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samedi 3 août 2024

Connaissez-vous Ayn Rand?

Il y peu de chances, ici, en France

            Mais ce auteur connaît encore aux USA une influence extraordinaire dans certains milieux des affaires et de la politique, surtout de tendance libertarienne , à tel point qu'elle fut le livre de chevet de R.Reagan (à l'instar de la bible) et que Trump s'en réclame souvent, même sil ne respecte pas toujours l'esprit de sa pensée. Un oeuvre qui est l'aboutissement d'une histoire personnelle singulière. Papesse de l'ultralibéralisme du reaganisme et du thacherisme notamment, dont Trump et les libertariens restent des admirateurs inconditionnels, dans leurs critiques du rôle de l'Etat et de la justice sociale, de la redistribution. Une apologie de la réussite personnelle ou du self made man. Une gourou pas comme les autres, qui a surfé sur la vague néolibérale des économistes de l'école de Chicago, notamment d'un de ses influents promoteur Friedman, après la période où l'influence de Rooseelt et du Welfare State était dominante. 

Une philosophie politique "impossible"        [notes]               

  Il est des systèmes de pensée politique que l'on peut qualifier de plus ou moins utopiques (même si l'utopie d'aujourd'hui peut être la réalité de demain, comme le suggérait Victor Hugo...), qui prônent, surtout depuis le XIX° siècle, et précisent les conditions d'une société où la solidarité et le partage deviendraient des valeurs dominantes, à l'heure où l'individu livré à lui-même, était soumis à l'arbitraire de ses employeurs, sans règles ni droits contre  l'association pour la défense de ses intérêts légitimes. Owen, Proudhon, Bakounine, Marx, Jaurès, chacun à sa manière...Les luttes ouvrières sont marquées par des idées émancipatrices qui montraient le chemin.

                          Mais  il est une écrivaine au destin singulier, au parcours compliqué, se réclamant d'un Nietzsche mal compris, qui prône une éthique de l'égoïsme, du chacun pour soi, qui est devenue  l'héroïne des libertariens aux USA, que l'on pourrait qualifier d' odieuse et moderne, comme le fait un commentateur.
   Elle a inspiré plus ou moins fortement la "pensée" économique de Reagan et de toux ceux qui ont suivi la voie de l'ultralibéralisme, en poupe depuis les années 70. Elle continue à avoir une influence sur une certaine droite américaine, notamment sur Mitt Romney. Elle allait jusqu'à juger comme immoraux les programme soçiaux.
    La réussite et l'enrichissement individuels comme idéal, l'égoïsme comme horizon: c'est devenu le leitmotiv du monde des affaires, contre l'exigence de solidarité sociale demandée par Roosevelt.
  L'idéal est l' individu sans liens...:, comme si ce pouvait être un but assignable, une réalité vivante.
    Un retour à l'"individualisme possessif", terreau et conséquence de la "révolution conservatrice" chère à Margaret Thatcher, fidèle lectrice de Hayek,Friedman, De von Mises...

    Rand est passée de fait de l'individualisme radical à l'éloge du conformisme néolibéral, qui s'emploie à dissoudre les liens de solidarité et à désarmer l'individu face aux pressions marchandes.

Un retour à l'"individualisme possessif", pointé déjà par Hobbes.
Même beaucoup de ceux qui défendent encore la pensée de Ayn Rand voient assez vite les impasses où elle conduit.
     Et, pour le moins, la philosophie ultralibérale d’Ayn Rand passe mal de la théorie à la pratique 
       A l'heure où les valeurs de solidarité sont en baisse, de dérégulations en prétendues "modernisations", on peut encore lire Rand, comme vaccin pour s'immuniser un peu plus contre un certain individualisme, valeur en hausse dans le monde du business et de la société imprégnée par les valeurs mercantiles, où l'Etat apparaît comme un frein ( "l'Etat est le problème") mais destructrice du tissu social et source de violences.

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samedi 29 juillet 2017

Connaizssez-vous Ayn Rand ?

Une philosophie politique "impossible"        [notes]               
Il est des systèmes de pensée politique que l'on peut qualifier de plus ou moins d'utopiques (même si l'utopie d'aujourd'hui peut être la réalité de demain, comme le suggérait Victor Hugo...), qui prônent, surtout depuis le XIX° siècle, et précisent les conditions d'une société où la solidarité et le partage deviendraient des valeurs dominantes, à l'heure où l'individu livré à lui-même, était soumis à l'arbitraire de ses employeurs, sans règles ni droits contre  l'association pour la défense de ses intérêts légitimes. Owen, Proudhon, Bakounine, Marx, Jaurès, chacun à sa manière...Les luttes ouvrières sont marquées par des idées émancipatrices qui montraient le chemin.
                          Mais  il est une écrivaine au destin singulier, au parcours compliqué, se réclamant d'un Nietzsche mal compris, qui prône une éthique de l'égoïsme, du chacun pour soi, qui est devenue  l'héroïne des libertariens aux USA, que l'on pourrait qualifier d' odieuse et moderne, comme le fait un commentateur.
   Elle a inspiré plus ou moins fortement la "pensée" économique de Reagan et de toux ceux qui ont suivi la voie de l'ultralibéralisme, en poupe depuis les années 70. Elle continue à avoir une influence sur une certaine droite américaine, notamment sur Mitt Romney. Elle allait jusqu'à juger comme immoraux les programme soçiaux.
    La réussite et l'enrichissement individuels comme idéal, l'égoïsme comme horizon: c'est devenu le leitmotiv du monde des affaires, contre l'exigence de solidarité sociale demandée par Roosevelt.
  L'idéal est l' individu sans liens...:, comme si ce pouvait être un but assignable, une réalité vivante.
    Un retour à l'"individualisme possessif", terreau et conséquence de la "révolution conservatrice" chère à Margaret Thatcher, fidèle lectrice de Hayek,Friedman, De Mises...
    Rand est passée de fait de l'individualisme radical à l'éloge du conformisme néolibéral, qui s'emploie à dissoudre les liens de solidarité et à désarmer l'individu face aux pressions marchandes.
Un retour à l'"individualisme possessif", pointé déjà par Hobbes.
Même beaucoup de ceux qui défendent encore la pensée de Ayn Rand voient assez vite les impasses où elle conduit.
     Et, pour le moins, la philosophie ultralibérale d’Ayn Rand passe mal de la théorie à la pratique 
       A l'heure où les valeurs de solidarité sont en baisse, de dérégulations en prétendues "modernisations", on peut encore lire Rand, comme vaccin pour s'immuniser un peu plus contre un certain individualisme, valeur en hausse dans le monde du business et de la société imprégnée par les valeurs mercantiles, mais destructrice du tissu social et source de violences.
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mardi 8 octobre 2013

