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mercredi 20 août 2014

Irak: du chaos au chaos

Et maintenant?
                         Bush et les lobbies pétroliers texans l'avaient décidé, par un C. Powel interposé et manipulé: il fallait attaquer l'Irak, l'axe du mal, citadelle prétendue  d'Al Qaida.
    Immense et tragique mystification, aux intérêts pétroliers à peine masqués.
Mais toute propagande passait aux USA, après le traumatisme du WTC et l'ébranlement des esprits.
     La baudruche s'est depuis bien dégonflée. Colin Powel lui-même est passé aux aveux et la presse à la critique
                C'était l'époque de la doctrine de la destruction créatrice, chère aux néo-conservateurs, chargée de construire une nouvelle donne politique au MO, conforme aux intérêts de Washington. Il importait, faisant fi de la complexité du terrain et de la société irakienne, de faire table rase de l'ordre existant et d'installer, manu militari, une démocratie aéroportée. La tabula rasa, on voit ce que ça donne en Libye...
     Résultat: beaucoup d' Irakiens, autrefois relativement prospères, maintenant ruinés, disent aujourd'hui être passés d'un dictateur à une multitude de tyrans.
         Au MO, les USA n'ont produit que du chaos. L'intention de Tony Blair était d'ailleurs, durant l'embargo, de ramener le pays à l'âge de pierre
Résultat:   "Les forces américaines quittent un pays qui n’est guère plus qu’une épave. La société, l’économie et même les paysages irakiens ont été dévastés par trente ans de guerre, de sanctions et d’occupation. Les Irakiens ont été submergés par une interminable série de désastres depuis 1980 avec la guerre Iran-Irak, qui a duré huit ans, la défaite au Koweït en 1991, les soulèvements chiite et kurde réprimés dans le sang la même année, les sanctions des Nations unies qui, en 13 ans, ont ruiné l’économie et fait voler en éclats la société irakienne sans oublier l’invasion américaine de 2003, la guerre menée par les sunnites contre l’occupation de 2003 à 2007 et simultanément, la guerre civile entre chiites et sunnites...(C.Cockburn) 
      -"En détruisant le régime de Saddam, les États-Unis ont ouvert une boîte de pandore. Ce n’est pas une surprise car même aux États-Unis, des voix critiques s’étaient élevées contre l’aventure de George W. Bush en affirmant qu’il n’y avait pas vraiment de plan clair sur l’après-Saddam. Dit moins poliment, la conquête de l’Irak avait pour but de redonner aux États-Unis le contrôle de ce pays riche de pétrole et aux confluents du Moyen-Orient et de l’Asie, et non de rétablir la démocratie." (P.Beaudet)
           L'Irak a été abandonné au chaos, malgré le vernis de pouvoir imposé, au bord de l'implosion.
       Les pompiers pyromanes s'agitent, l'Oncle Sam ne veut et ne peut plus y remettre les pieds.
  Obama, plus qu'équivoque, déclarant finalement que « Au cours de la décennie écoulée, les troupes américaines ont consenti de grands sacrifices pour donner aux Irakiens une chance de construire leur propre avenir. »  intervient aujourd'hui par la bande.
      L'éclatement en cours du pays n'a pu profiter qu'à des groupes les plus extrêmes, en lutte pour un projet aussi délirant qu'archaïque. La nature a horreur du vide et les oppositions exacerbées pendant des décennies produisent cruellement mais logiquement leurs effets. Les calculs autocratiques de M. Al-Maliki ont accéléré le processus de dissolution, sur fond de tensions interconfessionnelles instrumentalisées.
        Les Kurdes d'Irak ont bondi sur l'occasion et nous en profitons pour les armer dans l'urgence, afin de neutraliser la menace. Mais il est bien tard et il y a des risques, car nous ne contrôlons ni les objectifs, ni le déroulement des événements.
         Le pétrole reste encore et toujours l'acteur principal dans la tragédie qui continue.
                                   Les puissances occidentales suivront-elles le conseil de Stephen M. Walt : « Les Etats-Unis ont passé une bonne partie de ces dix dernières années à traquer cet insaisissable Graal, et le résultat en a justement été le genre de chaos et de rivalités religieuses à l’origine de cette toute dernière crise. Nous avons peut-être la possibilité de faire un peu de bien aux minorités en danger, mais, par-dessus tout, qu’on ne fasse pas davantage de mal, ni à la région, ni à nous-mêmes. »?
     On peut en douter...même si le pape s'en mêle.
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mardi 17 juin 2014

Irak: guerre sans fin?

