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jeudi 15 novembre 2012

Ennuyeuses, les maths?

Les maths sont un roman..._________________

 _"Autant artistes que scientifiques, les mathématiciens sont en proie à leurs passions, leurs interrogations, leurs doutes, leurs tourments, leurs angoisses, et la hantise de la beauté. « Nul ne peut être mathématicien s’il n’a une âme de poète », disait Sophie Kowalevskaia. Les mathématiciens doivent faire preuve de rigueur et de ténacité, mais surtout d’inventivité. Maudissant chaque jour leur impuissance à faire reculer les frontières du savoir, ils s’émerveillent pourtant, regardant derrière eux, de l’ampleur du chemin parcouru."
[__Cédric Villani, médaille Fields 2010]

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____IL est jeune, sympathique, brillant mais modeste. Il croit plus au travail qu'au "génie".  Un peu dandy, mais sans ostentation ni prétention. Attachant.
 Il a décroché la distinction la plus prestigieuse dans sa discipline.
 Il aurait pu partir à Harvard ou être super-trader chez  JP Morgan et devenir riche en 10 ans. Non, il a choisi l'enseignement et la recherche, qu'il décrit comme source de plaisir.
Il donne envie de se remettre aux mathématiques ou fait regretter d'en avoir fait si peu, si tard ou si mal .. Il en parle avec passion.
_______________Les mathématiques en sont pas pour Cédric une activité désincarnée, abstraite, rebutante, déséchante.
La rigueur s'associe au travail de l'imagination, qui parfois la stimule et la féconde
Einstein et Gödel
Une alchimie secrète et mystérieuse marie la littérature, la musique et le raisonnement mathématique.
_Théorème vivant n'est pas un exposé mathématique, ni un roman ordinaire, mais un mixte des deux, le libre récit de la genèse d'une avancée mathématique où intuition et hasard ont une place majeure, comme dans une enquête policière...
_Les maths, qu'elles soient considérées comme simple langage logique ou reflétant des structures réelles, sont à la recherche de l'invisible, de la logique cachée qui rend compte du désordre apparent des choses. Ceux qui se sont adonnés à cette quête étaient loin d'être des individus parfaitement rationnels.
 L'excentricité, parfois une certaine folie ne sont pas absentes de la recherche de haut niveau, comme dans le cas limite de Gödel._(1)
_La musique et les mathématiques ne sont pas sans rapport. Le vieux Pythagore l'a thématisé, Platon l'a exploité, même si le mythe y est encore présent.
Il existe comme une symphonie des nombres premiers et de la "magie" dans les maths.
_Il est des aspects des maths, qui, plus que d'autres, fascinent., comme le monde infini, enchanteur mais rigoureux des fractales.
D'une manière générale, le plaisir esthétique accompagne l'activité du mathématicien passionné.
_______C'est le cas pour notre médaillé Fieds, qui nous invite à reconsidérer les préjugés et les rigidités installées en nous depuis longtemps, plus  culturelles que  naturelles, à retrouver la jeunesse et la créativité d'esprit, l'intérêt pour la beauté et la fécondité des mathématiques. 
 Mais l'auteur ne reste pas confiné dans les sphères éthérées des mathématiques pures, il lui arrive de descendre dans l'arène...
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  ___Le danger réel n'est pas que les ordinateurs commencent à penser comme les humains, mais que les humains commencent à penser comme des ordinateurs.
[Sydney Harris]
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Publié dans Agoravox

lundi 26 février 2018

Mathématiques malmenées

Du bon usage des maths.__ Ne jurer que par elles?
                                          La nature est écrite en langage mathématique, disait Galilée, à l'aube des sciences de la nature, qui allaitent être fécondées puissamment par cet héritage grec, dont l'usage n'avait été jusque là que marginal.
     De plus en plus, la connaissance abstraite du nombre, de la mesure, des rapports formels, allaient envahir le champ de divers domaines et stimuler une connaissance de plus en plus précise, permettant aussi une meilleure anticipation des phénomènes, dans des domaines de plus en plus étendus, jusqu'en biologie aujourd'hui.
    La puissance calculatrice des maths sous tous ses aspects est devenue le levier du bon en avant dans l'informatique et l'économie numérique.
   Elle est venue même coloniser, parfois avec profit, les sciences dites de l'homme, en sociologie parfois, en histoire (démographie) et les économistes la revendiquent comme un outil indispensable dans bien des aspects de leur recherche.
            Le problème, en économie, est les mathématiques tendent souvent a devenir reine, outil dominant, donnant lieu à des anticipations discutables, ayant parfois une fonction surestimée, voire démesurée, faisant perdre de vue l'aspect qualitatif des choses au profit d'un quantitatif finissant par créer un effet de distorsion de la réalité.
      Halte à l'impérialisme des maths! disent certains économistes, revendiquant honnêtement pour leur discipline une grande part d'interprétation et une scientificité toujours problématique. Une rigueur, certes, mais mesurée, toujours critique.
          Dans le domaine des crises boursières, par exemple, dans le désir de prévoir par des calculs de plus plus sophistiqués, on se crée beaucoup d'illusions, en postulant un déterminisme problématique
   Les méthodes mathématiques et celles "sciences" de l'homme ne sont nullement comparables dans les conclusions à en tirer.
  Il est une confiance aveugle dans les maths qui peut être source de déductions très négatives.
 Le domaine des actions humaines, où entre toujours une large part d'incertitudes ne peut être traité que prudemment avec les outils inaugurés par Pythagore.
     C'est être borné que d'accorder toute confiance aux nombres et aux algorithmes
          Il n'est pas étonnant, après la crise de 2008, que beaucoup d'économistes furent en déroute.
Certains découvrent enfin naïvement que l'économie n'est ni une science neutre, ni une science dure, ni une connaissance de type scientifique classique, mais qu'elle participe des sciences humaines, malgré certains de ses aspects économétriques, auxquels elle ne peut se ramener. La quantophrénie a régné trop longtemps, au détriment de la prise en compte de l'aspect qualitatif des phénomènes observés et de la critique des présupposés du moment.
     Les dogmes de l'économie néo-classique, à dominante mathématique, a amené ses adeptes à se fourvoyer, comme la crise l'a mis en évidence. 
    Sa capacité d'anticipation a été prise de cours et son optimisme de base sur l'exubérance des marchés a été mise en défaut. Mais ne c'était pas la première fois. La capacité d'oublier, le manque de prudence méthodologique lié à l'appât du gain financier se sont  une nouvelle fois manifestés.
    L'économie néo-classique s'est fourvoyée, en suivant des présupposés et des dogmes qui subissent aujourd'hui des démentis cinglants, notamment les croyances à l'existence d' individus rationnels et du marché spontanément autorégulé.
     La pensée de Hayek et de Friedman, imposée comme indépassable, vulgarisée et appliquée par M. Thatcher et R.Reagan, sont à l'origine du tournant néolibéral des années 70, de la financiarisation tous azimuts de l'économie devenue mondialisée, au détriment des pouvoirs régulateurs étatiques.
   Le capitalisme actionnarial, c'est-à-dire le primat de la rentabilité financière, n'est pas seulement injuste et inefficace. Il engendre la souffrance au travail, il tue des gens et détruit notre écosystème. L'analyse économique dominante n'est pas simplement discutable, elle est souvent absurde. Et les politiques anticrises aggravent les crises ! Tout cela est à la fois stupéfiant, incroyable, stupide...
   Il n'est donc pas étonnant que l'on parle de la faillite des économistes, que l'on évoque une.crise de la science économique et de son enseignement.
      Comme si le débat critique et la confrontation des idées ne devaient pas être la norme en ce domaine, qui touche de si près aux choix politiques majeurs, comme Keynes et la politique économique de Roosevelt l'ont si bien démontré en son temps.
      Les économistes classiques sont à la peine et beaucoup le reconnaissent, come Krugman et Stiglitz,, surtout depuis la déroute de 2008. Mais certains, accrochés aux dogmes pourtant déconsidérés, peinent à le reconnaître encore
     Les dits pris Nobel ne changent rien...
        L'économie est l'affaire de tout homme cultivé, qui peut en comprendre l'essentiel.
 :Une certaine imposture économique n'a pas fini de vouloir s'imposer.
     Les modèles mathématiques, si en vogue, ne sauveront pas une discipline souvent déconsidérée par ses pratiques récentes.qui étaient tout, sauf neutres.

