Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 17 octobre 2017

Métaphore ascensionnelle

 La métaphore et la vie.
                      Il est toujours exaltant de gravir les pentes ardues, l'oeil rivé sur les hautes cimes.
    Dans une atmosphère tonique et vivifiante. Ensemble.
        Surtout derrière un guide à l'oeil clair, au pas jeune et assuré, sans expérience mais déterminé.
   Crampons aux pieds, piolet à la main, mousquetons parés, préparons-nous à suivre la cordée solidaire; sans laquelle aucun dépassement n'est possible, même pour les moins expérimentés, les plus faibles.
    Ça ne stagne pas, ça ne descend pas, ça monte,
        Ça ne ruisselle pas, ça grimpe.
  Il ne s'agit plus d'attendre que la chance et la prospérité des meilleurs rejaillissent sur nous.
  Mais d'escalader ensemble les pentes escarpées vers les commets prometteurs.
      La richesse se gagne à la forces des poignets.
  Les premiers de cordée sont là pour pour nous entraîner.
      La solidarité doit l'emporter dans cette communauté de destin en action, pas la jalousie, les passions tristes.
  L'exemple vient du haut.
      L'épaisseur métaphysique du premier de cordée, son essence particulière lui confère une aura qui fait désirer les hauteurs. Sa pensée complexe et son parler de montagnard rude, mais vrai sont à la hauteur de ce pari commun. Avec un peu de participation, comme disait un ancien général, ça doit marcher...
     On ne devrait pas dévisser. Normalement. Mais même à Chamonix, on est toujours prêt aux mauvaises nouvelles.
  Mais le guide est particulièrement charismatique. Il ne se prend ni pour un roi, ni pour un empereur (quoique..). Un sage seulement, formé par les meilleurs, mettant à la portée du commun des mortels Spinoza et la philosophe Simone Weil.  Comme Platon, il nous fera passer de la Caverne à la lumière des sommets.
  Une modestie et une détermination à toute épreuve. De la conviction et un talent hors pair, qui laissent cois les contradicteurs et aplanissent toutes difficultés.
          ____ [Pour les plus sceptiques,les plus timorés ou les derniers hésitants: Quelques questions à se poser tout de même avant d'enfiler les chaussures adaptées:
   Les premiers de cordée seront-ils toujours à la hauteur, lucides et solidaires?
    Les ci-devant « fainéants » sauront-ils trouver les ressources qu'ils n'ont pas eues? 
         Le culte de la réussite sera-t-il un ciment assez fort pour renforcer l'esprit de l'équipe en marche? ]
                                             __  Et si la belle métaphore relevait d'un conte pour enfants? 
                                                               Dessine-moi un Macron..
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lundi 16 octobre 2017

L'arme du doute

Business et questions
                                    Le doute, qu'il soit cartésien, méthodique ou plus modeste et circonscrit, est toujours une attitude qu'il importe de valoriser en toutes circonstances. Que soit dans la vie quotidienne, dans la recherche d'informations, ou dans celui de la recherche ou des débats scientifiques.
     Le doute est libérateur quand il est animé par le désir de sortir d'un dogmatisme trompeur,  de rechercher une vérité plus satisfaisante, d'oser penser par soi-même, comme disait Kant. C'est toujours possible, à des degrés divers, toujours libérateur.
    Mais le doute peut être instrumentalisé, utilisé à dessein comme un moyen d'instiller un soupçon, de faire naître une résistance vis à vis de connaissances pourtant bien ou assez bien établies. Parce qu'elles gêneraient, remettraient en question des vérités qui dérangent, qui mettent en péril des intérêts bien établis, un business fructueux, contestés par des esprits suffisamment éclairés et indépendants.
     C'est le cas bien connu des défenseurs du business de l'amiante, ce poison qui n'a pas fini de faire des ravages et dont les dangers ont été signalés dès le début du XX° siècle.
   C'est le cas, tout aussi connu du lobby des cigarettiers, toujours en action, qui dépensent des sommes pharaoniques pour produire des rapports à l'aspect "scientifique" pour justifier la poursuite de leurs affaires très juteuses, au détriment de la santé publique.
   Le plus insidieux, c'est lorsque une industrie, aux productions dûment contestées pour leurs méfaits, soudoient des "experts" complaisants pour susciter des questions là où il n'y a plus lieu d'en poser, pour relancer des recherches biaisées, pour éviter que le dernier mot de soit donné à ceux qui  ont fermement établi la nocivité de produits devenus d'un usage commun. 
    Au niveau politique, local ou plus large, des firmes savent aussi y faire pour influencer les débats sur les questions sur les réglementations ou des interdictions. Parce qu'elles ont de puissants moyens.
  C'est ce que montre bien, et depuis des années, certaines enquêtes, comme celle sur les produits à base de glyphosate,la molécule la plus utilisée au monde.
    Le dossier est déjà lourd. Les études de Marie-Monique Robin sur le sujet sont décisives, mais pas uniques.
    Ce qu'on a appelé la manufacture du doute dans différentes productions contestées, dont le monde rapidement grandissant des perturbateurs endocriniens.
   Parfois des questions légitimes peuvent encore se poser, mais il est des points qui ne peuvent plus être contestés sans être partisans intéressés.
   Mettre la science à l'abri des pressions de certains intérêts privés, dont le but est de distiller le doute, est aujourd'hui plus qu'hier un projet nécessaire, un combat permanent.
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dimanche 15 octobre 2017

