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lundi 17 octobre 2022

Ne pas se voiler la face

Voile ambigü 

                                   A l'heure où en Iran, le port du voile obligatoire est courageusement contesté et cruellement réprimé en tant que symbole de la soumission des femmes, il importe de revenir sur le sens dont il est porteur dans l'espace public. Quelle que soit la nature du voile, en Afghanistan, où il fut banni à une époque, et où il revient en force, où dans certaines de nos banlieues, où il tend à réapparaître de manière parfois ostentatoire, sous l'effet de pressions qui ne sont pas seulement sociologiques.  Un certain soft power islamiste est parfois à l'oeuvre, sous des prétextes les plus divers. Le prosélytisme commence parfois très tôt et se prolonge, en dépit des principes républicains. Les ambiguités ne manquent pas, au nom de principes "émancipateurs". La "tolérance" peut être à double tranchant. Le flou fait souvent le jeu des intégristes qui avancent patiemment leur pion. "...Oui bien sûr, on doit tolérer le port du voile dans l’espace social partagé, mais cela n’oblige personne, et surtout pas une militante de la laïcité, à le banaliser en le comparant à un acte anodin et temporaire, comme le faisait Lionel Jospin en 1989. Et c’est en vertu de la même liberté qu’on peut et même qu’on doit pouvoir exprimer publiquement tout le mal qu’on pense de ce port, ainsi que le faisait, avec une magnifique prestance, Abnousse Shalmani le 20 septembre 2020 sur LCI, rivant son clou à un Jean-Michel Aphatie médusé :«Le voile ne change pas de nature lorsqu’il passe les frontières. Le voile n’a jamais libéré aucune musulmane, c’est quand elles le retirent qu’elles accèdent aux droits.[…] Le voile sera un choix le jour où il n’y aura plus une seule parcelle de terre où il sera obligatoire. En attendant c’est un linceul pour les femmes...»                                                                                                                                                                           Le voile ( et quel voile?) masque tant d'ambiguïtés et de prises de bec parfois au delà du raisonnable. cachant d'autres enjeux. L'habit ne fait pas le moine. Le voile ne fait pas l'islamiste. Quoique...Et il y a voile  et voile.


      Il y a la face visible du voile et souvent la face cachée.
  Les polémiques sur le voile sont innombrables, répétitives et souvent biaisées ou politiquement instrumentalisées. Les récentes affiches européennes pour promouvoir la diversité ont dû être retirées...
   Le terrain est piégé depuis longtemps, du moins en France.
     Il arrive que certains voiles soient portés par convention, prêts à être facilement abandonnés. Sans connotation particulière, culturelle ou surtout religieuse. Et il y a bien des degré dans l'adhésion religieuses; parfois l'athéisme domine dans beaucoup de milieux d'origine musulmane.
 Pour des raisons historique, contingentes, le voile est parfois un marqueur, même s'il n'est pas spécifiquement musulman, mais il l'est devenu.
    On se bat encore sur l'interprétation des textes. Sous la pression de la montée intégriste, il s'est répandu, mettant en évidence le statut socio-politique des femmes, chez les salafistes notamment.
  Entre maghrébins, croyants ou non, le débat existe aussi.
Le débat sans fin dont il fait l'objet, s'il est parfois fondé, masque mal les questions identitaires, qui finissent par occulter les questions sociales et politiques, qui sont d'une autre importance.
  L'idéal républicain, rappelé opportunément par Mme Kintzler, doit être rappelé sans relâche, quand le voile devient une marque d'opposition aux principes qui fondent notre démocratie:
                        "...L’activisme religieux cherche ainsi à pervertir les principes républicains avec les armes de la démocratie. Il cherche à faire disparaître la mixité sexuelle au nom du droit à la différence, il encourage le séparatisme social au nom des droits culturels, décourage toute volonté d’intégration au nom de l’identité communautaire, favorise l’uniformisation et l’allégeance culturelles au nom d’une altérité folklorique fantasmée, cautionne un puritanisme prétendument « féminin » au nom du féminisme. Faire de ce qui apparaît comme un choix une contrainte de fait, telle est la terrible entreprise qui se cache derrière le voilement ; elle se nourrit de la lâcheté politique qui délègue aux tribunaux un rôle qui revient au législateur..."
        Fatiha Aga-Boudjahlat,       qui sait de quoi elle parle, fait sans concession, mais tranquillement, la critique des présupposés et des incidences des défenseurs inconditionnels du voilement et de ce que celui-ci implique. ___________________________

mardi 22 octobre 2019

Ne pas se voiler la face

Le voile dévoilé
                    Deux mots sur le voile, qui masque tant d'ambiguïtés et de prises de bec parfois au delà du raisonnable. cachant d'autres enjeux.
    L'habit ne fait pas le moine. Le voile ne fait pas l'islamiste. Quoique...Et il y a voile  et voile.

Il y a la face visible du voile et souvent la face cachée.
  Les polémiques sur le voile sont innombrables, répétitives et souvent biaisées ou politiquement instrumentalisées.
   Le terrain est piégé depuis longtemps, du moins en France.
     Il arrive que certains voiles soient portés par convention, prêt à être facilement abandonné. Sans connotation particulière, culturelle ou surtout religieuse. Et il y a bien des degré dans l'adhésion religieuses; parfois l'athéisme domine dans beaucoup de milieux d'origine musulmane.
 Pour des raisons historique, contingentes,le voile est parfois un marqueur, même s'il n'est pas spécifiquement musulman, mais il l'est devenu.
    On se bat encore sur l'interprétation des textes. Sous la pression de la montée intégriste, il s'est répandu, mettant en évidence le statut socio-politique des femmes, chez les salafistes notamment.
  Entre maghrébins, croyants ou non, le débat existe aussi.
Le débat sans fin dont il fait l'objet, s'il est parfois fondé, masque mal les questions identitaires, qui finissent par oculter les questions sociales et politiques, qui sont d'une autre importance.
  L'idéal républicain, rappelé opportunément par Mme Kintzler, doit être rappelé sans relâche, quand le voile devient une marque d'opposition aux principes qui fondent notre démocratie:
                        "...L’activisme religieux cherche ainsi à pervertir les principes républicains avec les armes de la démocratie. Il cherche à faire disparaître la mixité sexuelle au nom du droit à la différence, il encourage le séparatisme social au nom des droits culturels, décourage toute volonté d’intégration au nom de l’identité communautaire, favorise l’uniformisation et l’allégeance culturelles au nom d’une altérité folklorique fantasmée, cautionne un puritanisme prétendument « féminin » au nom du féminisme. Faire de ce qui apparaît comme un choix une contrainte de fait, telle est la terrible entreprise qui se cache derrière le voilement ; elle se nourrit de la lâcheté politique qui délègue aux tribunaux un rôle qui revient au législateur..."
        Fatiha Aga-Boudjahlat fait sans concession, mais tranquillement, la critique des présupposés et des incidences des défenseurs inconditionnels du voilement et de ce que celui-ci implique.
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jeudi 12 mars 2009

Secret défense: jusqu'où ?