Au commencement était Hayeck

 L'ère de la cupidité
                                 Axel Kahn ne vit pas que dans l'horizon de son laboratoire. Il lui arrive parfois de descendre dans l'arène et de prendre, avec plus ou moins de bonheur, mais toujours avec clarté, une certaine hauteur philosophique sur des problèmes éthiques ou de se mêler de problèmes politiques de fond, comme tout citoyen est en droit de le faire et devrait le faire.
      Donc, le citoyen Kahn (ne pas confondre avec Citizen Khan! ☻...), dans un ouvrage récent, prône une rupture avec la cupidité sans bornes, comme le préconisait avant lui Stiglitz, qui mine la société en générant de graves dysfonctionnement et des inégalités inouïes et croissantes. Il situe les sources du mal au début de la vague libérale, initiée dans les années 70 et la folie financière spéculative qui a suivi, mais qui était en germe dans le système..  Hayeck, pourfendeur de l'Etat et idolâtre du marché et de son "ordre spontané",  représente l'initiateur théorique de ces dérives, de la rupture de fragiles digues contre le tsunami des liquidités financières mondialisées.
      Le virage de la révolution conservatrice fut théorisé et préparé par l'Ecole de Chicago et son mentor, Milton Friedman, qui inspira les choix économiques de Reagan, de M.Thatcher et connu l'application que l'on sait sous le régime chilien de Pinochet.
  La  faillite de ce  modèle crève aujourd'hui les yeux, la  nasse néolibérale compromet la production, le développement  et la cohérence de nos sociétés.
   La cupidité éclate avec évidence dès le début de ce qu'il est convenu d'appeler la crise: l'affaire Enron était un préambule, le scandale Madoff avait stupéfié le monde par son aspect d'escroquerie massive et cynique. Le monde de la finance et ses satellites apparaissaient pour ce qu'il est: un monde de dérégulation, de mauvais coups calculés (subprimes), de trading haute-fréquence, de jeu de super-casino,  d'errances boursières. Dans le domaine des manipulations financières, Goldman Sachs incarnait ( ça continue...) le summum des méfaits d'un superorganisme  sans contrôle. Alain Minc osait parler d'argent fou...(L'actuelle balkanysation n'en est qu'une (petite) expression...) 
       Aujourd'hui, malgré quelques rafistolages de façade, de timides propositions de régulation l'économie, l'industrie financière, presque entièrement déconnectée de l'économie réelle, constitue toujours une menace, car rien de fondamental n'a été réglé.
     Il est nécessaire que ne soit pas que certains économistes, même attérés, qui nous alertent sur les dangers de la financiarisation livrée à sa seule logique, de ses aspects court-termistes,  de sa mise sous tutelle des Etats.
           Mais la condamnation morale de la course au profit, de l'égoïsme comme horizon,  ne suffit pas et n'explique qu'un aspect du problème, car la question de fond est celle de structures absentes ou défaillantes, de cadres institutionnels nationaux et internationaux qui ne jouent plus leur rôle. Si l'égoîsme est humain, il peut être contenu par une volonté politique orientée par d'autres choix, comme l'avait compris un temps Roosevelt avec succès, qui voulait faire plier la finance, prédatrice à ses yeux, et mettre au pas les plus grandes fortunes, au service du bien commun, cher à Aristote. Le rapport à l'argent n'est pas naturellement déterminé. Ce qu'un marché financier aveugle a fait, une vraie régulation peut le défaire. Le problème est politique, au sens aristotélicien. Il ne suffit pas de fustiger l'argent-idole...
  Il serait temps que l'on sorte de certains aveux timorés pour aboutir à une révolution dans les faits...Le système est trop métastasé pour se guérir de lui-même. La première démarche serait de mettre les banques sous contrôle étatique, comme le voulait De Gaulle, comme le préconisait Kennedy, comme le demande Fitoussi, non seulement pour mettre fin à la spéculation stérile, mais surtout pour mettre en oeuvre, en orientant intelligemment l'épargne publique, des projets industriels innovants.
       Laissons le dernier mot à notre médiatique généticien:
"... Les nouvelles règles imposées dans les années 80, la promotion de la cupidité sans bornes au rang de seul moteur crédible d'une croissance aux bienfaits universels..., la dénonciation virulente de tout régulateur public capable de poser la question de l'intérêt général qui condamnaient à terme l'ensemble du système. Même après les rafistolages des années 2008-2010, la situation est loin d'être durablement stabilisée, les déséquilibres restent gigantesques, les dettes publiques des anciennes puissances dominantes ont atteint des niveaux insupportables à terme.
Pour ne prendre que l'exemple de la Chine et des Etats-Unis, la première, véritable manufacture à l'échelle du monde, a pour l'instant un intérêt évident à ce que les seconds continuent de consommer ses produits. Elle se sert par conséquent de ses gigantesques réserves de devises pour acheter les bons du Trésor par lesquels la dette américaine est financée. Si jamais la crise s'aggravait encore au point que la solvabilité à terme des Etats-Unis devienne si douteuse que la Chine stoppe la perfusion qui les maintient à flot, le désastre d'une intensité encore inconnue serait planétaire.
Voilà où nous conduit l'abandon explicite de toute finalité à l'économie autre que son propre dynamisme fondé sur la promotion par les individus de leurs intérêts personnels. Or l'évolution darwinienne a doté l'homme de traits particuliers changeant la nature et la manifestation des passions. La lutte pour la vie dans le monde de nature est ainsi marquée chez Homo sapiens par la volonté de puissance, par la capacité de sympathie et d'empathie constitutive du désir de justice et du sentiment de solidarité. Limiter les conséquences de la volonté de puissance et de la gloutonnerie afin de respecter la justice et la solidarité, ce sont des desseins dénués de sens au sein de la nature non humaine, mais à l'évidence essentiels chez nos semblables..."

