Mes articles dans AGORAVOX (qui n'est plus ce qu'il était...) -signés: ZEN)-

mardi 24 mars 2020

Journal de crise (3)

Vers des terres inconnues
                              Les vaillants petits soldats et les grands héros de première ligne commencent enfin à être équipés progressivement des armes défensives minimales pour affronter l'ennemi sournois, invisible et omniprésent.
  Il était temps. L'incurie administrative et politique devra être plus tard analysée et sanctionnée.
    Mais quid des "petites mains" , jugées enfin aujourd'hui enfin si indispensables, hôtesses d'accueil ou employés au tri postal, exposées et vulnérables ?

   J+7  aujourd'hui. C'est comme si c'était il y a si longtemps, dans cette inédite expérience des jours où domine le "rien" et le plein des pensées qui se bousculent, dans la succession d'activités qu'il faut inventer pour exister, instant après instant, surtout quand on se sait assigné à résidence pour de longues semaines encore.     Perspective que l'on prenait encore avec une relative légèreté il y a à peine une semaine. Il est difficile de ne pas céder à la tentation du repli, de ne pas devenir  victime du confinement, quand les bruits extérieurs se font de plus en plus rares et atténués, quand on ne voit même plus le visage de son voisin d'en face. Comme sur un radeau de sauvetage qui flotte sans boussole vers des terres inconnues, dans le silence de l'espace infini et uniforme.
  Dans le jardin, les mésanges insouciantes poursuivent leur balai annuel, dans le fièvre de l'accouplement qui vient et de la préparation des nids. La vie continue, indifférente à nos petits soucis. Et pourtant, elle tourne. La terre en a vu d'autres. L'humanité a connu bien pire, pour autant que l'on remonte dans le temps. Les obsessions d'hier deviennent minuscules ou dérisoires par  rapports aux hantises d'aujourd'hui, qui elles mêmes auront une fin. Nécessairement. 
 L'euphorie de la victoire finale débouchera sans doute sur des années difficiles, un peu comme après 1945, où la vie ne fut pas facile jusqu'au début des années 1950. Les anciens se souviennent.
  Ça peut aussi se passer mieux que prévu et un rebond spectaculaire peut avoir lieu si les bonnes décisions sont prises au bon moment. Si les banques et les entreprises jouent le jeu. Dans leur intérêt. On a le droit d'être sceptique.
  Morgen ist auch ein Tag, disent nos voisins d'Outre-Rhin. On verra bien demain.   A la maison. Zu Hause. C'est moins dur avec un jardin, entretenu comme jamais auparavant. Dans ce temps étiré, quand les enfants sont loin, il va falloir encore prendre sur soi pour inventer un quotidien vide d'événements saillants au sens habituel.
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