Si le principe de secret défense ne fait problème dans aucun Etat , son contenu peut être matière à discussion critique et peut parfois susciter de légitimes réserves en ce qui concerne le droit, les libertés, dont celle de l'information. (On connaît nombre de dérives passées )
C'est le cas de la disposition qui figure dans le projet de loi de programmation militaire pour 2009-2014


"Le principal syndicat de magistrats français a demandé vendredi l'abandon d'un projet restreignant l'accès des juges à des lieux sensibles tels que la présidence de la République, des ministères, les services secrets ou de grandes sociétés. Cette disposition figure dans le projet de loi de programmation militaire pour 2009-2014, qui doit être soumis dans les prochaines semaines au vote du Parlement. "Ce texte constitue une violation flagrante du principe de la séparation des pouvoirs, le pouvoir exécutif pourra directement faire obstacle à un acte juridictionnel", a dit à Reuters Laurent Bedouet, secrétaire général de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire). Le Syndicat de la magistrature, classé à gauche, s'était déjà élevé jeudi contre ce qu'il considère comme une "nouvelle atteinte à l'indépendance de l'autorité judiciaire". Le texte officiel de ce projet précise s'appuyer sur les préconisations du Conseil d'Etat, qui, dans un avis datant d'avril 2007, a estimé que le législateur devait compléter les règles de procédure concernant le secret-défense."
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"...Ce pouvoir, qui s’expose, comme aucun autre pouvoir avant lui, au regard de la presse et du peuple, se prépare à jeter un voile protecteur sur toutes les activités qu’il estimera lui-même secrètes. Que le peuple surtout ne sache rien ; après la concentration du pouvoir dans les mains de l’exécutif se prépare la création des zones de pouvoir furtives..." (D.B.)
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-Du secret défense à la défense des secrets d’Etat:
"Le projet de loi n° 1216 relatif à la programmation militaire pour les années 2009 à 2014 (articles 12 à 14) va accroître sans limites précises les zones d’influences protectrice du secret défense en laissant le dessin de ses contours, au coup par coup, entre les mains du gouvernement. Le voile du secret va donc s’étendre sur de grands pans de l’activité gouvernementale.Dès que l’Etat estimera que cela peut gêner ses petites et grandes manœuvres d’arrière-cuisine, citoyens, journalistes, magistrats, associations de défense se verront opposer à leurs questions un secret étendu : sur les risques d’une explosion, une fuite nucléaire, un accident maritime, un trafic d’arme, un fichage en réseau.Le verrouillage des secrets d’Etat est donc en bonne voie et dans de bonnes mains bien contrôlées. L’extension du sanctuaire de secret défense vise à entraver la manifestation de la vérité. Ce pouvoir, qui s’expose, comme aucun autre pouvoir avant lui, au regard de la presse et du peuple, se prépare à jeter un voile protecteur sur toutes les activités qu’il estimera lui-même secrètes. Que le peuple surtout ne sache rien ; après la concentration du pouvoir dans les mains de l’exécutif se prépare la création des zones de pouvoir furtives.Ainsi, dès que de près ou de loin, un bureau, un processus informatique, un lieu de stockage, un document, une entreprise, du matériel, des produits chimiques ou nucléaires, des images, des fichiers pourront se rattacher d’une façon ou d’une autre à un supposé intérêt supérieur de la nation, tombera sur lui l’écran protecteur de l’exécutif drapé dans un intérêt d’Etat fort indéfini. Nous savons tous depuis le célèbre «l’Etat c’est moi» que, de secret de la défense en secret d’Etat puis en secret du monarque, on finit toujours en secret de cabinet ou en cabinet des secrets. D’évidence, si le tout-à-l’égout voit le jour au Cap Nègre, ses confidentiels tuyaux qui conduiront au sein des seins des vacances présidentielles deviendront des «lieux classifiés secret défense».
Cette réforme crée un risque majeur d’étendre à l’infini la liste des lieux et des personnes intouchables ." (D.Barella)

-Au royaume du secret défense | Mediapart:
"...Jusqu'à sa mention, lundi 9 mars, sur le blog du socialiste Jean-Louis Bianco, nous n'avions pas remarqué, et nous n'étions pas les seuls, ce nouveau coup d'Etat à froid. Pourtant il avait déjà fait l'objet, le 24 février, d'une forte alerte, sur son blog là aussi, du magistrat Dominique Barella, ancien président de l'Union syndicale des magistrats, suivie le 27 février de dépêches d'agences répercutant les communiqués de protestation venus de cette organisation majoritaire ainsi que du Syndicat de la magistrature, dont la protestation est consultable en ligne.
Cependant, ces réactions opportunes furent elles-mêmes tardives puisque le corps du délit a été déposé à l'Assemblée nationale le 29 octobre 2008. Il est à l'examen de la commission de la défense nationale depuis le 19 novembre 2008, de la commission des lois depuis le 4 février et de la commission des affaires étrangères depuis le 18 février. Pourtant, jusqu'à cette mise en garde venue d'un magistrat attentif, aucun signe, aucune information, aucune protestation publique d'un parlementaire de l'opposition. Et l'on s'étonne que, parfois, l'opinion se demande où est passée la gauche...
Heureusement, celle-ci se réveille, enfin. Mardi 10 mars, alors que le Parti socialiste validait son livre noir des atteintes aux libertés, dévoilé par Mediapart, son bureau national diffusait un communiqué de protestation. Car cette affaire est immensément grave. Au détour du traditionnel projet de loi de programmation militaire 2009-2014, présenté par le ministre de la défense, Hervé Morin, le gouvernement a discrètement glissé un chapitre VI intitulé « Dispositions relatives au secret de la défense nationale ». Son objectif ? Elargir démesurément le champ d'application du secret défense et limiter sévèrement les pouvoirs d'enquête des juges d'instruction, ces magistrats trop curieux et trop indépendants dont, depuis, la disparition a été exigée par Nicolas Sarkozy.Ce projet étend tout à la fois la notion, le territoire et la protection du secret défense. Trois verrous supplémentaires donc. Le premier se fait par la substitution, dans les textes en vigueur sur le secret défense, du mot « information » au mot « renseignement ». Le concept d' « informations », « plus générique » selon l'exposé des motifs du projet de loi, ce qui, ici, signifie plus large et plus flou, va donc remplacer la notion, plus précise et plus limitative, de « renseignements ». Mieux encore, elle sera complétée par la protection des « réseaux informatiques ». Bref, si ce projet est adopté en l'état, le secret défense protégera ce que l'Etat, et lui seul, entendra par « informations, réseaux informatiques » relevant de cette protection..." (E.Plenel)