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lundi 7 novembre 2022

Solidarité

Une valeur en baisse.

                                   L'esprit de la novlangue libérale, surtout depuis une quarantaine d'années, continue à produire ses effets de délitement social, de repli sur soi, sur ses propres intérêts à court terme. en même temps que continue à se développer un consumériste stimulé par des intérêts privés qui s'insèrent de plus en plus dans l'espace public. L'individu tend à devenir plus un consommateur, toujours sollicité, qu'un citoyen averti, soucieux du bien public, condition du sien propre. L'horizon de ses choix et de ses perspectives tend à ne pas dépasser les valeur que dispensent les cercles marchands.                             

_             Le repli de l'individu sur lui-même, le chacun pour soi,  qui détruit les solidarités anciennes, sous l'effet de la montée du chômage, du consumérisme compulsif et de l'imprégnation des valeurs libérales, est palpable depuis une trentaine d'années, même en milieu non urbain. Il irrigue tant le tissu social que la cellule familiale, mise à mal par un individualisme souvent destructeur de liens. Le ciment s'effrite, qui permettait naguère des échanges denses et multiples, une vie associative développée, un certain souci de l'autre._Sans idéaliser le passé, nous glissons, sans nous en rendre compte, vers une sorte de régression (provisoire?), où la concurrence devient la règle et l'individualisme le principe, affiché ou tacite.
"...Il ne fait pas de doute qu'une des pentes des sociétés marquées par l'éclatement des encadrements familiaux et religieux ainsi que par l'argent-roi ne conduise à l'affaiblissement de la force d'obligation de tout un ensemble de devoirs, au primat des intérêts privés, au « après moi le déluge », autrement dit un individualisme sans frein, sans souci des autres, sans respect de la loi. Tout simplement un individualisme irresponsable." (Hanse-love)

___La solidarité ne va pas de soi.
Elle résulte de volontés individuelles conditionnées par un certain type d'éducation et par des institutions qu'il faut sans cesse entretenir, améliorer et recréer, un "esprit du temps", qui la stimule ou l'affaiblit. L'ethnologie nous apprend beaucoup là-dessus.
Le souci de l'a
utre n'est pas donné à la naissance. Le narcissisme est plutôt ce qui caractérise tout un chacun dès le début de la vie. L'enfant est naturellement d'abord autocentré, comme la psychanalyse le montre bien. Mais il se socialise peu à peu, sauf si les conditions font défaut.
L'enfant-roi et parfois tyran n'est-il pas souvent le produit de parents infantilisés?

_     Pourtant, un certain égoïsme, l'intérêt personnel, reste bien souvent de fait notre moteur d'action essentiel que nous le voulions ou non, même au coeur de nos attitudes que nous jugeons morales (La Rochefoucault allait jusqu'à dire que "Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer"
Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citati

Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citations

Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citati

). La morale est toujours ambivalente et notre humanité est un fragile vernis, qu'il faut entretenir.
       On peut affirmer, comme les économistes classiques, que la somme des intérêts individuels concourt à produire l'intérêt collectif, la richesse globale. En tant qu'agent économique, l'égoïsme ( et non la cupidité) est apparu très tôt comme un moteur créatif de liens sociaux, d'échanges et de progrès (Mandeville... A Smith..).
La théorie de l'individualisme possessif a été une des origines du capitalisme anglo-saxon, au développement spectaculaire des biens et des injustices. Revue et adaptée à la théorie hayekienne, elle a abouti à l'intransigeance sociale reaganienne, la 
dureté thatcherienne, _l'Etat ne jouant plus son rôle régulateur et redistributeur_ et aux crises d'aujourd'hui, qui sont d'abord des crises de l'inégalité et de la cupidité. Le sacro-saint marché devient roi et représente" une démocratie de consommateurs."(Ludwig von Mises)
_L'accumulation aveugle et sans justice a fini par produire des formes d'(auto)destruction. On aboutit à une sorte de chaos néolibéral où les dépossédés sont amenés à des formes d'expression désespérées, comme on l'a vu récemment à Londres. L'enrichissement croissant des plus riches, les coupes sombres dans les budgets sociaux, l'abandon de couches sociales de plus en plus paupérisés créent une désespérance qui menace la société toute entière...
"Si l'on ajoute à cela le sentiment que les banquiers, qui ont provoqué la crise financière de 2008 à la City, s'en sont sortis avec beaucoup d'égards et aujourd'hui pas mal de bénéfices, il n'est peut être pas si surprenant que les jeunes au bas de l'échelle sociale souhaitent, eux aussi, profiter d'une certaine impunité en brûlant et pillant. « J'ai le sentiment que la criminalité dans nos rues ne peut pas être dissociée de la désintégration morale dans les rangs les plus élevés de la société britannique moderne », écrit l'éditorialiste du Daily Telegraph Peter Oborne. « La culture de la rapacité et de l'impunité que nous avons vue sur nos écrans de télévision lors des émeutes s'étend jusque dans les conseils d'administration et au gouvernement. Elle inclut la police et de nombreux médias. Ce n'est pas seulement la jeunesse dérangée qui a besoin d'être réformée, mais la Grande Bretagne dans son entier. »

__Le développement de la culture du narcissisme, du consumérisme infantilisant, de l'ego-mania érigé en culte, fruits amers du système, dont nous sommes plus ou moins à la fois auteurs et victimes, ne pourra que renforcer la perte d'une certaine solidarité, sans laquelle une société ne peut être viable...
Seul un individualisme socialisé et dés-ensauvagé, civilisé, pourra être un gage d'un avenir supportable. Reste à en créer les conditions...
Ce n'est pas parce que l'égalité au sens strict est irréalisable qu'on doit abandonner les principes de justice et qu'on doit cesser de lutter pour une société plus solidaire, à la richesse plus équitablement répartie
L'homme n'est un loup pour l'homme que si les institutions de l'Etat démocratique ne jouent plus leur rôle.

