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samedi 15 mai 2021

Jerusalem (suite)

 Le "grand remplacement", plus que jamais.

                                        Pas seulement à Jérusalem, la pointe de l'iceberg.  La colonisation de la Cisjordanie poursuit son cours. Malgré les résolutions de l'ONU, dont le silence est assourdissant, la réprobation d'une partie de l'Europe, les timides rappels à l'ordre, les silences gênés, les complicités, les amalgames. Jo Biden regarde ailleurs, Jupiter fait la morale aux deux parties, mélangeant les problèmes, se focalisant sur le Hamas pour faire oublier le reste, ce qui ne devrait surprendre que les ignorants.                                                La peur est bien installée et l'extrême droite, renforcée comme jamais, donne de la voix, mais pas seulement. L'opposition israëlienne est devenue inaudible. Il est à remarquer qu'on ne parle pas de Juifs (croyants ou non) mais des méfaits et des dérives d'un gouvernement ultra-sioniste depuis des décennies, du Likoud et de ses projets territoriaux, toujours déniés mais chaque fois renforcés, faisant le jeu d'une extrême droite décomplexée et l'instrumentalisant à la fois. On ne voit pas ce qui pourrait changer, le territoire de Gaza et les provocations du Hamas servant d'alibi pour faire oublier les autres problèmes,  notamment là où tout a commencé. (Mais qui a encouragé la formation du Hamas pour diviser les Palestiniens?). Le Cisjordanie est une poudrière. La morale n'y pourra rien. L'étonnement scandalisé non plus. Les voix israëliennes appelant à la raison sont couvertes par le fracas des missiles, les timides mises en garde de Palestiniens lucides encore plus.     Comme la voix de Charles Enderlin ou de René Backman dans Mediapart:     

                                       "......Jusqu’où ira l’escalade ? À Jérusalem, les affrontements qui se poursuivent entre manifestants palestiniens et policiers israéliens viennent de faire plus de 500 blessés en trois jours. Jamais, depuis les révoltes de la fin des années 1980 et du début des années 2000, la Ville sainte n’avait été la proie d’une telle vague de violence.     Et les frappes contre 140 cibles de la bande de Gaza lancées lundi soir par l’armée israélienne en représailles contre les tirs de roquettes du Hamas en direction d’Israël ont fait au moins 24 morts, dont neuf enfants. Au même moment, d’autres accrochages avec la police israélienne avaient lieu également dans les villes de Lod, Ramle ou Jaffa, témoignant de la mobilisation des « Arabes israéliens », c’est-à-dire des citoyens palestiniens d’Israël, aux côtés des Palestiniens de Jérusalem-Est et de Cisjordanie.       Au point qu’on en oublierait presque que des négociations sont en cours parmi les adversaires de Benyamin Netanyahou rassemblés au sein du « Bloc pour le changement » pour tenter de constituer une coalition parlementaire et un gouvernement « de large union ». Car, depuis deux ans, Israël, qui a connu quatre élections législatives et où aucun budget n’a été voté, est toujours sous l’autorité d’un gouvernement intérimaire, dirigé par le premier ministre sortant, chargé de gérer les affaires courantes.                 La situation sécuritaire est aujourd’hui jugée si tendue par l’état-major que l’arrivée d’une « troisième intifada » ne peut désormais plus être exclue. Les grandes manœuvres qui devaient commencer cette semaine ont été annulées et des renforts viennent d’être déployés autour de la bande de Gaza.      Le problème pour les responsables de la sécurité, c’est qu’on ne peut traiter cette éruption de colère chez les Palestiniens de Jérusalem comme on traite le lancement d’une volée de roquettes depuis Gaza : avec des obus, des missiles et des bombes. Car les causes de cette révolte sont diverses et la plupart sont enracinées dans la longue histoire du conflit israélo-palestinien.       Il y a, évidemment, les provocations des groupes d’extrémistes juifs adoubés par Netanyahou et confortés par l’entrée de leurs chefs de file au Parlement. Il y a aussi les mesures hostiles prises par les responsables de la police – jugés incompétents par nombre d’observateurs – contre les milliers de fidèles qui entendaient célébrer la fin du ramadan à la mosquée Al-Aqsa.            

Il y a surtout, au moment où le pays se prépare à la sortie de scène de Netanyahou, les conditions de vie injustes, les humiliations et les violences imposées aux Palestiniens par le premier ministre depuis près de quinze ans. C’est-à-dire la politique fondée sur le refus obstiné de négocier et la préservation du statu quo, adoptée par les gouvernements israéliens successifs, avec, récemment, l’aval et le soutien aveugle de l’administration Trump (2017-2021). Et le silence couard de la majorité de la communauté internationale. 