- Extension abusive du secret défense
-L’extension du “Secret défense” relance la polémique sur les atteintes aux libertés publiques | AgoraVox
- Le gouvernement verrouille le secret défense
-La réforme du secret-défense fait débat
-Cet archaïque secret d'Etat,

jeudi 22 janvier 2009

Obama 2015

Fictions ?

Les Etats Unis en 2015 ...

- Obama, le nouveau logo de la marque Amérique:
"...cette élection a été une formidable pulsion spectaculaire, théâtralisée, ayant pour fonction de remplir ce vide angoissant de la chute finale. Car les USA, ivres de leur puissance impotente, ont, à l’instar de Noé, par trop découvert leur réelle nudité stratégique et économique dans de désastreuses guerres et dans une crise économique mondiale dont ils sont l’épicentre.Cette élection jette sur cette réalité un voile chatoyant. Les habits neufs de l’Empire donc..
.L’élection d’Obama couvre d’abord les crises internes. En effet, aux USA, l’inégalité économique est quasi abyssale. De plus, la société américaine reste clivée par l’idée de race : les mariages mixtes y sont rares, un quart des Noirs vivent en dessous du seuil de pauvreté (contre 8% pour les Blancs), la moitié de la population carcérale est noire.La crise des subprimes a touché de plein fouet les classes populaires, surtout non blanches, qui avaient vu dans leur maison leur
american dream à eux. Ce sont celles-là même qui ont voté en masse Obama. Et pourtant, des milliards ont été et seront débloqués pour sauver un système avide quand le projet de sécurité sociale n’a jamais abouti.L’élection d’Obama a servi d’extincteur et de catalyseur à une possible colère sociale légitime en la transformant facticement en un creux regain d’espoir. Le coup de génie est d’avoir donné l’illusion d’une résolution du clivage racial horizontal blancs/non blancs par l’élection d’un métis afin de mieux faire oublier le clivage vertical riches/pauvres. Ainsi en racialisant ad nauseum l’élection, on a pu évacuer aisément les questions économiques de partage des richesses. Ou plutôt, en semblant dépasser le clivage racial, on a donné l’illusion d’avoir aussi résolu, dans le même mouvement, le clivage économique.
Sur le plan international, cette élection permet aux USA de reconquérir ce rôle d’Empire bienveillant, rôle sévèrement entamé par Bush fils. En effet, les USA ont construit leur politique internationale sur l’idée que leurs motivations sont pures quand bien même leurs mains seraient sanglantes. De même, ils se sont érigés en Empire du sens, celui par qui le monde prend une direction et une signification. Le problème est qu’ils sont clairement devenus l’empire du non-sens.Obama a pour mission de reconquérir ce leadership moral. Cependant, là encore, il s’agit d’un voile pudique couvrant d’autres réalités. En effet, les USA ont démontré leur incapacité stratégique totale quand leur volonté guerrière s’est heurtée à des réalités incontournables sur le terrain des guerres. Il ne reste plus à l’Empire que de sur-investir l’emprise symbolique sur le sens du monde pour mieux compenser sa perte de contrôle. L’Empire raconte (et se la raconte) à défaut d’être encore...Obama donne l’illusion d’en finir avec l’image de cet erratique empire tanguant sous l’hubris de sa puissance. Son slogan même, "Yes, we can", semble la réponse nette à des doutes internes et internationaux informulés. Au travers de ce slogan incantatoire, on entend surtout "Yes, we still can", nous pouvons toujours...
Enfin, cette élection permet à ceux qui ont soutenu les guerres bushiennes de ne plus avoir trop honte. Cela est particulièrement vrai en France où l’intelligentsia la plus pro-guerre peut tranquillement déclarer que ce Bush qu’elle avait pourtant ardemment soutenu n’est au final que l’accidentel et monstrueux rejeton d’une Amérique re-moralisée qu’elle s’aime d’aimer à nouveau
...
L’empire ne veut pas mourir. Et le mot d’Obama, "change", rappelle ceux de Lampedusa (le Guépard) : "Il faut que tout change pour que rien ne change et que nous restions les maîtres"... Yes, he can !"

