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samedi 14 mai 2011

Tous des assistés?

Haro sur des "privilégiés"

"J'ai entendu dire que, quand on avait le RSA, on pouvait gagner autant que des gens qui travaillent et sont au smic : faux, faux, faux. Ce sont des vieilles lunes... On a donné des aides aussi aux gens qui travaillaient parce qu'il y a quelques années les gens qui reprenaient le travail perdaient de l'argent" (Martin Hirsch)

__Monsieur Wauquiez est apparemment un brave garçon.
Mais issu d'une famille où l'on ignorait le besoin, sorti des grandes écoles où il fut "assisté" (surtout l'ENS), il a sans doute très peu fréquenté les milieux moins favorisés, le monde du travail et n'a qu'une idée vague de la précarité et une notion toute théorique du chômage et de l'exclusion, de la difficulté de trouver un travail, parfois même de l'impossibilité de le faire dans certains lieux et dans certains cas...
Pourtant, il s'érige en expert en médecine sociale, évoquant la notion de "cancer", en jouant habilement sur l'argument facile des (assez minoritaires) petits tricheurs profitant du système _ on en trouvera toujours_, en donnant de mauvais exemples.
Il est assez intelligent pour comprendre que la plupart des intéressés souffrent d'une situation subie, parfois durablement...Mais l'intelligence n'est pas en cause dans ce problème.

Il est vrai qu'il s'est fait reprendre par Mr Fillon pour avoir dit "
tout haut ce que tout le monde pense tout bas". Mais uniquement sur la forme, vu les réactions au sein même de sa propre famille politique et du père du RSA, Martin Hirsh.
_Le but de l'opération paraît claire: grapiller des voix au concurrent FN et déstabiliser le PS .
Enjeux électoralistes donc, démarche sans doute téléguidée de l'Elysée.
Proposition aussi démagogique qu'inapplicable , destinée à tester l'opinion et créer des clivages électoralement profitables: diviser pour régner...
La droite sait bien que sans minima sociaux, la situation sociale serait explosive, quand près de 8 millions de Français sont sous le seuil de pauvreté, quand le chômage atteint de tels sommets, que travailler bénévolement, même cinq heures, met en péril de petits boulots déjà gérés par des collectivités locales, par exemple.
"C'est illogique : le RSA implique déjà l'obligation de suivre un parcours d'insertion dans l'emploi, sous peine de radiation." De plus, souligne la responsable, les travaux proposés par le ministre, qu'il s'agisse de "l'accueil de service public" ou de la surveillance des sorties d'école, sont déjà le plus souvent des postes en contrats aidés, justement proposés à des publics en réinsertion. Remplacer ces personnes – généralement rémunérées sur des contrats d'une vingtaine d'heures – par des allocataires du RSA reviendrait à substituer un public de travailleurs "bénévoles" à des salariés bénéficiant de contrats aidés qui ouvrent droit à des cotisations retraite et chômage. Donc à aggraver la précarité globale." (A.Brassens-Le Monde)

______Mais pourquoi ne parle-t-on pas des assistés privilégiés comme Mr Dassaut ou Tapie et tous ces « assistés » qui payent l'ISF? L'impôt sur le revenu pèse de moins en moins lourd ...
Le vrai cancer de la France, ce n'est pas l'assistanat, terme humiliant, mais le chômage,le chômage de longue durée.

___"L'assistance, c'est une des réponses à ce cancer-là, un palliatif. Si l'assistance se développe, c'est parce que le chômage reste massif et que son indemnisation n'a cessé de baisser depuis le milieu des années 1990...L'assisté, c'est celui qui est pauvre, qui doit être aidé par la solidarité nationale. Utiliser le terme d'assistanat plutôt que d'assistance relève d'une volonté politique de stigmatiser une population très hétérogène. Parler d'assistanat, c'est aussi une façon de cibler les immigrer, sans les nommer. Le terme est si péjoratif qu'une majorité - les deux tiers - de ceux qui pourraient bénéficier du RSA activité ne le demandent pas, de peur d'être stigmatisés...La collectivité a le droit d'exiger des contreparties de son assistance, mais cette idée permet surtout d'éviter de se poser la question de l'efficacité de l'action publique pour les personnes éloignées de l'emploi. Le RSA a été conçu pour rendre incitatif le travail. C'est un échec. Car le problème n'est pas d'inciter les gens à travailler mais de les rendre "employables", c'est-à-dire de les former et de les accompagner dans leur démarche.... Contrairement à une idée reçue, les minima sociaux sont relativement bas en France, en comparaison d'autres pays européens. Le montant des minimas sociaux est deux fois plus important dans les pays d'Europe du Nord. Le RMI a perdu 34% par rapport au revenu médian des Français depuis le début des années 1990. Aujourd'hui, le RSA s'élève à 467 euros pour un célibataire et 980 euros pour un couple. C'est à peine la moitié du seuil de pauvreté. L'idée que les personnes assistées vivent dans une situation confortable est complètement fausse."(Nicolas Duvoux)
__La France, un «pays d'assistés»?:
"... pour beaucoup de Français, «assistés» est évidemment péjoratif: «Ce terme évoque des gens en situation de dépendance par rapport à la collectivité, comme si, derrière la protection sociale institutionnalisée, se masquait une déliquescence morale», dit Duvoux.
Avec le flot d'images qui s'y rapportent: les pauvres (ou les Roms) qui roulent en BMWun thème cher à Nicolas Sarkozy –, les journées passées à jouer à la console au lieu de chercher du travail, le travail au noir, ou encore les «allocations-braguette» – l'idée selon laquelle les pauvres, souvent étrangers, font des enfants pour toucher les allocations familiales.
«Ces représentations ont émergé dès la fin des années 1970 aux Etats-Unis», à la fin de l'âge d'or économique de l'après-guerre, raconte Hélène Périvier, économiste à l'OFCE (Sciences-Po). «Le républicain Ronald Reagan (président de 1981 à 1989) truffait ces discours sociaux de références à la “Welfare Queen”», cette femme pauvre de la banlieue de Chicago qui roulait prétendument en Cadillac, adorait le champagne, et aurait fraudé 150.000 dollars à diverses caisses sociales en s'inventant 80 noms, 30 adresses, et quatre maris décédés.

