Ça va jazzer

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jeudi 18 août 2022

Allemagne: année 0 ?

Que fera Berlin?

                             L'incertitude est grande, après ce brassage de cartes géopolitique inattendu                  "La Russie vient de donner une rude leçon de géopolitique à l’Allemagne en lui rappelant sa vulnérabilité militaire et économique. Pour la diplomatie allemande, qui a misé sur la carte russe pendant vingt ans, l’humiliation est profonde, et le constat brutal. .... Annalena Baerbock, candidate écologiste malheureuse à la chancellerie fédérale en 2021, mais première femme à devenir ministre fédérale des affaires étrangères, n’avait pas prévu la tâche herculéenne qui l’attendrait, moins de trois mois après avoir prêté serment.« Aujourd’hui, nous nous sommes réveillés dans un autre monde », constatait-elle le 24 février, jour de l’attaque russe contre l’Ukraine et, indirectement, contre les pays de l’Otan. En ramenant la guerre au cœur du continent européen, sans craindre d’utiliser la menace nucléaire, Vladimir Poutine a détruit le rêve d’une « paix européenne » intégrant la Russie sous une forme ou une autre, un projet soutenu tout particulièrement par l’Allemagne.  Pour Berlin, la rupture et l’humiliation sont profondes. Malgré les nombreux signes avant-coureurs, l’appareil gouvernemental et diplomatique s’est révélé incapable de prévoir et de réagir à temps. Pendant vingt ans, le pays a suivi la doctrine du « changement par le commerce » (Wandel durch Handel), inspirée de l’Ostpolitik de Willy Brandt...."                                                                                                                                      .             ___Rien de rassurant dans le situation énergétique du pays.      Un tournant pour l'Allemagne: Ce n'est pas nouveau, mais cette fois-ci cela semble plus périlleux. C'est tout le système industriel qui pourrait être mis à mal. Mais les conséquences pour ses partenaires seraient aussi très problématiques. Nous vivons une période atypique, qui oblige à repenser nos choix fondamentaux, sous la double contrainte d'une guerre non anticipée et de nécessaire mise en conformité accélérée aux normes de la COP.  La question de l'énergie a une importance décisive dans ce virage imposé, pour l'instant largement improvisé. La question de la transition elle-même doit être revue à la lumière des nouvelles exigences du futur, proche ou plus lointain. 


                                           
 A. Merkel s'était brutalement engagée sur une voie qui semblait réaliste, jouant à fond sur les énergies renouvelables. L'accident d'Hiroshima fut le déclencheur de cette nouvelle ligne et des investissements massifs, qui faisaient apparemment de Berlin un modèle vertueux. Mais à cette époque déjà, des critiques, même internes, se levaient à l'égard de ces choix non diversifiés et à courte vue. Les "bonnes" relations de Angela et surtout de Schröder (hélas!) avec le Kremlin et ses ressources gazières permettaient d'envisager l'avenir avec une sérénité relative, pour continuer à accumuler les excédents commerciaux qui font toujours la force de la première puissance industrielle d'Europe, grâce notamment à une monnaie favorable, l'ouverture au marché chinois en plein développement et l'efficacité de son Hinterland. Certains économistes voyaient cependant déjà ce développement spectaculaire comme relativement fragile et la puissance d'Outre-Rhin comme un colosse aux pieds d'argile. Aujourd'hui les cartes sont redistribuées, vu les menaces énergétiques de l'Est. Il y va de la survie, de la pérennité du système. La crainte d'une récession s'exprime dans ce nouveau contexte politiquement improbable il y a peu encore. La situation est très compliquée, en Allemagne en particulier. Elle le sera pour un bon moment. Même si ce n'est pas la joie pour ses partenaires européens, notamment la France, notamment en souffrance avec le nucléaire.      L'Energiewende montre ses limites, vu l'urgence.                                                                                   L'unanimité actuelle risque de ne pas durer, sous la pression durable de Moscou. Les Russes sont de bons joueurs d'échecs.. La situation particulièrement complexe de Berlin n'a pas fini de hanter les nuits de Olaf. Des choix trop rapides, aux conséquences
 non anticipées à moyen terme peuvent avoir des conséquences redoutables. A  moins que...                ________________________

mercredi 17 août 2022

Pas de château en Espagne

       Mais en voilà une idée qu'elle est bonne...