      Car le détonateur des affrontements – la révolte des Palestiniens contre l’expulsion programmée de près de 300 résidents du quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem – ne date pas d’hier. Depuis son arrivée au pouvoir en 2009, après un premier bref mandat entre 1996 et 1999, Benyamin Netanyahou n’a cessé de développer la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.    Avec une obsession : maintenir dans la ville une majorité juive. Près de 60 000 colons juifs supplémentaires ont ainsi été installés depuis vingt ans à Jérusalem-Est, où leur nombre dépasse aujourd’hui 225 000.   Cette stratégie passe notamment par l’expulsion des habitants et la démolition de leurs maisons, remplacées par des constructions neuves, destinées aux colons. Et cela même s’il s’agit des maisons familiales ou natales des Palestiniens. En 2019, un rapport de l’ONG israélienne B’Tselem constatait que 16 796 ordres de démolition ont ainsi été émis entre 1988 et 2017.                Le quartier de Sheikh Jarrah, à 2 kilomètres au nord de la vieille ville, est l’un des champs de bataille majeurs de cette stratégie de remplacement de la population. Ombragé, proche du carrefour de la route nord-sud n° 60, qui relie Hébron à Jénine, et de la route est-ouest n° 1, entre Tel Aviv et la mer Morte, il abrite plusieurs consulats ou résidences diplomatiques et intéresse depuis longtemps les promoteurs-colonisateurs.                      Ceux de la compagnie américaine Nahalat Shimon, basée dans le Delaware, un État où la législation « souple » permet de dissimuler les actionnaires d’une entreprise, ont acquis ici des terrains et des bâtiments où vivaient, dans des immeubles construits en 1956 par la Jordanie et l’ONU, des Palestiniens réfugiés de la guerre de 1948. Voilà des années, Nahalat Shimon a lancé une action judiciaire devant les tribunaux israéliens pour obtenir l’éviction des familles de réfugiés de ces maisonnettes qu’elle entend démolir pour les remplacer par 200 logements destinés à des colons juifs.          À ce jour, quatre familles ont été expulsées - près de 300 personnes sont sur le point de l’être. La Cour suprême devait se prononcer lundi, mais le juge Yitzhak Amit a décidé de retarder sa décision de trente jours en raison de la tension qui règne dans le quartier et dans la ville. Les colons déjà installés dans le quartier et les conseillers de Netanyahou tentent de présenter le conflit comme un contentieux immobilier. Les défenseurs des droits de l’homme venus manifester leur solidarité dénoncent, eux, la « judaisation forcée » et la « discrimination ethnique » pratiquées par le pouvoir au bénéfice des organisations de colons.              Jusqu’à l’irruption sur le terrain, la semaine dernière, d’Itamar Ben Gvir, député du parti suprémaciste juif Sionisme religieux et nouvel allié de Netanyahou, accouru avec une solide protection policière pour apporter son soutien aux colons déjà installés, tout se passait plutôt calmement. La nuit tombée, les Palestiniens du quartier partageaient le repas de rupture du jeûne avec leurs amis et leurs partisans autour de longues tables installées dans la rue face aux bâtiments occupés par les colons.      L’arrivée, en forme de défi, de Ben Gvir, ses amis et son escorte armée a transformé le face-à-face en émeute, avec incendies de voitures, charges de police et arrosage des manifestants à l’eau putride, selon la technique utilisée habituellement par la police antiémeute israélienne.                    Lorsque la nouvelle, en plus, s’est répandue que les policiers déployés près de la vieille ville avaient reçu l’ordre d’installer des barrières et d’interdire l’accès à la porte de Damas, où les Palestiniens ont l’habitude de se réunir, après le jeûne, puis que des barrages avaient été dressés sur les routes conduisant à Jérusalem pour empêcher les fidèles de se rendre à la mosquée Al-Aqsa, il était trop tard pour contenir l’escalade de la tension. Et prévenir un week-end de violence qui a provoqué un déluge de mises en garde, condamnations, rappels à la raison depuis Washington, le Vatican, Bruxelles, Amman, Ankara, Paris.                Même les pays qui ont récemment, sous l’influence ou la pression de Trump, « normalisé » leurs relations avec Israël, comme le Soudan, le Maroc, les Émirats arabes unis ou Bahrein, ont condamné « la répression » et demandé au gouvernement israélien « d’arrêter ces provocations contre les habitants de Jérusalem ».                          Le lancement par le Hamas et d’autres groupes islamistes de Gaza de près de 200 roquettes en direction d’Israël – dont la plupart ont été détruites par les batteries antimissiles israéliennes – a conduit certaines capitales à partager les condamnation, les mises en garde et les appels au calme entre Israéliens et Palestiniens.                               Mais il reste que, sans pour autant passer à l’acte, c’est-à-dire proposer ou même simplement évoquer des sanctions, nombre de capitales ont jugé pertinent de rappeler que l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est est illégale et condamnée par de multiples résolutions de l’ONU.         Il en faudrait bien davantage évidemment pour rassurer les Palestiniens, contraints de constater que leur cause a depuis longtemps quitté le devant de la scène diplomatique internationale, éclipsée par d’autres conflits plus sanglants – Syrie, Yémen, Libye, Sahel – et mal défendue par une direction politique fourbue et discréditée.       C’est peut-être pourquoi, grâce aux réseaux sociaux et à partir de cellules improvisées, autonomes et dépourvues de liens avec les mouvements politiques « officiels », les jeunes Palestiniens de Jérusalem-Est sont descendus dans la rue, comme l’avaient fait les parents de certains d’entre eux il y a quelques décennies, pour rappeler que leur combat n’était pas sorti de l’histoire.        Ulcérés depuis longtemps par la passivité et l’immobilisme de leurs dirigeants, qui se sont révélés incapables de trouver une réponse à la politique du fait accompli de Netanyahou, révoltés par l’apartheid de fait auquel ils sont condamnés, les jeunes palestiniens ont épousé cette nouvelle révolte sans projet politique précis. Simplement pour affirmer au pouvoir israélien qu’ils existent et que l’impunité internationale n’autorise pas tout.         Et pour dire aux dirigeants de l’Autorité palestinienne qui viennent d’annuler les élections législatives prévues pour le 22 – en saisissant le prétexte du refus israélien de laisser le scrutin se dérouler à Jérusalem-Est – que leur légitimité démocratique et leur représentativité, vieilles de quinze ans, sont nulles. Le problème est qu’apparemment aucune relève crédible ne se profile.            En face, où la crise politique, qui se manifeste par un glissement continu à droite de l’électorat, est également profonde, les prochaines semaines nous indiqueront si le rejet de Netanyahou est un programme politique suffisant pour bâtir une majorité et un gouvernement en mesure d’affronter l’éruption de violences qui embrase Jerusalem. Et de proposer des remèdes.           En attendant, Benyamin Netanyahou, qui demeure poursuivi pour corruption et va peut-être bientôt affronter la justice de son pays en citoyen ordinaire, guette chaque occasion d’exploiter la dégradation sécuritaire et semble soupeser les risques et bénéfices, dans sa situation, à lancer une opération massive contre Gaza. Resté fidèle à sa posture idéologique et à sa rhétorique de démagogue messianique, il s’efforce manifestement de rassurer son électorat, à toutes fins utiles…    « Jérusalem a été la capitale de la nation du peuple juif pendant des milliers d’années, a-t-il déclaré en réponse aux appels à la raison venus de l’étranger. Nous rejetons fermement les pressions qui voudraient nous contraindre à ne pas construire à Jérusalem. Pressions qui, c’est triste, se sont accentuées récemment. Je le dis à nos amis les plus proches : Jérusalem est la capitale d’Israël. Tout comme n’importe quelle nation construit sa capitale et construit dans sa capitale, nous nous réservons le droit de construire Jérusalem et de construire dans Jérusalem. C’est ce que nous avons fait et c’est ce que nous continuerons à faire. »

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mercredi 24 mars 2010

Nethanyou humilie Obama

-Une crise grave, mais prévisible

-Le Quartet demande à Israël le gel des colonisations, banalisées par Tel-Aviv
Après avoir été contesté, Nétanyahou retrouve ses appuis sur l'essentiel
-Obama soutient dans les faits la politique d’Israël -
-Coup de froid entre les Etats-Unis et Israël
-Jerusalem -Pour une intifada de la conscience humaine





- Ramat Shlomo, la colonie qui fâche Israël avec le monde-
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Jérusalem. 1600 nouveaux logements dans les colonies. Et alors ? Oublie-t-on que ce sont aujourd’hui environ 200 000 colons qui vivent à Jérusalem et dans sa périphérie ? Oublie-t-on les dizaines d’expulsions et de démolitions de maisons palestiniennes au cours de ces derniers mois ? Oublie-t-on que le « gel temporaire de la colonisation », annoncé par Netanyahu en novembre, ne concernait pas Jérusalem ? Les 1600 nouveaux logements ne sont pas un accident, ils s’inscrivent dans une logique revendiquée et assumée depuis 1967 : la judaïsation de Jérusalem et son isolement du reste des territoires palestiniens, pour contrer toute revendication de souveraineté palestinienne sur la ville.." (J.S.)

-Certains pensent que , après sa victoire sur le dossier santé, «Obama aurait maintenant davantage de latitude pour mettre la pression sur Israël» , mais il semble que Nétanyahou ne veuille pas entendre parler de la Palestine
Pour le faucon Lieberman, la déclaration du Quartet "éloigne" un accord de paix, ce qui signifie en clair que rien ne doit changer...

