jeudi 23 mai 2013

Psychiatriser la vie?

 Psychiatrie de nouveau en question
_______________________________Une tristesse indéterminée,  une mélancolie après un deuil, une nervosité soudaine sous l'effet d'une contrariété, une morosité tenace suite à un temps qui reste obstinément excécrable...Tous les bleus de l'âme.
Petits maux de la vie, sur lesquels parfois les mots n'existent pas...Aléas psychiques de l'existence, qui ne peut jamais être un long fleuve tranquille...Petits maux d'une civilisation qui supporte de moins en moins bien les frustrations inévitables, obsédée par une image du bonheur (impossible) qui hante notre environnement médiatique et nos désirs profonds.
Faut-il en faire faire l'objet de traitements médicamenteux? Psychiatriser, en plus des désordres psychiques majeurs, les mille et un problèmes existentiels? Et pourquoi pas les problèmes sociaux?...
__DSM, nouveau guide des maladies mentales, veut s'y employer, au grand dam de certains psychiatres à qui il reste encore un peu de bon sens et d'éthique professionnelle. L'existence tend à être médicalisée..dans ses dysfonctionnements normaux. Heureusement, des réactions se manifestent.
 "Aux Etats-Unis et dans de nombreux autres pays dont la France, la tension monte dans les milieux psy, à quelques jours de la présentation officielle de la nouvelle édition du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), prévue au congrès annuel de l'Association de psychiatrie américaine (APA) qui se tient du 18 au 22 mai à San Francisco."
Le débat est vif entre spécialistes. 
_____Patrick Landman crie Stop DSM, la bible de la psychiatrie, déclarant: "La lutte  contre ce détestable et dangereux  DSM V est un long combat, mené dans le monde entier contre l'hégémonie imbécile d'une vision scientiste et d'une conception profondément réactionnaire de l'humanité et de l'esprit humain en général, de la folie et de la psychiatrie  en particulier.
La politique scélérate de Sarkozy qui visait à criminaliser la folie cf (En France, les Innocents vont en prison ), et dont il faut souligner que pour l'heure Hollande n'y a rien changé, s'accomode parfaitement de ce DSM V, manuel de pilotage automatique dicté par une industrie pharmaceutique toute-puissante à une psychiatrie qu'elle espère réduire à un statut subalterne.
Une récente et très remarquable intervention sur France Info du psychiatre et psychanalyste Patrick Landman qui est à la pointe de ce combat en France mérite d'être écoutée attentivement ( ici)..."
_____Silvagni dénonce , " la situation désastreuse des malades mentaux, qu'ils soient hospitalisés, en obligation de soins, ou encore comme c'est de plus en plus le cas après les lois scélérates votées sous Sarkozy: en prison.
Quant à la psychiatrie, qui n'a plus d'internat, dont les infirmiers ne sont plus reconnus comme les vrais professionnels qualifiés qu'ils sont, et dont le budget est misérable: elle est à l'agonie, depuis que les DSM III et IV sont devenus, erreur fatale, la référence en matière de diagnostic et de prescription.
Avec le DSM V dont on annonce la prochaine entrée en vigueur,  désormais il y a le feu.
Voici le texte intégral d'une pétition. C'est un texte long, détaillé, qui ne peut se permettre de simplifier mais qui est accessible aux non-spécialistes au prix d'un effort pourtant nécessaire.
De plus, ce texte révèle une situation sinistrée et peu connue de l'opinion publique: il mérite d'être lu attentivement par toutes celles et ceux qui savent à quel point ce qui se joue dans le domaine de la santé mentale, et ce qui s'ourdit contre les plus vulnérables d'entre nous, est annonciateur des pires dérives en matière de libertés individuelles..."
____La psychiatrie va mal. Elle est soumise à des dérives, à des pressions, perméable à trop d'intérêts.. PV signale que de récents rapports parlementaires font état de son coût  (selon le dernier rapport du Sénat concernant la prise en charge psychiatrique des personnes atteintes de troubles mentaux, le coût social de la négligence de cette problématique coûterait 107 milliards d’euros par an à la France (une synthèse ici, et le document de 60 pages ).
Cette nouvelle édition, qui a coûté à l'Association américaine de psychiatrie 25 millions de dollars (19 millions d'euros), laisse... beaucoup à désirer sur le plan de la qualité scientifique, accusent les détracteurs du DSM-5. L'une des principales critiques, déjà ancienne, concerne la mainmise de l'industrie pharmaceutique sur les experts participant à l'élaboration du DSM. Ces collusions ont été notamment décortiquées par l'historien américain Christopher Lane, dans son ouvrage Comment la psychiatrie et l'industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions (Flammarion, 2009), et plus récemment par le philosophe québécois Jean-Claude St-Onge, dans Tous fous ? (Ecosociété, 236 p., 19 euros).
Allen Frances, professeur émérite à l'université de Duke (Caroline du Nord), qui avait coordonné le DSM-IV, note plutôt "les conflits d'intérêts intellectuels" des spécialistes des groupes de travail, "qui leur font voir les bénéfices possibles mais ignorer certains risques". Surtout, déplore-t-il, "le processus a été secret, fermé et incapable de s'autocorriger ou d'incorporer des réponses provenant de l'extérieur. Ainsi, les experts ont rejeté l'appel de 57 associations de santé mentale qui proposaient un examen scientifique indépendant".
Ce qui est rassurant, c’est que le DSM commence à être remis en cause aux USA.
____________Le normal et le  pathologique restent des concepts flous et relatifs, qu'il faut sans cesse redéfinir, dans le cadre d'une société donnée, à une époque donnée.
Il reste à repenser une psychiatrie plus libérée des impératifs des laboratoires et d'une vision étroitement positiviste et organiciste , une véritable anthropologie politique de la santé au sens global.
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-Publié dans Agoravox


