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jeudi 26 mars 2015

Allemagne: nach Osten

 De Berlin à Shanghaï
                                  C'est vers l'Est aussi que regarde de plus en plus Berlin...
              ...Qui a la tête le porte-monnaie ailleurs.
  Vers une redistribution des cartes, une recomposition des alliances?
            Depuis la réunification et l'ère Schröder, l' Allemagne, malgré ses failles, amorce à bas bruit un changement de cap économique et géostratégique, une sorte de  lent glissement de plaques géo-économico-politiques. Un Drang nach Osten progressif et pacifique, celui-là, une offensive mercantile guidée en coulisse par les grands groupes industriels allemands, inspirateurs de la nouvelle voie allemande, qui modifie peu à peu  ses rapports au monde de l'Ouest dictés par l'après-guerre.
    Avec Poutine se dessine, malgré les vicissitudes, une convergence d'intérêts.
  Avec la Chine, un partenariat très avantageux et sans doute durable est engagé
________On a ainsi pu parler d'une Allemagne devenant progressivemnt post-occidentale
                                       On peut lire à ce sujet le blog de Coralie Delaume, qui  renvoie à un article de Hans Kundnani, paru dans la revue Foreign affairs de janvier-février 2015. Hans Kundnani est un spécialiste de la politique étrangère allemande et officie notamment au sein d'un Think Tank, le Conseil européen pour les relations internationales: 
                                      ( Extraits)   "... La réponse germanique à la crise ukrainienne doit être replacée dans le contexte d'un affaiblissement de long terme de ce qu'on nomme la Westbindung, c'est à dire l'arrimage du pays à l'Ouest, en vigueur depuis l'après-guerre. La chute du mur de Berlin et l'élargissement de l'Union européenne ont libéré le pays de la dépendance à l'égard des États-Unis que lui imposait l'impératif de se protéger contre l'Union soviétique. Dans le même temps, l'économie allemande, très dépendante aux exportations, est devenue plus tributaire de la demande des marchés émergents, notamment du marché chinois.
  Le pays a beau rester attaché à l'intégration européenne, ces facteurs permettent tout à fait d'imaginer une politique étrangère allemande post-occidentale. Un tel changement a des enjeux de taille. Étant donnée la montée en puissance de l'Allemagne au sein de l'UE, les relations du pays avec le reste du monde détermineront dans une large mesure celles de tout l'Europe...
    Après la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne de l'Ouest participe à l'intégration européenne, et, en 1955, elle rejoint l'OTAN. Pour une bonne quarantaine d'années, la Westbindung conduit l'Allemagne à prendre des initiatives de sécurité conjointes avec ses alliés occidentaux, ce qui représente pour elle une nécessité existentielle l'emportant sur tout les autres objectifs de politique étrangère. Le pays continue de se définir comme une puissance occidentale tout au long des années 1990. Sous le chancelier Kohl, l'Allemagne réunifiée décide d'adopter l'euro. À la fin de la décennie, elle semble même se réconcilier avec l'utilisation de la force militaire pour s'acquitter de ses obligations de membre de l'OTAN. Après le 11 septembre 2001, Gerhard Schröder promet aux États-Unis une « solidarité inconditionnelle » et engage des troupes en Afghanistan.

    Toutefois, au cours de la dernière décennie l'attitude de l'Allemagne envers le reste du monde occidental change. Dans le débat sur l'intervention en Irak en 2003, Schröder évoque l'existence d'une « voie allemande », qui se distingue de la « voie américaine ». Et depuis lors, la République fédérale n'a cessé d'affermir son opposition à l'usage de la force armée. Après son expérience en Afghanistan, elle semble avoir décidé que la meilleure leçon à tirer de son passé nazi n'était pas « plus jamais Auschwitz » - l'argument précisément invoqué pour justifier la participation à l'intervention l'OTAN au Kosovo en 1999 - mais « plus jamais la guerre ». D'un bout à l'autre de l’échiquier politique, les responsables allemands définissent désormais leur pays comme unFriedensmacht , une « puissance de paix »...
  L'une des raisons pour lesquelles l'Allemagne a négligé ses obligations envers l'OTAN est que la Westbindung n'apparaît plus comme une nécessité stratégique absolue. Après la fin de la guerre froide, l'Union européenne et l'OTAN se sont élargies aux pays d'Europe centrale et orientale, ce qui fait que l'Allemagne est désormais « entourée d'amis» et non plus d'agresseurs potentiels, comme l'a dit un jour l'ancien ministre de la Défense Volker Rühe. Elle est donc bien moins dépendante des États-Unis pour sa sécurité.
     Dans le même temps, son économie est devenue plus dépendante des exportations, notamment en direction de pays non-occidentaux. Durant la première décennie de ce siècle, alors que la demande intérieure restait faible et que les entreprises gagnaient en compétitivité, l'Allemagne devenait de plus en plus accro aux débouchés extérieurs. Selon la Banque mondiale, la part des exportations dans le PIB du pays a bondi de 33% 2000 à 48% en 2010. Ainsi, à partir de l'ère Schröder, l'Allemagne commence orienter sa politique étrangère en fonction de ses intérêts économiques et plus particulièrement en fonction des besoins de son commerce extérieur.
      Un autre facteur a également contribué à cette réorientation. Il s'agit de la montée d'un sentiment anti-américain dans l'opinion publique. Si la guerre en Irak a rendu les Allemands confiants dans leur capacité à se montrer autonomes vis à vis des États-Unis sur les questions militaires, la crise financière de 2008 a fait naître l'idée qu'ils pouvaient également s'autonomiser dans le domaine économique. Pour beaucoup d'Allemands, la crise a mis en évidence les lacunes du capitalisme anglo-saxon et validé le bien fondé d'une économie sociale de marché comme la leur. En 2013, les révélations relatives aux écoutes de la NSA y compris sur le téléphone portable de Merkel, ont encore renforcé ce sentiment anti-américain. Désormais, beaucoup d'Allemands disent qu'ils ne partagent plus les mêmes valeurs que le États-Unis. Certains avouent même qu'ils ne les ont jamais partagées....
       La politique russe de l'Allemagne a longtemps été basée sur l'échange politique et sur l'interdépendance économique. Lorsque Willy Brandt devient chancelier de la RFA en 1969, il essaie de contrebalancer la Westbindung en recherchant une relation plus ouverte avec l'Union soviétique. Il inaugure une nouvelle approche devenue célèbre sous le nom d'Ostpolitik (ou « politique orientale »). Brandt pensait que l'approfondissement des entre les deux puissances pourraient éventuellement conduire à la réunification allemande, une conception que son conseiller Egon Bahr baptisa Wandel durch Annäherung: le « changement par le rapprochement ».
    Depuis la fin de la guerre froide, les liens économiques entre Allemagne et Russie se sont encore renforcés. Invoquant le souvenir de l'Ostpolitik, Schröder entreprit lui-même une politique de Wandel durch Handel , ou « changement par le commerce ». Les responsables politiques allemands, en particulier les sociaux-démocrates, se sont faits les hérauts d'un « partenariat pour la modernisation », au titre duquel l'Allemagne fournirait à la Russie la technologie pour moderniser son économie - puis, idéalement, ses pratiques politiques.
    L'existence de ces liens aident à comprendre la réticence initiale de l'Allemagne à l'idée d'imposer des sanctions après l'incursion russe en Ukraine en 2014. Avant de décider si elle emboîterait ou non le pas aux États-Unis, Mme Merkel a subi les pressions de puissants lobbyistes de l'industrie, emmenés par le Comité pour les relations économiques en Europe de l'Est...
 La forte dépendance allemande à l'énergie russe a également conduit Berlin à redouter les sanctions. Après la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, la République fédérale a en effet décidé de sortir du nucléaire plus tôt que prévu, ce qui a rendu le pays plus dépendant encore au gaz russe. En 2013, la Russie fournissait environ 38% de son pétrole à l'Allemagne et 36% de son gaz. L'Allemagne pourrait certes diversifier ses sources d'approvisionnement, mais un tel processus prendrait des décennies. Dans l'immédiat, elle se montre donc réticente à toute perspective de contrarier Moscou....
  Les industriels allemands ont eu beau accepter les sanctions, ils n'en ont pas moins continué à faire pression sur Merkel pour les assouplir. En outre, l'Allemagne a clairement fait savoir qu'aucune option militaire n'était sur la table. Au moment du sommet de l'OTAN au Pays de Galles en septembre, Merkel s'est opposée au projet d'établir une présence permanente de l'Alliance en Europe orientale, et a fait valoir qu'une telle initiative constituerait un viol de l'acte fondateur OTAN-Russie 1997. Pour le dire autrement, la République fédérale n'a aucune volonté de mener une politique de containment de la Russie.