                  Ce qui paraissait hier impossible....

                                                                                  _____________________

Les élites et les règles

        Vigilance citoyenne en défaut.                                 

                                               Sans tomber dans un poujadisme simpliste, les slogans du genre "tous pourris" basés sur le ressentiment et les slogans de rue, force est de constater que régulièrement, de la part de ceux à qui le pouvoir a été confié, comme un service en notre nom, se manifeste, de manière ostentatoire ou discrète, une prétention à être au-dessus du lot et à sortir des rails qu'ils sont pourtant censés faire respecter, de manière discrète ou ostentatoire. On dira, comme un certain auteur que le pouvoir corrompt (et que le pouvoir absolu corrompt absolument). Les exemples historiques surabondent. Quand il n'y a pas une vigilance citoyenne constante et des institutions permettant efficacement de contrôler le pouvoir, comme le préconisait Montesquieu, les dérives en tous genres risquent de se manifester. Certes une démocratie parfaite n'existe pas   (et n'existera sans doute jamais, aux dires de Rousseau), mais un contrôle institutionnel neutre peut-être inventé ou renforcé pour que le pouvoir soit tenu de respecter une constitution votée démocratiquement et les hommes qui l'assument de s'en tenir à leur devoir, au service exclusif de l'intérêt général, dans la collégialité la plus transparente...                                                                                                                             Voilà pour les principes, qui restent des idéaux à tenir. Dans les faits, maintes affaires récentes montrent que les idéauxs connaissent des entorses fréquentes, comme si un élu avait des droits dépassant ceux du commun des mortels, comme si les intérêts privés devaient parfois être sa préoccupation dominante. Des exemples récents corroborent cette propension tout à fait répressible, comme celle facilitant le pantouflage où domine l'indistinction entre intérêts publics et privés sans parler des facilités et les tergiversations judiciaires dans des affaires d'Etat bien connues. En jouant sur l'ignorance et la fatigue démocratique                       "...Même lorsque la classe politique se renouvelle, ses pratiques les plus contraires à l’éthique et au droit ne cessent pas. La succession des affaires et le durcissement de l’arsenal législatif ne semblent pas encore produire d’effet dissuasif significatif..." 


               ___      "...Dans son dernier livre, L’Économie morale des élites dirigeantes (Presses de Sciences Po), notre invité Pierre Lascoumes offre une clé d’explication à cette reproduction décourageante de comportements répréhensibles. Pour le directeur de recherche émérite au CNRS, des mécanismes structurels semblables sont repérables dans le champ politique comme dans celui des milieux d’affaires – deux espaces d’ailleurs poreux entre eux.        Dans les deux cas, il observe que les élites concernées développent une conscience d’elles-mêmes, et de leur mission, qui les placerait au-dessus de la règle réservée au commun des mortels. Elles cherchent d’ailleurs à préserver ou augmenter l’étendue des procédures dérogatoires qui leur sont appliquées en cas de poursuites.      À travers plusieurs exemples, comme l’accord conclu par LVMH avec la justice concernant l’espionnage de François Ruffin, notre entretien est consacré à cet état de fait, et aux pistes pour le dépasser. À cet égard, Pierre Lascoumes insiste sur l’intérêt de la rotation des tâches à des postes de haut niveau, comme frein efficace à la routinisation de mauvaises pratiques...."   ____________________

mardi 16 août 2022

Sempé nous manque déjà...

Il était unique

                 Ses collègues le regrettent. Une création tendre ou caustique, délicate, dépouillée, allant à l'essentiel en quelques traits

                                       L'humour, un luxe absolu....

La terre, l'eau, le climat

 Nous sommes à un tournant majeur.