mercredi 22 mai 2013

Tournant de l'an II

Le Président au carrefour
______________________ "Je me situe entre l’immobilisme et l’incantation" (F.Hollande)
On attendait le cap...
Une année d'attentisme, d'hésitations...révélatrice d'une grande impréparation.
La perplexité, voire la déception, est aussi à gauche.
 Faute d'être Roosevelt, notre Président serait-il en passe de faire du Schröder?..
...L'homme qui, engagé chez Gazprom, murmure à l'oreille de François.
  « Le progrès, c'est aussi de faire dans les moments difficiles des choix courageux pour préserver l'emploi, pour anticiper les mutations industrielles et c'est ce qu'a fait Gerhard Schröder ici en Allemagne et qui permet à votre pays d'être en avance sur d'autres » a déclaré F.H. au congrès du SPD. Peut-on être plus clair?
Malgré l'irritation merkelienne.
Mais l'Allemagne actuelle est-elle la mieux placée pour donner des leçons?
Le "changement" n'ayant pas jusqu'ici tenu ses promesses, le "mouvement" sera-t-il en mesure de le faire?
 Le PS se contentera-t-il de continuer à jouer à la droite complexée?
____François Hollande s'incline devant les dogmes de l'Europe -
 La Commission européenne obéit toujours au même logiciel néolibéral. « Il n’y a pas d’inflexion. Nous sommes toujours dans les mêmes objectifs arbitraires sans lien avec la situation économique. Là où il faudrait des programmes de relance, on poursuit l’austérité par d’autres moyens », insiste Henri Sterdyniak. Des réformes, il en voit de nombreuses qui s’imposent, mais pas celles préconisées par la commission. « Limiter la domination de la finance, faire une vraie séparation bancaire entre les banques de dépôts et d’investissement, en finir avec la concurrence fiscale… Cela devrait être des réformes impératives. On oublie les origines de la crise. Elle n’a pas été causée par les allocs et les retraites, mais la faillite du modèle néolibéral financier. On utilise la crise pour faire avancer les réformes néolibérales...
« La commission reste dans le dogme néolibéral. Mais il est des biens collectifs, des situations de monopole naturel, comme typiquement l’énergie ou le ferroviaire, où le public est moins cher que le privé, pour le profit de tous, et pour une simple raison : il n’a pas le même coût du capital que le privé, il n’est pas obligé de rémunérer ses actionnaires », rappelle Christophe Ramaux. Mais là encore, cette leçon d’économie a été volontairement oubliée.
« Si la France accepte sans discuter la vision néolibérale de Bruxelles, ce n’est pas seulement par tactique ou par faiblesse. Le mal est plus profond que cela. Toute une partie des élites, notamment à Bercy, est persuadée que ces réformes structurelles sont exactement ce qu’il faut faire. On est en train de payer des années de régression intellectuelle, d'absence de débat théorique », dit Christophe Ramaux. Cette carence risque de se payer au prix fort..."
___Dans son langage abrupt, Emmanuel Todd, qui avait beaucoup espéré en l'action du nouveau Président, en fait un bilan sans complaisance...
Vers quoi ira le mouvement de l' An II?..
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mardi 21 mai 2013

