Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!
Affichage des articles triés par date pour la requête Schröder. Trier par pertinence Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par date pour la requête Schröder. Trier par pertinence Afficher tous les articles

samedi 21 mars 2026

Vers une précarité généralisée?

  Régime (devenu) "normal"?     

          La précarité ( au sens le plus large) semble un état normal de l'existence. Tout est précaire, la santé, la vie, l'amour même souvent... C'est la contingence fondamentale de toute vie humaine. C'est ce que disait Mme la ministre Parizot pour justifier cet aspect de la vie économique et sociale. Là, elle crée la confusion, car elle mélange deux plans. En ce qui concerne la vie de travail, par exemple, ce que l'on appelle la précarité est en fait déterminée socialement, liée essentiellement à des rapports de production à un moment donné, dans une situation donnée. On  voit clairement que ce peut être la conséquence de choix et d'effets de système., sur lequel on peut agir sur la base d'autres choix, souvent politiques. Pour prendre un exemple limite, le contrat "0 heures" anglo-saxon n'est pas le fait du hasard, mais de décisions politiques. En France, la précarité des jeunes surtout, a doublé depuis les années 80, ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays comparables.                                                                                                  La précarité devient de plus en plus un régime normal dans l'espace européen. Ne parlons pas des USA. Mais pas seulement. Pas seulement pour les juniors. Les femmes sont le plus concernées. On peut toujours faire mieux. Précariser le travail, c'est précariser la vie sous ses différents aspects, de manière souvent irréversible. La flexibilité est une exigence de nos sociétés libérales et financiarisées, où se creusent comme jamais les inégalités de revenus 


  ___  Il ne faudrait pas avoir peur des minijobs.
Ils sont créateurs d'emplois, comme ils disent...
    Pas plus que de la précarité, qui permet souplesse et mobilité sur notre bonne planète ouverte à tous les vents du profit à court terme et des capitaux hautement volatiles...Faut pas contrarier  les marchés!
En matière de flexibilité, on peut toujours faire mieux.
    Comme disait Madame Parisot: « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
Que répondre à une telle "évidence"? Presque un axiôme. CQFD!
   Donc, plus besoin de contrat. Ni CDI, ni CDD, qui sont d'anachroniques contraintes. La notion de contrat tend à disparaître, comme le poussiéreux Code du Travail. Des vieilleries..Des obstacles au business.
              Certains pionniers audacieux défendent le contrat de travail zéro heure, condition pour une embauche aléatoire...C'est déjà mieux.
    D'autres, plus visionnaires encore, prônent le travail gratuit. 
Ils poussent un peu le bouchon, mais il faut reconnaïtre qu'il y a vraiment des gens qui pensent...!!!
     Mme Merkel, sur les traces de Schröder, fait ce qu'elle peut..
         Du boulot à un euro , du « Kurzarbeit », on peut trouver...  Le système Schröder-Haartz se poursuit sous toutes ses formes, imprimant son innovation partout, inspirant même notre Président.
   Pourquoi même ne pas prendre Emmaus comme  modèle?
Ils sont en avance sur leur temps...
   Ce n'est au fond qu'un retour au bon vieux temps d'autrefois... et même à le bonne vieille antiquité.
                 ...Et dire qu'il y a encore des attardés qui affirment que la flexibilité nourrit le chômage!
Pff!
             Le travail durable et assuré ne devrait plus être de mise. Il génère monotonie, ennui et paresse, habitudes néfastes  des avantages zaquis? La vie, c'est le changement..
   Un ouvrier assuré de son poste devient vite, disent-ils, moins performant et s'installe dans le confort d'une vie qui devient vite routinière et terne. Il devient aussi plus exigeant, profitant de la solidarité crée avec ses homologues pour revendiquer plus d'avantages. Il est même prêt à cesser momentanément le travail pour ça afin d'augmenter ses gains, prenant l'entreprise en otage et mettant en péril la production. Il oublie vite que le travail, sans lequel il ne vivrait pas, lui a été accordé par pure générosité. Et puis, en vieillissant, au delà de quarante ans, il perd son efficacité et coûte trop cher....Il faut recycler!
  Le marché, c'est le mouvement, comme la vie, c'est aussi la rationalité, comme disaient Hayek et son disciple Friedman, l'expression de la main de Dieu...
                  Donc, il ne faut pas avoir peur des  mini-jobs
Et puis, l'argent n'est pas tout. Il ne fait pas le bonheur... 
 Il faudrait, comme les sages d'autrefois savoir se contenter de peu en renonçant aux surenchères salariales qui finissent par rendre perpétuellement insatisfait.
            Il importe donc de «détabouïser(sic!)le mot de "flexibilité"»comme ils disent...
.Déjà en Grèce ou en Espagne, par exemple, la précarité est devenue généralisée, au delà même des pratiques américaines. 
Nul doute que ces pays vont sortir ainsi plus vite de la crise, car  en matière de compétitivité, l'Espagne défie la France»On pourrait aussi dire que le Portugal défie l'Espagne, que la Chine défie le Portugal, que le Vietnam défie la Chine, et que le Bangladesh défie le Vietnam, vu que l'on peut toujours chercher un pays où l'on accepte de travailler plus en gagnant moins.."
            La précarité, c'est la norme du futur. C'est un dogme fondamental du néolibéralisme
La rigidité, la stabilité, voilà l'ennemi!
   ...C'est du moins ce qu'on dit dans les sphères généralement bien informées intéressées... 
 Jonathan Swift_n'aurait pas raisonné autrement...         _________________

jeudi 24 juillet 2025

Les soucis d'Ursula

Difficile d'être populaire!...

