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mercredi 30 janvier 2008

Individualisme: positif ou négatif ?

Moi ou les autres?..Etre soi avec les autres ou
aux dépends des autres? Liberté individuelle
ou contraintes sociales et légales?...
Faux problèmes, dans la mesure où les deux
dimensions sont interdépendantes.
L'individu est à la fois le produit d'un héritage culturel
et le producteur des relations qui le conditionnent.
Se démarquer du milieu est à la fois une nécessité
et un risque. La liberté est toujours à construire, entre acceptation et refus, entre obéissance et révolte, entre tradition et innovation, dans une histoire où les relations entre invidu et société sont instables.

« Devenez vous-même en huit leçons ; réussissez votre vie en quinze… » L’individu est désormais sommé de s’épanouir. Mais l’injonction ne mérite-t-elle pas d’être questionnée à l’heure où les gens ne se sont jamais montrés si inquiets d’eux-mêmes ? D’où sort cet impératif qui oblige chacun à « réussir sa vie » ? Nos ancêtres ne vivaient pas avec ce poids là. Ils enduraient un autre joug, celui des obligations plus concrètement violentes, commandées par leur dépendance au collectif..." ( M. GAUCHET)




(Brève histoire de l'individualisme)
Marcel Gauchet : L’individu privatisé ( Le blog Marcel Gauchet)
"...L’avenir des individus exigera donc une renégociation des rapports entre eux-mêmes et leur société. C’est bien de cultiver l’estime de soi, mais l’individu doit affronter une question plus pressante : « comment parvient-on à obtenir l’estime des autres ? ». Comment survivre sans cultiver le désir d’appartenir à une collectivité qui fonctionne bien ? Il faut passer par la renégociation des rapports entre le « je » et le « nous »,que ce soit au niveau de la famille ou de la cité. Sinon, notre démocratie va se retrouver dans l’impasse."

Les désarrois de l'individu-sujet, par Dany-Robert Dufour

"...A notre époque, celle des démocraties libérales, tout repose, en fin de compte, sur le sujet - sur l’autonomie économique, juridique, politique et symbolique du sujet. Or c’est dans le même temps que se rencontre, à côté des expressions les plus infatuées d’être soi, la plus grande difficulté d’être soi. Les formes de la destitution subjective qui envahissent nos sociétés se révèlent par de multiples symptômes : l’apparition de défaillances psychiques, l’éclosion d’un malaise dans la culture, la multiplication des actes de violence et l’émergence de formes d’exploitation à grande échelle. Tous ces éléments sont vecteurs de nouvelles formes d’aliénation et d’inégalité.

Ces phénomènes sont fondamentalement liés à la transformation de la condition du sujet qui s’accomplit sous nos yeux dans nos « démocraties de marché ». « Etre sujet », c’est-à-dire « être-soi » et « être-ensemble », se présente selon des modalités sensiblement différentes de ce qu’elles furent pour les générations précédentes..."

Alain Ehrenberg : La fatigue d'être soi : dépression et société


L'individualisme - Hansen- love philosophie

"...Il ne fait pas de doute qu'une des pentes des sociétés marquées par l'éclatement des encadrements familiaux et religieux ainsi que par l'argent-roi ne conduise à l'affaiblissement de la force d'obligation de tout un ensemble de devoirs, au primat des intérêts privés, au « après moi le déluge », autrement dit un individualisme sans frein, sans souci des autres, sans respect de la loi. Tout simplement un individualisme irresponsable.

Néanmoins comment ne pas voir qu'une autre pente existe qui mène les individus à combattre les turpitudes et le racisme, à se soucier des autres, prendre en compte l'avenir de la planète, lutter pour plus de justice et de solidarité ? C'est ainsi que l'individualisation extrême de nos sociétés n'a nullement empêché la multiplication des associations et des bénévoles. C'est ainsi que les individus sont toujours capables de s'indigner, de faire acte de générosité pour les plus mal lotis de la planète. Tel est l'individualisme responsable, individualisme que l'on peut qualifier de raisonnable, autolimité, respectueux du droit des autres. Ne diabolisons pas en bloc l'individualisme qui constitue le fondement d'une société de liberté et d'innovation. S'il y a un individualisme négatif, il existe aussi un individualisme positif qui signifie indépendance d'esprit, affirmation de la personnalité singulière, esprit d'initiative et de recherche. Et aussi respect de la loi et

des droits de l'Homme. L'individualisme n'est pas une malédiction, c'est aussi la chance d'une société plus humaniste, plus tolérante, plus inventive de l'avenir. L'école doit se proposer pour but non l'effacement de l'individualisme, mais le combat contre l'individualisme irresponsable afin de faire progresser l'individu libre et responsable. Aucune tâche n'est plus grande, plus cruciale pour l'avenir de nos sociétés que celle-là".(Lipovetsky) )

L'individu hypermoderne
"...La société hypermoderne est une société où tout est exacerbé, poussé à l’excès, à l’outrance même : la consommation (Gilles Lipovetsky parle d’hyperconsommation), la concurrence, le profit, la recherche de jouissance, la violence, le terrorisme (on parle d’hyperterrorisme), le capitalisme (Laurent Fabius parlait récemment d’ « hypercapitalisme »). Elle est le produit de la mondialisation de l’économie et de la flexibilité généralisée qu’elle entraîne, avec ses exigences de performance, d’adaptabilité et de réactivité toujours plus grandes, induisant une modification profonde de nos comportements, une impossibilité de vivre des valeurs de long terme. La révolution survenue dans les technologies de la communication y joue un rôle essentiel, impliquant une mutation de notre rapport au temps et une obligation de réagir dans l’immédiat. Enfin, c’est une société marquée par le triomphe de la logique marchande et par l’éclatement de toutes les limites ayant jusque-là structuré la construction des identités individuelles, une société où, apparemment, tout est possible mais qui rejette impitoyablement ceux qui ne parviennent plus à suivre le rythme de ses exigences...."(Nicole Aubert)
Consommateurs ou/et citoyens ?
Individualisme de masse en Californie
"...Lorsque la production du particularisme devient la norme d’action, l’individualisme sous-jacent apparaît paradoxal, qu’il s’inscrive dans une logique de profit ou non. A San Francisco, les efforts faits pour se distinguer se rapportent à un système de valeurs prônant la différence partagé par les congénères. Du coup, dans les lieux où l’expression des différences est généralisée, elle devient presque insignifiante. L’indifférence envers les différences exprimées par d’autres devient elle aussi une norme de comportement..."

