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vendredi 29 janvier 2010

Retraites : d'autres pistes...


Finance ou retraites...

-Retraites : 2010, une année décisive. Il n'y a pas de fatalité démographique

"Les inégalités entre générations ne viennent pas du " problème " des retraites mais de l'emploi. C'est la situation de chômage de masse qu'a connu l'Europe pendant plus de vingt ans qui a contribué à accroître les inégalités de destin entre les générations, certaines ayant eu plus de difficultés que d'autres à s'intégrer par le travail. Il ne faudrait pas que, sous prétexte d'équité intergénérationnelle, nous réglions cette question par l'absurde, en laissant se dégrader le sort relatif des retraités. Or c'est ce que nous sommes en train de faire ou de laisser faire, en ayant accepté que les retraites ne soient indexées que sur les prix et non plus sur les salaires. Nous avons probablement oublié en chemin que nous sommes tous de futurs retraités." (JP.Fitoussi)

-Pourquoi (alors) le discours alarmiste que tient la majorité? Pour Piketty, on brandit « la menace démographique » « pour dire au final que rien ne vaut la capitalisation ». Faut-il s'attendre à ce que Sarkozy nous vante « les fonds de pension à la française » ?
____________________-Poker menteur?
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-Retraites : des pistes inexplorées
"La réforme des retraites est un dossier toujours chaud, que le gouvernement actuel s’apprête à resservir à nos concitoyens. La sauce qui servira à accommoder le plat sera sans doute l’épaisse sauce « communication », avec pour motto le traditionnel raisonnement proposé aux français : on ne peut continuer à travailler jusqu’à 60 ans alors que la durée de vie s’allonge, le régime par répartition est en danger et il faudra donc soit réduire le montant des prestations, soit cotiser plus, soir cotiser plus longtemps. C’est ce discours que tient régulièrement Monsieur F. Fillion depuis son accession au poste de premier ministre ...
L’opposition entre salariés du secteur privé et fonctionnaires n’est qu’un tour de passe-passe destiné à divertir l’attention des réels problèmes des régimes de retraites et pas à améliorer l’avenir de la retraite par répartition en alignant par le haut les régimes de retraite du public et ceux du privé. Si l’on veut améliorer les régimes de retraite et faire en sorte que le contribuable lambda y trouve son compte, des pistes alternatives au traditionnel tripode de « réflexion » gouvernemental peuvent être envisagées. Ainsi, au cours des 20 dernières années, le PIB a très sensiblement progressé ; dans le même temps la part des revenus salariaux dans le PNB national a chuté et simultanément la part des revenus non salariaux a augmenté dans les mêmes proportions . Il semble donc plus qu’équitable de proposer que l’on assoie les recettes des caisses de retraite pour le privé et de l’imposition pour le public sur les bénéfices tirés pour l’essentiel des gains de productivité du monde du travail, gains de productivité dont il n’a que très peu bénéficié. On peut aussi proposer que les revenus financiers non productifs, qui se sont accrus très sensiblement, participent aussi à l’effort nécessaire d’alimentation des caisses de retraite. Ces pistes ne sont que rarement, voire quasiment jamais proposées dans les sondages. Lorsqu’elles le sont, elles recueillent pourtant une vaste majorité de soutiens .
De très nombreuses propositions à évaluer
De façon plus précise, dans le secteur privé, une véritable réforme de l’assiette des cotisations sociales patronales pourrait s’articuler autour de deux axes : a) la contribution des entreprises pourrait être assise sur la totalité de la richesse produite par l’entreprise et non pas sur la seule masse salariale, et b) l’assiette des cotisations salariales et patronales pour les retraites devrait être étendue à tous les éléments de rémunération qui n’en font pas partie aujourd’hui, y compris les primes ou les stocks options. Au-delà, l’accroissement limité - mais réel - du nombre d’heures supplémentaires proposées aux salariés contribue à réduire le nombre de cotisants, et de façon pernicieuse l’assiette des cotisations surtout en regard des mesures d’allégement de charges dont certaines de ces heures bénéficient. On pourrait donc proposer d’augmenter le coût de la cotisation retraite sur les seules heures supplémentaires travaillées. Enfin, pour favoriser l’investissement productif et limiter le spéculatif, il semble raisonnable de demander aux entreprises qui ont bénéficié de prêts de l’Etat, qui dégagent de bénéfices, et qui continuent d’opérer des licenciements boursiers, de rembourser ces prêts qui seront immédiatement affectés aux caisses de retraites des salariés.
_________Dans le public, où les retraites sont financées par des cotisations des agents et surtout par l’Etat, les collectivités territoriales ou l’assistance publique (selon le secteur considéré), la stratégie alternative globale vise à rechercher de nouvelles sources de financement qui ne soient ni le contribuable honnête, ni l’Etat, ni le fonctionnaire. La première et la plus évident de ces stratégies repose sur une chasse drastique à la fraude fiscale, qui pourrait rapporter autour de 40 milliards d’euros par an. Une seule année apporterait ainsi de quoi combler le « trou » de la sécurité sociale et couvrir 5 ans environ d’augmentation de la cotisation retraite des fonctionnaires ! La chasse aux aides d’Etat détournées peut aussi rapporter gros. Deux exemples. Les 2 milliards d’euros d’exonération de TVA accordés aux restaurateurs en échange d’embauches dans ce secteur (embauches que l’on attend toujours) devraient être remis en cause. De même, la procédure dite du crédit impôt-recherche doit être revue en totalité. Le montant de ce crédit d’impôt est de l’ordre de 4 milliards par an. Bien que l’impact réel de cette aide ne soit presque jamais évalué (ou évalué de façon défavorable par la cour des comptes !), il est intéressant de constater que la plus grosse partie de ces aides profite non pas aux « start-up », aux PME innovantes, mais.... aux banques, aux assureurs et aux très grosses entreprises telles Veolia ou Total (7) ! Au travers de ces deux exemples, ce sont donc plus de 4 milliards par an qui pourrait être réaffectés au financement des retraites de la fonction publique. Or il existe bien d’autres de ces niches...
Au travers des pistes présentées plus haut, comment ne pas repenser à la franco-américaine Susan George, critique notable du néolibéralisme et de la mondialisation, qui nous disait « qu’un autre monde » est possible alliant solidarité intergénérationnelle et justice sociale. Susan Georges moquait aussi le TINA régano-thatchérien en expliquant qu’il pouvait souvent être remplacé par un « TATA » (There Are Thousands of Alternatives) ! Ce dossier des retraites confirme bien la validité de ce point de vue."
-Retraites, idées fausses et vrais enjeux
-Retraites - Attac France
>-Retraites : un sondage orienté
>-Retraites : un sondage en chasse un autre
>-Projections de population pour la France métropolitaine à l'horizon 2050
>-Trois Français sur quatre pensent qu'ils auront une retraite insuffisante pour vivre correctement
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Gérard Filoche (Inspecteur du travail) :
"Le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites en 2001, illustrait très clairement les options essentielles offertes à notre régime des retraites
___Première option : ne pas augmenter les cotisations retraites et ne pas diminuer le montant des retraites. Dans ce cas, il fallait augmenter de 9 ans la durée de cotisation.__Deuxième option : ne pas augmenter les cotisations retraites et ne pas allonger la durée des cotisations. Dans ce cas, le montant moyen des retraites diminuerait de 78 % à 43 % du salaire net. Soit pour un salaire net de 1 200 euros, une retraite de 516 euros et non plus de 936 euros.__Troisième option : ne pas allonger la durée de cotisation, ne pas baisser le montant des retraites mais augmenter de 15 points le montant des cotisations retraites entre 2003 et 2040.
Jamais la troisième de ces options n’a fait l’objet du moindre débat public alors que c’est de loin la solution la plus acceptable pour la grande majorité de la population. 15 points d’augmentation en un peu moins de 40 ans, cela représente 0,37 point d’augmentation des cotisations retraites par an pendant 40 ans. A raison d’une augmentation de 0,25 point pour les cotisations patronales et de 0,12 point pour la part salariale des cotisations retraites, qui pourrait prétendre que cette solution n’est pas préférable à un allongement de 9 ans de la durée de cotisation ou à une baisse de 25 points du montant des retraites ?
___C’est la discussion et la prise en compte de cette troisième option qu’il faut imposer au Medef et au Gouvernement."__Sans compter qu’il est possible de diversifier les sources de financement.
___Et une citation d’un article d’ATTAC :"Selon les nouvelles projections du Conseil d’orientation des retraites (COR), le déficit devrait se situer à 1% du PIB en 2020 (1,5% si l’âge de départ à la retraite n’augmentait pas) puis à 1,7% en 2050. On peut vérifier dès aujourd’hui que des prélèvements d’un tel ordre de grandeur sont réalisables. Les exonérations de cotisations sociales consenties aux entreprises représentent déjà à elles seules 1% du PIB (en 2005). Les dividendes distribués par les sociétés ont littéralement explosé depuis les années 1990. Revenir sur les exonérations de cotisations (qui sont des cadeaux au patronat et une incitation à pratiquer des bas salaires) et ponctionner une (petite) partie des dividendes généreusement accordés permettraient de faire face sans trop de difficultés aux déficits annoncés. Le problème du financement des retraites n’est pas un problème économique ou financier, mais un problème politique." (Olorin)

