Après les négociations ardues de ces deniers jours à Bruxelles, certains ont qualifié le compromis, obtenus pour aider à surmonter les effets de la crise européenne, comme une sorte de saut hamiltonien, en référence à l'homme politique qui contribua à l'édification de la nation américaine sur la base d'un fédéralisme, qui allait amener à une nouvelle configuration des pouvoirs et à un partage des dettes.
Ce qui s'est passé à Bruxelles n'est pas rien , à condition que ce soit ratifié par l'assemblée, mais ce n'est pas un saut qualitatif. C'est un compromis temporaire et encore bien vague, insuffisant sur de nombreux points, interprété diversement par chacune des parties. Le quotidien régional de centre-gauche Berliner Zeitung salue un compromis "historique" malgré une réglementation trop "vague" . "Au départ, un droit de veto pour chaque pays membre a été discuté. Le compromis actuel ne le prévoit plus. Selon le nouveau règlement, une majorité de 55 pour cent des pays de l'UE (17 sur 27 pays) avec 65 pour cent de la population totale serait nécessaire pour déposer une plainte. En pratique, cela semble peu probable", critique le quotidien à propos du contrôle de versement des aides.
Les zônes d'ombre ne manquent pas et il y a des gagnants.
On est encore bien loin d'un premier moment fédéral. La prudence s'impose. Pour The Guardian, les pays de l'Union européenne auraient bien tort de se réjouir après un sommet "amer" qui "révèle un déficit de confiance entre les dirigeants". Une vrai bataille au milieu des Vingt-Sept selon le site internet du quotidien, pour qui "la confrontation entre les 'frugaux' et les pays qui doutent de l’état de droit met en évidence l’acrimonie au cœur de l’union".
La "conversion" de l'Allemagne est certes spectaculaire, mais elle semble bien s'expliquer par le contexte difficile qui s'impose à elle et à son industrie exportatrice en péril.
"... Pour mesurer les zones d’ombre de cet accord, il suffisait d’écouter les différents camps au sortir de leur interminable réunion mardi matin : chacun avait gagné la partie ! « Nous l’avons fait. L’Europe est au rendez-vous, l’Europe est rassemblée », s’est félicité Charles Michel, président du Conseil européen. « Nous avons apporté une réponse à la plus grande crise de l’histoire européenne », a renchéri Angela Merkel, tandis qu’Emmanuel Macron insistait sur le caractère « historique » de ce plan.
Au même moment, Mark Rutte, le premier ministre néerlandais qui a mené la fronde des pays dits « frugaux », hostiles à toute mutualisation des dettes au niveau européen, insistait sur le fait que le plan de relance ne transformerait pas l’Europe en une union de transferts de richesses, parce que les Pays-Bas et ses alliés avaient veillé à ce que ce soit un programme ponctuel et limité dans le temps, juste pour faire face à la crise sanitaire.

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