Christopher Lash : La culture du narcissisme (Climats)

"Une démocratie ne vaut et ne dure que si elle sait refondre constamment dans la communauté l'individualisme qu'elle fait naître"
(J.de Lacretelle)
Jacques de Lecretelle)




samedi 30 août 2025

Indivualisme et/ou solidarité

Une notion qui pose problème

   Pleine d'ambiguïtés. Tout dépend dans quel sens on la prend                                                                                 Pout Tocqueville,  elle constitue le fondement de la démocratie, qui doit être idéalement au service des individus, pour garantir les libertés particulières, assurer  les conditions de leur développement. Un projet qui est toujours un idéal, un projet à construire et à améliorer. Comme il le dit à sa manière et à son époque« L’individualisme est une expression récente qu’une idée nouvelle a fait naître. Nos pères ne connaissaient que l’égoïsme. L’égoïsme est un amour passionné et exagéré de soi-même, qui porte l’homme à ne rien rapporter qu’à lui seul et à se préférer à tout. L’individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même. »                                              Moi ou les autres?..Etre soi avec les autres ou aux dépends des autres? Liberté individuelle ou contraintes sociales et légales?...Faux problèmes, dans la mesure où les deux dimensions sont interdépendantes.v L'individu est à la fois le produit d'un héritage culturel et le producteur des relations qui le conditionnent.                                                                                                                   Se démarquer du milieu est à la fois une nécessité et un risque. La liberté est toujours à construire, entre acceptation et refus, entre obéissance et révolte, entre tradition et innovation, dans une histoire où les relations entre individus et société sont instables.    ______  Le nomadisme d'aujourd'hui est un problème

-Lire ici -


« Devenez vous-même en huit leçons ; réussissez votre vie en quinze… » L’individu est désormais sommé de s’épanouir. Mais l’injonction ne mérite-t-elle pas d’être questionnée à l’heure où les gens ne se sont jamais montrés si inquiets d’eux-mêmes ? D’où sort cet impératif qui oblige chacun à « réussir sa vie » ? Nos ancêtres ne vivaient pas avec ce poids là. Ils enduraient un autre joug, celui des obligations plus concrètement violentes, commandées par leur dépendance au collectif..." ( M. GAUCHET)



Marcel Gauchet : L’individu privatisé ( Le blog Marcel Gauchet)"...L’avenir des individus exigera donc une renégociation des rapports entre eux-mêmes et leur société. C’est bien de cultiver l’estime de soi, mais l’individu doit affronter une question plus pressante : « comment parvient-on à obtenir l’estime des autres ? ». Comment survivre sans cultiver le désir d’appartenir à une collectivité qui fonctionne bien ? Il faut passer par la renégociation des rapports entre le « je » et le « nous »,que ce soit au niveau de la famille ou de la cité. Sinon, notre démocratie va se retrouver dans l’impasse."

Les désarrois de l'individu-sujet, par Dany-Robert Dufour

"...A notre époque, celle des démocraties libérales, tout repose, en fin de compte, sur le sujet - sur l’autonomie économique, juridique, politique et symbolique du sujet. Or c’est dans le même temps que se rencontre, à côté des expressions les plus infatuées d’être soi, la plus grande difficulté d’être soi. Les formes de la destitution subjective qui envahissent nos sociétés se révèlent par de multiples symptômes : l’apparition de défaillances psychiques, l’éclosion d’un malaise dans la culture, la multiplication des actes de violence et l’émergence de formes d’exploitation à grande échelle. Tous ces éléments sont vecteurs de nouvelles formes d’aliénation et d’inégalité.

Ces phénomènes sont fondamentalement liés à la transformation de la condition du sujet qui s’accomplit sous nos yeux dans nos « démocraties de marché ». « Etre sujet », c’est-à-dire « être-soi » et « être-ensemble », se présente selon des modalités sensiblement différentes de ce qu’elles furent pour les générations précédentes..."

Alain Ehrenberg : La fatigue d'être soi : dépression et société


L'individualisme - Hansen- love philosophie

"...Il ne fait pas de doute qu'une des pentes des sociétés marquées par l'éclatement des encadrements familiaux et religieux ainsi que par l'argent-roi ne conduise à l'affaiblissement de la force d'obligation de tout un ensemble de devoirs, au primat des intérêts privés, au « après moi le déluge », autrement dit un individualisme sans frein, sans souci des autres, sans respect de la loi. Tout simplement un individualisme irresponsable.

Néanmoins comment ne pas voir qu'une autre pente existe qui mène les individus à combattre les turpitudes et le racisme, à se soucier des autres, prendre en compte l'avenir de la planète, lutter pour plus de justice et de solidarité ? C'est ainsi que l'individualisation extrême de nos sociétés n'a nullement empêché la multiplication des associations et des bénévoles. C'est ainsi que les individus sont toujours capables de s'indigner, de faire acte de générosité pour les plus mal lotis de la planète. Tel est l'individualisme responsable, individualisme que l'on peut qualifier de raisonnable, autolimité, respectueux du droit des autres. Ne diabolisons pas en bloc l'individualisme qui constitue le fondement d'une société de liberté et d'innovation. S'il y a un individualisme négatif, il existe aussi un individualisme positif qui signifie indépendance d'esprit, affirmation de la personnalité singulière, esprit d'initiative et de recherche. Et aussi respect de la loi et

des droits de l'Homme. L'individualisme n'est pas une malédiction, c'est aussi la chance d'une société plus humaniste, plus tolérante, plus inventive de l'avenir. L'école doit se proposer pour but non l'effacement de l'individualisme, mais le combat contre l'individualisme irresponsable afin de faire progresser l'individu libre et responsable. Aucune tâche n'est plus grande, plus cruciale pour l'avenir de nos sociétés que celle-là".(Lipovetsky) )