mardi 20 mars 2012

Algérie 1960: l'innommable

De Bugeaud à Bigeard

____________________La Chose

(Simples notes d'un ancien appelé du contingent)
___50 ans après...
_On a beaucoup évoqué la guerre d'Algérie ces jours-ci.
Les témoignages sur cette période reviennent en surface. Des souffrances encore vives, même si les souvenirs s'estompent.
Une guerre, nécessaire, disait-on, mais évitable, qui ne passe pas...
__Appelés du contingent, nous fûmes un certain nombre à être libérés plus tôt que prévu. Partis pour faire 28 mois, voire 32 pour certains, nous n'en fîmes que 18. Nous n'eûmes pas 20 ans dans les Aurès.
Ce fut une joie mitigée, car la fin s'éternisait et prenait une tournure plus tragique, avec l'entrée en scène désespérée de l'OAS et l'horreur des attentats.
Les accords d'Evian ont arrêté une guerre sans issue militaire et nous ouvrirent les portes de la caserne du 21° BCP, où tant de jeunes furent formés (?) pour aller , au bout de quatre mois, crapahuter dans le Djebel, parfois, hélas, sans le retour attendu.
La fin de la guerre d'Algérie passa comme un mauvais cauchemar, dont nous savions si peu. Trop jeunes, trop peu informés, trop obsédés par le retour à la vie normale.
_____Nous ne savions pas, mais nous aurions pu le soupçonner avec un peu plus de curiosité politique et d'informations.
Mais toutes les conditions étaient réunies pour que le voile demeure. La censure et la présentation des faits hors-contexte étaient monnaie courante.
Seuls quelques organes de presse (l'Express, le Monde, Témoignage chrétien.. ) et des éditeurs s'efforçaient courageusement de récolter des témoignages et de faire la lumière sur des pratiques devenues des routines, au cours d' opérations sans avenir, sans espoir. Mais nous ne l'avons su qu'a posteriori.
Ceux qui, comme nous, étaient restés sur le continent pendant les "événements", selon des critères obscurs de sélection, pour des tâches d'encadrement et d'instruction, ne se doutaient pas de ce qui se passait vraiment de l'autre côté de la Méditerranée, là où des jeunes formés par nous perdaient la vie dans les derniers combats où parfois arrivaient à être confrontés au pire, gardant des séquelles, surtout psychologiques, longtemps après.
Ceux qui revenaient au sein du bataillon ne parlaient pas, à supposer qu'ils aient eux-mêmes été en contact avec la chose. Ceux du métier, le plus souvent les moins gradés, évoquaient souvent ouvertement leur racisme et leur haine du "fell".
Un problème refoulé pendant des décennies.
Il a fallu attendre 30 à 40 ans pour commencer à lever le voile.
Ce n'était plus une opération de maintien de l'ordre, les événements, mais une guerre, même si le mot était tu. Un guerre contre un ennemi intime.
On s'interroge encore sur elle, sur ses causes anciennes et complexes. Les analyses les plus marquantes sont maintenant assez sérieuses. On peut lire celles de Benjamin STORA , qui semblent être les plus approfondies.
Remonter aux origines de «la guerre d’Algérie» , jusqu'aux premiers temps de la "pacification", pour mieux comprendre les composantes de cette longue violence coloniale.
__Oui, la torture (puisqu'il faut la nommer) était évitable, celle qui fit école plus tard dans certains pays d'Amérique Latine
Comme l'a reconnu Massu sur le tard...
__________
-
La torture et la guerre d'Algérie
-
Quand cesse la guerre sans paroles
-Les violences de guerre
-Le retour de la guerre d'Algérie
-Algérie : sept ans de guerre, cinquante ans d’indépendance

___Documents:  Mémoires (vives) d’Algérie » OWNI,
__ Sept ans de guerre, cinquante ans d’indépendance

mardi 31 octobre 2017

Quelles règles commerciales?

Maîtriser la mondialisation.
                                             Si le commerce enrichit et adoucit les relations humaines et a constitué historiquement un vecteur d'échanges civilisationnels, il n'en reste pas moins qu'à un certain degré il nécessite des règles, même non écrites,sous peine de déboucher sur des affrontements, des conflits d'intérêts qui viennent ruiner la notion même d'échange.
    Dès l'instant où le commerce prend une dimension importante, s'internationalise, il devient nécessaire d'établir une organisation mondiale pour veiller à a bonne application de principes d'échanges équitables autant que profitables. Le doux commerce prôné par Montesquieu, dans le contexte mercantiliste libéral de son temps, peut vite se transformer en guerre économique, voire en guerre tout court, qui peut prendre bien des formes.
         L' OMC, officiellement née en 1995, a théoriquement la fonction de veiller à la bonne marche des échanges internationaux et de les favoriser, en stimulant pas exemple les exportations.
   A priori, rien à dire. Mais, dans son fonctionnement réel, au sein du système capitaliste libéral et hyper-financiarisé, son rôle est devenu de plus en plus contesté, comme le reconnaissent certains économistes bon ton :...«On a posé comme principe que le libre-échange est gagnant pour tout le monde», regrette Jean-Luc Gréau, ancien économiste de la confédération patronale française (Medef), qui a publié cette année un livre sur l'avenir du capitalisme où il s'inquiète des délocalisations facilitées par la levée des barrières commerciales.
«En réalité, il n'y a que trois catégories de vainqueurs: les pays qui produisent des matières premières, ceux qui ont de faibles coûts de main-d'oeuvre comme la Chine ou l'Inde et ceux qui sont hautement spécialisés dans les biens d'équipement comme l'Allemagne et le Japon. Des pays qui comme la France ou l'Italie ne font partie d'aucune des trois sont perdants», estime-t-il.      Pascal Lamy avait fini par reconnaître en partie le problème.
  L'organisation favorise surtout les intérêts des plus puissants et des multinationales
       " Comme l’a reconnu lui-même Pascal Lamy, directeur général de l’OMC depuis 2005, au sujet de l'AGCS (accord général sur la commercialisation des services) que promeut l'OMC : « l’AGCS est avant tout un instrument au bénéfice des milieux d’affaires». C’est ce qu’avait déjà observé dès 1985 la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, organe de l’ONU) affirmant dans un rapport que « la libéralisation des services profitera essentiellement aux multinationales qui dominent le marché mondial »
     Les représentants des grandes puissances, des firmes transnationales, de la finance mondiale, imposent à l’OMC leurs conceptions néolibérales. Il s’agit d’assimiler à des marchandises des secteurs comme les produits agricoles, l’eau, l’éducation, la santé, les services sociaux et notamment les services publics. L’OMC impose inexorablement aux États de modifier leurs lois, règlements, procédures administratives pour les mettre en conformité avec les règles qu’elle édicte. Mais ces règles édictées par l’OMC, loin de résulter d’un processus démocratique, sont prises dans l’opacité par une minorité de « puissants » (représentants des États les plus riches, des grandes entreprises, des grandes banques), alors que la majorité des États et des populations du monde ne sont même pas consultés ni même réellement informés."
     Réguler le commerce mondial est un impératif  négligé, ou plutôt orienté
            ____________On évoque enfin la possibilité d'un  traité alternatif, aux orientations plus équitables.
     Il est temps. L'idée est bonne mais l'issue incertaine.
          Depuis cinq ans, l’essentiel du débat public sur le commerce a été monopolisé, en Europe, par deux traités de libre-échange : l’un avec les États-Unis (TTIP ou TAFTA, depuis tombé à l’eau) et l’autre avec le Canada (CETA, en cours de ratification par les capitales, y compris Paris). Ce fut l’occasion, pour beaucoup d’acteurs de la société civile, de monter au créneau et de dénoncer les risques associés à ces textes. En particulier parce qu’ils pourraient renforcer la protection juridique des investisseurs privés et réduire la capacité de certains États à légiférer.   À partir de lundi s’ouvre à Genève un cycle de négociations d’un projet de traité alternatif qui, cette fois, bénéficie du soutien enthousiaste d’une myriade de collectifs de la société civile : il s’agit de créer, dans le cadre des Nations unies, un instrument juridiquement contraignant pour obliger les multinationales à faire respecter certains des droits humains les plus fondamentaux, partout où elles et leurs filiales sont implantées.
      Ce processus a été engagé à l’Onu en 2014, un an après l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh, qui avait coûté la vie à plus de 1 100 personnes. Beaucoup d’entre elles travaillaient dans des ateliers de confection, qui alimentaient de grandes marques de vêtement occidentales dont Mango, Benetton ou Carrefour. Mais ces dernières n’ont jamais été, jusqu’à présent, inquiétées par la justice. « L’être humain doit être placé au-dessus des intérêts économiques et politiques »a lancé, lors d’une visite en France début octobre, l’une des promotrices du traité, María Fernanda Espinosa. La ministre des affaires étrangères de l’Équateur, l’un des États les plus actifs dans ce dossier avec l’Afrique du Sud, était venue à Paris pour tenter de convaincre l’exécutif français de l’importance de la démarche.
   