 Vers de nouvelles configurations géopolitiques au MO?
                                                                          Les échecs de la démocratie aéroportée 
                                     Malgré le rétropédalage tardif de Colin Powel, le mal était fait. La machine à créer du désordre avait produit ses effets.
   L'ordre par la chaos: telle était la philosophie sommaire de la politique étrangère de l'équipe des néoconservateurs pétroliers et évangélistes bushiens, soutenus par quelques gameboys, intello-histrions gaulois et par un Tony Blair toujours convaincu...
    Le chaos, ils l'ont eu. Et quel chaos!
               Tout ça pour ça
Même l'objectif pétrole ne put être rempli dans ce qui devint un bourbier.
      Après la gestion calamiteuse de l'après-guerre,  les Etats-Unis ont laissé l'Irak au bord de l'implosion. et hésitent aujourd'hui à s'engager à nouveau  pour éviter la partition du pays, après tant de morts, de traumatismes et de milliards de dollars engagés. La parlementaire Nancy Pelosi s'est déclarée opposée à des bombardements. « Et quoi, après ?, s'est-elle interrogée. C'est la politique erronée qui nous a menés sur ce chemin il y a onze ans. » ( *)
        Un groupe de djihadistes, qui a plus de dix ans, produit indirect de l'invasion US en Irak et du démantèlement de l'organisation politique et militaire, s'est peu à peu organisé et radicalisé et a fini par prospérer sur les décombres et à la faveur du conflit syrien, alimenté par le vieux conflit sunnite-chiite resurgit, désireux de faire sauter les vieilles frontières de 1916.
       Aujourd'hui, il évolue vers un quasi Etat.
L’Iran considère l’Irak comme relevant de sa sécurité nationale et n’acceptera pas l'installation à Bagdad d'un pouvoir qui lui serait défavorable.. Interviendra-t-il?  Il semble que les USA ne s'y opposeraient pas, par intérêt, par simple calcul géostratégique.
     De fil en aiguille, la donne régionale risque de se trouver profondément modifiée:
   "...Pour beaucoup d’observateurs, cette offensive des djihadistes constitue une réelle surprise, de par la rapidité avec laquelle les forces armées ont quitté le territoire, sans vraiment combattre. « On n'a jamais vu ça, dit Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak et responsable du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient au bureau de Paris du Conseil européen des relations internationales (ECFR). Les informations dont je dispose montrent qu’il n’y a pas eu de résistance de l’armée irakienne, et une désertion à grande échelle. Cela démontre que la prise de la ville avait été planifiée de longue date. Cela vient confirmer le fait que l’armée se révèle très poreuse et infiltrée par des insurgés et des membres de l’État islamique. Cela en dit long aussi sur l’EIIL, installé parmi les populations civiles et qui joue de ses ressources financières provenant du pétrole pour acheter la complicité de ces populations. C’est d’ailleurs également ce qu’il fait en Syrie, et toute une économie de guerre s’est désormais greffée autour de l’EIIL. » 
Bannière d'un site pro-EIIL, publié mardi 10 juin.Bannière d'un site pro-EIIL, publié mardi 10 juin. © DR
                                   « Une partie de la population sunnite n’en peut plus des brimades du régime de Maliki et soutient l’EIIL, estime Romain Caillet, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) et spécialiste de l’EIIL. À Mossoul, l’EIIL récolterait ainsi jusqu’à huit millions de dollars par mois. Certes, il y a aussi du racket, et l’on fait sauter les maisons de ceux qui ne paient pas en les accusant d’être des agents du régime. Ce n’est pas très étonnant que, dans ces conditions, ils aient pris la ville. »
   Le projet politique de l'EIIL est très clair. L'organisation djihadiste regarde avec envie le Kurdistan irakien prospère et devenu largement autonome de Bagdad. Le mouvement veut imposer son indépendance face au pouvoir chiite de Maliki, et gagner en autonomie financière avec, d’un côté, les raffineries de Deir Ez Zor en Syrie, de l’autre, les puits de pétrole de la région de Kirkouk, les plus importants du pays. S’il arrive à maintenir en sa possession ces deux mannes pétrolières, l’EIIL pourrait tout simplement devenir l’un des plus gros producteurs de pétrole du monde arabe ! (Lire ici un document présentant les ressources pétrolières irakiennes.)
Ce projet, qui vise à effacer la frontière dite de Sykes-Picot qui sépare l’Irak de la Syrie, ne date pas d’hier. Il s’inscrit dans l’histoire du djihadisme tel qu’il s’est construit en Irak au moment de la chute de Saddam Hussein, en 2003..." (Mediapart)
                        C' est plus simple à comprendre avec des cartes
       La percée d’EIIL en Irak pourrait durablement mener à une recomposition complète de la région. En septembre 2013, une tribune de la chercheuse Robin Wright, publiée dans le New York Times émettait déjà cette hypothèse et proposait une nouvelle carte
Cinq états du Moyen-Orient (la Libye, l’Arabie saoudite, la Syrie, l’Irak et le Yémen) éclataient en quatorze nouveaux Etats. L’espace irako-syrien s’y découpe en trois zones : le Kurdistan (bleu), le « Sunnistan » (vert) et le « Chiistan » (rose), tous deux séparés au niveau exact de Bagdad. Ce Sunnistan correspond en partie à la zone actuellement sous l’influence d’EIIL. Les frontières seraient complètement rebattues, à l’image de ce qui s’est produit dans les Balkans après l’éclatement de l’URSS. A la même époque, George Bush père avait mis fin à la première guerre du Golfe pour éviter l’éclatement de l’Irak en trois zones, chiite, sunnite et kurde.
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lundi 23 juin 2025

Paroles d'Iranienne

     La fondatrice de l’association We Are Iranian Students réagit aux bombardements de l’armée des États-Unis, qui ravivent le traumatisme de l’attaque de l’Irak de 2003. « L’ingérence extérieure n’a jamais apporté autre chose que du chaos », dit cette opposante au régime des mollahs.                                                                                            

DerrièreDerrière son son pupitre, Donald Trump a vanté un « succès militaire spectaculaire ». Si le « président de la paix » a fait mine d’envisager la voie diplomatique quelques jours, il a finalement préféré la force des bombes, larguées sur les trois sites nucléaires iranien de Natanz, Ispahan et Fordo dans la nuit de samedi à dimanche 22 juin.En entrant brusquement en guerre avec l’Iran, les États-Unis ont choqué le monde diplomatique occidental, qui peinait encore à trouver, ce dimanche au réveil, les mots pour y répondre. Tout juste l’Union européenne a-t-elle demandé l’évitement d’une « spirale de chaos ». L’Iran, par la voix du ministre Abbas Araghtchi, parle quant à lui d’« événement scandaleux » et de « conséquences durables ».                         Pendant ce temps, 90 millions d’habitants et d’habitantes peinent à faire entendre leurs voix. Les autorités iraniennes ont imposé depuis le 18 juin une coupure d’Internet, limitant toute communication avec l’intérieur du pays. Mais s’ils pouvaient parler, seraient-ils pour autant entendus ? Aïda Tavakoli, doctorante à l’université de Cergy-Paris et fondatrice de l’association We Are Iranian Students, dénonce la dépolitisation de la population iranienne, réduite soit au silence, soit au statut de victime démobilisée....