L'individu hypermoderne
"...La société hypermoderne est une société où tout est exacerbé, poussé à l’excès, à l’outrance même : la consommation (Gilles Lipovetsky parle d’hyperconsommation), la concurrence, le profit, la recherche de jouissance, la violence, le terrorisme (on parle d’hyperterrorisme), le capitalisme (Laurent Fabius parlait récemment d’ « hypercapitalisme »). Elle est le produit de la mondialisation de l’économie et de la flexibilité généralisée qu’elle entraîne, avec ses exigences de performance, d’adaptabilité et de réactivité toujours plus grandes, induisant une modification profonde de nos comportements, une impossibilité de vivre des valeurs de long terme. La révolution survenue dans les technologies de la communication y joue un rôle essentiel, impliquant une mutation de notre rapport au temps et une obligation de réagir dans l’immédiat. Enfin, c’est une société marquée par le triomphe de la logique marchande et par l’éclatement de toutes les limites ayant jusque-là structuré la construction des identités individuelles, une société où, apparemment, tout est possible mais qui rejette impitoyablement ceux qui ne parviennent plus à suivre le rythme de ses exigences...."(Nicole Aubert)
Consommateurs ou/et citoyens ?
Individualisme de masse en Californie
"...Lorsque la production du particularisme devient la norme d’action, l’individualisme sous-jacent apparaît paradoxal, qu’il s’inscrive dans une logique de profit ou non. A San Francisco, les efforts faits pour se distinguer se rapportent à un système de valeurs prônant la différence partagé par les congénères. Du coup, dans les lieux où l’expression des différences est généralisée, elle devient presque insignifiante. L’indifférence envers les différences exprimées par d’autres devient elle aussi une norme de comportement..."


Christopher Lash : La culture du narcissisme (Climats)

"Une démocratie ne vaut et ne dure que si elle sait refondre constamment dans la communauté l'individualisme qu'elle fait naître"
(J.de Lacretelle) 
Jacques de Lecretelle
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vendredi 14 septembre 2012

Nomadisme d'aujourd'hui (2)

 Nomadisme, individualisme, déracinement.

_______A l'extrême mobilité des capitaux, des industries et des hommes correspond, dans nos sociétés dites post-industrielles, une grande instabilité dans les modes de vie, les engagements, les choix...et dans les structures psychologiques.
Sous la pression  de l'air du temps, qui doit beaucoup aux mutations économiques, à l'esprit des affaires (Le nouvel esprit du capitalisme), le bougisme est devenu une deuxième nature, la vitesse tend à être la règle.
__On change aujourd'hui facilement non seulement de travail (par nécessité le plus souvent), de relations, affectives notamment (les divorces explosent), et les partenaires se font plus nombreux au cours d'une vie, que l'on ne conçoit plus comme liée une fois pour toutes à une seule personne. La fidélité est relativisée, comme l'attachement aux objets. On est prêt comme jamais auparavant à changer d'option religieuse ou philosophique ou à abandonner toute option définitive en ce domaine: le marché des croyances est devenu très vaste. Au gré des modes, de l'obsolescence programmée des produits constamment changeants, sous la pression constante des marchés et de la publicité omniprésente et intériorisée, le renouvellement des objets apparaît comme un impératif de bonheur, qui diffuse ses normes insidieusement.
__Le zapping devenu est une seconde nature dans les loisirs, les programmes récréatifs, les quêtes d'information sur internet ouvrant un champ d'exploration qu'une vie ne saurait combler. Le nomadisme virtuel s'est imposé.

_________________________Le zapping est aussi dans les têtes. Jusqu'à la confusion mentale. Difficulté de rester concentrés pour les plus jeunes, de mener une réflexion suivie et même de se fixer sur une lecture de longue haleine. Maladie de l'attention. qui devient un problème, comme celle d'une certaine discipline de l'esprit pour mener une réflexion conséquente et un tant soit peu approfondie. L'effort d'attention, de concentration n'est surtout pas encouragé par le milieu marchand, qui valorise au contraire  la spontanéité, l'impulsivité. Et comme les règles de l'école tendent à passer au second plan par rapport aux pulsions d'achat, à la jouissance immédiate, à l'opinion spontanée, l'esprit d'analyse et la formation critique sont perdants...Problème de relative perte de mise à distance, de maîtrise intellectuelle du réel, de contrôle de soi. Relativisme dominant.
Le nomadisme des moeurs et le bougisme des comportements et des esprits créent les conditions d'un
individu sans liens, coupé de ses racines, sans mémoire générationnelle, parfois sans lien dans le travail, le passé étant presque toujours dévalorisé au profit du présent de la jouissance et de l'avenir obsédant. Le savoir et l'autorité fléchissent.
L' individualisme , fortement encouragé par le système, comme le narcissisme (parce que je le vaux bien...) en est la cause et la conséquence, comme le culte de la performance, distillé par les nouveaux rapports managériaux dans l'entreprise, le sport et la vie courante.
La solidarité devient une  valeur en baisse et l'engagement politique, le militantisme, problématiques.
________Ces tendances font système.
On a parlé d'homme sans qualités, ou sans gravité (ayant perdu ses repères), déraciné, sans ancrage et sans attaches.
Ce n'est pas seulement un système économico-social qui est soumis à une fuite en avant à la logique peu contrôlée, ce sont aussi les hommes qui subissent à leur insu de profondes transformations internes. Les rapports de soi à soi se modifient, le rapport au temps s'altère, avec un sentiment d'urgence permanent, l'instabilité et l'inquiétude prenant le dessus sur la constance et la sérénité, le consommateur prenant le pas sur le citoyen, la consommation primant la réalisation de soi.
Mais le pessimisme ne se légitime pas en cette période de transition et de recomposition:
" Une société individualiste ne peut être viable et juste que moyennant des règles et des limites fixées au droit de chacun d'exercer sa liberté. Individualisme ne signifie pas droit de tout faire et anarchie des comportements mais souveraineté individuelle dans le cadre général de la loi.
Il ne fait pas de doute qu'une des pentes des sociétés marquées par l'éclatement des encadrements familiaux et religieux ainsi que par l'argent-roi ne conduise à l'affaiblissement de la force d'obligation de tout un ensemble de devoirs, au primat des intérêts privés, au « après moi le déluge », autrement dit un individualisme sans frein, sans souci des autres, sans respect de la loi. Tout simplement un individualisme irresponsable.
Néanmoins comment ne pas voir qu'une autre pente existe qui mène les individus à combattre les turpitudes et le racisme, à se soucier des autres, prendre en compte l'avenir de la planète, lutter pour plus de justice et de solidarité ? C'est ainsi que l'individualisation extrême de nos sociétés n'a nullement empêché la multiplication des associations et des bénévoles. C'est ainsi que les individus sont toujours capables de s'indigner, de faire acte de générosité pour les plus mal lotis de la planète. Tel est l'individualisme responsable, individualisme que l'on peut qualifier de raisonnable, autolimité, respectueux du droit des autres. Ne diabolisons pas en bloc l'individualisme qui constitue le fondement d'une société de liberté et d'innovation. S'il y a un individualisme négatif, il existe aussi un individualisme positif qui signifie indépendance d'esprit, affirmation de la personnalité singulière, esprit d'initiative et de recherche. Et aussi respect de la loi et des droits de l'Homme. L'individualisme n'est pas une malédiction, c'est aussi la chance d'une société plus humaniste, plus tolérante, plus inventive de l'avenir. L'école doit se proposer pour but non l'effacement de l'individualisme, mais le combat contre l'individualisme irresponsable afin de faire progresser l'individu libre et responsable. Aucune tâche n'est plus grande, plus cruciale pour l'avenir de nos sociétés que celle-là".