-Réforme des retraites : des solutions existent autres que celles de l'UMP et de Martine Aubry...
-Gains de productivité et financement des retraites
-
Financement des retraites
-La retraite à 62 ans, un échec annoncé
-
"Le report de l'âge de la retraite contribuera à baisser les pensions"
>-Jean-Paul Fitoussi: le vrai problème, c'est le chômage
-Changer le travail pour financer les retraites
-Retraites: le «N'ayez pas peur» de Piketty
-Pourquoi et comment défendre nos retraites ? - AgoraVox

-Indécente dramatisation de la question des retraites
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-Retraites:aubaine de la privatisation
-Fonds de pension : alerte !

jeudi 17 juin 2010

Dossier retraites (suite)

Une réforme juste?

__Faut-il écouter le son du COR?
Des esprits bien préparés



Deux poids deux mesures
__Ou le pâté aux alouettes (
"il sera demandé cinq fois plus au travail qu'au capital".)

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- Les Français les moins qualifiés "vont payer l'essentiel de cette réforme
__La répartition guillotinée
-Le vrai problème, c'est le chomage

-“Le chef de l’État entend montrer à ses partenaires européens et aux marchés financiers qu’il s’attaque au problème de la dette. Tant pis si les retraites ne constituent qu’un aspect partiel du problème : il faut donner un signal et ne surtout pas perdre la note AAA dont bénéficie encore la France sur les marchés”. (Les Échos, 13 avril 2010)

_______"La vérité est que le gouvernement veut avant tout donner des gages aux marchés financiers pour tenter de prouver que la France est bel et bien entrée dans une politique de rigueur sans le dire."(Corinne Lepage)

_________-Le travail accablé, le capital épargné
"... La mesure prévoyant le relèvement de 60 ans à 62 ans de l'âge légal du départ à la retraite, qui est la mesure phare du projet gouvernemental et qui pénalisera lourdement les salariés, rapportera à elle seule près de 19 milliards d'euros, à l'horizon de 2018, selon les projections officielles du gouvernement. Or, par comparaison, la totalité des recettes nouvelles qui pèseront sur les hauts revenus ou sur le capital n'atteindra que 3,7 milliards d'euros en 2011 et 4,6 milliards d'euros en 2020...
C'est donc la première mesure de l'iniquité du plan: comme l'établit le tableau réalisé par le gouvernement (la version intégrale du plan peut être téléchargée ici), il sera donc demandé cinq fois plus au travail qu'au capital. Pour être précis, et isoler les mesures spécifiques nouvelles qui vont peser sur le capital, il faut même déduire des 4,6 milliards les taxes qui seront à la charge des ménages fortunés et ne retenir que celles à la charge des entreprises. Dans ce cas, on parvient à un partage des efforts encore plus déséquilibré: en face des 19 milliards d'euros qui seront à la charge des salariés, on ne trouve que 2,650 milliards d'euros à l'horizon de 2020 qui seront à la charge des entreprises. Dans ce mode de calcul, le rapport n'est donc plus de un à cinq mais de un à huit...

La mesurette sur les retraites-chapeau – autre scandale qui défraie périodiquement les milieux du CAC 40 – ne vaut guère mieux: elle générera elle aussi moins que rien. Tout juste 110 millions d'euros.

Quant à la dernière mesure, celle prévoyant de relever de 40 à 41% le taux marginal de l'impôt sur le revenu, elle ne fait pas plus illusion. D'abord son gain est aussi microscopique: 230 millions d'euros. Et surtout, il s'inscrit dans une logique d'affichage. Car, en France, les vraies inégalités sont évidemment beaucoup plus celles face au patrimoine que celles face aux revenus. En supprimant presque totalement les droits de succession en 2007, et en relevant de 1% le taux supérieur de l'impôt sur le revenu, Nicolas Sarkozy sait donc pertinemment ce qu'il fait: il a offert, dans le premier cas, un gros cadeau aux plus grandes fortunes, et va soumettre à une mini-taxe des contribuables parmi lesquels figurent d'abord les cadres.

En bref, cette réforme des retraites, c'est l'histoire du pâté aux alouettes: il n'est fait mention de taxe sur les hauts revenus et le capital que pour l'apparence. Et cette iniquité du dispositif est d'autant plus choquante que le gouvernement disposait d'un levier majeur avec la fiscalité du capital et de l'épargne, comme nous l'évoquions dans un «parti pris» récent (voir notre article
Hypocrisies et leurres autour de la fiscalité du capital). Dans son contre-projet sur les réformes des retraites (que l'on peut consulter ici), le Parti socialiste avait préconisé, lui, des réformes autrement plus hardies sur la fiscalité du capital et de l'épargne..
" (L.Mauduit)
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Thomas Piketty plaide pour une « révolution fiscale »___-Thomas Piketty: «Ne dramatisons pas la question des retraites!»
-Réforme des retraites: le chantage financier auquel l'Elysée a cédé

-Les inégalités face aux retraites
-Retraite devant les marchés
-Retraites: arrêtons de ne parler que de l'âge légal!
-Point de vue de Mélanchon
-Trimer jusqu'à 67 ans !

-Retraites : le problème est ailleurs !
-Lettre aux apôtres de la capitalisation
-La pénibilité prise en compte, mais pour les salariés qui peuvent le prouver
-Retraites : l'ère de la complexité

-Emmanuel Todd : « Le débat n'a aucun sens »
- Retraites : le gros et le détail
-Un problème de croissance

-Un problème européen
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-Retraites : d'autres pistes...___-Retraites : préparer les esprits___- Retraites demain...___-___Retraites:aubaine de la privatisation___Fonds de pension : alerte !__-Retraites: Logique purement comptable ?

mercredi 19 mai 2010

Retraites : préparer les esprits

Jouer sur la vitesse et la dramatisation,
pour éviter les débats de fond?...


Le temps d'explorer d'autres pistes...






Une manoeuvre, «un leurre» pour faire «passer la pilule»?
«Poudre aux yeux»?

-
Derrière la réforme de la retraite, les fonds de pension pointent leur nez...