                  "Une démocratie ne vaut et ne dure que si elle sait refondre constamment dans la communauté l'individualisme qu'elle fait naître" (J.de Lacretelle)     _____________________                           

lundi 5 novembre 2012

L'égoïsme comme horizon.

 Chacun pour soi...

________Tel est l'idéal éthique et politique de Paul Ryan, à l'avant garde de la droite conservatrice américaine décomplexée, partenaire de Romney et peut-être futur vice-président.
________"...Président de la commission du budget à la Chambre, il est un ardent défenseur d'une réduction des dépenses publiques, de coupes dans les programmes sociaux et d'une baisse des impôts de 20% pour tous les revenus, même ceux des plus riches.Il est également l'auteur d'un projet de privatisation de Medicare, le système d'assurance-maladie des seniors. D'ascendance irlandaise, fervent catholique, Paul Ryan est un farouche adversaire de l'avortement. Il s'y est très récemment déclaré favorable dans des cas limités --viol, inceste ou danger pour la mère--, une évolution de sa position précédente qui ne prenait en compte que la vie de la mère. Il est également contre les mariages homosexuels et défend les droits des propriétaires d'armes à feu. Fou de musculation"
Bref, un vrai blanc américain, battant, se déclarant self made man, digne de Reagan et de son idéal de libéralisme intégral", que les républicains appellent l'"intellectuel du Parti", qui s'est nourri à la fac des grands penseurs de la droite : Friedrich Hayek, Milton Friedman... et Ayn Rand, l'auteur culte de "la Grève" ("Atlas Shrugged"), roman dans lequel le héros, John Galt, se lance dans une ode de 64 pages à l'individualisme.
 Rand a profondément marqué plusieurs générations de libéraux, dont Alan Greenspan, l'ex-patron de la Réserve fédérale.  Paul Ryan affirme. "Si je devais créditer une personne pour mon engagement au service du public, ce serait Ayn Rand, expliquait ce dernier, en 2005, avant de minimiser l'influence de l'écrivain athée sur sa pensée. Ne vous trompez pas, le combat que nous menons est une lutte de l'individualisme contre le collectivisme." Ce qu'il appelle le collectivisme, c'est juste le minimum de solidarité et de redistribution nécessaire qu'un Etat doit garantir pour faire société.
Les pauvres et les précaires sont donc les seuls responsables de leur sort et ce que Ryan appelle collectivisme est juste une meilleure répartition de la richesse (quand on sait que  aux USA, les 20 % des ménages les plus pauvres ne disposent que de 3,4 % de l’ensemble des revenus, mais les 5 % les plus aisés en perçoivent 21,2 %. A eux seuls, les 20 % les plus riches perçoivent près de la moitié du revenu national  ). Les fantasmes de la guerre froide servent toujours à quelque chose...
________Ayn Rand, égérie de Ryan, même si elle ne voulait pas se dire exactement libertarienne, n'a eu de cesse de plaider la cause d'un individualisme assumé, critiquant les plans sociaux, ramenant la fonction étatique au minimum (l'état-gendarme) ne devant pas s'ingérer dans le domaine économique, sauf pour inciter les individus à réaliser leurs potentiels. Ce minarchisme
s'inspire de l'économiste libéral Frédéric Bastiat qui disait: « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde » et de Friedrich Hayek qui dénonce l'empiètement croissant des structures étatiques sur les libertés individuelles qui aboutit à la consécration d'un régime paralysant et inefficace : l'État-providence.
 ____________________Ayn Rand, l’apôtre de l’égoïsme, inspire la droite américain, garde encore une influence certaine.
Son oeuvre "magnifie les entrepreneurs en héros des temps modernes, l'égoïsme est la vertu suprême. La seule éthique, en fait. Car l'altruisme, qui fait de l'homme un être dépendant des autres, « est une notion monstrueuse. C'est la moralité des cannibales se dévorant les uns les autres », proférait Rand. Brillante et vorace prêtresse de la liberté, y compris sur les questions sociales, Ayn Rand a fourni des ­racines morales, anthropologiques, à l'individualisme le plus débridé. Sa « philosophie pour vivre sur la terre » est une légitimation du libéralisme le plus radical, ayant inspiré Alan Greenspan, son très proche acolyte qui, nommé par Ronald Reagan, dirigea la Réserve fédérale pendant seize ans...
 . Elle aurait mené le bras de fer d'aujourd'hui. Selon le républicain Romney, deux mains se déchirent, « la main invisible du marché » contre « la lourde main de l'Etat ». Les deux visions de l'Amérique qui s'affrontent dans cette bataille électorale ont rarement été aussi opposées. Notamment en ce qui concerne la place du gouvernement et celle de l'individu dans le groupe, thèmes chéris d'Ayn Rand. Sacrifier l'individu (créateur) à la société (prédatrice) est, pour elle, un crime contre l'humanité. Quant à l'Etat, il devient le pire ennemi de l'homme s'il ne se voit pas limité. Ce serviteur est là pour fournir trois prestations, et pas une de plus, la police, l'armée et la justice..."
___Cette position, explicable partiellement par les origines de Rand et l'esprit de l'aventure économique américain dès ses débuts, est littéralement intenable à la lettre dans une politique réelle (on voit mal Romney et Ryan abandonner tout programme social, toute sécurité sociale, sous peine de déclencher une  quasi-guerre civile), mais peut marquer un infléchissement encore plus reaganien au bénéfice des plus riches s'estimant encore trop soumis à l'impôt (alors qu'il a constamment baissé ces dernières années, ce qui est une des sources des difficultés actuelles), creusant encore un peu plus les inégalités, dans un pays déjà ravagé par le chômage, la précarité, l'exclusion. .Le struggle for live ne doit pas léser ceux qui s'enrichissent aux dépends des autres. Le rêve américain doit continuer...Tant pis pour les losers, comme l'estiment les adeptes du Tea Party!
On comprend pourquoi Rand, pour qui l'altruisme est "monstrueux" et pour qui les pauvres exploitent les riches, se réfère sans cesse à la raison (celle du froid calcul égoïste) et jamais à la justice ou à la compassion...
Un essayiste français apporte sa bénédiction à cette idéologie que Roosevelt lui-même avait répudiée comme perverse et génératrice de crises.
Cette folle prétention à vouloir s'accomplir en dehors de tous liens, contredisant les données de l'anthropologie la plus basique, contient des germes  destructeurs pour leurs propres zêlateurs.
La solidarité est un combat, seule condition d'une paix sociale acceptable.
L'individualisme véritable, non exclusif, ne peut se réaliser en dehors des liens sociaux qui nous font être ce que nous sommes et qui peuvent nous rendre plus humains.
_____________________Alors, y a-t-il lieu de sauver le soldat Ryan?
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_[Paru dans Agoravox]_
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- Ces groupes français qui financent l’ultra-droite américaine