Où l'on revient sur

_____  La braderie d'un fleuron national
 La logique folle de la rentabilité financière.
                        Un mariage à l’accent allemand: " Le plus grand « deal » dans l’histoire ferroviaire française contemporaine va donner naissance à un « champion européen de la mobilité », selon les mots du communiqué. Il aura entraîné un ballet de banquiers d’affaires : de BNP Paribas (conseil de Siemens) à la banque Rothschild (Alstom) en passant par JPMorgan, qui conseillait le conseil d’administration d’Alstom.
    Siemens-Alstom, tel est le nom de la nouvelle entreprise. Une façon de rappeler que le conglomérat allemand va en devenir l’actionnaire principal, avec 50 % des parts à la suite d’une augmentation de capital réservée à Siemens, qui va diluer d’autant les actuels actionnaires d’Alstom"
      Les vrais raisons.   __ «On ne nous avait pas présenté le mariage Alstom-GE comme ça»
         Un scandale écrit d'avance
Montebourg avait raison : « Il n’est pas trop tard pour nationaliser Alstom » et tout renégocier. Trop tard.

____Le pouvoir trop mal connu des medias.
               Une presse malade.
                         Sept idées fausses sur les médias.
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samedi 14 octobre 2017

Réparer les injustices

Il n'y en a que pour eux.
                           On ne parle que des pauvres et des précaires.
     Mais les riches, surtout les ultra-riches, bien qu'en hausse constante, subissent un sort injuste.
  Accablés de taxes diverses, on ne dira jamais leurs terribles souffrances.
        Ils méritent d'être aidés.
.   Taxer les riches, c'est tuer la poule aux oeufs d'or.
 Il faut encore favoriser la  montée des toujours plus fortunés.
        Ce sont les pauvres qui devraient se sentir culpables ainsi que les envieux, les fainéants de tous ordres. qui foutent le bordel.
  On peut être milliardaire assez vite; il suffit de le vouloir. C'est possible.
       Il suffit de mettre en oeuvre le cercle vertueux de l'abondance.
   "Plus on est riche, plus on est riche. Et plus on est pauvre, plus on le reste....
           Une bonne chose pour les plus méritants, les self made men. Il faut cesser de faire grossir la masse des assistés.
    C'est la condition du développement. La théorie du ruissellement, ce n'est pas pour les chiens, comme le suggère Philippe Aghion.
         Mais patatras! voilà que le FMI plaide pour taxer davantage les riches.
           Et même Le Monde se fait critique.
    A qui se fier? 
    Déjà un certain Roosevelt n' y était pas allé avec le dos de la cuilliére.
     Selon le FMI, cette institution, qui n'est pas une oeuvre de charité, taxer les riches ne nuit pas à la croissance, 
  Mais comment expliquer cela à Bercy, qui veut alléger la "sur-réglementation" de la finance?
     A l'Elysée,  la finance a pignon sur rue et la réglementation  bancaire est plutôt mal perçue.
   La finance a droit à son tapis rouge. Enrichissez-vous ! disait déjà le bon Mr Guizot.
      La richesse est en marche, de manière résolue
        Le futur a de l'avenir...
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vendredi 13 octobre 2017

Dette grecque: bonne affaire...