Derrièreson pupitre, Donald Trump a vanté un « succès militaire spectaculaire ». Si le « président de la paix » a fait mine d’envisager la voie diplomatique quelques jours, il a finalement préféré la force des bombes, larguées sur les trois sites nucléaires iranien de Natanz, Ispahan et Fordo dans la nuit de samedi à dimanche 22 juin. Aïda Tavakoli :                 "...En entrant brusquement en guerre avec l’Iran, les États-Unis ont choqué le monde diplomatique occidental, qui peinait encore à trouver, ce dimanche au réveil, les mots pour y répondre. Tout juste l’Union européenne a-t-elle demandé l’évitement d’une « spirale de chaos ». L’Iran, par la voix du ministre Abbas Araghtchi, parle quant à lui d’« événement scandaleux » et de « conséquences durables ».


            "...... 90 millions d’habitants et d’habitantes peinent à faire entendre leurs voix. Les autorités iraniennes ont imposé depuis le 18 juin une coupure d’Internet, limitant toute communication avec l’intérieur du pays. Mais s’ils pouvaient parler, seraient-ils pour autant entendus ? Aïda Tavakoli, doctorante à l’université de Cergy-Paris et fondatrice de l’association We Are Iranian Students, dénonce la dépolitisation de la population iranienne, réduite soit au silence, soit au statut de victime démobilisée.

Aïda Tavakoli : C’est une démonstration, une fois encore, du fait que l’ordre qu’on a tenté d’établir après la Seconde Guerre mondiale est constamment bafoué par ses dirigeants. Aux États-Unis, certains ont rappelé que Trump a été élu sur ses prétendues capacités à ramener la paix dans le monde… mais qu’il vient de s’engager à la place dans une guerre. Les leçons de l’histoire ne sont jamais apprises.                _______Ça me rappelle de très mauvais souvenirs de 2003, quand les États-Unis ont attaqué l’Irak. À l’époque, ils avaient une rhétorique différente de celle de Trump, mais la même intention : prétexter rendre le monde plus sûr, grâce à une attaque. Mais ramener la paix avec des bombes illégales, ça n’a jamais fonctionné. Même depuis la chute de Saddam Hussein, la région n’est toujours pas stable.

De surcroît, dans le cas de l’Irak, l’attaque était basée sur un mensonge : les Irakiens n’avaient pas d’armes de destruction massive. Tous ces dirigeants qui se positionnent comme défenseurs du monde libre ont en fait, dans leur histoire, allègrement diffusé des propagandes mensongères pour attaquer des pays, dont les populations civiles paient le prix. L’ingérence extérieure n’a jamais apporté autre chose que du chaos. On envoie des bombes, pour libérer prétendument une population. Or les bombes écrasent, amènent du chaos, appauvrissent et invisibilisent.                                                                                                                                                                          Je ne comprends pas que le président français décide encore de négocier avec des mollahs. Si je condamne fermement, sans aucune ambiguïté, les bombardements israéliens et l’ingérence américaine, je condamne tout aussi fermement Emmanuel Macron, qui propose, comme alternative, de négocier avec un régime qui est pourtant terminé. Il n’est ni un partenaire crédible pour l’Occident ni un représentant légitime de la population civile iranienne. Les populations civiles sont radicalement méprisées.                                                                 Ceux qui doivent se trouver à la table des négociations aujourd’hui, ce sont les opposants politiques iraniens, qui sont dans les prisons. On devrait être capables de les considérer comme des représentants légitimes de la société civile et de donner à cette dernière la possibilité de choisir son gouvernement suivant, d’organiser un processus électoral libre sous surveillance internationale.                                                                                                                                          Quand on considère la population, c’est uniquement comme un dommage collatéral : des gens qu’il faudrait protéger ; des femmes et des enfants… Mais ce n’est pas juste des gens qui vivent dans leur maison et qui sont bombardés, c’est une force politique ! Elle doit être associée au processus politique de son pays, qui a le droit à l’autodétermination. Or, tout est invisibilisé : les structures, les demandes, les potentiels leaders…Il y a un processus de dépolitisation, qui se fait aux dépens des populations civiles, pas seulement iraniennes, mais aussi palestiniennes, gazaouies en particulier, de la population israélienne qui reçoit des missiles iraniens, de la population syrienne qui a souffert pendant quinze ans… Ces populations sont radicalement méprisées. C’est une décision totalitaire de ne jamais considérer ces populations civiles comme ayant droit à l’autodétermination.   C’est complètement irresponsable. L’ensemble de la communauté internationale, censée défendre les principes d’un monde libre et les droits fondamentaux humains, manque de lucidité face à ce qu’on est en train de construire comme monde.                                                                                             Giuliano da Empoli l’a écrit dans son essai brillant L’Heure des prédateurs (Gallimard, avril 2025) : les prédateurs, ce sont ces dirigeants comme Trump, Poutine, Nétanyahou, Khamenei, qui n’ont aucune vision du monde. Leurs actions sont vides de sens, elles ne sont que des démonstrations de pouvoir et de rapports de force. Derrière, il n’y a rien d’autre, pas d’ordre du monde, pas de protection des civils, pas de vision, pas d’avenir. Ce n’est que de l’effet de surprise, un théâtre de l’absurde...."     Le monde que nous proposent aujourd’hui Donald Trump et Benyamin Nétanyahou, c’est un monde dans lequel, quand un dirigeant nous déplaît, on s’autorise à envisager de le tuer ! Ali Khamenei est évidemment un criminel, qui devrait être derrière les barreaux et qui ne représente plus la population iranienne, mais l’Iran est un pays souverain, qui a des frontières. De quel droit un autre pays pourrait-il s’autoriser à tuer un dirigeant ? Et demain, si on arrive à avoir un dirigeant choisi par la population iranienne à travers des élections libres, mais qu’il n’est pas au goût de M. Trump, on fait comment ?  "                                                                                     ____            On ne libérera pas les femmes iraniennes en bombardant leur pays  (Merci à médiapart)   