Un personnage inventé, comme l'a prouvé le livre du journaliste américain David Zucchino, Myth of the Welfare Queen (ci-contre). N'empêche: le cliché du pauvre oisif et fraudeur a fait florès. Y compris en Europe, où il a largement inspiré les politiques, de droite mais aussi de gauche à partir du milieu des années 1990.

Dans l'inconscient collectif des Blancs américains, la «Welfare Queen» était bien souvent noire. «Les programmes sociaux sont faits pour aider les plus pauvres, et les plus pauvres sont aussi généralement les populations dominées, des femmes ou des personnes issues des minorités ethniques», rappelle Hélène Périvier, de l'OFCE. «Mentionner l'assistanat dans le débat politique, c'est utiliser un langage codé, insiste Nicolas Duvoux. Ce terme évoque souvent, sans qu'il soit besoin de les nommer, les étrangers.» On saisit mieux pourquoi Patrick Buisson, le conseiller de Nicolas Sarkozy, place la «lutte contre l'assistanat» sur le même plan que l'immigration ou l'identité nationale..." Les Français qui tancent les «assistés» sont-ils pour autant tous racistes? «De plus en plus de gens, notamment les classes moyennes inférieuses et les jeunes, se sentent floués dans le jeu de la solidarité», admet Danièle Karniewicz, la présidente de la Caisse nationale d'assurance-retraites. Notamment toute une France des classes moyennes inférieures gagnées par l'«extension du désavantage social», selon le sociologue Olivier Schwartz: les salariés au Smic ou à peine plus, les jeunes, ou ces «petits-moyens» fragilisés qui pensent qu'ils «paient pour tout le monde», pour les plus riches mais également pour les plus pauvres qui bénéficient des aides. Dans L'Autonomie des assistés, Nicolas Duvoux montre d'ailleurs que même les bénéficiaires du RSA refusent le terme d'«assistés» pour eux-mêmes, alors qu'ils l'emploient volontiers pour les autres..." (Mediapart)

jeudi 7 novembre 2013

Braves assistés

Le point sur le Point 
                                 Cet hebdo fait souvent dans l'approximation...pour ne pas dire plus.
En cela , il est fidèle à son inspiration libérale assumée, en liaison discrète avec l'Ifrap, l'incontournable Agnès Verdier-Molinier  et aux valeurs de son propriétaire.        
  Du moins au niveau des titres chocs, destinés à attirer le chaland et à concurrencer  plus à droite que lui: Valeurs actuelles, dont les Unes ne font pas non plus dans la nuance...
 Il faut bien vivre, me direz-vous...
   Après la paresse des Français, alors que le vrai problème en France,  c’est moins que les Français travaillent peu que peu de Français travaillent, l'hebdo préféré des cadres supérieurs tonne sur l'assistance scandaleuse. Sans oublier que les assistés sont aussi très souvent des fraudeurs, ma bonne dame.
Pour FOG (Franz Olivier, ami de A.Minc), les pauvres semblent ne pas exister.
Pas plus que les riches niches, qui ne sont pas à la portée des éclopés de la crise
    Mais qui sont les vrais assistés?
Le Point ne dit rien des assistés de la France d'en haut, ceux qui le valent bien...
Par exemple, en matière d'aide de l'Etat à la presse:
      Le Figaro de M. Dassault a reçu 17,2 millions d’euros du Trésor public entre 2009 et 2011 ; L’Express, presque aussi hostile que Le Figaro à l’« assistanat », 6,2 millions d’euros ; Le Point, qui aime dénoncer la « mamma étatique », 4,5 millions d’euros. Quant à Libération (9,9 millions d’euros d’aides, toujours selon la Cour des comptes) et au Nouvel Observateur (7,8 millions d’euros), comme ils sont bien introduits auprès du pouvoir actuel, plusieurs régions ou municipalités présidées par des élus socialistes financent également leurs « forums » locaux..."
    Le directeur de l'hebdomadaire ne sait pas, le pauvre, que le pauvre, très souvent, n'aime pas demander ou ignore ses droits les plus ordinaires:
    " ...En jouant habilement sur les centaines d'avantages fiscaux, les contribuables les plus aisés parviennent à faire baisser leur facture. Fort prisées des plus riches, les niches fiscales et sociales représentent en 2012 un manque à gagner de 115 milliards d'euros pour les caisses de l'Etat.
Le gouvernement, en quête de recettes pour combler le déficit public, a décidé de les réduire de près de 10 milliards l'an prochain, un coup de rabot qui se poursuivra au moins jusqu'en 2014.
Mais le riche garde encore 100 milliards d'aides et d'assistances en tout genre... Et il a son site Internet : Europe offshore
    Une étude publiée en novembre 2012 par le Conseil d'Analyse Stratégique met en évidence le problème récurent de l'information des usagers sociaux sur leurs droits. (1)
Si certaines prestations sont versées à tort (fort peu en fait), d'autres ne sont pas réclamées par les intéressés, pointe le Conseil d'Analyse Stratégique. Parce que ces derniers ne savent pas que ces aides existent. On appelle cela le "non recours".
Les non-recours représenteraient, d'après les chercheurs de l'Odenore (Observatoire des non-recours aux droits et services) plus de 6 milliards d'euros. Le taux de non-recours atteint ainsi 68% concernant le revenu de solidarité active (RSA) soit 5,3 milliards d'euros.
Dans le cas de la couverture maladie universelle (CMU), ce sont 700 millions qui n'ont pas été versés à leurs destinataires, et 378 millions dans le cas de l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS).
"Non utilisées, elles ne peuvent résoudre le problème auquel elles prétendent s'attaquer", insiste le CAS...."

               De plus,  le système actuel favorise les familles aisées
Nous sommes tous des assistés. Certains le sont plus que d'autres. Certains le sont doublement, outre-mesure. Seul l'impôt juste peut établir un équilibre relatif
Mais l'Elysée n'a pas entendu le message de Piketty...
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-Paru dans Agoravox
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mercredi 9 mars 2016

Nous assistons à trop d'assistance.