On dé-graisse encore
                               Ce fut présenté comme un généreux sauvetage, mais imposé par une troïka sans âme et aux ordres.
      Cela est devenu une saignée, qui a déjà rapporté 8 milliards à la BCE. Une paille pour l'institution. Une somme énorme pour Athènes, qui a été réduite au silence et à l'état de quasi-colonisation économique, de vastes secteurs de l'activité ayant été vendus à la découpe, sans qu'on s'interroge outre mesure sur les origines d'une dette minime par rapport à maints autres autres pays aussi touchés par la crise. 
      Une dette largement "fabriquée" et un temps occultée par Goldman Sachs, mettant en difficulté d'imprudentes (?) banques allemandes, françaises... qu'il fallait sauver à tout prix, après leur aveuglement et leur avidité.. Pas le peuple grec, qui, pour l'essentiel, manque encore de tout, à part dans certains îlots de développement, dû essentiellement au tourisme en hausse progressive.
        Financer un pays en crise, ça peut rapporter gros, admet Valeurs actuelles. C'est ce que montre la Banque centrale européenne : mardi, elle a révélé que les intérêts tirés des emprunts d'Etat grecs qu'elle a achetés entre 2012 et 2016 lui ont déjà rapporté 7,8 milliards d'euros. Que va devenir cet argent ? En réalité, il ne reste pas dans les caisses de la BCE mais est reversé aux différentes banques centrales de la zone euro. A l'origine, le programme de rachat de la dette grecque prévoyait que ces intérêts seraient in fine rendus à la Grèce Mais depuis l'arrivée au pouvoir à Athènes du gouvernement d'extrême gauche d'Alexis Tsipras, l'Allemagne, suivie par d'autres pays, a fermé les vannes. Berlin a ainsi engrangé 1,34 milliard d'euros, dont pas un centime n'a pour l'instant été rendu à la Grèce..."
   La "solidarité" européenne a joué, mais pas dans le sens qu'on attendait....
       Un mécanisme immoral , dit-on par ailleurs. Tout crédit génère intérêt certes, mais celui-là était d'un type particulier avec des taux soumis à l'arbitraire: on ne prête qu'aux riches...Yanis Varoufakis (qui semble inspirer aujourd'hui Bercy...) a bien raison d'exprimer sa colère, alors que cette dette structurellement irremboursable devrait être renégociée au plus vite, les tragédies qu'elle engendre compromettant toute issue possible, comme l'a reconnu sur le tard le FMI.
       Le vilain petit canard est devenu une poule aux euros d’or, au coeur de l'affrontement avec les marchands de tapis ultra-léraux de l’Eurogroupe, qui se sont tous ralliés aux diktats de Berlin, qui a pris une grosse part de gâteau sur la terre héllène, après les superprofits de Siemens, Deutsche Bank et Cie. On appelé ça un soutien...
     Mais pour l'enfant fragile de la famille bruxelloise, qui fut adopté in fine par Giscard par pitié et pour l'histoire, dont l'économie ne pouvait lutter contre ses grands frères, le remède s'est révélé être une potion mortelle.
       Une justice inintelligible pour Panagiotis Grigoriou, relevant les propos de Míkis Theodorakis, qui vient de s’exprimer de nouveau, au sujet de notre régime politique très actuel, et aussi de la paupérisation des Grecs :“Aujourd’hui, le gouvernement et les partis ayant accepté le Mémorandum (Troïka) sont pour l’essentiel des esclaves. De par ce fait, ils n’ont plus aucune prise sur l’économie et sur les possibilités du pays. Au contraire, ils acceptent de mettre en œuvre des mesures qui mènent au sous-développement et à la paupérisation du peuple (…)
    C'est plus qu'une sottise de l' Eurogroupe, c'est une faute et c'est se tirer une balle dans le pied.
       Un cynisme qui ne mène nulle part, sinon à un peu plus de détresse et de perte de crédibilité dans l'Eurogroupe, dont Berlin est le chef d'orchestre.
    La dette de Sisyphe   pèsera encore longtemps si aucune initiative courageuse et lucide n'intervient dans la descente aux enfers continuée.. Même si tous les mois, on nous répète que la Grèce va mieux.
Les grands malades connaissent aussi quelques rémissions.
     Dans son ambiguïté permanente, le FMI presse les institutions européennes à revoir cette dette odieuse, ce qui serait dans l'intérêt bien compris de tous.  Combien de fois la dette allemande fut purement et simplement annulée? Combien de pays, et non des moindres, sont considérablement plus endettés que la petite Grèce, au PIB équivalant à celui des Hauts de Seine?..
    Profitant des faiblesses structurelles du pays, en partie explicables historiquement, de l'occasion de la crise, les banques n'ont pas manqué de faire leur beurre là où le laxisme et la corruption, furent des occasions en or.
   Et elles continuent en finançant les privatisations du Pirée, des aéroports...
         Il fallait un exemple... Le départ de Schäuble, les envolées macroniennes changeront-t-ils quelque chose?
                          La bombe grecque n'est pas prête d'être désamorcée.
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jeudi 12 octobre 2017

