolchevisme, mais si une évolution est brisée, notre peuple sera pris dans une discipline de fer. " Il est ovationné. "
Dès le début de l’année 1933, ce mouvement de rapprochement va enfin connaître son dénouement, et l’alliance nouée entre le mouvement hitlérien et les deux principales fractions de la classe dirigeante traditionnelle.
Par intérêt et anticommunisme à courte-vue, Londres et Wall Street ( dont Prescott Bush et H.Ford) ont aussi contribué indirectement à mettre Hitler au pouvoir.
L'aide de goupes industriels américains à l'effort de guerre nazi, jusqu'en 1942, commence à être bien connue.
__Les accoucheurs du Führer
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vendredi 3 novembre 2023

Nasse meurtrière

     Désespérant!                                                                                                                                                                        Stupeur, effroi et incrédulité. Un "conflit" pas comme les autres. Un conflit qui tend fou...comme le dit Monat Chollet.                                                                                                                                                             Une situation insoluble dans l'état actuel des choses. On a mis trop longtemps la poussière sous le tapis, avec le silence ou la complicité des grands et la passivité/impuissance de l'ONU. Une explosion volcanique se préparait, pour les esprits avertis.   Jabaliya n'est qu'une phase tragique dans un déluge de feu. L'idée d'une paix juste devient problématique et celle de deux Etats, un mirage.  Malgré des protestations, même en Israël.    Paroles de Juif français...                                                                                                                                                                                                               On ne voit pas d'issue...Une impossible stratégie. Cela semble consacrer l'échec d'une utopie, devenue une chimère...La vengeance ne fera qu'amplifier le malheur et Netanyahou met en péril son peuple. (Voir ici). Malaise à gauche... __Atterré!


                   ______ Point de vue  [Merci à Mediapart __ Photos choisies par moi]

                                                       . "...Colère, accablement face à l’accumulation des souffrances insoutenables qui défilent sur nos écrans, sentiment d’injustice torturant, panique devant le déferlement de la propagande de guerre, angoisse mortelle devant ce cataclysme et ses probables répercussions : ces deux dernières semaines, rivée aux informations en provenance d’Israël-Palestine, j’ai eu plusieurs fois l’impression – comme beaucoup, je crois – de perdre la têteIl y a d’abord ce télescopage permanent entre deux grilles de lecture contradictoires, qu’on pourrait appeler la grille « héroïque » et la grille « coloniale ».

En Europe et aux États-Unis, l’État israélien reste perçu au seul prisme de la Shoah, comme le refuge des victimes de l’antisémitisme européen, de sorte qu’un halo d’innocence inamovible, systématique, irréel, entoure toutes les actions de son appareil gouvernemental et de son armée. Quoi qu’il puisse faire, cet État est le héros ou la victime, il incarne la vertu, et toute critique à son encontre ne peut se comprendre que comme une manifestation d’antisémitisme.

. En revanche, le monde arabe – qui n’est pour rien, lui, dans le génocide des juifs d’Europe – et le Sud en général voient Israël tel qu’il est aussi. C’est-à-dire, plus prosaïquement : un État surarmé, soutenu inconditionnellement par la première puissance mondiale, fondé sur le colonialisme, sur le massacre ou l’expulsion, en 1948, d’une grande partie des Palestiniens ; un État qui occupe illégalement la Cisjordanie et Gaza en ignorant les résolutions de l’ONU et qui y mène une politique d’apartheid (« développement séparé ») en multipliant les exactions et les confiscations de nouvelles terres, de nouvelles maisons.