______________________-Netanyahu sort de la Maison Blanche, les différends demeurent :
"...Avant de se rendre à Washington, Netanyahu avait offert des gestes de bonne volonté, mais refusé de discuter de Jérusalem. «Le peuple juif a construit Jérusalem il y a 3.000 ans et le peuple juif construit Jérusalem aujourd’hui», a-t-il réitéré lundi soir devant l’AIPAC, le principal groupe d’influence américain pro-Israël réuni en congrès à Washington. L’Autorité palestinienne a jugé mardi que ces propos menaçaient les efforts américains pour relancer le processus de paix.__L’Etat hébreu s’est emparé de Jérusalem-Est lors de la Guerre des Six Jours en 1967, avant une annexion que la communauté internationale n’a pas reconnue. Les Palestiniens veulent faire de cette partie de la Ville Sainte leur future capitale._La position de Netanyahu, habituelle de la part du chef de gouvernement israélien, prend un sens différent dans le contexte de la forte tension entre Israël et les Etats-Unis. Son discours «creuse le fossé entre l’administration Obama et le gouvernement israélien à propos de Jérusalem et des négociations», estime Haim Malka, du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) à Washington..."
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-Les coups de gueule de l'administration Obama dans les médias sur une halte aux colonies dans les territoires palestiniens sont plus édentés que jamais:

""Insulte", selon Hillary Clinton ; "Un crachat au visage" d’après un autre conseiller présidentiel : le tollé de l’administration d’Obama sur l’annonce par Israël, pendant la visite du vice-président Joe Biden à l’Etat hébreu, de la construction de 1600 nouvelles habitations exclusivement juives dans la territoire occupé de Jérusalem-Est, n’est qu’une fanfaronnade.Car les belles paroles d’Obama dans son discours de Caire de juillet dernier adressé au monde musulman, dans lequel il disait qu’Israël devrait « cesser » de bâtir des colonies nouvelles, sont caduques depuis longtemps.Aussitôt après le discours du Caire, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou l’avait déclaré « inacceptable » ; la construction de colonies nouvelles dans le Cisjordanie est repartie à toute allure depuis un bon moment, et Obama et Cie n’ont rien fait de concret pour l’empêcher. Les colons israéliens sont très satisfaits, et ils ont donc arrêté leurs manifestations.Certes, Netanyahou a prononcé publiquement des « excuses » à Biden… mais seulement pour le timing de l’annonce. Et dans son discours après l’annonce à l’université de Tel Aviv, dont chaque mot était approuvé d’avance par la Maison Blanche, Biden a signalé clairement que la ligne pro-israélienne des États-Unis n’a pas changé d’un pouce...
Biden avait aussi, à trois reprises, mentionné qu’il était accompagné dans son voyage en Israël par Dennis Ross, le très pro-israélien chef conseiller d’Obama sur le Moyen-Orient et qui, avant d’être nommé par le président, avait fait partie d’un « think tank » sponsorisé par l’AIPAC (American Israël Public Affairs Committee, le lobby pro-israélien). Dans son dernier live, Myth, Illusions, and Peace : Finding a New Direction for America in the Middle East, Ross a proclamé que le processus de paix doit commencer par « trouver ce qui est acceptable par les Israéliens, puis amener les Palestiniens ou les Arabes à s’en accommoder », et il a souligné qu’Israël ne doit jamais être soumis ni a des « pressions » ni à des « surprises » américaines..."


-Vers une "3ème Intifada" ? - AgoraVox:
"... les évolutions dans le domaine économique n’ont pas remis en cause le contrôle israélien sur la Cisjordanie : « L’appareil de contrôle est devenu de plus en plus sophistiqué et efficace quant à sa capacité à affecter tous les aspects de la vie des Palestiniens (…). L’appareil de contrôle comprend un système de permis, des obstacles physiques (…), des routes interdites, des interdictions d’entrée dans de vastes parties de la Cisjordanie, et de manière encore plus notable la Barrière de Séparation. Il a transformé la Cisjordanie en un ensemble fragmenté d’enclaves économiques et sociales isolées les unes des autres ». C’est la Banque Mondiale qui le dit, dans un rapport de février 2010.____Enfin, depuis son annonce d’un « gel temporaire » de la construction de colonies, le gouvernement Netanyahu a autorisé la mise en chantier de 3600 logements, poursuivant une politique de colonisation systématique qui a vu, l’an passé, le nombre de colons installés en Cisjordanie augmenter de 4.9% tandis que l’ensemble de la population israélienne ne croissait que de 1.8%. Last but not least, le 3 mars dernier Netanyahu déclarait que même en cas d’accord avec les Palestiniens, il était exclu qu’Israël renonce à son contrôle sur la vallée du Jourdain…_____Parlons de Gaza, enfin. Coupée du monde et soumise à un blocus renforcé depuis qu’elle a été déclarée « entité hostile » par l’Etat d’Israël en septembre 2007, la Bande de Gaza connaît une situation de catastrophe économique et sociale sans précédent. En l’espace de 2 ans, ce sont 95% des entreprises qui ont fermé et 98% des emplois du secteur privé qui ont été détruits. La liste des produits interdits à l’importation est un catalogue à la Prévert : livres, thé, café, allumettes, bougies, semoule, crayons, chaussures, matelas, draps, tasses, instruments de musique… L’interdiction d’importer du ciment et de nombreux produits chimiques empêche la reconstruction des infrastructures détruites lors des bombardements de 2008-2009, qu’il s’agisse des maisons ou des stations de traitement des eaux usées, avec les conséquences sanitaires que l’on imagine...."
- Le dilemme des Palestiniens qui construisent les colonies
-Jérusalem-Est : «Nous vivons comme des chiens, encerclés»

-En Israël, la Cour suprême justifie les assassinats ciblés
-L’intransigeance israélienne et le coup de semonce du général Petraeus

-Israeli Professor – ‘We Could Destroy All European Capitals’