mardi 4 juin 2013

Réorienter ou refonder l’Union Européenne ?

Débats et polémiques se poursuivent.
__________________________________La cacophonie européenne continue, malgré les propos lénifiants ou les appels fédéralistes.
L'Allemagne, ou plutôt la droite libérale allemande, joue un rôle particulier, que d'aucuns jugent économiquement dangereux. L'avenir dépendra de ses futurs rapports avec ses voisins, qui ne peuvent rester en l'état.
Sortir du flou et de la méfiance et changer les élites au pouvoir semblent être des conditions nécessaires, mais non suffisantes.
S'il y a une quasi unanimité pour des changements rapides, la question est celle du comment
Comment sortir du pilotage automatique d'une Europe sans cap véritable, sans remettre en question le statut de l'euro?
Réorienter ou refonder l’Union Européenne ? 
___Points de vue:
"... Une UE définie comme une zone de libre-échange élargie et une zone monétaire restreinte est-elle « réorientable » pour aller vers des harmonisations économiques et sociales « par le haut » ? Le fonctionnement et les politiques de l’UE n’ont-ils pas atteints un pont de non-retour rendant impossible leur réforme ? Ne faut-il pas s’atteler à la construction d’une autre Europe en revoyant les instruments qui l’ont jusqu’ici conduit dans une impasse néolibérale totale ?
__Le premier sujet est bien celui de l’Allemagne, objet d’attaques contre son égoïsme ou sa surpuissance. Mais celles-ci sont-elles bien ciblées ? L’Allemagne est, depuis la fin du XIX° siècle la première puissance industrielle en Europe et elle l’est restée malgré les guerres, les destructions et les divisions. Le fait nouveau est que l’écart avec la France s’est réduit depuis 1945. Aujourd’hui elle utilise l’UE et la zone Euro pour accumuler le maximum de richesses sans en payer le prix ; elle vieillit tous les jours un peu plus et doit épargner pour financer ses futures retraites. Les gouvernements allemands, qu’ils soient de droite ou de gauche renâcleront toujours plus à financer le déficit des autres. Ce faisant, elle est à la fois prise comme la citadelle des politiques néo-libérales et, hic et nunc comme le partenaire historiquement obligatoire de la France dans la construction européenne. Pour les Français, c’est la contradiction Schröder dont la politique est vantée par les mêmes au-delà du Rhin et critiqué en deçà. Elle est contenue dans une idéologie bien spécifique : l’ « ordolibéralisme » qui a connu un succès particulier en Allemagne dés les années cinquante dans tous les partis (y compris les Verts) et qui a pris définitivement le pouvoir dans l’Union. Michel Foucault lui avait accordé précocement une attention toute particulière (dans ses Cours au Collège de France 1977-79, 2 tomes, Le Seuil 2004). Il y voyait un système de pensée néo-libéral débouchant sur une technologie de gouvernement originale parce qu’elle élève la liberté du marché au rang de principe métajuridique. L’ordolibéralisme  milite en effet pour une constitutionnalisation de la concurrence, de la régulation marchande et de la limitation de l’intervention publique. On passe ainsi de l’échange (de volontés supposées libres) à la concurrence libre et non faussée érigée en principe constituant. C’est ce qu’ont fait les traités Européens, de Maastricht au TSCG en passant par celui de Lisbonne et leur interprétation par la Cour de Justice de l’UE. C’est ce que l’Allemagne a obtenu pour prix de son acceptation de l’Euro. L’Etat doit faciliter, sans jamais s’imposer au marché, des arrangements institutionnels dépolitisés ; d’où l’inflation normative que l’on sait. La promotion de la concurrence ne débouche donc pas sur le « laisser-faire »,   mais sur la nécessité d’une « gouvernementalité active » sur le modèle de l’entreprise (la «gouvernance » des eurocrates). Cette vision sous-entend une complète inversion de la doxa libérale: la question n’est plus de savoir comment limiter l’Etat au nom des mécanismes du marché mais comment le faire exister par le marché. Ce n’est plus  l’Etat minimum mais l’étatisation à partir de l’économie qui est l’enjeu principal. La liberté économique peut ainsi devenir une nouvelle souveraineté politique excluant toute politique économique conjoncturelle des Etats. C’est de cela que l’UE est devenu le nom et l’Allemagne le prophète.
Il est donc difficile, et c’est le deuxième sujet, d’imaginer un gouvernement économique démocratique, vieille revendication lancée il y a vingt ans par Pierre Bérégovoy, reprise maintenant par François Hollande avec l’institutionnalisation de l’Eurogroupe doté d’un président permanent (son fondement démocratique relevant de l’initiative problématique du Parlement européen). Ce type de gouvernement est resté jusqu’ici lettre morte par ce qu’il se brise inévitablement sur la règle de l’unanimité et surtout par la contrainte du « 3° pilier » du traité de Maastricht qui soumet les politiques publiques à l’exigence de réformes structurelles. C’est ce que vient de rappeler la Commission (dans son document du 29 mai) en application pure et simple de l’article 7 du Traité TSCG ratifié par les socialistes en octobre dernier. En accordant un sursis à la France pour réduire son déficit supérieur à 3% du PIB, la Commission préconise en échange une réforme sans délai du marché du travail et des retraites, d’un élargissement de la mise en concurrence des services publics et des professions « protégées », d’un allègement de la fiscalité des entreprises. Cela suppose d’accepter la perspective d’une diminution des salaires, des prestations sociales et 15% de chômeurs en 2015.