Gilles Lipovetsky



vendredi 6 février 2009

L' individu sans liens...

"Personnalité, Liberté, Propriété sont antérieures et supérieures à toute législation humaine." Frédéric Bastiat

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Connaissez-vous Ayn Rand , écrivain et philosophe objectiviste ,inspiratrice de R.Reagan et chantre d'une certaine mythologie néolibérale et individualiste américaine ?
De l'individualisme radical à l'éloge du conformisme néolibéral
Retour à l'"individualisme possessif", terreau et conséquence de la révolution conservatrice
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L’individualisme radical d’Ayn Rand implique au fond que la société, comme le disait Mme Margaret Thatcher, n’existe pas. « Toutes les “économies mixtes”, écrit Ayn Rand en 1963, sont dans un état de transition précaire qui, ultimement, doit se tourner vers la liberté ou finir dans la dictature . » Le rôle d’un pays libre, comme les Etats-Unis, est donc de faire que les choses aillent dans le bon sens, celui d’une alliance entre démocratie et capitalisme radical."
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-"Je n'ai besoin ni de justification ni de sanction pour être ce que je suis. Je suis ma propre justification et ma propre sanction." (I need no warrant for being, and no word of sanction upon my being. I am the warrant and the sanction.)-A.R.)
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Ni dieu, ni maître, ni impôts, par François Flahaut:

"...Très populaire aux Etats-Unis et vénérée par Ronald Reagan, la philosophe et romancière Ayn Rand (1905-1982) met en scène dans ses œuvres de fiction des héros solitaires en butte au conformisme borné de leurs semblables. Un tel éloge du créateur incompris permet d’accréditer la vision d’un individu existant en dehors de tout lien, ne trouvant son salut qu’en lui-même et ne devant rien à personne. Et puis, la célébration du génie prométhéen déboucha sur celle du moins d’Etat et des paradis fiscaux...

La morale d'Ayn Rand:

"..La Source vive et The Fountainhead restent de vrais beaux romans américains emblématiques de cette croyance en une sorte d'homme commun changé en surhomme (on trouve la même philosophie chez Jack London) par sa propre force de caractère, qui est consubstantielle de l'esprit américain. Ayn Rand, ce sont les superhéros, les comités de vigilance, les héros ordinaires. C'est le western, le dépassement de soi, une modernité dynamique, l'individualisme dans ce qu'il y a de plus beau et noble, mais aussi de terrifiant..... Dans les yeux de cette femme, on lit toute l'Amérique, la puissance de son modèle culturel et de sa philosophie vitaliste, mais aussi la douleur d'une vie accumulée, les contradictions morales et l'inaccessible modèle de pureté. Sa lecture fait partie des 5 ou 10 livres qui aident à comprendre les Etats-Unis...."

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-Une généalogie de l’individualisme possessif.
-"...Ainsi, il est logique que les « dominants » incarnés par la nouvelle bourgeoisie prônent en théorie une idéologie individualiste et libérale . En effet, non seulement l’individualisme positif est au principe de la reproduction de leur domination, mais la propagation au sein des dominés d’un individualisme négatif les sert aussi en ce sens qu’elle rend leur réaction stérile car auto-destructrice (elle empêche toute entreprise politique de contestation collective de l’ordre établi) et accroît en même temps l’hégémonie légitime de l’idéologie individualiste. Le libéralisme renforce en outre cette logique en faisant de l’individu libre, autonome, et donc pleinement responsable, le moteur de l’histoire. Il récuse de fait tout différentiel de supports entre les individus et pose comme axiome qu’il faut laisser chaque individu entièrement libre d’entreprendre ce qu’il veut. Mais tout un chacun ne dispose pas des supports, des ressources, ou encore des « capitaux » nécessaires pour créer sa propre entreprise : outre des fonds propres, il est généralement utile d’avoir des « relations » ou encore un nom qui pourront éventuellement rassurer des investisseurs... Or peu d’individus possèdent de tels supports. Ainsi, la bourgeoisie, en prônant une idéologie libérale et individualiste, cherche à faire oublier l’origine de ses succès, de sa domination, c’est-à-dire à occulter les supports sur lesquels elle fonde des individualités qu’elle voudrait considérer ex nihilo. Par là, elle parvient à maximiser la responsabilité de ses succès, et en même temps celle des échecs des autres, assurant ainsi la légitimité de la reproduction de fait de l’ordre social..."

samedi 3 septembre 2011

Solidarité: valeur en baisse

Intérêt bien compris...