Survol

__ Le Portugal, qui revient de loin, montre-t-il une voie pour Bruxelles?
                         Malgré une situation en demi-teinte.
       Le Portugal a démontré depuis 2 ans, qu'une politique — inverse aux politiques austéritaires, et donc basée sur une relance par la demande et l'amélioration des protections sociales — pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que "l'austérité ne fonctionnait pas"....
     On fait le ménage.

__ Affaire Alstom: un scandale écrit d'avance et une affaire d'État

__ Faut-il toujours dérouler le tapis rouge sans conditions à Amazon?
                     Un empire sans limites?

__ Question récurrente: les robots détruisent-ils les emplois ? 
                  Il faut y regarder de près.

__ L’intelligence artificielle: le défi majeur posé à l’emploi humain?

__ Theresa May : comment s'en débarrasser? Et après?

__ On n'a pas fini de parler de  Chongqing, point de départ de la nouvelle route de la soie.

__ Peut-on parler de miracle grec? .

__ Du souci à se faire pour la sécurité des centrales nucléaires 
            L’Autorité de sûreté nucléaire peut-elle valider la cuve de l’EPR ?

__ Le FMI s'inquiète-t-il à raison étant donné le poids des dettes?
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mercredi 11 octobre 2017

Trop fort, Rochefort!

Il a tiré discrètement  sa révérence
               Si ça continue comme ça, vous allez voir...ça risque de durer (Jean Rochefort)
                      Un homme jeune qui est incapable de faire une folie est déjà un vieillard (Gauguin)
          Il nous manque déjà. L'artiste dandy amoureux des chevaux était resté jeune, parce que toujours un peu fou. Jusqu'au bout. Jusqu'à une dernière évasion.
  Aux limites de la vie. Un exploit!
    Un fou d'une élégance rare, d'un désespoir souriant, facétieux imprévisible,  qui se gardait de se prendre  au sérieux.
    Un humour  parfois sur fond de déprime, une distance souvent désespérée.
  On retiendra de lui quelques bons mots, notamment celui-ci:
  « Quand on veut amuser les autres, on se doit d’être douloureux soi-même. »
    La politesse du désespoir. Telle est la formule qui pourrait s'appliquer à son humour.
     Quel amuseur ne se reconnaîtrait pas dans ces lignes?           Benoît Poelvoorde? Coluche? Muriel Robin? Nombre de "clowns" ont connu la dépression. Plusieurs scientifiques se sont d'ailleurs intéressés au lien qui pouvait unir humour et déprime voire noirceur... Une étude publiée en 2014 dans le British Journal of Psychiatry a montré que les amuseurs et humoristes avaient souvent de nombreux traits de caractère de personnalité psychotique, comme l'introversion, l'impulsivité...
        La gravité lui allait bien, la légèreté aussi. Ses sorties humoristiques impromptues, ses bons mots sont souvent des leçons de vie.
     Une vie vraiment si sérieuse? Spinoza faisait de la joie, de l'allégresse le vrai moteur de l'élan vital dénué de passions tristes, comme Nietzsche plus tard à sa manière, qui fustigeait le ressentiment.
   Hors des conventions, en baskets, Jean savait se faire proche, fuyant les mondanités.
         Son rire est inimitable. Une vraie philosophie de vie, que n'aurait pas démenti l'auteur du  Tractatus philo-comicus (dont on peut lire ici quelques lignes). Je ris donc je pense...Cogito rigolo.
         Si on s'amuse de soi, on n'a pas fini de rire...
                                       Même si c'est de façon un peu noire.
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mardi 10 octobre 2017

Sécurité d'abord?

