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mercredi 29 juillet 2026

Prendre RV

     Services de proximité

                 De moins en moins proches

        Services publics en question                                                                                                                                          "...« Le logiciel gouvernemental reste le même : il faut réduire la dépense publique. Alors que les besoins augmentent, qu’il faudrait investir massivement pour faire face aux dérèglements climatiques, on assiste à un définancement des services publics. À l’exception de l’intérieur, de l’armée et, dans une moindre mesure, de la justice, mais dans des proportions nettement insuffisantes, tous les budgets des services publics sont en baisse », relève Marie Pla, coporte-parole de l’association Nos services publics, qui documente depuis plusieurs années la mise à sac de nos biens communs.                                                                                     Aussi essentielle soit-elle, la sécurité civile n’a pas échappé à la règle. Vivement critiqué par toutes les oppositions pour le manque de moyens dévolus aux pompiers, le gouvernement se défend d’avoir sacrifié la sécurité de la population et des territoires.  Du côté de Renaissance, on assure que « depuis 2017, les moyens pour la sécurité civile ont été augmenté de plus de 70 % », et notamment chez l’ancien premier ministre Gabriel Attal, sur la sellette après avoir annulé, en 2024, la commande de deux canadairs, pourtant promis en 2017...Les chiffres relativisent, toutefois, l’effort de l’État. Il consacre chaque année 800 millions d’euros à la sécurité civile. C’est presque soixante fois moins que le budget de l’armée. Cela représente à peine 10 % des dépenses totales pour les services incendies et de sécurité.
Car l’essentiel est payé par les départements et les collectivités locales. Mais depuis des années, le budget stagne autour de 7 milliards d’euros. « On dépense [deux ou trois fois plus] pour nos déchets » que pour la lutte contre les incendies, constate le député La France insoumise (LFI) Damien Maudet, coauteur de deux rapports sur la sécurité civile..."
_______Vers l'Etat digital?____

samedi 23 mai 2026

Digitalisation sans frein

 L'Etat n'est pas une start up                                                                                                                                         Sommes-nous embarqués vers le tout- numérique? Il semble bien que oui. Du moins en France. C'est de plus en plus d'actualité, même si toutes les populations ne s'en rendent pas compte et n'en souffrent pas de la même manière. Pour les virtuoses ou du moins les habitués du clavier, tout se passe selon les "lois du progrès", quelles que soient les tâches administratives, même les plus complexes.   Pour le commun des mortels et surtout les analphabètes du clic ou les surfeurs du dimanche, c'est une autre affaire, quand il faut s'adresser à certains services publics, ne serait-ce que pour des questions des plus courantes, des démarches apparemment simplissimes. Et l'accélération est rapide, économies obligent. "Il faut vivre avec son temps", disent-ils...ou "faites-vous aider"...Qui a toujours la formation et l'aide demandée? Il y a toujours des couches de la population, sans parler des plus anciens, qui ne sont pas familiers de l'ordinateur et de ses arcanes parfois problématiques, même pour leurs impôts, et qui passent à côté de droits légitimes.                                                                                                                                        Bref, l'Etat digital accélère sa logique numérique. Non sans heurs ni conflits. Dans un processus de management qui met en souffrance des personnels et parfois en péril le fonctionnement des services publics. La déshumanisation de certains secteurs compromet le lien social et explique en partie le sentiment d'abandon de certaines catégories sociales. C'est la marche forcée vers le tout-numérique.          Une obligation incapacitante, qui ne va pas sans effets pervers....     


                                           Le constat est parfois alarmant:  "...Le numérique isole. Aujourd’hui, il faut se débrouiller sans voir personne. La banque, l’assurance, le fisc, la Sécu, les services de la ville, bientôt le médecin, le caissier, sont absents, injoignables, robotisés. Alors qu’un tiers des Français souffrent d’isolement, le service au public devient un mur contre lequel on se cogne la tête.     Le numérique dévore notre temps. Nous passons des heures à effectuer (gratuitement) ce pour quoi des employés, du public ou du privé, étaient jadis payés. Nous usons nos nerfs à trouver (ou à ne pas trouver) comment effectuer des démarches de plus en plus compliquées là où le conseiller, le guichetier, le caissier nous rendaient ce service.            C’est ainsi qu’une part croissante de Français ne font plus valoir leurs droits. 38 % des personnes éligibles ne réclament pas le RSA. Chaque année, 10 milliards d’allocations diverses restent en déshérence.  Le numérique met en danger. Il nous oblige à confier à des systèmes, généralement américains, des données personnelles qui se volent ou se contrôlent. Il nous expose à la cybercriminalité, si ingénieuse que les plus avertis se font piéger. Il nous soumet aux trolls que l’inintelligence artificielle fait proliférer. Il nous inonde de fausses nouvelles, toujours plus sophistiquées, qui altèrent nos connaissances et notre libre arbitre..."             ___________

mardi 26 mars 2024

Vers l'Etat digital?