Manifestation le 24 avril 2014 à Savar (Bangladesh), un an après la catastrophe du Rana Plaza. Des familles de victimes réclament la responsabilisation des groupes de textile occidentaux © Reuters / Andrew Biraj.Manifestation le 24 avril 2014 à Savar (Bangladesh), un an après la catastrophe du Rana Plaza. Des familles de victimes réclament la responsabilisation des groupes de textile occidentaux © Reuters / Andrew Biraj.                                                             « Le CETA est un accord qui a été écrit par et pour les multinationales. Ce projet de traité veut faire l’inverse : remettre les multinationales à leur place, c’est-à-dire au service des droits humains », veut croire Michel Cermak, un activiste de l’association belge CNCD-11.11.11« Avec ce projet de traité contraignant, qui primerait sur les traités de libre-échange, on cherche à graver l’autre face de la monnaie », insiste de son côté Monica Vargas, activiste bolivienne (TNI), l’une des figures de la Campagne globale « pour revendiquer la souveraineté des peuples et démanteler le pouvoir des multinationales ».         Ce traité veut s’attaquer au concept de « voile juridique » qui empêche bien souvent d’engager la responsabilité d’une société mère face à des actes commis par l’une de ses filiales. « C’est un combat énorme, ce n’est pas un petit sujet, juge le député socialiste Dominique Potier. On touche ici à l’un des moteurs de l’ultralibéralisme. Si l’on est prêts, collectivement, à lever ce voile juridique, on est sur une réforme systémique. » Cet élu français est attendu de pied ferme à Genève, où il fera le service après-vente de la loi dont il fut co-rapporteur sous la présidence Hollande.          Ce texte sur le « devoir de vigilance » à l’égard des grandes entreprises, vite surnommé « loi Rana Plaza », a été adopté en mars 2017. En pleine campagne présidentielle, le vote est passé presque inaperçu. Pourtant, il s’agit peut-être de l’un des textes les plus importants du mandat. Désormais, les sociétés qui comptent au moins 5 000 salariés en France (ou plus de 10 000 dans le monde) ont l’obligation d’« identifier les risques et prévenir les atteintes graves » envers toute une batterie de droits (en matière de santé, environnementaux, sociaux) que pourraient provoquer leurs activités ou celles de leurs filiales, en France comme à l’étranger.....Les États-Unis de Donald Trump n’ont pas l’intention de soutenir le texte. Et s’ils ne le disent pas haut et fort, les Européens sont réticents. Même la France, qui vient pourtant de se doter d’une des lois les plus offensives sur le sujet, est sur la défensive..... (Ludovic Lamant)_______________________________'

lundi 8 février 2021

Critiquer Israel?

Tabou ou normalité?

                                 Tous les Etats, tous les régimes peuvent et parfois doivent être soumis à la critique politique, au niveau d'une décision particulière prise ou d'une orientation générale. C'est dans l'ordre des choses dans toute démocratie. Sans remise en question, elle cesse d'être.  Pourquoi, l'Etat d'Israël ferait-il exception, au même titre que tous les autres?     D'ailleurs les choix de Netanyahou, pas seulement ses frasques judiciaires, sont régulièrement objets de critiques dans son pays comme sa politique "coloniale".                   Pas seulement dans la presse, comme dans Haaretz, mais aussi dans la rue. Par exemple,  le statut juif donné récemment au pays n'est pas admis par  ceux qui furent proches du pouvoir, comme  Burg. Le sionisme revisité ne fait pas l'accord de tous, loin de là, qu'ils soient croyants, athées ou arabes. L'ONU ne ménagent pas ses critiques dans ses résolutions contre la politique d'extension et d'apartheid de fait qui se développe et se renforce à l'égard des populations cisjordaniennes de plus en plus enclavées.   Tout cela dans la plus grande confusions qui visent à neutraliser les critiques. Les lobbies de la politique israëlienne oeuvrent aussi bien aux USA, dans divers secteurs, que dans les pays européen, notamment l'Allemagne et la France. Mais la critique purement politique a beaucoup de mal à s'exercer et le plus souvent c'est le silence, gêné ou pas qui prévaut, tandis que beaucoup de voix d'intellectuels israëliens sont plus critiques.