    L'abus des maths est nuisible à la santé et à l'utilité de la recherche économique et, d'autre part, la sélection par les maths chez nous demande une révision de fond.
         Sale temps pour les économistes, ou du moins pour un certain nombre ayant pignon sur  medias.
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jeudi 12 mai 2022

Echec et maths?

Maths en question

             Nous sommes dans le caca. En math, plusieurs échos convergents nous parviennent de divers horizons, pas du tout élogieux, concernant le niveau en math de nos jeunes collégiens et lycéens. A tel point que, rue de Grenelle, on prépare une réforme (encore une!) pour y remédier. Il y va de notre avenir scientifique et technique.                                                                                    Ce n'est pas la première fois que les mathématiques sont au coeur des débats scolaires: quelle place leur accorder en fonction des objectifs qu'on  se donne. Depuis le projet galiléen ("La nature est écrite en langage mathématique"), puis newtonien, leibnitzien et einsteinien,  la recherche mathématique apparaît pour ce qu'elle est: une école de rigueur, d'exactitude, d'efficacité, dans une part toujours plus grande des domaines scientifiques. .   Un outil incontournable pour la compréhension du monde.                                                           Nous avions en France de célèbres noms, de grandes écoles de recherche, depuis Poincaré à Villani, en passant par Bourbaki. Il y a encore de belles pointures.     Depuis les années 80, l'ouverture de l'école "sur la vie", les consignes consistant à ne pas trop charger les bambins de travail, le développement excessif du ludique à l'école, on a constaté une baisses graduelle des exigences scolaires en général, dans tous les domaines. La source s'est tarie peu à peu, malgré les alertes concernant les effets de certaines pédagogies dites "modernes" ou "inclusives". Les conséquences sont visibles. Malgré les "simplifications" apportées, les élèves décrochent, surtout les plus défavorisés et les enseignants, au recrutement problématique, qui ne tient pas seulement à la faiblesse des rémunérations, se font de plus en plus rares et moins bien préparés.. Nous serions revenus au niveau de la Roumanie...     


                          Mais le problème ne se situe pas seulement au niveau des maths, mais aussi de la langue, de plus en plus mal maîtrisée. Celui qui maitrise mal le français a peu de chances de bien appréhender la langage mathématique sous toutes ses formes. Tant de structures logiques sont communes! L'école de l'"amusement" produit ses effets. L'école va mal, voilà le problème; ce n'est pas la première fois que le diagnostic est posé. La blanquérisation n'a rien arrangé. Une réforme est urgente.   Ce ne seront pas les neurosciences qui nous tireront d'affaire... Le nivellement par le bas a montré ses effets et la "bienveillance" est une valeur ambiguë. Un échec sur toute la ligne pour "l'école de la confiance".                                                                                                                                                    Difficiles les maths, présentes partout, quoi qu'on en pense? Certaines méthodes peuvent les rendre abordables, voire attractives, même à des niveaux modestes.  L'imagination, la passion, voire la fascination ont leur place en ce domaine. Pour le rendre pas du tout rébarbatif ou même ennuyeux
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                                                       _______________________________

   

samedi 15 novembre 2008

EN : logique comptable ?




L'alibi du "moins mais mieux" et du "libre choix" des élèves...