        Mr Macron a raison
                                             Enfin, un peu...très peu
                                                            « La vie d’un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d’un salarié. Il ne faut jamais l’oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties », expliquait-il en janvier.
         Il n'a pas tort absolument. Je connais quelques petits entrepreneurs qui peinent à joindre les deux bouts. Ne parlons pas de beaucoup d'agriculteurs qui travaillent parfois à perte. Ni de tel artisan, qui déclare forfait au bout de quelques années, faute de rentrées d'argent suffisante ou du petit commerçant, balayé par la concurrence de la grande surface venant de s'installer aux alentours, n'hésitant pas é vendre un temps au prix coûtant certains produits, pour gagner un monopole convoité. Ce n'est pas nouveau, mais cela s'exacerbe avec la montée en puissance des grands groupes d'achat et de vente, qui flattent le client par ses promotions permanentes. Sans évoquer le bas coût de certains produits qui nous reviennent, après un petit tour par des ateliers d'Asie.
         C'est vrai, mais notre ministre-ex-banquier n'en parle pas.
  Bon, mais les  patrons  entrepreneurs de grands groupes ne connaissent pas la précarité d'un grand nombre de "partenaires"-exécutants, dont le salaire, surtout pour les moins formés et les femmes seules avec enfants, permet à peine de vivre décemment, de payer un loyer correct, de se soigner normalement, d'offrir à leurs enfants des études moyennement longues
  Malgré les aides,il n'ont ni prime de hello- accueil,  ni de parachute doré, ni d'actions garanties pour atterrir en douceur, le cas échéant dans leur parcours souvent chaotique, annonçant des conditions de retraite parfois déplorables.
   L'assistance, voilà ce qui ruine les finances de l'Etat, répète-t-on à Challenges
     Trop seraient des assistés,  titrent régulièrement certains journaux (assistés eux-mêmes), vivant (survivant) d'aides diverses et variées, dont certains même ne songent même pas à profiter...
    Il peuvent même fréquenter les boutiques Emmaüs et profiter des Restaurants du coeur. Pas de soucis donc....
                        Mais il existe des assistés privilégiés comme Mr Dassaut ou Tapie et tous ceux qui payent l'ISF dont l''impôt sur le revenu pèse de moins en moins lourd ...
     Ces assistés donnent peu tout en recevant beaucoup. Des aides massives fondent comme neige au soleil ou favorisent la délocalisation.

     Le vrai cancer de la France, ce n'est pas l'assistanat, terme humiliant, mais le chômage, le chômage de longue durée....
     I want my money back!comme disait Maggie.
     Même le pauvre B. Arnaud a besoin de soutien pour (sur)vivre.
Tous à la même enseigne donc? (*)
      Braves assistés, en haut comme en bas de la pyramide sociale. Voilà la nouvelle forme d'égalité.
     Pour l'équité, on repassera...
Le nouveau et moderne code du travail en gestation n'arrange rien
       Mr Macron visite parfois des entreprises...
                            Mais lesquelles et que voit-il?
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   (*)- Le premier point concernant le trop grand niveau d'aide est vite abordé. Avec un RSA socle à 475 euros pour une personne seule sans aide au logement...on se situe juste au niveau de la survie. Et le constat de l'augmentation permanente des personnes faisant (souvent en vain) appel au dispositif d'hébergement d'urgence dont le nombre de places a augmenté prouve bien que, comme aurait pu dire un humoriste du siècle dernier : "l'assistanat ça eut payé"...
- Le dernier rapport de l'ONPES (observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale) constitue le travail le plus détaillé et informé que l'on puisse trouver sur le thème. Il montre notamment le développement de la pauvreté en emploi, et l'ampleur des situations de non accès aux droits, à un point que le non recours apparait même comme une question centrale posée aux politiques publiques. On n'en finit plus de pointer les domaines dans lesquels ceux qui vivent avec les minima sociaux sont dans la privation (soins, alimentation, loisirs, etc).
-        L'idée que les personnes ne seraient pas assez actives du fait d'un calcul avantages / inconvénients qui les amènerait à "préférer" ne pas travailler...ne résiste pas aux analyses, ni à la connaissance de terrain. Les résultats du dispositif Rsa, montrent ainsi à ceux qui pouvaient en douter que ce sont surtout les effets de contexte qui influencent le taux de reprise de l'emploi et même si ça parait idiot de le dire comme cela, "c'est bien le manque d'emplois qui explique que les gens ne travaillent pas". N'en déplaise à ceux qui pensent, toujours et par principe, que c'est à un défaut moral que les gens doivent les difficultés qu'ils rencontrent.
- Quant à l'idée que les personnes ne se "bougent pas" et se laissent vivre, elle est prodigieusement injuste au regard de l'énergie qu'il faut déployer pour survivre dans les situations de pauvreté. A ce propos, on peut souligner le travail proposé par le site "parole des sans voix". Il est toujours intéressant d'entendre la voix bien absente dans le débat public des personnes concernées par ce type d'accusation.
       L'association nationale des assistants sociaux (ANAS) a publié une tribune intitulée "nous sommes fiers d'assister". Elle a raison d'insister sur le fait que cela n'a rien de honteux. Mais elle pourrait ajouter que tous nous sommes assistés en permanence. Pourquoi ne pas parler de toutes les formes d'assistance dont dispose le citoyen "intégré par le travail" : assurances, mutuelles, garanties en tous genres, spécialistes multiples pour toutes les difficultés et avanies possibles de l'existence. Et encore, nous nous faisons pas partie des parlementaires qui disposent d'un budget spécifique pour leurs "assistants" (c'est le terme exact)
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samedi 15 octobre 2022

Quand l'Etat est généreux

Les assistés

                          Il y a dans la douce France de nombreux assistés. Comme il est de règle dans un Etat qui se veut de droit et social, veillant à une juste (ou du moins, une moins  mauvaise) répartition des deniers publics. C'est en tout cas ce qui est proclamé formellement: réduire les inégalités les plus criantes pour "faire société", aller plus avant dans la solidarité. Principe républicain numéro un, qu'il est toujours utile de rappeler, au regard du fossé qui ne cesse de croître. Le discours officiel tend à nous imposer l'idée que tout est fait en ce sens, mais il faut y regarder de plus près...Malgré les tentatives pour rétablir un certain équilibre, il n'en reste pas moins que le monde de l'entreprise privée est le premier poste aidé par des subventions dont l'usage n'est pas toujours contrôlé, qu'elle se justifie temporairement ou non.  Que les assistés d'en haut n'ont pas à se plaindre...   