L’accomplissement de ce processus devenant irréversible est à l’horizon d’un accord de libre-échange avec les Etats-Unis que la Commission voudrait conclure à marche forcée d’ici 2014. Il permettrait selon elle un gain de 0,5 à 1,5% de croissance par an ; sauf qu’il ouvrirait la voie à « un partenariat de tous les dangers » (voir le billet du 22/04/13 de Françoise-Elisabeth Delcamp ici-même). En effet, les Etats-Unis ont appris depuis 1933 à l’orée du New Deal à se prémunir avec l’American Buy Act relancé par Obama dès 2009 contre la concurrence extérieure nourrie de dumping social et fiscal. Un exemple : les Etats-Unis ont introduit depuis 2012 des droits de douane à 250% sur les panneaux photovoltaïques en provenance de Chine alors que l’Allemagne vient de s’opposer à une timide augmentation de ces droits par la Commission de Bruxelles. Quant à la sanctuarisation de « l’exception culturelle », elle fait diversion par rapport à la libéralisation des normes sanitaires, agricoles, salariales et sociales qui sont à redouter.  En fait l’UE, pour sortir de la crise du libéralisme et de la mondialisation qui met à genoux ses Etats et ses peuples, propose d’en rajouter sur ces deux registres avec une nouvelle réduction des limites à la concurrence transatlantique. Le préalable absolu à la mise en chantier d’un tel traité serait donc que l’UE se dote d’une politique commerciale qui soutienne sa politique industrielle et agricole comme l’ont fait les Etats-Unis. Sinon il faut refuser de le négocier.
C’est cette accumulation de règles et de dispositifs mais aussi de traités de type constitutionnel qui fait que « le projet européen peut mourir » comme le soutient Ulrich Beck (« Non à l’Europe allemande » Ed. Autrement. 2013), la radicalisation réactionnaire d’une partie de ses populations devenant un phénomène général. L’UE se réduit à une Association de libre-échange ouverte à tous vents d’une mondialisation supposée heureuse. Les dix Etats membres  qui ne sont pas membres de la zone Euro exercent sur celle-ci une pression univoque jouant de sa fracture nord-sud (la « zone  Deutschemark » contre la « zone Clubmed »). Déjà la déflation salariale s’exerce du sud au nord, de l’Espagne et l’Italie sur la France au prix d’un taux de chômage dans ces pays oscillant autour de 20% . C’est ainsi que la ligne exclusivement monétariste de l’Allemagne, produit d’une histoire nationale et d’une culture politique bien spécifiques, devient la ligne générale ordo-libérale imposée à tout le continent. Le résultat en est, au-delà d’une véritable idéologie de l’austérité, une crise politique et démocratique sans précédent qui exige de repenser entièrement le projet fédéraliste européen. Ce ne peut être un simple réexamen des traités pour aller dans le sens d’un « dépassement fédéral » de type essentiellement budgétaire réclamé par Angela Merkel. Le verrou est bien dans l’Euro qui concentre tous les ingrédients a-démocratiques du système qu’est devenu l’UE (voir J. Sapir, Faut-il sortir de l’Euro ?. Le Seuil, 2012).
 Le remplacement de la monnaie unique par une monnaie commune n’est plus une lubie de quelques nationalistes ou souverainistes. (1)Sa justification  repose sur une refondation stratégique de l’Europe partant de la différence Nord-Sud justement, la France prenant la tête d’une zone euro-méditerranéenne plus performante qu’on ne le croit : le PIB cumulé de la France, de l’Italie et de l’Espagne n’est-il pas de 4800 Milliards d’Euros, alors que celui de l’Allemagne plafonne à 2500 et que l’intégration de son l’hinterland (l’Europe de l’Est pour l’essentiel) est plus que problématique ?. Les relations politiques et économiques de l’Europe du Sud avec le Maghreb (voire le Machrek) sont autrement plus productives et prometteuses. Ce renversement passe par deux voies : une remise en question de la zone Euro et de l’Euro en tant que tel (voir Frédéric Lordon, « Pour une monnaie unique sans l’Allemagne »,   blog Monde Diplomatique, 25-05-13) ; la définition de règles et institutions démocratiques qui ont fait tant défaut à la construction de l’UE depuis au moins le Traité de Maastricht et le rejet du Traité constitutionnel en 2005. Au point où nous sommes arrivés, c’est à cette déconstruction qu’il faut s’atteler pour rendre possible la reprise d’une dynamique fédérative des souverainetés populaires en Europe..."
(Médiapart)
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lundi 2 avril 2018

