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mercredi 3 avril 2013

Historiens de garde

Quelle histoire enseigner quand la nation faiblit?
____________Il y a l'histoire objective, le cours des choses, le déroulement des événements majeurs qui scandent la vie des hommes depuis son origine...
Histoire et propagande
Il y a l'histoire écrite, celle des historiens, le récit de ces événements, la conscience que les hommes en ont après-coup, la reconstitution, toujours partielle et parfois partiale, de ce passé que l'on sort peu à peu de l'ombre, à partir des traces laissées, écrites ou non.
Et il y a celle que les Etats officialisent à des fins d'enseignement, de formation, par choix idéologique, pas intérêt ou orgueil national. Celle qui a longtemps servi à soutenir et promouvoir une certaine morale et une certaine citoyenneté..non sans tronquer, sélectionner, enjoliver le passé. Des pratiques officielles déjà en vigueur sous Lavisse , même si de profonds changements se sont produits depuis, après les terribles guerres européennes.
Chaque pays, depuis le 19° Siècle, essaye de reconstruire son passé national, une histoire officielle, à ses risques et périls.
____A l'heure où la mondialisation fait passer la France au rang d'une puissance moyenne et où l'intégration européenne tend à mettre l'accent  sur la provincialisation de notre pays, l'effacement de l'Etat-nation, certains, aujourd'hui comme à une certaine époque, ont tendance à tirer l'histoire de leur côté, par exécration de la Révolution française ou idéalisation de la monarchie comme Deutsch, Ferrand, Buisson, Zemmour, Bern, qui ont pignon sur rue à la télévision, qu'on peut appeler les historiens de garde, politiquement non neutres, qui ne sont pas seulement des critiques de la mondialisation et des partisans d'une défense d'une histoire plus centrée sur les événements et d'une réhabilitation d'une histoire recentrée sur les valeurs nationales.Souvent des nostalgiques de valeurs identitaires recyclées...
Il est sûr que l'enseignement de l'histoire doit être repensée et réhabilitée
Histoire en période de crise?
Mais le débat est vif entre historiens, à la recherche d'un nouvel équilibre, où l'histoire nationale aurait toute sa place, tout en renonçant à une ambition démesurée dans les programmes.
Les critiques abondent à l'égard d'un type d'enseignement qui entraînait cette réaction d'un Président «  Je suis angoissé devant les carences de l’enseignement de l’histoire qui conduisent à la perte de la mémoire collective des nouvelles générations ».(Mitterand)
Peut-on retrouver en nouvel équilibre, consistant à apprendre la nation et l'UE, selon l'idée que: "Non seulement apprendre l’histoire de la nation et apprendre l’histoire de l’Europe sont deux choses compatibles, mais on peut apprendre l’histoire de la nation pour mieux apprendre celle de l’Europe. C’est avec une telle approche pragmatique qu’il est possible d’espérer préparer progressivement les jeunes européens des différents pays à se sentir concitoyens. La finalité civique et la procédure de vérité seraient ainsi conciliées dans un enseignement qui ne pourrait pas prêter le flanc à une accusation de manipulation. Un tel enseignement aiderait les élèves à comprendre que l’on peut emboîter des identités multiples, que la quête de la vérité historique et la construction d’une citoyenneté européenne sont non seulement compatibles mais se renforcent mutuellement..."
___Contre l'histoire étroitement identitaire, politiquement orientée ou revisitée, l'enseignement de l'histoire reste à refonder ou à rééquilibrer, pour une  renaissance de notre mémoire commune...sans naïvetés.

jeudi 1 mai 2008

Israël : entre mythe et histoire

Toutes le nations jeunes entretiennent une part de mythologie dans le rapport à leur passé , pour justifier leur existence, des choix politiques récents ou/et actuels..?Pourquoi Israël échapperait-il à la règle ?

Quand des Israëliens parlent de leur passé...

Naissance d’une nation:
[The Lion and the Gazelle - Gush Shalom - Israeli Peace Bloc]

« Si nous, les Israéliens, voulons consolider notre nation, nous devons nous libérer des mythes qui appartiennent à une autre forme d’existence et redéfinir notre histoire nationale. L’histoire sur l’exode d’Egypte est bonne en tant que mythe et allégorie - elle célèbre la valeur de la liberté - mais nous devons reconnaitre la différence entre mythe et histoire, entre religion et nation, entre une diaspora et un Etat, afin de trouver notre place dans la région dans laquelle nous vivons et développer une relation normale avec les peuples voisins...

...DANS LES 300 dernières années, l’Europe est devenue "nationale". La nation moderne a remplacé les modèles sociaux antérieurs, tels que la ville-Etat, la société féodale et l’empire dynastique. L’idée nationale a emporté tout ce qui était avant elle, y compris l’histoire. Chacune de ces nouvelles nations a modelé sa propre "histoire imaginaire". En d’autres termes, chaque nation a remanié d’anciens mythes et faits historiques pour constituer une "histoire nationale" qui proclame son importance et sert de ciment unificateur.
La Diaspora juive, qui - comme indiqué ci-dessus - était "normale" il y a 2.000 ans, devint "anormale" et exceptionnelle. Ceci attisa la haine des Juifs qui était d’une certaine façon rampante dans l’Europe chrétienne. Comme tous les mouvements nationaux en Europe étaient plus ou moins antisémites, beaucoup de juifs sentirent qu’ils étaient laissés "en dehors", qu’ils n’avaient pas leur place dans la nouvelle Europe. Certains d’entre eux décidèrent que les juifs devaient se conformer au nouveau Zeitgeist [esprit du temps - ndt] et transformer la communauté juive en une "nation" juive.
Pour ce faire, il était nécessaire de reconstruire et de réinventer une histoire juive et de la transformer à partir des annales d’une diaspora ethnico-religieuse en l’histoire épique d’une "nation". Le travail fut entrepris par un homme qui peut être considéré comme le parrain de l’idée sioniste : Heinrich Graetz, juif allemand qui fut influencé par le nationalisme allemand et créa l’histoire juive "nationale". Ses idées ont formé la conscience juive jusqu’à ce jour.
Graetz considéra la Bible comme si elle était un livre d’histoire, collecta tous les mythes et créa une version historique continue et complète : la période des Pères, l’exode d’Egypte, la conquête de Canaan, le "Premier Temple", l’exil à Babylone, le "Second Temple", la destruction du Temple et l’exil. C’est l’histoire que nous avons tous appris à l’école, la fondation sur laquelle le sionisme fut construit.
LE SIONISME représenta une révolution dans de nombreux domaines, mais sa révolution mentale fut incomplète. Son idéologie transforma la communauté juive en un peuple juif, et le peuple juif en une nation juive- mais sans jamais définir clairement les différences entre eux. Pour persuader les masses juives d’Europe orientale plutôt religieuses, il fit un compromis avec la religion et mélangea tous les termes en un grand cocktail - la religion est aussi une nation, la nation est aussi une religion, et plus tard il affirma qu’Israël était un "Etat juif" qui appartenait à ses citoyens (juifs ?) mais aussi au "peuple juif" à travers le monde. La doctrine israélienne officielle est qu’Israël est un "Etat-nation juif", mais la loi israélienne définit étroitement un Juif seulement comme une personne qui appartient à la religion juive..." [Heinrich Graetz ]

Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé : De la Bible au sionisme

-Le « peuple juif » : une invention...
La Déclaration d’indépendance d’Israël dit que le peuple juif est né sur la terre d’Israël et a été exilé de son pays natal. Chaque écolier israélien apprend que cela s’est passé pendant la période de domination romaine, en 70 après J-C.. La nation est restée fidèle à sa terre, à laquelle elle a commencé à revenir après deux millénaires d’exil. Faux, dit l’historien Shlomo Sand, dans l’un des livres les plus fascinants et stimulants publiés ici depuis longtemps. Il n’y a jamais eu de peuple juif, seulement une religion juive, et l’exil non plus n’a jamais eu lieu - il n’y a donc pas eu de retour. Sand rejette la plupart des histoires de la formation de l’identité nationale dans la Bible, y compris l’exode d’Égypte et, de façon plus satisfaisante, les horreurs de la conquête sous Josué. Tout cela est de la fiction et un mythe qui a servi d’excuse à la création de l’État d’Israël, affirme-t-il....[An invention called 'the Jewish people' - Haaretz - Israel News]

-Je suis un khazar fier de l'être
"Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines...Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. ..D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque – par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes – afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David ...
...Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée. Le judaïsme était une religion prosélyte. Contrairement à une opinion répandue, il y avait dans le judaïsme ancien une grande soif de convertir. Les Hasmonéens furent les premiers à commencer à créer une foule de Juifs par conversions massives, sous l’influence de l’hellénisme. Ce sont les conversions, depuis la révolte des Hasmonéens jusqu’à celle de Bar Kochba, qui ont préparé le terrain à la diffusion massive, plus tard, du christianisme. Après le triomphe du christianisme au 4e siècle, le mouvement de conversion a été stoppé dans le monde chrétien et il y a eu une chute brutale du nombre de Juifs....
... Aucune population n’est restée pure tout au long d’une période de milliers d’années. Mais les chances que les Palestiniens soient des descendants de l’ancien peuple de Judée sont beaucoup plus élevées que les chances que vous et moi en soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à l’insurrection arabe, savaient qu’il n’y avait pas eu d’exil et que les Palestiniens étaient les descendants des habitants du pays. Ils savaient que des paysans ne s’en vont pas tant qu’on ne les chasse pas. Même Yitzhak Ben Zvi, le second président de l’Etat d’Israël, a écrit en 1929, que "la grande majorité des fellahs ne tirent pas leur origine des envahisseurs arabes, mais d’avant cela, des fellahs juifs qui étaient la majorité constitutive du pays". » Et comment des millions de Juifs sont-ils apparu tout autour de la Méditerranée ?« Le peuple ne s’est pas disséminé, c’est la religion juive qui s’est propagée...."[Shattering a 'national mythology' - Haaretz - Israel News]---[Histoire des Khazars ]---[Les Berbères de Les Juifs en terre d'Islam ]--

-Israël et sa « Destinée Manifeste »
-Israël, du mythe à l'histoire[André PAUL - Clio ]
- Israël : notre part de mensonge, par Schlomo Sand
->>>>Livnat Limor<<< -Les mots et la terre. Les intellectuels en Israël
-Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible
->>La Bible dévoilée - Wikipédia (article en chantier)<< - Esther Benbassa, historienne du judaïsme
-Révolution laïque pour le sionisme, par Zeev Sternhell
-Abandonner le ghetto sioniste (I/II)
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- Le monde moderne et la question juive d'Edgard Morin
-Quel rapport à la la judéité ?
-Une géographie de la violence
-C.Enderlin: un journaliste exposé
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-George Bush, croisé mystique de Sion