                                                                                                                   Selon des études très récentes, l'Etat providence déploie une très grande générosité en ce sens: "... les aides publiques aux entreprises s’élèveraient au minimum à 157 milliards d’euros en 2019, soit près d’un tiers du budget de l’État (31 %) et plus de deux fois le budget de l’Éducation nationale ! Ce montant est du même ordre que celui annoncé par Gérald Darmanin en 2018, et aussi que celui publié par France Stratégie dans un rapport datant de 2020 qui estimait à 139 milliards d’euros par an minimum les aides à la production des entreprises en France. Fort de ces différentes évaluations, on commence donc à y voir un peu plus clair...."                   Un assez grand flou règne dans ce domaine où la précision devrait être la règle, quand dans le domaine social, on a l'habitude de calculer au centime près. Certains organes de presse en rajoutent en voyant des "assistés" illégitimes partout. Trop d'assistance, annonce le Président. Un argent de dingue, quand se délitent tant d'organismes sociaux, sanitaires et scolaires, quand la pauvreté dans le travail est une donnée nouvelle. Il ne faut s'étonner de rien quand l'Etat se détricote lui-même, que la pauvreté devient presque invisible. Reconsidérer la richesse ne serait pas un luxe. On ne parlera même pas des (vrais)fraudeurs.                                                                                                                                 Selon le Monde,            "..
Un président de la République qui dénonçait les « fainéants », un dirigeant des Républicains qui fustige le « cancer de l’assistanat », des aides sociales rabotées parce qu’on ne va pas « pleurer pour 5 euros »… le personnel politique n’est pas le dernier à véhiculer des caricatures des personnes en situation de pauvreté — qui concerne un Français sur sept, selon l’Insee.   A l’occasion de la présentation du « plan pauvreté » du gouvernement, jeudi 13 septembre, nous avons rassemblé des clichés et idées reçues sur la pauvreté, dont certains ont déjà été évoqués dans de précédents articles du Monde ou des Décodeurs. Cette série, loin d’être exhaustive, s’inspire aussi du travail acompli par l’association ATD Quart Monde. Idée reçue n° 1 : « Les pauvres profitent du système » FAUX. Les aides sociales sont un mécanisme de solidarité destiné à porter assistance aux personnes en situation de pauvreté, de dépendance ou de handicap… à condition qu’elles atteignent les personnes concernées.Si des responsables politiques, tel Laurent Wauquiez, dénoncent le « cancer de l’assistanat » ou la fraude aux allocations (qui existe, mais reste limitée, voir idée reçue no 3), la puissance publique s’inquiète plutôt du phénomène inverse : le non-recours aux prestations sociales. Comme le résume un rapport d’information de l’Assemblée nationale, « à quoi bon des organismes de protection sociale s’ils ne parviennent pas à venir en aide à ceux qui en ont besoin ? » Ce non-recours peut être lié à l’ignorance des aides existantes, à la difficulté pour la recevoir (démarches complexes) ou même au choix de ne pas le demander, parfois de crainte d’être stigmatisé.  L’Observatoire des non-recours (Odenore) avait publié en 2011 une étude montrant que 50 % des personnes éligibles au revenu de solidarité active (RSA) ne le touchaient pas. Ce taux atteignait 68 % pour le tarif « première nécessité électricité » d’EDF ; entre 50 % et 70 % pour la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) ; 70 % pour l’aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS). Soit plus de 10 milliards d’euros non réclamés.  Une étude plus récente menée dans deux départements français publie des estimations de 36 % de non-recours au RSA, et entre 21 % et 34 % pour la CMU-C...."  ______

lundi 29 août 2022

Les invisibles

 On les ignore souvent ou on fait mine...

                                         Malgré les dénégations et les aveuglements, les "pauvres" existent bien. Une notion relative, historique, mais bien réelle. Parfois difficilement chiffrable. On peut travailler en France et s'inscrire dans cette catégorie, caractérisée par un niveau de vie des plus bas et une précarité permanente.             Il y a ceux "d'en bas" et ceux "d'en haut", dont on perçoit mal d'emblée le nombre  et le poids économique, les héritiers, les véritables "assistés" du système, souvent "hors sol". Quelques échos par ci par là, quelques lignes dans des revues sur papier glacé, mais une perception très vague de leurs poids économique et indirectement politique. Le sujet n'est pas nouveau, mais il vaut mieux savoir que les écarts se creusent encore entre les deux extrêmes, pas seulement au niveau mondial et qu'il n'y a là rien d'inéluctable.   


                                                                                                                                 Comme le remarque un député pugnace de terrain, qui n'est pourtant pas un égalitariste utopique, constatant que rien n'a changé: "...Le CAC 40 enregistre des bénéfices records : 160 milliards de bénéfices pour 2021 ! C’est supérieur de 60 % à son précédent record [NDLR : en 2007]. Ces chiffres, scandaleux, devraient être martelés à la télévision chaque soir. La question, pour nous, c’est comment on met ça en scène ? Comment on le donne à voir ? Avec mes électeurs, j’essaie ça : en sport, lorsqu’on bat un record, c’est d’un centimètre, ou d’un centième de secondes. Pour le CAC 40, c’est une augmentation de 60 % par rapport au précédent record ! Le patrimoine des cinq premières fortunes françaises, sous Macron, a été multiplié par trois : aux gens que je croise, je demande « et vos salaires, ils ont été multipliés par trois ? Vos retraites, vos allocations ? » C’est un contre-argument efficace lorsque quelqu’un me parle des assistés ou des immigrés. Ou alors, on fait un jeu, « comptez avec moi jusque trois… Un… deux… trois… » Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, vient de gagner 10 000 € ! Autant que ma suppléante, Hayat, en un an : elle est accompagnante d’enfants en situation de handicap.  Mon combat, c’est de faire ressentir cette injustice sociale, que les gens ne voient pas, ou rarement. Comme ils éprouvent tout de même un sentiment d’injustice, celui-ci est canalisé dans d’autres directions : les étrangers, les réfugiés, les assistés. Autrement dit : les plus pauvres qu’euxC’était déjà ma bagarre il y a cinq ans, mais c’est encore davantage conscient aujourd’hui : il y a deux catégories d’invisibles que je cherche à mettre en lumière. Ceux du bas, bien sûr : les auxiliaires de vie sociale, les agents d’entretien, les ouvriers, etc., qui figurent dans mes films. Mais il y a d’autres invisibles à mettre en lumière : ceux du haut..."                                                                                                                                                        Avec la crise, les écarts se sont creusés en France
Les inégalités sont croissantes. Les chiffres de l'Insee sont "bien en dessous" de la réalité Les patrimoines, eux, se sont envolés (les revenus du patrimoine progressent actuellement à un rythme de 11% l'an). Dur, dur, de participer!... D'ailleurs, taxer les riches serait " idiot et nul ! " .Pauvres exilés fiscaux!On peut dire que les pauvres financent les plus riches. Miracle de l'économie néo-libérale!...