                                                    Nous commençons à le savoir. Un tournant peut-être décisif, périlleux en tous cas. Nous ne devrions pas être surpris, mais nous sommes sonnés tout de même. Voilà qu'il va falloir urgemment changer nos modes de vie et sortir de l'incantation, des bons sentiments. Collectivement parlant. C'est un grand virage qui s'impose à nous, une mutation des choix industriels en oeuvre depuis le 19 ème siècle, un renoncement au capitalocène, ultime phase de l'anthropocène, à l'échelle mondiale. Question de survie. Le pari est gigantesque, allant contre tant d'habitudes et d'intérêts.                                                                                                                       Déjà les philosophes pré-socratiques soulignaient les fondamentaux de notre univers, les éléments angulaires de toute vie sur terre: l'eau, la terre, l'air, le feu. Ils n'étaient pas chimistes, mais intuitionnaient que l'univers résultait de la combinaison de ces données de base. Aujourd'hui, nous constatons que l'eau risque de nous manquer, que la terre s'assèche, que le feu gagne, que l'air devient parfois irrespirable.    S'il est un secteur qui réclame tous nos soins en ces temps incertains, c'est bien la terre, mère nourricière. Sans eau, elle vire à l'état désertique.        L'agriculture traditionnelle assurait un équilibre relatif. Aujourd'hui, il est urgent de changer de modèle agricole, de sortir de l'agrobusiness qui épuise la richesse des sols à coup d'entrants et de vision à court terme, quitter l'elevage intensif, dévoreur du précieux liquide, cesser de puiser sans cesse dans les réserves, comme en Andalousie. Aucun pays n'est épargné. La France est en train de mesurer ses limites...                                                                                                                                   Des conflits pour l' eau existent déjà et peuvent se répandre. Il vaut mieux envisager le pire pour ne pas avoir à l'affronter trop tard. C'est le bien public par excellence qui ne doit plus dépendre des intérêts privés.      Certains pompent, pompent... sans souci du long terme, comme Nestlé et les autres. seulement soucieux de business, d'autres gaspillent ou polluent comme si c'était un bien sans limites. Parfois la pollution peut être gravissime, comme à Flint ou ailleurs, par pur libéralisme. Le déficit en eau peut être générateur d'affrontements.                                                                             Dans certains cas, on peut se préparer au pire. L' eau c'est la vie. Elle est à son origine, elle la conditionne. Le développement démographique, la concentration urbaine posent de nombreux problèmes quant à sa distribution, dans certains centres urbains plus que dans d'autres, mais pas seulement. Il y a aussi la question de  l'accès à une eau rare dans certaines zônes de la planète et le risque de la voir se raréfier, notamment là où la fonte rapide de glaciers continue à  ce rythme.   Mais il n'y a pas seulement les conséquences d'une évolution climatique en cours, il y a aussi le problème de la distribution du précieux liquide. Surtout quand les marchands s'en mêlent. Les situations sont contrastées. "...La pénurie d'eau touche actuellement près de 700 millions de personnes dans 43 pays. En 2025, 1,8 milliard de personnes vivront dans des pays ou régions touchés par une pénurie d'eau complète et les deux tiers de la population mondiale pourrait vivre dans des conditions de stress hydrique. Selon le scénario actuel sur le changement climatique, près de la moitié de la population de la planète vivra dans des régions soumises à un fort stress hydrique d'ici 2030, dont entre 75 millions et 250 millions de personnes en Afrique. De plus, la pénurie d'eau dans certaines régions arides et semi-arides poussera entre 24 et 700 millions de personnes à se déplacer.. L'Afrique sub-saharienne est la région qui abrite le plus grand nombre de pays soumis au stress hydrique...."   La question de l'eau n'est pas seulement une question relevant d'évolutions naturelles, elle est aussi un problème social et politique, avec des enjeux géopolitiques. Les questions de surconsommation, de gaspillage sont souvent oubliés, ainsi que le manque d'investissements comme on le voit en Guadeloupe. L'eau est une bien commun, qui devrait échapper à la marchandisation:                              ______L'eau est trop précieuse pour être laissée aux marchands d'eau.  Elle est la source de la vie, LE bien public numéro 1  devrait relever partout d'une gestion commune  Elle ne devrait pas être une marchandise comme une autre, soumise aux règles du marché et de spéculation, de concurrence parfois effrénée.. Surtout quand elle devient une matière rare.    Or les capitaux se sont rués sur cette précieuse matière dont tout le monde a besoin. Un marché captif, par excellence. Certaines communes ont renoncé à entrer dans l'engrenage ou ont repris leurs droits à la gestion de l'eau et sont sorties de contrats léonins. Comme Paris.     Partout ailleurs, on assiste à une guerre des eaux entre compagnies privées, dont les actionnaires réclament une plus grande part de gâteau.      Deux méga-compagnies entre en guerre pour des profits maximaux: l'heure est à l'hyper-concentration, voire au monopole et on sait ce qui se passe quand un seul fait la loi sur le marché. Il y a de l'OPA dans l'air...