-Noam Chomsky sur la politique étrangère d'Obama:
"...Le conflit israélo-palestinien est un cas facile. Il y a un consensus international quasi-total depuis 35 ans maintenant sur ce qu’il convient de faire pour résoudre le problème – du moins à court terme - à savoir : deux états avec des frontières reconnues par toutes les parties, avec, selon les termes employés, « des modifications mineures et acceptées par les deux parties ». C’était d’ailleurs la politique officielle des Etats-Unis jusqu’à ce qu’ils décident un jour de s’évader du monde réel, au début des années 70. Et c’est un point de vue très largement partagé. En 1976, il y a même eu une résolution du Conseil de Sécurité appelant à une solution à deux états. Les Etats-Unis ont opposé leur veto. Et ça n’a pas cessé depuis. Je ne vais pas passer toute l’histoire en revue, mais si on en arrive directement au présent, le consensus est désormais quasi-total. Autour de ce consensus, on trouve tous les états arabes, et ce depuis longtemps. On trouve l’Iran, l’Organisation des Etats Islamiques. On trouve le Hamas. En fait, on trouve tout le monde sauf les Etats-Unis et Israël.___Que dit l’administration Obama ? C’est intéressant. Obama a cette grande vision, mais si vous regardez les choses de plus prés, en oubliant la vision et en examinant les faits, les choses changent. D’un côté, il demande poliment aux Israéliens de ne plus étendre leurs colonies, ce qui n’a pas de sens, parce que le problème, c’est l’existence même des colonies, pas leur extension. De plus, ces mots n’ont aucun sens. Il ne fait que répéter les propos de Bush. En fait, il cite ce que l’on appelle la Feuille de Route, le soi-disant accord officiel pour aller de l’avant. Il ne fait que le citer. Ca n’a aucun sens, mais ça fait malgré tout partie de sa grande vision.___D’un autre côté, et qui est plus intéressant, peu de temps après sa prise de fonction, il a donné son premier et jusqu’à présent son unique discours sur le conflit israélo-palestinien. C’était au moment où il présentait George Mitchell comme son négociateur, ce qui est un bon choix, si on lui donne les moyens de réussir. C’est à ce moment-là qu’Obama a expliqué ce qu’il avait l’intention de faire. C’était au moment de la main tendue vers le monde musulman. Il a dit, en parlant de la proposition de paix arabe, eh bien voilà ce que j’appelle une proposition constructive – c’était sa façon à lui de flatter les auteurs de la proposition. Puis il a enchainé, en déclarant, « Il est temps que les Arabes se conforment à leur proposition de paix et commencent à normaliser leurs relations avec Israël. » Obama est un homme instruit, intelligent. Je suppose qu’il choisit ses mots avec soin. Il savait parfaitement que ce n’était pas la proposition de paix arabe. La proposition de paix arabe reprenait les termes du consensus international et disait, dans l’éventualité de deux-états, que les états Arabes iraient même au-delà d’une normalisation des relations avec Israël. Obama en a extrait le corollaire, mais a omis la substance, ce qui est une façon comme une autre de déclarer que les Etats-Unis allaient se cantonner dans leur position de refus. Il n’aurait pas pu être plus clair.____Avec cet appel à cesser l’expansion des colonies, il a été un peu plus loin – pas lui, personnellement, mais ses porte-paroles lors des conférences de presse. On leur a demandé si l’administration allait faire quelque chose si Israël refusait. Ils ont répondu « non, c’est purement symbolique ». En fait, ils ont explicitement dit que l’administration ne ferait pas ce que George Bush père, lui, avait fait. George Bush père avait quelques petites punitions qu’il distribuait lorsqu’Israël s’entêtait à désobéir aux Etats-Unis. Clinton les a adoucies et Obama les a supprimées. Il a dit, « non, c’est juste symbolique. » Ce qui revient à dire à Benjamin Netanyahu « allez-y, faites ce que vous voulez. Nous dirons que nous sommes mécontents mais nous le ferons avec un clin d’œil complice, alors allez-y. En attendant, nous participerons, en vous envoyant des armes. Nous vous accorderons un soutien diplomatique et une participation active. » C’est cela, sa vision. Difficile d’être plus clair..."
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Israël: Netanyahu contesté

mercredi 13 décembre 2023

Israël: le choix des possibles

  Impasse totale et tragique

                               Le problème est-il si insoluble? Peut-être pas.

       Logique de partage ou logique de partition? Il faudra bien un jour sortir de l'impasse dans laquelle Tel Aviv s'est en partie enfermée, d'une manière ou d'une autre. Ce qui ne se fera pas sans courage, ni imagination, ni renoncements douloureux. Sans profonde remise en question politique non plus. Dans cette analyse, Vincent Lemire tente de montrer que la situation exceptionnelle au Proche-Orient pourrait bien déboucher sur une ouverture pour l'instant non formulable. Israël est au pied du mur. Mais est-il prêt à des remises en question en profondeur? Mais un historien n'est pas un voyant ni un décideur politique...