___On remarquera que la "gauche" (?) est particulièrement muette ou timide sur le sujet.
Même un modéré comme Pierre Rosanvallon remarque qu'elle manque d'une «utopie sociale»
que l'idée d'égalité est en train de devenir une coquille vide.
"En France, les 1% les plus riches possèdent 24% de la richesse du pays tandis que les 50% les moins bien lotis n’en possèdent que 6%. Mais il ne suffit pas de rappeler ces chiffres pour prendre la mesure de la crise historique de l’égalité dont Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France (voir sa biographie ici), fait la description et la genèse dans son dernier ouvrage, La Société des égaux (Seuil).____ Parce qu'«on n’a jamais autant parlé de ces inégalités et, en même temps, aussi peu agi pour les réduire», constate l’historien. Et car cette crise n’est pas seulement arithmétique et économique, mais aussi sociale et démocratique, puisqu’elle sape les fondements d’une vie commune. En remontant à l’origine révolutionnaire de l’idée d’égalité, Pierre Rosanvallon exige de la gauche une autre révolution pour construire une société des égaux, qui passe par le dépassement des cautères sociaux que sont l’égalité des chances, l’équité, la justice distributive ou la méritocratie..."
Construire une société des égaux, cela veut donc dire reconsidérer très sérieusement les questions d’héritage, les conditions de constitution du patrimoine. Quand Thatcher est arrivée au pouvoir, la taxation des plus-values financières était de 80% ! Ce sont des chiffres dont on n’a plus idée aujourd’hui, ils ne datent pourtant pas d’il y a trois siècles ! Il faut donc bâtir, en France, une politique du patrimoine et non seulement une politique des revenus..."

_____Observatoire des inégalités  _______________________

dimanche 11 septembre 2011

Les pauvres existent-ils?

Il paraît...

__On les appelle défavorisés, malchanceux, victimes, assistés...
On finit par ne plus les voir ou on s'habitue...
Surtout quand ils font partie du paysage, surtout quand ils travaillent.
Ils font des efforts: ils progressent...
Heureusement, les pauvres savent se faire discrets, surtout loin des beaux quartiers.
Ils ont le bon goût de ne pas trop (se) manifester.
Ce qui fait qu'on a tendance à les ignorer.
C'est tout un art. D'autant plus facile à exercer que
la solidarité devient une valeur en baisse.
__Aux USA, toute une tradition fait des pauvres des victimes d'eux-mêmes. Ils sont responsables de leur sort. Il y existe un vrai déni de l’inégalité.
En France, une partie de la droite décomplexée n'est pas loin de ce point de vue.
"...Les riches seraient plus entreprenants s’ils payaient moins d’impôts ; les pauvres seraient plus travailleurs s’ils recevaient moins de subsides. Des parrains aussi anciens que prestigieux fondent cette doctrine. Emissaire de la révolution américaine à Paris et rédacteur de la Déclaration d’indépendance, Benjamin Franklin estimait dès 1766 que, « plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables. Au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d’affaire. » En somme, abandonner les indigents à leur sort serait un moyen de leur rendre service. L’avarice devient ainsi une forme intellectuellement avancée de générosité humaine voire, osons le mot, d’aide sociale...." (Reagan n'était pas loin de B.Franklin...)
__D'ailleurs les pauvres existent-ils vraiment? On se le demande:
"...« Quand on est RMiste, relevait ingénument Le Point du 28 septembre 2006, on a aussi droit à : l’allocation-logement à temps plein ; la suspension de ses dettes fiscales ; l’exonération de sa taxe d’habitation, de sa redevance, de sa cotisation à la couverture-maladie universelle ; l’accès gratuit à la complémentaire santé de la CMU ; la prime de Noël ; le tarif téléphonique social ; la réduction dans les transports, la gratuité des musées, diverses allocations supplémentaires (en fonction de son lieu d’habitation). » Le 4 juin 2011, Le Figaro Magazine réservait à son tour sa une à une périlleuse « Enquête sur la France des assistés : ces ‘allocs’ qui découragent le travail »
Pauvres riches qui doivent toujours cracher au bassinet, ou qui plutôt s'arrangent pour en pas avoir à le faire! Il y a tellement de manières d'échapper au fisc...
__Sarkozy a détourné la crise sur les pauvres, " les effets sélectifs de la crise: du fait de la politique économique et sociale, elle a d'abord frappé les foyers les plus faibles et les plus démunis. Face à la crise, le gouvernement a fait le choix de l'ajustement social: alors que les revenus des entreprises (et surtout des plus grandes) se sont très vite redressés sous l'effet notamment de plans de soutien à l'activité, alors que les très hauts revenus n'ont cessé d'être cajolés avec notamment la suppression partielle de l'impôt de solidarité sur la fortune, les plus bas revenus n'ont profité d'aucune de ces attentions. Sous l'effet d'une crise économique historique, ce sont eux d'abord qui ont été atteints."
Avec la crise, les écarts se sont creusés en France.
Les
inégalités sont croissantes. Les chiffres de l'Insee sont "bien en dessous" de la réalité
Les patrimoines, eux, se sont envolés (les revenus du patrimoine progressent actuellement à un rythme de 11% l'an)
. Dur, dur, de participer!...
D'ailleurs, taxer les riches serait
" idiot et nul ! " .Pauvres exilés fiscaux!
On peut dire que les pauvres financent les plus riches. Miracle de l'économie néo-libérale!...