Si terrible qu’elle ait été, l’attaque du Hamas n’a rien changé à ce rapport de forces radicalement déséquilibré entre occupant et occupé (lire notre entretien avec Michel Warschawski).   La mémoire du colonialisme – et non la solidarité religieuse – est déterminante dans le soutien des pays arabes aux Palestiniens (c’est le cas en Algérie, en particulier). Ce soutien s’explique aussi parfois par une expérience directe, concrète, des conflits du Proche-Orient. Il y a quelques années, une de mes amies, une artiste libanaise qui vit en France et qui a gardé un stress post-traumatique des années de guerre, avait été invitée à participer à un festival en Israël. Elle m’avait demandé pensivement : « Est-ce que tu crois que je peux leur dire que je leur en veux quand même un peu d’avoir bombardé ma maison ? »

Comme le résume le chercheur Gilbert Achcar, « en dehors du monde occidental, on ne voit pas les Israéliens – je ne parle pas des juifs en général, mais bien des Israéliens – comme des héros ou des victimes, mais comme des colons, protagonistes d’un colonialisme de peuplement ».                                               La grille de lecture du Sud est partagée en Occident par de nombreuses personnes qui font elles-mêmes l’expérience du racisme et/ou qui portent une mémoire familiale du colonialisme et, plus largement, par des militants politiques de gauche – dont de nombreux juifs. Tous ces gens sont sensibilisés à l’injustice que vivent les Palestiniens, mais ils sont conscients aussi de ce que la politique menée jusqu’ici a de désastreux, y compris pour les Israéliens.

Encourager ces derniers à s’accrocher à la grille de lecture héroïque, c’est en effet les pousser à se fourvoyer toujours plus, comme un voyageur à qui on donnerait une carte délibérément tronquée du pays qu’il est amené à traverser. Ce n’est pas du « soutien », c’est un cadeau empoisonné. En 2001, sous le titre « Ils ne font pas le lien », la journaliste israélienne dissidente Amira Hass avait rapporté une anecdote très parlante.

À un checkpoint, en Cisjordanie, un de ses amis palestiniens, en voiture avec son fils de dix ans, avait été interpellé par un soldat qui lui avait lancé en agitant son arme : « Voulez-vous la paix ? Voulez-vous la paix ? » Surpris, l’homme avait balbutié : « Oui, évidemment. » Avant qu’il ait eu le temps d’expliquer ce qu’il entendait par « paix », le soldat lui avait répliqué : « Alors pourquoi ton fils me regarde avec autant de haine ? »

Effectivement, on ne peut pas comprendre le regard de haine d’un jeune garçon, si on se perçoit comme l’innocence incarnée alors qu’on est un soldat d’une armée d’occupation qui terrorise et humilie toute une population.

Pour l’Occident, cependant, la grille de lecture « héroïque » est une aubaine. Elle permet de faire coup double, voire triple : en soutenant fanatiquement la politique israélienne, les Européens délèguent à cet État le rôle – sacrément risqué – de gardien de leurs intérêts au Proche-Orient ; ils se dédouanent (ou croient se dédouaner) à bon compte de leur culpabilité dans la Shoah ; et, à l’abri de cet écran vertueux, ils peuvent donner libre cours à leur refoulé colonial sans aucune limite, à travers leur perception et leur traitement des Palestiniens.                                                                                                                                      La vision idyllique d’Israël, combinée à un racisme anti-Arabes phénoménal, conduit ses alliés occidentaux à mépriser ou à diaboliser les Palestiniens, et à justifier – voire à approuver – leur écrasement, perçu comme de la légitime défense de la part de l’occupant. À les écouter, on a l’impression que c’est la Palestine qui occupe Israël, et non l’inverse. Alors qu’il y avait déjà à Gaza le triple du nombre des victimes israéliennes de l’attaque du Hamas, alors qu’une population prisonnière subissait un blocus impitoyable et un déluge de bombes, la présidente de l’Assemblée nationale française, Yaël Braun-Pivet, parlait encore du « droit d’Israël à se défendre », affirmant le 22 octobre : « Il y a un attaquant et des attaqué