             Dans l'Ouest américain la situation tend à devenir critique, pour des raisons qui ne sont pas que naturelles. La Californie a du souci à se faire, quand NY se noie. Si le Parana tend à s'assécher, la déforestation y est pour quelque chose.                                                                                            Le réchauffement climatique a parfois bon dos,les périodes exceptionnellement pluvieuses aussi comme en Europe cette année. Il y eut des années sans été. Il faut relativiser. Si l'été fut pluvieux, d'autres précipitations bien plus importantes eurent lieu notamment  au début du 20°siècle: notamment à Epinal et surtout à Paris...Les grandes inondations en France sont parfois oubliées. Il ne faut toutefois confondre le climat, même sur une durée assez longue et les grandes tendances globales à l'échelle de la planète,...Mais une partie du problème est entre nos mains.

L'apparition de pierres de la faim sont un signe:
___BAISSE DU NIVEAU DES FLEUVES : APPARITION DE « PIERRES DE LA FAIM » ET DE BOMBES
– « Si tu me vois, pleure » : l'avertissement de nos ancêtres au fond des fleuves –
L'Europe traverse l'une des pires périodes de sécheresses de son histoire. La Loire, plus grand fleuve français, est quasiment à sec et se traverse à pied à Orléans. La baisse du niveau des fleuves et des rivières laisse place à des vestiges plus ou moins récents.
🔴Au nord de l'Italie, le fleuve Pô a tellement descendu qu'il a laissé apparaître une bombe de 450 kg non explosée de la seconde guerre mondiale. Des démineurs ont dû intervenir pour éloigner l'obus. Au début de l'été, c'était deux navires de charge coulés en 1944 qui étaient visibles hors de l'eau, ainsi qu'un véhicule chenillé.
🔴En Allemagne, c'est la rivière Panke, proche de Berlin, appartenant au bassin-versant de l'Elbe qui est complètement asséchée à certains endroits. En Suisse, le Lac des Brenets n'est plus navigable, il est quasiment à sec.
🔴Au Portugal, c'est un village englouti qui ressurgit. Il y a 35 ans, le village de Vilarinho das Fumas était noyé sous les eaux par la construction d'un barrage. Cet été, les ruines du village sont visibles à la surface.
🔴Enfin, signe des temps plus inquiétant : un message adressé par nos ancêtres au fond des rivières. Il s'agit de «Hungerstein», c'est à dire en Allemand, des «pierres de la faim». Ces pierres situées dans le lit du cours d'eau sont gravées, pour avertir les habitants que le niveau de l'eau est vraiment très bas si l'inscription est visible, et qu'il faut craindre des famines. Dans l'Elbe, en République tchèque, une pierre portant la mention « Wenn du mich siehst, dann weine », c'est à dire, « Si tu me vois, pleure » est visible cet été. L'inscription remonterait au début du 19ème siècle lors d'une famine provoquée par l'éruption d'un volcan ayant perturbé le climat et diminué les récoltes. D'autres « pierres de la faim » datent de la Renaissance ou du Moyen-Age. L'inscription dans l'Elbe était déjà apparue lors d'une canicule de 2018, et il est évident que ces pierres surgiront de plus en plus souvent dans les fleuves du centre de l'Europe, pour nous rappeler l'emballement climatique.
Peut être une image de 1 personne, étendue d’eau et texte qui dit ’«SI TU ME VOIS, PLEURE>> LA BAISSE DES FLEUVES EN EUROPE FAIT APPARAITRE DES "PIERRES DE LA FAIM" ET DES BOMBES :Lত’

lundi 15 août 2022

Un jour pas comme les autres

 15 Août: une exception française.

          Des événements marquants.