                       Point de vue:   "...Aujourd’hui, critiquer Israël en France tient de la mission dangereuse, et c’est, en apparence du moins, un grand succès pour tous ceux qui s’activent à délégitimer l’expression même de toutes les interrogations sur la politique du gouvernement israélien. Le ton est donné : faire oublier le sort de la Palestine au profit de relations politiques et économiques en plein renouveau. Et pourtant l’opinion publique française n’est pas au diapason.  « Je n’en ai que trop parlé ». « Je ne m’exprime plus sur ce sujet ». « Que voulez-vous que je vous dise ? » « En ce moment, vous comprendrez que je n’ai pas envie de vous parler ». « Vous avez sûrement raison, mais la bataille est perdue ». « Bonne chance pour votre enquête » pour les plus aimables. Vouloir interroger des leaders d’opinion, élus, patrons, journalistes, intellectuels, sur les relations entre Israël et la France, sur un éventuel lobby (car l’usage même de ce mot fait débat) agissant en défense d’Israël revient à s’exposer à une grande solitude. Pour cette enquête, j’ai contacté par mail et téléphone environ 200 personnes entre février et novembre 2020. Moins d’une trentaine m’ont répondu.       Circulez, il n’y a rien à dire. Pourtant, c’est une longue histoire que celle des rapports entre la France et Israël, qui remonte aux origines du sionisme et rebondit avec la création de l’État d’Israël en 1948. Et pour beaucoup de témoins lucides, la politique israélienne actuelle s’avère navrante. « De quoi a accouché le rêve sioniste ? De Caterpillar blindés et de systèmes de surveillance des opposants », synthétise Rony Brauman. Réalité basée sur des chiffres : Israël est le huitième marchand d’armes au monde, selon le classement établi par le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), et ses parts de marché ne cessent d’augmenter. Les ventes des trois principales entreprises d’armement du pays, Elbit Systems, Israel Aerospace Industries et Rafael, se sont élevés à 8,7 milliards de dollars (7 milliards d’euros) en 2018, précise le Sipri, et toutes trois figurent dans le top 100 des compagnies mondiales d’armement établi par l’institution suédoise.        Né en 1950 à Jérusalem où il a grandi, médecin, longtemps président de Médecins sans frontières, puis théoricien de l’action humanitaire d’urgence, Rony Brauman (et j’espère qu’il ne m’en voudra pas de ce terme) est ce qu’on appelle une grande conscience. Homme ouvert, affable, curieux de tout, il a coréalisé en 1999 avec Eyal Sivan un remarquable film documentaire sur le procès d’Adolf Eichmann, Un spécialiste, d’après l’ouvrage d’Hannah ArendtEichmann à Jérusalem. Israël, « c’est le seul pays d’extrême droite ouvertement raciste qui est célébré comme une démocratie. C’est une réussite diplomatique certaine pour Israël, mais c’est une réussite discutable : les juifs américains s’éloignent à grande vitesse des pro-Israéliens, les drapeaux israéliens et les collectes pour l’armée sont bannis de synagogues américaines, et c’est un sujet d’embarras pour un nombre croissant de juifs à travers le monde », explique-t-il.  Et pas seulement pour les juifs, et pas seulement en France et aux États-Unis. « Il y a un sentiment d’injustice ressenti par beaucoup de jeunes générations arabes et c’est une donnée très importante dans cette région du monde, dit Gwendal Rouillard, député de La République en marche (LREM) de Lorient dans le Morbihan. Cela nourrit le ressentiment. Quand je dis cela, j’ai l’impression d’être un ancien combattant et pourtant ce discours est d’une modernité totale. Avec ce sentiment d’injustice à l’égard des droits des Palestiniens, nous charrions de telles incompréhensions, de telles humiliations qu’on aurait tort de sous-estimer l’impact de décisions politiques dans les pays arabes. Le conflit israélo-palestinien n’est pas périphérique, il est central ».   Et pourtant le lobby pro-israélien et ses supporters font tout pour le banaliser, l’oublier, n’en faire qu’un maillon du vaste combat mondial entre le terrorisme islamiste et l’Occident, le réduire à un terreau où croitraient les antisémites de tout poil — dont il serait vain par ailleurs de négliger le poids — sous couvert d’antisionisme.      En vingt ans, la grille d’analyse dominante du conflit a changé. La lutte du peuple palestinien contre l’occupation est désormais présentée par les pro-Israéliens comme une forme parmi d’autres de terrorisme. Et les systèmes de surveillance des populations testés par la startup nation contre les Palestiniens dans les territoires occupés qu’évoquait Brauman sont vendus dans le monde entier, à des pays comme la Chine ou l’Arabie saoudite qui ne sont pas des modèles démocratiques.   Il ne faut pas non plus oublier que depuis la fin du XIXe siècle, de nombreux juifs se sont opposés au sionisme politique, à commencer par les militants communistes et du Bund