La reine bicyclette

 Le vélo: meilleur ami de l'homme...après le cheval
_________________________________Quand il se laisse aller aux confidences,  il nous apprend beaucoup sur nous-mêmes, surtout si on est un familier de ce morceau de ferraille ( ou de carbone) monté sur roues, reposant toujours sur les mêmes principes de base, malgré les variantes et quelques mutations.
Sur l'histoire récente aussi.
Depuis le fin de XIX° siècle, les Français ont entretenu une relation particulière avec la petite reine.
Il s'est intégré peu à peu dans leur vie de loisirs, de travail, de luttes aussi (pendant la guerre, le vélo avait une valeur militante, combattante...), d'émancipation des femmes.
" Depuis sa naissance à Paris, le vélo a parcouru toutes les évolutions de notre pays, jusqu’à devenir aujourd'hui le porte-drapeau de l’écologie. Le vélo, la bicyclette, le biclou, c'est l'histoire d'un mythe populaire, nourri par nos souvenirs personnels et par des luttes politiques et sociales...le vélo est un symbole qui incarne des évolutions économiques, environnementales et politiques, pour nos arrières grands-parents comme pour nos enfants. Le vélo n’est pas un véhicule comme les autres : véritable prolongement de notre corps, il nous rend sensibles aux autres et à l’environnement."
Elle est devenue reine...
Une histoire bien française
Sa préhistoire remonte à 1817: du vélocipède à la bicyclette
 Peugeot a très tôt imposé son hégémonie dans le PVF (Paysage vélocipédique français)
_________Il y a mille et une raisons de faire du vélo
Même si on commence sur le tard.
Il ne suffit pas d'en parler.
Tous à vélo! Mais pas tous les vélos!
Vive le vélo
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lundi 20 mai 2013