 


              En route vers l'Etat plate-forme

                                   Des projets bien ficelés sont en place pour accélérer la digitalisation des services publics. L'accélération de la numération tous azimuts se met en place à la vitesse grand"V", au détriment des laissés pour compte.  Déjà des jeunes connaissent des difficultés. Ne parlons pas des anciens, de ceux qui sont le plus dans le besoin.   Le tout-numérique avance à grands pas, sous prétexte de simplification, de modernisation....                                                                

Dans la start up nation, l'Etat se dématérialise à grande vitesse.

      Tous les actes administratifs, à quelque niveau que ce soit, devront vite passer pas le numérique (*)
                    A vos ordis!

     Même les non et les faiblement connectés, ceux qui n'ont pas d'ordinateurs ou qui ne savent et ne sauront jamais s'en servir, les analphabètes du clavier, les nombreux anciens qui ne s'y mettront jamais...
      La plupart des services publics ne seront accessibles que pour les familiers du net, que pour une partie de la population, surtout aisée, cultivée, urbaine.
     Près de 60% des personnes se disent démunis face à l'utilisation de l'ordinateur pour des tâches un peu élaborées. Ne parlons pas des plus âgés.
     L'exclusion numérique n'est pas rare. L'inclusion numérique ne favorise que ceux qui sont déja outillés et formés.
    Le pass numérique ne suffira pas, surtout à l'horizon 2022. et certains technophobes ou e-résistants ne franchiront pas le pas de si tôt.
   La e-administration va vite montrer ses limites. La modernité, c'est bien beau, mais elle risque de laisser beaucoup de monde au bord de la route, pour des démarches qui ne sont pas anodines.
Et quelques clics ne suffiront pas dans des démarches complexes.
Et s'il s'agissait d'abord de faire des économies, sans autre considération que la rentabilité immédiate?
______
   (*)   "  .....Incomplets , mélangeant des types de démarches à exécuter très hétérogènes (consultation, télédéclaration, ouverture de compte, information), ces recensements laissent en particulier dans l’ombre deux éléments pourtant majeurs du processus de dématérialisation engagé.
    D’une part, ne sont pas précisés pas quels « services » ne sont aujourd’hui accessibles qu’en ligne : demandes de bourses étudiantes, Prime d’activité, demande de logement social, inscription à pôle emploi, la liste serait longue des démarches qui ont basculé dans le « tout numérique », n’offrant aucune autre alternative aux administrés. Selon la typologie d’Albert Hirschman (1970), il n’y a ici pas de possibilité d’exit  : le rapport à l’offre doit nécessairement se faire par l’intermédiaire d’une interface numérique. Le Défenseur des droits a formulé plusieurs avis [5](2016) enjoignant aux services publics et administrations de proposer une offre de contact alternative au numérique, restée à ce jour lettre morte.
      D’autre part, ces tableaux ne rendent pas compte de la dématérialisation de la relation administrative, au-delà des procédures de demande de droit ou d’accès à des formulaires administratifs. Une part grandissante des échanges se déroule aujourd’hui par voie électronique (mail, sms, boîte de dialogue/ chat box), et on assiste à une généralisation de la prise de rendez-vous physique par internet (préfecture [6]CAF, Pôle emploi, etc.) couplée à l’impossibilité d’avoir un contact physique avec un agent pour les premiers contacts, les inscriptions, les démarches d’entame des procédures. De plus en plus, les usagers se voient orientés vers une interface en ligne pour prendre attache avec les administrations, ou obtenir des informations ou explications. Incidemment, la relation administrative devient ainsi majoritairement numérique, le contact « humain » (téléphonique ou physique en face à face) constituant une voie seconde et complémentaire des démarches en ligne. Ce virage de la dématérialisation de la relation apparaît d’autant plus fort qu’il s’est fait concomitamment à une réduction des accueils physiques et des autres modes de contact, renforçant la perception d’une déshumanisation du contact avec les administrations....