                      Elle a tout le monde sur le dos,  ou presque, et la question de la dette divise. T.Breton a du faire ses valises sur son initiative . Les critiques pleuvent. L'incurie est dénoncée, comme sa verticalité. L'affaire Pfizer n'est pas digérée. Le Pfizergate a laissé des traces. On lui reproche trop de naïvetés et un manque d'audace en ces temps incertains. Elle incarne les travers de l'eurocratie." Comment l’Europe doit-elle réagir aux futurs tarifs douaniers que Donald Trump annonce pour bientôt ? Comment doit-elle réagir à l’avancée technologique que représente DeepSeek, la nouvelle IA chinoise ? Comment doit-elle réagir aux menaces accrues qui pèsent sur sa sécurité et à la nécessité d’accroître ses dépenses de défense ? Comment l’Europe doit-elle réagir à ci et à ça ? L’UE n’est plus aujourd’hui qu’un assemblage politique qui cherche comment répondre le moins mal possible à ce qui se décide ailleurs.Sur les questions de défense, les leaders de l’UE, accompagnés du Royaume-Uni et du patron de l’Otan, se sont réunis en conclave le 3 février pour tenter de bâtir une réponse coordonnée. Pas facile pour l’Europe de la paix, l’un de ses piliers originels, de passer à l’Europe de la guerre.                     L’UE est en retard sur le plan technique, elle manque de financements et remédier à cela prendra beaucoup de temps. Le plus facile est d’acheter du matériel américain, au mieux acquérir des licences américaines et produire avec un seuil minimal d’inputs européens… Pas de quoi se réjouir et même de quoi inquiéter les industriels français de l’armement. ..."                                              L'Europe traverse assurément une de ses crises les plus graves. Plus qu'une crise de confiance.   -Le chemin sera long sur la voie d'un accord renégocié ou d'une refondation/ -Alors qu'en Italie, c'est arrière toute et qu'en périphérie, les replis nationaux, voire nationalistes gagnent du terrain. Le Brexit n'arrange rien            -Si le rêve européen est à réinventer, c'est qu'il a été perdu, voire perverti; transformé en gestion économique néolibérale, en simple marché où la concurrence joue au dépends de la solidarité.  -On attendait Erasme, disait quelqu'un, ce fut Moscovici qui vint.  -Peut-on sauver ou changer le rêve européen et repenser une véritable souveraineté européenne?-Peut-on encore se contenter d' espoir ou d'envolées rhétoriques? allons-nousvers un hiver européen?  -Jean Quatremer, pourtant fervent européiste, met parfois le doigt là où ça fait mal.    



L'union européenne n'est pas une puissance politique. On l'a souvent répété.

         C’est un édifice économico-juridique, où le droit a d’ailleurs été mis au service de l’économie, de manière à bâtir un grand marché dérégulé. L’UE s’est “néolibéralisée” au fil du temps de manière à devenir une petite mondialisation pure et parfaite dans un espace circonscrit. A l’intérieur, tout circule librement, les marchandises, les hommes, les capitaux. Conjointement à cela, tout ce qui vient de l’extérieur entre comme dans du beurre. En Europe, l’idée de frontière est diabolisée et associée au “repli national”. L’Union ne sait d’ailleurs pas vraiment où se situent ses frontières, puisqu’elle s’est construite sur l’idée potentielle d’un élargissement sans fin. Il y a quelques semaines à peine et malgré la multi-crise qu’elle traverse, le président de la Commission Jean-Claude Juncker proposait d’ouvrir des négociations d’adhésion avec la Macédoine et avec l’Albanie…
L’Europe actuelle est un espace liquide, une entité molle et post-polique, totalement inapte à agir dans les domaines régaliens. C’est l’aboutissement des choix qui ont été faits il y a longtemps, au tout début de l’aventure communautaire.
     A l’origine en effet, deux conceptions opposées de l’Europe se sont affrontées en France (la France était alors la locomotive de Europe, presque toutes les initiatives venaient d’elle). La première était une vision intergouvernementale, portée par les gaullistes. Ces derniers souhaitaient bâtir une “Europe puissance”, c’est-à-dire une entité géostratégique indépendante dans grandes puissances de l’époque (les États-Unis et l’URSS), et capable de suivre sa propre voie. Dans les années 1960, il y eut les “plans Fouchet”. L’idée était de créer un “concert des nations européennes”, coopérant étroitement dans le domaine des Affaires étrangères, de la Défense et de l’éducation. Ces plans prévoyaient que les décisions soient prises par des Conseils des ministres dédiés à chaque domaine (Affaires étrangère, Défense et Éducation, donc), c’est à dire par des hommes politiques, des gens responsables devant leurs peuples, non par des techniciens. Par ailleurs, les décisions devaient être prises à l’unanimité, de manière à respecter scrupuleusement la souveraineté de chaque nation (ce qui est la condition nécessaire pour que vive la démocratie dans chaque pays : la souveraineté populaire suppose la souveraineté nationale). En pratique, cela aurait probablement nécessité beaucoup de géométrie variable, car tous les pays n’ont pas les mêmes besoins au même moment ni les mêmes tropismes. La Lituanie et la Grèce ne sont pas confrontées de la même façon à la question migratoire, par exemple. Des groupes de pays, dont la composition aurait sans doute été différente en fonction des sujets traités, auraient pu travailler ensemble sans qu’aucun d’eux ne soit contraint de participer à tout, contrairement à ce qui se passe dans l’Europe de l’uniformité psychorigide que nous connaissons.
    Malheureusement, c’est la deuxième conception de l’Europe, celle des “Pères fondateurs”, celle, pour aller vite, de Jean Monnet, qui s’est imposée. C’est une Europe technique, marchande. Supranationale, aussi, puisqu’il s’agissait clairement, dans l’idée de ses concepteurs, d’effacer les nations (jugées guerrières) et d’ôter aux peuples (jugés tempétueux, irrationnels, trop passionnés) la charge de s’auto-gouverner. On a donc fabriqué un grand espace désincarné, a-démocratique, où seule l’économie semble exister, tout en échappant aux choix des peuples puisque la politique économique qui doit être menée (la même pour tous) est fixée une fois pour toute dans les traités. De plus, on a fait en sorte qu’il s’agisse d’un nain géostratégique, aligné sur la diplomatie américaine et défendu par l’OTAN. L’Allemagne – que son désir de s’ancrer définitivement à l’Ouest rendait amoureuse des États-Unis – a d’ailleurs une responsabilité particulière dans l’affaire. En effet, suite à l’échec des plans Fouchet au niveau de l’Europe des Six, de Gaulle s’est tourné vers le chancelier Adenauer et lui a proposé de faire affaire à deux. Ce fut le Traité de l’Élysée. Hélas, les parlementaires allemands ont voté au Bundestag un préambule unilatéral à ce traité, qui le vidait de sa substance. Dans ce préambule, il était acté que l’Allemagne privilégierait quoi qu’il arrive son engagement auprès de l’OTAN.Bref, si l’Europe se trouve totalement désarmée face à la question migratoire, c’est parce qu’il s’agit d’une question politique, pas d’une question technique. Et parce qu’elle relève du régalien, cependant que les Européens ont fait le choix de considérer qu’on était entré dans la post-histoire, et que ce type de sujets n’existait plus. La Commission essaie bien de trouver des solutions, mais ça ne fonctionne pas. Elle propose des quotas de migrants par pays, en bonne représentante de ce qu’Alain Supiot appelle « la gouvernance par les nombres ». Elle fait des règles de trois, élabore des indicateurs et dessine des diagrammes en bâton, mais elle ignore tout du réel et de ses contingences. Ce n’est, après tout, qu’une administration et, de surcroît, l’administration d’un non-Etat.
     Je veux dire que l’Europe n’est pas un monde vierge et plane sur lequel il suffit d’appliquer des formules mathématiques. C’est un continent composé de pays très divers, avec des histoires, des traditions, des positions géographiques différentes.
    Des trajectoires démographiques différentes également. Il y a, dans le Monde diplomatique du mois de juin, un dossier remarquable sur la question démographique en Europe. Sa lecture éclaire beaucoup de chose. On y découvre que dans ce domaine, les Vingt-huit ne sont pas logés à la même enseigne, loin de là. Un groupe de pays se trouve dans une situation particulièrement difficile, celui composé des pays d’Europe centrale et orientale (PECO). Entre une fécondité en berne, une mortalité qui a bondi après la chute de Mur de Berlin et, surtout, l’exode massif d’actifs qui partent chercher du travail à l’Ouest, les PECO se dépeuplent dans des proportions qui donnent le vertige. De quoi générer une angoisse existentielle profonde, une phobie de la « disparition ethnique » évidemment peu propice à l’accueil serein de populations étrangères.
Du coup, on comprend mieux le succès de ces droites conservatrices et anti-immigration à l’Est, du parti de Viktor Orban en Hongrie au PIS en Pologne, en passant par l’ANO de Andrej Babis en Tchéquie. Même la Slovénie, située sur l’ancienne “route des Balkans”, est désormais touchée. Et l’on se doute que ces pays ne céderont pas, qu’ils refuseront de se conformer aux quotas d’accueil de la Commission. De toute façon, il semble évident que les réfugiés ne souhaitent pas s’y installer non plus. L’an dernier, la BBC a consacré un reportage aux réfugiés arbitrairement “relocalisés” dans les pays Baltes. Confrontés à la difficulté de trouver un logement, un travail et au mauvais accueil qui leur est fait, beaucoup repartent dès qu’ils le peuvent. Évidemment.