lundi 17 décembre 2012

Famille: entre nature et culture

Quelques notes sur un débat en cours
__________________________Sur un sujet surmédiatisé, hyperconnoté religieusement et politiquement, souvent fantasmé et instrumentalisé.
Raison de plus pour y voir un peu plus clair
____Ce débat nous paraîtra sans doute bien dérisoire dans un dizaine d'années, comme lorsqu'il fut question naguère de la légalisation sur le divorce.
Certains, pas toujours croyants, y vont fort et agitent le fantasme de la décadence, de la fin de la famille traditionnelle, faisant même allusion à la fin de l'empire romain, comme les intégristes agressifs de Civitas, maurassiens très proches de l'extrême droite, dont le but est la restauration de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ (sic). D'autres, moins offensifs, mais restant dans le déni, plus puritains que les Américains, continuent à camper rigidement sur des positions traditionalistes. Se sentant déstabilisés dans leurs principes, refoulant le grand secret, ils imaginent que le mariage homosexuel va devenir une règle subversive, socialement mortelle, alors qu'il ne sera jamais que minoritaire. (1)
["En juillet 1992, le Vatican envoie une lettre aux évêques américains signée par le cardinal Ratzinger, dans laquelle les discriminations envers les homosexuels sont justifiées dans certains domaines : le droit à l’adoption, les homosexuels dans l’armée, l’homosexualité des enseignants. Ratzinger soutient que tenir compte de l’orientation sexuelle n’est pas « injuste ». Poursuivant le raisonnement, il affirme qu’en demandant des droits, les gays et les lesbiennes encourageraient les violences homophobes. « Ni l’Église ni la société ne devraient être étonnées quand les réactions irrationnelles et violentes augmentent" (sic!)  (wiki)]
Contre le "mariage incestueux" (sic)?
___Mais tous les catholiques ne partagent pas cette vision homophobe ultraconservatrice, souvent en contradiction avec les pratiques réelles .Des chrétiens, parfois de gauche, revendiquent, contre leur hiérarchie, le droit à l'union homosexuelle et même pour certains à l'adoption, sachant que la famille traditionnelle, recomposée ou non, peut ne pas être toujours le lieu d'épanouissement de l'enfant. Combien d' enfants mal aimés dans le cadre de la famille traditionnelle!..La famille idéale n'existe pas ou n'est jamais accomplie. L'amour dans le mariage n'est pas si ancien et l'infidélité (la polygamie de fait) est souvent si généralisée qu'elle en devient presque institutionnelle.
Les clivages ne sont pas que religieux, mais aussi politiques, traversant toutes les couches de la population, au sens large, reposant sur une certaine conception de la société et de la NATURE humaine, base philosophique revendiquée, spontanée, non réfléchie...C'est sur cette notion équivoque de nature, rigidement conçue, que repose toutes les positions les plus conservatrice (Tony Anaterlla). Ce qui caractérise la nature de l'homme, c'est justement, par rapport au monde animal, sa plasticité, son adaptibilité, sa flexibilité, son historicité et son extêrme diversité dans le temps et dans l'espace. La famille dans sa forme hérite aussi de telle ou telle culture.
__Certains pensent que "l’homosexualité (foncière) est anormative et continue d’être une dysfonction dans l’orientation normale de l’instinct sexuel de même que dans le développement psycho-affectif."
 Mais la notion d'instinct sexuel, au sens strict, n'a guère de sens en anthropologie
Pour Freud, l'homosexualité est la conséquence de la bisexualité précoce de l'homme, qui peut se trouver en condition d'être orientée dans l'une ou l'autre direction, chaque sexe comportant une part de l'autre, à des degré divers. 
__L'homosexualité est aussi vieille que l'humanité, mais dans nos sociétés, elle a été longtemps condamnée, reléguée, voire persécutée. Quand on fait un peu d'histoire et d'ethnologie, on est aussi frappé par l'extrême variété des formes d'organisation familiale. Le mariage tel qu’il existe en Europe a une histoire complexe en Occident même. Son caractère de sacrement est datable (1184). Sans parler de la bisexualité prônée par les Grec classiques, on peut évoquer les formes de matriarcat encore en usage en Chine du Sud. Le mariage classique est devenu aujourd'hui problématique. La nature ne connaît pas la famille, sur laquelle on ne peut réfléchir en dehors de cadres historiques et culturels déterminés.
Depuis l'aube de l'humanité, la culture a marqué très diversement le fait biologique de la reproduction, de la sexualité humaine. Celle-ci, comme construction sociale, a connu des configurations variées, aussi loin que remonte l'enquête historique.
_______________Comme le remarque l'EU, "Il n'existe pas d'état de nature de la sexualité humaine, qui est toujours déjà une expression de l'histoire et de la culture. La construction culturelle ne vient donc pas censurer un prétendu instinct naturel, mais elle établit ou modifie les bases sociales de l'interaction sans laquelle rien de sexuel ne saurait jamais advenir. Alors qu'au sein d'une espèce animale le comportement sexuel est uniforme et stéréotypé, l'espèce humaine a inventé un grand nombre de répertoires sexuels. En témoigne la diversité des pratiques, des représentations et des normes dans les divers segments d'une même société, dans des sociétés différentes ou d'époques historiques distinctes. La sexualité humaine est la seule à connaître cette historicité, cette sensibilité à l'organisation sociale, cette obligation de faire sens.
Mariage dans l'histoire
Longtemps pourtant, sexualité et reproduction humaines avaient fait à tel point partie intégrante de l'ordre du monde qu'elles n'étaient pas perçues comme un domaine à part, qui aurait obéi à des lois particulières. La procréation était inscrite dans une métaphysique, embrassant la nature et les corps, qui témoignaient d'un ordre des sexes immuable, et de sociétés se reproduisant à travers l'alliance et la filiation.
Cet ordre a cessé d'aller de soi. Une étape importante est l'apparition en Occident, dans la seconde moitié du xixe siècle, du terme même de sexualité et de savoirs qui la prennent pour objet, en rupture avec le discours religieux traditionnel sur la chair, parallèlement à l'invention de techniques et de disciplines du corps qui distinguent strictement le normal et l'anormal, comme l'a montré Michel Foucault dans le premier volume de son Histoire de la sexualité. La médecine se constitue alors comme le savoir de référence sur la sexualité. L'Occident contemporain est aussi le premier à connaître l'expérience d'une réduction volontaire de sa fécondité, qui est allée de pair avec l'émergence de nouvelles attitudes en matière de rapports conjugaux et amoureux et d'une nouvelle conception de la différence des sexes, désormais"
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(1)• Le mariage homosexuel est « une aberration anthropologique » (Christian Vanneste, ex-député UMP, aujourd’hui RPF, juin 2011) ;
• « Bientôt, on va nous dire que l’homosexualité est naturelle… Comme si la nature choisissait d’autodétruire une espèce »
 (Noël Faucher, maire de Noirmoutier, mai 2012) ;
• L’union homosexuelle « remet en cause l’ordre naturel des choses dans une volonté prométhéenne de reconstruire l’humanité » (Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, 15 septembre 2012) ;
• « Si on accepte le mariage homosexuel, on sera amené à accepter la polygamie » (Christine Boutin, présidente du parti démocrate-chrétien, 4 octobre 2012) ;
• Le mariage gay nie la « réalité biologique » (Marine Le Pen, 8 novembre 2012) ;
• « Il n’y a pas d’humanité sans différence des sexes… Il n’y a pas de reproduction hermaphrodite parmi les hommes » (Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, 20 novembre 2012).
____Cet échantillon est loin d’être exhaustif. Au-delà de leur homophobie, latente ou assumée ouvertement, ces énoncés renvoient à une certaine vision de la nature, censée définir une norme de ce qui est acceptable dans l’ordre humain.
Or, cette vision est simpliste et erronée. Elle s’appuie sur l’empilement de quatre idées fausses : 1°) la nature exclurait l’homosexualité ; 2°) l’ordre naturel fournirait une base légitime pour les lois humaines ; 3°) les règles du mariage devraient être calquées sur le modèle de la reproduction naturelle ; 4°) le mariage pour tous serait la porte ouverte à tous les abus. Comme on va le voir, aucune de ces quatre idées ne résiste à l’examen...
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Michel Serres s'est amusé à imaginer la personne de Jésus comme défenseur d'une famille atypique:
"Cette question du mariage gay m'intéresse en raison de la réponse qu'y apporte la hiérarchie ecclésiale. Depuis le Ier siècle après Jésus-Christ, le modèle familial, c'est celui de l'Eglise, c'est la Sainte Famille. Mais, examinons la Sainte Famille. Dans la Sainte Famille, le père n'est pas le père : Joseph n'est pas le père de Jésus, le fils n'est pas le fils : Jésus est le fils de Dieu, pas de Joseph. Joseph, lui, n'a jamais fait l'amour avec sa femme. Quant à la mère, elle est bien la mère mais elle est vierge. La Sainte Famille, c'est ce que Lévis-Strauss appellerait la structure élémentaire de la parenté. Une structure qui rompt complètement avec la généalogie antique, basée jusque-là sur la filiation : la filiation naturelle, la reconnaissance de paternité et l'adoption. Dans la Sainte Famille, on fait l'impasse tout à la fois sur la filiation naturelle et sur la reconnaissance pour ne garder que l'adoption. L'Eglise, donc, depuis l'Evangile selon saint Luc, pose comme modèle de la famille une structure élémentaire fondée sur l'adoption : il ne s'agit plus d'enfanter mais de se choisir. A tel point que nous ne sommes parents, vous ne serez jamais parents, père et mère, que si vous dites à votre enfant "je t'ai choisi", "je t'adopte car je t'aime", "c'est toi que j'ai voulu". Et réciproquement : l'enfant choisit aussi ses parents parce qu'il les aime. De sorte que pour moi, la position de l'Eglise sur ce sujet du mariage homosexuel est parfaitement mystérieuse : ce problème est réglé depuis près de deux mille ans. Je conseille à toute la hiérarchie catholique de relire l'Evangile selon saint Luc, ou de se convertir."(MS)
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- Le mariage gay "ne détruira ni la famille ni la société"
- La vieille peur de l’Eglise depuis la révolution
- L’enseignement catholique joue son identité