Une loi qui fait débat
                          La question des rapports entre sécurité et libertés publiques, qui revient régulièrement, surtout dans les périodes troublées ou jugées comme telles, se révèle toujours être une recherche d'équilibre délicat.
      La loi antiterroriste en débat actuellement ne manque pas de susciter des réticences, voire des critiques.  Il n'y a pas à choisir entre sécurité et liberté, mais des juristes estiment qu'un accent trop marqué sur la notion de sécurité est un risque dont on ne mesure pas toujours les conséquences potentielles, surtout dans le grand public 
      Cette nouvelle disposition engendre des réticences même au sein des Nations unies.
           «  Dans le domaine de la lutte antiterroriste, la Cour européenne admet des procédures dérogatoires mais elle condamne toute restriction excessive et disproportionnée des droits et des libertés, précise Nicolas Hervieu. En matière de lutte contre le terrorisme, la CEDH tolère ainsi des gardes à vue plus longues que pour les infractions de droit commun, mais elle n’admet pas la disparition de toute garantie fondamentale. Dans l’affaire Brogan, en 1988, elle a ainsi estimé que le Royaume-Uni avait violé la Convention [européenne des droits de l’homme] en plaçant des Irlandais en garde à vue jusqu’à six jours et seize heures et demie sans les présenter à un juge. »
   Cette recherche d’équilibre est délicate – d’autant plus délicate que, depuis une trentaine d’années, le dispositif antiterroriste ne cesse de se durcir. En France, la première loi date de 1986 : après une vague d’attentats, les textes allongent la durée de la garde à vue à quatre jours, reportent l’intervention de l’avocat à la 72e heure, alourdissent les peines, autorisent les perquisitions domiciliaires sans l’assentiment des suspects, et créent un corps spécialisé de juges d’instruction et de procureurs. Depuis, l’arsenal antiterroriste s’est encore renforcé – allongement de la prescription en 1995, autorisation des perquisitions de nuit en 1996, autorisation de la fouille des véhicules en 2001, allongement de la garde à vue antiterroriste à six jours en 2011, intensificationdu renseignement en 2015.
  Ces mesures répressives ont-elles fini par rompre l’équilibre entre la lutte ­contre le terrorisme et le respect des libertés publiques ? Ont-elles dépassé la nécessaire « proportionnalité » prônée par les juristes ? « Je le crains, affirme Danièle ­Lochak. Avec le développement des écoutes, des surveillances, des assignations à résidence et des perquisitions, la police et la justice ont tissé une énorme toile d’araignée sur l’ensemble de la population – au risque de toucher des personnes qui n’ont rien à voir avec le terrorisme mais qui ont le tort d’être musulmanes. Il suffit de voir les dérives constatées pendant les premiers jours de l’état d’urgence pour s’en convaincre. Je ne suis pas sûre que ces graves atteintes aux libertés nous aient fait beaucoup gagner sur le plan de la sécurité.  »
   Mais la dérive sécuritaire n’est pas uniquement liée à un déséquilibre croissant entre liberté et sécurité. Ce qui inquiète les juristes, c’est surtout le changement de logique pénale engendré par l’intensification de la lutte contre le terrorisme. «  Le tournant a lieu en 2008, avec la loi sur la rétention de sûreté, explique la juriste Mireille Delmas-Marty. Voté dans le climat sécuritaire des années 2000, ce texte permet de priver de liberté, sans limite de temps, un individu qui a été jugé dangereux – même s’il a déjà purgé sa peine. La rétention de sûreté instaure donc une justice prédictive. Elle repose sur une logique de suspicion – fondée sur des pronostics – et non plus sur une logique d’accusation – fondée sur des preuves. C’est grave, car il est impossible de prédire à l’avance tous les comportements humains... »
     Faire de l'état d'exception une norme n'est pas anodin, ne peut être sans risques et peut  être source de nombreux abus, surtout sous un régime qui serait peu regardant sur les libertés publiques.
   De nombreuses associations de défense des Droits de l'homme se posent aussi des questions.
       Ce problème, qui n'est pas de détail, n'a pas fait l'objet d'un débat digne de ce nom. Il fallait du temps, de la profondeur et de la contradiction avant de parvenir à une formule plus équilibrée. Les amendements vont plus loin que les dispositions du texte. Le gouvernement a fait de la surenchère.
    Est-ce vraiment cela une sortie maîtrisée de l'état d'urgence?
        Nos droits essentiels ne valent-ils pas mieux? Les risques de dérives ne sont pas mineurs, sous ce régime ou sous un autre. L'Etat de droit est sérieusement écorné sans que le risque terroriste, réclamant surtout anticipation, surveillance et coordination renforcées soit vraiment réduit.
      "Désormais, au prétexte de motifs aussi flous qu’évanescents, l’Etat pourra décider de persécuter et d’harceler des terroristes potentiels dont la définition pourra allègrement être modifiée selon les circonstances ou le pouvoir en place."
       L'état d'urgence est toujours problématique, même s'il est pour un temps parfois nécessaire.
   Le slogan de la sécurité d'abord peut être lourd de périls futurs. La loi sera-t-elle régulièrement réévaluée, comme promis? La vigilance citoyenne s'impose.
                                 La France n’est-elle pas « malade » elle aussi parce que devenue indifférente à nos libertés publiques ? Mardi a été adoptée dans le silence général la treizième loi antiterroriste en quinze ans. Et celle-ci inscrit dans notre droit quotidien les dispositifs d’exception de l’état d’urgence. Qui a bougé ? Les ONG, associations et autorités indépendantes : elles ont noté d’une même voix – ce qui est rare – combien ces dispositions étaient attentatoires à nos droits fondamentaux. Pour le reste, rien, silence radio : le texte a été adopté à une écrasante majorité.