      
Le Monde a trouvé la solution ! Dans un édito publié après la réunion des ministres de l’Intérieur des Vingt-Huit à Luxembourg (5 juin), on peut lire ceci : « Selon un rapport récent du think-tank européen European Stability Initiative, quatre pays, l’Allemagne, la France, l’Italie et la Grèce, ont concentré en 2017 près des trois quarts (72 %) des demandes d’asile (…). Ces quatre pays ont un intérêt prioritaire à réformer et à harmoniser le droit d’asile, et à négocier des accords de réadmission avec les pays d’origine, en particulier les pays africains dont les ressortissants ne peuvent pas prétendre à un statut de réfugié ». On y est : un groupe circonscrit de pays ayant intérêt à travailler ensemble sur un sujet particulier, pourraient s’atteler à une tâche commune, en mode “coopération intergouvernementale”. C’est d’ailleurs ce que dit Hubert Védrine dans une récente interview : « on peut prendre des initiatives nouvelles avec un nombre restreint de partenaires. S’il y a un domaine où les pays membres devraient agir de façon volontaire, coordonnée et rapide, c’est pour doter Schengen de vraies frontières (…) il faut que les ministres de la Justice, de l’Intérieur, des différents pays travaillent ensemble ». Les ministres, donc. Pas les technocraties “indépendantes” qui ne rendent de comptes à personne.

     Reste un problème de taille : là où il faudrait une coopération étroite entre pays, le long processus d’intégration économico-juridique qui a prévalu jusque-là a créé de la divergence, de la méfiance voire de l’animosité. Le partage d’une monnaie unique par des pays dont les structures économiques n’ont strictement rien à voir, a généré une compétition féroce et une course à la déflation salariale dont le moins que l’on puisse dire est qu’il ne favorise pas l’amitié entre les peuples. Entre la Grèce et l’Italie d’un côté, l’Allemagne de l’autre, ce n’est pas l’amour fou. Le traitement quasi-injurieux réservé par la presse allemande à la question italienne il y a quelques jours en a à nouveau témoigné. L’Union européenne, le marché et la monnaie unique, sont en train de détruire toute forme de cohésion en Europe.
    Je disais à l’instant que la manière dont on a construit l’Europe en a fait un simple marché, stratégiquement inféodé aux États-Unis et habitué à vivre sous leur aile. Les Américains eux-mêmes ont beaucoup fait, d’ailleurs, pour que le projet supranational de Monnet s’épanouisse et que l’idée d’Europe politique des gaullistes soit enterré : ils ne voulaient pas d’une Europe indépendante, et souhaitaient au contraire qu’elle soit leur pion. Pendant la Guerre froide, ils lui ont assigné le rôle de rempart contre le communisme. A la fin de celle-ci, ils ont considéré que l’UE élargie jouerait le rôle utile de “pôle d’attraction” pour un maximum de pays de l’Est, les détachant ainsi de l’orbite russe.
     Mais depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, les Européens ont parfois l’impression que les États-Unis les “lâchent”. C’est particulièrement vrai de l’Allemagne, qui est habituée, depuis la fin de la guerre (et même si les relations se sont beaucoup refroidies sous Schröder autour de la question irakienne) à ce que les Américains soient à ses côté. Ce sont eux qui ont initié la réforme monétaire de 1948 ayant abouti à la création Deutschemark, laquelle a précédé la fondation de la République fédérale d’Allemagne en 1949. C’est George Bush qui, après la chute du Mur de Berlin, a soutenu avec le plus de vigueur le projet de Kohl de réunifier le pays au pas de charge, cependant que les voisins européens de Bonn demeuraient sceptiques. C’est sur Washington que le pays d’Angela Merkel compte aujourd’hui pour sa sécurité, lui que son histoire particulière a conduit à opter pour le pacifisme et qui ne dispose pas des mêmes moyens de se défendre que la France ou la Grande-Bretagne. Aujourd’hui, la République fédérale ne cesse d’essuyer des reproches de la part de Donald Trump, que ce soit au sujet de ses excédents commerciaux jugés excessifs, ou de sa trop faible participation financière à l’OTAN. Elle se trouve prise au dépourvu et traverse une sorte de crise existentielle.
     Et ce sont bien les excédents allemands que Trump a dans le viseur, lorsqu’il décide de prendre quelques mesures protectionniste vis à vis de l’Europe. Ces excédents sont dans le collimateur du Trésor américain depuis des années, et jugés propres à déstabiliser l’économie mondiale. Le fait est que ces excédents ont été obtenus parce que l’Allemagne mène une politique économique mercantiliste et de “tout-à-l’export”. Ceci la rend très dépendantes de ses clients, parmi lesquelles les États-Unis, et Trump le sait. Il mise sur la division des Européens et sur une probable volonté allemande de temporiser, afin que les prochaines marchandises taxées par Washington ne soient pas les berlines allemandes. A-t-il raison ou son attitude va-t-elle au contraire ressouder les Européens ? On en saura plus après le sommet du G7.
Dans votre dernier livre, avec David Cayla, vous pronostiquez la fin de l’UE. Cette perspective se rapproche-t-elle selon vous ? L’UE n’a-t-elle au contraire pas prouvé qu’elle pouvait survivre, même sans le soutien des citoyens ?...            _________________________________