    En l’état actuel, l’obligation administrative à se connecter demeure très inégale entre les individus : une personne bénéficiaire de droits sociaux soumis à déclaration de ressources trimestrialisées a mécaniquement davantage l’obligation de se connecter qu’une personne ne percevant pas de prestations sociales. La connectivité étant socialement distribuée, l’on assiste ainsi à une double peine (Credoc 2016) : les individus les plus précaires, aussi bien économiquement que sur le plan de l’isolement social (Défenseur des Droits 2017) sont moins connectés alors que, dépendants davantage de droits et prestations sociales, ils ont davantage l’obligation de le faire.
     Davantage que d’exclusion numérique, qui renverrait à un manque de compétences d’individus qui ne seraient pas à l’aise avec le numérique, cette inégale exposition à l’obligation de connexion conduit à parler d’exclusion par le numérique : ce sont prioritairement les normes implicites de la dématérialisation qui rendent ici les usagers incapables de demander leurs droits...."

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mercredi 7 février 2024

Une école dématérialisée?

  VISIO-PROFS ET TALETTES

                             LES MARCHANDS DU NUMÉRIQUE EN ONT RÊVÉ. LES DÉBUTS D'UNE OPÉRATION MARKETING À L'ÉCOLE? A LA FAVEUR DE LA CRISE QUI TRAVERSE L'INSTITUTION ET DE LA DÉGRADATION DES CONDITIONNEMENTS D'ENSEIGNEMENT. LA COURSE AU NUMÉRIQUE VA ACCÉLÉRER ENCORE LA DÉCONSTRUCTION DE L'ÉCOLE.

    Miracle à l'école?    

            "Professeur de lycée en philosophie dans les quartiers Nord de Marseille, Renaud Garcia raconte la vie à l’école en 2021-2022 en tant que professeur mais aussi en tant que père d'enfants scolarisés. L'auteur participe à l’Appel de Beauchastel et au collectif Écran Total contre la numérisation de la vie et des métiers. De Parcours Sup aux groupes de discussions Whatsapp entre parents d’élèves pour dénigrer la maîtresse en passant par l'omniprésent logiciel Pronote, sans oublier la dématérialisation des copies et l'avènement du « distanciel », on suivra mi-amusés mi-effrayés la vie quotidienne d’un professeur techno-critique...."


                 --Déjà la sonnette d'alarme avait été tirée en ce qui concerne plusieurs tentatives de numérisation de l'enseignement, même élémentaire.  Il y a quelques années,  E.Davidenkoff se penchait dans l'Express sur l'impasse de la tablette, en contestant le plan pour le numérique annoncé par F.Hollande. Il signalait que les pontes de la Silicon Valley inscrivent leurs bambins dans des écoles privées hors de prix où "ils ne toucheront pas un clavier avant l'âge de 13 ans", persuadés que "le bon usage du numérique découle de compétences qui s'épanouiront mieux loin des écrans."