mercredi 12 mars 2025

Point d'hisoire

Les USA et leurs guerres

                Hier soir, Arte a diffusé un intéressant document sur l'importance des conflits guerriers en Amérique depuis ses origines jusqu'à nos jours. Malgré les silences et les démentis, cette histoire ne fut pas un long fleuve tranquille. Loin de l'histoire "idéale" qu'elle se raconte le plus souvent, en fonction du mythe de "la destinée manifeste"..                                                                

      “Nous sommes un peuple de la guerre. Nous aimons la guerre parce que nous sommes très bons à la faire. En fait, c’est la seule chose que nous savons faire dans ce putain de pays: faire la guerre, on a eu beaucoup de temps de pratique et aussi parce que c’est sûr que nous ne sommes plus capables de construire une machine à laver ou une voiture qui vaille un pet de lapin ; par contre si vous avez plein de bronzés dans votre pays, dites leur de faire gaffe parce qu’on va venir leur foutre des bombes sur la gueule…~ George Carlin ~

  De la guerre du Mexique à celle d' Afghanistan, en passant par celle du Vietnam, les armées des USA seront restées peu de temps au repos. Sans évoquer la longue guerre pour la conquête et l'extension du pays.

   Comme disait le général Patton, "De tous temps, les Américains ont aimé se battre...Les Américains aiment les vainqueurs. Les perdants, chez nous, on n'en veut pas. Les Américains se battent pour gagner quel que soit le prix, et nous ne paierons jamais assez cher pour rester des hommes libres. Quoi qu'il arrive. C'est pour ça que les Américains n'ont jamais perdu une guerre. Et c'est pour ça que jamais ils n'en perdront. Tout simplement parce que l'idée de perdre est intolérable aux Américains. 
           C'était avant le tragique fiasco vietnamien et le bourbier afghan.
   Une histoire qui se répète cependant, comme le reconnaît  Ken Burns, " Nous faisons toujours les mêmes choses, nous passons notre temps à faire la guerre. Nous n'apprenons pas."                          Comme pour tout empire, la guerre, proche ou lointaine, est consubstantielle à la politique étrangère des USA, favorisée par la recherche de l'influence, du leadership, de la puissance. Soutenue aussi par une certaine culture des armes ancrée très tôt, largement partagée, justifiée par le Deuxième Amendement et largement encouragée par des lobbies puissants. 
   _____Dans son étude, l'historien Thomas Rabino explique que "la rupture du 11 septembre est d'abord psychologique" , mais également révélatrice de ce lien très particulier que le pays entretient avec la guerre. C'est à partir de ce lien qu'il est possible d'obtenir des clés de compréhension majeures sur le 11 septembre, mais aussi les Etats-Unis. Comme tous les grands empires, la guerre fait partie de l'histoire du pays. En effet, une puissance se construit économiquement, mais aussi militairement. Mais l'auteur va plus loin. Le pays lancerait une campagne de guerre tous les quatre ans en moyenne depuis 1774 (date de sa formation), ce qui permettrait de comprendre le caractère violent de la culture américaine, l'influence des entreprises d'armement ou encore l'importance du budget de la défense. Surtout, le 11 septembre, ainsi que les guerres qui en ont découlé, ne sont que des nouveaux épisodes d'une dynamique bien connue et rodée du pays : "les guerres américaines font les Etats-Unis d'aujourd'hui, et feront les Etats-Unis de demain..." 
  ______     Avant lui , Noam Chomsky  "met en relief la nature belliqueuse de la politique étrangère américaine, contrairement au discours classique de défense des libertés et des droits de l’homme mis régulièrement en avant par les autorités officielles américaines. Les États-Unis ont imposé un modèle capitaliste qu’ils défendent sur la scène internationale et, selon l’auteur, la guerre vise principalement à protéger les intérêts des grandes entreprises américaines. En effet, le parallèle entre la guerre et la concurrence économique est entièrement assumé par Noam Chomsky, qui s’emploie à justifier historiquement.. Il ne s’agit pas d’éliminer des adversaires, mais de mettre à terre d’autres projets de société alternatifs pour que la mondialisation libre-échangiste serve uniquement les intérêts américains. Les États-Unis ont ainsi systématiquement soutenu des coups d’État militaires pour appuyer une brutalisation consistant « à infliger […] le maximum de souffrances dans l’espoir, non seulement de faire durer [les] difficultés mais aussi de faire en sorte que seuls les éléments les plus durs et les plus brutaux de la population en sortiront » . L’originalité de l’ouvrage tient à l’analyse systématique de tous les régimes appuyés par les États-Unis dans les années soixante, en Amérique latine et en Asie. La Seconde Guerre mondiale fait même l’objet d’une nouvelle lecture, selon laquelle les États-Unis sont entrés en guerre non pas pour s’opposer à la solution finale appliquée par le régime nazi, mais pour protéger les intérêts économiques américains menacés. Selon Noam Chomsky, l’usage de la bombe nucléaire par les États-Unis et la destruction de générations au Japon ne peuvent être ignorés dans ce contexte. Les États-Unis se sont très vite écartés des accords de Genève d’après la guerre qui donnaient un cadre aux conflits pour éviter les massacres des populations civiles..." 
 Même dans l'intervention en Europe en 1917 et dans celle, tardive de 1940, les intentions US ne furent jamais désintéressées.            Une histoire qui se répète, sous des formes diverses, depuis deux siècles et demi, jusqu'à l'intervention syrienne, à la fois avouée et déniée. Non sans "bavures", ni sans échecs.
    Les avertissements de Eisenhower à la fin de son mandat n'ont pas eu de portée.
                 __ "A l'instar des empires d'antan, de la Pax romana à la « démocratisation du Moyen-Orient », les intérêts stratégiques propres à une grande nation sont 