1, ou le grand philosophe et théologien juif allemand Martin Buber, qui pensait qu’on ne pouvait pas fonder un État en Palestine sans les Arabes et militait pour un État unique, utopie qui semble aujourd’hui redevenir possible, malgré plus de 70 ans de colonisation. L’extraordinaire personnage qu’était Buber, dont l’ouvrage essentiel Je et Tu influença Martin Luther King, ne pouvait imaginer le sionisme sans justice, et l’écrivit avec force dans Une terre et deux peuples (republié en 1985 par Lieu commun). « Ce que la Bible nous enseigne avec tant de simplicité et de force, et qui ne peut s’apprendre dans aucun autre livre, c’est qu’il y a la vérité et le mensonge et que l’existence humaine se tient inexorablement du côté de la vérité ; c’est qu’il y a la justice et l’injustice et que le salut de l’humanité réside dans le choix de la justice et le rejet de l’injustice ».     Mais « l’embarras » dont fait part Rony Brauman — et quelques autres qui en France sont de moins en moins nombreux à l’exprimer publiquement, contrairement aux États-Unis —, « l’injustice » qui révolte Gwendal Rouillard et d’autres députés (plus nombreux qu’on le croit, mais assez silencieux) n’ont plus droit de citation, tant le courant favorable à Israël semble dominant dans le débat public. Aujourd’hui, critiquer Israël tient de la mission dangereuse, et c’est, en apparence au moins, un grand succès pour tous ceux qui s’activent à en délégitimer l’expression même. Pascal Boniface publiait ainsi Est-il permis de critiquer Israël ? en 2003 chez Robert Laffont. Le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) écrivait alors : « Il n’y a pas de lobby juif, tout simplement parce que la communauté des juifs de France est diverse », mais il y a un « lobby pro-israélien, il comporte bien sûr des juifs, mais aussi des gens qui ne le sont pas ».    Quand il en parle aujourd’hui, Pascal Boniface constate que « les choses n’ont pas changé, mais c’est plus compliqué qu’il y a dix-sept ans. Le débat s’est durci sur place. J’ai eu du mal à publier Est-il permis de critiquer Israël en 2003, mais plus encore de mal pour Les intellectuels faussaires en 2011. Et depuis, je suis persona non grata pour de nombreux médias ».    Et puis il y a ce bruit de fond, que décrit en termes simples un universitaire français bon connaisseur de la région, et qui préfère rester anonyme : le débat sur la laïcité, nourri de projets de loi comme celui sur le séparatisme et alimenté par des courants politiques (en particulier le Printemps républicain, on y reviendra). « Il y a un lien entre l’offensive contre les pro-Palestiniens en France et l’offensive contre le voile et les musulmans. Ce sont finalement les mêmes qui développent l’islamophobie et importent le conflit israélo-palestinien en France, paradoxalement. »   Et puis il y a ce bruit de fond, que décrit en termes simples un universitaire français bon connaisseur de la région, et qui préfère rester anonyme : le débat sur la laïcité, nourri de projets de loi comme celui sur le séparatisme et alimenté par des courants politiques (en particulier le Printemps républicain, on y reviendra). « Il y a un lien entre l’offensive contre les pro-Palestiniens en France et l’offensive contre le voile et les musulmans. Ce sont finalement les mêmes qui développent l’islamophobie et importent le conflit israélo-palestinien en France, paradoxalement. »   Pour les cercles d’influence favorables à Israël, ce n’est donc plus de succès d’estime qu’il s’agit, mais bien de victoire au moins partielle. On est loin de la propagande à deux sous de nombreux sites internet francophones israéliens, comme JSSNews, Le Monde Juif.info, dreuz.info qui déforment et torturent l’information, pratiquent le harcèlement et le mensonge. Contre « l’Arabe » et « le musulman », point de nuance.      Mais ces sites pratiquent un entre soi limité, sous influence de la communauté francophone d’Israël. Environ 50 000 juifs d’origine française vivent dans des colonies et une partie d’entre eux s’ennuie ferme dans ses pavillons climatisés et grillagés. Ils inondent la toile « d’infos » tournant en boucle sur Israël, d’un ton assez pénible. Ils avaient par exemple laissé entendre en 2014 que le jeune Mohamed Abou Khdeir avait été battu et brûlé vif par des Palestiniens parce qu’homosexuel, alors qu’il avait été exécuté par des colons.     Plus encore, la multiplication depuis quatre ans de voyages d’élus, nationaux et locaux — dont Anne Hidalgo, la maire de Paris, à plusieurs reprises — qui publient de belles photos et des témoignages enamourés sur leurs sites ou dans leurs gazettes électorales, de groupes de journalistes choisis à l’influence non négligeable comme on le verra plus loin, et peut-être et surtout de chefs d’entreprise montre que la relation France-Israël est en train de changer. Certes la crise sanitaire a mis un terme provisoire à ces missions d’information et ces séjours de découverte. Je devais ainsi accompagner au printemps 2020 une délégation de chefs d’entreprises de l’est de la France dont le voyage a été évidemment remis sine die. Mais, par exemple en octobre 2018, 185 patrons bretons ont débarqué à Tel-Aviv pour un voyage exploratoire organisé par l’union des entreprises d’Ille-et-Vilaine. « Israël leur a fait du charme », résume Ouest-France. On a parlé investissements, marchés, mais pas « guerre et conflits ». « J’étais un peu inquiet au départ, raconte un des patrons bretons, c’est plus ou moins la guerre, croyais-je ». Les perspectives l’ont enchanté, les interlocuteurs étaient affables, les hôtels agréables.      Israël est un marché petit, mais dynamique et la présence économique française y est encore modeste. L’ambassadrice de France en Israël d’alors, Hélène le Gall, elle-même issue d’une famille du Morbihan, a reçu les patrons bretons dans les jardins de sa résidence de Jaffa et les a encouragés à suivre l’exemple de la startup nation pour faire de la Bretagne une « startup région ». Pas de politique au programme, pas de Palestine, ou par incidence, rapport au climat des affaires. Il y eut aussi, en 2019, une délégation de leaders de plusieurs grands groupes français, dont des dirigeants du mastodonte Bouygues (au cœur du business et du pouvoir, BTP, télécoms, médias). Tous reviennent emballés de leur voyage initiatique dans les rouages de la startup nation.              À Tel-Aviv, la diplomatie économique fait son job. La cellule locale de Business France, structure de Bercy chargée d’accompagner les investissements français à l’étranger chère au cœur d’Emmanuel Macron, sert d’interlocutrice aux entreprises qui souhaitent se développer sur place.   Un chef d’entreprise français installé de longue date en Israël que j’interroge par téléphone sur la Palestine ne me répond pas. Silence sur la ligne. Je répète ma question, il reste silencieux. Je répète une troisième fois et puis j’ai compris. Il s’en fout. « L’économie n’est plus dirigée par la politique, confirme-t-il un peu plus tard dans notre conversation. Il y a des Israéliens qui font du business, il y a des Palestiniens qui font du business, ils s’en foutent de Nétanyahou, ils veulent juste travailler ensemble. » J’interpelle un député français de LREM sur la position de son parti au sujet du conflit israélo-palestinien, tant il semble y avoir un grand écart entre les positions de ses collègues comme Sylvain Maillard, qui s’affiche tout sourire au Cercle interallié à Paris avec des représentants des colonies, et Gwendal Rouillard qui s’oppose avec détermination à l’expansion des mêmes colonies. Il reste lui aussi muet. Je lui repose ma question à deux reprises. Il se contente d’argumenter sa non-réponse en me répétant « trois petits points de suspension »…Ces silences semblent d’autres signes d’une victoire des pro-Israël en France. « La Palestine semble une cause perdue et en plus, en s’y engageant, on craint d’être qualifié d’antisémite. Cela ne va pas du tout, cela ne tourne pas rond », s’indigne Clémentine Autain, députée de La France insoumise (FI) de Seine-Saint-Denis. Et pourtant, l’opinion publique n’est pas au diapason, et s’obstine à soutenir la Palestine. Selon un sondage IFOP réalisé en mai 2018 pour le compte de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), 71 % des Français pensent « qu’Israël porte une lourde responsabilité dans l’absence de négociations avec les Palestiniens ». Ils le disent peu, mais ont pour 57 % une « mauvaise image » d’Israël et pour 69 % le sionisme est « une idéologie qui sert à Israël à justifier sa politique d’occupation et de colonisation des territoires palestiniens ». Mais ils agissent peu à ce sujet, peut-être par crainte de cette confusion entretenue entre antisionisme et antisémitisme, très présente dans les esprits. Pour 54 % des Français en effet, « l’antisionisme est une forme d’antisémitisme ».     Pourtant là encore, la manœuvre n’est pas un franc succès. Ajoutant l’antisionisme à la définition de l’antisémitisme, en s’inspirant de l’International Holocaust Remembrance Alliance (Ihra) la « résolution Maillard » a été adoptée en novembre 2019 par une chiche majorité à l’Assemblée nationale : 154 pour contre 72 et 43 absentions sur un total de 577 députés, plus de 300 élus pour beaucoup du parti du président n’ayant pas pris part au vote, ce qui indique de véritables fractures, j’y reviendrais. « On ne joue pas avec l’antisémitisme, écrit Esther Benbassa, sénatrice Europe Écologie Les Verts (EELV) de Paris. Arrachons la critique d’Israël aux griffes de la propagande du gouvernement israélien actuel. Une critique politique, nullement antisémite ».     Mais l’autrice de Être juif après Gaza, publié en 2009, qui se demandait alors, dans la lignée de Buber, comment « en devenant israéliens, ces juifs ont-ils été frappés d’amnésie jusqu’à oublier les principes premiers de l’éthique, socle de leur être juif ? » se sent parfois bien isolée. « Le fait que je soutienne la cause palestinienne signifie que je ne suis pas la personne la plus aimée des juifs français », confiait-elle au journal Haaretz l’été dernier. Historienne, Esther Benbassa s’inquiète autant de la montée du racisme en Israël et en France que de la progression de l’antisémitisme dans notre pays. Que des esprits faibles abreuvés depuis des années par les atrocités révisionnistes du militant d’extrême droite Alain Soral ou de son compère l’ancien comique Dieudonné proclament sur la toile et parfois dans la rue un antisionisme qui n’est que le cache-sexe de leur veulerie antijuive, c’est une évidence.   Mais il est une autre évidence : jamais les partisans d’Israël n’ont été aussi actifs dans les institutions et les sphères publiques. On peut l’appeler « lobby », ou préférer le terme plus neutre de « cercles d’influence », le débat n’est pas sémantique, mais bien politique. On ne semble pas avoir saisi l’activisme en profondeur des « pro-Israël » à l’Assemblée nationale, au Sénat, dans les conseils des mairies de Paris, à Nice et dans d’autres grandes villes, dans les chambres de commerce et les salles de rédaction..." (suite) -2-  ____________