-"Le Medef a demandé au COR de chiffrer l'impact d'un passage à 65 ans, ainsi que celui d'un relèvement de la durée de cotisation à 45 ans. Laurence Parisot affirme que le taux d'emploi des seniors grimperait en cas de hausse de l'âge légal. Elle a aussi souhaité « dynamiser » fiscalement les outils de capitalisation. Mais refusé de porter un jugement sur le bouclier fiscal...".(Les Echos)

-"Selon les nouvelles projections du Conseil d’orientation des retraites (COR), le déficit devrait se situer à 1% du PIB en 2020 (1,5% si l’âge de départ à la retraite n’augmentait pas) puis à 1,7% en 2050. On peut vérifier dès aujourd’hui que des prélèvements d’un tel ordre de grandeur sont réalisables. Les exonérations de cotisations sociales consenties aux entreprises représentent déjà à elles seules 1% du PIB (en 2005). Les dividendes distribués par les sociétés ont littéralement explosé depuis les années 1990. Revenir sur les exonérations de cotisations (qui sont des cadeaux au patronat et une incitation à pratiquer des bas salaires) et ponctionner une (petite) partie des dividendes généreusement accordés permettraient de faire face sans trop de difficultés aux déficits annoncés. Le problème du financement des retraites n’est pas un problème économique ou financier, mais un problème politique." (Olorin)
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-Retraites : la communication bien huilée du gouvernement

"Cette fois, c'est sûr, "le bouclier fiscal est entaillé", a reconnu Jean-François Copé, lundi 17 mai sur RTL. Mais il l'est pour la bonne cause : celle des retraites. Le gouvernement a publié dimanche soir un "document d'orientation" sur la réforme, qui précise les grandes lignes sur lesquelles le gouvernement compte agir. Et parmi les engagements de ce texte "la mise en place d’une contribution supplémentaire de solidarité sur les hauts revenus et les revenus du capital", qui "ne donnera pas droit à restitution au titre du bouclier fiscal". Le dogme martelé depuis des mois sur la nécessité de maintenir et d'imposer ce bouclier – selon lequel personne ne peut être taxé à plus de 50 % de son revenu – est donc écorné. Surprise, ou opération calculée ?...
Ce revirement marque en tous cas une nouvelle étape dans la stratégie de communication du gouvernement sur les retraites. Une stratégie de long terme, visant à faire passer en douceur cette réforme difficile, la dernière sans doute du quinquennat.

Dramatisation.
La première étape de cette stratégie consiste à sensibiliser les Français au débat sur les retraites. Dès septembre dernier, cette réforme, promise par Nicolas SarkozyLe Journal du Dimanche publie un sondage IFOP indiquant que les Français sont à 76 % peu ou pas confiants dans le fait de toucher une retraite satisfaisante à l'avenir. Plusieurs médias multiplient les articles sur le sujet, aux titres souvent évocateurs. Cette réforme "sera un signe de sérieux", promet ainsi Alain MincLe Figaro....___Dramatisation des enjeux, fermeté affichée, concessions et cadrage du débat : cette succession d'étapes peut s'adapter à nombre de réformes. Même si, le 18 avril dernier, Eric Woerth assurait, sur Europe 1 : "Il n'y a pas aujourd'hui de réforme dans un coffre-fort ou dans un tiroir qu'on sortira le moment venu", à voir la précision avec laquelle s'est mise en place la communication du gouvernement sur le sujet des retraites, on a le sentiment d'une planification de longue date...."

-Retraites: «réforme équitable» ou «poudre aux yeux»?
"Le «document d’orientation» d’une quinzaine de pages envoyé dimanche soir aux partenaires sociaux ne livre pas une réforme définitive, mais en donne clairement le ton. «L’augmentation de la durée d’activité» présentée comme «une réponse durable» pour financer le système de retraites et une contribution supplémentaire pour les hauts revenus et les revenus du capital en sont les deux principales pistes. A droite, on applaudit. A gauche, on se méfie: cette taxation des plus aisés pourrait sonner comme une contrepartie symbolique aux efforts demandés à l’ensemble des salariés, à l'image du probable report de l’âge légal...."

-Taxer les hauts revenus pour financer les retraites: PS et syndicats méfiants:
"...Outre ce «travailler plus longtemps», la confirmation d’une contribution des hauts revenus est largement commentée. La gauche et les syndicats soupçonnent une manoeuvre pour faire avaler plus facilement les efforts supplémentaires qui seront exigés des salariés. La droite s’interroge sur une éventuelle brèche dans le bouclier fiscal. L’idée, en tout cas, fait débat.
__Le porte-parole du PS, Benoît Hamon dénonce ainsi
«un leurre» pour faire «passer la pilule». Pointant «la piste principale [qui] est le recul de l’âge légal ou l’allongement de la durée de cotisation», il accuse le gouvernement d’avancer la taxation des hauts revenus comme une sorte de contrepartie symbolique. Mais cette mesure «n’est pas chiffrée», «ne remet pas en cause le bouclier fiscal» , et s’annonce «homéopathique», déplore-t-il
.-
Baisser les salaires des ministres ? Un piège à cons ! ...

-Sordide
-Prendre les sociaux-libéraux de vitesse
-Retraites : un peu de sang froid SVP
-Thomas Piketty: «Ne dramatisons pas la question des retraites!»

-LES VÉRITABLES ENJEUX DE LA BATAILLE DES RETRAITES:
"...
Les banquiers, assureurs, financiers enragent car ils ne parviennent pas à mettre la main sur toutes les cotisations retraites. Elles représentent des centaines de milliards d’euros qui pourraient être placées sur les marchés financiers pour spéculer. Et leur rapporter beaucoup d’argent ! Pour parvenir à convaincre les Français, comme dans les autres pays, ils racontent n’importe quels bobards et tentent de faire peur ! Ils disposent pour cela d’une armée d’ « experts » et de « journalistes ».
___En 1997, le Fonds monétaire international (FMI) a estimé qu’il fallait réduire tous les dispositifs publics qui ne génèrent pas d’épargne, afin de « forcer les gens à épargner pour leur retraite en orientant les fonds de manière stable et permanente vers les investissements dans le secteur privé ». Il ajoutait « qu’un système de retraite en répartition peut déprimer l’épargne nationale parce qu’il crée de la sécurité dans le corps social ». Mais avec la crise financière, tous les fonds de pension dans le monde, qui fonctionnent avec de l’épargne, sont au bord de la faillite ! Repousser l’âge légal de départ à la retraite ne repousse pas l’âge de fin d’activité puisque les employeurs se débarrassent des « vieux » travailleurs. Le but est de les faire partir au même âge, mais avec une pension plus faible. C’est le moyen de les « obliger » à épargner !.."

-François Chérèque: «On ne va pas se faire couillonner deux fois»
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-Comme Ton Gouvernement, Le Salaire, Tu Baisseras
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"Des ministres qui s'interrogent sur leur salaire
__La dernière polémique intra-gouvernementale du moment peut prêter à sourire. Le camp présidentiel est à la recherche de preuves de l'équité fiscale de sa politique. Quand François Fillon a annoncé son faux plan de rigueur, Christine Lagarde s'était empressée de promettre un effort particulier sur les niches fiscales. Elle veut trouver 5 milliards d'euros d'économie. Sur 140 milliards... quel effort ! La semaine dernière, elle a lancé une nouvelle idée : les ministres aussi devraient baisser leur salaire. Le propos est évidemment démagogique. La réaction, négative, de certains de ses collègues le fut tout autant. François Baroin : «la rémunération des ministres est moins élevée en France qu’à l’étranger. Elle est indexée sur les traitements de la Fonction publique, qui ne baissent pas chez nous, alors que d’autres pays les réduisent. Je me méfie des décisions démagogiques.» Eric Woerth a osé déclarer: « en France, les ministres ont une rémunération d’agents publics. Si je devais baisser mon salaire cela voudrait dire que les salaires des agents publics baissent aussi, ce dont il n’est pas question.» D'autres ont au contraire affiché leur solidarité : NKM, Bruno Le Maire ou Rama Yade ne sentent pas gênés. Personne, évidemment, n'a osé suggéré que Nicolas Sarkozy pourrait renoncer à son augmentation de rémunération en janvier 2008 (rappelez vous les 172%...)."
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- Retraites : d'autres pistes...

vendredi 24 septembre 2010

Retraites: et les femmes?