Quatremer s'enferre

Il peste, il fulmine
                 Comme hier soir, dans l'émission C'est politique.
    C'est aux Etats que Jean Quatremer s'en prend, à leurs égoïsmes, aux institutions bruxelloises dévoyées, ce puriste de l'Europe à venir, ce prophète des temps nouveaux de l'intégration, ce mystique de la transcendance schumanienne par delà les Etats.
    Comme dans son dernier livre, où il pousse un coup de gueule bien senti, mais sur la base d'un paradoxe dont on ne voit comment sortir. L'idée d'Europe ne préexiste pas à ce qu'on font les Etays, dans leur diversité et, si elle est devenue ce qu'elle est, objet de critiques de plus en plus vives, c'est que le projet était mal ficelé, qu'on a mis la charrue avant les boeufs. Il subit admiration ou critique, c'est selon:
[On peut consulter les premières pages]
        ....Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères socialiste Hubert Védrine, Jean Quatremer est « un ayatollah du fédéralisme »européen.. L'économiste Frédéric Lordon a consacré à Jean Quatremer un article critique dans lequel il lui reprochait sa tendance à confondre critique de l'Union européenne et conspirationnisme. Selon lui, Quatremer serait le « journaliste le plus attaché à traîner dans la boue – y compris pour conspirationnisme – toute position de gauche critique de l’Europe ». Cette façon de défendre l'Union européenne fait de Jean Quatremer « le meilleur agent de l'europhobie en France » pour le journaliste Daniel Schneidermann....
        Jean Quatremer, figure bien connue dans le monde du journalisme, spécialiste un peu atypique à Libération, suivant les question européennes de très près, laisse éclater une colère à première vue violente, mais légitime et salutaire à l'égard du système européen tel qu'il est devenu, de manière un peu provocatrice, pour susciter un réveil nécessaire des hommes et un changement radical des institutions. Il met les pieds résolument dans le plat. Ce n'est pas nouveau, mais de la part d'un auteur qualifié d'europhile, parfois d' eurocrate, cela amène quelques questions.
       Tout cela sur fond de croyance fédéraliste, lui qui n'a cessé, depuis ses premiers billets, de faire appel à plus d'unité politique et de dénoncer les dérives marchandes, les scandales et les élargissements aveugles. Sa critique est au début de son livre très véhémente, reprenant à son compte les plus sévères émanant de certains courants anti-européens.
     On pourrait le comparer à un nouveau Luther fustigeant avec force et parfois violence les excès et les déviations de l'Eglise de son temps et de sa hiérarchie souvent corrompue, détournées de leur mission essentielle, et centrant son message rénovateur sur le dépouillement, les textes fondamentaux et la foi, en deçà du désolant  virage maastrichtien.
    Quatremer veut encore croire à une reconstruction de l'Europe, à un certain retour des idéaux fondateurs d'après-guerre, à un projet fédérateur dont nous sommes éloignés par aveuglement et par égoïsme national. Retrouver le chemin d'une politique commune, qu nécessiterait d'autres institutions, une vraie révolution. Pour faire face aux défis économiques qui nous attendent.
     Retrouver le chemin de la foi. Mais la question est de savoir si la seule foi peut sauver et permettre d'opérer le virage salutaire qui nous sortirait des lois d'un simple marché libéral, voulu par les anglo-saxons, accepté par les élites pantouflardes de l'UE, de la suprématie de fait de l'Allemagne devenue la référence et la donneuse de leçon. L'auteur est silencieux ou vague sur les conditions qui permettraient à Bruxelles de sortir de la bureaucratie tatillonne et à courte vue qu'elle est devenue, de dépasser l'extrême financiarisation dans laquelle elle s'est elle-même piégée, après avoir joué un certain rôle redistributeur, mais sans solidarité durable.. Il est surtout bien allusif sur les influences néolibérales qui n'ont cessé de marquer de leur empreinte des institutions, que Delors lui-même ne reconnait plus sur ses vieux jours.
 _____________         Dans son livre Les salauds de l'Europe, l'auteur, désabusé, dit:
                  "« Longtemps, j'ai cru en l'Europe. Longtemps, j'ai souhaité l'émergence des États-Unis d'Europe. Longtemps, j'ai pensé qu'elle était notre Terre promise, celle qui nous permettrait de dépasser les États-nations, ces fauteurs de guerre. Aujourd'hui, c'est fini. Je n'y crois plus. Elle n'a pas été inutile, mais son rôle historique est derrière elle... »
     Comme dit Joseph Savès, "c'est par cette confession désabusée et sans équivoque que débute l'essai iconoclaste de Jean Quatremer. Le journaliste rappelle avec brio les origines de l’aventure européenne. Mais c’est pour mieux dénoncer ensuite les dérives qui, du talentueux Jacques Delors au piteux Jean-Claude Juncker, ont mené à l’impasse actuelle.
    Y a-t-il une lumière au bout du tunnel ? Jean Quatremer détaille en quelques pages une possible sortie par le haut. Mais lui-même n’y croit pas vraiment. Son essai s’adresse aux européistes convaincus : quand le clergé lui-même ne croit plus à son dieu, est-il encore raisonnable de le prier ? N’est-il pas temps de repenser l’avenir ? Ce qui reste de l’Union est plus néfaste qu’autre chose. Mais le projet communautaire demeure nécessaire. Il s’agit de le refonder....
     "..La Commission européenne a affirmé son autorité sous la présidence de Jacques Delors (1985-1995), lequel a pu convaincre les États d’adopter aussi bien Schengen que l’Acte Unique et la monnaie unique. Il a seulement échoué sur l’Europe sociale.
Mais ses successeurs, rivalisant d’incompétence, ont rapidement réduit la Commission à n’être plus que le secrétariat du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement. Jean Quatremer a des mots très durs pour Jacques Santer, dont il a provoqué la chute en 1999 pour cause de corruption, comme pour Romano Prodi (1999-2004) et son commissaire à la concurrence Mario Monti, qui ont bradé l’industrie européenne, Manuel Barroso (2004-2014), homme-lige de la banque Goldman Sachs, impliquée dans la crise de 2007, et bien sûr Jean-Claude Juncker, qui a érigé son grand-duché en paradis fiscal.