                        ________________________________       

______Hypothèses et incertitudes.  ____ Scénarii possibles...___Faire oublier Gaza  _____ Et l'état de droit?... ___ Décision unilatérale    ______ Double standart  ______Bombe de la démesure  __ Question de pétrole aussi... ___ Et la suite?..._____________

                "...Le Marteau de nuit s’est abattu sur le territoire iranien sans que le Président Trump se soit tourné, au préalable, vers le Congrès américain et ses représentants élus en quête de leur approbation – ce qui soulève des questions sur la légalité et la légitimité de l’opération. Pas particulièrement impressionné par ces protestations immédiates, Donald Trump a qualifié l’opération de « très réussie », affirmant que les installations nucléaires iraniennes avaient été « totalement détruites » – ce que personne, à ce stade, n’est en mesure de confirmer ou infirmer. Puis il a menacé le régime iranien de nouvelles frappes, lancées directement depuis les États-Unis, si le pays « ne choisissait pas la paix »...______________


mardi 24 juillet 2007

Irak

L’Irak : jusqu’à quand ?

Le bourbier a de l’avenir.

L’occupation américaine est un désastre. Tout le monde peut maintenant en convenir. Même au Pentagone ou dans le cercle rapproché de G.W. Bush, l’évidence s’impose cruellement. La question qui se pose maintenant est : comment en sortir ? Le tableau est sombre. Les objectifs étaient irréalistes, les intérêts exorbitants, les plans irréfléchis, la tactique incertaine, le suivi empirique. C’est la nasse. L’absolue incertitude. La nécessité de durer. Avec quelles perspectives ?

Lucien Samir, sans rire, nous annonçait récemment sur Agoravox une amélioration de la situation. La foi ne sauve plus les inconditionnels de l’intervention... C’est la débandade morale dans les milieux officiels US, qui n’est pas sans rappeler celle qui a accompagné la chute de Saïgon, toutes choses égales par ailleurs... Les trahisons succèdent au scepticisme, parfois publiquement affiché, même au plus haut niveau. "Wolfie", l’inspirateur de l’intervention, est amené à critiquer son maître pour finalement se retirer honteusement de la direction de la Banque mondiale.

Il semble qu’on assiste à la chute d’un empire qui n’a plus de souffle, de perspectives, d’ambitions, de moyens, comme le pronostiquait fort bien Emmanuel Todd dans son ouvrage : "Après l’empire" et comme le remarque fort justement notre ami et rédacteur JP Immarigeon dans son blog et son ouvrage :"American parano". On pourrait penser que la décision de se retirer ne dépend plus que du gouvernement US. Laisser sur place tout le matériel de guerre, trop onéreux à rapatrier, faire ses valises, et rentrer au pays , en laissant un champ de ruines... L’objectif pétrole n’a même pas été rempli, sur lequel avaient misé tant d’intérêts texans, la démocratie qu’on voulait naïvement exportée débouche sur un chaos indescriptible. Tableau sinistre.

Et pourtant le retrait n’est absolument pas possible , géopolitiquement parlant. Pas pour les raisons qui viennent immédiatement à l’esprit : ne pas perdre la face, ne pas abandonner un gouvernement fantoche et impuissant, ne pas laisser s’installer un chaos plus grand encore, voire une guerre civile déclarée qui risquerait d’embraser le secteur et donner à l’Iran des atouts dangereux." Tout le monde trouve son compte dans le désastre de l’occupation américaine : aussi bien les Etats arabes modérés que l’Iran ou la Syrie, aussi bien Israël que les groupes politiques irakiens". Ainsi s’exprime Hussein Agha, professeur chargé d’études sur le Proche-Orient à l’université d’Oxford, dans une tribune libre du Monde du 25 Mai 2007. La situation n’est pas près de changer, dans ce Moyen-Orient compliqué, en partie à cause de l’héritage postcolonial, en partie à cause de l’impérialisme économique US, en partie à cause de la montée des intégrismes, effets de cette vassalisation directe ou indirecte.

Malgré ses déclarations indignées, l’Arabie Saoudite n’a pas envie de voir partir d’Irak les Américains. L’état des opinions publiques pousse les Etats de la région à ne pas admettre un départ des troupes US. "Ils ont appris à utiliser la présence américaine pour promouvoir leurs propres objectifs", comme dit HG. Une défaite américaine affaiblirait les régimes proaméricains, en radicalisant l’opinion. Si les Etas-Unis partaient, un régime chiite en Irak ne tarderait pas à s’imposer, qui ne manquerait de nouer des relations avec l’Iran. Une partition de l’Irak pourrait se produire, suite au retrait US, ce que les Etats voisins verraient comme une menace. Cela risquerait de réveiller des tendances sécessionnistes endormies et une remise en question des frontières de certains pays arabes.

Les Etats dits "voyous", la Syrie et l’Iran, eux aussi, n’ont pas intérêt à voir les troupes US faire leurs bagages. L’armée américaine s’affaiblit à tenir ses positions en Irak, ce qui n’est pas pour leur déplaire. Les embarras de Washington sont une sorte d’assurance d’une non-intervention éventuelle. De fait, on voit depuis peu des tentatives de négociation avec l’Iran s’esquisser du côté de la Maison-Blanche. Embarras ou opération tactique ? Impuissance ou ruse entretenue ?