Les femmes piégées par leur carrière


Réparer une injustice




____"Le projet va renforcer les inégalités entre hommes et femmes. Parce que les femmes sont plus touchées par la précarité, parce qu'elles ont parfois des carrières en pointillés, elles ont un mal fou à comptabiliser le nombre de trimestres nécessaires pour une pension à taux plein : 44% seulement y parviennent. Contre 86% des hommes. Elles prennent donc leur retraite environ dix-huit mois plus tard. Une situation que la réforme va accentuer. Premières victimes : les femmes qui sont nées après 1951 et qui ont arrêté de travailler pendant quelques années pour élever leurs enfants..."

Femmes et retraites : quelles propositions ?

"La question des femmes a mis un peu de temps à émerger dans le débat public sur les retraites. Elle est désormais au cœur des revendications des syndicats et des préoccupations de nombreux parlementaires, pas seulement ceux de gauche. Les inégalités hommes/femmes face à la retraite sont criantes, et la réforme actuelle risque de les aggraver. Mais ce débat en cache un autre : en exigeant des mesures spécifiques, ne risque-t-on pas de cristalliser l'existence de ces inégalités ?
Quelques chiffres sur les femmes et la retraite pour mesurer l'enjeu de la question :
  • Seulement 44% des femmes partent avec une retraite à taux plein, contre 86% des hommes.
  • 76% des bénéficiaires du minimum vieillesse sont des femmes.
  • Les femmes partent à la retraite à 61,5 ans, contre 60,1 ans pour les hommes.
  • 21 % des salariées sont contraintes de liquider leur droit à la
    retraite à 65 ans, contre 13% des salariés. Vont-elles désormais devoir attendre 67 ans ?
  • ______Ces inégalités entre hommes et femmes ont trois explications distinctes liées à la vie professionnelle ou familiale :
  • Les carrières des femmes sont interrompues plus souvent -congés parentaux, CDD, chômage…
  • Les femmes sont plus souvent à temps partiel.
  • Leurs rémunérations restent, à qualification égale, inférieures à celles des hommes.

La réforme en cours, qui propose de faire reculer l'âge de départ à la retraite à taux plein de 65 à 67 ans, risque d'aggraver la situation. « Aucune étude “genrée” [par sexe, ndlr] n'a été menée », s'étonne la chercheuse Dominique Méda, qui a travaillé sur ces questions au sein du Laboratoire de l'égalité. Le gouvernement se défend en arguant que les inégalités vont décroitre avec l'augmentation du taux d'emploi féminin et le jeu des majorations pour enfants, mais la chercheuse reste sceptique : « La différence entre le nombre d'années travaillées se réduit, certes, mais ce n'est le cas ni des inégalités salariales -aucun progrès n'a été fait
depuis les années 1990- ni des temps partiels ».

Faut-il prévoir des mesures spécifiques aux femmes dans la réforme sur les retraites ? Le gouvernement juge que la retraite n'est que le réceptacle des inégalités de la vie professionnelle et de la vie privée. Autrement dit, ce n'est pas le rôle de cette réforme de les « compenser ».___Laurence Parisot, présidente du Medef, qui s'affiche « féministe », va plus loin : selon elle, laisser partir les femmes à la retraite avant les hommes, équivaudrait à « entériner cette inégalité »._Mauvais procès ? Ceux qui prônent des corrections ne réclament pas de mesures « spécifiques » aux femmes. __La Halde, par exemple, a fait ces quatre propositions pour atténuer la situation.

  1. Calculer les droits à la retraite des temps partiels sur la base d'un temps plein (avec la participation de l'employeur).
  2. Calculer la retraite sur la base des 100 meilleurs trimestres (et non des 25 meilleures années), ce qui donnerait un avantage (minime) aux salariés enchainant des CDD.
  3. Donner des pensions de réversion aux veuves (ou veufs) pacsés (et plus seulement aux gens mariés).
  4. Maintenir l'âge de la retraite à taux plein pour les personnes ayant pris un congé parental.
  5. Les propositions du Sénat: Au Sénat, les centristes se sont saisis du sujet. Nicolas About, président de leur groupe, prépare « un amendement pour faire diminuer en douceur le taux de décote » entre 65 et 67 ans, de manière à faciliter le départ à la retraite même si le taux plein n'est pas atteint.__De son côté, le président du Sénat, Gérard Larcher, souhaite que soit maintenu le droit de partir à la retraite à 65 ans sans décote, pour les femmes ayant élevé au moins trois enfants..."
-La France ne remercie pas ses pondeuses
-Les femmes, principales perdantes de la réforme des retraites
-Le sort réservé aux femmes fait débat
-Retraites : les femmes payent le prix fort

-Retraites : un projet futile et déraisonnable -
-Retraites: méfions-nous des apparences
-Retraites, une panique organisée
-Laurence et la capitalisation
-Retraites : une réforme tout bénef... pour les assureurs !
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-Retraites (suite...sans fin)
-Fin de la retraite à 60 ans ou mobilisation décisive?