Drôles de drones

Guerre à distance 
__________________Les drones, ces nouvelles technologies volantes, produits de l'aéronautique et de l'informatique,  peuvent rendre de multiples services civils, être très utiles pour des géographes, pour surveiller un territoire en cas d'accidents majeurs, etc..."Leurs applications civiles incluent les contrôles sur le trafic, la surveillance maritime, les opérations de recherches aériennes et de sauvetage, la récolte de données pour la prévision météorologique ou en environnement difficile (en zone de risque NRBC ; nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique par exemple), le relais d'informations, la prise de photographies aériennes…" (Wiki)
Les drones civils sont promis à un rapide développements.
___Une technologie neutre en elle-même, comme toutes les innovations, mais qui peut être utilisée à des fins destructrices et changer la nature de la guerre et de la perception de la violence. Le développement des drones militaires tactiques, pré-stratégiques ou armés semble tenter beaucoup de pays, pour des raisons d'économie et de coût humain. Paris achète aussi des drones américains 
ou israëliens, pour rattraper son retard._Mais pour quel usage?
Les premiers drones ont été " élaborés pendant la guerre du Viêtnam, puis délaissés à la fin des années 1970, les drones ont poursuivi leur développement en Israël, avant de faire retour vers les États-Unis. Jusqu’au début des années 2000, ils n’étaient que des engins de renseignement, surveillance et reconnaissance. La métamorphose s’est opérée entre la guerre au Kosovo et celle d’Afghanistan. Au Kosovo, le désormais fameux Predator, mis au point par la firme General Atomics, se bornait à filmer et à illuminer des cibles au laser, afin de les désigner aux frappes des avions F16." (Mediapart)
Le président Obama en a fait un moyen personnel d'intervention antiterroriste...entretenant un fol amour pour les drones, une drone-mania très contestée, jugée comme un abus de pouvoir, dans un grand flou juridique.
« Il a promis de fermer Guantanamo, de mettre fin aux interrogatoires coercitifs et aux tribunaux militaires, et de restaurer les principes américains de la justice; pourtant, au cours de son premier mandat, il a fait marche arrière sur chacune de ces promesses, fait monter en puissance la guerre secrète des attaques de drones et les opérations clandestines. En coulisses, les débats déchirants entre « faucons » et « colombes » - ceux qui tueraient par rapport à ceux qui captureraient - a été un test pour le noyau même de l'identité du président. »
__Les drones à usage militaire ont de l'avenir . Ils sont "propres", ne font pas de prisonniers, ne traumatisent pas le tueur à distance, derrière sa console...Déjà, le pilote d'un bombardier US larguant sa cargaison de mort ne voyait jamais le visage d'un Vietnamien...Ici, la guerre devient encore plus abstraite, désincarnée, sans contact physique, sans émotions, une sorte de télétravail à distance...L'ordinateur rendrait la guerre presque clean...Un pas de plus vers la robotisation de la guerre.
Allons-nous vers des types de guerres déshumanisées, si tant est que la guerre puisse être humaine?..
C'est la philosophie de la guerre qui en est modifiée, comme le signale G.Chamayou:
"... Les forces armées américaines disposent de plus de 6 000 drones qui se déploient partout dans le monde, y compris dans des pays qui ne sont pas en guerre. Mais cette « dronisation » d’une part grandissante des forces armées ne constitue pas seulement un bouleversement technologique.
Cet « objet violent non identifié » affecte en effet des notions aussi élémentaires que « celles de zone ou de lieu (catégories géographiques et ontologiques), de vertu ou de bravoure (catégories éthiques), de guerre ou de conflit (catégories à la fois stratégiques et juridico-politiques) », explique Grégoire Chamayou dans son dernier livre...La dronisation de la guerre porte en elle une mutation de la manière de tuer, et des justifications pour le faire, qui ne fait pas seulement trembler le droit international. En permettant à la guerre, d’asymétrique qu’elle pouvait être, de se faire unilatérale et en brouillant la distinction entre combattants et non-combattants, le développement des drones cèle des conséquences vertigineuses, à la fois éthiques, juridiques et anthropologiques. « Plutôt que de se demander si la fin justifie les moyens », le philosophe doit donc se demander « ce que le choix de ces moyens, par lui-même, tend à imposer. »
Outre les bavures signalées sur le terrain, notamment en Afghanistan, la relative imprécision des drones, on peut aussi souligner la complexité et les risques de leur gestion dus notamment à la masse des données numériques à gérer, la surcharge des informations qu'ils induisent.
__"...Outre les frappes de personnalités inscrites sur une kill list approuvée en personne, et oralement, par le président des États-Unis, la majorité des cas où les drones opèrent sont constitués par des « frappes de signatures » : « Signatures pris ici au sens de traces, d’indices ou de caractéristiques définitionnelles. Celles-ci sont dirigées sur des individus dont l’identité demeure inconnue, mais dont le comportement laisse supposer, signale ou signe une appartenance à une “organisation terroriste”. »
Mais, souligne Grégoire Chamayou, « on frappe alors en ce cas sans connaître précisément l’identité des individus ciblés, sur cette seule base que leurs agissements, vus du ciel, dérogent à des normes et des habitudes que les États-Unis associent à un comportement suspect ». Et ce, bien que les formes demeurent imprécises et que l’on cible plutôt des téléphones que des noms, « alors même qu’un nombre croissant de numéros de téléphone de civils non combattants se met à apparaître sur la carte du réseau des insurgés ».
___"Sur le plan juridique, le drone ne rentre ni dans le cadre du droit de la guerre, ni dans celui du law enforcement exercé par les forces de l’ordre. D’un côté, « cette arme, parce qu’elle supprime tout rapport de combat, parce qu’elle transforme la guerre, d’asymétrique qu’elle pouvait être, en rapport unilatéral de mise à mort, privant structurellement l’ennemi de toute possibilité de combattre, glisse subrepticement hors du cadre normatif initialement prévu pour des conflits armés », d’autant que « le droit international ne reconnaît pas le droit de tuer avec des armes de guerre hors d’un conflit armé effectif ».
Pour Grégoire Chamayou, cette « violence armée à sens unique persiste pourtant à se dire “guerre” alors qu’elle a mis la guerre hors de combat. Elle prétend pouvoir continuer à appliquer à des situations d’exécutions ou d’abattage des catégories antérieurement forgées pour des situations de conflits. » Pour le philosophe, « la guerre n’est plus la guerre : elle se transforme en une sorte d’opération de police hors cadre ».
Mais il devient alors nécessaire de saisir ce qui sépare, dans l’usage de la force létale, « les prérogatives d’un soldat sur un champ de bataille de celles d’un officier de police en patrouille. Alors que le premier peut impunément “tirer pour tuer” sur toute cible militaire légitime, le second ne peut faire feu qu’en dernier recours, seulement à titre de réponse proportionnée à une menace imminente ».
"La guerre devenant fantôme et téléguidée, et les citoyens ni les soldats n’y risquant plus leur vie, le peuple n’aurait, à la limite, plus son mot à dire sur les actes de guerre. Ainsi, « la dronisation des forces armées altère, comme tout procédé d’externalisation des risques, les conditions de la décision guerrière. Le seuil du recours à la violence armée s’abaissant drastiquement, celle-ci tend à se présenter comme une option par défaut pour la politique étrangère », écrit le philosophe. Les drones opèrent en effet une triple réduction des coûts (politiques, économiques et réputationnels) et le fait de pouvoir agir sans prendre de risques, ni assumer de coûts trop importants, conduit à déresponsabiliser les agents des effets de leur décision...." (Mediapart)
______Il est temps que le droit international encadre l'usage croissant des drones.
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-France 5:  Drones tueurs et guerres secrètes.
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 Paru dans Agoravox 