"Dans l’école que j’appelle de mes vœux où la priorité sera accordée à la qualité sur la quantité, où il y aura moins d’heures de cours, où les moyens seront mieux employés parce que l’autonomie permettra de les gérer davantage selon les besoins, les enseignants, les professeurs seront moins nombreux." (N.Sarkozy)__________

Le lycée de Xavier Darcos : un miroir aux alouettes ? | Mediapart

"La réforme du lycée préparée par X.Darcos présente des risques sérieux de régression. Si elle est mise en œuvre comme prévu à la rentrée 2009, elle peut déboucher sur un lycée moins démocratique et moins efficace que l’actuel. Au-delà de la propagande paradoxale qui voudrait qu’en diminuant l’encadrement pédagogique tout devrait aller mieux, les acteurs de l’éducation doivent analyser attentivement les tenants et aboutissants d’une transformation majeure du lycée. Il est vrai que la réforme prévue est d’une complexité telle que même les plus avertis nes’y retrouvent pas facilement. Et la célérité inquiétante de Xavier Darcos n’est pas faite pour éclairer les choses.
Il faut prendre d’abord la mesure du trompe-l’œil, ce que l’on peut appeler « l’habillage » de la réforme : moins d’heures de cours, architecture « modulaire », rythme semestriel. Pourquoi cette réforme ? Officiellement, il s’agirait de rapprocher le lycée de l’université, en rendant les lycéens plus « autonomes ». En somme, ce qui a tant de mal à convenir à des centaines de milliers d’étudiants frappés par l’échec du fait d’un sous-encadrement criant devrait être appliqué rapidement aux lycéens dont beaucoup sont des élèves scolairement fragiles, dont la plupart n’ont pas à domicile professeurs particuliers etparents en mesure de les aider.
Le raisonnement est étrange. En fait, il est biaisé. Quiconque ne comprend qu’il s’agit exclusivement « d’habiller » la baisse de 80 000 enseignants dans les quatre années qui viennent, dans le cadre d’une politique de réduction de l’emploi public, ne peut vraiment juger de la réforme dans ses fins, ses modalités, ses conséquences. La raison financière de cette réforme est aujourd’hui masquée, elle ne l’était pas hier. En 2007 dans sa Lettre aux éducateurs, N.Sarkozy avait dit clairement ses intentions: « Dans l’école que j’appelle de mes vœux où la priorité sera accordée à la qualité sur la quantité, où il y aura moins d’heures de cours, où les moyens seront mieux employés parce que l’autonomie permettra de les gérer davantage selon les besoins, les enseignants, les professeurs seront moins nombreux. »
La reconstruction totale du lycée qui est en cours aujourd’hui n’a donc, selon les propos même de N.Sarkozy,qu’un seul véritable objectif : la réduction du nombre d’enseignants. Rien d’autre ne compte, ni l’évolution des contenus, ni la poursuite de la démocratisation, ni l’élévation des niveaux de savoir. C’est sans doute la première fois qu’une si profonde mutation est entièrement commandée par des impératifs strictement comptables.
_____Tout changer pour diminuer le nombre d’enseignants ?
La réforme du lycée s’inscrit dans le cadre plus général de la « Révision générale des politiques publiques » (RGPP) engagée depuis l’été 2007 et conduite directement par l’Élysée (cette grande opération de « modernisation » est menée dans le cadre du Conseil de modernisation des politiques publiques présidé par Nicolas Sarkozy).
Un rapport d’audit confidentiel rédigé par Pierre Lepetit ( inspecteur général des finances) et parFrançoise Mallet (inspectrice générale de l’Éducation nationale) et remis le 15 novembre 2007à Claude Guéant ( secrétaire général de l'Élysée) et à Jean-Paul Faugère (directeur de cabinet de François Fillon) a été rendu opportunément public par l’ AEF, une agence de presse spécialisée dans les questions d’enseignement (communiqué AEF n°83598),au mois d’août 2008. Il éclaire singulièrementles intentions ministérielles.
La problématique du rapport est simple. Pour parvenir aux objectifs de réduction du nombre de fonctionnaires (suppression d’un poste sur deux de fonctionnaires à la retraite dans l’Éducation nationale), il faut entreprendre des réformes structurelles profondes : "Comment assurer la poursuite voire l'accélération de l'effort d'assainissement budgétaire sur la période 2009-2011-2012 sans réformes structurelles du système éducatif ?" se demandent les experts commandités. Leur réponse est limpide, en dépit d’une certaine langue de bois :"À défaut de réforme, le scénario d'optimisation des moyens sera insuffisant pour atteindre les objectifs budgétaires et conduira à dégrader les résultats du système éducatif", estiment-ils. En d’autres termes, pour parvenir à ces baisses d’emplois, il faut opérer une série de grandes réformes du système éducatif dans tous les domaines : pédagogiques, organisationnelles, statutaires.
Les trois scénarios de réforme proposés valent la peine d’être examinés. Ces scénarios (optimisation, autonomie maîtrisée, autonomie complète), conformément à la logique strictement comptable de la RGPP, sont évalués uniquement en termes d’économie de postes. Le premier scénario de "l'optimisation de la gestion des ressources sans réforme majeure de l'offre éducative"permettrait "une économie potentielle de 41 000 à 43 000 emplois temps plein (ETP) nets sur cinq ans". Le second scénario d’autonomie maîtrisée, "comprend des réformes importantes sur l'offre éducative et sur les conditions de travail des enseignants dans le cadre d'une plus grande autonomie des établissements pilotée par l'État". L'économie réalisée est évaluée entre 85 000 à 93 000 ETP nets sur cinq ans. Le troisième scénario correspond à une "autonomie complète" du système, c’est-à-dire àla déconcentration totale de l'offre éducative et à la décentralisation des financements. L'économie réalisée est la même que celle du deuxième scénario.
Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les auteurs valorisent le deuxième scénario, qui permet de réduire le nombre total d’enseignants de plus de 10 % en cinq ans, mais au prix d’une baisse importante de « l’offre d’éducation » et d’une transformation de l’organisation du travail des enseignants.
_______On s’intéressera ici spécialement aux conséquences de ce scénario sur le second degré, mais il n’est pas inutile de savoir que dans le premier degré, cette politique impose déjà un recul considérable de l’offre d’éducation puisqu’il suppose une réduction du nombre d’heures de cours, la réduction de la scolarisation à deux ans voire à trois ans, la suppression des réseaux de soutien et d’aide aux élèves en difficulté.
Cette réduction importante sera donc prolongée dans le second degré, en commençant par le lycée dès 2009. Fin des redoublements, plafonnement et annualisation des horaires élèves, simplification des programmes d’enseignement, telles sont quelques-unes des préconisations du rapport concernant l’offre éducative (à côté de celles qui concernent les conditions de travail des enseignants).On voit sans doute mieux le sens de la mission confiée à Jean-Paul de Gaudemar par X.Darcos : proposer une réforme qui puisse satisfaire aux impératifs de la RGPP pilotéepar N.Sarkozy. La FSU par la voix de son secrétaire général G.Aschiéri a estimé que le lycée pourrait « rendre » par l’application de la réforme entre 15 000 et 20 000 postes, soit un quart ou un cinquième de la réduction totale espérée, le reste des suppressions devant être trouvé dans le primaire et dans le collège.