Les Palestiniens se retrouvent ainsi piégés dans une sorte de trappe de la conscience occidentale. « Nous sommes les victimes des victimes, les réfugiés des réfugiés », constatait en 1999 l’intellectuel américano-palestinien Edward Saïd – une formule amère restée célèbre. Dans un effort désespéré pour les libérer de cette trappe, pour dessiller les yeux de l’Occident, les tenants de la grille de lecture coloniale sont parfois tentés de jeter sur la place publique les atrocités commises par l’armée israélienne ou par les colons                                                                                                                              Lors des bombardements sur Gaza de 2008-2009, le quotidien communiste  L’Humanité, soutien historique des Palestiniens, avait ainsi mis à sa une (7 janvier 2009) la photo de la tête d’une fillette tuée, reposant au milieu des gravats, maculée de poussière et de sang. Un choix sensationnaliste et indéfendable, mais révélateur. « Nous restons éveillés la nuit, à la lueur vacillante de nos téléphones, cherchant la métaphore, la vidéo, la photo qui prouvera qu’un enfant est un enfant, écrit aujourd’hui l’autrice américano-palestinienne Hala Alyan. Quelle est l’image qui marchera finalement ? Celle de cette moitié d’enfant sur un toit ? Celle de cette petite fille croyant reconnaître le corps de sa mère parmi les morts ? »

Cependant, ces efforts sont interprétés par ceux qu’ils voudraient convaincre comme le signe d’un acharnement, d’une fixation antisémite et d’une volonté malsaine de diaboliser Israël. Ils produisent donc l’effet inverse à celui qui était recherché : ils renforcent encore la grille de lecture héroïque. Un cercle vicieux parfait. 

Quand ils ne sont pas diabolisés, perçus comme une horde indistincte et barbare, congénitalement violente et « terroriste », les Palestiniens sont traités comme quantité négligeable. Leur invisibilisation vient de loin ; elle vient du mensonge premier, du slogan des débuts du sionisme : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». 

L’accusation d’antisémitisme systématique contre les défenseurs des Palestiniens dit aussi cela : ceux qui la profèrent n’imaginent même pas qu’on puisse sérieusement se soucier de ces gens ; la critique d’Israël ne peut donc s’expliquer que par l’antisémitisme. Le mur de séparation en Cisjordanie et la clôture high-tech de Gaza traduisent de la manière la plus concrète le refus de les voir, de les prendre en compte, d’admettre leur existence.

Starhawk et l’effacement complet des Palestiniens

Au cours des années 2000, la militante de gauche américaine et « sorcière néopaïenne » Starhawk a mené de nombreuses actions de solidarité en Palestine. Juive « de naissance et d’éducation », dit-elle, elle est venue au monde en 1951, peu après la Seconde Guerre mondiale. Dans un texte écrit lors des bombardements sur Gaza de 2008-2009, elle se souvenait du récit mythologique de la création d’Israël qui avait bercé son enfance. Et elle commentait : « C’est une histoire puissante, émouvante. Elle ne présente qu’un seul défaut : elle oublie les Palestiniens. Elle doit les oublier, parce que, si nous devions admettre que notre patrie appartenait à un autre peuple, elle en serait gâchée. […] Golda Meir disait : “Les Palestiniens, qui sont-ils ? Ils n’existent pas.” » 

Une affirmation que le ministre des finances actuel, Bezalel Smotrich, l’un des chefs de file de l’extrême droite israélienne, qui vit dans une colonie de Cisjordanie, a réitérée en mars dernier à Paris, créant un petit scandale.

Le 18 octobre dernier, Starhawk a publié une version remaniée de son texte de 2008, et elle y a ajouté cette remarque : « Quand un peuple entier est effacé du récit, la tentation devient irrésistible de l’effacer complètement. » Et, en effet, l’invisibilisation des Palestiniens, nécessaire à la préservation du mythe national, rend possible une logique génocidaire.

Les Gazaouis sont aujourd’hui massacrés d’une telle manière que de plus en plus de voix prononcent le mot « génocide » : le philosophe Étienne Balibar en France, le Centre américain pour les droits constitutionnels, l’organisation américaine If Not Nowdes experts de l’ONU, un journaliste britannique qui a couvert le génocide rwandais, une ministre espagnole, la philosophe américaine Judith Butler (membre du bureau de Jewish Voice for Peace), le président brésilien

Ce qui définit un génocide selon la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide, ce sont des actes commis « dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel ». Le massacre d’environ huit mille hommes par l’armée serbe à Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, en juillet 1995, est ainsi considéré comme un génocide.