vendredi 27 décembre 2019

Charrue avant les boeufs

Réforme hors sol
                  Depuis Brégançon ou Marrakech, on finit par oublier le dossier des
retraites et leurs  enjeux réels. Pourtant, labourer le champ des retraites est une rude tâche et la hâte n'est pas de mise en cette affaire.
Les sillons doivent se tracer avec soin, dans un sol difficile, jamais homogène.
  La question de l'emploi, jugé un temps si fondamentale, semble passée au second plan. La compétitivité est toujours l'horizon indépassable, mais les conditions de son effectivité restent encore à (re)définir.
         "....Lors de la présentation de la réforme des retraites devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese), il est un mot que le Premier ministre, Edouard Philippe, n'a jamais utilisé, comme s'il était jugé blasphématoire. Ce mot, c'est « emploi ».    Pourtant, le problème de la France, c'est moins la retraite que l'emploi - l'emploi qualifié, qui suppose un salaire décent permettant de financer le modèle social, via les cotisations, qui sont du salaire différé, non des « charges », comme le proclame la vulgate.    S'attaquer à la retraite plutôt qu'à la relance de l'emploi, c'est mettre la charrue avant les bœufs. Après tout, ce ne sera que la huitième fois en vingt-six ans. Pour un pays que l'on dit rétif à la réforme et un peuple que l'on compare à un escargot rentrant dans sa coquille dès qu'on s'en approche, ce n'est pas mal. D'autant que toutes les mesures adoptées au fur et à mesure ont eu pour résultat de faire partir les retraités plus tardivement avec des pensions moindres...."
       Ce n'est pas un détail.
            "....Le texte limpide de Christiane Marty (qui) remarque que si les jeunes et les femmes travaillaient plus, comme ils et elles le souhaitent, contrairement aux vieux, on règlerait le problème des retraites.     L’emploi des femmes est un domaine où les politiques peuvent jouer à fond, à travers le développement de structures d’accueil de la petite enfance, d’aide aux personnes dépendantes, la lutte contre le temps partiel non choisi, pour des emplois de qualité.   Loin de tout productivisme consumériste, il s’agit là de répondre aux besoins sociaux. C’est cette pleine participation des femmes au marché du travail, dans l’égalité, qui peut initier un cercle vertueux autour de la satisfaction des besoins et de la création d’emplois.   
    La question des retraites relève d’un choix de sociétéLes jeunes et les femmes veulent un emploi. La plupart des seniors, non, et les entreprises ne veulent pas d’eux non plus.    Au lieu de s’obstiner à vouloir faire travailler les seniors, l’avenir n’est-il pas plutôt de permettre le travail des jeunes et des femmes ?  
     Retraites : cotisons dans la bonne humeur, par Jean-Paul Piriou 9 mai 2003. Pour assurer le financement des retraites à l'horizon 2040, tout en abrogeant la réforme Balladur de 1993, trois solutions sont disponibles:  1. - reculer de 9 ans l'âge du départ en retraite, alors que les démographes nous promettent un gain de 5,5 années d'espérance de vie à 60 ans ;  2. - diviser par deux le pouvoir d'achat relatif des retraités par rapport à celui des actifs (la retraite moyenne passerait de 78 % du salaire net moyen à 41,5 %) ;  3. - augmenter de quelque 14 points le taux de cotisation pour la retraite, soit une variation annuelle de 0,34 point.   Cette troisième solution est systématiquement récusée par le Medef et le gouvernement au nom de la compétitivité des entreprises. « Si mes charges sociales s'élèvent, pense l'employeur - pourquoi ne pas l'appeler M. Ernest ? -, mes coûts augmenteront, donc mon profit se réduira. »    M. Ernest a certainement raison s'il est le seul patron dont les cotisations sociales augmentent. Mais que se passe-t-il si celles de toutes les entreprises
augmentent de la même façon ? Pour le savoir, il existe une démarche simple : arrêter de considérer qu'il s'agit seulement d'un problème d'opinion et s'intéresser aux faits. Oui ou non, y a-t-il eu en France une réduction progressive de la part des profits dans la valeur ajoutée des entreprises au fur et à mesure que le fameux « poids des charges sociales » s'accroissait ?   Entre les deux guerres mondiales, période de très faibles cotisations, le poids du profit - remarquablement stable - correspond en moyenne à 33 % de la valeur ajoutée des entreprises françaises, la part salariale est donc de 67 %. Autrement dit, le salaire directement perçu par les salariés (le salaire net) et le salaire indirectement reçu par les salariés (cotisations sociales qui financent les retraites, les dépenses de santé...) représentent ensemble les deux tiers de la richesse produite. Depuis 1950, la part du profit - finalement assez stable - est en moyenne de 35 %. C'est plus que les 33 % de l'entre-deux-guerres.            La réponse imposée par les faits est donc particulièrement claire : l'envol des cotisations sociales n'a pas du tout pesé sur les profits. Aucun miracle à cela : cette élévation du salaire indirect s'est simplement accompagnée d'une baisse du poids du salaire direct - le salaire net - dans la valeur ajoutée. Autrement dit, c'est bien sur les salariés que pèsent toutes les cotisations.   J'entends déjà monsieur Ernest objecter : « Si vous observiez des pays où les charges sociales ne sont pas écrasantes, tels que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, vous verriez bien que la part des profits y est évidemment supérieure à ce qu'elle est en France. » Testons cette croyance.   Entre les deux guerres, le poids du profit dans la valeur ajoutée était en moyenne de 36 % pour les entreprises américaines et de 37 % pour leurs homologues britanniques (33 % en France, on l'a vu). Depuis 1950, ces proportions ont baissé : 34 % outre-Atlantique, 31 % outre-Manche (35 % en France).   Le résultat du test est clair. Il faut s'y résigner : les cotisations sociales refusent obstinément de peser sur le profit !          Ce n'est pas une opinion mais un fait bien établi, y compris pour les autres pays développés d'après les données de l'OCDE.    L'invocation obsessionnelle d'une contrainte économique de compétitivité pour refuser d'augmenter les cotisations sociales ne repose donc sur aucun argument scientifique. Cela signifie que cette hausse fait bien partie des choix possibles, des moyens légitimes, même dans une économie ouverte aux bourrasques de la mondialisation.     La stabilité du pouvoir d'achat relatif des retraites et celle de l'âge de la retraite sont simultanément possibles grâce à une variation de quelque 14 points du taux des cotisations (9 si la réforme Balladur n'est pas supprimée).      Les adversaires de cette approche mettent évidemment en avant - pour ne pas dire en scène - cette hausse importante pour essayer de diviser nos concitoyens : les actifs n'accepteront jamais une telle amputation de leur pouvoir d'achat, répètent-ils en boucle. Ils auraient peut-être raison si les actifs d'aujourd'hui n'étaient pas les retraités de demain, si l'économie stagnait et si le changement devait être brutal. Bref, ils ont tout faux !     Pour éviter à l'horizon 2040 un recul de l'âge de la retraite de 9 ans ou une division par deux du pouvoir d'achat relatif des retraites, il suffit en effet de procéder régulièrement à une hausse des cotisations telle que le pouvoir d'achat du salaire net moyen augmente chaque année de 0,5 % de moins que la productivité.     Dans ces conditions, ce pouvoir d'achat augmentera annuellement de 1,1 % si l'on accepte la prévision un peu frileuse d'une hausse de 1,6% de la productivité retenue par le COR (Conseil d'orientation des retraites). Autrement dit, le pouvoir d'achat moyen des actifs s'élèvera de 54 % en 40 ans au lieu de 89 % si l'on sacrifie les retraités.   Ce pouvoir d'achat annuel variera de 1,9 % au lieu de 2,4 % si la productivité se contente des performances pourtant bien médiocres réalisées depuis 1973 (112 % en 40 ans au lieu de 158 %) ; et de 2,2% au lieu de 2,7 % si elle augmente à l'avenir comme elle l'a fait en moyenne depuis 120 ans (139 % en 40 ans au lieu de 190 %).     Dans la première hypothèse, c'est un tiers des gains de productivité qui serait affecté aux cotisations supplémentaires ; dans le dernier cas, moins d'un cinquième !     [Oui, mais même le premier scénario est exagérément optimiste : les gains de productivité ne retrouveront pas leur rythme des 30 glorieuses, et c'est tant mieux, car ils découlent de l'intensification du travail, c'est-à-dire de la dégradation de la santé et des conditions de travail des salariés. Cela ne modifie pas le raisonnement concernant le financement des retraites, qui peut toujours être assis sur les cotisations.     Par contre, cela implique une faible hausse, voire une stagnation du niveau de vie pour les salariés comme pour les retraités, SAUF si le partage des richesse entre travail et capital se modifie ; autrement dit, sauf si les dividendes baissent pour pouvoir augmenter simultanément les salaires et les cotisations sociales]   Patronat et gouvernement proclament qu'il serait inimaginable et intolérable de consacrer aux retraites en 2040 les 6 points de PIB supplémentaires qui correspondent à cette évolution des cotisations sociales. N'en doutons pas, la même approche purement idéologique les aurait évidemment conduits à déclarer en 1960 : « D'ici à 2000, des irresponsables veulent augmenter de plus de 7 points le poids des retraites dans le PIB. Cette hausse de plus de 130 % coulerait nos entreprises. »       Et pourtant les retraites sont bien passées de 5,4% du PIB à 12,6% du PIB en 40 ans. Ces 7 points supplémentaires ont permis de faire reculer massivement la pauvreté chez les retraités, d'abaisser l'âge de la retraite de 5 années, alors que l'espérance de vie à 60 ans augmentait de 5,3 ans. Tout cela n'a pas empêché la part des profits dans la valeur ajoutée de devenir supérieure à partir des années 1990 à ce qu'elle était pendant les « trente glorieuses ».      
         Pour consolider aujourd'hui sa cohésion sociale, y compris entre les générations, il n'est tout de même pas anormal qu'un pays riche dont la population vieillit consacre progressivement une part plus forte du PIB aux retraités. Mais il doit aussi améliorer l'équité du système. Car si les inégalités chez les retraités sont aujourd'hui du même ordre que chez les actifs, c'est en partie le résultat d'une illusion statistique : parce que les pauvres vivent nettement moins longtemps, leur poids est plus faible chez les retraités que chez les actifs...."
      « Hâte-toi lentement », comme disait Auguste. Ou comme Euripide: «Chez un chef, prudence vaut mieux que témérité. » 
      Comme l'exprime à sa manière Hervé le Bras aujourd'hui. Quand il a fallu dix ans dans certains pays pour réformer (imparfaitement) le système des retraites....La précipitation et le passage en force sont souvent contre-performants dans le domaine social et politique.
       Il y a plus d' un paradoxe à relever.
                         Le brouillard s'épaissit...surtout quand il est en partie artificiellement entretenu.      Le pourrissement? Non, vous n'y pensez pas...
           ____Il faut écouter la parole d'un "sage":
                                                         "... Tant qu'on n'a pas réglé le problème du chômage, dans notre pays, franchement, ce serait assez hypocrite de décaler l'âge légal. Quand, aujourd'hui, on est peu qualifié, quand on vit dans une région qui est en difficulté industrielle, quand on est soi-même en difficulté, qu'on a une carrière fracturée, bon courage déjà pour arriver déjà à 62 ans...Mais on va dire: "Maintenant il faut passer à 64 ans?...Vous ne savez déjà plus comment faire après 55 ans. Les gens vous disent: les emplois ne sont plus bons pour vous. C'est ça la réalité.. ...On doit alors gagner ce combat avant d'aller expliquer aux gens: "Mes bons amis, travaillez plus longtemps." Ce serait hypocrite...." (E.Macron, conf. de presse, 25 avril 2019)