lundi 24 février 2025

Au pied du mur

 Tournant historique

Après un scrutin complexe, des résultats sans appel

    Les alertes n'ont pas été efficaces. La question allemande revient sous une nouvelle forme, plus inquiétante.


 On peut résumer ainsi la situation:                                                                                                                                             : TRIOMPHE DE LA DROITE DURE ET DES NÉO-NAZIS

«Où que nous regardions, l'ombre gagne. L'un après l'autre les foyers s'éteignent. Le cercle d'ombre se resserre.» Aimé Césaire
La résistible ascension du fascisme dans le monde se poursuit. Notre regard se tourne vers l'Allemagne, pays que l'on espérait immunisé, après avoir fait basculer le monde dans la guerre totale, la barbarie raciste et le génocide il y a 80 ans. Il n'en est rien. Le résultats des élections législatives qui ont eu lieu en Allemagne ce dimanche 23 février 2025 nous rappelle que rien n'est jamais acquis, et que la pire des obscurités peut regagner du terrain à tout moment.
⚫ Premier enseignement du scrutin : une participation très élevée.
Les autorités estiment qu'entre 83 % et 84 % du corps électoral s'est déplacé dans les urnes. C'est le niveau de participation le plus élevé depuis la réunification du pays après la chute du bloc de l'Est. Autrement dit, on ne peut même pas se rassurer du résultat désastreux par un boycott populaire des urnes : ce sont des dizaines de millions de personnes qui ont plébiscité la droite radicale et l'extrême droite, dans le pays le plus peuplé et le plus riche d'Europe.
⚫ Deuxième enseignement : le triomphe de la droite.
Le grand parti conservateur, la CDU qui est l'équivalent des Républicains en France, fait carton plein avec autour de 30% des voix selon les premiers résultats diffusés par les médias publics. Comme en France, ce grand parti de droite s'est radicalisé ces dernières années : plutôt centriste à l'époque de la chancelière Angela Merkel, il s'aligne désormais sur les positions les plus réactionnaires. À sa tête, un certain Friedrich Merz, qui est à la fois politicien et homme d'affaires, et qui a notamment travaillé pour la banque HSBC. Toute ressemblance avec un certain Macron est tout à fait fortuite…
Il y a quelques jours, cet homme a brisé un tabou absolu en Allemagne, en votant une résolution anti-immigration avec l'extrême droite. Un fait inédit depuis la chute du nazisme, qui a provoqué de grandes manifestations dans tout le pays.
Merz est décrit comme «conservateur sur les questions sociétales» notamment concernant les LGBT ou l'avortement. Il s'oppose aussi à la parité hommes-femmes, au gouvernement comme dans son parti. Économiquement, c'est un ultra-libéral qui veut durcir les règles d'indemnisation du chômage. Ici encore, toute ressemblance avec la France... Enfin, Merz veut «des mesures drastiques contre l'immigration» et investir massivement dans l'armement pour «rétablir les capacités de Défense» du pays. Quand l'Allemagne se droitise et se réarme brutalement, il faut s'inquiéter sérieusement.
⚫ Troisième enseignement : les néo-nazis de l'AfD poursuivent leur ascension fulgurante.
Si le Front National a mis plusieurs décennies à atteindre le niveau qu'on lui connaît, L’Alternative pour l’Allemagne – AfD – n'a qu'une dizaine d'années ! Le parti arrive en deuxième position et obtient près de 20% des voix. Il double son score réalisé lors des précédentes élections. Et l’AfD est un mouvement qui ne prend même pas la peine de faire semblant et ne joue pas la carte de la dédiabolisation.
Ses représentants ont rencontré en 2023 d’autres groupes néo-nazis pour discuter de la possibilité d’expulser d’Allemagne des millions de personnes. Cette conférence avait eu lieu à Wannsee, une commune au sud de Berlin très symbolique : c’est là que les nazis avaient élaboré la solution finale. La devise des SA était «Alles für Deutschland», l’un des slogans de l’AfD est «Alice für Deutschland», Alice Weidel étant la cheffe du parti.
Un responsable de l’AfD avait jugé, début 2024, que tous les SS «n’étaient pas des criminels». L’une des affiches de campagne du parti comporte le slogan «Nous protégeons nos enfants», et montre une famille blonde aux yeux bleus, avec les deux parents bras tendu, comme un salut nazi, se rejoignant pour former un toit au dessus de leur progéniture. Juste avant le scrutin, l’AfD a glissé dans la boîte aux lettres d’habitant-es d’origine étrangère des imitations parfaites de billets d’avion pour un voyage sans retour. Alice Weidel salue ce soir le «résultat historique» de son parti et se réjouit : «Nous n’avons jamais été aussi forts au niveau national».
L’AfD a bénéficié du soutien total, depuis des mois, du clan de Donald Trump et en particulier d'Elon Musk, qui a mis sa plateforme au service de l'extrême droite allemande durant toute la campagne, et a personnellement publié des dizaines de tweets pour le parti, avec son compte qui bénéficie de plus de 200 millions d'abonnés. Musk est même intervenu dans un meeting de l'AfD pour rassurer les militants néo-nazis, en leur expliquant qu'ils ne doivent pas avoir honte d'être allemands et qu'ils sont un grand peuple de guerriers.
L'AfD déclare ce soir : «Nous sommes ouverts à des négociations de coalition avec la CDU» et souligne sa place incontournable : «Sinon, aucun changement de politique n’est possible en Allemagne». En effet, le Parlement Allemand compte 630 sièges, la CDU en raflera autour de 197 et l'AfD presque 140. Ces deux partis pourraient avoir une majorité s'ils s'alliaient.
⚫ Autre enseignement : le parti social-démocrate est mort.
Le SPD, équivalent du PS français, s'effondre alors qu'il était au pouvoir, avec autour de 16% des voix. C'est une chute sans précédent depuis la seconde guerre mondiale. Pour autant, vu de France, ce score reste étonnamment haut pour un parti de social-traîtres, alors que notre PS est descendu à 2%. À la tête du SPD, on trouve un certain Olaf Sholtz, une sorte de Valls germanique qui était membre de l'aile droite du parti à l'époque du chancelier Gerhard Schröder, et qui a appliqué des mesures néolibérales dévastatrices pour les classes populaires. Comme d'habitude, la gauche qui trahit ouvre la voix au fascisme.
Les Verts, alliés des socialistes, font autour de 13% des voix. Le parti confus BSW, qui mêle une ligne anticapitaliste et anti-immigration frôle les 5%, comme le parti centriste. Die Linke, le parti de gauche, sauve les meubles avec 8% des voix, après avoir beaucoup reculé par le passé.
⚫ Dernier point : quelle coalition pour diriger l'Allemagne ?
Le Parlement allemand sera fragmenté, puisque les élections sont proportionnelles. Il faudra donc former une alliance entre partis. La CDU veut composer un gouvernement au plus vite : «Il s’agit avant tout de former le plus rapidement possible un gouvernement opérationnel en Allemagne, avec une bonne majorité parlementaire. Le monde extérieur ne nous attend pas».
Pour l'heure, la CDU n'osera sans doute pas faire rentrer les néo-nazis dans son gouvernement, et va se tourner vers les socialistes.
À l'issue de ce scrutin assez catastrophique, il y a trois possibilités. La plus probable donc : une coalition mêlant la droite dure et la gauche molle avec l'AfD comme grand parti d'opposition. Ce qui risque de faire monter encore plus le dégoût et la colère, et alimentera le fascisme. Moins probable en l'état actuel des choses : une alliance néofasciste tout de suite, qui aurait la majorité au Parlement mais qui reste inacceptable pour une bonne partie des allemands.