Ici, le fait de priver toute une population d’eau, de nourriture, d’électricité, le vocabulaire déshumanisant utilisé par le ministre de la défense israélien, Yoav Galant, qui disait le 9 octobre : « Nous nous battons contre des animaux humains », la déclaration du président Isaac Herzog rejetant, le 12 octobre, l’idée que les civils gazaouis soient innocents, ainsi que les mots du porte-parole de l’armée Daniel Hagari, le lendemain, selon lesquels ce qui était recherché était « les dégâts et non la précision » – une franchise tout à fait nouvelle –, pourraient indiquer qu’on se trouve dans ce cas de figure. Le 24 octobre, 42 % des habitations de Gaza avaient été détruites.

Les mêmes éléments de langage repris ad nauseam

Dans un XXIe siècle hyperconnecté, exterminer – ou laisser exterminer – une population oblige à investir autant dans la communication que dans les armes, afin de persuader l’opinion occidentale de l’approuver, ou au moins de l’accepter sans broncher. Cela implique de persuader les spectateurs qu’ils ne sont pas réellement en train de voir ce qu’ils sont en train de voir. Un article du site Arrêt sur images rappelle que « pour étouffer le récit d’occupation gazaoui, l’État israélien dispose d’un véritable arsenal technique et humain dédié aux “psyops”, la guerre psychologique et informationnelle ». Les utilisateurs de YouTube et de X-Twitter en ont eu un aperçu quand des bannières « publicitaires » se sont invitées sur leurs écrans pour justifier les bombardements sur Gaza en soulignant l’horreur de l’attaque du Hamas – quitte à trahir la mémoire de certaines des victimes, qui étaient des militants pour la paix.

Alors même qu’elle pilonne des civil·es, l’armée israélienne est présentée comme une bande de braves gars pleins de bonne volonté et de combattantes valeureuses et sexy ; des journalistes français relaient sans aucun recul la parole de ses représentants, toute déontologie jetée aux orties.

Les discours affirmant la supériorité civilisationnelle de l’Occident (« C’est un combat des enfants de la lumière contre les enfants des ténèbres », a déclaré Benyamin Nétanyahou le 16 octobre) sont particulièrement pénibles, alors même que la soif de vengeance indistincte qui s’exprime partout, en Israël, aux États-Unis ou en France, reproduit précisément la logique animant les membres du Hamas. 

Comme lors des précédentes campagnes de bombardements intenses sur Gaza, en 2008-2009, puis en 2014 – ce que les généraux israéliens appelaient « tondre le gazon » –, les mêmes éléments de langage sont repris ad nauseam, leur absurdité étant compensée par leur matraquage illimité. Cette fois, la puissance de ce rouleau compresseur est encore décuplée, en France, par la bollorisation du paysage médiatique (les chaînes d’information en continu, en particulier), et plus généralement par l’extrême-droitisation accélérée du climat politique.

Les arguments censés justifier la destruction des vies palestiniennes ont été pulvérisés par l’humoriste égyptien Bassem Youssef (marié à une Gazaouie) dans une prestation face à Piers Morgan sur Sky News devenue virale.                         « Israël a la seule armée du monde qui avertit les gens avant de les bombarder. Qu’est-ce que c’est mignon ! C’est tellement sympa de leur part ! » ; « Hassan, le cousin de ma femme, c’est un bon à rien, il n’arrive jamais à garder un boulot, il a raté l’entretien pour devenir bouclier humain » ; « Est-ce que chacun des quatorze mille civils déjà tués ou blessés dissimulait une cible militaire ? Parce que, si c’est le cas, ça fait beaucoup d’armes. Le Hamas est blindé ! » ; « Oh, alors ce sont des “dommages collatéraux” ? Très bien, dans ce cas, pas de problème. Ça se défend. »

La vision des Gazaouis en Occident, un « effet “Homeland” »

Dans un précédent billet, j’ai écrit qu’il était plus facile pour les Occidentaux de s’identifier aux Israéliens, au mode de vie très semblable au leur, qu’aux Palestiniens. J’aurais dû préciser que toute identification avec ces derniers était activement découragée par le discours gouvernemental israélien.