_Le repli de l'individu sur lui-même, le chacun pour soi , qui détruit les solidarités anciennes, sous l'effet de la montée du chômage, du consumérisme compulsif et de l'imprégnation des valeurs libérales, est palpable depuis une trentaine d'années, même en milieu non urbain.
Il irrigue tant le tissu social que la cellule familiale, mise à mal par un individualisme souvent destructeur de liens. Le ciment s'effrite, qui permettait naguère des échanges denses et multiples, une vie associative développée, un certain souci de l'autre.
_Sans idéaliser le passé, nous glissons, sans nous en rendre compte, vers une sorte de régression (provisoire?), où la concurrence devient la règle et l'individualisme le principe, affiché ou tacite.
"...Il ne fait pas de doute qu'une des pentes des sociétés marquées par l'éclatement des encadrements familiaux et religieux ainsi que par l'argent-roi ne conduise à l'affaiblissement de la force d'obligation de tout un ensemble de devoirs, au primat des intérêts privés, au « après moi le déluge », autrement dit un individualisme sans frein, sans souci des autres, sans respect de la loi. Tout simplement un individualisme irresponsable." (Hanse-love)

___La solidarité ne va pas de soi.
Elle résulte de volontés individuelles conditionnées par un certain type d'éducation et par des institutions qu'il faut sans cesse entretenir, améliorer et recréer, un "esprit du temps", qui la stimule ou l'affaiblit. L'ethnologie nous apprend beaucoup là-dessus.
Le souci de l'a
utre n'est pas donné à la naissance. Le narcissisme est plutôt ce qui caractérise tout un chacun dès le début de la vie. L'enfant est naturellement d'abord autocentré, comme la psychanalyse le montre bien. Mais il se socialise peu à peu, sauf si les conditions font défaut.
L'enfant-roi et parfois tyran n'est-il pas souvent le produit de parents infantilisés?

_Pourtant, un certain égoïsme, l'intérêt personnel, reste bien souvent de fait notre moteur d'action essentiel que nous le voulions ou non, même au coeur de nos attitudes que nous jugeons morales (La Rochefoucault allait jusqu'à dire que "Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer"
Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citati

Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citations

Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citati

). La morale est toujours ambivalente et notre humanité est un fragile vernis, qu'il faut entretenir.
On peut affirmer, comme les économistes classiques, que la somme des intérêts individuels concourt à produire l'intérêt collectif, la richesse globale. En tant qu'agent économique, l'égoïsme ( et non la cupidité) est apparu très tôt comme un moteur créatif de liens sociaux, d'échanges et de progrès (Mandeville... A Smith..).
La théorie de l'individualisme possessif a été une des origines du capitalisme anglo-saxon, au développement spectaculaire des biens et des injustices. Revue et adaptée à la théorie hayekienne, elle a abouti à l'intransigeance sociale reaganienne, la
dureté thatcherienne, _l'Etat ne jouant plus son rôle régulateur et redistributeur_ et aux crises d'aujourd'hui, qui sont d'abord des crises de l'inégalité et de la cupidité. Le sacro-saint marché devient roi et représente" une démocratie de consommateurs."(Ludwig von Mises)
_L'accumulation aveugle et sans justice a fini par produire des formes d'(auto)destruction. On aboutit à une sorte de chaos néolibéral où les dépossédés sont amenés à des formes d'expression désespérées, comme on l'a vu récemment à Londres.L'enrichissement croissant des plus riches, les coupes sombres dans les budgets sociaux, l'abandon de couches sociales de plus en plus paupérisés créent une désespérance qui menace la société toute entière...
"Si l'on ajoute à cela le sentiment que les banquiers, qui ont provoqué la crise financière de 2008 à la City, s'en sont sortis avec beaucoup d'égards et aujourd'hui pas mal de bénéfices, il n'est peut être pas si surprenant que les jeunes au bas de l'échelle sociale souhaitent, eux aussi, profiter d'une certaine impunité en brûlant et pillant. « J'ai le sentiment que la criminalité dans nos rues ne peut pas être dissociée de la désintégration morale dans les rangs les plus élevés de la société britannique moderne », écrit l'éditorialiste du Daily Telegraph Peter Oborne. « La culture de la rapacité et de l'impunité que nous avons vue sur nos écrans de télévision lors des émeutes s'étend jusque dans les conseils d'administration et au gouvernement. Elle inclut la police et de nombreux médias. Ce n'est pas seulement la jeunesse dérangée qui a besoin d'être réformée, mais la Grande Bretagne dans son entier. »

__Le développement de la culture du narcissisme, du consumérisme infantilisant, de l'ego-mania érigé en culte, fruits amers du système, dont nous sommes plus ou moins à la fois auteurs et victimes, ne pourra que renforcer la perte d'une certaine solidarité, sans laquelle une société ne peut être viable...
Seul un individualisme socialisé et désensauvagé, civilisé, pourra être un gage d'un avenir supportable. Reste à en créer les conditions...
Ce n'est pas parce que l'égalité au sens strict est irréalisable qu'on doit abandonner les principes de justice et qu'on doit cesser de lutter pour une société plus solidaire, à la richesse plus équitablement répartie
L'homme n'est un loup pour l'homme que si les institutions de l'Etat démocratique ne jouent plus leur rôle.

"Une démocratie ne vaut et ne dure que si elle sait refondre constamment dans la communauté l'individualisme qu'elle fait naître" (J.de Lacretelle)

lundi 7 novembre 2022

Solidarité

Une valeur en baisse.

                                   L'esprit de la novlangue libérale, surtout depuis une quarantaine d'années, continue à produire ses effets de délitement social, de repli sur soi, sur ses propres intérêts à court terme. en même temps que continue à se développer un consumériste stimulé par des intérêts privés qui s'insèrent de plus en plus dans l'espace public. L'individu tend à devenir plus un consommateur, toujours sollicité, qu'un citoyen averti, soucieux du bien public, condition du sien propre. L'horizon de ses choix et de ses perspectives tend à ne pas dépasser les valeur que dispensent les cercles marchands.                             