Vaut-il la peine d’entreprendre dans la précipitation le bouleversement du lycée pour réaliser une telle économie en personnel enseignant ? En langage profane voire cynique qui sied à notre époque, la question est : est-on bien sûr que les effets de cette réforme ne coûteront pas plus cher que les économies souhaitées dans le court terme ? Il faut pour cela mettre en balance les économies réalisées (770 millions d’euros par an) et les coûts scolaires et sociaux à très long terme de ce chamboulement des études secondaires.Il y a d’abord, les risques propres à une précipitation encore inédite pour une réforme aussi radicale de l’enseignement. Sans aucune préparation, sans aucune expérimentation, sans évaluation sérieuse des conséquences de cette « refondation » d’ampleur inégalée depuis 1902, avec pour seule référence une vague évocation du « système finlandais » ou du « système anglo-saxon » parés soudain de toutes les vertus, on entend bouleverser le système du lycée français jugé péremptoirement « obsolète ».Les lycées seront-ils prêts à accueillir en septembre prochain les 500 000 élèves de la nouvelle seconde ? Ces derniers ne vont-ils pas devoir « essuyer » les plâtres d’une « rupture » improvisée qui se poursuivra en Première et en Terminale les deux années suivantes ? Il suffit d’observer qu’il a été demandé à toutes les Inspections générales de refaire tous les programmes de Seconde en quelques semaines, pour se rendre compte du caractèrehâtif de cette entreprise radicale.

La question est également de savoir comment faire des programmes si l’on ne sait rien de la suite et en particulier de l’évaluation des études secondaires (suppression ou transformation du bac, contrôle continu, crédits d’enseignement par modules, autres ?). Rappelons que la grande réforme historique de 1902, laquelle a introduit officiellement l’enseignement moderne dans les lycées, avait été précédée de mois d’enquêtes et de discussions parlementaires d’un très haut niveau intellectuel. Dès 1899, plus de 200 personnalités de l’enseignement, de la politique, de l’économie, avaient ainsi été auditionnés. Autres temps, autres moeurs.Au-delà du risque inhérent à l’impréparation, se pose la question de la pertinence pédagogique de la réorganisation prévue. Recensons quelques points de la réforme qui devaient faire débat et sur lesquels professeurs, parents et élèves auraient leur mot à dire. L’affichage officiel souligne trois caractères majeurs de la réforme: un enseignement modulaire, un enseignement semestriel, un enseignement moins chargé.Un enseignement modulaire. Dans l’état actuel du chantier, l’unité de base des études serait le « module » de 3 heures pour toutes les disciplines. C’est l’idée faite pour séduire aussi bien les libéraux adeptes du « libre choix » que les tenants du « constructivisme pédagogique » : les lycéens choisiront leur parcours et construiront leurs savoirs. Ils seront « acteurs de leur apprentissage » selon la formule officielle. Claude Allègre avait déjà eu cette tentation de séduire les élèves par la promesse d’études plus sympathiques dans un« lycée allégé» où le terrible ennui des études et l’impitoyable sélection seraient enfin surmontés. Sans entrer dans de trop vastes considérations, notons seulement qu’il n’est pas certain que ce « lycée à la carte», que cet enseignement « au choix », soit nécessairement plus démocratique et plus efficace. Ni même qu’il soit nécessairement plus « sympathique ». Le « choix » des modules, qui vient s’ajouter à celui des établissements avec la suppression de la carte scolaire, risque de favoriser ceux qui détiennent les clés des meilleurs parcours et qui sont déjà ceux qui ont les atouts pour obtenir une place dans les lycées de leur supposé « libre choix ».Les lycéens et leurs familles pourront choisir, à côté d’un tronc commun de 21 heures (3h x 7 modules) entre de nombreuses options « modulaires » (2 par semestre) pour le reste (soit 3h x 2 modules). Les modules de trois heures pour chaque discipline, sans dédoublement, peuvent aggraver un travers déjà existant : la fragmentation du savoir transmis en petites unités dispersées. C’est d’autant plus dommageable que ce dispositif est susceptible de faire éclater le « groupe-classe », lieu d’intégration et de stabilité pour de nouveaux lycéens, qui en ontd’autant plus besoin qu’ils sont scolairement fragiles.Un autre inconvénient apparaît vite. Un certain nombre de « modules » dits d’approfondissement peuvent être pris dans des disciplines déjà présentes dans le tronc commun. C’est en particulier le cas pour le français, les maths les sciences expérimentales (Physique-chimie,Sciences de la vie et de la Terre), l’histoire-géographie. On pourra donc être élève « scientifique » avec peu de français ou élève « littéraire » avec peu de maths. On risque donc de retrouver bien vite les polarisationsarchaïques entre culture scientifique et culture littéraire que quarante ou cinquante ans de transformation avaient peu à peu réussi à surmonter, spécialement grâce au développement de la filière « économique et sociale » qui a introduit à grande échelle la « troisième culture » des sciences humaines. On notera que les Sciences économiques et sociales, l’une des seules véritables innovations disciplinaires du lycée dans la deuxième moitié du XXe siècle,paraissent être les grandes sacrifiées de la réforme. Il est vrai que cette discipline a eu le malheur de déplaire aux fanatiques du marché qui, avec leurs lobbies puissants, n’ont eu de cesse de la supprimer ou de la dénaturer.