samedi 18 mai 2013

Au fil du net

* Oskar Lafontaine: voix allemande dissonante  sur l'euro.
__La critique d'un modèle.

* Emprunts toxiques : l'Etat soutient les collectivités locales
____ "On est devant une grave dérive du système financier entre 2002 et 2008 qui a diffusé dans l'ensemble des collectivités publiques et des hôpitaux des produits spéculatifs", indique le maire de Saint-Etienne. "Les paris perdus sont perdus", ce sont donc les banques qui doivent prendre en charge le coût de ces emprunts toxiques..."

* Le Point n'est pas au point.
__Sur ce point comme sur d'autres.

* Amazon: le meilleur des mondes? 
___La firme pulvérise tous les records en Grande Bretagne.

*France Télécom: des départs "par la fenêtre ou par la porte".

*Misère à la  CAF: des employés souvent impuissants.

* Grande-Bretagne: prix fort pour les plus vulnérables.
Fin de l"argent-roi?

* Hongrie: les victimes de la crise financière sont traitées comme des délinquants.

* Rapport Lescure: une réforme en trompe-l'oeil?

 *Démantèlement de la banque publique en Espagne.

*Taxe Tobin sous le feu de Londres et des banques.
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vendredi 17 mai 2013

Bangladesh: pour 40 dollars par mois!

 Cher textile!
  _______________Un pays parmi les plus pauvres et les plus exposés aux catastrophes naturelles,
Où la vie, au travail comme ailleurs, n'a qu'une valeur relative.
Où l'on trouve les ouvrier(e)s du textile les plus mal payé(e)s de toute l'Asie, enfants compris, qui travaillent dans des conditions qui n'empêchent pas de dormir les fabricants et leurs donneurs d'ordre.
Même la Chine y a délocalisé une partie de sa production. Les frontières de la mondialisation se déplacent toujours...
Une ouvrière du textile meurt tous les deux jours, et ce ne sont pas de simples accidents.
"... le Bangladesh propose l’une des mains d’œuvre les moins chères du monde. 30 euros par mois contre 150 ou 200 en Chine. Une optimisation sociale alléchante pour les grandes marques, qui peuvent ainsi baisser leur prix sur le marché occidental, tout en empochant de substantiels bénéfices. Ceux de l’espagnol Mango sont passés de un à deux milliards d’euros entre 2004 et 2012. Carrefour a triplé son bénéfice net en 2012, pour atteindre 1,23 milliard d’euros. Et chez Primark, le groupe d’habillement le moins cher outre-Manche, les profits ont été multiplié par cinq en dix ans. Un grand merci aux ouvrières bangladaises... et aux autorités du pays.
Car c’est dans les années 70 que le secteur du textile commence à s’implanter au Bangladesh. Avec la mise en place de zones franches, dans lesquelles les entreprises bénéficient de conditions fiscales très avantageuses. Le boom de l’habillement, dans les années 90, signe l’envolée de l’industrie locale, qui représente aujourd’hui 15% du PIB du pays, et 80% de ses exportations. Très souvent,10 à 12 heures de travail par jour, sept jours sur sept..."
 ___Une vie humaine ne compte pas beaucoup pour les marques qui s'enrichissent sur le dos d'une main d'oeuvre sous-payée: 38 dollars par mois, des  conditions de travail désastreuses. 
Benetton, Primark, Mango, etc...font leurs choux gras. Quelques marques, montrées du doigt, par intérêt avant tout, finissent par s’engager... Business as usal!
 20 milliards de dollars valent-ils plus que 1000 vies ?
___Zola décrivait la mortalité ouvrière au 19°s.! Peu de choses ont changé là-bas, sauf que maintenant tout le monde le sait...
Victor Hugo se penchait sur la condition des enfants-esclaves:
 « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement.
Dans la même prison le même mouvement.
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Ô Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
 Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
 Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux ! »
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_ Le moins-disant salarial en accusation
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jeudi 16 mai 2013