Enfin, et c'est la seule perspective qui ne mène pas le pays le plus peuplé d'Europe vers l'extrême droite et la guerre : une recomposition de la gauche et surtout un puissant mouvement social pour empêcher cet engrenage. L'Allemagne est au pied du mur.    _____     Un score historique  __    Point de vue ___                                                                        

mardi 18 février 2025

Allemagne: le choc

 Une situation préoccupante  [Notes de lecture]  

           L'Allemagne n'est plus actuellement le " modèle" que l'on prétendait, la locomotive de l'Europe. Elle est en voie de redevenir "l'homme malade", comme autrefois. A moins que...Des observateurs l'avaient annoncé, souligné depuis des années, la jugeant comme une puissance économique aux pieds d'argile. Le retournement de  lasituation actuelle le met de plus en plus en évidence. Berlin est à la peine.           Une récession sévère.     La campagne électorale est tumultueuse.


   

Les élections fédérales allemandes du 23 février 2025 prennent place dans un contexte économique extrêmement lourd. À la fin du mois de janvier, Destatis, l’office fédéral des statistiques, a confirmé que le PIB du pays s’était contracté de 0,2 % en 2024. Cette baisse poursuit le recul de 0,3 % enregistré en 2023.

Deux ans de contraction du PIB, c’est un phénomène extrêmement rare : à l’exception de 2002 et 2003, où le PIB avait reculé de 0,2 %, puis de 0,5 %, il n’est jamais survenu dans l’histoire économique de la République fédérale de l’après-guerre.