                                                                                                              ___"Vincent Lemire est professeur d’histoire à l’université Gustave-Eiffel Paris-Est, ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud (1994), agrégé d’histoire (1998), docteur en histoire (2006), ancien directeur du Centre de recherche français à Jérusalem (CNRS-MAE) entre 2019 et 2023 et directeur du projet européen www.openjerusalem.org.  Il a notamment publié La Soif de Jérusalem. Essai d’hydrohistoire (1840-1948) (Éditions de la Sorbonne, 2010) ; Jérusalem 1900. La Ville sainte à l’âge des possibles (Armand Colin 2012, réed. Points Seuil 2016) ; Au pied du Mur. Vie et mort du quartier maghrébin de Jérusalem (1187-1967) (Seuil, 2022) et une Histoire de Jérusalem en bande dessinée aux éditions Les Arènes (2022), en cours de traduction dans une dizaine de langues, dont l’arabe et l’hébreu.              Pour Mediapart, il revient, deux mois après les attaques du 7 octobre, sur l’histoire dense et les projections possibles de la guerre en cours.                                                                  Aujourd’hui, 80 % de la population de Gaza est composée de réfugiés ou de descendants de réfugiés. Gaza, c’est un modèle réduit de la Palestine : les villes, les camps, les quartiers sont structurés en fonction des régions d’origine des réfugiés palestiniens. À cela s’ajoute une très forte tradition d’autonomie et de résistance, qui a fait de Gaza un verrou stratégique dans toutes les conquêtes de l’histoire, qu’il s’agisse de l’armée romaine au premier siècle de notre ère, des Britanniques en 1917 (qui doivent s’y reprendre à trois fois pour conquérir la ville), de l’armée israélienne qui y mène une longue incursion en 1956-1957 avant d’évacuer la zone, ou de cette même armée israélienne qui met plus de quatre ans, entre 1967 et 1971, pour en reprendre le contrôle.          En fait, Israël n’a jamais su quoi faire de Gaza. Elle y a d’abord installé des colons, mais en relativement petits nombres, avant de s’en retirer unilatéralement en 2005. L’Égypte elle-même n’a fait qu’administrer la bande de Gaza après 1949, elle s’est toujours refusée à l’annexer, à la différence de ce qu’avait fait la Jordanie avec la Cisjordanie, au même moment. Aujourd’hui, la bande de Gaza est une agglomération d’immenses camps de réfugiés, ce qui en fait un imprenable îlot de résistance. D’un point de vue sociologique, la résistance palestinienne s’est toujours structurée dans les camps de réfugiés, comme on le voit aussi à Jénine en Cisjordanie. Les populations déracinées sont plus disponibles pour la lutte armée que les populations enracinées et encadrées par des logiques familiales ou claniques. Mais, après les massacres du 7 octobre, après le déplacement forcé de plus de 1,5 million de Gazaouis du nord vers le sud, avec l’intensification actuelle de l’offensive dans le Sud, toute cette longue histoire de Gaza a basculé dans autre chose : le vrai enjeu, dans les jours qui viennent, c’est de savoir si la situation humanitaire va devenir à ce point catastrophique qu’elle obligerait l’Égypte à ouvrir ses frontières, comme Israël en fait probablement le pari, en rendant la situation tellement impossible et effroyable pour les Gazaouis que cela force la main de l’Égypte sous la pression internationale.         C’est le plan israélien d’une seconde « Nakba » [la « catastrophe », l’exode palestinien de 1948 – ndlr], explicitement exprimé ces jours-ci à l’extrême droite du spectre politique. Et de fait, d’un point de vue historique, l’usage du terme nakba n’est pas exagéré : en 1948, le premier exode a concerné 750 000 Palestiniens ; aujourd’hui, on parle de 2,3 millions de Palestiniens menacés d’expulsion à Gaza.  Ce plan de l’extrême droite israélienne a peu de chances de se réaliser, car l’Égypte est le seul pays de la région à n’avoir jamais accepté de camps de réfugiés palestiniens sur son sol, contrairement à la Syrie, la Jordanie ou le Liban. Elle n’y est pas plus disposée aujourd’hui, d’abord sur le plan sécuritaire parce qu’elle ne veut pas abriter les futurs camps d’entraînement du Hamas, affilié aux Frères musulmans qui sont les ennemis du régime égyptien actuel ; et puis, sur le plan politique et historique, parce qu’elle sait qu’aucun réfugié palestinien, après avoir été soi-disant provisoirement établi dans un camp, n’est jamais rentré en Palestine.                  Le Hamas a baptisé son attaque du 7 octobre « Déluge d’Al-Aqsa », ce qui nous ramène à Jérusalem, que vous qualifiez d’« œil du cyclone » du conflit actuel. Pour s’extraire de cette actualité dramatique, à quelles conditions pourrait-on imaginer que « Jérusalem 2100 » ressemble à votre livre « Jérusalem 1900 », dans lequel vous exhumiez les éléments d’une possible « histoire partagée » ?  Jérusalem n’a jamais été le véritable verrou du processus de paix. C’est un sujet moins difficile que celui des réfugiés côté palestinien, ou des colonies côté israélien. En réalité, c’est le vocabulaire anglo-saxon des négociations d’Oslo qui en a fait une impasse, en préférant la notion de « partition » à celle de « partage », c’est-à-dire en privilégiant une logique de séparation sur une logique de coordination.  En se focalisant sur cette volonté de faire coïncider la carte d’identité et le territoire, on est certain de ne jamais y arriver…                               Pourtant, à l’échelle de Jérusalem, cette logique de séparation est impossible à réaliser parce qu’elle est concrètement impraticable. Pour y parvenir, il faudrait tracer de nouvelles lignes de démarcation dans des espaces où tout s’entrecroise : entre les quartiers, les rues, les bâtiments, les étages des bâtiments, la souveraineté sur le sous-sol, sur la surface et dans les airs, etc.                  À l’échelle urbaine, cette logique est effrayante, avec des barbelés horizontaux entre les étages des bâtiments comme on le voit à Hébron, avec des miradors, des check-points, des armements un peu partout : toutes choses dont on a vu les limites sécuritaires le 7 octobre.  En se focalisant sur cette volonté de faire coïncider la carte d’identité et le territoire, on est certain de ne jamais y arriver… ce qui était d’ailleurs peut-être le but recherché ! Mais si on remplace la logique de partition par une logique de partage, alors Jérusalem devient au contraire la matrice d’un horizon atteignable, à savoir la capitale de deux États, ce qui est la position de la diplomatie européenne.                                   Concrètement, pour Jérusalem, cela supposerait une extension du périmètre de compétence de la municipalité, pour que cette institution représente véritablement les intérêts de tous ses habitants, y compris les 40 % de Palestiniens, et une extension du périmètre territorial de la ville vers l’est, en y intégrant notamment Abou Dis où se trouve l’ex-futur Parlement palestinien bâti par l’Autorité palestinienne et qui existe toujours.              Il faut souligner que toutes les grandes institutions nationales israéliennes – la Knesset, la plupart des ministères, la Banque centrale – se trouvent très à l’ouest des murailles de la vieille ville, puisque c’était le seul territoire disponible lorsque les autorités israéliennes ont fait de Jérusalem leur capitale, en 1950. De ce fait, les institutions nationales palestiniennes auraient toute latitude pour se déployer à l’est de la ville, comme en miroir. On a bien des exemples de capitales qui sont à la tête d’entités différentes, par exemple avec Bruxelles (Europe, Belgique, provinces…). Jérusalem pourrait remplir ce rôle, et faire coexister des citadins ayant des cartes d’identité différentes.                                                                    Le premier rendez-vous manqué avec l’histoire, c’est 1947. L’été de cette année-là, les Britanniques annoncent qu’ils quitteront la Palestine en mai 1948 et remettent donc aux Nations unies le mandat qu’ils avaient reçu de la Société des Nations trente ans plus tôt et qu’ils n’arrivent pas à honorer. Après la Première Guerre mondiale et la chute des empires, austro-hongrois et ottoman, on avait prétendu appliquer les 14 points du président Wilson, et notamment le droit à l’autodétermination des peuples, mais en considérant que certains de ces peuples n’étaient pas assez « mûrs » pour cela et en les confiant alors à une tutelle coloniale. La Grande-Bretagne, pour administrer la Palestine, n’avait même pas créé une entité ad hoc, elle avait confié cette tâche au Colonial Office qui y appliquait les mêmes méthodes brutales que dans ses autres colonies, tout en prétendant travailler à l’éclosion du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Tout cela dans un cadre intellectuel étroit issu de l’histoire de l’Europe occidentale qui considère alors que chaque « nation » doit obtenir son État. Cette démarche contradictoire aboutit au constat d’échec dressé en 1947. La question de la Palestine constitue alors le premier grand dossier de l’ONU, au moment où il faut décider que faire de ce mandat confié à la Grande-Bretagne sur le territoire en 1917 : un mandat qui a été lui-même structurant dans la fondation de la Société des Nations (SDN). Au-delà du fait que la Palestine soit le berceau des trois grands monothéismes (plus de 50 % de l’humanité aujourd’hui), cela explique que ce qui s’y passe concerne à ce point ce qu’on appelle la « communauté internationale », car tout y est corrélé à la notion même de « droit international ».            En 1947, un comité spécial des Nations unies sur la Palestine propose deux options : un État fédéral binational assurant l’égalité des droits entre Arabes et juifs et l’unité économique du territoire, ou bien une partition en deux États. Les organisations sionistes font en sorte que cette option de l’État fédéral ne soit pas mise au vote, à une époque où les juifs représentent environ 15 % de la population de la Palestine historique et possèdent seulement 10 % du sol. Ce qui est mis au vote, c’est un projet de partition territoriale offrant 55 % des terres au futur État juif de Palestine et 45 % à l’État arabe de Palestine. Chacun sait pertinemment quelles seront les réactions des parties en présence.  En effet, quelle entité politique accepterait de passer de 92 % de la terre à 45 %, en signant un plan de partage ? La première guerre israélo-arabe se produit donc en toute logique et impose une ligne de cessez-le-feu qui octroie à Israël 78 % de la Palestine mandataire pour 22 % aux Palestiniens, à savoir la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est.                 L’autre rendez-vous raté, c’est le processus Oslo, dans les années 1990. En préalable, on exige un aggiornamento majeur de la part des Palestiniens, qui acceptent de ne plus revendiquer toute la Palestine historique mais seulement 22 % de celle-ci, en reconnaissant l’existence d’Israël dans les frontières issus du cessez-le-feu de 1948. Alors que la charte de l’OLP de 1964 prévoyait un État palestinien indépendant de la mer au Jourdain, l’OLP opère donc au début des années 1990 un tournant historique fondamental. Il faut noter que cette évolution arrive juste après la première Intifada, ce qui rappelle que les périodes d’insurrection ne sont pas incompatibles avec les périodes de négociation, au contraire. En tout cas, la déception des Palestiniens est à la mesure de la concession historique qu’ils ont opérée : les Israéliens, avec le soutien tacite des États-Unis, sabordent l’esprit des accords d’Oslo en cherchant à s’approprier toujours plus de territoires en Cisjordanie.                                                                                                                                                    