_             Le repli de l'individu sur lui-même, le chacun pour soi,  qui détruit les solidarités anciennes, sous l'effet de la montée du chômage, du consumérisme compulsif et de l'imprégnation des valeurs libérales, est palpable depuis une trentaine d'années, même en milieu non urbain. Il irrigue tant le tissu social que la cellule familiale, mise à mal par un individualisme souvent destructeur de liens. Le ciment s'effrite, qui permettait naguère des échanges denses et multiples, une vie associative développée, un certain souci de l'autre._Sans idéaliser le passé, nous glissons, sans nous en rendre compte, vers une sorte de régression (provisoire?), où la concurrence devient la règle et l'individualisme le principe, affiché ou tacite.
"...Il ne fait pas de doute qu'une des pentes des sociétés marquées par l'éclatement des encadrements familiaux et religieux ainsi que par l'argent-roi ne conduise à l'affaiblissement de la force d'obligation de tout un ensemble de devoirs, au primat des intérêts privés, au « après moi le déluge », autrement dit un individualisme sans frein, sans souci des autres, sans respect de la loi. Tout simplement un individualisme irresponsable." (Hanse-love)

___La solidarité ne va pas de soi.
Elle résulte de volontés individuelles conditionnées par un certain type d'éducation et par des institutions qu'il faut sans cesse entretenir, améliorer et recréer, un "esprit du temps", qui la stimule ou l'affaiblit. L'ethnologie nous apprend beaucoup là-dessus.
Le souci de l'a
utre n'est pas donné à la naissance. Le narcissisme est plutôt ce qui caractérise tout un chacun dès le début de la vie. L'enfant est naturellement d'abord autocentré, comme la psychanalyse le montre bien. Mais il se socialise peu à peu, sauf si les conditions font défaut.
L'enfant-roi et parfois tyran n'est-il pas souvent le produit de parents infantilisés?

_     Pourtant, un certain égoïsme, l'intérêt personnel, reste bien souvent de fait notre moteur d'action essentiel que nous le voulions ou non, même au coeur de nos attitudes que nous jugeons morales (La Rochefoucault allait jusqu'à dire que "Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer"
Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citati

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). La morale est toujours ambivalente et notre humanité est un fragile vernis, qu'il faut entretenir.
       On peut affirmer, comme les économistes classiques, que la somme des intérêts individuels concourt à produire l'intérêt collectif, la richesse globale. En tant qu'agent économique, l'égoïsme ( et non la cupidité) est apparu très tôt comme un moteur créatif de liens sociaux, d'échanges et de progrès (Mandeville... A Smith..).
La théorie de l'individualisme possessif a été une des origines du capitalisme anglo-saxon, au développement spectaculaire des biens et des injustices. Revue et adaptée à la théorie hayekienne, elle a abouti à l'intransigeance sociale reaganienne, la 
dureté thatcherienne, _l'Etat ne jouant plus son rôle régulateur et redistributeur_ et aux crises d'aujourd'hui, qui sont d'abord des crises de l'inégalité et de la cupidité. Le sacro-saint marché devient roi et représente" une démocratie de consommateurs."(Ludwig von Mises)
_L'accumulation aveugle et sans justice a fini par produire des formes d'(auto)destruction. On aboutit à une sorte de chaos néolibéral où les dépossédés sont amenés à des formes d'expression désespérées, comme on l'a vu récemment à Londres. L'enrichissement croissant des plus riches, les coupes sombres dans les budgets sociaux, l'abandon de couches sociales de plus en plus paupérisés créent une désespérance qui menace la société toute entière...
"Si l'on ajoute à cela le sentiment que les banquiers, qui ont provoqué la crise financière de 2008 à la City, s'en sont sortis avec beaucoup d'égards et aujourd'hui pas mal de bénéfices, il n'est peut être pas si surprenant que les jeunes au bas de l'échelle sociale souhaitent, eux aussi, profiter d'une certaine impunité en brûlant et pillant. « J'ai le sentiment que la criminalité dans nos rues ne peut pas être dissociée de la désintégration morale dans les rangs les plus élevés de la société britannique moderne », écrit l'éditorialiste du Daily Telegraph Peter Oborne. « La culture de la rapacité et de l'impunité que nous avons vue sur nos écrans de télévision lors des émeutes s'étend jusque dans les conseils d'administration et au gouvernement. Elle inclut la police et de nombreux médias. Ce n'est pas seulement la jeunesse dérangée qui a besoin d'être réformée, mais la Grande Bretagne dans son entier. »

__Le développement de la culture du narcissisme, du consumérisme infantilisant, de l'ego-mania érigé en culte, fruits amers du système, dont nous sommes plus ou moins à la fois auteurs et victimes, ne pourra que renforcer la perte d'une certaine solidarité, sans laquelle une société ne peut être viable...
Seul un individualisme socialisé et dés-ensauvagé, civilisé, pourra être un gage d'un avenir supportable. Reste à en créer les conditions...
Ce n'est pas parce que l'égalité au sens strict est irréalisable qu'on doit abandonner les principes de justice et qu'on doit cesser de lutter pour une société plus solidaire, à la richesse plus équitablement répartie
L'homme n'est un loup pour l'homme que si les institutions de l'Etat démocratique ne jouent plus leur rôle.

                  "Une démocratie ne vaut et ne dure que si elle sait refondre constamment dans la communauté l'individualisme qu'elle fait naître" (J.de Lacretelle)     _____________________                           

mercredi 25 février 2026

Solidarité en question

Un constat inquiètant

       Le lien social n'est pas dans sa meilleure forme. On peut même dire qu'il se délite de plus en plus du fait de la montée des individualismes, sous l'effet notamment du néolibéralisme libéral, du consumérisme galopant, des tensions sociales qui se développent, de la tendance au repli de chacun sur la sphère privée ou uniquement familiale. La solidarité est une valeur en baisse.  Le lien social tend à se déliter. Le moi-je  n'est pas seulement dans les réseaux sociaux. Les associations dédiées n'ont plus la forme. Les crises  sont passées par là.    Les valeurs républicaines en souffrent.                                                                                         Le repli de l'individu sur lui-même, le chacun pour soi , qui détruit les solidarités anciennes, sous l'effet de la montée du chômage, du consumérisme compulsif et de l'imprégnation des valeurs libérales, est palpable depuis une trentaine d'années, même en milieu non urbain.