Retour sur le "modèle allemand"

L'actualité  oblige à revenir une fois de plus sur la politique économique de la droite libérale allemande.
___________L'Allemagne semble avoir les clés du désarmement, du point de vue fiscal notamment, dans le cadre de la  tension larvée ou ouverte qui l'oppose aux pays européens qui souffrent de sa suprématie exportatrice et de l'usage qu'elle fait d'un euro taillé à sa mesure.
_L'Allemagne (comme l'Angleterre) "a joué sa partie dans la compétition fiscale et sociale. Elle ne laisse ainsi aux pays périphériques d'autre option que celle de jouer la partition de la concurrence fiscale et sociale. Si l'on veut sortir l'Europe du marasme, c'est à l'Allemagne de cesser cette absurde compétition fiscale et de sonner l'heure de la désescalade : elle doit remonter son impôt sur les sociétés."
___La personne d'Angela  Merkel (au parcours complexe), d'ailleurs prise entre deux feux dans son pays, n'est pas le problème, même si elle est représentative d'une rigidité contestée, d'une irrationnelle et dangereuse fixation sur des positions antiinflationnistes de principe.  Le problème est la ligne de la politique économique allemande suivie depuis Schröder et les défaillances des instances européennes, vouées aux dogmes ultralibéraux, qui ont laissé faire ou encouragé le dumping fiscal et social, les dérives de l'euro.
L'Allemagne n'est pas ce que l'on croit.
L'Allemagne n'est pas ce que l'on dit.
Elle compte plus de pauvres que la France, par exemple.
Les salariés low cost se multiplient. 
Le précariat y est banalisé.
Elle ne joue pas le jeu d'une solidarité minimale, mais suit la logique propre de ses intérêts à courte vue, depuis Schröder, plus tournée vers l'Est que vers ses partenaires traditionnels.
___ Le succès des Allemands n'a rien à voir avec leurs efforts, pourtant vantés par les éditocrates.
  L’Allemagne est une championne inatteignable,  estime même die Welt.
C'est comme si ce pays était « off shore »,  selon l'expression de JL Gréau, comme dans une bulle artificielle, dont la fragilité est pourtant manifeste, bénéficiant de surcroît d'une nouvelle immigration intraeuropéenne.
 _________Oskar Lafontaine, ex-ministre des finances, qui voit où est le problème, apportant un peu de bon sens économique, prône un nouveau système monétaire européen, avec dévaluation de l'euro, car il ne s'agit pas d'accabler l'Allemagne, mais de l'amener à voir où est son véritable intérêt. J.Sapir considère cette position comme un changement significatif, pour sortir d'inerties dangereuses.
Il serait tragique de s'obstiner dans l'erreur...
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mercredi 15 mai 2013