                              Le pivot vers la Chine
     L'Allemagne s'est également rapprochée de la Chine, un indice encore plus probant de l'amorce d'une politique étrangère post-occidentale. Comme avec la Russie, les liens sont de plus en plus étroits. Durant la décennie écoulée, les exportations vers la Chine ont augmenté de façon exponentielle. En 2013, elles sont montées jusqu'à 84 milliards de dollars, presque le double du montant vers la Russie. L'Empire du Milieu est devenu le deuxième plus grand marché pour les exportations allemandes hors de l'UE, et pourrait bientôt dépasser les États-Unis pour devenir le premier. Il est d'ores et déjà le principal marché pour Volkswagen et pour la Classe S de Mercedes-Benz....
     Pour l'Allemagne, la relation est essentiellement économique, mais pour la Chine, qui souhaite une Europe forte pour contrebalancer la puissance américaine, elle est également stratégique. Pékin voit l'Allemagne comme une clé pour obtenir le type d'Europe qu'elle désire, d'abord parce que la République fédérale semble être de plus en plus puissante au sein de l'Union européenne, mais peut-être aussi parce que les tropismes allemands semblent plus proches des siens que ne le sont ceux, par exemple, de la France ou du Royaume-Uni.
      Le rapprochement Berlin-Pékin intervient cependant que les États-Unis adoptent une approche plus dure envers la Chine dans le cadre de ce qu'on appelle leur pivot vers l'Asie. Ceci pourrait poser un problème majeur à l'Occident. Si Washington venait à se trouver en conflit avec la Chine sur des questions économiques ou de sécurité, s'il venait à y avoir une « Crimée asiatique » par exemple, il y a une possibilité réelle que l'Allemagne demeure neutre. Certains diplomates allemands en Chine ont déjà commencé à prendre leurs distances avec l'Ouest. En 2012 par exemple, l'ambassadeur d'Allemagne à Pékin, Michael Schaefer, déclarait dans une interview: « je ne pense pas qu'il y existe encore une chose telle que l'Occident ». Compte tenu de leur dépendance croissante au marché chinois, les entreprises allemandes seraient encore plus opposées à l'idée de sanctions qu'elles ne le furent contre la Russie. Le gouvernement allemand serait d'ailleurs plus réticent à en prendre, ce qui creuserait encore les divisions au sein de l'Europe, puis entre l'Europe et les États-Unis.
..
 ...    L'Allemagne se trouve à présent dans une position plus centrale et plus forte en Europe. Pendant la guerre froide, la RFA était un État faible et quasi marginal de ce qui est devenu l'Union européenne. A l'inverse, l'Allemagne réunifiée est aujourd'hui l'une des plus fortes, si ce n'est la plus forte puissance d'Europe. Ceci étant donné, une Allemagne post-occidentale pourrait emporter à sa suite nombre d'autres pays, en particulier les pays d'Europe centrale et orientale dont les économies sont profondément imbriquées avec la. Si le Royaume-Uni quitte l'UE, comme il est en train de l'envisager, l'ensemble sera encore plus susceptible de s'aligner sur les préférences germaniques, en particulier pour tout ce qui concerne les relations avec la Russie et la Chine. Dans ce cas, l'Europe pourrait se trouver en opposition avec les États-Unis – et une faille pourrait s'ouvrir au sein du monde occidental, pour ne jamais se refermer..." (Merci à Coralie Delaume)_______________________________

mardi 16 novembre 2021

Quand la Chine éternue...