                          Notamment, la reddition du Japon.

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Varia

__  L'empire de Kiev

                        De quelques rappels historiques. 

__ Tristes prisons:

                      La France à la traîne. Notre scandale.


__ Guerre locale ou globale?

                     Les racines sont anciennes.

__ Trump et ses cartons

                     Fractures américaines.

__ Terrorisme nucléaire

                     Une centrale bouclier?

__ Mélenchon et Taïwan.  Un statut particulier.

                     De quelques malentendus. Une position assez classique. "...On voit mal en quoi les propos de Jean-Luc Mélenchon, lorsqu’il mentionne la nécessité de ne reconnaître qu’une seule Chine, tranchent avec la position officielle de la France en la matière. Il n’a pas dit autre chose que Catherine Colonna, ministre des Affaires étrangères2, qui a rappelé que la position de la France n’avait pas changé depuis la reconnaissance de la République populaire de Chine en 1964 par le général de Gaulle..."     ____________

dimanche 7 août 2022

A la revoyure!

 

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samedi 6 août 2022

Un certain 6 Aout

Terrifiant tournant

                   D'une barbarie à l'autre


                                            Un pistolet toujours chargé...

                                                                                               _________________________

Argent magique?

 Il n'y en aurait pas ....

                            Sauf que ...ça dépend pour qui. Les aides à certaines entreprises peuvent tout à fait se justifier, dans certaines occasions, où elles peuvent être vitales, dans certains secteurs d'activité en difficulté passagère, fondamentaux pour notre avenir et notre souveraineté économique, pour garantir un emploi pérenne dans certains cas. A certaines conditions et dans certains limites, comme il est parfois rappelé: qu'il y ait un droit de regard, un suivi et un contrôle sur les fonds (publics) avancés ou donnés, directement ou non. Il y a trop d'exemples de faveurs d'Etat, qui ont fait le bonheur de certaines entreprises, surtout les plus grosses, sans vrai pilotage, sans contreparties, parfois de manière douteuse, voire frauduleuse. Il y a aussi les faveurs octroyées sans contrôle, de manière indirecte et parfois secrète, comme dans l'affaire Framatome ou les facilités accordées à Uber...Le problème est celui de l'opacité fréquente de ces aides et subventions, qui ne sont pas sans conséquences sur la redistribution sociale, les investissements, le fonctionnement des hôpitaux, des écoles, etc...   