Ventre plat et tête creuse

 Tout pour mon bide!
Dans une certaine presse, la dictature de la ligne revient comme un marronnier sur le devant de la scène en ce début de printemps, dans la perspective d'un été supposé chaud et dénudé...
 Objectif: ventre plat! raplapla...
Une nécessité, un impératif catégorique, une urgence!
Sus aux bedaines, aux méfaits de l'hiver et à ses excès de table!
Un mois doit suffire: exercices adaptés, régime calculé, avec ou sans machines...même  sans faire d’abdos.
Ça devrait marcher, puisqu'on le promet
C'est ainsi tous les ans...
Il faut un corps parfait! 
Narcissisme oblige... 
Le marketing de l'ego l'impose.
________________________Le culte du corps, réaction trop humaine à notre finitude et à notre mortalité s'exprime à travers le fantasme d'une forme parfaite et durable, capital(e), et d'une possible intervention des techniques modernes pour le maîtriser et le réparer à souhait, jusqu'à l'absurde.
"L’ idéologie libérale... repose sur l’exaltation de la « liberté de choix ». Or, ce qui frappe, c’est l’impuissance que trahit le discours de ses enquêtés : « Qu’on le veuille ou non, seule l’apparence compte dans notre société » ; « Le fait est que le poste va toujours à celle ou à celui qui paraît le plus jeune », etc. Le lifting ou le Botox leur apparaît comme une fatalité, « au même titre que les impôts ou la mort », observe-t-elle. Ainsi, ils créent eux-mêmes la réalité qu’ils prétendent subir, comme si la portée collective de leurs actes, à force d’être niée, se retournait contre eux. Puisque chacun veut sortir du lot, on voit s’instaurer une surenchère absurde où les fronts doivent être toujours plus lisses, les traits toujours plus figés, les seins toujours plus gros. Le déferlement d’images de corps artificiels, lisses et brillants, ceux des mannequins et des célébrités, donne le la, alimentant l’anxiété, le mépris et la haine du corps réel...."
Les normes de la beauté, relatives et changeantes, finissent par imposer leur diktat.
Le conditionnement est d'autant plus puissant qu'il est ignoré.

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mardi 14 mai 2013

Ces chers petits

________________Lorsque l'enfant paraît...
Trop mignon!
Comment trouver la bonne autorité?
 Aujourd'hui objet de tous les soins, de toutes les attentions, l'enfant est devenu progressivement, surtout depuis la fin du 19° siècle,  un être considéré comme un humain à part entière, ayant une spécificité propre, des droits, objet d'étude et de sollicitude particulière, centre de la cellule familiale.
Rousseau a fait progresser considérablement la réflexion sur le caractère spécifique de  l'enfance, par opposition au traitement dont elle était l'objet sous l'Ancien Régime, plus encore au  Moyen-age.
[ L’enfance a des manières de voir, de penser, de sentir qui lui sont propres ; rien n’est moins sensé que d’y vouloir substituer les nôtres....Laissez mûrir l’enfance dans les enfants._JJR]
De l'adulte miniature qu'il fallait re-dresser et intégrer rapidement dans le monde adulte, il est devenu, dans notre culture, l'enfant à part entière, à comprendre et à traiter comme tel.
__Les modèles éducatifs ont évolué. Le regard sur l'enfance et son traitement se sont transformés avec le temps, la société, les idéologies, les structures socio-économiques.
___Mais aujourd'hui, revers de la médaille, nous sommes parvenus à un stade où l'enfant, parfois unique, est hypervalorisé, adulé, objet d'investissement parental souvent excessif, parfois culpabilisant. Les désirs, ou plutôt les pulsions, infantiles prennent le premier plan de l'attention des géniteurs, finissant par démissionner de leur rôle de formateurs. L'éducation à la juste et nécessaire frustration est devenue l'exception, en tous cas est rendue plus difficile.
La société libérale-consumériste a engendré l'enfant-roi et souvent les parents infantilisés.
Le comble ce sont les enfants chinois uniques, ces petits empereurs, surtout dans les classes favorisées, terriblement exigeants et indifférents à tout sauf à leurs objets valorisants.
L'ambivalence continue à prévaloir: l'enfant est-il ange ou démon, roi ou tyran?
Les parents s'angoissent, semblant souvent ne plus maîtriser ou seulement comprendre le processus éducatif, l'apprentissage équilibré aux droits et aux devoirs.
Les psychiatres sont préoccupés par un phénomène qui prend de l'ampleur, pouvant déboucher sur certaines formes de  violence, voire de délinquance future. 
L'enfant, dès son plus jeune âge, est devenu l'objet chéri de la  publicité, qui voit en lui un futur consommateur, un être facile à formater par le biais de ses envies.
____L'enfant d'aujourd'hui est pris dans un réseau de contradictions:
 " L'enfant d’aujourd’hui doit être dans la performance et tout réussir : scolarité, activités extrascolaires (gagner le prix de natation, le concours de piano, tracer son chemin de danseur (se).étoile,...), faire attention à son poids, maîtriser Internet,...et tout cela le plus tôt possible. Paradoxalement, on assiste à une sacralisation des valeurs de l’enfance qui invite à ne pas la quitter et à une « philosophie » de vie tendue vers l’épanouissement. Ces valeurs propres à l’enfance qui deviennent centrales dans nos sociétés sont l’insouciance, l’innocence, la plasticité, la spontanéité,...Dans ce contexte où l’enfant est sollicité de partout et se voit confronté à l’exigence de la réussite, le regard des parents sur l’éducation de leurs enfants est empreint d’une angoisse et inquiétude constantes... l’injonction à la performance génère aussi ses contre.modèles (« carence parentale », « démission des parents »,...) et nombreux sont les spécialistes qui estiment cette pression sur les enfants contreperformante...."
L'enfance n'est pas une sinécure...