Pour paraphraser le livre de Peyrefitte: Quand la Chine s'éveillera...

                      Mais quand Pékin flanchera? Aujourd'hui, les ratés du moteur chinois suscitent plutôt l'inquiétude et c'est l'Europe qui s'enrhume.  A des degrés divers. Et cela va durer. L' Empire du milieu reste imprévisible.                                                                                   L' Allemagne s'effraie peu pour l'instant et fait un peu cavalier seul; mais le diable est caché dans les détails et le double langage prévaut, malgré les paroles rassurantes: « Mon conseil est de ne pas avoir peur de la Chine simplement parce qu’elle accumule les succès économiques », disait la chancelière, le 15 janvier, au quotidien britannique The Financial Times. Entre puissances exportatrices, on se comprend. « Comme dans le cas de l’Allemagne, a poursuivi Mme Merkel, la montée en puissance de la Chine est très largement fondée sur l’ardeur au travail, la créativité et le talent technique. » Pas de quoi avoir peur...

       Depuis longtemps Berlin soigne Pékin. Facile à comprendre. Angela regardait plutôt à l'Est qu'à l'Ouest.    Depuis quelques années, on observe un changement d'orientation dans la politique extérieure de notre voisine, notamment en matière économique
   Malgré son ancrage à l'Ouest, les intérêts allemands, qui ont misé sur le tout-export, s'éloignent de la zône d'influence américaine, depuis la chute du Mur et la douloureuse réunification. Il y eu la nouvelle Ostpolitik, initiée par W.Brandt au niveau surtout politique et culturel, mais surtout le brutal  tournant libéral inauguré par Schröder-Hartz, surtout économique et commercial en direction de la Mitteleuropa...jusqu'à la Chine, devenu un des principaux débouchés pour le technologie allemande (machines-outils et voitures en priorité).
   Un partenariat privilégié, qui ne s'encombre pas trop de sentiments ou d'idéologie...
Business first!
        Des relations qui ne sont pas pour autant dépourvues d'ambiguïtés et qui sont mêmes lourdes de conflits potentiels, avec detensions latentes ou ouvertes au coeur de l'Europe. 
             Berlin a  la tête le porte-monnaie ailleurs...sans se rendre compte (?) qu'elle affaiblit ses partenaires européens.
                             "...Selon Jean-Michel Quatrepoint, qui l’explique dans Mourir pour le yuan, les deux pays ont de nombreux points communs : des modèles économiques ressemblants, faits d’un mercantilisme agressif misant tout sur les exportations et sur l’accumulation d’excédents, visant notamment à palier une tendance rapide au vieillissement des deux populations.
        Au-delà des ressemblances, il y existe une complémentarité entre les deux pays, une quasi « symbiose », comme l’expliquent ici Hans Kundnani et Jonas Parello-Plesner. La Chine en plein développement est friande de machines-outils allemandes pour ses usines, et de grosses berlines pour ses nouvelles classes moyennes. Quant à l’Allemagne, elle cherche avec énergie… des débouchés hors d’Europe.
     A cet égard, les chiffres sont cruels. Guillaume Duval le rappelle ici : « l’excédent commercial allemand était de 170 milliards en 2007, réalisés aux trois quarts en zone euro. En 2012, cet excédent était toujours de 180 milliards, mais réalisés aux trois quarts hors zone euro » (1). Et Jean-Michel Quatrepoint de rajouter : « L’Allemagne n’espère plus rien tirer de l’Europe, où elle a déjà fait le plein. Elle y a pris toutes les parts de marché qu’il y avait à prendre, et cherche à se réorienter désormais hors de la zone euro »...
     Des intérêts pour l'instant bien compris, sur le mode win-win
           Pratiquement la moitié de toutes les exportations de l'UE vers la Chine proviennent d'Allemagne et près d'un quart de toutes les importations chinoises sont faites avec l'Allemagne. En Chine, la demande en véhicules automobiles des particuliers ainsi que les besoins en machines d'usines chinoises ont été d'une importance capitale dans la capacité de l'Allemagne à sortir si rapidement de la crise économique. Il y a actuellement une sorte de symbiose entre les économies allemande et chinoise ; alors que la Chine a des besoins en nouvelles technologies, l'Allemagne doit trouver de nouveaux marchés. Les Chinois ont le sentiment qu'ils peuvent faire affaire avec l'Allemagne : les autorités chinoises aiment à en parler comme d'une relation "réciproquement profitable". 
                     Qu'en serait-il si une crise majeure frappait au coeur l'économie chinoise?  _________________

samedi 1 mars 2014

L'Allemagne soigne sa Chine

Un duo problématique
                                                      Depuis quelques années, on observe un changement d'orientation dans la politique extérieure de notre voisine, notamment en matière économique
   Malgré son ancrage à l'Ouest, les intérêts allemands, qui ont misé sur le tout-export, s'éloignent de la zône d'influence américaine, depuis la chute du Mur et la douloureuse réunification. Il y eu la nouvelle Ostpolitik, initiée par W.Brandt au niveau surtout politique et culturel, mais surtout le brutal  tournant libéral inauguré par Schröder-Hartz, surtout économique et commercial en direction de la Mitteleuropa...jusqu'à la Chine, devenu un des principaux débouchés pour le technologie allemande (machines-outils et voitures en priorité).
   Un partenariat privilégié, qui ne s'encombre pas trop de sentiments ou d'idéologie...
Business first!