                                            ____________________________________

vendredi 31 octobre 2008

Fonds de pension : alerte !

Une bombe à retardement...

- " Lidée très en vogue jusqu'ici de financer les retraites uniquement par capitalisation est remise en question" (Philippon)______________________

-La finance veut transférer tous les risques vers les salariés-
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-"Albert Ewards, stratégiste monde de la SG qui prédit dans Les Echos du 23 septembre un risque de baisse sur les grands indices de plus de 50% d'ici quelques semestres. Pas de "bol" pour les baby-boomers qui voulaient prendre leur retraite dans les 5 ans. Plus largement la crise financière pose aussi la question du financement des retraites."_________

-Fonds de pension, piège à cons ? - : "Le travail de Frédéric Lordon examine les fondements sociaux, le fonctionnement et les fragilités de ce que nous sommes maintenant plusieurs à qualifier de « régime d’accumulation à dominante financière », de « régime d’accumulation financiarisé », ou encore de « régime de croissance patrimonial »"______________

Le krach boursier menace les retraites dans de nombreux pays:

"Avec la crise, c'est tout le système de retraites par capitalisation qui vacille. Aux Etats-Unis, la Sécurité sociale permet de toucher une pension mais le montant octroyé, correspondant en moyenne à 40 % du salaire, est souvent insuffisant et tous les Américains n'y ont pas droit. La quasi-totalité d'entre eux cotisent donc dans des fonds de pension. Soit dans des plans à "bénéfices garantis", où le salarié verse une cotisation à son entreprise qui s'engage à lui verser une retraite pour un montant fixé à l'avance (si l'entreprise ne peut le faire, le Pension Benefit Guaranty Corporation, un organisme d'Etat, prend le relais). Soit il décide de placer son capital à sa guise dans un fonds non garanti mais plus souple et souvent abondé par l'entreprise, comme les fameux "401-k", et reçoit à sa retraite le capital qu'il aura fait fructifier."Aujourd'hui la tempête financière dévoile les failles de tout le système", conclut l'économiste Thomas Philippon, professeur à l'université de New York. Les plans garantis "mettent en difficultés les entreprises. General Motors en souffre dramatiquement aujourd'hui", indique-t-il, car ce sont les sociétés qui doivent financer ces retraites alors que la crise met à mal leurs revenus. Tandis que les plans non garantis pénalisent les salariés. "Plus globalement, l'idée très en vogue jusqu'ici de financer les retraites uniquement par capitalisation est remise en question", estime M. Philippon.De fait, les Etats-Unis ne sont pas seuls dans la tourmente. Tous les pays qui ont opté pour un système équivalent, censé résoudre le casse-tête du financement des retraites par répartition menacé par le vieillissement de la population, sont concernés. Au Chili, où le système a été privatisé dans les années 1980, les fonds de pension auraient perdu 20 % de leur valeur. En Argentine, face à la déconfiture des fonds privés, l'Etat a même décidé de nationaliser le système et d'utiliser les 26 milliards de dollars gérés jusqu'ici par les fonds pour créer un régime public...

En Europe, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède ou la Finlande sont aussi touchés. Mais c'est en Pologne, en Hongrie et en République tchèque que les difficultés sont les plus sérieuses. Là-bas, les systèmes ont été privatisés plus récemment, pour désendetter les Etats et suivre les recommandations des grandes organisations internationales (Fonds monétaire international, Organisation de coopération et de développement économiques). Et contrairement à ceux des pays nordiques ou anglo-saxons, ces fonds n'ont pas accumulé assez de capitaux pour résister à une crise aiguë et longue."Lorsque la Bourse montait, on a porté trop d'attention aux systèmes par capitalisation, les systèmes de retraites ont été individualisés. Aujourd'hui, c'est chacun pour soi et les salariés risquent de se retrouver avec des retraites minables", alerte Pierre Habbard, de la TUAC, la commission syndicale consultative de l'OCDE.

Les retraités trahis par les fonds de pension:
"Pour beaucoup, non seulement les rêves de faire fortune en Bourse se sont évanouis, mais les espoirs d’une retraite paisible également. M. Maurice Jones, citoyen britannique et salarié modèle, peut en témoigner. Ayant commencé à travailler à 16 ans, il a gravi à la force du poignet tous les échelons de la hiérarchie, au point de devenir directeur de la division filature du groupe textile Lister & Co. Il a cotisé toute sa vie au fonds de pension maison. Pourtant, à 64 ans, il ne songe même plus à la retraite : il doit, comme il le dit, continuer à « travailler pour joindre les deux bouts ». Son entreprise a fait faillite, emportant au passage le fonds de pension qui y était rattaché ; l’argent qu’il y a versé pendant plus de trente ans s’est évaporé. Il n’a plus rien...
Le plus souvent, en effet, il existe une retraite publique pour limiter (un peu) les dégâts. Si la pension de base ne représente que 20 % environ du salaire d’activité en Grande-Bretagne, elle atteint 35 % aux Etats-Unis, et elle varie de 40 %, pour un couple disposant du salaire moyen, à 70 %, pour une personne ayant le salaire minimum, aux Pays-Bas. Il reste que, pour la plupart des salariés de ces pays, leurs futures retraites s’effondrent en même temps que les marchés financiers.
La glissade atteint déjà des proportions gigantesques : selon le cabinet d’audit américain Watson Wyatt, la valeur des fonds de pension a régressé de quelque 2 800 milliards de dollars, au niveau mondial, entre 1999 et 2002. Plus de dix fois le budget de la France. L’économiste Christian E. Weller fixe la perte moyenne pour un ménage américain disposant de fonds de pension à 43 % (. Et ce n’est pas fini.En fait, les salariés ne sont pas tous logés à la même enseigne, car ces fonds ne fonctionnent pas toujours selon les mêmes mécanismes. Pour simplifier, on peut dire qu’il en existe deux catégories : les fonds de pension à contribution définie et les fonds à cotisations définies. Les premiers assurent au cotisant une rente dont le montant est garanti par l’employeur (souvent 70 % ou 75 % du salaire d’activité). Pour l’épargnant, le résultat est assez proche du système par répartition, à cette différence près que l’argent récolté est placé en Bourse, et parfois en actions de l’entreprise. Lorsque celle-ci s’effondre, la catastrophe est au rendez-vous. C’est ce qui s’est passé chez Enron.Avec les fonds de pension à cotisations définies, le cotisant n’est plus assuré de rien. Ce qu’il touchera en fin de course dépend entièrement du niveau des taux d’intérêt et des actions au moment de son départ. C’est donc le salarié qui prend tous les risques...