                                                                                                                                            ___ Point de vue:   " En 2018, Emmanuel Macron fustigeait « le pognon de dingue » dépensé par l’Etat dans les minima sociaux. Depuis cinq ans, ses différents gouvernements multiplient donc les coups de canif contre la protection sociale des Français, rognant cinq euros sur les APL, en économisant plus d’un milliard via la réforme de l’assurance chômage ou prévoyant d’obliger les bénéficiaires du RSA à travailler bénévolement 15 à 20 heures par semaines. Pour les entreprises en revanche, les aides publiques sont toujours plus nombreuses : de 2007 à 2018, elles ont augmenté trois fois plus vite que les aides sociales. Dans Un pognon de dingue mais pour qui ? L’argent magique de la pandémie (Seuil, 2022), les économistes Maxime Combes et Olivier Petitjean reviennent sur cette pluie de subventions et de baisses d’impôts qui assèche les finances publiques.....                                                                      Ces dernières années, avant même la pandémie de Covid-19, les aides publiques aux entreprises ont connu une inflation continue, déjà sans transparence et sans conditions sociales, fiscales ou écologiques. Le silence relatif qui accompagne cette augmentation apparemment inexorable contraste avec le battage médiatique sur les aides sociales et leurs coûts.    Au vu de [la] longue histoire [des aides publiques aux entreprises], on aurait pu s’attendre que le commissariat général du Plan, puis le Centre d’analyse stratégique et France Stratégie disposent d’indicateurs précis et stabilisés sur ce que coûte cet empilement d’aides à l’État et aux contribuables. Il n’en est rien. Nous n’avons aucun chiffrage global, rien qui ne permette d’analyser l’évolution des aides dans le temps, ni d’opérer des comparaisons régionales et internationales et encore moins d’évaluer leur efficacité. Évaluer précisément la facture globale des aides publiques au secteur privé n’est manifestement pas la priorité des pouvoirs publics, pas plus que celle d’une grande part de la recherche en économie. À peine sait-on dire combien d’aides il existe, mais sans qu’il ne soit possible d’avoir une évaluation précise et à jour de leurs montants.....                                                                                                                                 ... (Il est dénoncé) « un empilement de mécanismes voisins ou aux objectifs quasiment identiques », « des effets attendus qui ne résistent pas à l’évaluation par grandes masses » ou encore « une régulation du système faite de facto par les entreprises ». Ils précisent même que les efforts de « mise en cohérence et d’amélioration de l’efficience des aides » ne sont que trop rares, et constatent « un fort déficit de pilotage et de régulation de la politique d’aides publiques aux entreprises ». Ils préconisent enfin « un processus d’évaluation régulière des dispositifs d’aides publiques aux entreprises » et de « ne créer aucun dispositif nouveau sans évaluation préalable des dispositifs existants pour la finalité considérée ». Voilà qui aurait déjà dû justifier une complète remise à plat des milliers de dispositifs d’aides publiques, mais celle-ci n’a jamais eu lieu.     Pire. La crise de 2008-2009 a considérablement accru le volume des aides. C’est au détour d’un autre rapport, publié par l’IGF en juin 2013 et visant à simplifier et rendre plus efficaces les aides aux entreprises, que l’on apprend que l’intervention publique en leur faveur atteint désormais les 110 milliards d’euros. C’est une augmentation de 57 % en à peine six ans. Elle s’explique en partie par l’extension continue des dispositifs existants, mais aussi par les aides débloquées pour faire face à la crise économique et financière de 2008, notamment celles regroupées dans le plan de relance de Nicolas Sarkozy de 2008.    Outre des remboursements anticipés de CIR, de TVA et d’impôt sur les sociétés pour un montant total de 11,5 milliards d’euros, ce plan de relance exonérait totalement les entreprises de moins de 10 salariés de la totalité des charges patronales pour des embauches réalisées en 2009 jusqu’à hauteur de 1,6 fois le Smic. Le rapport, dit rapport Queyranne du nom du président d’alors de la région Rhône-Alpes, juge l’ensemble « faiblement piloté et insuffisamment évalué », recommandant « de disposer des instruments permettant de suivre avec plus de précision le coût et les effets de ces multiples dispositifs sédimentés, obsolètes et souvent inefficaces ».     