indispensables au maintien, voire à l'accroissement de sa puissance. Du Mexique, victime en 1848 de l'expansionnisme américain, au Panama, dont le contrôle offre un atout commercial considérable, en passant par l'Irak, objet de toutes les convoitises depuis que l'or noir y est exploité, les exemples ne manquent pas.
       Assurer la croissance de son territoire, la maîtrise des matières premières et des débouchés économiques pour la production nationale sont autant d'enjeux qui requièrent parfois l'usage de la force. Le déclin relatif de l'économie américaine, l'explosion d'un déficit commercial apparu dans les années 1970, la contraction de son produit national brut à l'échelle mondiale et l'émergence d'un concurrent comme la Chine rendent, depuis les années 1990, la consolidation et l'extension de ses positions stratégiques plus vitales que jamais. La guerre n'est-elle pas, selon les mots du théoricien militaire Clausewitz, la « politique continuée par d'autres moyens » et un « véritable instrument de la politique » ?
 ____ Rabino étudie la contribution de l’armée à la réalisation des films de guerre, la torture dans les séries télévisées, le vocabulaire volontiers barbare des responsables de la communication militaire, le débat sur les éventuels dégâts sanitaires dus à l’uranium appauvri des munitions, nous donnant, chaque fois que c’est possible, des statistiques sur l’évolution de ces phénomènes significatifs. Les fluctuations d’une opinion mobile, patriotique et démocratique, manipulée ou résistante selon les circonstances, adhérant ou refusant le discours officiel, sont saisies et suivies par des sondages. Il le faut : la réalité de l’Amérique est qu’elle est toujours en guerre, ainsi que son immense armée, son gigantesque budget militaire, ses bases, ses interventions incessantes en témoignent. "
       "« Cette conjonction entre un immense establishment militaire et une importante industrie privée de l’armement est une nouveauté dans l’histoire américaine. (...) Nous ne pouvons ni ignorer, ni omettre de comprendre la gravité des conséquences d’un tel développement. (...) nous devons nous prémunir contre l’influence illégitime que le complexe militaro-industriel tente d’acquérir, ouvertement ou de manière cachée. La possibilité existe, et elle persistera, que cette influence connaisse un accroissement injustifié, dans des proportions désastreuses et échappant au contrôle des citoyens. Nous ne devons jamais permettre au poids de cette conjonction d’intérêts de mettre en danger nos libertés ou nos méthodes démocratiques. Rien, en vérité, n’est définitivement garanti. Seuls des citoyens alertes et informés peuvent prendre conscience de la toile d’influence tissée par la gigantesque machinerie militaro-industrielle et la confronter avec nos méthodes et objectifs démocratiques et pacifiques, afin que la sécurité et les libertés puissent fleurir côte à côte. » (1961)
    "Républicains et démocrates jugent que ces années de guerre ont épuisé financièrement le pays, au moment où il aurait besoin de réserves pour relancer l'activité. Le message est à peu près le même d'un bord à l'autre du spectre politique, notamment chez les élus de base. 
       Représentant républicain d'un Etat qui ne manque pourtant pas d'académies militaires, le député de Caroline du Nord Walter Jones assure : "Nous ne pouvons pas continuer à policer le monde."Sénateur démocrate de Virginie occidentale, Joe Mandrin assène : "Reconstruire l'Amérique ou l'Afghanistan, il faut choisir."__Plus significatif encore, le NewYork Times rapporte que la Conférence des maires du pays, réunie en juin, a adopté une résolution à tonalité isolationniste. Elle stipule que les impôts des Américains doivent servir à construire des ponts "à Baltimore et à Kansas City, pas à Bagdad ou à Kandahar". Traditionnellement, le Parti républicain porte haut et fort le drapeau de l'engagement à l'étranger. Cette fois, ses deux principaux candidats pour 2012, Mitt Romney et Jon Huntsman, sont les avocats d'un retrait rapide d'Afghanistan.
   __Est-on encore une superpuissance quand une partie de son budget militaire est prise en charge par un autre pays, en l'espèce, la Chine, acheteur numéro un de bons du Trésor américains ? L'un des papes de l'establishment stratégique du pays, Leslie Gelb, répond : "Ce qui déterminera l'avenir de l'Amérique, ce n'est pas ce qui peut arriver en Afghanistan aujourd'hui ou dans les cinq ans à venir, mais ce qui va se passer à propos d'une dette qui nous écrase."
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lundi 28 décembre 2009

Une France américanisée ?


France-USA: Des rapports compliqués

Amour/haine, fascination/répulsion: l'ambivalence a été et reste toujours d'actualité .
L'Amérique est-elle "soeur ennemie"?