C’est sans doute l’erreur historique des Israéliens au moment d’Oslo : plutôt que de s’assurer du contrôle définitif de 78 % de la Palestine mandataire, ce qui leur aurait garanti une paix globale avec l’ensemble des pays de la région, ils ont voulu pousser leur avantage grâce aux colonies, au risque de fragiliser ce qui constituait le cœur du projet sioniste, un refuge sûr aux frontières stables et reconnues.    On fait aujourd’hui porter beaucoup la responsabilité de la situation actuelle sur les ministres suprémacistes et messianistes Itamar Ben Gvir ou Bezalel Smotrich. Même des inconditionnels d’Israël comme Alain Finkielkraut voient dans leur présence au gouvernement une « honte ». Leur départ, s’il est sans doute une condition préalable à toute évolution positive, suffirait-il à dessiner une solution ?   De même que le Hamas du côté palestinien, Ben Gvir et Smotrich doivent être perçus comme les symptômes d’une situation politique dysfonctionnelle qui laisse la place aux plus extrémistes. Pour autant, n’y voir que des symptômes parmi d’autres, ou des anomalies dont il serait possible de se débarrasser facilement, fait obstacle à la réalité.  Il faut faire une distinction entre racisme et suprémacisme. Une société peut vivre avec une certaine dose de racisme. On ne s’aime pas, on ne se respecte pas, on ne se parle pas, mais la puissance publique prévient la majorité des passages à l’acte et régule les relations.  L’horizon suprématiste est totalement différent, surtout s’il est au pouvoir. On passe du « je ne t’aime pas » au « je te supprime », « je t’expulse » ou « je t’extermine ». Aucune société humaine ne peut vivre avec, en particulier à la tête de l’État, des gens qui considèrent qu’ils peuvent supprimer tous ceux qui ne vont pas dans leur sens, qu’il s’agisse de Yitzhak Rabin en 1995 ou des Palestiniens aujourd’hui.                                                                                                          On doit se méfier d’une tendance à présenter le problème israélo-palestinien comme “insoluble”                                                                                                                                                 À cela s’ajoute la dimension messianique. On parle aujourd’hui beaucoup de « course à l’abîme », mais pour ces acteurs, la fin des temps n’est pas un problème, au contraire, c’est la solution. Pour les évangéliques chrétiens, il faut que tous les juifs retournent en terre d’Israël pour que l’apocalypse et le jugement dernier adviennent. Pour les messianistes juifs, il faut hâter la fin des temps pour permettre l’arrivée du Messie. Notons que les combattants du Hamas se situent eux aussi dans cette même dimension eschatologique. C’est très compliqué pour nous de penser une rationalité si différente de la nôtre, d’imaginer cette attente de la fin des temps, ce désir d’apocalypse. Mais il le faut, car ces pensées délirantes fabriquent du réel bien concret, des projets, des mobilisations, des guerres, des massacres.;;;La présence au pouvoir en Israël de suprémacistes et de messianistes change donc profondément les coordonnées politiques, mais on ne la comprend pas sans l’inscrire dans un temps plus long et sans impliquer d’autres acteurs dans l’équation, notamment la droite israélienne « classique ».   L’évolution socio-démographique israélienne qui a engendré la situation actuelle est profonde et en partie souterraine. Quand Yigal Amir assassine le premier ministre Yitzhak Rabin en 1995, on a tendance à en faire un monstre isolé, sans se rendre compte qu’il a derrière lui une masse démographique et une armée idéologique structurée. En réalité, ceux qui ont armé Yigal Amir étaient déjà nombreux et ils sont aujourd’hui au cœur du gouvernement.                                                                                                        Une autre erreur d’analyse assez répandue est de considérer cette histoire comme un processus linéaire, une histoire de kibboutz laïc et de sionisme progressiste qui aurait déraillé au profit d’une droite religieuse ethno-nationaliste qui a au même moment le vent en poupe ailleurs dans le monde.   Il y a pourtant, dès les origines du mouvement sioniste, les ferments de ce à quoi on assiste aujourd’hui. Vladimir Jabotinsky (1880-1940), qui est une référence explicite de Nétanyahou et possède une avenue à son nom à Tel-Aviv et à Jérusalem, juge d’emblée que les kibboutz, l’agriculture, la renaissance de l’hébreu, le sionisme culturel, c’est bien gentil, mais que ce sera insuffisant pour donner naissance à l’État d’Israël. Jabotinsky martèle qu’il existe en Palestine une population autochtone qui n’acceptera jamais de se voir déposséder de sa terre, et qu’il faudra donc l’expulser, par la force. Pour ce faire, il organise dès les années 1920 des milices paramilitaires qui sont les ancêtres directs des groupes de colons aujourd’hui surarmés par Itamar Ben Gvir.                      Quant au rabbin Abraham Kook (1865-1935), sa doctrine et son parcours rappellent que la jonction historique à laquelle on assiste aujourd’hui entre le sionisme ethno-nationaliste et une partie du monde ultra-orthodoxe a des racines profondes, bien avant la proclamation de l’État d’Israël. Aujourd’hui, leurs adversaires accusent à bon droit Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich de mettre en péril les juifs d’Israël et donc de dévoyer le projet sioniste originel, mais ces derniers peuvent se targuer de puiser eux aussi dans des matrices idéologiques anciennes.   Avec une telle histoire et dans un tel moment, les discussions sur une solution à un ou deux États peuvent-elles être autre chose que cosmétiques ?                                                                           D’abord, on doit se méfier d’une tendance à présenter le problème israélo-palestinien comme « insoluble », parce que cela permet de se déresponsabiliser. C’est immoral, mais c’est aussi très dangereux. Dans cette perspective, la solution à deux États serait impossible parce qu’il y a maintenant 750 000 colons, dont une partie surarmée, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, et qu’on se souvient qu’il a fallu 24 000 soldats pour évacuer les 8 000 colons de Gaza en 2005.  La solution à un État serait impossible, au motif que Palestiniens et Israéliens sont arrivés à un niveau inédit de rage et de désir de vengeance, encore plus depuis les massacres du 7 octobre d’un côté et l’écrasement de Gaza de l’autre.  Cet horizon occulté, en forme de double aporie, constitue bien un piège moral et politique. En réalité, l’État unique existe déjà de facto puisque, de la mer Méditerranée au Jourdain, il n’existe qu’une seule armée (l’armée israélienne), une seule monnaie (le shekel israélien) et une seule frontière internationale, contrôlée par Israël.   Cet État binational de facto est bien sûr investi différemment par l’extrême droite israélienne et par la jeunesse palestinienne. Les premiers se projettent dans un État d’apartheid, alors que les seconds imaginent pouvoir se battre pour l’égalité des droits.   Ces deux camps travaillent donc dans des directions opposées mais on ne peut pas dire aujourd’hui que personne ne pense et ne travaille l’avenir. Pour l’extrême droite israélienne par exemple, le terme de nakba, qui a longtemps été un tabou, est désormais un slogan.    Un tout autre projet existe au sein de la gauche radicale israélienne, mobilisant y compris des Palestiniens d’Israël, celui dit « Two States, One Homeland », qui envisage deux États, de part et d’autre de la ligne de cessez-le-feu de 1949-1967, mais qui autoriserait d’un côté les colons israéliens à demeurer sur le territoire de l’État palestinien, et de l’autre les réfugiés palestiniens à revenir s’établir en Israël.        Dans ces conditions, les 7 millions d’Arabes palestiniens et les 7 millions de juifs israéliens qui vivent aujourd’hui entre la mer Méditerranée et le Jourdain seraient tous représentés, protégés et contrôlés par une entité étatique stable, représentative, efficiente et reconnue, sans forcément habiter sur son sol. On comprend pourquoi, pour les militants du mouvement « Two States, One Homeland », l’Europe représente un modèle extraordinaire dont il faut s’inspirer.  Pour finir, la mainmise des colons suprématistes sur le gouvernement israélien est-elle un horizon indépassable ? Un ancien ambassadeur d’Israël en France comme l’historien Elie Barnavi va jusqu’à évoquer une guerre civile…                                                                                                                                                                         l y a aujourd’hui un choix historique de leadership qui se pose pour les Palestiniens comme pour les Israéliens. Mais les premiers ne peuvent qu’espérer la libération du « Mandela palestinien » par les autorités israéliennes, Marwan Barghouti, alors que les seconds peuvent voter.  Rappelons d’abord que les moments historiques les plus tragiques créent des espaces de politisation inédits. Aujourd’hui, il y a sans doute trop d’émotion et de rage de part et d’autre pour que nos capteurs habituels fonctionnent correctement : nos grilles de lecture héritées des séquences précédentes se sont effondrées comme un château de cartes. En Palestine, on ne voit pas comment l’ascension du Hamas pourrait être freinée, et en même temps tout indique que si Marwan Barghouti était libéré demain, il remporterait les élections haut la main, à la fois contre les affidés de Mahmoud Abbas et contre le Hamas. Car les Palestiniens sont aujourd’hui face à un risque véritablement existentiel.    De même en Israël, on ne voit pas qui pourrait freiner l’ascension de l’extrême droite, car la gauche a trop longtemps voulu croire que l’assassin d’Yitzhak Rabin était un marginal isolé. Mais c’est le cœur du projet sioniste qui est aujourd’hui atteint, alors qu’il se trouvait au centre des manifestations de ces derniers mois, qui jugeaient que ce gouvernement était incapable d’assurer la sécurité d’Israël. Là encore, c’est bien un risque existentiel qui était et qui est dans tous les esprits.  Partant de ce constat, Elie Barnavi, historien des guerres de religion en Europe, évoque la possibilité – ou la nécessité – d’une « guerre civile », au cours de laquelle « le sang coulera », pour réussir à désarmer les colons les plus radicaux de Cisjordanie. On n’en est pas là, bien sûr, ce n’est même pas le chemin qui se dessine, mais cette prise de parole surprenante, de la part d’un diplomate israélien modéré, révèle cependant un point fondamental : la guerre actuelle, qui fait peser un risque existentiel pour les deux peuples – risque existentiel à court terme pour les Palestiniens, risque existentiel à moyen et long terme pour les Israéliens –, fait bouger les lignes, à un rythme jamais vu au cours de ces dernières décennies. Ce constat ne doit nous rendre ni optimistes ni pessimistes ; il doit seulement nous faire admettre que le champ des possibles s’est soudain élargi devant nous, pour le pire ou pour le meilleur." [Merci à Mediapart__ Souligné par moi]] ____________