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lundi 9 octobre 2017

Travailler (ou pas) en GB

(Quasi) paradis libéral
                  Depuis le choc du thacherisme, l'Angleterre, bientôt suivie par d'autres pays, est entrée dans la sphère d'influence de l'école de Chicago et de son libéralisme décomplexé.
 La réduction des missions de l'Etat au strict minimum, aux objectifs purement régaliens, était au coeur de la pensée de Hayek et de son disciple Friedman.
 Ce fut le début d'une politique qui allait faire des émules, dans le cadre d'une mondialisation dérégulée et du consensus de Washington.
Les héritiers de la Dame de fer, comme Tony Blair, surent être de fidèles successeurs, qui, avec des hauts et des bas, s'inscrivirent dans la lignée néolibérale.Avec les mutation industrielles et la montée de la prééminence de la finance et de la rente, les conditions de travail ne furent plus un souci pour Downing Street, dont le projet fut essentiellement de livrer la force de travail aux lois du marché. Quitte à laisser se développer un chômage inédit et en le masquant. Des réformes vraiment libérales -(*)En réduisant drastiquement les aides sociales. 
Cameron n'est pas l'Abbé Pierre et favorisa le développement d'une pauvreté vécue de plus en plus comme un statut culpabilisant.
      Des conditions particulièrement restrictives, sous la régime des Job Center aux missions rigidement encadrées.
     Une fin de l'assistanat, qui débouchera presque toujours sur un statut de travailleurs pauvres ou durablement précaires. Voir avec le travail «zéro heure», la magnifique invention des conservateurs, qui semble nous ramener àux workhouse d'une certaine époque, celle de Dickens.
   Selon Challenges, 1,4 million de salariés anglais ont un contrat sans garantie d'heures ni de salaire
       Tandis que la City prospère, que la richesse s'étale sans vergogne dans les beaux quartiers de Londres, que les inégalités, comme ailleurs ne cessent de se creuser, que la retraite à 70 ans est programmée.
   Certes, ce n'est pas la gloire chez nous, mais les pays trop souvent cités en exemple pour leur moindre chômage actuel paient une facture plus lourde socialement;  ...le taux de pauvreté y est bien plus fort qu’en France, s’établissant à environ 17% de la population dans les deux cas, pour un taux de chômage de 5,1% au Royaume-Uni en mars et de 6,1% en mai Outre-Rhin, contre 9,9% en France au deuxième trimestre. Ce paradoxe s’explique par le nombre de travailleurs pauvres : dans ces exemples étrangers, 20% des salariés touchent moins des deux tiers du salaire médian, contre environ 6% en France.  
C'est Challenges qui le dit, pas ATD Quart-Monde. Si les riches sont 64% plus riches, les pauvres sont deux fois plus pauvres. Une pauvreté qui touche les enfants et qui inquiète beaucoup d'Anglais eux-mêmes.
  Une situation qui  ne révolte pas que Ken Loach.
Pourtant, on le dit, les travailleurs ne sont pas plus productifsdans un pays dont la bonne santé économique est souvent proclamée, mais pleine de faux semblants. 
On avance résolument vers la  Big (or thin) Society...
        Alertez la reine!
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 (*) " ...Le gouvernement conservateur ne s’est pas arrêté là. On peut remarquer en particulier sa façon très particulière de simplifier le droit du licenciement et d’en limiter le coût pour les entreprises. Pour contester un licenciement abusif devant les tribunaux du travail, il faut désormais avoir deux ans d’ancienneté dans l’entreprise au lieu d’un an comme c’était le cas auparavant. Résultat: environ 3 millions de salariés sont ainsi privés du droit de formuler un recours contre un éventuel licenciement. Et le montant maximal des indemnités dues par l’employeur a été fortement abaissé: il s’établit désormais à douze mois de salaire ou 74.200 livres et c’est le plus bas de ces deux montants qui s’applique.   Pour couronner le tout, l’accès à cette justice du travail est désormais payant: entre 160 et 260 livres (entre 205 et 330 euros) au moment du dépôt du recours, entre 250 et 950 livres (entre 320 et 1.215 euros) au moment du passage en audience. Ces sommes sont remboursées si le salarié obtient gain de cause, mais, pour les plus modestes, l’effet dissuasif joue à plein: après la mise en place de ce système, le nombre des requêtes a chuté de 64% en un an. On se plaint ici de l’engorgement des prud’hommes: voilà une recette simple et efficace de résoudre le problème…"
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dimanche 8 octobre 2017