Le Conseil européen, organe suprême de l’Union, est donc revenu au cœur du jeu. Il se réunit désormais tous les mois ou tous les deux mois. Mais c’est seulement pour constater ses désaccords sur tous les sujets d’importance : Ukraine, Russie, énergie, libre-échange, travailleurs détachés, terrorisme, migrants etc. La faute en est à l’élargissement intempestif de l’Union de quinze membres en 1995 à 27 ou 28 aujourd’hui, avec des niveaux de développement très différents.
     Jean Quatremer exécute en passant le Parlement européen, caution démocratique de l’ensemble : ses députés n’ont d’européens que le nom car ils sont élus sur des logiques partisanes nationales. « Quand sur certains textes, on voit les députés allemands voter comme un seul homme pour ou contre, de l’extrême droite à l’extrême gauche, comment ne pas ressentir un malaise ? » (p. 23). Leur légitimité est contestable quand on songe qu’un député français représente douze fois plus d’électeurs qu’un maltais. Enfin, le Parlement n’a pas l’initiative des lois et dans le domaine législatif, « il a le même poids que le Conseil des ministres qui n’est, au mieux, qu’élu au suffrage indirect » (p. 24).
   Fait aggravant pour Jean Quatremer : la médiocrité des chefs qui y siègent aujourd’hui et notamment du couple franco-allemand. « Aucune personnalité d’envergure ne sort du lot, si ce n’est par défaut, celle d’Angela Merkel, la chancelière allemande » (p. 21). Les conséquences en sont dramatiques : « Il suffit de voir dans quel état de panique cet aréopage distingué a géré en dépit du bon sens la crise de la zone euro entre 2010 et 2012, entraînant les uns après les autres les pays dans le gouffre, dont la Grèce n’est toujours pas sortie sept ans après ! Et cela se paie par des centaines de milliers de vies brisées » (p. 22).
      Jean Quatremer s’alarme des conséquences de l’incurie européenne : « Le ‘doux monstre de Bruxelles’ qui impose le bien européen à coups de normes rigides et souvent idiotes, est devenu le principal destructeur, non seulement de l’idéal européen, mais aussi de la démocratie. Par une sorte de retournement historique, il en vient même, par son existence, à menacer la paix… » (p. 10).
      Le journaliste en voit la raison dans le dogmatisme étroit des agents européens :
« Engluée dans une idéologie libérale et libre-échangiste promue par la Commission, l’Union refuse par principe d’offrir une protection aux citoyens européens alors qu’elle a été fondée sur le principe de la préférence communautaire. L’Union est devenue l’idiot utile de la globalisation et le reste du monde en profite : la Chine par exemple… » (p. 31). « Pour l’Union, tout ce qui est une barrière, même si celle-ci obéit à une bonne raison, doit être abattu, quel qu’en soit le prix à payer. Le dogme avant tout et le dogme, c’est l’absence de frontière » (p. 30).
     Jean Quatremer constate aussi l’échec de la monnaie unique et ses effets délétères sur la solidarité européenne. Il rejoint le point de vue que développe depuis plusieurs années Joseph Savès sur notre site : « Lancée en fanfare en 1999, la monnaie unique, qui devait elle aussi doper la croissance et protéger les Européens contre les chocs extérieurs, n’a pas rempli son rôle, comme l’ont montré la crise financière et économique de 2007-2008, puis la crise de la zone euro de 2010-2012. (…) Depuis le lancement de l’euro, la France est en déficit commercial alors que l’Allemagne accumule les excédents dans des proportions sans précédent. L’euro, qui peut le contester, a appauvri la France et tous les pays du Sud, mais a bénéficié plus que de raison à l’Allemagne » (p.31).
      Et l’auteur d’en tirer la conclusion avec l’amertume que l’on devine chez un jeune sexagénaire qui découvre s’être illusionné toute sa vie : « Un triste bilan. Cet astre mort qu’est devenu l’Union n’a plus de raison d’être, il n’apporte plus aucune chaleur, bien au contraire. Elle est un problème en elle-même. Il est temps de redonner leur liberté aux nations européennes qui ont été la source de la grandeur du Vieux Continent. Il faut libérer les énergies au lieu de les entraver ! » (p. 38).
     Un exemple cité par l'auteur des nombreuses dérives d'une Europe bien lointaine: Le monolinguisme, l’un des traits les plus significatifs de la « Bulle européenne »:Par négligence et lâcheté, les dirigeants de l’Union et les fonctionnaires de Bruxelles ont laissé choir le multilinguisme et n’usent pratiquement plus que d’un seul idiome… L’anglais ? Que nenni. « À Bruxelles, c’est le globish qui règne en maître, une forme appauvrie à l’extrême de la langue de Shakespeare qui permet tout le monde de communiquer sans problème » (p. 155). Cet idiome est semé de néologismes propres à la Commission au point qu’il a fallu publier un dictionnaire des correspondances entre le mot anglais et sa traduction en globish bruxellois (comme for example au lieu de for instance).____Il ne s’agit pas d’un trait secondaire ! « La langue n’est pas neutre, rappelle Jean Quatremer. Elle véhicule des valeurs et des concepts et, surtout, seule la langue de naissance permet de communiquer au plus près de sa pensée : ce n’est pas un hasard si un Américain, un Chinois ou un Japonais ne négocie jamais dans une autre langue que la sienne » (p. 155).
_______________Un magazine eurocitoyen renchérit mollement. 
       Mais une grande interrogation surgit au sein de cette critique assez violente et inattendue, quoique justifiée pour beaucoup d'observateurs, même europhiles de la première heure: comment un retournement pourrait-il se faire dans les conditions actuelles, à moins d'une crise majeure? Aucune tendance forte ne se dessine, même au sein des courants progressistes qui siègent au parlement européen sans grand pouvoir. Pas d'homme d'exception à l'horizon susceptible de marquer d'un empreinte réformatrice forte le système berlino-bruxellois. Il semble bien que le ver soit dans le chou.
        Quatremer n'est-il pas condamné encore longtemps à la désillusion? On peut le craindre.
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- L'euro est-il viable à long terme?
- Nouvelle question allemande
- Où est passé le peuple européen?
Europe vassalisée
Sauver le projet européen?
- Et pourtant elle ne tourne pas...
L'Europe fait fausse route
Revoir le chantier.
- L’euro n’est pas viable à long terme», selon l'Institut Jacques Delors
Aux origines de la construction européenne
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