À cela s’ajoute un élément encore plus inquiétant : depuis 2018, l’économie allemande est quasi stagnante. Entre le dernier trimestre de 2018 et celui de 2024, en six ans donc, le PIB trimestriel a progressé de 0,7 %. Autrement dit, l’Allemagne ne connaît plus de croissance depuis plus d’une demi-décennie et le pays est redevenu, comme voici un quart de siècle, « l’homme malade de l’Europe »....                                                                                                              La production industrielle a reculé, en 2024, de 4,5 %. En décembre, son niveau se situait 10 % en deçà de la moyenne de 2021, avec un niveau mensuel équivalent à celui de mai 2020, à la sortie de la crise sanitaire. Les biens d’investissement, qui constituaient le point fort de l’industrie allemande, notamment avec les machines-outils, affichent une production en baisse de 5,2 % sur un an en décembre, et de 7,6 % par rapport à décembre 2019. Mais les biens durables, qui incluent la puissante industrie automobile, accusent aussi un recul de la production de 2,9 % sur un an, et de 4,4 % sur cinq ans......                                                                                                                                                          En résumé, la situation allemande est extrêmement préoccupante. À la différence de la crise du début des années 2000, la République fédérale manque de relais de croissance. À cette époque, deux phénomènes conjoints avaient permis le retour de la croissance. La mise en place de l’euro, doublée de la modération salariale, avait donné un avantage compétitif à l’industrie allemande au regard de ses concurrentes européennes. Parallèlement, l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et sa forte croissance avaient ouvert des marchés aux industriels allemands.             Aucun de ces deux phénomènes n’existe aujourd’hui. Les relais de croissance sont faibles et la Chine est désormais plus concurrente que cliente. Les menaces protectionnistes provenant des États-Unis, l’absence de source d’énergie bon marché et le retard pris par le secteur industriel semblent autant de facteurs pour une crise longue et structurelle.                 L’Allemagne aura bien du mal à basculer vers un régime centré sur la consommation des ménages et les services, alors qu’elle est spécialisée dans les services bas de gamme et que sa productivité est désormais trop faible pour soutenir une hausse durable des salaires. Bref, le capitalisme allemand est dans l’impasse.             ...Ce qui est frappant, au regard de cette situation, c’est la faiblesse des propositions des partis politiques. La campagne électorale a surtout été une campagne de déni. La crise économique est considérée par tous les partis susceptibles d’entrer au Bundestag comme une crise conjoncturelle et passagère. Tout le monde semble certain que la croissance des années 2000 et 2010 reviendra. Ce déni du caractère structurel de la crise s’explique par une habitude de voir l’Allemagne comme un modèle en Europe et par l’expérience du rebond après la crise de 2002-2003.              La droite, que ce soit la CDU-CSU ou les libéraux du FDP, estime que cette crise est le produit des normes fixées par les Verts et les sociaux-démocrates. Contre la « récession verte », ils proposent donc une « réduction de la bureaucratie » et de nouvelles baisses d’impôts, reprenant le discours patronal. Il est pourtant peu crédible que, subitement, entre 2018 et 2024, la bureaucratie allemande ait conduit à un effondrement de la production industrielle d’une telle ampleur.          En face, le SPD et les Verts défendent une politique de soutien public direct aux industriels, autrement dit à ceux-là mêmes qui ont fait les mauvais choix ayant mené à la situation actuelle. Aucune planification sérieuse n’est proposée, elle est remplacée par un transfert d’aides et de subventions au secteur privé.            L’extrême droite de l’AfD, de son côté, défend des positions confuses, qui vont de la protection des services publics et des transferts sociaux (pour les seuls nationaux, bien sûr) à des positions libertariennes à la Elon Musk ou d’ordolibéralisme archaïque reposant sur la sortie de l’euro. Aucun changement radical du modèle n’est sérieusement envisagé.       À gauche, les « conservateurs » du BSW de Sahra Wagenknecht proposent aussi un plan de soutien aux Mittelstand, les grosses PME allemandes, alors que Die Linke propose un plan de redistribution sans réellement réfléchir à une remise en cause des conditions de production.            Globalement, la politique allemande est donc dans le déni face à la crise. On en est réduit à rejouer les martingales de jadis. La CDU-CSU propose ainsi un « Agenda 2030 », pour se revendiquer de l’« Agenda 2020 » de Gerhard Schröder voici un quart de siècle. Le tout, évidemment, dans une volonté affirmée, et assez générale, de réduire le déficit et de baisser les impôts.            Le débat sur le « frein à l’endettement » constitutionnel n’a même pas été mené réellement pendant la campagne. Verts et SPD veulent le réviser pour augmenter les investissements publics. Le candidat de la CDU avait, en début de campagne, ouvert la voie à cette position. Mais les rangs conservateurs ont depuis refusé toute remise en cause de cette disposition. Quoi qu’il en soit, il n’est pas certain qu’un assouplissement suffise à sortir de l’ornière, alors qu’aucun projet de modèle économique alternatif n’existe réellement.                                  Face à une telle offre, il n’est pas étonnant que la population allemande soit désabusée de la politique ou se tourne vers l’extrême droite. La situation des électeurs et électrices n’est, en cela, pas très éloignée de celles de l’électorat états-unien de 2024. Même si la croissance formelle est forte outre-Atlantique et inexistante en Allemagne, le monde du travail subit, dans son niveau de vie, le contrecoup de la crise globale du capitalisme. " [Romaric Godin]  _________________


mercredi 14 août 2024

Vers une précarité généralisée?

 Régime (devenu) "normal"?

            La précarité devient de plus en plus un régime normal dans l'espace européen. Mais pas seulement. Pas seulement pour les juniors. Les femmes sont le plus concernées. On peut toujours faire mieux. Précariser le travail, c'est précariser la vie sous ses différents aspects, de manière souvent irréversible. La flexibilité est une exigence de nos sociétés libérales et financiarisées, où se creusent comme jamais les inégalités de revenus 


  ___  Non, il ne faut pas avoir peur des minijobs.
Ils sont créateurs d'emplois, comme ils disent...
    Pas plus que de la précarité, qui permet souplesse et mobilité sur notre bonne planète ouverte à tous les vents du profit à court terme et des capitaux hautement volatiles...Faut pas contrarier  les marchés!
En matière de flexibilité, on peut toujours faire mieux.
    Comme disait Madame Parisot: « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
Que répondre à une telle évidence? Presque un axiôme. CQFD!
   Donc, plus besoin de contrat.Ni CDI, ni CDD, qui sont d'anachroniques contraintes. La notion de contrat tend à disparaître, comme le poussiéreux Code du Travail. Des vieilleries..Des obstacles au business.
              Certains pionniers audacieux défendent le contrat de travail zéro heure, condition pour une embauche aléatoire...C'est déjà mieux.
    D'autres, plus visionnaires encore, prônent le travail gratuit. 
Ils poussent un peu le bouchon, mais il faut reconnaïtre qu'il y a vraiment des gens qui pensent...
     Mme Merkel, sur les traces de Schröder, fait ce qu'elle peut..
Du boulot à un euro , du « Kurzarbeit », on peut trouver...  Le système Schröder-Haartz se poursuit sous toutes ses formes, imprimant son innovation partout, inspirant même notre Président.
   Pourquoi même ne pas prendre Emmaus comme  modèle?
Ils sont en avance sur leur temps...
   Ce n'est au fond qu'un retour au bon vieux temps d'autrefois... et même à le bonne vieille antiquité.
                 ...Et dire qu'il y a encore des attardés qui affirment que la flexibilité nourrit le chômage!
Pff!
             Le travail durable et assuré ne devrait plus être de mise. Il génère monotonie, ennui et paresse, habitudes néfastes  des avantages zaquis? La vie, c'est le changement..
   Un ouvrier assuré de son poste devient vite moins performant et s'installe dans le confort d'une vie qui devient vite routinière et terne. Il devient aussi plus exigeant, profitant de la solidarité crée avec ses homologues pour revendiquer plus d'avantages. Il est même prêt à cesser momentanément le travail pour ça afin d'augmenter ses gains, prenant l'entreprise en otage et mettant en péril la production. Il oublie vite que le travail, sans lequel il ne vivrait pas, lui a été accordé par pure générosité. Et puis, en vieillissant, au delà de quarante ans, il perd son efficacité et coûte trop cher....Il faut recycler!
  Le marché, c'est le mouvement, comme la vie, c'est aussi la rationalité, comme disaient Hayek et son disciple Friedman, l'expression de la main de Dieu...
                  Donc, il ne faut pas avoir peur des  mini-jobs
Et puis, l'argent n'est pas tout. Il ne fait pas le bonheur... 
 Il faudrait, comme les sages d'autrefois savoir se contenter de peu en renonçant aux surenchères salariales qui finissent par rendre perpétuellement insatisfait.
            Il importe donc de «détabouïser(sic!)le mot de "flexibilité"»comme ils disent...
.Déjà en Grèce ou en Espagne, par exemple, la précarité est devenue généralisée, au delà même des pratiques américaines. 
Nul doute que ces pays vont sortir ainsi plus vite de la crise, car  en matière de compétitivité, l'Espagne défie la France»On pourrait aussi dire que le Portugal défie l'Espagne, que la Chine défie le Portugal, que le Vietnam défie la Chine, et que le Bangladesh défie le Vietnam, vu que l'on peut toujours chercher un pays où l'on accepte de travailler plus en gagnant moins.."
            La précarité, c'est la norme du futur
La rigidité, la stabilité, voilà l'ennemi!
   ...C'est du moins ce qu'on dit dans les sphères généralement bien informées intéressées... 
 Jonathan Swift_n'aurait pas raisonné autrement... 
___