En un mot, la première rupture voulue par Xavier Darcos pourrait bien accentuer inégalités entre élèves et perturbations dans un rapport pédagogique qui ne se porte déjà pas toujours et partout au mieux, comme elle pourrait conforter l’ancienne et stérile dualité des « matheux » et des « littéraires », au détriment de la culture économique et sociologique.Un enseignement semestriel. C’est la seconde rupture. Il ne s’agit pas simplement de remplacer les trimestres actuels par des semestres, ce qui n’aurait aucun sens. Il s’agit de remplacer des enseignements annuels par des enseignements semestriels. L’évaluation se fera lors de quatre conseils de classe de mi-semestre (en octobre et en avril) et de fin de semestre (en février et en juin). Cette « semestrialisation », calquée sur l’organisation universitaire, est le dispositif complémentaire de la « modularisation » : les élèves changeron tde modules à la mi-année, du moins pour ceux qui ne relèvent pas du « tronc commun ». Ils composeront donc une sorte de menu de leur choix. Il faudrait s’interroger sur le « détail » de l’organisation, qui a son importance : comment évaluer ?un élève redoublera-t-il le module choisi ? comment suivre Maths 2 si l’on n’a pas choisi maths 1 au premier semestre ? Il serait logique que cette réforme implique la disparition de l’examen terminal, remplacé par des examens multiples tout au long des études. Évaluation continue dont on peut se demander si les lycéens la trouveront plus « sympathique » que le vieux baccalauréat.-La question reste de savoir quel sens pédagogique peut bien avoir un dispositif qui peut favoriser un certain « zapping ». Ceux qui ont quelque pratique de l’enseignement savent qu’il faut du temps avec des élèves relativement jeunes pour installer des méthodes régulières de travail, des modes stabilisés de réflexion, des pratiques scolaires et des dispositions intellectuelles durables. C’est grâce à cette durée que l’enseignement a une portée réellement formatrice. L’éducationn e ressemble pas au speed dating avec des disciplines que l’on essaye au gré de ses envies. Le caractère éphémère des cours risque par contre de faire perdre beaucoup de temps puisqu’il faudra refaire à chaque semestre le même travail d’installation de la relation pédagogique, le même effort d’adaptation à une nouvelle discipline et à un nouveau professeur.Les effets de cette semestrialisation sur des élèves qui pour beaucoup manquent de « maturité » seront sans doute sensibles sur ceux qui ont le plus besoin d’un encadrement régulier et stable. On notera ici, en passant, que le système scolaire annuellement organisé, s’il va sans doute à contre-courant d’un certain « bougisme » économique, technologique et sociétal, apporte peut-être à beaucoup de jeunes, un sentiment de stabilité, une capacité de se projeter dans l’avenir, une possibilité d’évoluer dans un cadre établi, toutes dimensions qu’ils trouvent de moins en moins en dehors de l’école.

Un enseignement plus court. C’est un objectif fondamental, mais un peu caché, puisqu’il va permettre cette baisse tant souhaitée du nombre d’enseignants de lycée. Les heures de cours étant posées comme trop nombreuses, il convient de les « plafonner » pour les élèves. L’un des objectifs de la réforme est de faire baisser la durée hebdomadaire de cours en seconde à 30 heures maximum (après avoir envisagé une diminution à 27 heures), au lieu de 32 ou même dans certains cas de 35. Les autres niveaux de Première et de Terminale devraient connaître les coupes de même ampleur les années prochaines. Mettant toutes les disciplines sous la même règle des « trois heures », cette organisation réduit le nombre d’heures de cours dans de nombreuses disciplines, dont celles que l’on considère par ailleurs comme « fondamentales » : français ou maths, pour ne citer qu’elles. Sauf, comme on l’a dit plus haut à se spécialiser en prenant ces disciplines en « modules d’approfondissement », les élèves risquent fort de n’avoir droit qu’à un enseignement très appauvri.La réforme combine deux principes complémentaires, habilement présentés. Celui du « libre choix » et celui du « plafonnement ». Deux risques en découlent : l’appauvrissement du choix effectif de formation proposé au lycée, illustré notamment par la marginalisation possible de l’enseignement économique et social, au profit d’une concentration sur certaines matières « rentables » ; la difficulté de transmettre un savoir construit et solide avec un nombre réduit d’heures de cours.Le lycée, trop hiérarchisé et trop cloisonné, doit connaître une réforme. Mais celle que propose X.Darcos, faute d’avoir fait l’objet d’une discussion, d’une réflexion et d’une évaluation sérieuse est peut-être la pire que l’on puisse imaginer.Elle présente en effet des risques sérieux de régression à court comme à long terme, risques accrus du fait que cette politique n’a pas d’objectif pédagogique et intellectuel propre, que son seul but est financier.X.Darcos, à la suite de N.Sarkozy, martèle un slogan : « moins mais mieux », c’est-à-dire moins d’heures de cours et moins d’enseignants. La formule incantatoire laisse dans l’ombre les conséquences réelles de la diminution de l’encadrement sur la formation..."________________________

La reforme du lycée par Xavier Darcos
Ensemble contre la réforme Darcos - Politis
Réforme du lycée: vers une pédagogie de l'inculcation | Rue89
Où va l'école ?


lundi 18 mai 2026

Intermède

Quand les maths enchantent 

       On peut douter que les maths soient un roman

      Mais elles sont moins ennuyeuses qu'on ne le pense souvent.  Cela dépend en grande partie de la qualité de leur apprentissage, du plaisir que l'on peut prendre dans ce domaine si varié, toujours à explorer, favorisant de nouvelles lectures du monde. Une ouverture vers l'infini.                                                                           Et vers un monde fascinant:

                     Celui des fractales

                                                Complexité et diversité

                                                            Modélisation et compréhension

                                  Entre logique et esthétique

                                       

         A la recherche de l'inconnu     

                     __  On peut aller sur le site de G Villemin et ici __                 ____________________

vendredi 9 décembre 2016

Pis-ça continue...