___On remarquera que la gauche est particulièrement muette ou timide sur le sujet.
Même un modéré comme Pierre Rosanvallon remarque qu'elle manque d'une «utopie sociale»
, que l'idée d'égalité est en train de devenir une coquille vide.
"En France, les 1% les plus riches possèdent 24% de la richesse du pays tandis que les 50% les moins bien lotis n’en possèdent que 6%. Mais il ne suffit pas de rappeler ces chiffres pour prendre la mesure de la crise historique de l’égalité dont Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France (voir sa biographie ici), fait la description et la genèse dans son dernier ouvrage, La Société des égaux (Seuil).____ Parce qu'«on n’a jamais autant parlé de ces inégalités et, en même temps, aussi peu agi pour les réduire», constate l’historien. Et car cette crise n’est pas seulement arithmétique et économique, mais aussi sociale et démocratique, puisqu’elle sape les fondements d’une vie commune. En remontant à l’origine révolutionnaire de l’idée d’égalité, Pierre Rosanvallon exige de la gauche une autre révolution pour construire une société des égaux, qui passe par le dépassement des cautères sociaux que sont l’égalité des chances, l’équité, la justice distributive ou la méritocratie..."
Construire une société des égaux, cela veut donc dire reconsidérer très sérieusement les questions d’héritage, les conditions de constitution du patrimoine. Quand Thatcher est arrivée au pouvoir, la taxation des plus-values financières était de 80% ! Ce sont des chiffres dont on n’a plus idée aujourd’hui, ils ne datent pourtant pas d’il y a trois siècles ! Il faut donc bâtir, en France, une politique du patrimoine et non seulement une politique des revenus..."

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Observatoire des inégalités

mercredi 10 novembre 2021

Très-riches hors-sol

  Bienvenue au club!

     L'entre-soi, c'est mieux! Même pas entre riches, mais entre super-riches, entre very happy fews, dans un environnement de choix, un petit paradis privé qui vous met à l'abri du besoin, des soucis matériels bien sûr, mais surtout vous plonge dans un bonheur sans complexe. Heu-reux! En toute bonne conscience. Un monde à part pour les zeureux zélus. Bien loin de la ville où certains aiment se retrouver en ghettos, parfois avec barrières et gardes privés, du côté d'Auteuil-Passy. Quelques braves petites mains locales assurent les services divers. On est bien!  La richesse ça se gagne. On n'est pas hyper-riche par hasard. Le mérite et la volonté, c'est notre secret. Les pauvres sont responsables de leur sort.  On peut les ignorer. Et pourtant...

                               Il paraît qu'ils existent...__On les appelle défavorisés, malchanceux, victimesassistés...On finit par ne plus les voir ou on s'habitue...Surtout quand ils font partie du paysage, surtout quand ils travaillent. Ils font parfois  des efforts: ils progressent...

Heureusement, les pauvres savent se faire discrets, surtout loin des beaux quartiers.  Ils ont le bon goût de ne pas trop (se) manifester.   Ce qui fait qu'on a tendance à les ignorer.   C'est tout un art. D'autant plus facile à exercer que la solidarité devient une valeur en baisse.
__Aux USA, toute une tradition fait des pauvres des victimes d'eux-mêmes. Ils sont responsables de leur sort. Il y existe un vrai déni de l’inégalité.
 En France, une partie de la droite décomplexée n'est pas loin de ce point de vue.
"...Les riches seraient plus entreprenants s’ils payaient moins d’impôts ; les pauvres seraient plus travailleurs s’ils recevaient moins de subsides. Des parrains aussi anciens que prestigieux fondent cette doctrine. Emissaire de la révolution américaine à Paris et rédacteur de la Déclaration d’indépendance, Benjamin Franklin estimait dès 1766 que, « plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables. Au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d’affaire. » En somme, abandonner les indigents à leur sort serait un moyen de leur rendre service. L’avarice devient ainsi une forme intellectuellement avancée de générosité humaine voire, osons le mot, d’aide sociale....(Reagan n'était pas loin de B.Franklin...)
__D'ailleurs les pauvres existent-ils vraiment? On se le demande:
"...« Quand on est RMiste, relevait ingénument Le Point du 28 septembre 2006, on a aussi droit à : l’allocation-logement à temps plein ; la suspension de ses dettes fiscales ; l’exonération de sa taxe d’habitation, de sa redevance, de sa cotisation à la couverture-maladie universelle ; l’accès gratuit à la complémentaire santé de la CMU ; la prime de Noël ; le tarif téléphonique social ; la réduction dans les transports, la gratuité des musées, diverses allocations supplémentaires (en fonction de son lieu d’habitation). » Le 4 juin 2011, Le Figaro Magazine réservait à son tour sa une à une périlleuse « Enquête sur la France des assistés : ces ‘allocs’ qui découragent le travail »
 Pauvres riches qui doivent toujours cracher au bassinet, ou qui plutôt s'arrangent pour en pas avoir à le faire! Il y a tellement de manières d'échapper au fisc...
__Sarkozy a détourné la crise sur les pauvres, " les effets sélectifs de la crise: du fait de la politique économique et sociale, elle a d'abord frappé les foyers les plus faibles et les plus démunis. Face à la crise, le gouvernement a fait le choix de l'ajustement social: alors que les revenus des entreprises (et surtout des plus grandes) se sont très vite redressés sous l'effet notamment de plans de soutien à l'activité, alors que les très hauts revenus n'ont cessé d'être cajolés avec notamment la suppression partielle de l'impôt de solidarité sur la fortune, les plus bas revenus n'ont profité d'aucune de ces attentions. Sous l'effet d'une crise économique historique, ce sont eux d'abord qui ont été atteints."
Avec la crise, les écarts se sont creusés en FranceLes inégalités sont croissantes. Les chiffres de l'Insee sont "bien en dessous" de la réalité
Les patrimoines, eux, se sont envolés (les revenus du patrimoine progressent actuellement à un rythme de 11% l'an)
. Dur, dur, de participer!...
   D'ailleurs, taxer les riches serait 
" idiot et nul ! " .Pauvres exilés fiscaux!
   On peut dire que les pauvres financent les plus riches. Miracle de l'économie néo-libérale!...