Il irrigue tant le tissu social que la cellule familiale, mise à mal par un individualisme souvent destructeur de liens. Le ciment s'effrite, qui permettait naguère des échanges denses et multiples, une vie associative développée, un certain souci de l'autre.
_Sans idéaliser le passé, nous glissons, sans nous en rendre compte, vers une sorte de régression (provisoire?), où la concurrence devient la règle et l'individualisme le principe, affiché ou tacite.
"...Il ne fait pas de doute qu'une des pentes des sociétés marquées par l'éclatement des encadrements familiaux et religieux ainsi que par l'argent-roi ne conduise à l'affaiblissement de la force d'obligation de tout un ensemble de devoirs, au primat des intérêts privés, au « après moi le déluge », autrement dit un individualisme sans frein, sans souci des autres, sans respect de la loi. Tout simplement un individualisme irresponsable." (Hanse-love)

___La solidarité ne va pas de soi.
Elle résulte de volontés individuelles conditionnées par un certain type d'éducation et par des institutions qu'il faut sans cesse entretenir, améliorer et recréer, un "esprit du temps", qui la stimule ou l'affaiblit. L'ethnologie nous apprend beaucoup là-dessus.
Le souci de l'a
utre n'est pas donné à la naissance. Le narcissisme est plutôt ce qui caractérise tout un chacun dès le début de la vie. L'enfant est naturellement d'abord autocentré, comme la psychanalyse le montre bien. Mais il se socialise peu à peu, sauf si les conditions font défaut.
L'enfant-roi et parfois tyran n'est-il pas souvent le produit de parents infantilisés?

_Pourtant, un certain égoïsme, l'intérêt personnel, reste bien souvent de fait notre moteur d'action essentiel que nous le voulions ou non, même au coeur de nos attitudes que nous jugeons morales (La Rochefoucault allait jusqu'à dire que "Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer"
Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citati

Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citations

Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citati

). La morale est toujours ambivalente et notre humanité est un fragile vernis, qu'il faut entretenir.
On peut affirmer, comme les économistes classiques, que la somme des intérêts individuels concourt à produire l'intérêt collectif, la richesse globale. En tant qu'agent économique, l'égoïsme ( et non la cupidité) est apparu très tôt comme un moteur créatif de liens sociaux, d'échanges et de progrès (Mandeville... A Smith..).
La théorie de l'individualisme possessif a été une des origines du capitalisme anglo-saxon, au développement spectaculaire des biens et des injustices. Revue et adaptée à la théorie hayekienne, elle a abouti à l'intransigeance sociale reaganienne, la 
dureté thatcherienne, _l'Etat ne jouant plus son rôle régulateur et redistributeur_ et aux crises d'aujourd'hui, qui sont d'abord des crises de l'inégalité et de la cupidité. Le sacro-saint marché devient roi et représente" une démocratie de consommateurs."(Ludwig von Mises)
_L'accumulation aveugle et sans justice a fini par produire des formes d'(auto)destruction. On aboutit à une sorte de chaos néolibéral où les dépossédés sont amenés à des formes d'expression désespérées, comme on l'a vu récemment à Londres.L'enrichissement croissant des plus riches, les coupes sombres dans les budgets sociaux, l'abandon de couches sociales de plus en plus paupérisés créent une désespérance qui menace la société toute entière...
"Si l'on ajoute à cela le sentiment que les banquiers, qui ont provoqué la crise financière de 2008 à la City, s'en sont sortis avec beaucoup d'égards et aujourd'hui pas mal de bénéfices, il n'est peut être pas si surprenant que les jeunes au bas de l'échelle sociale souhaitent, eux aussi, profiter d'une certaine impunité en brûlant et pillant. « J'ai le sentiment que la criminalité dans nos rues ne peut pas être dissociée de la désintégration morale dans les rangs les plus élevés de la société britannique moderne », écrit l'éditorialiste du Daily Telegraph Peter Oborne. « La culture de la rapacité et de l'impunité que nous avons vue sur nos écrans de télévision lors des émeutes s'étend jusque dans les conseils d'administration et au gouvernement. Elle inclut la police et de nombreux médias. Ce n'est pas seulement la jeunesse dérangée qui a besoin d'être réformée, mais la Grande Bretagne dans son entier. »

__Le développement de la culture du narcissisme, du consumérisme infantilisant, de l'ego-mania érigé en culte, fruits amers du système, dont nous sommes plus ou moins à la fois auteurs et victimes, ne pourra que renforcer la perte d'une certaine solidarité, sans laquelle une société ne peut être viable...
Seul un individualisme socialisé et désensauvagé, civilisé, pourra être un gage d'un avenir supportable. Reste à en créer les conditions...
Ce n'est pas parce que l'égalité au sens strict est irréalisable qu'on doit abandonner les principes de justice et qu'on doit cesser de lutter pour une société plus solidaire, à la richesse plus équitablement répartie
L'homme n'est un loup pour l'homme que si les institutions de l'Etat démocratique ne jouent plus leur rôle.

           _____  "Une démocratie ne vaut et ne dure que si elle sait refondre constamment dans la communauté l'individualisme qu'elle fait naître" (J.de Lacretelle)
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lundi 5 novembre 2012

L'égoïsme comme horizon.

 Chacun pour soi...