  Des relations qui ne sont pas pour autant dépourvues d'ambiguïtés et qui sont mêmes lourdes de conflits potentiels, avec des tensions latentes ou ouvertes au coeur de l'Europe. 
             Berlin la tête le porte-monnaie ailleurs...sans se rendre compte (?) qu'elle affaiblit ses partenaires européens.
                             "...Selon Jean-Michel Quatrepoint, qui l’explique dans Mourir pour le yuan, les deux pays ont de nombreux points communs : des modèles économiques ressemblants, faits d’un mercantilisme agressif misant tout sur les exportations et sur l’accumulation d’excédents, visant notamment à palier une tendance rapide au vieillissement des deux populations.
Au-delà des ressemblances, il y existe une complémentarité entre les deux pays, une quasi « symbiose », comme l’expliquent ici Hans Kundnani et Jonas Parello-Plesner. La Chine en plein développement est friande de machines-outils allemandes pour ses usines, et de grosses berlines pour ses nouvelles classes moyennes. Quant à l’Allemagne, elle cherche avec énergie… des débouchés hors d’Europe.
A cet égard, les chiffres sont cruels. Guillaume Duval le rappelle ici : « l’excédent commercial allemand était de 170 milliards en 2007, réalisés aux trois quarts en zone euro. En 2012, cet excédent était toujours de 180 milliards, mais réalisés aux trois quarts hors zone euro » (1). Et Jean-Michel Quatrepoint de rajouter : « L’Allemagne n’espère plus rien tirer de l’Europe, où elle a déjà fait le plein. Elle y a pris toutes les parts de marché qu’il y avait à prendre, et cherche à se réorienter désormais hors de la zone euro »...
 Des intérêts pour l'instant bien compris, sur le mode win-win
  Pratiquement la moitié de toutes les exportations de l'UE vers la Chine proviennent d'Allemagne et près d'un quart de toutes les importations chinoises sont faites avec l'Allemagne. En Chine, la demande en véhicules automobiles des particuliers ainsi que les besoins en machines d'usines chinoises ont été d'une importance capitale dans la capacité de l'Allemagne à sortir si rapidement de la crise économique. Il y a actuellement une sorte de symbiose entre les économies allemande et chinoise ; alors que la Chine a des besoins en nouvelles technologies, l'Allemagne doit trouver de nouveaux marchés. Les Chinois ont le sentiment qu'ils peuvent faire affaire avec l'Allemagne : les autorités chinoises aiment à en parler comme d'une relation "réciproquement profitable". 
                     Qu'en serait-il si une crise majeure frappait au coeur l'économie chinoise?
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-Avantage déloyal 
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mercredi 24 février 2016

Allemagne: un modèle? (2)

L'euro ou les Européens? 
                                    On le chuchotait dans les cabinets d'experts, on l'écrivait  ici ou là, souvent timidement.
   Maintenant, le tabou se lève, la parole se libère, on le proclame, pas seulement en France (JM Quatrepoint et Guillaume Duval, même dans le Figaro, ou à l'OFCE, mais aussi de plus en plus en Allemagne.
   L'Allemagne ne représenta un modèle que pour ceux qui ne connaissent pas la logique de sa politique économique, surtout depuis l'ère schröderienne.
   Le modèle allemand, souvent utilisé comme moyen de culpabilisation, se trouve de plus en plus au centre de multiples contestestations.
      Petite révolution à Francfort, la BCE y va aussi de ses critiques:
            L'Allemagne doit se réformer d'urgence
    Paradoxalement, c'est sa bonne santé commerciale, le problème des excédents , qui pose problème, surtout dans le contexte actuel et au sein d'une Union qui fait fi de ses règles fondamentales.
          L'ordolibéralisme a marqué ses orientations.
              Il n'y a pas de miracle 
                      Patrick Artus le reconnait lui-même. Il ne s'agit pas de crier haro sur l'Allemagne, de céder à je ne sais quelle germanophobie, mais de considérer qu'il y va de l'intérêt bien compris et à long terme de nos amis d'Outre-Rhin.
         Philippe Legrain, pourtant ancien conseiller économique du très libéral Barroso, tire la sonnette d'alarme:           "L'Allemagne ne peut pas être un modèle pour la zone euro" En comprimant en permanence les salaires et en investissant peu, l'Allemagne ne peut guère compter sur le dynamisme de sa demande intérieure. Elle reste dépendante des exportations. Or, la croissance de ces dernières était tirée jusqu'à récemment par deux facteurs principaux : la croissance de l'Europe du sud et le développement industriel de la Chine. Ces deux facteurs n'existent plus. L'Europe du sud est entrée dans une longue crise et la Chine ralentit et change de modèle économique et se concentre désormais sur le développement du secteur des services, elle a donc moins besoin des biens d'équipement allemands. Le modèle allemand est donc sur le déclin. La part de marché mondiale de l'Allemagne est revenue à son niveau des années 2000 et la valeur ajoutée des entreprises allemandes est au plus bas...
  (1)  La dette publique et privée n'a pas baissé depuis le début de la crise en 2007. Alors que l'on affirme que cette crise est une crise de surendettement. C'est une preuve que les politiques actuelles ne réussissent pas. Vu les contraintes imposées par les règles fiscales européennes et les tabous monétaires allemands, je ne pense pas que la zone euro puisse échapper à la stagnation et croître assez rapidement pour sortir de la dette. Il faut donc réfléchir à la restructuration des dettes. C'est le seul moyen d'éviter la déflation. Dans le cas de la dette publique, cela paraît inévitable en Grèce et hautement souhaitable dans le cas du Portugal. Dans le cas de la dette privée, le FMI défend l'idée qu'il faut restructurer la dette des entreprises en Europe du sud, ainsi que la dette immobilière. Les Etats-Unis sont parvenus à réduire leur dette immobilière par la restructuration et l'inflation. En Europe, nous n'avons ni l'une, l'autre. La sortie de crise n'est pas possible dans ces conditions..
.   De façon générale, je suis frappé de constater que les dirigeants européens sont davantage obsédé par le sauvetage de l'euro que par le bien-être des européens.
  Le problème allemand dépasse donc la simple Allemagne, mais comme l'euro est l'outil du "miracle"....
       L'Etat de la plus grande banque allemande est un symptôme, un  signe et une conséquence de la situation,.symbole des errements de la régulation.
        Il est urgent de réorienter ou de  refonder l’Union Européenne
La monnaie unique, suivant la ligne de Frankfort, dans les conditions actuelles, affaiblit les partenaires. Une monnaie commune pourrait sauver le système.
    L'équipe au pouvoir à Berlin consentera-t-elle à changer le cap? On doute que cela puissese faire rapidement et sans heurt.
    Tout devra se jouer à Bruxelles.
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____(1)  Philippe Legrain, pourtant ancien conseiller économique du très libéral Barroso, tire la sonnette d'alarme:           "L'Allemagne ne peut pas être un modèle pour la zone euro" En comprimant en permanence les salaires et en investissant peu, l'Allemagne ne peut guère compter sur le dynamisme de sa demande intérieure. Elle reste dépendante des exportations. Or, la croissance de ces dernières était tirée jusqu'à récemment par deux facteurs principaux : la croissance de l'Europe du sud et le développement industriel de la Chine. Ces deux facteurs n'existent plus. L'Europe du sud est entrée dans une longue crise et la Chine ralentit et change de modèle économique et se concentre désormais sur le développement du secteur des services, elle a donc moins besoin des biens d'équipement allemands. Le modèle allemand est donc sur le déclin. La part de marché mondiale de l'Allemagne est revenue à son niveau des années 2000 et la valeur ajoutée des entreprises allemandes est au plus bas...