mercredi 9 janvier 2019

Jérusalem : la déchirure

  La ville dite "sainte" sous tension.
                                          Jérusalem tend de plus en plus à devenir un enjeu purement national.
    Après la décision de Trump, voici celle de Bolsonaro, qui décident de faire de la ville historique et religieuse, hautement symbolique, un haut lieu pour leur représentation diplomatique.
   Un geste qui n'est pas sans signification politique dans le contexte du moment et dans celui du durcissement du gouvernement israëlien, militaire comme idélogique.
   Une cité millénaire où aujourd'hui les murs sont de plus en plus aussi dans la tête. 
  Loin, bien loin du statut qui lui avait été dévolu internationalement.



           Le poids de l'histoire ainsi que le statut spécial s'effacent peu à peu, sous l'influence des données régionales et des aléas de la politique de Tel Aviv, qui fait feu de tout bois..
    Une erreur fondamentale comme dit le journaliste franco-israëlien Charles Enderlin:
 ....En décidant le 6 décembre de reconnaître la ville comme capitale d’Israël, Trump... va à l’encontre de la résolution 476 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui, le 30 juin 1980, déclarait nulles et non avenues toutes les mesures adoptées par Israël « modifi[ant] le caractère géographique, démographique et historique de la Ville sainte ». Un mois plus tard, la Knesset, le Parlement israélien, votait une « loi fondamentale » déclarant la ville, « entière et unifiée, capitale d’Israël ». Le Conseil de sécurité réagissait le 20 août suivant, en votant  la résolution 478 demandant aux États membres de retirer leurs missions diplomatiques de Jérusalem. Depuis, à quelques rares exceptions près — le Costa Rica et le Salvador y ont gardé une ambassade jusqu’en 2006 —, Jérusalem n’accueille que quelques consulats, les ambassades étant à Tel-Aviv.
En Israël, l’initiative de M. Trump a été accueillie avec allégresse par le public (2) et dans l’euphorie par le pouvoir. Rares furent les commentateurs relevant que la Maison Blanche se garde de trancher la question d’une souveraineté pleine et exclusive d’Israël sur Jérusalem en précisant que ses limites concrètes devront être définies dans le cadre des négociations sur le statut final de la ville. À cela s’ajoute le fait que, sur le plan de sa construction et de l’acquisition du terrain sur lequel elle pourrait être construite, l’ambassade des États-Unis n’est pas près d’être transférée à Jérusalem. À plusieurs reprises, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a fait savoir que ce transfert ne pourrait avoir lieu avant deux ou trois ans. Autrement dit, après la fin du mandat de M. Trump…
Mais, pour la direction palestinienne, c’est une rupture de la légitimité internationale sur laquelle elle s’appuie depuis le début des pourparlers de paix. C’est aussi un nouvel échec de la stratégie de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) face à Israël, dont les causes sont multiples. Certaines remontent aux débuts du processus d’Oslo. Le 29 juillet 1993, en pleines négociations secrètes à Halversbole, en Norvège, le conseiller juridique israélien Yoël Singer écrivait dans son rapport envoyé au premier ministre Itzhak Rabin et son ministre des affaires étrangères Shimon Pérès à Jérusalem : « L’OLP entend repousser le transfert des pouvoirs civils jusqu’au retrait de Tsahal de Gaza et de Jéricho. Ils nous ont expliqué que ces pouvoirs devaient être transférés à la direction de l’OLP-Tunis lors de [son] arrivée à Gaza, et pas à des (…) Palestiniens de l’intérieur.  » À l’époque, la direction de l’OLP se trouvait à Tunis et entendait garder la mainmise sur les négociations et limiter l’influence des personnalités politiques vivant dans les territoires occupés. Conséquence de cette rivalité, l’absence, au sein de l’équipe de négociateurs, de dirigeants de l’intérieur, connaissant mieux que quiconque la situation sur le terrain, s’est fait sentir dès le début des pourparlers....
         Une histoire compliquée qu'il est dangereux de violenter.
     L'effet Trump ne sera pas sans conséquences.
 Le noeud gordien risque de devenir de plus en plus difficile à trancher.
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Terrorisme colonial juif en question
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jeudi 14 janvier 2021

Parler d'apartheid

En Israël

              Là-bas, sur le terrain, certains n'ont plus peur du mot. Non pas les Palestiniens de Cisjordanie, mais certains journalistes, anciens militaires et hommes publics israëliens, qui osent soumettre les plans du gouvernement actuel au feu de la critique. Des plans déjà anciens, qui ne font que se prolonger, avec l'arrière pensée, tout à fait proclamée dans la communauté ultra-orthodoxe, de rendre au pays, les terres ci-devant appelées Judée et Samarie. Le mythe de la Terre perdure, comme le remarque l'historien Shlomo.Sand, comme projet politique sous couvert de justifications religieuses.


