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samedi 18 juillet 2020

La reprise sera commune

Ou ne sera pas.
                             C'est le bon sens même. Les dangers font sortir de la langue de bois habituelle.
       Un plan inédit, sans douter pas suffisant, mais nécessaire, à la mesure des périls, pas seulement économiques.

                       "....Depuis déjà quelques semaines, le commissaire européen à l’Économie et ancien premier ministre italien Paolo Gentiloni, 65 ans, a averti que l’Union Européenne pouvait passer « de la Grande Récession (NDT : de 2009, après la crise des subprimes) à la Grande Fragmentation », ce qui précipiterait la chute du marché unique.



Après la publication des dernières prévisions économiques, l’homme politique constate que ce risque « devient réel » à mesure qu’une double problématique se fait sentir : l’économie de l’Espagne et de l’Italie continue à se détériorer tandis que l’Allemagne tirera plus facilement son épingle du jeu. Dans une interview accordée au journal espagnol El País ainsi qu’à trois autres médias européens, Paolo Gentiloni défend la nécessité d’un plan de relance massif pour enrayer cette tendance.
    El País : La Commission prévoit une récession plus profonde que prévu et une contraction de la croissance de 8,7% dans la zone euro. Cela oblige-t-il à ajuster le plan de relance ?
    P. Gentiloni : Ces prévisions renforcent les arguments en faveur du plan de relance. Tout d’abord, la relance a déjà été mise en œuvre, mais elle débute seulement et intervient après une récession très dure. Il est nécessaire de soutenir nos économies. Ensuite, les prévisions actuelles sont un peu plus pessimistes que celles pour le printemps, avec des différences très claires entre certains pays.
       Il y a un groupe d’États avec une croissance négative autour de 10 à 11% et un autre groupe avec seulement 5 à 6%. Si l’on prend les années 2020 et 2021, il y a des pays pour lesquels la chute se poursuit entre 4 et 5% après le rebond de l’épidémie, là où d’autres affichent une baisse de 1% voire stagnent à 0%. C’est dans la gestion de cette différence que réside la logique d’une réponse commune à l’échelle européenne. Le risque d’une Grande Fragmentation après une Grande Récession est clairement là.
     P. Gentiloni : Les pays ont réagi à cette crise chacun à leur manière mais avec détermination en consacrant environ 4% de leur PIB en investissements et près de 25% dans des mesures de liquidités, soit 30% environ du PIB en à peine quelques semaines. Ils ont réagi très fermement et avec justesse. Cependant, un risque d’accroissement des divergences entre les États membres est apparu ces dernières semaines.
    Or, c’était un risque pour le marché unique qui devait être pris en charge parce qu’il pouvait devenir une menace pour la zone euro. Ce risque devient-il réel ? La réponse est oui. La différence entre l’Espagne ou l’Italie et l’Allemagne il y a deux mois représentait trois points négatifs, contre quatre ou cinq désormais. Une réponse commune est plus nécessaire que jamais.
     El País : Même validé avant l’été, les effets du plan ne se feront pas ressentir avant le printemps prochain dans le meilleur des cas. Ne craignez-vous pas un automne très compliqué si les États commencent à escamoter des mesures de protection temporaire de l’emploi ou vis-à-vis des liquidités ?
     P. Gentiloni : Après la tenue du Conseil Européen, nous espérons recevoir d’ici octobre les plans de relance nationaux qui visent la résilience. Nous avons besoin de temps pour dialoguer et élaborer ces programmes. Si nous décidons de valider un paquet de 750 milliards d’euros d’investissements, nous devons nous assurer que les plans de relance, bien que propres à chaque pays, seront en cohérence avec les priorités européennes.
    Et en effet, je fais miennes les inquiétudes sur ce qui peut se produire en automne. Notamment, nous devons prendre en compte le risque de défaut chez les entreprises des secteurs les plus touchés par la crise et ses conséquences sociales.
     El País : Est-ce dangereux de sous-évaluer ces conséquences ?
         P. Gentiloni : Oui, si nous regardons les taux de chômage, nous pouvons sous-estimer ces risques parce que ces taux dépendent des mécanismes de protection de l’emploi à court terme, comme les ERTE (NDT : en Espagne, un mécanisme de régulation de l’emploi à contrat court). Par ailleurs, nous allons renforcer ces outils avec le mécanisme SURE mis en place par la Commission Européenne (NDT : mécanisme visant à réduire les risques d’envolée des taux de chômage en situation d’urgence) dont la mise en place est prévue cet automne. Et nous savons d’ores et déjà que les deux tiers environ des États membres souhaitent en bénéficier.
     El País : Ce fonds est doté de 100 milliards d’euros. Est-ce que cette somme suffira pour tous ces pays ?
     P. Gentiloni : À partir des indications que nous ont fournies les gouvernements jusqu’à maintenant, cet outil s’avère être intéressant. À ce stade, nous n’avons pas encore de demandes formelles concernant un budget, mais j’imagine que certaines puissances ne vont pas en faire la demande, donc cela ne devrait pas poser problème. Toutefois, ces mécanismes n’ont pas vocation à rester éternellement.
      Nous avons besoin d’une relance, mais aussi de confiance. C’est l’incertitude liée à la situation épidémiologique actuelle qui rend les choses compliquées. L’approbation d’un plan qui constitue une réponse commune permettrait de faire régner la confiance. Et même dans une situation difficile comme celle de l’Espagne ou de l’Italie, nous pourrions arriver à une relance plus rapide et plus forte en automne prochain. Il nous faut vaincre cette incertitude...."
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