vendredi 21 mai 2010

Vertueuse Allemagne?

Fragile puissance économique

Victime de choix industriels qui étranglent l'Europe...elle se met en péril

"...Les entreprises allemandes investissent énormément dans les anciens pays de l’Est, là où la main-d’œuvre est bon marché. Certes, les brevets, les méthodes, les ingénieurs viennent de l’intérieur, mais les salaires, même s’ils sont faibles, sont payés à l’extérieur. C’est tout le paradoxe de cette économie exportatrice ; et les profits ? Et bien ils sont réinvestis à l’extérieur en partie aussi. Finalement ce qu’on a exigé en interne des citoyens ne leur a guère profité.
En fait, le nouveau dispositif allemand de relance est un plan hybride, avec une partie investissement public et une partie relance par la consommation par la baisse des impôts. On peut douter de l’efficacité de cette dernière mesure. La France qui est plus auto centrée, plus tournée vers elle-même semble moins fragile aujourd’hui que l’Allemagne. Le chômage y est plus faible (7 contre 9%) le niveau de vie identique. En période de récession, l’Allemagne dépend plus de ses partenaires que ses partenaires ne dépendent d’elle. La chute des investissements affaiblit ses exportations. Or elle représente 30% du PIB européen, et c’est le PIB européen qui fait sa propre croissance. Il est clair que la relance de l’Allemagne passe par celle l’Europe, qui elle même ne peut passer que par celle du couple franco-allemand...." (B.Maris)
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-L'Allemagne est-elle dans l'impasse?:

"...Quelque temps après son élection en 1998 dans le contexte du marasme économique prolongé des années 1990, Gerhard Schröder se lance dans l’ambitieux projet de rendre l’économie allemande plus compétitive. L’Agenda 2010 présidera, en outre, à une réduction des allocations chômage (loi Harz IV) et des remboursements médicaux. Mais surtout les salaires réels nets allemands ont baissé en termes absolus entre 2004 et 2008, du jamais vu sur une aussi longue période depuis l’après-guerre.
La compression des salaires (du « coût du travail » dans le langage châtré des économistes) permit de réduire la charge financière pesant sur les entreprises industrielles. Ainsi, en un sens, la mission fut « accomplie ». En 2004 l’Allemagne redevint la première puissance exportatrice mondiale, pour n’être détrônée par la Chine qu’en 2009.
___Mais à quel prix ? Et pour quel résultat ? On a vu que si les exportations se sont mieux portées, les performances de l’économie dans son ensemble sont plutôt ternes à l’heure actuelle. L’inégalité, quant à elle, a sensiblement augmenté. Selon le dernier rapport Croissance et inégalités de l’OCDE, le coefficient de Gini (le meilleur outil synthétique pour mesurer les inégalités de revenu) est passé en Allemagne de 0,27 à 0,30 dans les dix dernières années alors qu’en France il restait stable à 0.28. Enfin, la proportion d’Allemands vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passée de 11% en 2001 à 18% en 2008.
Une telle régression sociale laisse pantois dans un pays qui, pendant les décennies d’après-guerre, avait prétendu parfaire une culture du consensus dans le champ politique et sociétal, ainsi qu’une « économie sociale de marché »...
la crise a indirectement contribué à fragiliser le modèle allemand. Un pays qui se veut grande puissance exportatrice comme l’Allemagne a nécessairement besoin, sur le long terme, de grandes puissances importatrices pour constituer sa clientèle. Mais voilà : la crise actuelle est elle-même née en partie de profonds déséquilibres commerciaux à l’échelle mondiale, qui ont gonflé les excédents des exportateurs (Chine et Allemagne en premier lieu) et alimenté la dette des importateurs (Etats-Unis, Espagne, Grande-Bretagne, et dans une moindre mesure, France)
___Or ces déséquilibres, qui génèrent une accumulation incontrôlée de dettes d’un côté et de créances de l’autre, ne sont pas viables à long terme – l’écroulement de la croissance des économies occidentales l’a amplement démontré. De fait, l’excédent commercial allemand et chinois s’est déjà réduit, et le déficit des balances des paiements américaine, britannique et espagnole a fait de même. Ces derniers pays ont compris qu’il était impératif de calmer leur fièvre consommatrice et de promouvoir leur propres exportations. L’Allemagne, comme la Chine, prennent lentement conscience qu’il leur faut réorienter leurs modèles de développement et que leurs exportations ne pourront plus être le moteur essentiel de la création de richesse.__Pour l’Allemagne, cela signifie, très simplement, que les sacrifices sociaux considérables exigés par l’Agenda 2010 ont été pour partie inutiles du point de vue de la croissance...
L’Allemagne se trouve donc dans une triple impasse : économique, sociétale et démographique. Ayant sacrifié la justice sociale à une promesse de prospérité illusoire, elle est aujourd’hui affaiblie à court terme par un monde susceptible de tourner le dos à ses exportations, et minée à long terme par une démographie quasi cataclysmique.
D’ici une trentaine d’année, non seulement la population allemande sera devenue inférieure à celle de la France et du Royaume-Uni, mais le déséquilibre entre retraités et actifs y sera bien plus aigu. Sur la longue durée, à moins d’un miracle, le niveau de vie allemand ne pourra surpasser celui de ses voisins. Alors, aussi insolite que cela paraisse aujourd’hui, il y a lieu de penser que l’Allemagne se verra rétrogradée à la troisième place en Europe en matière de richesse économique, derrière les Français et les Britanniques..."