Les Kurdes irakiens sont plutôt avantagés par la présence US et la Turquie verrait d’un mauvais oeil la possibilité d’un Etat irakien allié à l’Iran . Israël considère que le retrait des troupes US serait catastrophique. Que la plus grande puissance du monde puisse échouer affaiblirait son image et ses alliances, surtout après sa démonstration de fragilité lors de sa guerre catastrophique au Liban en 2006. Le renforcement de l’Iran et de la Syrie ne favoriserait pas ses ambitions.

En somme, la perpétuation de la présence américaine arrange tout le monde localement. La Maison-Blanche et l’opposition démocrate en sont conscientes. Les chiites au gouvernement souhaiteraient que les USA restent assez longtemps pour consolider leur pouvoir et éviter la confrontation avec leurs rivaux. Pour les sunnites, les USA sont une protection contre le risque d’hégémonie des chiites. al-Qaida tire le plus grand bénéfice de l’occupation américaine. Les Kurdes n’ont pas envie que la situation change, à l’abri de la menace turque et arabe.

On le voit, la situation n’est pas près de changer si la logique actuelle ne se modifie pas. On a affaire à un gigantesque jeu d’échec où la modification d’un élément peut entraîner une réaction en chaîne imprévisible et lourde de conséquences. Jeu pervers, qui se révèle être pour les USA un piège infernal. Comme les GI sur un terrain qu’ils ne connaissent pas, au cœur d’une culture qu’ils ignorent superbement, progressant sans visibilité, alourdis par un équipement technologique aussi sophistiqué qu’inutile, les USA sont sans perspectives, malgré leurs moyens, condamnés à l’immobilité, à la gestion au jour le jour d’une situation qu’ils ont eux-mêmes provoquée et qu’ils ne maîtrisent pas."Ils se voyaient en manipulateurs ; ils sont devenus manipulés. Le tout illustrant ce vieil adage arabe : "La magie s’est emparée du magicien" (Hussein Agha)

Et l’ONU dans tout cela ?...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_en_Irak