___On remarquera que la gauche est particulièrement muette ou timide sur le sujet.  Même un modéré comme Pierre Rosanvallon remarque qu'elle manque d'une «utopie sociale»
que l'idée d'égalité est en train de devenir une coquille vide.
"En France, les 1% les plus riches possèdent 24% de la richesse du pays tandis que les 50% les moins bien lotis n’en possèdent que 6%. Mais il ne suffit pas de rappeler ces chiffres pour prendre la mesure de la crise historique de l’égalité dont Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France (voir sa biographie ici), fait la description et la genèse dans son dernier ouvrage, La Société des égaux (Seuil).____ Parce qu'«on n’a jamais autant parlé de ces inégalités et, en même temps, aussi peu agi pour les réduire», constate l’historien. Et car cette crise n’est pas seulement arithmétique et économique, mais aussi sociale et démocratique, puisqu’elle sape les fondements d’une vie commune. En remontant à l’origine révolutionnaire de l’idée d’égalité, Pierre Rosanvallon exige de la gauche une autre révolution pour construire une société des égaux, qui passe par le dépassement des cautères sociaux que sont l’égalité des chances, l’équité, la justice distributive ou la méritocratie..."     Construire une société des égaux, cela veut donc dire reconsidérer très sérieusement les questions d’héritage, les conditions de constitution du patrimoine. Quand Thatcher est arrivée au pouvoir, la taxation des plus-values financières était de 80% ! Ce sont des chiffres dont on n’a plus idée aujourd’hui, ils ne datent pourtant pas d’il y a trois siècles ! Il faut donc bâtir, en France, une politique du patrimoine et non seulement une politique des revenus..."______
        __ *Observatoire des inégalités 
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mardi 21 avril 2026

Cohérence et préjugés

  Avoir besoin d'ennemi(s)

C'est une sphère particulière, celle de Z, qui a sa logique propre ou ses errements particuliers. Même s'il n'est pas le seul. Sur ses options spécifiques, ses obsessions personnelles, ses ignorances assumées, ses sources d'inspiration particulières.
Il y a une certaine cohérence dans ses préjugés . Malgré les paradoxes et les aveuglements ___ Point de vue:
Prenons un homme. Éric Zemmour. Polémiste français, candidat à la présidentielle 2022, condamné à plusieurs reprises pour provocation à la haine raciale. Il "n'aime pas les Arabes", il l'a dit, écrit, redit. Il "n'aime pas les musulmans". Il considère les personnes LGBT comme une menace pour l'ordre naturel des choses. Il pense que les femmes ont abandonné leur rôle fondamental en cherchant l'indépendance. Il voit dans l'assistanat social une gangrène qui détruit le mérite et le travail. Et il pense que les Juifs, dont il est lui-même issu, ont intérêt à s'assimiler complètement ou à partir en Israël.