Ces systèmes favorisent également l’insécurité sociale : on sait ce que l’on verse, mais pas ce que l’on va toucher. Les gestionnaires des fonds concernés brandissent les études montrant que, sur une longue période, les actions rapportent toujours. En réalité, tout dépend du moment du départ en retraite. S’il se situe en pleine hausse boursière, le calcul de la rente ou du capital versé sera au zénith. En période de débâcle, il sera au plus bas. L’économiste américain Christian E. Weller a calculé qu’en ayant économisé la même somme pendant quarante ans un retraité parti en 1966 avait doublé sa mise. Dix ans plus tard, un retraité partant dans les mêmes conditions ne touchait plus que 40 % de ce qu’il avait versé .

Responsable à la direction des fonds de pension de la Caisse des dépôts et consignations, M. Xavier Pétrolen le reconnaît : « Même sur des durées de portage très longues de vingt à trente ans, on peut avoir des rendements négatifs à la Bourse. » C’est la grande différence entre le régime par capitalisation et le régime par répartition : parce qu’il est lié à la volatilité des marchés, le premier ne peut pas apporter la sécurité, alors que le second, garanti par l’Etat et par l’ensemble des actifs, le peut...

Enfin, ces systèmes privés coûtent cher à l’Etat et aux régimes sociaux. En 2002, les exonérations de charges fiscales et de cotisations dont ont bénéficié les fonds d’épargne salariale représentent à elles seules la moitié du déficit de la sécurité sociale (4,5 milliards d’euros). Comme le fait remarquer M. Pierre-Yves Chanu, spécialiste des fonds de pension, conseiller de la Confédération générale du travail (CGT), « cela cannibalise le système », qui voit ses ressources, et donc sa capacité à répondre aux besoins, se réduire. ..La retraite par capitalisation n’est pas seulement économiquement absurde, socialement dangereuse et moralement injuste. A terme, son extension peut conduire à une implosion de la retraite par répartition, pourtant plus sûre et plus efficace." (Martine Bulard)

-Ségolène Royal ou les fonds de pension en douce
- Contre les fonds de pension(1)
-Contre les fonds de pension (2)
-Dix arguments contre les fonds de pension
-DEROUTE DES FONDS DE PENSION


lundi 16 décembre 2019

Le diable se cache ...

...Parfois dans les détails
                              [Des retraites _Questions ouvertes]
                                          ... Au point où en sont les choses et en supposant qu'on ne revienne pas sur les mesures présentées à l'issue de nouvelles négociations, pour résoudre les points noirs ou aveugles de ce qui a été bâclé en trop peu de temps. Alors que dans d'autres pays plusieurs années ont été nécessaires pour établir un système à peu près viable.
  Les angles morts sont nombreux dans ces dispositions labyrinthiques, qui ressemblent à un pari (dixit Edouard) plus qu' à des conclusions imparfaites mais élaborées et amplement discutées, pour une plus grande solidarité.
- Pour les sénateurs entre autres, c'est une bonne nouvelle! et pour d'autres régimes dérogatoires.
- BlackRock ne perd pas son temps