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lundi 13 mai 2013

Les banques et leur loi

 Un pouvoir invisible, mais redoutable
_____________________________Il faut refonder le système bancaire disait-on déjà il y a cinq ans, en contrôler la gestion, dira-t-on un peu plus tard.
Mais les tentatives de régulation bancaire sont restées marginales ou symboliques, et la logique de la finance mondialisée reste quasi intacte.
Les risques crées par  la haute finance spéculative, déconnectée de l'économie réelle, reste présents
Les apprentis sorciers continuent...
___Le métier de banquier doit redevenir ennuyeux, comme il a été dit, même par certains banquiers:
 -«Qui est responsable ? Les banques, évidemment, qui ont oublié que le coeur de leur métier était d'évaluer les risques, et qui, pis encore, les ont transférés à d'autres. Mais les pouvoirs publics également : ils ont conduit des politiques à courte vue, et, surtout, ils ont été des régulateurs déficients.«Qui est coupable ? En arrière-fond, c'est un modèle idéologique, libéral et anglo-saxon qui a failli. On ne peut impunément se préoccuper exclusivement du profit à court terme.» 'écrivent Matthieu Pigasse et Gilles Finchelstein . (L'un est vice-président de la banque Lazard, l'autre directeur de la Fondation Jean-Jaurès)
*Il ne faut pas oublier que "le prêt aux Etats est une sécurisation de l'argent des riches, Karl Marx l'avait vu. La dette des Etats est une invention de la finance privée ! L'austérité, le « rétablir les comptes publics », c'est maintenir l'Etat en situation de servir les intérêts et d'incapacité à faire la seule chose qu'il devra faire un jour, inévitablement : le défaut sur la dette..."( E.Todd)
 _____En fait, rien n'a changé fondamentalement, selon P. Jorion, "... l’état réel du système bancaire est toujours occulté. Dans le meilleur des cas il est admis, là où c’est le plus criant comme en Espagne, que c’est le problème principal. Mais son état – que l’on peut seulement soupçonner étant donné le silence assourdissant qui enveloppe la question – est partout nettement dégradé, fruit combiné des errements du passé et des conséquences actuelles de la récession. Et pourtant, les banques italiennes – auxquelles leur consœurs françaises sont particulièrement exposées – sont totalement dépendantes de la BCE pour se financer. La vérité n’est pas bonne à dire : au sein de la zone euro, les besoins de recapitalisation des banques s’expriment en centaines de milliard d’euros et ne sont pas à leur portée, impliquant de continuer à masquer leur état réel.
Délivrant comme à l’habitude une analyse sans complaisance , Willem Buiter, l’économiste en chef de Citigroup, explique dans le Financial Times que « la récession est causée par un endettement excessif : des banques zombies dans toute l’Union européenne, de la dette souveraine et des déficits excessifs dans les pays de la périphérie, et des ménages dans de nombreux pays ». Le titre de son article résume son propos incisif : « La crise de l’euro exige la restructuration rapide de la dette ». Mais c’est le chemin opposé qui a été emprunté."
Restructuration inévitable pour   Nouriel Roubini. On ne fait que reculer l'échéance.
Selon l'eurodéputé Philippe Lamberts: «Les banques doivent être plus petites et moins profitables» et non plus des mastodontes incontrôlables.
Au nom de la dette, de principes dogmatiques, « on s’impose une saignée absurde, digne des médecins de Molière » 
 Le FMI lui-même découvre que l’austérité est bien plus nocive que prévu.
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- Cinq ans après, rien n’a changé, le lobby bancaire a gagné
-Ils avaient promis de changer...
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