-De l'antiaméricanisme primaire à la critique d'une imitation infantile , signe de renoncements culturels et politiques
Selon FreudL'Amérique est une erreur, une gigantesque erreur il est vrai, mais une erreur tout de même »

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-" Mais pourquoi nous déteste-t-on ? " Telle est la question, maintes fois reprise et analysée depuis, posée par une femme émergeant du tourbillon de Ground Zero le 11 septembre 2001...
Car l'Amérique, seule " hyperpuissance " au monde, est surtout la puissance " définissante ", imposant sa propre conception de ce qu'est l'être humain : démocratie, police, économie, liberté, droits de l'homme, multiculturalisme, fondamentalisme, terrorisme, mal. Ainsi la liberté est-elle d'abord comprise comme la liberté de circulation des marchandises, des capitaux et des produits culturels américains, et ce toujours à sens unique.
L'Amérique définit le monde en fonction de son identité, de son histoire et de ses mythes - remarquablement évoqués dans cet ouvrage -, donc aussi en fonction de son intérêt personnel... elle voit un peu le monde comme elle voyait les Indiens : des enfants à conduire à la civilisation.
"

-" De la volonté de contrebalancer l’hégémonie américaine en construisant une Europe-puissance à son contraire exact, à savoir un mimétisme et une entente parfaite entre ces deux pôles à travers l’édification d’un marché euro-atlantique. Il est intéressant de voir que ces deux visions ressortissent à un même fondement — l’américanisation de la pensée et des mœurs socio-économiques — à travers la mise en œuvre de postulats identiques "
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-L'américanisation de la France, angle mort de l'anti-américanisme français
"Une interprétation primaire du phénomène d’américanisation donne souvent lieu à un fourvoiement : on le perçoit à juste titre mais seulement comme un instrument d’hégémonie oblique, à savoir le « soft power » américain. Cette interprétation primaire est valide mais s’assure un angle mort qui témoigne d’une vision naïve et réductrice de l’américanisation. Elle est en effet incapable de percevoir dans le phénomène autre chose que la simple volonté d’uniformisation culturalo-mondialiste à laquelle il la réticule, i.e. la globalisation, et ne peut par conséquent en attribuer la cause et la responsabilité qu’aux Etats-Unis eux-mêmes. Or de façon éminemment paradoxale et symptomatique, le premier vecteur d’américanisation de la société française, les premiers responsables de cette américanisation, ce sont les français eux-mêmes. C’est pourquoi pour combattre l’américanisation, il est nécessaire au préalable d’en identifier la structure et la dynamique. ________Qu’est-ce que l’américanisation ? Un phénomène d’acculturation idéologique conduit par les élites françaises — politiques, industriels et intellectuels — dans le contexte de l’après Seconde guerre mondiale. Exception faite de l’épisode gaulliste, ce processus d’acculturation n’a jamais été remis en question par les gouvernements qui se sont succédé à la tête de la France et a fait preuve d’une continuité remarquable. En cela l’américanisation peut être entendue comme le stigmate inconscient de la défaite idéologique de la République française, qui a cessé d’exister en 1940 et qui avait déjà été largement entamée par le traumatisme inouï de la Grande Guerre.
_____________Le combat contre l’américanisation n’entretient par conséquent qu’un rapport extrêmement ténu avec l’anti-américanisme, l’américanisation étant avant tout le symptôme de la faiblesse française, de son incapacité à reconstruire et à véhiculer sa propre mythologie nationale après la Défaite, à l’exception des intermèdes gaullistes (dans la terminologie lacanienne on qualifierait de « forclusion » les phases de pouvoir du général de Gaulle). Ce mimétisme américanisant est si implacable qu’il en est devenu absolument prévisible : sachant qu’une initiative est prise aux Etats-Unis maintenant, elle sera adaptée au contexte français dans un laps de dix à quinze ans. Cette schize anti-américanisme/américanisation explique en grande partie l’extrême ambiguïté du rapport des Français au modèle hégémonique américain : une population très largement américanisée et très largement anti-américaine. Dans cette ambiguïté siègent à la fois notre force et notre faiblesse. Cette schize est particulièrement prégnante dans la rhétorique post-nationale du fédéralisme européen car que nous proposait-on avec la Constitution supranationale rejetée en mai par les Français, sinon justement l’édification des Etats-Unis d’Europe ? Là-dessus peuvent venir se greffer de multiples affects et ambitions : de la volonté de contrebalancer l’hégémonie américaine en construisant une Europe-puissance à son contraire exact, à savoir un mimétisme et une entente parfaite entre ces deux pôles à travers l’édification d’un marché euro-atlantique. Il est intéressant de voir que ces deux visions ressortissent à un même fondement — l’américanisation de la pensée et des mœurs socio-économiques — à travers la mise en œuvre de postulats identiques : credo ultra-libéral, médiocratie culturelle, rôle moteur des médias dans la construction idéologique de la réalité sociale, règne de l’anti-intellectualisme à travers l’émergence du communautarisme comme principale force de structuration et d’organisation des enjeux sociétaux ...
Perdus entre une Nation qui n’existe plus et qui a été sacrifiée par ses dirigeants sur l’autel d’une Europe qui n’existera jamais, sinon sous la forme perverse d’une oligarchie euratlantique, le seul horizon qui nous reste, hors notre dissolution dans la grande amnésie globalitaire, est celui de notre extinction progressive. Les adversaires de la République ont beau jeu de parler d’effondrement du modèle républicain, puisque cela fait longtemps que les gouvernements ont cessé de le défendre et de le mettre en œuvre. Car l’enjeu de l’américanisation ou de l’européisme, qui est son autre nom, c’est la mort pure et simple de la Nation, c’est cette mort-là que nous vivons aujourd’hui. Le redressement national ne peut passer que par un combat désespéré et farouche contre l’américanisation et le règne morbide de l’utopie multiculturelle. Les remèdes existent, mais leur radicalité en interdit pour l’instant la mise en œuvre. Accepter l’altérité et la diversité au sein de la Nation ? Evidemment, mais certainement pas au point de renier son Histoire et de se renier soi-même.
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-L’américanisation de la France et de l’Europe
"...« La gauche démocrate en Europe s’est (en effet) engagée, en accord avec la droite européenne, dans la construction d’un futur « grand marché transatlantique ». Ce projet avait été mis en échec par le gouvernement de Lionel Jospin en 1998. Mais il a été relancé en 2006 par deux rapports dont l’un défendu par une députée européenne du SPD en faveur d’un « grand marché transatlantique sans entraves en 2015 ». A l’époque les députés européens de notre parti s’y sont opposés. En mai 2008, une nouvelle résolution favorable à un marché commun transatlantique a été adoptée par le Parlement européen. » Cette fois, la quasi totalité des eurodéputés PS français l’ont soutenue et ce comme le note le sénateur du PS, Jean Luc Melenchon qu’il y ait le moindre débat au sein du PS français.
_”Le projet de grand marché transatlantique prévoit la création d’une zone de libre échange pour les services, l’élimination des barrières douanières, technique et réglementaire au commerce, la libéralisation des marchés publics de la propriété intellectuelle et des investissements. Il engage l’Europe dans une promotion fanatique du libre échange au niveau mondial comme le montre la déclaration commune du sommet UE-USA du 10 juin dernier : « nous résisterons au sentiment protectionniste à l’intérieur et nous nous opposerons au protectionnisme à l’étranger. Les modèles du libre et juste échange et de l’investissement ouvert sont les piliers de la croissance économique mondiale ». Il consacre l’évolution de l’Union européenne vers une vaste zone de libre-échange uniquement motivée par la libre circulation des biens et des services...."
______“De plus, ce marché commun n’a pas seulement un objectif économique. Il est officiellement présenté comme la « base propice à l’établissement ferme du partenariat transatlantique, qui permettra à l ’Union et aux États Unis de relever ensemble les défis politiques et économiques mondiaux ». Il est même proposé de créer à terme une véritable « Assemblée transatlantique ». C’est donc un projet politique de grande ampleur impliquant des Institutions communes aux deux côtés de l’Atlantique.______Car si nous voyons bien son objectif économique, nous voyons aussi sa signification géopolitique. Il donne corps au projet de formation d’un « Occident politique » voulu par la doctrine américaine du « Choc des civilisations ». Telle est la ligne adoptée par de très nombreux dirigeants européens et en France par Nicolas Sarkozy. Cette vision géopolitique repose sur l’idée que l’hégémonie de « l’Occident » est mise en cause et qu’il faudrait répondre au phénomène par une intégration croissante des nations « occidentales » sur le plan économique comme militaire..."