Un thermomètre en question
                                   Tous les trois ans revient le même scénario et parfois le même psychodrame.
       Les discussions et les polémiques autour des données chiffrées d'une organisation de l'OCDE, censée livrer une image comparée et objective du niveau scolaire de notre jeunesse à un moment donné.
     A chaque  Program for International Student Assessment , c'est l'effervescence assurée tous les trois ans, de Paris à Pékin et puis ça passe...
     Moment privilégié pour vanter ou  déplorer ses investissements en matière scolaire, gage des succès de la société et de l'économie de demain, au sein d'une compétitivité mondialisée exacerbée. Les esprits bien formés d'aujourd'hui feront la richesse de demain. C'est le postulat de base, le non-dit jamais analysé.
    On ne s'interroge pas sur ce qu'est une vraie formation humaine, en ne retenant que quelques critères, supposés déterminants, à partir d'une batterie de tests où l'ordinateur prend une place de choix.. Têtes bien pleines ou têtes bien faites? La question ne sera pas posée. Les protocoles uniformisés l'interdisent. Un élève bourré de connaissances aura-t-il pour autant une meilleure faculté d'adaptation et d'intelligence intuitive, d'inventivité?
        A l'heure de la mondialisation, l'OCDE classe mondialement
  La concurrence économique est sous-jacente à cette opération, ainsi que le prestige des Etats, par le bais de ces classements discutés et, du moins partiellement, discutables.   
     Même si certaines analyses et commentaires sont parfois pertinents. Mais jusqu'où et à quel fin? Si en France, la formation des enseignants a été sacrifiée sur l'autel de Bercy, contrairement à la Finlande, qui choisit les meilleurs, on n'entend pas un mot venant de la rue de Grenelle pour inverser la tendance. Si nos facultés sont dans la pénurie, sont les projets pour en faire des pôles d'excellence pour le plus grand nombre?.Un "placement" sûr pour notre avenir.
     Comme les classement de presse à l'emporte-pièce sur le niveau des établissements solaires ou la qualité des hôpitaux, ces marronniers...il faut prendre avec des pincettes ces données chiffrées, qui s'inversent parfois curieusement dans un temps très court.
   On peut s'interroger non seulement sur l'intérêt mais aussi sur la pertinence de tels tests.. On note des connaissances, des compétences,  pas une culture reçue en évolution, dans sa diversité, ses formes et ses composantes..
    Parfois on enfonce des portes ouvertes, quand on signale par exemple les déterminants sociaux de la "réussite" scolaire. Parfois on est dans l'approximation la plus totale ou l'affirmation gratuite.
            Une évaluation de la qualité et les performances des institutions ou des administrations, même si elle s'impose parfois, n'est jamais sans principes, sans présupposés, sans arrière-pensées parfois. Surtout quand elle se situe dans l'esprit du New public management... comme à l'hôpital aujourd'hui.
Et les critères peuvent être discutés, de même les résultats et leurs conditions d'obtention, les choix qui les déterminent.
      On a parfois des résultats sans surprise, ou sans nuances ni questionnement sur les causes.             .D'après la dernière enquête Pisa, notre  système éducatif serait le plus inégalitaire des pays de l'OCDE. « En France, quand on appartient à un milieu défavorisé, on a une chance sur cinq d'avoir de bons résultats, alors que c'est une sur deux à Shanghai où il y a une véritable équité sociale « , commentait Eric Charbonnier, expert à l'OCDE en présentant les résultats classement Pisa 2012 où la France a reculé de deux places.
        Peut-être, même si c'est un peu court, mais tient-on compte du système bicéphale du l'enseignement secondaire allemand, qui sélectionne très tôt, par exemple? Quel public scolaire est visé, quelles classes d'âge? Tous les pays intègrent-ils tous les élèves sans discriminations?
         De plus en plus, comme le remarque C. Valmour, on entend piloter le ministère de l'EN à l'aune des évaluations internationales, or, la lecture de milliers de pages de rapports officiels, notes et ouvrages, produits par des dizaines d’experts internationaux montrent que ces évaluations sont très réductrices. Si elles demeurent une source d’information intéressante, elles ne prouvent aucunement qu’un système est meilleur qu’un autre en raison des multiples biais (culturels, statistiques, méthodologiques) qui ont été découverts, et jamais relatés dans la presse, avide uniquement de palmarès. On ne peut comparer que ce qui est comparable, or il n’y a rien de tel pour PISA. Pire, les circonstances indéfinies dans lesquelles PISA est né laissent penser qu’il existerait au sein de l’OCDE un réseau qui vise à détruire l’Etat-Nation, les spécificités culturelles et les systèmes éducatifs de chaque pays pour imposer un modèle éducatif et culturel unique, doublé d’un projet commercial...
      PISA donne une impression de transparence, de pluralité et d’universalité. Or, du début à la fin du processus élaboration-correction-analyse d’items, il y a le consortium PISA et son maître d’œuvre. Qui sont-ils ?... 
     Créée en 1930, l’ACER (le maître d’œuvre) est une association australienne qui vend des évaluations, ainsi que des produits et services en matière d’éducation. NIER est un institut japonais qui s’occupe de politique éducative. ETS (Educational Testing Service) est une association américaine qui vend des produits et des services dans le domaine de l’enseignement. Deux de ses produits sont bien connus des français : le TOEFL et le TOEIC. CITO, créée par le gouvernement néerlandais en 1968, est devenue une société privée en 1999. Enfin, Westat Incorporated est une entreprise américaine (employee ownership) omniprésente dans les évaluations : PIRLS, TIMMS, NAEP, etc. 
     Notons que toutes ces organisations sont d’inspiration anglo-saxonne. De même, les experts scientifiques de PISA sont anglo-saxons à l’écrasante majorité. Nathalie Mons représentera pour la première fois la France lors de PISA 2009. Ce qu’il faut retenir à ce stade, c’est qu’une culture se définit aussi par son système éducatif. ...
          PISA prétend comparer et évaluer des compétences et s’abrite derrière l’élimination des biais culturels, c’est-à-dire, pour schématiser, tout ce qui peut avantager les élèves d’un pays. Or, quand on élimine ce qui fait la spécificité des pays, on ne les compare plus que sur la base du plus petit dénominateur commun. Et c’est ce dénominateur que l’on offre comme modèle de vie et de réussite dans le monde moderne, en occultant tout le reste.
        Comme le souligne C. Dubouloz, au niveau mondial, Singapour rafle l’ensemble des prix: les élèves sont les meilleurs, et de loin, en sciences, en maths, ainsi qu’en compréhension de l’écrit. «Il y a quelques années, les responsables de l’éducation étaient tous envoyés en Finlande pour étudier le système éducatif performant de ce pays. Ensuite, Shanghai est devenue la référence, maintenant c’est Singapour», ironise Stefan Wolter, directeur du Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation. Dans le classement, la Finlande a fortement chuté en sciences et en maths, de même que la Corée du Sud en lecture....
                   On peut s'étonner de telles baisses, improbables en si peu de temps
     Pour Julien Grenet, chercheur à l’Ecole d’économie de Paris, «ces palmarès ont peu de fondements statistiques. Le score moyen de chaque pays est entouré par une incertitude, qui tient au fait que l’enquête porte sur des petits échantillons d’élèves et présente des marges d’erreur. Si bien que des pays dont les rangs sont proches dans le classement peuvent avoir des résultats qui ne sont pas statistiquement différents.»
   En outre, dit cet expert, «il faut comparer ce qui est comparable. PISA ne prend en compte que les jeunes de 15 ans scolarisés». Alors, si l’on peut comparer entre eux les pays de l’OCDE «qui ont des taux de scolarisation à 15 ans proches de 100%, on ne peut pas en faire autant avec des pays où ce taux est bien plus bas».
     Un instrument de mesure qu'il ne faut donc surtout pas absolutiser  fétichiser, et faire bon usage du classement PISA  est la première consigne de méthode et de prudence . Il faut le répéter.
    Les limites intrinsèques à de telles comparaisons sont rarement signalées et comparaison n'est pas raison.
        Si la Corée du Sud caracole en tête cette année, c'est sans doute qu'elle  forme des élèves qui travaillent avec acharnement. Mais comment et  à quel prix? Pour former quels types d'adultes?   De bons serviteurs de Samsung? 
      Et si à l'OCDE on s'interrogeait sur une question largement occultée: qu'est-ce qu'une tête bien faite? qu'est-ce qu'un esprit cultivé?...
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samedi 7 décembre 2019