-Il n’y a pas de modèle allemand:
"Depuis l’éclatement de la crise économique, une idée reçue a fait florès : il y aurait une vertu allemande, et pour l’Europe un modèle allemand. Cette sottise a pris racines dans un indicateur où le bon sens croit reconnaître la vertu : les échanges extérieurs allemands se soldent par un excédent courant imposant, tandis que la plupart des autres pays européens affichent un déficit.

Ceux qui en restent là justifient l’obstination allemande à serrer le cou des Grecs – au nom de la vertu, bien entendu.___Or le premier pas du bon sens est rarement suffisant. Il lui faut de toute urgence en franchir un deuxième, et se demander s’il est une vertu qui ne puisse être universelle, un modèle vers lequel ne pourraient jamais tendre tous les pays ensemble....___Tous les pays du monde pourraient-ils afficher en même temps un excédent de leurs échanges ? Evidemment non, puisque cela reviendrait à afficher un excédent mondial. Un excédent vis-à-vis de qui ? De Mars, de la lune ?

___Les échanges internationaux de marchandises, de services et de revenus sont forcément chacun un jeu à somme nulle. Ce qu’un pays importe, un autre l’exporte nécessairement. Ce qu’un pays verse, un autre le reçoit. Et tout aussi nécessairement, la somme des excédents courants égale très exactement la somme des déficits (1). Bref, il n’y a pas d’excédents sans déficits. Ni vice, ni vertu.___Le même constat vaut pour les mouvements de capitaux...___L’excédent courant allemand n’en est pas moins imposant. Près de 7% du PIB et plus de 240 milliards de dollars : il est, dans les deux cas, à l’échelle de l’excédent chinois, comme on le lit sur les deux premiers graphiques. Par son ampleur gigantesque, l’excédent allemand contribue largement aux déséquilibres internationaux...___L’Allemagne, toutes proportions gardées, est bien la Chine de l’Europe. Elle ne se distingue pas seulement des autres pays européens par son excédent courant gigantesque. Elle s’en distingue d’abord par le coup de frein donné aux salaires et à la protection sociale. Entre 2000 et 2008, le coût salarial unitaire (2) s’est accru de près de 15% en moyenne dans la zone euro. En Allemagne, il s’est accru de 1,9% .

Depuis la réunification, le partage de la valeur ajoutée des entreprises allemandes s’est considérablement déformé au détriment des salariés. Ceux-ci en ont abandonné plus de 10 points aux actionnaires entre 2000 et 2007 . Résultat : l’Allemagne s’est distinguée depuis dix ans par une des croissances économiques les plus lentes d’Europe .__C’est ce que certains appellent « la compétitivité allemande », un « modèle » qu’ils rêvent d’étendre à toute l’Union.__C’est évidemment une chimère, pour les raisons susdites. Ce serait surtout une compétition où il n’y aurait que des perdants : tous les peuples d’Europe confrontés à la déflation. Evoquer cette occurrence au conditionnel est un parti pris optimiste. N’entend-on pas déjà citer les « efforts grecs » comme des exemples à suivre ?..." (JF Couvrat)

-La fin du modèle allemand ?

-Le modèle allemand en accusation
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L'Allemagne, victime du tout export
-Le "modèle" allemand, l'Europe et la globalisation
-Le modèle allemand bat de l'aile

-Les dessous de l’Allemagne
-La France a-t-elle raison de critiquer le modèle allemand?
-Merkel essaie de noyer le poisson
-Pour Merkel, l'Europe ne fait que "gagner du temps"
-Sarkozy-Merkel: l'entente impossible
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"Il y a beaucoup à dire sur la voie dans laquelle le gouvernement allemand veut engager l'Europe. Exiger le retour aux critères de Maastricht sur une période aussi courte que trois ans, alors que l'Europe est en crise économique, est considéré par de nombreux économistes aussi divers que Martin Wolf, Paul Krugman, Nouriel Roubini, Michel Aglietta, Frédéric Lordon, Joseph Stiglitz, Jacques Généreux, comme un projet intenable voire suicidaire. Tous insistent sur les risques de voir l'Europe plonger dans une spirale déflationniste et récessive qui pourrait créer de grands troubles économiques, sociaux et politiques, voire conduire à son éclatement.______Le cas de l'Estonie, citée en exemple par Angela Merkel, dans son entretien au Monde donne un avant-goût de ce qui pourrait menacer l'ensemble de l'Europe. Frappé par la crise dès 2008, le gouvernement estonien a choisi de laisser sa monnaie arrimée à l'euro mais de mener «une dévaluation compétitive interne», en imitant la politique allemande. Résultat? L'économie a chuté de près de 20%. Le chômage a explosé, passant de 2 à 15,5%. Selon les prévisions du FMI, la croissance devrait au mieux atteindre 0,8% cette année; et l'Estonie sortirait en 2015 moins forte qu'en 2007, au vu de la destruction économique et sociale."

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Scénario allemand? __"Les Allemands anticipent déjà l’échec du sauvetage de la Grèce et des garanties sur l’euro. Pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le futur, c’est une Europe à deux vitesses.__Il y a quinze ans, en pleine gestation de l’euro, on parlait de l’Europe à deux vitesses. Une rapide, composé des pays « centraux » à l’économie solide et au budget discipliné, et une autre lente pour le reste. Les pères de la monnaie unique tentèrent de conjurer ce scénario en fixant des conditions que tous les pays membres de la zone euro devraient remplir parce que, pour qu’existe une unité monétaire, il était indispensable que tous partagent des critères communs. Les deux plus importants étaient de ne pas s’endetter et d’éviter que le déficit budgétaire dépasse la barrière des 3%. Ce que firent les économies du sud et le Royaume-Uni. Avec cette seule différence que ce dernier pays pris soin de ne pas intégrer l’euro.