mercredi 6 mars 2024

Marasme allemand

                    Deutschland unter alles

                                    Absolument pas, mais rien ne va plus in Deutschland. Ce sont les élites politiques qui n'hésitent pas à le reconnaître. Le pays, souvent qualifié déjà de colosse aux pieds d'argile à l'époque récente de sa spectaculaire envolée économique. doit se réinventer à la suite des crises plurifactorielles qu'il traverse. IL n'y pas de quoi nous en réjouir. Toute Schadenfreude serait déplacée et absurde. Nous avons intérêt à ce que notre voisin retrouve la voie de la "normalité", étant donnés les liens tissés avec Berlin et la place déterminante qu'il tient au coeur de L'UE. Même si le dit couple franco-allemand va de moins en moins bien.             


                                                                           ________Ça tangue même vraiment au pays de Goethe:  "...Derrière la « première économie d’Europe », une crise en gestation ? Longtemps, l’hégémonie allemande sur le continent a reposé sur deux piliers : un excédent commercial permis par le marché commun et une énergie à bas prix, qu’autorisaient notamment les importations de gaz russe. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce second pilier a été brutalement renversé....Rarement un chancelier allemand avait dû faire face à de tels défis. Un temps, Olaf Scholz avait entretenu l’illusion qu’à la tête du SPD, il allait rompre avec les fragilités évidentes du « modèle allemand » et remettre en question les fameuses « lois Hartz IV » de dérégulation salariale. La décision de la Cour met un coup d’arrêt définitif à ces velléités. À présent, tous les budgets des ministères sont revus à la baisse. Seul celui de la Défense est épargné, et l’aide apportée à l’Ukraine a même doublé, passant à 8 milliards d’euros… Dans la perspective d’un nouvel accroissement, Olaf Scholz n’a pas exclu d’utiliser à nouveau l’article 115. Et de créer, ex-nihilo, un énième « fonds »…Cette fois, les louanges de la presse européenne et des milieux bancaires n’auront pas raison de la réalité. Les réussites en termes d’excédents commerciaux ne parviennent plus à masquer les sacrifices exorbitants imposés à toute une frange de la population. L’arrivée au parlement fédéral du parti d’extrême droite AFD (Alternative für Deutschland) avec 94 députés en 2017 – premier groupe parlementaire d’opposition – a bien provoqué un électrochoc dans la société allemande. Aucune réponse politique n’y a cependant été apportée. La présence du parti libéral FDP dans la coalition actuelle, le plus grand défenseur des politiques austéritaires et de la règle des 0,35%, est la garantie qu’aucun changement d’ampleur ne surviendra – si tant est que le SPD ait une quelconque velléité d’en impulser…"                                                                                                                                                                 C'est la panne du naguère réputé moteur de l'UE. Mais à quel prix« L'économie allemande va dramatiquement mal. » ose un responsable. L'AfD pousse ses pions. Outre- Rhin, la nouvelle donne économique , énergétique et militaire ne cesse d'inquiéter. Avant quel rebond possible? Das ist die Frage....