- Un point pas clair: la question du point. Plus que confus et discutable. On pouvait faire (beaucoup) mieux. (*)
Gare au malus!
- Un déficit en trompe-l'oeil.
- La question floue de l'âge pivot, critiquée même par des inspirateurs su système.
Un gâchis au final?
- Peut-on parler de convergence?
- Un financement verrouillé.
- Il est temps de revoir un dossier trop vite réglé, pour des raisons qu'on devine.
          - Qu'en pensent nos voisins Outre-Rhin?
__
(*)..La justice d’un régime de retraite ne peut être réalisée sous la toise d’une règle unique parce qu’il n’existe pas d’égalité de conditions de travail, ni d’égalité d’espérance de vie, ni d’égalité de départ dans les carrières, ni enfin d’inégalités de conditions au sein des entreprises. Placer le fils d’ouvrier sur la même ligne qu’un fils de notaire revient à faire partir le premier avec de lourdes chaînes aux pieds et à le condamner à une retraite difficile et courte. Selon l’Insee en France, les hommes les plus aisés vivent en moyenne 13 ans de plus que les plus modestes. Est-il alors juste de faire partir tout le monde au même âge avec les « mêmes droits » ? N’est-il pas plus juste d’accepter alors des compensations à de faibles revenus par des avantages spécifiques à la retraite ? La justice, dans ce domaine, consiste nécessairement à sortir de l’égalité formelle. Mais la pensée néolibérale ne veut rien voir de ces réalités...._________
      Points de vue:
                        ... Le débat actuel m'impose de publier à nouveau ci-dessous le texte du regretté Jean-Paul Piriou, qui explique comment financer les retraites tranquillement, c'est-à-dire en augmentant les cotisations sociales, comme on l'a fait par le passé, ce qui a très bien marché. (Ce texte était paru dans Le Monde, le 9 mai 2003 ; il figure également dans notre Petit Bréviaire des idées reçues en économie ; on le trouve en intégral sur cette page des géniales éditions La Découverte).  Dans le même genre d'idée, on lira le texte de Pierre Khalfa, qui rappelle notamment que:  le besoin de financement supplémentaire des retraites, par rapport à la loi Fillon de 2003, a été estimé par le rapport du COR de 2007 à [seulement] un point de PIB en 2020 et à 1,7 point en 2050.       Personne ne peut croire que l’évolution de l’économie ne permettra pas de le couvrir. Un point de PIB correspondait en 2007 à 10 % des dividendes versés aux actionnaires des sociétés non financières.          A lire aussi, le texte limpide de Christiane Marty, qui remarque que si les jeunes et les femmes travaillaient plus, comme ils et elles le souhaitent, contrairement aux vieux, on règlerait le problème des retraites.     L’emploi des femmes est un domaine où les politiques peuvent jouer à fond, à travers le développement de structures d’accueil de la petite enfance, d’aide aux personnes dépendantes, la lutte contre le temps partiel non choisi, pour des emplois de qualité.   Loin de tout productivisme consumériste, il s’agit là de répondre aux besoins sociaux. C’est cette pleine participation des femmes au marché du travail, dans l’égalité, qui peut initier un cercle vertueux autour de la satisfaction des besoins et de la création d’emplois.   
    La question des retraites relève d’un choix de sociétéLes jeunes et les femmes veulent un emploi. La plupart des seniors, non, et les entreprises ne veulent pas d’eux non plus.    Au lieu de s’obstiner à vouloir faire travailler les seniors, l’avenir n’est-il pas plutôt de permettre le travail des jeunes et des femmes ?  
     Retraites : cotisons dans la bonne humeur, par Jean-Paul Piriou 9 mai 2003. Pour assurer le financement des retraites à l'horizon 2040, tout en abrogeant la réforme Balladur de 1993, trois solutions sont disponibles:  1. - reculer de 9 ans l'âge du départ en retraite, alors que les démographes nous promettent un gain de 5,5 années d'espérance de vie à 60 ans ;  2. - diviser par deux le pouvoir d'achat relatif des retraités par rapport à celui des actifs (la retraite moyenne passerait de 78 % du salaire net moyen à 41,5 %) ;  3. - augmenter de quelque 14 points le taux de cotisation pour la retraite, soit une variation annuelle de 0,34 point.   Cette troisième solution est systématiquement récusée par le Medef et le gouvernement au nom de la compétitivité des entreprises. « Si mes charges sociales s'élèvent, pense l'employeur - pourquoi ne pas l'appeler M. Ernest ? -, mes coûts augmenteront, donc mon profit se réduira. »    M. Ernest a certainement raison s'il est le seul patron dont les cotisations sociales augmentent. Mais que se passe-t-il si celles de toutes les entreprises
augmentent de la même façon ? Pour le savoir, il existe une démarche simple : arrêter de considérer qu'il s'agit seulement d'un problème d'opinion et s'intéresser aux faits. Oui ou non, y a-t-il eu en France une réduction progressive de la part des profits dans la valeur ajoutée des entreprises au fur et à mesure que le fameux « poids des charges sociales » s'accroissait ?   Entre les deux guerres mondiales, période de très faibles cotisations, le poids du profit - remarquablement stable - correspond en moyenne à 33 % de la valeur ajoutée des entreprises françaises, la part salariale est donc de 67 %. Autrement dit, le salaire directement perçu par les salariés (le salaire net) et le salaire indirectement reçu par les salariés (cotisations sociales qui financent les retraites, les dépenses de santé...) représentent ensemble les deux tiers de la richesse produite. Depuis 1950, la part du profit - finalement assez stable - est en moyenne de 35 %. C'est plus que les 33 % de l'entre-deux-guerres.            La réponse imposée par les faits est donc particulièrement claire : l'envol des cotisations sociales n'a pas du tout pesé sur les profits. Aucun miracle à cela : cette élévation du salaire indirect s'est simplement accompagnée d'une baisse du poids du salaire direct - le salaire net - dans la valeur ajoutée. Autrement dit, c'est bien sur les salariés que pèsent toutes les cotisations.   J'entends déjà monsieur Ernest objecter : « Si vous observiez des pays où les charges sociales ne sont pas écrasantes, tels que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, vous verriez bien que la part des profits y est évidemment supérieure à ce qu'elle est en France. » Testons cette croyance.   Entre les deux guerres, le poids du profit dans la valeur ajoutée était en moyenne de 36 % pour les entreprises américaines et de 37 % pour leurs homologues britanniques (33 % en France, on l'a vu). Depuis 1950, ces proportions ont baissé : 34 % outre-Atlantique, 31 % outre-Manche (35 % en France).   Le résultat du test est clair. Il faut s'y résigner : les cotisations sociales refusent obstinément de peser sur le profit !          Ce n'est pas une opinion mais un fait bien établi, y compris pour les autres pays développés d'après les données de l'OCDE.    L'invocation obsessionnelle d'une contrainte économique de compétitivité pour refuser d'augmenter les cotisations sociales ne repose donc sur aucun argument scientifique. Cela signifie que cette hausse fait bien partie des choix possibles, des moyens légitimes, même dans une économie ouverte aux bourrasques de la mondialisation.     La stabilité du pouvoir d'achat relatif des retraites et celle de l'âge de la retraite sont simultanément possibles grâce à une variation de quelque 14 points du taux des cotisations (9 si la réforme Balladur n'est pas supprimée).      Les adversaires de cette approche mettent évidemment en avant - pour ne pas dire en scène - cette hausse importante pour essayer de diviser nos concitoyens : les actifs n'accepteront jamais une telle amputation de leur pouvoir d'achat, répètent-ils en boucle. Ils auraient peut-être raison si les actifs d'aujourd'hui n'étaient pas les retraités de demain, si l'économie stagnait et si le changement devait être brutal. Bref, ils ont tout faux !     Pour éviter à l'horizon 2040 un recul de l'âge de la retraite de 9 ans ou une division par deux du pouvoir d'achat relatif des retraites, il suffit en effet de procéder régulièrement à une hausse des cotisations telle que le pouvoir d'achat du salaire net moyen augmente chaque année de 0,5 % de moins que la productivité.     Dans ces conditions, ce pouvoir d'achat augmentera annuellement de 1,1 % si l'on accepte la prévision un peu frileuse d'une hausse de 1,6% de la productivité retenue par le COR (Conseil d'orientation des retraites). Autrement dit, le pouvoir d'achat moyen des actifs s'élèvera de 54 % en 40 ans au lieu de 89 % si l'on sacrifie les retraités.   Ce pouvoir d'achat annuel variera de 1,9 % au lieu de 2,4 % si la productivité se contente des performances pourtant bien médiocres réalisées depuis 1973 (112 % en 40 ans au lieu de 158 %) ; et de 2,2% au lieu de 2,7 % si elle augmente à l'avenir comme elle l'a fait en moyenne depuis 120 ans (139 % en 40 ans au lieu de 190 %).     Dans la première hypothèse, c'est un tiers des gains de productivité qui serait affecté aux cotisations supplémentaires ; dans le dernier cas, moins d'un cinquième !     [Oui, mais même le premier scénario est exagérément optimiste : les gains de productivité ne retrouveront pas leur rythme des 30 glorieuses, et c'est tant mieux, car ils découlent de l'intensification du travail, c'est-à-dire de la dégradation de la santé et des conditions de travail des salariés. Cela ne modifie pas le raisonnement concernant le financement des retraites, qui peut toujours être assis sur les cotisations.     Par contre, cela implique une faible hausse, voire une stagnation du niveau de vie pour les salariés comme pour les retraités, SAUF si le partage des richesse entre travail et capital se modifie ; autrement dit, sauf si les dividendes baissent pour pouvoir augmenter simultanément les salaires et les cotisations sociales]   Patronat et gouvernement proclament qu'il serait inimaginable et intolérable de consacrer aux retraites en 2040 les 6 points de PIB supplémentaires qui correspondent à cette évolution des cotisations sociales. N'en doutons pas, la même approche purement idéologique les aurait évidemment conduits à déclarer en 1960 : « D'ici à 2000, des irresponsables veulent augmenter de plus de 7 points le poids des retraites dans le PIB. Cette hausse de plus de 130 % coulerait nos entreprises. »       Et pourtant les retraites sont bien passées de 5,4% du PIB à 12,6% du PIB en 40 ans. Ces 7 points supplémentaires ont permis de faire reculer massivement la pauvreté chez les retraités, d'abaisser l'âge de la retraite de 5 années, alors que l'espérance de vie à 60 ans augmentait de 5,3 ans. Tout cela n'a pas empêché la part des profits dans la valeur ajoutée de devenir supérieure à partir des années 1990 à ce qu'elle était pendant les « trente glorieuses ».      
         Pour consolider aujourd'hui sa cohésion sociale, y compris entre les générations, il n'est tout de même pas anormal qu'un pays riche dont la population vieillit consacre progressivement une part plus forte du PIB aux retraités. Mais il doit aussi améliorer l'équité du système. Car si les inégalités chez les retraités sont aujourd'hui du même ordre que chez les actifs, c'est en partie le résultat d'une illusion statistique : parce que les pauvres vivent nettement moins longtemps, leur poids est plus faible chez les retraités que chez les actifs.
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