http://paxhumana.info/fr.php3

http://fr.news.yahoo.com/dossier/irak.html

Cyberpresse

ZEN

logo MOT 307


lundi 16 novembre 2015

Paris: les jours d'après

Analyse et hypothèses
                                  Il n'y a pas de génération spontanée.
             Après l' horreur et les larmes, il est fondamental de ne pas rester au stade de l'émotion, souvent mauvaise conseillère, mais de s'efforcer d'entrer enfin dans la phase de l'analyse rationnelle et de l'action courageuse, même si les  problèmes sont devenus très compliqués, à force d'attentisme, de désinformation, d'intérêts et de double jeu.
    Tocqueville avait raison: ce qui se passe sous nos yeux est le plus difficile à comprendre.
 Comprendre au moins partiellement, avec les informations dont nous disposons, rares et souvent biaisées, en sortant de l'émotion, de l'immédiateté paralysante.
        Le drame parisien  n'a pas surpris les spécialistes et a même été anticipé et redouté par beaucoup d'observateurs, qui s'attendent à des répliques plus importantes. L'organisation islamiste ne doit pas être minimisée.
    Quand on est en guerre ( et on est en guerre!), comme le dit aussi Pierre Conesa, les conséquences ne peuvent nous surprendre, même si elles nous désolent.
  Une guerre, oui, il ne faut pas avoir peur des mots. Mais une guerre d'un type particulier, qui n'a rien de religieux, qui va être longue à mener, car on a laissé trop longtemps, par intérêt ou inertie, pourrir la situation.
   Comment sortir de l'imbroglio, du bourbier apparemment inextricable, de notre relative impuissance, du lourd héritage pas si lointain de la politique impériale des néoconservateurs américains au MO et du chaos qu'ils ont contribué à créer (*), du double jeu des pays occidentaux et de celui de certaines puissances locales, notamment de la Turquie?
     “Au cours des cinq dernières années au moins, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, la Jordanie et la Turquie ont tous apporté un soutien financier et militaire considérable à des réseaux militants islamistes liés à al-Qaïda qui ont engendré l’« État islamique » que nous connaissons aujourd’hui. Ce soutien a été apporté dans le cadre d’une campagne anti-Assad de plus en plus intense dirigée par les États-Unis.” [Nafeez Ahmed, journaliste britannique à The Guardian et à la BBC]
      Le problème est qu'on ne fait pas la guerre aux terroristes comme on la fait dans une guerre normale et il y a tout lieu de croire que l'on n'est qu'au début d'un processus qui peut être long.
  Même si, comme on le dit, les jihadistes de Daesh perdent du terrain en Irak et en Syrie, l'état   islamique occupe un vide qui ne cesse de grandir, avec des moyens financiers considérables, sur la base de nombreux trafics, pétroliers notamment.
     Les loups sont entrés dans Paris...comme le chante Reggiani
            Les larmes de crocodiles des soutiens de Daesh ne leurrent que les ignorants. Les Etats occidentaux ne peuvent combattre le jihadisme en soutenant ses parrains, les  pétromonarchies.
      Un chef du renseignement US, le général Flynn,  déplore la façon dont est gérée l'affaire. (**)
          La  CIA mène son propre jeu secrètement. La mondialisation a accentué les périls.
La brume opaque qui entoure cette guerre ne favorise pas le débat démocratique.
 La première victime d'une guerre, on l'a souvent répété,c'est la vérité.
      L'Europe en souffrira, c'est sûr, mais il n'est rien de pire que le déni.
           Le problème est que ce sont des guerres qui ne disent pas leur nom et qui demeurent entourées d’une brume opaque. Où sont les communications quotidiennes des généraux sur le nombre de sorties de l’aviation, le bilan des frappes ? Où est le rappel régulier du nombre de soldats morts ? (Il est sur Wikipédia pour ceux que cela intéresse, mais il est impossible  à trouver de manière rècapitulative sur le site du ministère de la défense.) Où sont les réflexions stratégiques des think tanks militaires sur les sorties de conflit ? Et, peut-être plus important, où sont les débats parlementaires autres que purement formels, l’information régulière des élus, les commissions d’enquête
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(*) __Nous avons créé et financé Al-Qaïda,  a déclaré Hilary Clinton
                              Il faut le répéter:  "...l’État islamique (ou Daesh, comme on voudra) s’est développé à toute allure sur cette guerre-ci, tout comme les champignons après la pluie. Parce que ce genre d’armée (Valls vient de dire que c’en était une) ne pullule que dans le chaos. Et du chaos, l’OTAN et ses premiers va-t-en guerre, Sarkozy et Hollande, en ont semé à tour de bras : l’Irak, la Libye, la Syrie (autrement dit, ce qui n’est pas un hasard, les gouvernements, les États laïques les plus solides du Moyen-Orient, puisque, contradictoirement, des monarchies archiréactionnaires et théocratiques comme l’Arabie saoudite, n’auront jamais rien à craindre, elles, de l’OTAN dont elles sont les meilleurs alliées).     Les parents aussi bien putatifs que biologique de l’État islamique, ce sont les gouvernements occidentaux qui, nul ne l’ignore, non seulement ne l’ont pas combattu quand il aurait été encore temps, mais l’ont accouché, puis l’ont soutenu, financé, approvisionné en armes (et même de celles dont ne disposent que des gouvernements constitués) tant que celui-ci leur convenait pour renverser Bachir el-Assad (ainsi que les autres groupements terroristes qualifiés ni plus ni moins que d’opposition modérée). Et comme tous les Frankenstein de l’histoire, le monstre inventé de toutes pièces a brisé ses liens, est sorti des laboratoires et, pour se venger (d’on ne sait quoi), fait la guerre à tout le monde, tue à gauche et à droite, pourfend les « infidèles », autrement dit tous ceux qui ne sont pas lui-même. Tandis que ses inventeurs, absolument dépassés par les événements, ne savent plus quoi faire pour le ramener à la raison…"
   ----  Zbigniew Brzeziński à Poutine : « Arrêtez de frapper NOTRE Al-Qaïda, ou bien c’est la troisième guerre mondiale »
  ... Toutes ces guerres au proche et moyen orient sont initiées par une politique du "Chaos contrôle", Chaos contrôlé par les les États-Unis et Israël (projet de balkanisation du proche et moyen orient: démantèlement des états par des guerres, des attentats, la division des états en ethnies religieuses les affaiblissent ainsi). Toutes ces guerres au proche et moyen orient sont également soutenues par des pays vassaux des Etats Unis ....La France avait agressé en 2011 un pays souverain, la Libye en le bombardant (quand N. Sarkozy été président). C’est sans être mandaté par personne que BHL s’est attribué un rôle diplomatique officiel !
  ...Certains gouvernements ne semblent pas avoir intégré cette vérité et persistent à commettre les mêmes fautes sur la base des mêmes calculs erronés s’attendant, à chaque fois, à des résultats différents.;Il est prouvé que l’ingérence étrangère dans les affaires intérieures des États ne mène qu’à leur destruction, engendrant opportunément les crises humanitaires et le chaos, les transformant en usines de fabrication d’extrémistes et de terroristes..."
(**)___  "...Ce que révèle Flynn est sans doute ce qu’on pouvait imaginer de pire, et dont d’ailleurs divers commentateurs ont avancé l’hypothèse. Une gestion au jour le jour, une absence complète de considération pour les intérêts qu’on est censé protéger sur le terme, un sacrifice complet de toute mesure et de toute rationalité au profit d’un désordre sans cesse grandissant et qui ne cesse d’imposer sa loi. Le résultat, pour l’instant, bien plus qu’hier et bien moins que demain naturellement, se nomme Daesh/État Islamique ; c’est-à-dire bien plus qu’une avancée quelconque dans une bataille donnée, bien plus qu’une victoire décisive de tel ou tel parti, bien plus qu’une ambitions secrète qui se découvre, bien plus qu’une étape d’un plan secret conçu de main de maître, bien plus et de façon complètement différente que toutes ces situations normales de conflits, – le résultat se récite selon un couplet classique, – du désordre, encore du désordre, toujours du désordre...Dit en termes rationnels et assez modestes de la part de l’homme du renseignement, du Général-baroudeur confronté à des conditions extraordinaires et à des directions-Système qui ont abandonné depuis longtemps toute prétention au contrôle des choses, et au désordre qui domine tout, – cela donne ceci... Il s’agit des réponses que Flynn donnait à une interview qui était encore bien “sage” par rapport à celle d’Aljazeera, faite la veille de son départ à la retraite. Il s’agit plus précisément des extraits des réponses aux premières questions de James Kittfield, de Breaking Defense, le 7 août 2014..."
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- Début de la fin pour le califat?
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samedi 27 août 2016