                             " ,,,,,,Le changement de décor est impressionnant. Dans les années 2010, l’Allemagne pouvait se présenter comme un modèle pour le reste de la zone euro. Les gouvernements néolibéraux européens étaient d’ailleurs fort heureux de pouvoir calquer leurs décisions et leurs politiques économiques sur les désirs et les actes des dirigeants allemands qui prétendaient tracer le chemin de la croissance et de la réussite de l’union monétaire .On se souvient, pour le seul cas français que, de Nicolas Sarkozy à Emmanuel Macron, en passant par François Hollande, le « modèle allemand » était le Saint Graal permettant de justifier les « réformes structurelles ». L’histoire est souvent pleine d’ironie. Voici qu’à présent, ces mêmes dirigeants prétendent que suivre le modèle allemand aurait permis de faire mieux que l’Allemagne qui s’enfonce dans la crise. La réalité est bien différente. Les « réformes » n’ont pas permis le décollage promis de la croissance, qui s’affaiblit partout en Europe. Mais les pays qui sont le plus alignés sur l’Allemagne, dont le modèle est le plus proche du mercantilisme allemand et qui dépendent le plus des commandes de ce pays en paient clairement le prix aujourd’hui.....                                              Les « satellites » de l’Allemagne font grise mine. En 2023, le PIB néerlandais n’a augmenté que de 0,1 %, celui de la République tchèque de 0,4 %, celui de l’Autriche de 0,7 %, et celui de la Finlande de 0,5 %… La France, qui s’est engagée dans une forme de « germanisation » de sa politique économique, résiste un peu mieux, mais elle a aussi décroché au regard de la tendance d’avant la crise sanitaire.      Le « génie » économique allemand est devenu une faiblesse et la « locomotive » de la zone euro est devenue sa voiture-balai. Ce retournement de situation n’est pas le fruit du hasard, mais bien de la stratégie mise en place outre-Rhin depuis un quart de siècle. Le modèle était fondé sur des faiblesses majeures qui se sont retournées contre lui-même, et c’est ce que ses défenseurs acharnés en France ou ailleurs ont refusé obstinément de voir, trop occupés qu’ils étaient à « discipliner » la force de travail nationale.      Qu’était-ce donc que ce « modèle allemand » ? À la fin des années 1990 et au début des années 2000, le pays, qui doit digérer la réunification, est déjà qualifié par le président de l’Ifo de l’époque, Hans-Werner Sinn, « d’homme malade de l’Europe ».      Pour redresser la barre, le capital industriel allemand impose alors une stratégie mercantiliste, c’est-à-dire une stratégie fondée sur la priorisation de l’excédent commercial. Pour cela, la priorité est de comprimer les salaires et donc la demande intérieure. L’effet est non seulement d’améliorer la compétitivité-coût des produits allemands, mais aussi de réduire la demande d’importations. En améliorant l’excédent extérieur, on améliore à la fois les profits et le solde budgétaire. C’est là la clé de la pensée ordolibérale qui domine outre-Rhin depuis les années 1950 : la volonté de l’excédent budgétaire et celle de l’excédent commercial vont de pair. La modération salariale est donc imposée dès la fin des années 1990, tandis qu’entre 2002 et 2004, les réformes Hartz de Gerhard Schröder permettent d’assurer le maintien de salaires faibles dans les services, tout en limitant la croissance des dépenses publiques sociales.    L’effet sur la compétitivité de la production allemande va être rapide dans les années 2000. De bonne qualité et désormais plutôt bon marché, l’industrie allemande gagne d’immenses parts de marché. Mais l’équation est facilitée par trois éléments conjoncturels qui ont été, en réalité, les vrais moteurs du « modèle allemand » : la création de la zone euro en 1999, qui empêche toute dévaluation compétitive des concurrents européens, l’apport de gaz russe bon marché pour assurer une énergie à moindre coût et l’immense croissance chinoise qui assure des débouchés massifs aux produits allemands...."                                                                                           Au milieu des années 2010, les piliers du modèle allemand sont fragilisés. Les salariés allemands finissent par demander une part des immenses profits réalisés par les entreprises à l’exportation et la croissance chinoise commence à ralentir, tandis que la demande européenne n’en finit plus de stagner.    Pendant quelques années, l’économie allemande résiste grâce à l’énergie bon marché, qui permet d’encaisser en partie la hausse des salaires réels, et grâce à la politique de taux bas de la Banque centrale européenne (BCE), qui lance une vague d’achats immobiliers assez inédit dans un pays où la culture était plutôt de rester locataire. L’Allemagne connaît alors un boom immobilier qui permet de compenser en partie les premières difficultés de l’industrie. Mais l’illusion ne va pas durer longtemps.    Après la poussée inflationniste et la remontée des taux de la BCE, la croissance du secteur de la construction est stoppée net. En 2023, l’investissement dans la construction a reculé de 2,1 %, la troisième baisse annuelle consécutive après − 1,8 % en 2022 et − 2,6 % en 2021. La martingale ne fonctionne plus, l’économie allemande ne peut plus cacher sa crise industrielle.     Le 22 février 2024, le constructeur automobile allemand Mercedes-Benz, fleuron d’un des principaux secteurs exportateurs allemands, annonce que l’on doit s’attendre à une baisse de sa rentabilité de près de trois points cette année. Le groupe doit faire face à deux défis qu’il peine à relever : un marché chinois décisif pour lui mais qui devient très concurrentiel, avec des prix en baisse et une inadéquation de son offre sur le marché des véhicules électriques, où la marque ne propose que du haut de gamme, alors que le marché se développe surtout sur le bas de gamme.       L’exemple de Mercedes-Benz est un bon résumé des maux actuels de l’industrie allemande. La stratégie mercantiliste est, on l’aura compris, une stratégie du moindre coût et, partant, du moindre investissement. Dans les années 2000 et 2010, les profits industriels n’ont été réinvestis qu’au minimum outre-Rhin, tandis que l’État fédéral, lui, faisaient des économies sur l’entretien et le renouvellement des infrastructures pour afficher avec fierté le « Schwarze Null », l’équilibre budgétaire.      Ce sous-investissement chronique a aussi été un élément clé de la rentabilité du « made in Germany » : il permettait d’afficher des profits importants en jouant sur un quasi-monopole acquis dans certains domaines de pointe, notamment les machines-outils ou les voitures haut de gamme. Mais la situation n’a duré qu’un temps.         Dès la fin des années 2010, le patronat allemand commence à s’alarmer de l’état de délabrement des infrastructures publiques, qui finit par peser sur la compétitivité de l’économie. En parallèle, l’industrie allemande doit faire face à de nouveaux concurrents et à de nouveaux marchés. Et son sous-investissement chronique ne l’a pas préparée à cela.  .......                        La situation allemande est par conséquent bien aussi mauvaise que ce que décrit Robert Habeck. Les chiffres de l’emploi ne doivent pas faire illusion, ils sont une partie même du problème puisqu’ils sont le fruit de la fragmentation de l’emploi et de la baisse globale de la productivité du travail (− 1 % en 2023). ...  Le capital industriel allemand semble incapable de répondre à la situation, sauf en prenant des mesures qui l’aggravent au prétexte de tenter de sauvegarder les profits immédiats : pression sur les salaires qui réduit la demande intérieure et désinvestissement dans l’outil productif qui accroît son retard. Dans une telle situation, le seul recours ne peut être que l’État qui, dépassant le besoin de rentabilité immédiate, peut investir dans l’avenir. Mais, en Allemagne, l’obsession de l’orthodoxie budgétaire rend ce levier inopérant.   Bien sûr, ce tableau ne doit pas laisser penser que l’industrie allemande est en voie d’effondrement. Elle dispose encore de solides positions, notamment en Europe, où la concurrence a disparu. Il ne faut pas oublier que la base industrielle allemande est évidemment bien plus diversifiée et importante que celle de la France, par exemple.   Mais il n’empêche, la puissance industrielle allemande s’effrite et commence à se déliter, sans qu’aucune solution ne semble en mesure d’être apportée en réponse. Le risque d’une longue crise industrielle allemande se dessine donc, qui, si elle se confirme, aura inévitablement des répercussions économiques et politiques sur le reste de la zone euro."[ Romaric Godin __ Souligné par moi_ ]                                                                    _______________