   Et s'ils avaient tout compris? Privilèges mis à part, n'y a-t-il pas dans cette remarque un grain de bon sens?
         L'Etat va dépenser 700 millions d'euros pour le plan numérique à l'école. Un nouveau Gross Plan, qui risque d'être un fiasco.
   Une aubaine pour les fabricants de tablettes...Hollande, comme Président de conseil général, avait  naguère lancé un plan Ordicollège, très critiqué à l'époque par l'inspection générale de l'EN.
        Mais on peut reprocher à Davidenkoff de manquer de cohérence et de critiquer aujourd'hui ce qu'il vantait hier, allant jusqu'à défendre les mérites du e-learning généralisé:
     « Là où vous devez aujourd’hui payer chaque année des enseignants pour délivrer des cours magistraux à des amphis de quelques centaines d’étudiants, vous pourrez demain pour le même prix délivrer ces cours à un nombre potentiellement infini d’étudiants. Le coût de production de la matière première va chuter. Il en va de même pour une autre tâche chronophage : la correction et l’évaluation. […] Il va falloir admettre qu’une machine peut réaliser de manière autonome un travail qui requiert, de l’avis commun, une intervention humaine. »
    Et voilà, clairement exprimé, le rêve utopique d'une technologie miraculeuse au service d'une industrie très rentable, qui n'avoue pas ses objectifs: faire d'abord son beurre...
            Les moocs devaient même servir à repenser le secondaire :
« Imaginez un instant les formidables gains de productivité qu’elles pourraient permettre. Si, dans un collège ou un lycée , les savoirs classiques étaient massivement délivrés via les MOOC au lieu d’être transmis face à des classes d’une trentaine d’élèves mobilisant, à chaque fois, un enseignant, le temps ainsi libéré pourrait être intégralement dédié l’accompagnement des élèves et à des activités qui requièrent un enseignant en chair et en os – des travaux pratiques aux sorties scolaires, des exercices oraux aux travaux en petits groupes […], des pratiques artistiques aux activités sportives. » 
      Là, c'est déjà moins déraisonnable... malgré la langage technocratique utilisé.   Le langage entrepreneurial a contaminé les pratiques scolaires.  
            Il est sûr que l'école digitale, intelligemment menée , peut représenter un progrès dans la transmission plus efficace de certains  savoirs et un moyen de résoudre en partie la démotivation constatée des élèves.
     Mais quand le numérique tend à devenir une quasi-religion, le saint  Graal qui va régler les problèmes, alors là...
            L'évangélisme digital a ses limites et l'idée de programmation pour tous , nouvelle marotte en vue rue de Grenelle, est discutable, parce que largement irréaliste.
                   L'illusion technologique risque de nous mettre sur la voie de l'abandon des missions essentielles de l'école (qui devrait rester centrée sur la maîtrise de la langue, une bonne culture générale, un esprit critique aiguisé) ), victime de la technolâtrie ambiante. 
 « L’e-learning valorise certaines formes sur d'autres, les élèves les plus autonomes, les enseignements dont les acquis peuvent être validés par des exercices simples et progressifs et ceux qu'on peut le plus facilement mesurer. Ce qui ne représente pas toute la palette éducative. »
        Il faut savoir raison garder:
_____________
                                             " ...L'e-learning a 'également d'autres) limites : il nécessite entre autres que l'ensemble du territoire soit connecté et bénéficie du haut débit. De plus, les méthodes d'enseignement en ligne ne sont pas adaptées à tous les élèves : 
      « L’e-learning valorise certaines formes sur d'autres, les élèves les plus autonomes, les enseignements dont les acquis peuvent être validés par des exercices simples et progressifs et ceux qu'on peut le plus facilement mesurer. Ce qui ne représente pas toute la palette éducative. »
        Un avis que partage Jean-Michel Fourgous, ancien député des Yvelines, et auteur du rapport « Apprendre autrement à l'ère numérique : »         « Le risque est d’accentuer les inégalités entre les étudiants et de favoriser ceux issus des milieux les plus favorisés qui possèdent ces « compétences de base.
 Autre limite majeure de l’’e-learning : il ne peut en aucun cas devenir une alternative au présentiel, notamment dans l'enseignement supérieur qui nécessite des professeurs de haut niveau et des compétences plus facilement transmissibles lors d’une relation professeur/élève dans une salle de classe : 
« L'e-learning  est devenu un lieu commun qui fait oublier un élément essentiel : ce que c'est qu'apprendre, en particulier à l'université » explique Bruno Duvauchelle, formateur-chercheur au Centre d'études pédagogiques sur l'expérimentation et le conseil. 
      Ce à quoi Serge Soudoplatoff, enseignant, chercheur, entrepreneur, responsable de la rubrique politique2.0 à Fondapol, ajoute :
« Rien ne remplace un bon enseignant. La formation de haut niveau nécessite des professeurs de grande qualité et des interactions proches. »
L'e-learning doit donc s’appréhender comme un outil dont il est impératif que les méthodesadaptées à l'apprentissage à distance, se conjugue avec un enseignement en classe, et une relation humaine. Comme l'explique François-Afif Benthanane, fondateur de la Web@cadémie : 
      « L’éducation reste avant tout une affaire d’échanges interpersonnels. La qualité des relations humaines entre les professeurs et les élèves reste le moteur central de l’apprentissage. »
Michel Dupuis, professeur des universités à l'Université de Lille Nord partage le même avis : 
   « Les outils numériques d’enseignement ont l’immense mérite d’abolir les distances physiques, mais ils ne doivent pas creuser un fossé relationnel entre les individus.  
L’e-learning est une chance et offre donc des opportunités considérables pour un meilleur apprentissage. Mais il faut agir vite :
    « Le monde éducatif ne peut pas vivre en dehors de la société et subir éternellement la modernité. Des tas de trains sont passés à quai et on se gargarise de grands mots et de plans » raconte Alexis Mons, directeur général d'Emakina.fr.
Devant l'immense chantier qui attend l'éducation pour s'adapter au 21ème siècle, Dominique Sciamma, Directeur adjoint du Strate College Designers, en appelle même à dépasser le concept d'e-learning pour innover davantage :
         « Il y a un danger réel à voir les anciennes pratiques se vêtir d’habits nouveaux pour survivre. La E-Labelisation est de ce point de vue un danger mortel qui voit des acteurs et des modèles dépassés se remettre en selle en se numérisant en façade, en se contentant de mettre un nouveau nom sur un vieil objet. E comme « Emplatre » sur une jambe de bois ? ». _________-  Les tablettes au collège, la fausse bonne idée de François Hollande ______________________________________________

mardi 27 décembre 2022

Vers l'Etat digital

     En route vers l'Etat plate-forme(Bis repetita)