Des cibles très différentes. Un discours parfaitement cohérent.
Ce n'est pas un hasard. Ce n'est pas non plus le fruit d'une mauvaise journée ou d'un tempérament difficile. C'est un système, et ce système a une logique interne très solide que l'on peut analyser, comprendre, et, peut-être, commencer à défaire.
1. La même personne, des cibles différentes.
Les chercheurs l'observent depuis les années 1950. Theodor Adorno et son équipe ont été parmi les premiers à le documenter sérieusement dans La Personnalité Autoritaire : les préjugés envers des groupes distincts ne se distribuent pas au hasard dans une population, ils se regroupent. Celui qui exprime des préjugés forts contre les immigrés a statistiquement beaucoup plus de chances d'en exprimer aussi contre les personnes LGBT, contre les femmes qui "prennent trop de place", contre les Juifs, contre les Noirs, contre les précaires, non pas parce que ces groupes se ressemblent ou représentent les mêmes "problèmes", mais parce que quelque chose de plus profond les relie, du côté de celui qui rejette et non du côté de ceux qui sont rejetés.
Zemmour en est l'illustration parfaite et documentée. Chaque groupe qu'il cible est différent. Chaque argument qu'il avance est distinct. Mais si on prend du recul, le schéma est toujours le même : une France éternelle, naturelle, légitime, menacée par des forces qui lui sont étrangères ou contraires. Les Arabes qui ne s'intègrent pas. Les LGBT qui "déconstruisent" la famille. Les féministes qui affaiblissent les hommes. Les assistés qui vivent du labeur des autres. Ce n'est pas une liste de problèmes distincts. C'est une seule et même peur habillée différemment.
Le sujet réel, ce ne sont jamais les cibles. C'est une vision du monde qui a besoin d'ennemis pour exister.
2. Ce que ces préjugés ont en commun.
Pour comprendre pourquoi ils vont ensemble, il faut regarder leur architecture commune. Tous ces préjugés partagent la même structure de base : il existe un ordre naturel, légitime et normal, cet ordre est menacé par des groupes qui ne sont pas "à leur place", et la réaction défensive est donc justifiée, voire nécessaire. Peu importe la cible, le schéma ne change jamais.
Chez Zemmour, cet ordre s'appelle "la France de toujours", "la civilisation", "le modèle républicain". Mais la mécanique est identique chez n'importe qui qui tient le même type de discours dans une salle de pause ou dans les commentaires d'un article : un "nous" normal et légitime, un "eux" menaçant ou parasite, une hiérarchie à défendre. Ce cadre cognitif précède les cibles. Il les cherche et les trouve, et c'est pourquoi la même personne peut cumuler des dizaines de préjugés sans jamais se sentir contradictoire. Pour elle, pour lui, ce n'est pas de la haine tous azimuts, c'est de la lucidité, c'est "voir les choses telles qu'elles sont".
3. Le préjugé de classe : le ciment des autres.
Il y a une dimension du discours de Zemmour qu'on analyse moins souvent sous cet angle mais qui est centrale : le mépris des précaires et des "assistés". "La culture de l'excuse." "L'assistanat qui détruit le mérite." "Ceux qui préfèrent les allocations au travail." Cette conviction, que la hiérarchie sociale reflète fidèlement le mérite individuel, n'est pas un préjugé parmi d'autres. C'est le socle sur lequel tous les autres reposent.
Elle légitime en effet l'idée fondamentale qu'il existe des gens qui méritent leur place et des gens qui ne la méritent pas, des gens qui produisent et des gens qui consomment sans contrepartie, des gens qui respectent les règles et des gens qui en abusent. Une fois ce cadre posé, toutes les autres cibles s'y insèrent naturellement : l'immigré vient profiter d'un système qu'il n'a pas construit, la femme indépendante refuse les responsabilités qui lui reviennent, la personne LGBT revendique des droits spéciaux qu'elle n'a pas mérités.
Le préjugé de classe fabrique ainsi une grille de lecture universelle, qui mérite, qui ne mérite pas, qui est légitime, qui ne l'est pas, et les autres préjugés n'ont plus qu'à s'y brancher. C'est en ce sens qu'il est le ciment : pas forcément le plus bruyant dans le discours public, mais le plus structurant de tous.
4. Pourquoi les preuves ne changent rien.
C'est ici que la réalité devient encore plus intéressante, et plus dérangeante. Zemmour a été contredit des milliers de fois. Par des historiens, des démographes, des sociologues, des journalistes. Ses chiffres ont été démontrés faux. Ses raccourcis historiques ont été démontés point par point. Et pourtant, son audience n'a pas fondu. Ses partisans ne l'ont pas abandonné. Pourquoi ?
Parce qu'un préjugé bien construit est immunisé contre les preuves contraires, et ce n'est pas parce que ceux qui le partagent sont stupides. C'est parce que le système produit activement ses propres réponses aux objections. On lui montre que l'immigration est un moteur économique documenté, réponse : "Les études sont commandées par des lobbys." On lui cite des exemples d'intégration réussie, réponse : "Ce sont des exceptions." On lui montre qu'il se contredit lui-même sur tel ou tel point, réponse : "Vous faites du fact-checking pour éviter de parler du fond."
Ce phénomène, que les psychologues cognitifs appellent la falsification sélective ou plus communément le biais de confirmation, va bien au-delà du simple fait de retenir ce qui confirme et rejeter ce qui contredit : le système se referme sur lui-même, il intègre les attaques comme des preuves supplémentaires de sa propre légitimité. Plus on le contredit, plus ses défenseurs se sentent persécutés, et donc confirmés. C'est un mécanisme redoutablement efficace.
5. Le double niveau de cohérence.
Ce qui rend le cas Zemmour particulièrement instructif, c'est qu'il illustre les deux niveaux de cohérence à l'œuvre simultanément. Au premier niveau, chaque préjugé pris individuellement est cohérent avec lui-même, il a ses propres arguments, ses propres exemples, ses propres exceptions gérées, et il résiste aux preuves contraires comme une huître à laquelle on ne peut pas arracher les deux valves. Au second niveau, tous ces préjugés se renforcent mutuellement parce qu'ils reposent sur la même architecture, le même "nous" à défendre et le même "eux" à contenir, formant un réseau dans lequel toucher l'un fragilise les autres et défendre l'un renforce les autres.
C'est ce second niveau qui explique pourquoi les préjugés voyagent en groupe. Et c'est aussi ce qui rend le personnage de Zemmour si difficile à "réfuter" en débat : on ne peut pas démonter chaque brique séparément, parce que le problème n'est pas dans les briques, il est dans la structure.
6. La dimension ironique : il appartient aux groupes qu'il cible.
Il faut s'arrêter un instant sur quelque chose que le cas Zemmour illustre de façon presque unique. Cet homme est d'origine algérienne et juive. Il appartient donc partiellement aux groupes qu'il cible ou qu'il a ciblés dans son discours. Et pourtant le système fonctionne parfaitement, sans contradiction perçue de sa part.
Cela montre quelque chose d'essentiel : le système de préjugés n'est pas une affaire personnelle ou identitaire au sens simple du terme. Ce n'est pas "je déteste ce que je suis". C'est un cadre cognitif qui s'impose à l'individu indépendamment de son histoire, et qui lui permet de se positionner du côté du "nous légitime" quelles que soient ses origines, à condition de rejeter avec suffisamment de force tout ce qui pourrait le rattacher au "eux". C'est ce que les psychologues appellent parfois l'identification à l'agresseur : on rejette en bloc ce qui nous rattache au groupe stigmatisé pour rejoindre symboliquement le groupe dominant.
7. Ce qui change vraiment les préjugés.
On a beaucoup parlé de ce qui ne fonctionne pas. Alors qu'est-ce qui fonctionne réellement ? La recherche en psychologie sociale pointe depuis des décennies vers une réponse relativement stable : le contact. Mais pas n'importe quel contact, un contact réel, durable, dans des conditions d'égalité, avec des objectifs communs, et non une interaction de surface ou une simple coexistence passive dans un même espace.
Une vraie relation. Un collègue. Un voisin. Une amitié. Quelque chose qui ne rentre plus dans la case, qu'on ne peut plus neutraliser avec "oui mais lui c'est différent", parce que cette personne est devenue trop réelle, trop présente, trop humaine pour être réduite à une catégorie. C'est lent, difficile à organiser à l'échelle sociale, et ça ne fonctionne pas pour tout le monde ni dans toutes les conditions, mais c'est ça qui crée les vraies ruptures dans les systèmes de préjugés, pas un débat télévisé, pas un fact-check, pas une condamnation judiciaire. Une personne, une situation, une réalité qu'on ne peut plus évacuer.
Il faut être clair sur un point : ce travail n'appartient pas aux groupes ciblés. Ce n'est pas aux victimes des préjugés de prouver leur humanité, de se rendre accessibles, de faire le premier pas. Le contact dont on parle ici est une responsabilité collective et politique, celle des institutions, des employeurs, des politiques publiques qui organisent ou séparent les gens. Quand la société crée des conditions d'égalité réelle, le contact fait son travail. Quand elle ne les crée pas, la charge retombe toujours sur les mêmes.
8. Ce que ça change pour nous.
Zemmour est une figure publique extrême, et il serait commode de penser que ce dont on parle ici ne concerne que lui et ses semblables. Mais le mécanisme qu'il illustre à grande échelle est le même qui opère dans les conversations de famille, dans les commentaires Facebook, dans les salles de pause. La structure est identique, seul le volume varie.
Comprendre que les préjugés forment un système cohérent n'est pas une invitation au fatalisme, mais une invitation à être plus lucide sur ce qu'on combat et comment on le combat. Corriger un préjugé factuel sans s'attaquer à la structure qui le produit, c'est boucher un trou dans une passoire. Ce qui a du sens, c'est de comprendre la fonction que remplissent ces préjugés dans la vie de ceux qui les portent : ils donnent un ordre au monde, désignent des responsables, fournissent une identité collective solide, un "nous" clair face à des "eux" qui menacent, qui profitent, qui dérangent. La prochaine fois, cherchez le cadre. C'est là que tout se tient, et c'est là que tout peut se défaire. [ Souligné par moi] ________________