       Le projet routier en développement va continuer à y contribuer, jusqu'à effacement des enclaves palestiniennes,  leur disparition du regard et des mémoires. L'entre-soi sera total, Le mythe de deux Etats, encore entretenu par Rabin, aura vécu. Le quotidien le Mondeen date du 12 janvier 2021, soulignait l’importance du dernier rapport de B’Tselem: «Israël maintient un régime d’apartheid entre le Jourdain et la Méditerranée: c’est le constat, radioactif, que fait pour la première fois une organisation de défense des droits de l’homme juive israélienne de premier plan, B’Tselem. Dans un rapport, publié le mardi 12 janvier, l’ONG s’affranchit de la division communément admise entre les systèmes politiques en place en Israël et dans les territoires palestiniens. Démocratie d’un côté, occupation militaire temporaire de l’autre. B’Tselem estime qu’une telle distinction s’est vidée de son sens au fil du temps, depuis la conquête des territoires par Israël, lors de la guerre de 1967..."   


            Le Quotidien Haaretz fait un bilan de l'opération routière en cours, qui n'est pas seulement fonctionnelle mais surtout politique. Une annexion de facto, selon une autre source.   Maintenant que l’annexion de jure a été temporairement retirée de la table, la droite des colons espère continuer à pousser l’annexion rampante, de facto, et porter la population de colons à un million.  Comme l’explique Daniel Seidemann, un avocat israélien spécialisé dans la géopolitique de Jérusalem, les projets d’infrastructure sont «destinés à effacer la ligne verte et à intégrer les colonies de Cisjordanie [en Israël]».   Selon la Moriah Jerusalem Development Corporation, une organisation créée par la municipalité de Jérusalem afin de développer les infrastructures de la ville, le projet de quelque 27 millions d’euros devrait améliorer la circulation des citoyens israéliens entre Jérusalem et d’autres colonies du sud de la Cisjordanie, comme Gush Etzion, Efrat, Kiryat Arba, et d’autres.   La vidéo promotionnelle virtuelle de Moriah montre des véhicules israéliens circulant uniquement sur la route élargie, sans mentionner aucune des villes palestiniennes adjacentes invisibles qui se trouvent derrière les deux murs qui l’entourent. Bien qu’elle ait été construite dans les années 1990 sur des terres privées, confisquées aux Palestiniens, la route des tunnels est interdite aux Palestiniens de Cisjordanie, à l’exception des résidents palestiniens de Jérusalem-Est, qui sont autorisés à conduire des véhicules immatriculés en Israël.    Selon l’Institut de recherche appliquée (Applied Research Institue – ARIJ), une ONG palestinienne qui rend compte des activités de colonisation israéliennes en Cisjordanie, le principal objectif de la route est de contourner Beit Jala et Bethléem, offrant aux colons de Gush Etzion et de la région de Hébron une entrée sud-ouest de la ville de Jérusalem «débarrassée» des Palestiniens. Dans le passé, les Palestiniens pouvaient voyager entre Bethléem et Jérusalem; aujourd’hui, Bethléem est entouré par le mur de séparation...."                                                                                   Comme il a déjà été dit, Bibi trace ses routes, grâce à la complicité des uns, le silence des autres, l'indifférence générale. Que demandait-il de plus? Une géographie de la violence, comme il était dit déjà en 2008. La Cisjordanie et Jérusalem-Est seront effacés. Mais que deviendront les Palestiniens?___________________

vendredi 5 janvier 2024

Jérusalem, la disputée

                       S'il est une ville surchargée de mythes, d'espoir et de rêves, de tragique aussi, c'est bien la ville que l'on appelle "sainte", "trois fois sainte" même, à laquelle se réfèrent les monothéismes, cousins par de nombreux aspects historiques.     


            Ville aujourd'hui divisée, investie par les "sionistes chrétiens", qui ont le vent en poupe, à la faveur du radicalisme d'Etat israëlien.  "...La Knesset a entériné deux mois plus tôt le statut de Jérusalem comme « capitale éternelle d’Israël, une et indivisible ». La communauté internationale crie à la violation du droit international : treize ambassades étrangères quittent Jérusalem pour Tel-Aviv.."                                                                    L'ancienne capitale de David est saturée de sens, mythifiée, dans laquelle s'entrechoquent souvent les diverses communautés, se manifestent leurs luttes d'influence. Après 3000 ans de passions. Au sein d'une terre dite "promise". Un obstacle à la solution d'un conflit qui se radicalise. Une histoire qui aujourd'hui divise, dans cette ville au statut unique, ville de foi et de passions. Depuis l'occupation romaine en passant par les Croisades, jusqu'au joug ottoman et le protectorat britannique, tantôt assoupie, tantôt vivante, elle est au coeur des enjeux religieux et politiques, des aspirations de ceux qui désirent retrouver une terre, dans l'espérance et la douleur.

                    Déjà en 2017___ Dans la ville dite sainte, l'atmosphère est lourde. Pas seulement au sein des communautés qui la revendiquent comme lieu de culte privilégié, produit d'une histoire réelle et mythique complexe.

   Il y a aussi le fatalisme désespéré des Palestiniens de Jérusalem-Est qui se voient de plus en plus ostracisés, menacés d'expulsion, au nom d'un reconquête sioniste urbaine, qui s'affirme encore plus en Cisjordanie, au point de rendre l'idée même d'un possible Etat palestinien de plus en plus improbable.
   On est en droit de contester la notion de "ville sainte", de même que celle de "terre sainte" en soi, comme le faisait remarquer un historien israëlien..
    Les anciennes et plus récentes guerres de religion servent d'alibi.
    Mais cette cité est et reste une ville juste hautement symbolique, dont seulement de longues négociations pourront peut-être un jour modifier le statut. Tout passage en force y reste possiblement explosif, régionalement et au-delà, pas seulement pour des raisons religieuses, qui peuvent paraître secondaires ou archaïques. La politique de Sharon surtout a réveillé les désirs d'occupation exclusive. C'est un réveil de conflits armés trop connus qui peut surgir à tout moment, tant est grande la colère à Jérusalem .
   Depuis l'annonce trumpienne, le fragile statut de la ville, capitale impossible, issue de l'histoire et de  la guerre, est en péril
   Ce ne sont pas seulement les plus hautes autorités religieuses qui s'inquiètent, comme le pape, qui demande « la paix pour Jérusalem et pour toute la Terre sainte » et pour que les acteurs en présence parviennent à une « solution négociée qui permette la coexistence pacifique de deux Etats à l’intérieur de frontières définies entre eux et reconnues internationalement " C'est aussi l' ONU qui lance un nouvel avertissement.
    Mais la diplomatie du choc de Trump en décide autrement, seul contre tous (America first and alone), comptant sur le soutien de Netanyahou, qui veut aussi  faire oublier ses casseroles et qui cherche le soutien des rabbins. Mais ce cadeau est empoisonné.
Une erreur fondamentale  , comme dit Charles Enderlin, qui peut être cher payée.
La guerre des mots risque de ne pas rester seulement verbale. Certains Israëliens le rappellent régulièrement.
    Le noeud gordien qu'est Jérusalem risque de vivre d'autres Noël de tensions. _______________