                                   Des projets bien ficelés sont en place pour accélérer la digitalisation des services publics. L'accélération de la numération tous azimuts se met en place à la vitesse grand"V", au détriment des laissés pour compte.  Déjà des jeunes connaissent des difficultés. Ne parlons pas des anciens, de ceux qui sont le plus dans le besoin.   Le tout-numérique avance à grands pas, sous prétexte de simplification, de modernisation....                                                                

Dans la start up nation, l'Etat se dématérialise à grande vitesse.

      Tous les actes administratifs, à quelque niveau que ce soit, devront vite passer pas le numérique (*)
                    A vos ordis!

     Même les non et les faiblement connectés, ceux qui n'ont pas d'ordinateurs ou qui ne savent et ne sauront jamais s'en servir, les analphabètes du clavier, les nombreux anciens qui ne s'y mettront jamais...
      La plupart des services publics ne seront accessibles que pour les familiers du net, que pour une partie de la population, surtout aisée, cultivée, urbaine.
     Près de 60% des personnes se disent démunis face à l'utilisation de l'ordinateur pour des tâches un peu élaborées. Ne parlons pas des plus âgés.
     L'exclusion numérique n'est pas rare. L'inclusion numérique ne favorise que ceux qui sont déja outillés et formés.
    Le pass numérique ne suffira pas, surtout à l'horizon 2022. et certains technophobes ou e-résistants ne franchiront pas le pas de si tôt.
   La e-administration va vite montrer ses limites. La modernité, c'est bien beau, mais elle risque de laisser beaucoup de monde au bord de la route, pour des démarches qui ne sont pas anodines.
Et quelques clics ne suffiront pas dans des démarches complexes.
Et s'il s'agissait d'abord de faire des économies, sans autre considération que la rentabilité immédiate?
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   (*)   "  .....Incomplets , mélangeant des types de démarches à exécuter très hétérogènes (consultation, télédéclaration, ouverture de compte, information), ces recensements laissent en particulier dans l’ombre deux éléments pourtant majeurs du processus de dématérialisation engagé.
    D’une part, ne sont pas précisés pas quels « services » ne sont aujourd’hui accessibles qu’en ligne : demandes de bourses étudiantes, Prime d’activité, demande de logement social, inscription à pôle emploi, la liste serait longue des démarches qui ont basculé dans le « tout numérique », n’offrant aucune autre alternative aux administrés. Selon la typologie d’Albert Hirschman (1970), il n’y a ici pas de possibilité d’exit  : le rapport à l’offre doit nécessairement se faire par l’intermédiaire d’une interface numérique. Le Défenseur des droits a formulé plusieurs avis [5](2016) enjoignant aux services publics et administrations de proposer une offre de contact alternative au numérique, restée à ce jour lettre morte.
      D’autre part, ces tableaux ne rendent pas compte de la dématérialisation de la relation administrative, au-delà des procédures de demande de droit ou d’accès à des formulaires administratifs. Une part grandissante des échanges se déroule aujourd’hui par voie électronique (mail, sms, boîte de dialogue/ chat box), et on assiste à une généralisation de la prise de rendez-vous physique par internet (préfecture [6]CAF, Pôle emploi, etc.) couplée à l’impossibilité d’avoir un contact physique avec un agent pour les premiers contacts, les inscriptions, les démarches d’entame des procédures. De plus en plus, les usagers se voient orientés vers une interface en ligne pour prendre attache avec les administrations, ou obtenir des informations ou explications. Incidemment, la relation administrative devient ainsi majoritairement numérique, le contact « humain » (téléphonique ou physique en face à face) constituant une voie seconde et complémentaire des démarches en ligne. Ce virage de la dématérialisation de la relation apparaît d’autant plus fort qu’il s’est fait concomitamment à une réduction des accueils physiques et des autres modes de contact, renforçant la perception d’une déshumanisation du contact avec les administrations....