PISA revient

    Un rituel utile?
                          Régulièrement, on a droit à notre rapport rituel, qui tombe comme feuilles en automne, inévitablement commenté, accepté comme du bon pain , sans  recul suffisant, donnant chaque fois lieu à de fermes résolutions et de doctes engagements de la rue de Grenelle: 
  On va changer les choses et faute de casser le thermomètre, on fera mieux l'année prochaine en s'attaquant aux points sensibles, qui ne sont pas des révélations. Parfois simplement des constats de bon sens. Le système scolaire ne peut être détaché du terreau qui le fonde et des moyens que l'on y met.
   Mais , au fait, que mesure-t-on à l'OCDE?
         Tous les trois ans revient le même scénario et parfois le même psychodrame.
       Les discussions et les polémiques s'enflamment autour des données chiffrées d'une organisation de l'OCDE, censée livrer une image comparée et objective du niveau scolaire de notre jeunesse à un moment donné.
     A chaque  Program for International Student Assessment , c'est l'effervescence assurée tous les trois ans, de Paris à Pékin et PISA passe...
     Moment privilégié pour vanter ou  déplorer ses investissements en matière scolaire, gage des succès de la société et de l'économie de demain, au sein d'une compétitivité mondialisée exacerbée. Les esprits bien formés d'aujourd'hui feront la richesse de demain. C'est le postulat de base, le non-dit jamais analysé.
    On ne s'interroge pas sur ce qu'est une vraie formation humaine, en ne retenant que quelques critères, supposés déterminants, à partir d'une batterie de tests où l'ordinateur prend une place de choix.. Têtes bien pleines ou têtes bien faites? La question ne sera pas posée. Les protocoles uniformisés l'interdisent. Un élève bourré de connaissances aura-t-il pour autant une meilleure faculté d'adaptation et d'intelligence intuitive, d'inventivité?
        A l'heure de la mondialisation, l'OCDE classe mondialement
  La concurrence économique est sous-jacente à cette opération, ainsi que le prestige des Etats, par le bais de ces classements discutés et, du moins partiellement, discutables.   
     Même si certaines analyses et commentaires sont parfois pertinents. Mais jusqu'où et à quel fin? Si en France, la formation des enseignants a été sacrifiée sur l'autel de Bercy, contrairement à la Finlande, qui choisit les meilleurs, on n'entend pas un mot venant de la rue de Grenelle pour inverser la tendance. Si nos facultés sont dans la pénurie, où sont les projets pour en faire des pôles d'excellence pour le plus grand nombre?.Un "placement" sûr pour notre avenir.
     Comme les classement de presse à l'emporte-pièce sur le niveau des établissements solaires ou la qualité des hôpitaux, ces marronniers...il faut prendre avec des pincettes ces données chiffrées, qui s'inversent parfois curieusement dans un temps très court.
   On peut s'interroger non seulement sur l'intérêt mais aussi sur la pertinence de tels tests.. On note des connaissances, des compétences,  pas une culture reçue en évolution, dans sa diversité, ses formes et ses composantes..
    Parfois on enfonce des portes ouvertes, quand on signale par exemple les déterminants sociaux de la "réussite" scolaire. Parfois on est dans l'approximation la plus totale ou l'affirmation gratuite.
            Une évaluation de la qualité et les performances des institutions ou des administrations, même si elle s'impose parfois, n'est jamais sans principes, sans présupposés, sans arrière-pensées parfois. Surtout quand elle se situe dans l'esprit du New public management... comme à l'hôpital aujourd'hui.
Et les critères peuvent être discutés, de même les résultats et leurs conditions d'obtention, les choix qui les déterminent.
      On a parfois des résultats sans surprise, ou sans nuances ni questionnement sur les causes.             .D'après la dernière enquête Pisa, notre  système éducatif serait le plus inégalitaire des pays de l'OCDE. « En France, quand on appartient à un milieu défavorisé, on a une chance sur cinq d'avoir de bons résultats, alors que c'est une sur deux à Shanghai où il y a une véritable équité sociale « , commentait Eric Charbonnier, expert à l'OCDE en présentant les résultats classement Pisa 2012 où la France a reculé de deux places.
     