__Le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le quotidien généraliste allemand le plus lu, vient de terminer un exercice d’histoire économique fiction qui se situerait en 2013. Sous le titre « Un regard en arrière depuis 2013 : l’alternative », le journal de Francfort trace les lignes de ce que serait une brève histoire de la chute de l’euro et de sa reconversion en deux devises : une solide réservée à l’Allemagne et à certains de ses voisins, une plus faible, dévaluée pour les autres membres de l’ex-zone euro.__La rupture serait provoquée par les élections fédérales allemandes de 2013. Angela Merkel, très usée politiquement et avec le spectre d’un parti populiste opposé au sauvetage, devrait se résigner à l’inévitable. Ensuite, tout se passerait très rapidement. D’après le Frankfurter, l’Allemagne serait accompagnée des pays du Benelux, de l’Autriche et de la Finlande, c’est-à-dire les pays qui orbitaient déjà autour de l’Allemagne aux temps heureux du Deutsche Mark.__On remarquera le fait que la France n’est pas incluse dans ce groupe ; signe que les Allemands commencent à se méfier de celle qui a été leur associé principal durant les 60 dernières années. En fin de compte, c’est bien Paris qui s’est montrée la plus intéressée au sauvetage de la Grèce via un plan milliardaire qui provoque le rejet presque total des Allemands. Et là, on ne parle plus de science-fiction, mais d’histoire réelle. Le revers de la CDU lors des élections régionales en Rhénanie du nord-Westphalie n’est qu’un avant-goût de ce qui viendra lors des comices suivantes.___Le sentiment qui s’installe clairement en Allemagne – le Frankfurter Allgemeine Zeitung n’est pas exactement un journal sensationnaliste – c’est que le sauvetage de la Grèce et les garanties sur l’euro ne serviront seulement qu’à prolonger une agonie qui, tôt ou tard, devra s’achever par un bon gros coup de poing sur la table de la part du moteur de l’euro, l’Allemagne, le pays qui supporte sur ses épaules la crédibilité et la valeur de la monnaie unique..."

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-Europe en péril - Allemagne en crise -Angela à la peine

mardi 10 septembre 2024

Souveraineté énergétique en question.

 Une urgence. [Notes de lecture]

             L'énergie, quelle qu'elle soit, est au coeur de nos sociétés, condition de leur fonctionnement et de leur développement, notamment industriel et domestique. Divers facteurs géopolitiques, l'épuisement de certaines ressources, nous obligent à restaurer une souveraineté défaillante en ce domaine et des leviers divers doivent être utilisés, en même temps qu'une cohérence dans les décisions politiques. Les incertitudes et les hésitations sont nombreuses en cette période de transition, où certains choix énergétiques sont remis en question. Chaque pays est à la croisée de divers chemine, en cette période cruciale.