Petit tour de presse

__ Mauvaise nouvelle pour les abeilles.
                              Pour seulement pour elles. Pour nous aussi.

__ Mais bonne nouvelle pour les rentiers.

__ Palestine: fragile espoir .
                                Mais les désillusions ont déjà été nombreuses.

__ Luxembourg, terre d'accueil. Découvrez ses secrets.
                                        Mais Dublin n'est pas mal non plus.

__  Glyphosate: une désinformation bien organisée.

__ Loi antiterroriste et droits de l'homme : l'ONU met en garde la France.

__ Derrière le fiasco de l’EPR, les errements du Creusot sous la responsabilité de M. Bolloré et d’Areva.
                  Dans l’usine du Creusot, une gestion défaillante.
     Le feuilleton continue, ainsi que les mensonges et les manipulations. 

__ Les USA et leurs chères armes: un contrôle impossible? Une situation mortifère. Le désespoir de certains éditorialistes.
          Mais qui est malade?
                                              « Cet homme est malade, très, très malade », a (aussitôt) twitté Donald Trump, parlant non pas de lui mais de Stephen Paddock, l’auteur de la tuerie de masse qui a fait 58 morts et 527 blessés le 1er octobre à Las Vegas. Cinq jours plus tard, les centaines d’enquêteurs reconnaissent qu’ils n’ont pas la moindre piste quant aux motivations du tueur. Et l’inquiétude grandit : Paddock ne serait qu’une histoire américaine, illustration extrême de tous les maux d’une société engloutie dans la violence, les inégalités, écrasée par le poids des lobbies (lire ici la chronique de l’Américain Thomas Friedman). Qui est « malade » ? Les États-Unis.
La France n’est-elle pas « malade » elle aussi parce que devenue indifférente à nos libertés publiques ? Mardi a été adoptée dans le silence général la treizième loi antiterroriste en quinze ans. Et celle-ci inscrit dans notre droit quotidien les dispositifs d’exception de l’état d’urgence. Qui a bougé ? Les ONG, associations et autorités indépendantes : elles ont noté d’une même voix – ce qui est rare – combien ces dispositions étaient attentatoires à nos droits fondamentaux. Pour le reste, rien, silence radio : le texte a été adopté à une écrasante majorité.
Qui est « malade » ? La justice internationale. Cette magnifique promesse que fut la création de la Cour pénale internationale en 2002 est aujourd’hui trahie. Nos révélations toute la semaine sur les agissements du premier procureur Ocampo et l’équipe actuelle de La Haye achèvent de décrédibiliser l’institution (notre dossier ici). Certains faits que nous révélons pourraient être qualifiés de corruption ou de trafic d’influence.D’autres relèvent de grossières manipulations politiques. Déjà fortement critiquée, la CPI pourrait ne pas se remettre de ce qui est en train de devenir un scandale international.

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