mercredi 12 septembre 2012

Hollande: comme Schröder?

 Tournant?

_____On attendait Roosevelt, on pourrait avoir Schröder.

Ce matin sur France-Culture, Nicolas Baverez, avec son sens habituel de la nuance de décliniste-provocateur de droite, proposait comiquement pour notre néo-Président deux voies, sinon rien : soit Schröder soit Papandréou... 
_ Plus sérieusement, alors que le mot rigueur n'est officiellement plus tabou, les  accents furent plutôt churchilliens (du sang et des larmes...) et le ton plus notarial et technique que politique: il fut beaucoup question d'agenda.
 « Je dois fixer le cap et le rythme. Le cap, c’est le redressement de la France. (Le rythme, c’est) l’agenda du redressement de deux ans », a expliqué d’emblée le chef de l’État, parlant de deux « batailles » : contre le chômage et contre la dette. La rhétorique rappelle l’Agenda 2010 lancé en 2003 par l’ancien chancelier allemand, le social-démocrate Gerhard Schröder, qui avait imposé de brutales et profondes réformes à Allemagne. François Hollande a, lui, voulu ancrer à gauche cet «agenda» et a pour cela confirmé la taxe, hautement symbolique, à 75 % pour les plus hauts revenus. « Sans exception », a dit dimanche François Hollande. Mais avec quelques aménagements tout de même...."
Heureusement le mot gauche apparaît encore dans ses propos...
Les aménagements divers risquent tout de même de dénaturer le projet initial et les engagements électoraux.On peut le craindre, après seulement cent et quelques jours, qui devait être décisifs, disait-on
Bref, il n'a pas suscité l'enthousiasme, ce qui n'est pas bon signe.
Il a beaucoup parlé des effets, mais pas des causes, internes et externes, circonstancielles et structurelles.
Un  voile est-il tombé?
Le seul remède est-il seulement la règle de plomb du TSCG?
L' austérité, qui est une impasse et qui aggrave le mal,  serait-elle notre seul avenir? La potion peut parfois être mortelle, quand nulle croissance ne se pointe à l'horizon.
Bercy,  le nez dans les cahiers de compte,  aura-t-il le dernier mot?
_______Cet automne, la bataille va être rude au sein même de la nouvelle majorité
"Ce traité « sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » (TSCG), déjà ratifié par onze pays, qui renforce la discipline et introduit une règle d’équilibre budgétaire, la fameuse règle d'or : pas plus de 0,5 % de déficit « à moyen terme ». Un traité controversé, puisque les écologistes et une partie du PS menacent de ne pas le ratifier, tandis que le Front de gauche votera non et réclame un référendum. De son côté, Jean-Marc Ayrault met la pression sur sa majorité pour qu’elle l'adopte. "
 Piketty, l'initiateur du projet de refonte de l'impôt au PS,  juge la copie insuffisante et exprime sa déception. Des économistes de gauche disent leur inquiètude.
Ne plus inquièter les marchés (sans remettre en question leur dictature), est-ce un objectif politique suffisant?