  Peut-être, même si c'est un peu court, mais tient-on compte du système bicéphale du l'enseignement secondaire allemand, qui sélectionne très tôt, par exemple? Quel public scolaire est visé, quelles classes d'âge? Tous les pays intègrent-ils tous les élèves sans discriminations?
         De plus en plus, comme le remarque C. Valmour, on entend piloter le ministère de l'EN à l'aune des évaluations internationales, or, la lecture de milliers de pages de rapports officiels, notes et ouvrages, produits par des dizaines d’experts internationaux montrent que ces évaluations sont très réductrices. Si elles demeurent une source d’information intéressante, elles ne prouvent aucunement qu’un système est meilleur qu’un autre en raison des multiples biais (culturels, statistiques, méthodologiques) qui ont été découverts, et jamais relatés dans la presse, avide uniquement de palmarès. On ne peut comparer que ce qui est comparable, or il n’y a rien de tel pour PISA. Pire, les circonstances indéfinies dans lesquelles PISA est né laissent penser qu’il existerait au sein de l’OCDE un réseau qui vise à détruire l’Etat-Nation, les spécificités culturelles et les systèmes éducatifs de chaque pays pour imposer un modèle éducatif et culturel unique, doublé d’un projet commercial...
      PISA donne une impression de transparence, de pluralité et d’universalité. Or, du début à la fin du processus élaboration-correction-analyse d’items, il y a le consortium PISA et son maître d’œuvre. Qui sont-ils ?... 
     Créée en 1930, l’ACER (le maître d’œuvre) est une association australienne qui vend des évaluations, ainsi que des produits et services en matière d’éducation. NIER est un institut japonais qui s’occupe de politique éducative. ETS (Educational Testing Service) est une association américaine qui vend des produits et des services dans le domaine de l’enseignement. Deux de ses produits sont bien connus des français : le TOEFL et le TOEIC. CITO, créée par le gouvernement néerlandais en 1968, est devenue une société privée en 1999. Enfin, Westat Incorporated est une entreprise américaine (employee ownership) omniprésente dans les évaluations : PIRLS, TIMMS, NAEP, etc. 
     Notons que toutes ces organisations sont d’inspiration anglo-saxonne. De même, les experts scientifiques de PISA sont anglo-saxons à l’écrasante majorité. Nathalie Mons représentera pour la première fois la France lors de PISA 2009. Ce qu’il faut retenir à ce stade, c’est qu’une culture se définit aussi par son système éducatif. ...
          PISA prétend comparer et évaluer des compétences et s’abrite derrière l’élimination des biais culturels, c’est-à-dire, pour schématiser, tout ce qui peut avantager les élèves d’un pays. Or, quand on élimine ce qui fait la spécificité des pays, on ne les compare plus que sur la base du plus petit dénominateur commun. Et c’est ce dénominateur que l’on offre comme modèle de vie et de réussite dans le monde moderne, en occultant tout le reste.

        Comme le souligne C. Duboulozau niveau mondial, Singapour rafle l’ensemble des prix: les élèves sont les meilleurs, et de loin, en sciences, en maths, ainsi qu’en compréhension de l’écrit. «Il y a quelques années, les responsables de l’éducation étaient tous envoyés en Finlande pour étudier le système éducatif performant de ce pays. Ensuite, Shanghai est devenue la référence, maintenant c’est Singapour», ironise Stefan Wolter, directeur du Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation. Dans le classement, la Finlande a fortement chuté en sciences et en maths, de même que la Corée du Sud en lecture....

                Pour Julien Grenet, chercheur à l’Ecole d’économie de Paris, «ces palmarès ont peu de fondements statistiques. Le score moyen de chaque pays est entouré par une incertitude, qui tient au fait que l’enquête porte sur des petits échantillons d’élèves et présente des marges d’erreur. Si bien que des pays dont les rangs sont proches dans le classement peuvent avoir des résultats qui ne sont pas statistiquement différents.»

   En outre, dit cet expert, «il faut comparer ce qui est comparable. PISA ne prend en compte que les jeunes de 15 ans scolarisés». Alors, si l’on peut comparer entre eux les pays de l’OCDE «qui ont des taux de scolarisation à 15 ans proches de 100%, on ne peut pas en faire autant avec des pays où ce taux est bien plus bas».
     Un instrument de mesure qu'il ne faut donc surtout pas absolutiser  fétichiser, et faire bon usage du classement PISA  est la première consigne de méthode et de prudence . Il faut le répéter Les limites intrinsèques à de telles comparaisons sont rarement signalées et comparaison n'est pas raison.
        Si la Corée du Sud caracole en tête cette année, c'est sans doute qu'elle  forme des élèves qui travaillent avec acharnement. Mais comment et  à quel prix? Pour former quels types d'adultes?   De bons serviteurs de Samsung?
      Et si à l'OCDE on s'interrogeait sur une question largement occultée: qu'est-ce qu'une tête bien faite? qu'est-ce qu'un esprit cultivé?...
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