Il y a vingt ans, l’entourage d’Ariel Sharon martelait déjà cet argument pour justifier son refus de négocier avec l’Autorité palestinienne : « Il faut prendre la mesure de ce que représente un attentat en Israël. Quarante morts là-bas, c’est comme s’il y en avait quatre cents en France. » À l’époque, le journaliste de Politis Denis Sieffert faisait observer qu’on ne tentait jamais le même rapport avec les Palestiniens : « Plus de deux mille morts sur trois millions d’habitants en deux ans, cela n’équivaut-il pas à quarante mille en France ? » (Télérama, 15 janvier 2003)

Même invisibilisation, même déshumanisation, il y a quelques jours, quand le compte X-Twitter d’Israël a admonesté Greta Thunberg, qui venait de clamer son soutien aux Gazaouis bombardés, en lui répondant que les jeunes Israéliens fauchés par le Hamas lors du festival de musique auraient pu être ses amis. C’est vrai, bien sûr. Mais pourquoi n’aurait-elle pas aussi pu être amie avec les jeunes Gazaouis tués ? 

Il y a, dans la vision méprisante qu’on se fait généralement des Gazaouis en Occident, ce qu’on pourrait appeler un « effet Homeland ». En 2015, l’épisode 2 de la saison 5 de cette série d’espionnage américaine avait suscité l’atterrement ou l’hilarité dans le monde arabe. Il était censé se dérouler à Beyrouth, mais la capitale libanaise avait été représentée comme un dédale de ruelles poussiéreuses, une succession de gargotes et de gourbis louches – là où, dans la réalité, il y avait plutôt des Starbucks. 

De la même manière, loin des fantasmes, il se trouve que, en dehors du fait qu’ils sont parqués sur une étroite bande de terre, entre la Méditerranée et une clôture barbelée, et qu’ils sont gouvernés par le Hamas, ce détestable produit de l’occupation, les Gazaouis sont des gens ordinaires, ni plus ni moins « modernes » que d’autres sociétés.

Si les États-Unis avaient forcé Israël à mettre fin à l’occupation il y a trente ans...

Dans le même temps, en France, le soutien à la politique israélienne semble permettre, ou accompagner, une grande décharge non seulement du refoulé colonial, mais aussi du refoulé antisémite. Comme le rappelle le collectif Tsedek !, en France, ces dernières années, le gouvernement d’Emmanuel Macron a multiplié les hommages aux figures historiques de l’extrême droite (le maréchal Pétain, Charles Maurras, Jacques Bainville) ; un ministre – Gérald Darmanin – a écrit pour l’Action française et relayé les thèses antisémites de Napoléon.        _La semaine dernière, Charlie Hebdo a publié une caricature représentant les otages israéliens du Hamas avec des nez crochus. L’un des succès de la rentrée littéraire 2023 est un livre présentant une collabo ayant dénoncé ses voisins juifs pendant la guerre comme une « femme libre ».

Une bonne partie de l’extrême droite se range derrière le gouvernement israélien, et certains juifs de France acceptent son soutien, ce qui, comme le résumait bien l’humoriste Waly Dia dans une chronique, est à peu près aussi prudent que de « faire du bouche-à-bouche à un cobra ».                                              On a le vertige en pensant à la quantité de violence qui aurait pu être évitée si les États-Unis avaient obligé Israël à mettre fin à l’occupation il y a trente ans. Maintenant, il est peut-être trop tard. Il est bien possible que les « soutiens » d’Israël aient condamné les Palestiniens à subir de manière définitive le même sort que les Amérindiens, parqués dans des réserves, décimés, diabolisés, méprisés, et les Israéliens à devenir les nouveaux cow-boys de ce nouveau Far West, des geôliers éternels – un destin sordide qui marquerait un échec historique terrible.

________________Et la violence risque de se répandre dans le reste du monde : déjà la guerre menace de gagner le Liban ; le risque terroriste se renforce ; les agressions et incidents antisémites et islamophobes se multiplient. Les partisans d’une paix juste – une paix qui ne soit pas celle des cimetières – vont devoir s’accrocher plus que jamais." [Mona Chollet___Désolé pour les liens du texte, défectueux...Mytère de la transcription?..]

Espérer encore?... __________________________________