    En l’état actuel, l’obligation administrative à se connecter demeure très inégale entre les individus : une personne bénéficiaire de droits sociaux soumis à déclaration de ressources trimestrialisées a mécaniquement davantage l’obligation de se connecter qu’une personne ne percevant pas de prestations sociales. La connectivité étant socialement distribuée, l’on assiste ainsi à une double peine (Credoc 2016) : les individus les plus précaires, aussi bien économiquement que sur le plan de l’isolement social (Défenseur des Droits 2017) sont moins connectés alors que, dépendants davantage de droits et prestations sociales, ils ont davantage l’obligation de le faire.
     Davantage que d’exclusion numérique, qui renverrait à un manque de compétences d’individus qui ne seraient pas à l’aise avec le numérique, cette inégale exposition à l’obligation de connexion conduit à parler d’exclusion par le numérique : ce sont prioritairement les normes implicites de la dématérialisation qui rendent ici les usagers incapables de demander leurs droits...."

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lundi 5 décembre 2022

Vers une école dématérialisée?

  Visioprofs et talettes

                             lES marchands du numérique en ont rêvé. Les débuts d'une opération Marketing à l'école? A la faveur de la crise qui traverse l'institution et de la dégradation des conditionnements d'enseignement. La course au numérique va accélérer encore la déconstruction de l'école.


                  Professeur de lycée en philosophie dans les quartiers Nord de Marseille, Renaud Garcia raconte la vie à l’école en 2021-2022 en tant que professeur mais aussi en tant que père d'enfants scolarisés. L'auteur participe à l’Appel de Beauchastel et au collectif Écran Total contre la numérisation de la vie et des métiers. De Parcours Sup aux groupes de discussions Whatsapp entre parents d’élèves pour dénigrer la maîtresse en passant par l'omniprésent logiciel Pronote, sans oublier la dématérialisation des copies et l'avènement du « distanciel », on suivra mi-amusés mi-effrayés la vie quotidienne d’un professeur techno-critique.  


Déjà la sonnette d'alarme avait été tirée en ce qui concerne plusieurs tentatives de numérisation de l'enseignement, même élémentaire.  Il y a quelques années, E.Davidenkoff se penchait dans l'Express sur l'impasse de la tablette, en contestant le plan pour le numérique annoncé par F.Hollande. Il signalait que les pontes de la Silicon Valley inscrivent leurs bambins dans des écoles privées hors de prix où "ils ne toucheront pas un clavier avant l'âge de 13 ans", persuadés que "le bon usage du numérique découle de compétences qui s'épanouiront mieux loin des écrans."