Irak: point d'histoire


Les aventures de Tony the Warrior
                                                        Quel gâchis!
           Retour sur une aventure qui a (très) mal tourné.
      Tout a fini pas se savoir, grâce au  rapport Chilcot.
Il a menti honteusement, en bon caniche de Bush.
   Lui qui a eu une action déterminante dans le chaos engendré dans le chantier du Moyen-Orient, relayant les mensonges sur l'Irak. Un chantier dans lequelle l'Angleterre avait pris une part majeure dès l'origine.
  L'intention de Tony Blair était d'ailleurs, durant l'embargo, de ramener le pays à l'âge de pierre.
   Pressé de toutes parts, il avait été contraint à passer  à table.
     Mais la critique  dévastatrice de Tony Blair, par Steven Erlanger et David E. Sanger a fini par donner le coup de grâce.
  On peut le résumer en 13 points clés.
C'est la honte pour lui pour le restant de ses jours.!
  Il regrette, mais un peu tard, le pôvre...comme le naïf Colin Powell.
  Une repentance toute empreinte de duplicité sirupeuse:
     « Il n’y aura pas une journée de ma vie où je ne revivrai et ne repenserai à ce qui s’est passé, » ... « Les gens me demandent pourquoi je passe tant de temps aujourd’hui au Moyen-Orient. Voilà pourquoi. C’est pour cela que je travaille à la paix au Moyen-Orient. »     Quelle conversion!
       Un mea culpa qui a vite trouvé sa limite : « Je crois que nous avons pris la bonne décision et que le monde est meilleur et plus sûr »,  Il fallait oser....
      Ce grand gâchis, à l'origine de l'enchaînement des problèmes tragiques d'aujourd'hui, en Irak et autour, n'a pas fini de manifester ses conséquences désastreuses.
    L'intervention en Irak continue aujourd'hui à influer sur la politique britannique et explique les fortes réticences du Royaume-Uni à s'engager militairement depuis. Si le Brexit « est l'événement politique le plus important pour les Britanniques depuis la Deuxième Guerre mondiale, l'invasion de l'Irak en 2003 n'est pas très loin », soulignait mercredi The Guardian. « Ceux qui vivent sous le régime meurtrier de l'État islamique ou celui de Bachar el-Assad ont le droit de dire que c'est l'invasion intervenue il y a 13 ans qui a ouvert les portes de l'enfer », ajoute le quotidien....
              "En détruisant le régime de Saddam, les États-Unis ont ouvert une boîte de pandore. Ce n’est pas une surprise car même aux États-Unis, des voix critiques s’étaient élevées contre l’aventure de George W. Bush en affirmant qu’il n’y avait pas vraiment de plan clair sur l’après-Saddam. Dit moins poliment, la conquête de l’Irak avait pour but de redonner aux États-Unis le contrôle de ce pays riche de pétrole et aux confluents du Moyen-Orient et de l’Asie, et non de rétablir la démocratie." (P.Beaudet)
     On ne peut mieux dire.
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mercredi 28 juin 2017

Les Syriens et les autres

MO: un chaos programmé
                                           C'est déjà une (presque) vieille politique, celle des néoconservateurs américains consistant à considérer le Moyen_Orient comme un lieu de déconstruction pour recréer leur ordre propre, en fonction de leurs intérêts et de leurs alliances, surtout pétroliers et géopolitiques.   C'est la théorie de la destruction créatrice chère à Georges Bush, lors de l'intervention en Irak et en Afghanistan. On en connaît les résultats.
            Ce fut bien un désordre dont on ne voit pas la fin. Et sur ce désordre, un chaos qui dure, de plus en plus meurtrier et internationalisé.  Daech fut l'ultime enfant exporté de ce chaos, un chaos encore plus grand et dangereux, qui réveilla les antagonismes religieux. On créa un Frankenstein, qui échappe à toute maîtrise, même si on semble s'acheminer vers une certaine issue, du moins en Syrie.
   Les accords de Sikes-Picot avait déjà imposé un ordre occidental sur les ruines de l'empire ottoman.
   ___________             C'est ce que que nous rappelle utilement l'émission d'Arte hier soirdans les décombres de Daech
        Une approche partielle, mais intéressante à plus d'un titre.
  Sous les succès claironnés contre Daech, qui fut bien utile à certaines puissances, on pointe d'autres conflits sous-jacents, pas seulement entre des puissances locales.
      Un culbuto ou un jeu de domino dangereux, dans cet Orient compliqué, dont on ne voit où il peut mener, sinon au pire, où la désinformation domine, comme dans tous conflits, qui ne pourra déboucher maintenant sur aucune bonne solution.
   Le Quai d’Orsay commence à reconnaître ses erreurs d’analyse et Emmanuel Macron annonce un virage diplomatique tardif.
       Difficile d'éviter la propagande et la langue de bois.
      Les mutations géopolitiques en cours sont encore peu discernables et les destins de l'Irak et de la Syrie restent improbables.
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mardi 22 décembre 2015