-L'inquiétante américanisation de la vie politique française
-Identité nationale et influences transnationales - Américanisation, européanisation, mondialisation - le cas de la France après la Seconde Guerre mondiale
-L'identité nationale : le vrai problème c'est l'américanisation
-American parano
"... D'après Immarigeon, « l'approche très particulière que les États-Unis ont de l'histoire et du monde, leur assurance d'être la nouvelle Jérusalem, ne doit pas tant à leur religiosité très agaçante... qu'à leur croyance en une méthode infaillible » tirée, ironiquement, du philosophe français René Descartes. Cette confiance absolue dans « son Moi identitaire » contient des aspects totalitaires qui mènent l'Amérique à faire beaucoup de mal au nom du bien : « Concrètement, cela commence par la conquête d'un continent immense et riche en matières premières, dont on extermine les primo-occupants parce que l'homme nouveau doit se retrouver seul. Ensuite, on importe des dizaines de millions d'émigrants à qui l'on demande, si ce n'est pour cultiver ce folklore familial si amusant lors des fêtes de famille, d'oublier tout leur passé, toutes leurs racines, toute leur histoire ancienne. »__Avec une telle arrogance, la « promesse américaine » peut parfois devenir un cauchemar. Étant donné que l'Amérique est « persuadée d'être exceptionnelle et délivrée des lois de l'histoire », elle se permet toutes sortes de vilenies — de la colonisation brutale des Philippines en 1898, à la libéralisation économique radicale des années vingt et quatre-vingt-dix, au Vietnam, à l'invasion de l'Irak, à un niveau de consommation qui menace la planète...Comment s'en sortir ? Immarigeon aurait voulu qu'Obama soit un Gorbatchev américain, un grand homme qui aurait avoué que les idées américaines primordiales — dont « la fiction » énoncée dans la Déclaration d'indépendance « d'une égalité naturelle [octroyée par Dieu] dont découlerait l'égalité juridique » — ne sont pas tout à fait comme il faut. Bref, accepter la défaite, « une défaite par épuisement des forces, de Kaboul à Wall Street », et « simplement admettre que son modèle a été parfaitement adapté à un moment d'histoire de l'humanité, mais qu'aujourd'hui, il ne sert plus à rien... »
- L'américanisation de la propagande en Europe de l'Ouest
-L'américanisation de la France (1945-1970)
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-Anglomanie, anglocratie ....
-Europe-USA: vassalité?
-USA: déclin programmé ?
-Après l' empire....

lundi 18 septembre 2017

Guerres américaines

Quasi ininterrompues.                                             [Notes de lectures]
                                                De la guerre du Mexique à celle d' Afghanistan, en passant par celle du Vietnam, les armées des USA seront restées peu de temps au repos. Sans évoquer la longue guerre pour la conquête et l'extension du pays.
   Comme disait le général Patton, "De tous temps, les Américains ont aimé se battre...Les Américains aiment les vainqueurs. Les perdants, chez nous, on n'en veut pas. Les Américains se battent pour gagner quel que soit le prix, et nous ne paierons jamais assez cher pour rester des hommes libres. Quoi qu'il arrive. C'est pour ça que les Américains n'ont jamais perdu une guerre. Et c'est pour ça que jamais ils n'en perdront. Tout simplement parce que l'idée de perdre est intolérable aux Américains. 
           C'était avant le tragique fiasco vietnamien et le bourbier afghan.
   Une histoire qui se répète cependant, comme le reconnaît  Ken Burns, " Nous faisons toujours les mêmes choses, nous passons notre temps à faire la guerre. Nous n'apprenons pas."                          Comme pour tout empire, la guerre, proche ou lointaine, est consubstantielle à la politique étrangère des USA, favorisée par la recherche de l'influence, du leadership, de la puissance. Soutenue aussi par une certaine culture des armes ancrée très tôt, largement partagée, justifiée par le Deuxième Amendement et largement encouragée par des lobbies puissants. 
   _____Dans son étude, l'historien Thomas Rabino explique que "la rupture du 11 septembre est d'abord psychologique" , mais également révélatrice de ce lien très particulier que le pays entretient avec la guerre. C'est à partir de ce lien qu'il est possible d'obtenir des clés de compréhension majeures sur le 11 septembre, mais aussi les Etats-Unis. Comme tous les grands empires, la guerre fait partie de l'histoire du pays. En effet, une puissance se construit économiquement, mais aussi militairement. Mais l'auteur va plus loin. Le pays lancerait une campagne de guerre tous les quatre ans en moyenne depuis 1774 (date de sa formation), ce qui permettrait de comprendre le caractère violent de la culture américaine, l'influence des entreprises d'armement ou encore l'importance du budget de la défense. Surtout, le 11 septembre, ainsi que les guerres qui en ont découlé, ne sont que des nouveaux épisodes d'une dynamique bien connue et rodée du pays : "les guerres américaines font les Etats-Unis d'aujourd'hui, et feront les Etats-Unis de demain..." 
  ______     Avant lui , Noam Chomsky  "met en relief la nature belliqueuse de la politique étrangère américaine, contrairement au discours classique de défense des libertés et des droits de l’homme mis régulièrement en avant par les autorités officielles américaines. Les États-Unis ont imposé un modèle capitaliste qu’ils défendent sur la scène internationale et, selon l’auteur, la guerre vise principalement à protéger les intérêts des grandes entreprises américaines. En effet, le parallèle entre la guerre et la concurrence économique est entièrement assumé par Noam Chomsky, qui s’emploie à justifier historiquement.. Il ne s’agit pas d’éliminer des adversaires, mais de mettre à terre d’autres projets de société alternatifs pour que la mondialisation libre-échangiste serve uniquement les intérêts américains. Les États-Unis ont ainsi systématiquement soutenu des coups d’État militaires pour appuyer une brutalisation consistant « à infliger […] le maximum de souffrances dans l’espoir, non seulement de faire durer [les] difficultés mais aussi de faire en sorte que seuls les éléments les plus durs et les plus brutaux de la population en sortiront » . L’originalité de l’ouvrage tient à l’analyse systématique de tous les régimes appuyés par les États-Unis dans les années soixante, en Amérique latine et en Asie. La Seconde Guerre mondiale fait même l’objet d’une nouvelle lecture, selon laquelle les États-Unis sont entrés en guerre non pas pour s’opposer à la solution finale appliquée par le régime nazi, mais pour protéger les intérêts économiques américains menacés. Selon Noam Chomsky, l’usage de la bombe nucléaire par les États-Unis et la destruction de générations au Japon ne peuvent être ignorés dans ce contexte. Les États-Unis se sont très vite écartés des accords de Genève d’après la guerre qui donnaient un cadre aux conflits pour éviter les massacres des populations civiles..." 
 Même dans l'intervention en Europe en 1917 et dans celle, tardive de 1940, les intentions US ne furent jamais désintéressées.            Une histoire qui se répète, sous des formes diverses, depuis deux siècles et demi, jusqu'à l'intervention syrienne, à la fois avouée et déniée. Non sans "bavures", ni sans échecs.
    Les avertissements de Eisenhower à la fin de son mandat n'ont pas eu de portée.
                 __ "A l'instar des empires d'antan, de la Pax romana à la « démocratisation du Moyen-Orient », les intérêts stratégiques propres à une grande nation sont 