   Et s'ils avaient tout compris? Privilèges mis à part, n'y a-t-il pas dans cette remarque un grain de bon sens?
         L'Etat va dépenser 700 millions d'euros pour le plan numérique à l'école. Un nouveau Gross Plan, qui risque d'être un fiasco.
   Une aubaine pour les fabricants de tablettes...Hollande, comme Président de conseil général, avait  naguère lancé un plan Ordicollège, très critiqué à l'époque par l'inspection générale de l'EN.
        Mais on peut reprocher à Davidenkoff de manquer de cohérence et de critiquer aujourd'hui ce qu'il vantait hier, allant jusqu'à défendre les mérites du e-learning généralisé:
     « Là où vous devez aujourd’hui payer chaque année des enseignants pour délivrer des cours magistraux à des amphis de quelques centaines d’étudiants, vous pourrez demain pour le même prix délivrer ces cours à un nombre potentiellement infini d’étudiants. Le coût de production de la matière première va chuter. Il en va de même pour une autre tâche chronophage : la correction et l’évaluation. […] Il va falloir admettre qu’une machine peut réaliser de manière autonome un travail qui requiert, de l’avis commun, une intervention humaine. »
    Et voilà, clairement exprimé, le rêve utopique d'une technologie miraculeuse au service d'une industrie très rentable, qui n'avoue pas ses objectifs: faire d'abord son beurre...
            Les moocs devaient même servir à repenser le secondaire :
« Imaginez un instant les formidables gains de productivité qu’elles pourraient permettre. Si, dans un collège ou un lycée , les savoirs classiques étaient massivement délivrés via les MOOC au lieu d’être transmis face à des classes d’une trentaine d’élèves mobilisant, à chaque fois, un enseignant, le temps ainsi libéré pourrait être intégralement dédié l’accompagnement des élèves et à des activités qui requièrent un enseignant en chair et en os – des travaux pratiques aux sorties scolaires, des exercices oraux aux travaux en petits groupes […], des pratiques artistiques aux activités sportives. » 
      Là, c'est déjà moins déraisonnable... malgré la langage technocratique utilisé.   Le langage entrepreneurial a contaminé les pratiques scolaires.  
            Il est sûr que l'école digitale, intelligemment menée , peut représenter un progrès dans la transmission plus efficace de certains  savoirs et un moyen de résoudre en partie la démotivation constatée des élèves.
     Mais quand le numérique tend à devenir une quasi-religion, le saint  Graal qui va régler les problèmes, alors là...
            L'évangélisme digital a ses limites et l'idée de programmation pour tous , nouvelle marotte en vue rue de Grenelle, est discutable, parce que largement irréaliste.
                   L'illusion technologique risque de nous mettre sur la voie de l'abandon des missions essentielles de l'école (qui devrait rester centrée sur la maîtrise de la langue, une bonne culture générale, un esprit critique aiguisé) ), victime de la technolâtrie ambiante. 
 « L’e-learning valorise certaines formes sur d'autres, les élèves les plus autonomes, les enseignements dont les acquis peuvent être validés par des exercices simples et progressifs et ceux qu'on peut le plus facilement mesurer. Ce qui ne représente pas toute la palette éducative. »
        Il faut savoir raison garder:
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                                             " ...L'e-learning a 'également d'autres) limites : il nécessite entre autres que l'ensemble du territoire soit connecté et bénéficie du haut débit. De plus, les méthodes d'enseignement en ligne ne sont pas adaptées à tous les élèves : 
      « L’e-learning valorise certaines formes sur d'autres, les élèves les plus autonomes, les enseignements dont les acquis peuvent être validés par des exercices simples et progressifs et ceux qu'on peut le plus facilement mesurer. Ce qui ne représente pas toute la palette éducative. »
        Un avis que partage Jean-Michel Fourgous, ancien député des Yvelines, et auteur du rapport « Apprendre autrement à l'ère numérique : »         « Le risque est d’accentuer les inégalités entre les étudiants et de favoriser ceux issus des milieux les plus favorisés qui possèdent ces « compétences de base.
 Autre limite majeure de l’’e-learning : il ne peut en aucun cas devenir une alternative au présentiel, notamment dans l'enseignement supérieur qui nécessite des professeurs de haut niveau et des compétences plus facilement transmissibles lors d’une relation professeur/élève dans une salle de classe : 
« L'e-learning  est devenu un lieu commun qui fait oublier un élément essentiel : ce que c'est qu'apprendre, en particulier à l'université » explique Bruno Duvauchelle, formateur-chercheur au Centre d'études pédagogiques sur l'expérimentation et le conseil. 
      Ce à quoi Serge Soudoplatoff, enseignant, chercheur, entrepreneur, responsable de la rubrique politique2.0 à Fondapol, ajoute :
« Rien ne remplace un bon enseignant. La formation de haut niveau nécessite des professeurs de grande qualité et des interactions proches. »
L'e-learning doit donc s’appréhender comme un outil dont il est impératif que les méthodesadaptées à l'apprentissage à distance, se conjugue avec un enseignement en classe, et une relation humaine. Comme l'explique François-Afif Benthanane, fondateur de la Web@cadémie : 
      « L’éducation reste avant tout une affaire d’échanges interpersonnels. La qualité des relations humaines entre les professeurs et les élèves reste le moteur central de l’apprentissage. »
Michel Dupuis, professeur des universités à l'Université de Lille Nord partage le même avis : 
   « Les outils numériques d’enseignement ont l’immense mérite d’abolir les distances physiques, mais ils ne doivent pas creuser un fossé relationnel entre les individus.  
L’e-learning est une chance et offre donc des opportunités considérables pour un meilleur apprentissage. Mais il faut agir vite :
    « Le monde éducatif ne peut pas vivre en dehors de la société et subir éternellement la modernité. Des tas de trains sont passés à quai et on se gargarise de grands mots et de plans » raconte Alexis Mons, directeur général d'Emakina.fr.
Devant l'immense chantier qui attend l'éducation pour s'adapter au 21ème siècle, Dominique Sciamma, Directeur adjoint du Strate College Designers, en appelle même à dépasser le concept d'e-learning pour innover davantage :
         « Il y a un danger réel à voir les anciennes pratiques se vêtir d’habits nouveaux pour survivre. La E-Labelisation est de ce point de vue un danger mortel qui voit des acteurs et des modèles dépassés se remettre en selle en se numérisant en façade, en se contentant de mettre un nouveau nom sur un vieil objet. E comme « Emplatre » sur une jambe de bois ? ».

             _________-  Les tablettes au collège, la fausse bonne idée de François Hollande _______

lundi 28 février 2022

Vers l'Etat digital?

               En route vers l'Etat plate-forme

                                   Des projets bien ficelés sont en place pour accélérer la digitalisation des services publics. L'accélération de la numération tous azimuts se met en place à la vitesse grand"V", au détriment des laissés pour compte.  Déjà des jeunes connaissent des difficultés. Ne parlons pas des anciens, de ceux qui sont le plus dans le besoin.   Le tout-numérique avance à grands pas, sous prétexte de simplification, de modernisation....                                                                

Dans la start up nation, l'Etat se dématérialise à grande vitesse.