Moyen-Orient, (toujours) en chantier

Bientôt 100 ans...
                        « Vers l’Orient compliqué je volais avec des idées simples, écrivait Charles de Gaulle pendant l’entre-deux-guerres. Je savais qu’au milieu de facteurs enchevêtrés une partie essentielle s’y jouait. Il fallait donc en être. »
                     « Dans les batailles de demain, l’essence sera aussi nécessaire que le sang » (Clemenceau)
                            « Regardons les choses simplement. La principale différence entre la Corée du Nord et l'Irak, c'est qu'économiquement nous n'avions pas le choix pour l'Irak. Le pays nage dans le pétrole." (Paul Wolfowitz)
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               Avec l'accord secret franco-britannique Sykes et Picot, établi en 1916 sur un coin de table en fonction des intérêts géopolitiques et économiques franco-anglais, on a un des éléments importants pour comprendre les convulsions anciennes, récentes et actuelles du Moyen-Orient, sur fond d'enjeux pétroliers...
      Il y a bientôt 100 ans...Ce fut le dépeçage de l'empire ottoman, prélude à des bouleversements  profonds..  en attendant les interventions des néoconservateurs américains en quête d'un nouvel ordre, sur la base d'un désordre planifié (réputé créateur!) jouant sur les prétextes sécuritaires, les divisons internes, les connivences saoudiennes, les intérêts pétroliers... menant de proche en proche au chaos actuel, dont on voit qui en tire les marrons du feu, quel Frankenstein en est issu, reposant le problème des frontières dans les pires conditions.
        A la faveur de l'agonie d' un empire, homme malade de l'Europe, des frontières furent remises en question
                  La crise actuelle en Irak laisse à penser que les frontières actuelles du Moyen-Orient sont réellement menacées d’éclatement. "Il y a un risque réel de reformation dans la région dans les années qui viennent", reconnaît Didier Billion, qui estime que l'EIIL est le groupe djihadiste le plus puissant actuellement. 
                                 Au coeur d'un conflit mondial meurtrier, Paris et Londres refaisaient le Moyen-Orient sur le dos des Arabes. 
                 C’est une page d’histoire vieille d’un siècle qui est en train de se refermer progressivement, dans les fracas de la guerre. En 1916, en plein conflit mondial et dans le plus grand secret, Français et Britanniques redessinaient la carte du Moyen-Orient post-ottoman en s’attribuant des zones d’influence : ce sont les célèbres accords Sykes-Picot que les convulsions actuelles de l’Irak menacent, de facto, de détruire...
 ...L’état d’esprit concernant le futur Moyen-Orient est parfaitement résumé dans un article du Monde diplomatique de 2003, par Henry Laurens, professeur au Collège de France et grand connaisseur de l’histoire de cette région :
        « Un certain nombre d’esprits romantiques du Caire, dont le plus célèbre sera T.E. Lawrence, le futur Lawrence d’Arabie, misent sur une renaissance arabe qui, fondée sur l’authenticité bédouine, se substituerait à la corruption ottomane et au levantinisme francophone. Ces Bédouins, commandés par les fils de Hussein, les princes de la dynastie hachémite, accepteront naturellement une tutelle britannique “bienveillante”. Londres leur promet bien une “Arabie” indépendante, mais par rapport aux Ottomans. De leur côté, les Français veulent étendre leur “France du Levant ‘ à l’intérieur des terres et construire ainsi une grande Syrie francophone, francophile et sous leur tutelle.’  Français et Britanniques ont un intérêt commun à rallier à leur camp les tribus arabes, pour les retourner contre les Ottomans. Mais tout en leur faisant de grandes promesses, ils négocient secrètement, derrière leur dos, leurs futurs zones d’influence...
                   Selon H Laurens: ... En 1918, la question pétrolière devient dominante. Selon l’accord, la France devrait contrôler la région de Mossoul, où se trouvent d’importantes réserves potentielles, mais les Britanniques, eux, ont les droits de concession. Georges Clemenceau veut bien satisfaire le groupe de pression colonial, mais en se limitant à une « Syrie utile » ne comprenant pas la Terre sainte, mais permettant un accès aux ressources pétrolières......
        La division du Proche-Orient en plusieurs Etats n’était pas en soi condamnable : les Hachémites l’avaient envisagée dès le début en faveur des fils aînés de Hussein. Mais elle s’est opérée contre la volonté des populations et en utilisant une rhétorique libérale que l’utilisation de la force rendait vide de sens. Par rapport à l’évolution politique de la dernière décennie ottomane, où la cooptation des notables et l’établissement d’un système électoral, certes très imparfait, avaient tracé la voie à une vraie représentation politique, l’autoritarisme franco-anglais constitue une régression durable.
            En tant que découpage territorial, le partage a duré, essentiellement parce que les nouvelles capitales et leurs classes dirigeantes ont su imposer leur autorité sur le nouveau pays. Mais les événements de 1919-1920 furent ressentis comme une trahison des engagements pris (en premier lieu, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes). Ils dépossédèrent surtout les élites locales de leur destin. Quand le nationalisme arabe reviendra en force, il ne reconnaîtra pas la légitimité de ce découpage et appellera à la constitution d’un Etat unitaire, panacée à tous les maux de la région. Les Etats réels seront ainsi frappés d’illégitimité et durablement fragilisés. La constitution du Foyer national juif entraînera la région dans un cycle de conflits qui semble loin de se terminer....
    Il a fallu compter avec le double jeu anglais à l'égard de la Palestine.
        En annonçant, en juillet, la création d’un « califat islamique », après la prise de Mossoul, le chef de l’« État islamique », cette force islamiste radicale qui ravage l’Irak et la Syrie, proclamait son intention « d’effacer les frontières coloniales des accords Sykes-Picot ». Et il est vrai que les frontières entre les États du Moyen-Orient (Turquie, Irak, Syrie, Liban, Palestine et Jordanie) découlent du coup de crayon tracé le 16 mai 1916, en pleine guerre mondiale, par deux diplomates, l’Anglais Marc Sykes et le Français Henri-Georges Picot, sur la carte de l’Empire ottoman. Un empire en grande difficulté depuis quelques décennies déjà : ses sultans avaient du mal à contrôler les peuples disparates et remuant de territoires qui s’étendaient du Caucase à l’Algérie et que grignotaient avec appétit les puissances européennes. Les Français avaient déjà pris l’Algérie ; les Anglais l’Égypte, et les Italiens la Libye, tandis que la Russie tsariste s’était imposée dans le Caucase. Ils allaient profiter de la Première Guerre mondiale, où la Turquie s’était rangée du côté de l’Allemagne, pour lui porter le coup de grâce : la ligne tracée par les deux diplomates allait de Mossoul à Haïfa. Tout ce qui était au nord reviendrait à la France, ce qui était au sud, à l’Angleterre.
      Pour les combattants de l’État islamique, point n’est besoin de visa ni de passeport pour passer de la Syrie à l’Irak et vice versa. La kalachnikov suffit. « Nous ne croyons pas à l’accord Sykes-Picot », se vantent-ils...______
- La face cachée du pétrole 
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