indispensables au maintien, voire à l'accroissement de sa puissance. Du Mexique, victime en 1848 de l'expansionnisme américain, au Panama, dont le contrôle offre un atout commercial considérable, en passant par l'Irak, objet de toutes les convoitises depuis que l'or noir y est exploité, les exemples ne manquent pas.
       Assurer la croissance de son territoire, la maîtrise des matières premières et des débouchés économiques pour la production nationale sont autant d'enjeux qui requièrent parfois l'usage de la force. Le déclin relatif de l'économie américaine, l'explosion d'un déficit commercial apparu dans les années 1970, la contraction de son produit national brut à l'échelle mondiale et l'émergence d'un concurrent comme la Chine rendent, depuis les années 1990, la consolidation et l'extension de ses positions stratégiques plus vitales que jamais. La guerre n'est-elle pas, selon les mots du théoricien militaire Clausewitz, la « politique continuée par d'autres moyens » et un « véritable instrument de la politique » ?
 ____ Rabino étudie la contribution de l’armée à la réalisation des films de guerre, la torture dans les séries télévisées, le vocabulaire volontiers barbare des responsables de la communication militaire, le débat sur les éventuels dégâts sanitaires dus à l’uranium appauvri des munitions, nous donnant, chaque fois que c’est possible, des statistiques sur l’évolution de ces phénomènes significatifs. Les fluctuations d’une opinion mobile, patriotique et démocratique, manipulée ou résistante selon les circonstances, adhérant ou refusant le discours officiel, sont saisies et suivies par des sondages. Il le faut : la réalité de l’Amérique est qu’elle est toujours en guerre, ainsi que son immense armée, son gigantesque budget militaire, ses bases, ses interventions incessantes en témoignent. "
       "« Cette conjonction entre un immense establishment militaire et une importante industrie privée de l’armement est une nouveauté dans l’histoire américaine. (...) Nous ne pouvons ni ignorer, ni omettre de comprendre la gravité des conséquences d’un tel développement. (...) nous devons nous prémunir contre l’influence illégitime que le complexe militaro-industriel tente d’acquérir, ouvertement ou de manière cachée. La possibilité existe, et elle persistera, que cette influence connaisse un accroissement injustifié, dans des proportions désastreuses et échappant au contrôle des citoyens. Nous ne devons jamais permettre au poids de cette conjonction d’intérêts de mettre en danger nos libertés ou nos méthodes démocratiques. Rien, en vérité, n’est définitivement garanti. Seuls des citoyens alertes et informés peuvent prendre conscience de la toile d’influence tissée par la gigantesque machinerie militaro-industrielle et la confronter avec nos méthodes et objectifs démocratiques et pacifiques, afin que la sécurité et les libertés puissent fleurir côte à côte. » (1961)
    "Républicains et démocrates jugent que ces années de guerre ont épuisé financièrement le pays, au moment où il aurait besoin de réserves pour relancer l'activité. Le message est à peu près le même d'un bord à l'autre du spectre politique, notamment chez les élus de base. 
       Représentant républicain d'un Etat qui ne manque pourtant pas d'académies militaires, le député de Caroline du Nord Walter Jones assure : "Nous ne pouvons pas continuer à policer le monde."Sénateur démocrate de Virginie occidentale, Joe Mandrin assène : "Reconstruire l'Amérique ou l'Afghanistan, il faut choisir."__Plus significatif encore, le NewYork Times rapporte que la Conférence des maires du pays, réunie en juin, a adopté une résolution à tonalité isolationniste. Elle stipule que les impôts des Américains doivent servir à construire des ponts "à Baltimore et à Kansas City, pas à Bagdad ou à Kandahar". Traditionnellement, le Parti républicain porte haut et fort le drapeau de l'engagement à l'étranger. Cette fois, ses deux principaux candidats pour 2012, Mitt Romney et Jon Huntsman, sont les avocats d'un retrait rapide d'Afghanistan.
   __Est-on encore une superpuissance quand une partie de son budget militaire est prise en charge par un autre pays, en l'espèce, la Chine, acheteur numéro un de bons du Trésor américains ? L'un des papes de l'establishment stratégique du pays, Leslie Gelb, répond : "Ce qui déterminera l'avenir de l'Amérique, ce n'est pas ce qui peut arriver en Afghanistan aujourd'hui ou dans les cinq ans à venir, mais ce qui va se passer à propos d'une dette qui nous écrase."
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