      Tous les actes administratifs, à quelque niveau que ce soit, devront vite passer pas le numérique (*)
                    A vos ordis!

     Même les non et les faiblement connectés, ceux qui n'ont pas d'ordinateurs ou qui ne savent et ne sauront jamais s'en servir, les analphabètes du clavier, les nombreux anciens qui ne s'y mettront jamais...
      La plupart des services publics ne seront accessibles que pour les familiers du net, que pour une partie de la population, surtout aisée, cultivée, urbaine.
     Près de 60% des personnes se disent démunis face à l'utilisation de l'ordinateur pour des tâches un peu élaborées. Ne parlons pas des plus âgés.
     L'exclusion numérique n'est pas rare. L'inclusion numérique ne favorise que ceux qui sont déja outillés et formés.
    Le pass numérique ne suffira pas, surtout à l'horizon 2022. et certains technophobes ou e-résistants ne franchiront pas le pas de si tôt.
   La e-administration va vite montrer ses limites. La modernité, c'est bien beau, mais elle risque de laisser beaucoup de monde au bord de la route, pour des démarches qui ne sont pas anodines.
Et quelques clics ne suffiront pas dans des démarches complexes.
Et s'il s'agissait d'abord de faire des économies, sans autre considération que la rentabilité immédiate?
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   (*)   "  .....Incomplets , mélangeant des types de démarches à exécuter très hétérogènes (consultation, télédéclaration, ouverture de compte, information), ces recensements laissent en particulier dans l’ombre deux éléments pourtant majeurs du processus de dématérialisation engagé.
    D’une part, ne sont pas précisés pas quels « services » ne sont aujourd’hui accessibles qu’en ligne : demandes de bourses étudiantes, Prime d’activité, demande de logement social, inscription à pôle emploi, la liste serait longue des démarches qui ont basculé dans le « tout numérique », n’offrant aucune autre alternative aux administrés. Selon la typologie d’Albert Hirschman (1970), il n’y a ici pas de possibilité d’exit  : le rapport à l’offre doit nécessairement se faire par l’intermédiaire d’une interface numérique. Le Défenseur des droits a formulé plusieurs avis [5](2016) enjoignant aux services publics et administrations de proposer une offre de contact alternative au numérique, restée à ce jour lettre morte.
      D’autre part, ces tableaux ne rendent pas compte de la dématérialisation de la relation administrative, au-delà des procédures de demande de droit ou d’accès à des formulaires administratifs. Une part grandissante des échanges se déroule aujourd’hui par voie électronique (mail, sms, boîte de dialogue/ chat box), et on assiste à une généralisation de la prise de rendez-vous physique par internet (préfecture [6]CAF, Pôle emploi, etc.) couplée à l’impossibilité d’avoir un contact physique avec un agent pour les premiers contacts, les inscriptions, les démarches d’entame des procédures. De plus en plus, les usagers se voient orientés vers une interface en ligne pour prendre attache avec les administrations, ou obtenir des informations ou explications. Incidemment, la relation administrative devient ainsi majoritairement numérique, le contact « humain » (téléphonique ou physique en face à face) constituant une voie seconde et complémentaire des démarches en ligne. Ce virage de la dématérialisation de la relation apparaît d’autant plus fort qu’il s’est fait concomitamment à une réduction des accueils physiques et des autres modes de contact, renforçant la perception d’une déshumanisation du contact avec les administrations....

    En l’état actuel, l’obligation administrative à se connecter demeure très inégale entre les individus : une personne bénéficiaire de droits sociaux soumis à déclaration de ressources trimestrialisées a mécaniquement davantage l’obligation de se connecter qu’une personne ne percevant pas de prestations sociales. La connectivité étant socialement distribuée, l’on assiste ainsi à une double peine (Credoc 2016) : les individus les plus précaires, aussi bien économiquement que sur le plan de l’isolement social (Défenseur des Droits 2017) sont moins connectés alors que, dépendants davantage de droits et prestations sociales, ils ont davantage l’obligation de le faire.
     Davantage que d’exclusion numérique, qui renverrait à un manque de compétences d’individus qui ne seraient pas à l’aise avec le numérique, cette inégale exposition à l’obligation de connexion conduit à parler d’exclusion par le numérique : ce sont prioritairement les normes implicites de la dématérialisation qui rendent ici les usagers incapables de demander leurs droits...."

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