        Point de vue: Le chancelier allemand semble sortir d'un seul coup d'un long sommeil qu'il avait entamé depuis la destruction du pipeline Nord Stream 2. Il a en effet pris une orientation clairement plus pacifique lors de sa dernière intervention soulignant le besoin d'arriver rapidement à un traité de paix entre la Russie et l'Ukraine. Peut-être les derniers résultats électoraux dont nous avons parlé récemment l'ont-ils un peu poussé à changer son fusil d'épaule. Ou alors peut-être est-ce les derniers chiffres catastrophiques de l'industrie allemande ? On apprend d'ailleurs que Volkswagen prépare des délocalisations massives hors de l'Allemagne. L'irresponsabilité de l'UE qui impose la voiture électrique alors que les producteurs européens ne sont pas près, couplés à la folie des sanctions contre la Russie et l'explosion de Nord Stream 2 a été cette fois fatale à l'industrie allemande. Tant que les idioties européennes ne touchaient que les pays secondaires comme la France, l'Italie ou l'Espagne le système pouvait semblant de continuer à fonctionner, mais la destruction du cœur industriel de l'UE sera mortelle.                                                                                       C'est d'autant plus vrai que comme nous l'avions expliqué l'Allemagne est désormais en proie à une concurrence asiatique et particulièrement chinoise de plus en plus féroce. Même sur ses métiers les plus avancés comme les machines-outils, la Chine grimpe très vite. Il ne reste probablement que les robots industriels comme secteur dans lequel les anciennes puissances technologiques comme l'Allemagne et le Japon dominent encore. Et cela ne durera probablement pas très longtemps. La montée en gamme chinoise va mettre fin à l'existence de tous les autres gros exportateurs mercantilistes de par son énormité. L'idée que la spécialisation de plus petits pays dans des secteurs très spécifiques a un avenir est pour le moins discutable. Jusqu'à présent, l'Allemagne comme d'autres pays plus petits comme la Suisse ou la Suède ont fait ce pari en pensant que la Chine ne finirait pas par produire des produits de pointe, ces pays se sont trompés. La Chine dominera la quantité et la qualité, elle a les hommes et le niveau de formation pour le faire. Mais nous n'allons pas reparler de ça dans ce texte, car nous l'avons fait dans d'autres.                                                        Le rapport à la question énergétique est en fait assez simple. Pendant longtemps, les pays occidentaux n'avaient pas besoin d'importer de l'énergie. Durant le premier âge industriel, c'était même l'Europe et les USA qui exportaient du charbon. La Grande-Bretagne a décollé en premier en partie parce qu'elle pouvait extraire de son sol du charbon en quantité. Avec l'arrivée du pétrole puis du gaz, le vieux continent est petit à petit devenu dépendant de l'extérieur pour son approvisionnement énergétique. Mais ce n'était pas un problème parce que l'Europe pouvait encore équilibrer ses importations par l'exportation de ses biens de production. Mais voilà la globalisation imposée par Washington à partir des années 70 et les vagues de délocalisations ont petit à petit affaibli les capacités de production de nos pays, USA en tête d'ailleurs. Et le reste du monde s'est développé en particulier l'extrême orient. Si les USA ou l'Europe pouvaient encaisser la concurrence japonaise puis coréenne, ces pays restant à une échelle assez restreinte, la Chine c'est autre chose. Et si aujourd'hui nous avons toujours besoin du reste du monde pour faire tourner nos économies, le reste du monde a de moins en moins besoin de nos productions puisque la Chine pourvoit à tous leurs besoins. Et la crise terminale que connaît l'industrie allemande n'est finalement que l'aboutissement d'une vision à court terme qui a fait croire aux Européens et plus généralement aux Occidentaux qu'ils seraient toujours en avance sur le reste du monde en particulier sur la Chine.                                                                                                                                                                    C'est ce mécanisme fondamental qui aujourd’hui explique le changement de centre de l'économie mondiale qui est passé de l'Atlantique au pacifique en attendant de passer à l'océan indien peut-être un jour. Alors cette évolution était probablement inéluctable à long terme, en effet la démographie étant ce qu'elle est l'Asie serait de toute manière devenue le centre du monde un jour ou l'autre. Mais sans la globalisation l'Europe et les USA ne se seraient probablement pas autant vidés de leur capacité de production et nous aurions encore des moyens pour vendre aux pays producteurs d'énergie. Là la globalisation nous met dans une double dépendance énergétique, mais aussi manufacturière. Et la dégringolade allemande ne va faire que précipiter cette réalité.                                                                   La question de la souveraineté énergétique se pose donc encore plus aujourd'hui qu'elle ne pouvait le faire au lendemain du premier choc pétrolier. Car face à la montée en puissance de la Chine, puis du reste de l'Asie, n'oublions pas que des pays comme l'Inde, le Vietnam, ou l'Indonésie, arrivent, et ce sont de très gros pays qui vont vouloir leur part de gaz et de pétrole, nous n'avons pas beaucoup de solutions. La première solution, la plus improbable, c'est de continuer comme cela et d'investir massivement dans la recherche et l'industrie de pointe pour éviter d'être largué par la Chine et les autres. C'est le fameux fantasme de la société de la connaissance vendu par les vendeurs de nuages du globalisme dans les années 2000. Les mêmes qui vendaient les entreprises sans usines à la Serge Tchuruk. La dernière mouture de ce fantasme étant la star-tup nation de Macron qui finit en faillite. Je vous le dis tout de suite, c'est impossible. Ce fut la voie de l'Allemagne et d'autres pays qui l'ont beaucoup mieux pratiqué que la France, mais on voit qu'aujourd'hui ça fonctionne de moins en moins bien. Les USA qui font également ce pari ne semblent pas comprendre que les innovations techniques que leurs labos mettent au point finissent en réalité par participer à leur déficit commercial. Plus les USA « innovent » par l'entremise de leurs laborantins, essentiellement asiatiques d'ailleurs, plus leurs déficits sur les biens avancés augmentent.                                                                                                                               En effet, quand Apple, Nvidia ou Intel mettent de nouveaux produits sur le marché, ces derniers ne sont pas produits aux USA, mais en Asie, creusant ainsi les déficits du pays. Et ne parlons pas du fait que même les emplois de points dans la recherche sont maintenant délocalisés. Cette stratégie est donc une impasse en réalité. Il en va de même en France et en Europe. Du reste, nos pays vieillissent et auront de plus en plus de mal à produire les chercheurs et les ingénieurs pour concurrencer les nouveaux venus. Pire, je pense qu'à terme, l'essentielle de la recherche mondiale se fera en Asie, c'est d'ailleurs déjà le cas en réalité. Non seulement nous devrons importer notre énergie, mais également les denrées et les sciences du nouveau centre du monde. Il faut bien avoir ça en tête avant d'avancer des solutions à nos problèmes de dépendance. L'Asie représente déjà la majeure partie des dépôts de brevet par exemple. La seule Corée du Sud dépose plus de brevets que l'ensemble de l'UE...                                                                                                                            La seconde voie est celle du déclin inéluctable. Face au déclin de nos capacités de production, il ne restera plus qu'à jouer sur les salaires et le pouvoir d'achat. En réalité, c'est la voie la plus probable, car c'est celle qui résultera du laissez-faire actuel sur le plan commercial et économique. Pour vendre à l'étranger pour pouvoir encore importer l'énergie, il nous faudra baisser les salaires et faire en sorte que produire chez nous soit avantageux. Évidemment cela détruira une grande quantité d'emploi et entraînera la fin de la société de service dans laquelle nous vivons. Les chocs économiques que les élites européennes préparent notamment en France tournent très certainement autour de ce genre de stratégie. En gros, l'UE et les USA connaîtront le même sort que l'Europe de l'Est après l'effondrement de l'URSS, une forte baisse du niveau de vie, et très probablement une forte hausse de la mortalité générale. L'immigration de masse bassement qualifiée fait peut-être partie de cette stratégie de tiers-mondisation. La nouvelle main-d’œuvre abondante remplaçant les autochtones servant à terme à produire dans les futures usines chinoises délocalisant chez nous parce que les salaires y seront alors très faibles. Est-ce vraiment ça que l'on veut pour l'avenir de la France et de l'Europe ?                                                                                                                                                                                          La dernière voie est peu probable également même si c'est la préférable, c'est celle de la réaction politique forte à visée souverainiste et protectionniste. Il s'agit de rendre nos économies beaucoup moins dépendantes des importations et de parier surtout sur le marché intérieur en arrêtant les lubies globalistes. Mais cette voie nécessite aussi une véritable stratégie énergétique d'autonomie. À l'image de ce que la génération de Pierre Messmer a fait avec le parc nucléaire français, nous devons à tout prix mettre fin à nos dépendances extérieures en matière énergétique, mais aussi technologique. Une telle stratégie ne sera bien évidemment pas viable avec l'UE actuelle qui est une machine à produire de la dérégulation économique ouverte aux quatre vents, encore moins avec l'euro. Mais cela ne veut pas dire qu'elle ne peut pas être pratiquée par une coopération entre pays non plus. Après tout la première Europe, celle de la CEE a assez bien fonctionné tant qu'elle visait à favoriser le développement du marché intérieur avec le protectionnisme sous la forme du tarif extérieur commun. "   _____________