Depuis 2013, de nouveaux transferts de richesse vers les entreprises privées sont venus s’ajouter aux dispositifs existants. Malheureusement, aucun nouveau chiffrage global n’a été publié. On en est réduit à des évaluations au doigt mouillé. Puisque le Pacte de responsabilité et le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), pour un montant total de 40 milliards d’euros par an, sont les mesures les plus coûteuses adoptées depuis sous la présidence de François Hollande, il est tentant de les ajouter aux 110 milliards de 2013 et d’évaluer le tout à environ 150 milliards d’euros en 2017, à la fin du quinquennat.   Bercy ne dit pas le contraire : au détour d’une interview, en mai 2018, Gérald Darmanin, alors ministre de l’Action et des Comptes Publics, indiquait que les aides aux entreprises représentaient « 140 milliards d’euros chaque année ». Quatre ans plus tard, malgré des demandes réitérées de la part de journalistes, experts et parlementaires, Bercy n’a toujours pas publié de nouvelle évaluation....                       ___Que peut-on en conclure ? D’abord, que ces transferts de richesse aux entreprises ont encore augmenté de 27 % entre 2013 et 2018. Ensuite, que ces 140 milliards d’euros équivalent au montant agrégé des aides sociales (allocations familiales, pauvreté, chômage et aides au logement) versées par l’État en 2018.    Cette comparaison est plus que justifiée. Il faut en effet se souvenir que l’expression « pognon de dingue » est devenue virale suite à une vidéo d’Emmanuel Macron diffusée à dessein pour faire le buzz sur les réseaux sociaux le 12 juin 2018 : on y voit le président de la République lors d’une réunion de travail à l’Élysée affirmer « mettre un pognon de dingue dans des minima sociaux » alors que « les gens ils sont quand même pauvres ".   Si l’on compare l’évolution des deux chiffres au cours des quinze dernières années, on constate en outre que « le pognon de dingue » destiné au secteur privé augmente bien plus vite que les aides sociales. En 2018, les aides aux entreprises représentaient l’équivalent de 5,6 % du PIB, en augmentation de 215 % sur un tout petit peu plus de 10 ans, soit une croissance annuelle moyenne de 7,2 % par an. C’est énorme.                                Rares sont les grandeurs économiques qui augmentent à un tel rythme moyen pendant plus de dix ans. Surtout quand il s’agit de dépenses publiques, que tous les gouvernements disent vouloir compresser. De leur côté, les aides sociales dont le périmètre a déjà été évoqué, qui représentaient près de 108 milliards d’euros en 2007, n’ont crû que de 31 % sur la même période, soit 2,5 % par an. Les aides publiques aux entreprises ont donc progressé trois fois plus vite que les aides sociales entre 2007 et 2018.   Poursuivons la comparaison. Dès qu’une dépense sociale augmente un peu plus vite que le PIB, nombreux sont ceux qui dénoncent la gabegie d’argent public ou, à tout le moins, son caractère insoutenable au regard de la richesse nationale. Dans le cas présent, entre 2007 et 2018, le le PIB n’augmentait que de 1,5 % par an en moyenne, soit près de cinq fois moins vite que le montant des aides publiques au secteur privé (7,2 %), sans que cela n’émeuve personne, et surtout pas celles et ceux si enclins à dénoncer le poids des dépenses sociales.     
Ainsi, on entend souvent dire que le coût de l’assurance-chômage pour les finances publiques est beaucoup trop lourd. Selon les données du ministère du Travail, 45 milliards d’euros étaient alloués aux chômeurs en 2019… contre près de 75 milliards d’euros en allègement du coût du travail qui bénéficient essentiellement aux entreprises privées : à se demander qui sont les véritables assistés.  Voilà donc de quoi tordre le cou à un bon nombre d’idées reçues. Depuis 20 ans, les politiques de restriction des dépenses sociales et de financements des services publics ont été justifiées par le risque d’accroissement des déficits budgétaires. Il n’a jamais été mentionné que les transferts de richesse des pouvoirs publics vers les entreprises privées jouent un rôle relatif sans doute bien plus important dans l’augmentation des dépenses publiques au cours des 15 dernières années que les transferts sociaux.   Comment des économistes, des éditorialistes et le personnel politique ont-ils pu asséner pendant des années qu’il n’existait aucune marge de manœuvre budgétaire pour réviser à la hausse les minimas sociaux alors que dans le même temps les aides publiques aux entreprises augmentaient de 7,2 % par an, laissant se sédimenter des centaines de dispositifs, pour une grande partie inefficaces ?   D’autant que cette explosion des aides au secteur privé s’est accompagnée d’un puissant transfert de la charge du financement du budget de l’État. Alors que les ménages et entreprises contribuaient à peu près de façon proportionnelle il y a encore dix ans, les entreprises ont été bien moins mises à contribution que les ménages depuis."  [  Souligné par nos soins. ]     _____________________________________