mardi 30 mars 2021

Servier à la barre

Dix ans après! Dix ans...

                    "Tromperie aggravée", telle est la sentence pour une entreprise pharmaceutique dont la rigueur scientifique et surtout déontologique n'a pas été la valeura phare. C'est le moins que l'on puisse dire.     Le laboratoire Servier a commercialisé sciemment un médicament, détourné de son usage initial, dont il pouvait connaître non seulement l'inutilité, mais aussi les dangers souvent mortels. Une attitude criminelle. Une sentence trop clémente.                                                                                                           Une affaire en or, qui ne devait pas durer, malgré le lobbysme intense et les autojustifications constantes. Plus de trente ans de super-profits, qui pose le problème du contrôle public de l'industrie pharmaceutique, la plus rentable de toutes. C'est la confiance dans le système sanitaire français qui se trouve gravement entamé. Mais aussi une prise de conscience permet à cette occasion de s'installer. Mais si Irène Frachon n'avait pas poursuivi avec obstination et courage sa recherche, en serait-on arrivé enfin là? Pourtant Servier continue à nier...

                Servier s'en tire finalement bien, étant donné la gravité des faits, les conséquences de leurs méfaits dans le temps. L'agence du médicament a failli lui aussi. L'ANSM est aussi en cause, donc les services de santé de l'Etat et indirectement les conflits d'intérêts entre les laboratoires pharmaceutiques et une partie du corps médical et des chercheurs.                   _____ L'heure de vérité a enfin sonné au sujet de ce médicament qui a montré sa nocivité pendant un certain nombre d'années? On le voit au terme de cette procédure toujours reportée. La montagne accouchera-t-elle d'une souris ou permettra-t-elle de mettre à jour tous les niveaux de responsabilité et les arcanes de décisions mortifères, se demandait-on il y a un an?  Une affaire en or, certes, mais une déontologie défaillante, pour utiliser un euphémisme... Un trafic d'influences à plusieurs niveaux, favorisant la toute puissance de Servier. (*) Malgré les dénégations, il est avéré que: Entre 1976 et en 2009, près de 5 millions de personnes se sont vu prescrire du Mediator. En croisant plusieurs bases de données de l'Assurance maladie, on a pu calculer la surmortalité induite par les pathologies provoquées par cette molécule et estimer le nombre total de décès dus au Mediator, pendant toute la durée de commercialisation et au-delà, à environ 2 000 morts....Malgré les discours déresponsabilisant, le rôle de l'Etat est aussi en question, dans son rôle de contrôle et de régulateur.    Cette affaire emblématique de santé publique, qui a mis en cause le deuxième groupe pharmaceutique français, a montré l’échec des autorités sanitaires et a révélé les liens incestueux que peut entretenir l’industrie du médicament avec certains experts scientifiques et hauts dirigeants français, doit être jugée lors d’un procès-fleuve qui doit s’ouvrir lundi 23 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris pour ne s’achever qu’au printemps...                ___Par extension, c'est toute une partie de la production pharmaceutique, extrêmement rentable, qui est aussi en question. Le Mediator est un cas emblématique de nombreux dysfonctionnements de notre système de santé, insuffisamment réglementé.                          ________________________________________________

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