________Tel est l'idéal éthique et politique de Paul Ryan, à l'avant garde de la droite conservatrice américaine décomplexée, partenaire de Romney et peut-être futur vice-président.
________"...Président de la commission du budget à la Chambre, il est un ardent défenseur d'une réduction des dépenses publiques, de coupes dans les programmes sociaux et d'une baisse des impôts de 20% pour tous les revenus, même ceux des plus riches.Il est également l'auteur d'un projet de privatisation de Medicare, le système d'assurance-maladie des seniors. D'ascendance irlandaise, fervent catholique, Paul Ryan est un farouche adversaire de l'avortement. Il s'y est très récemment déclaré favorable dans des cas limités --viol, inceste ou danger pour la mère--, une évolution de sa position précédente qui ne prenait en compte que la vie de la mère. Il est également contre les mariages homosexuels et défend les droits des propriétaires d'armes à feu. Fou de musculation"
Bref, un vrai blanc américain, battant, se déclarant self made man, digne de Reagan et de son idéal de libéralisme intégral", que les républicains appellent l'"intellectuel du Parti", qui s'est nourri à la fac des grands penseurs de la droite : Friedrich Hayek, Milton Friedman... et Ayn Rand, l'auteur culte de "la Grève" ("Atlas Shrugged"), roman dans lequel le héros, John Galt, se lance dans une ode de 64 pages à l'individualisme.
 Rand a profondément marqué plusieurs générations de libéraux, dont Alan Greenspan, l'ex-patron de la Réserve fédérale.  Paul Ryan affirme. "Si je devais créditer une personne pour mon engagement au service du public, ce serait Ayn Rand, expliquait ce dernier, en 2005, avant de minimiser l'influence de l'écrivain athée sur sa pensée. Ne vous trompez pas, le combat que nous menons est une lutte de l'individualisme contre le collectivisme." Ce qu'il appelle le collectivisme, c'est juste le minimum de solidarité et de redistribution nécessaire qu'un Etat doit garantir pour faire société.
Les pauvres et les précaires sont donc les seuls responsables de leur sort et ce que Ryan appelle collectivisme est juste une meilleure répartition de la richesse (quand on sait que  aux USA, les 20 % des ménages les plus pauvres ne disposent que de 3,4 % de l’ensemble des revenus, mais les 5 % les plus aisés en perçoivent 21,2 %. A eux seuls, les 20 % les plus riches perçoivent près de la moitié du revenu national  ). Les fantasmes de la guerre froide servent toujours à quelque chose...
________Ayn Rand, égérie de Ryan, même si elle ne voulait pas se dire exactement libertarienne, n'a eu de cesse de plaider la cause d'un individualisme assumé, critiquant les plans sociaux, ramenant la fonction étatique au minimum (l'état-gendarme) ne devant pas s'ingérer dans le domaine économique, sauf pour inciter les individus à réaliser leurs potentiels. Ce minarchisme
s'inspire de l'économiste libéral Frédéric Bastiat qui disait: « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde » et de Friedrich Hayek qui dénonce l'empiètement croissant des structures étatiques sur les libertés individuelles qui aboutit à la consécration d'un régime paralysant et inefficace : l'État-providence.
 ____________________Ayn Rand, l’apôtre de l’égoïsme, inspire la droite américain, garde encore une influence certaine.
Son oeuvre "magnifie les entrepreneurs en héros des temps modernes, l'égoïsme est la vertu suprême. La seule éthique, en fait. Car l'altruisme, qui fait de l'homme un être dépendant des autres, « est une notion monstrueuse. C'est la moralité des cannibales se dévorant les uns les autres », proférait Rand. Brillante et vorace prêtresse de la liberté, y compris sur les questions sociales, Ayn Rand a fourni des ­racines morales, anthropologiques, à l'individualisme le plus débridé. Sa « philosophie pour vivre sur la terre » est une légitimation du libéralisme le plus radical, ayant inspiré Alan Greenspan, son très proche acolyte qui, nommé par Ronald Reagan, dirigea la Réserve fédérale pendant seize ans...
 . Elle aurait mené le bras de fer d'aujourd'hui. Selon le républicain Romney, deux mains se déchirent, « la main invisible du marché » contre « la lourde main de l'Etat ». Les deux visions de l'Amérique qui s'affrontent dans cette bataille électorale ont rarement été aussi opposées. Notamment en ce qui concerne la place du gouvernement et celle de l'individu dans le groupe, thèmes chéris d'Ayn Rand. Sacrifier l'individu (créateur) à la société (prédatrice) est, pour elle, un crime contre l'humanité. Quant à l'Etat, il devient le pire ennemi de l'homme s'il ne se voit pas limité. Ce serviteur est là pour fournir trois prestations, et pas une de plus, la police, l'armée et la justice..."
___Cette position, explicable partiellement par les origines de Rand et l'esprit de l'aventure économique américain dès ses débuts, est littéralement intenable à la lettre dans une politique réelle (on voit mal Romney et Ryan abandonner tout programme social, toute sécurité sociale, sous peine de déclencher une  quasi-guerre civile), mais peut marquer un infléchissement encore plus reaganien au bénéfice des plus riches s'estimant encore trop soumis à l'impôt (alors qu'il a constamment baissé ces dernières années, ce qui est une des sources des difficultés actuelles), creusant encore un peu plus les inégalités, dans un pays déjà ravagé par le chômage, la précarité, l'exclusion. .Le struggle for live ne doit pas léser ceux qui s'enrichissent aux dépends des autres. Le rêve américain doit continuer...Tant pis pour les losers, comme l'estiment les adeptes du Tea Party!
On comprend pourquoi Rand, pour qui l'altruisme est "monstrueux" et pour qui les pauvres exploitent les riches, se réfère sans cesse à la raison (celle du froid calcul égoïste) et jamais à la justice ou à la compassion...
Un essayiste français apporte sa bénédiction à cette idéologie que Roosevelt lui-même avait répudiée comme perverse et génératrice de crises.
Cette folle prétention à vouloir s'accomplir en dehors de tous liens, contredisant les données de l'anthropologie la plus basique, contient des germes  destructeurs pour leurs propres zêlateurs.
La solidarité est un combat, seule condition d'une paix sociale acceptable.
L'individualisme véritable, non exclusif, ne peut se réaliser en dehors des liens sociaux qui nous font être ce que nous sommes et qui peuvent nous rendre plus humains.
_____________________Alors, y a-t-il lieu de sauver le soldat Ryan?
________
_[Paru dans Agoravox]_
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- Ces groupes français qui financent l’ultra-droite américaine