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mercredi 15 juillet 2026

Quand nos rues sont désertées

Et que la vie semble maintenant absente

     Il suffit de traverser une petite ou moyenne ville pour s'en apercevoir. L'animation y est souvent réduite à peu de choses. La tristesse émane des trottoirs désertés et  des magasins abandonnés. Cela devient de plus en plus une norme. Un sentiment d'abandon. Les causes sont maintenant bien connues. Les faillites en cascades sont passées par là et continuent leur oeuvre. La désertification s'installe peu ou prou, plus ou moins rapidement. Avec ses conséquences en cascades sur l'habitat urbain, sur la vie sociale dans les quartiers, sur le moral des populations concernées et même souvent sur leur choix politiques. Le sentiment d'abandon s'enracine dans cette situation où les pouvoirs publics semblent ne plus jouer leur rôle. "...une enquête IPSOS a mis l'an dernier en évidence un lien entre le vote Front national et la désertification des centres-villes, comme l'évoque cet article de l'Opinion : Désert français, Eldorado du FN..."                                                                                                                                       Comme je le notais il y a déjà quelques années,  c'est un  phénomène  qui prend de l'ampleur en France dans le centre des villes moyennes. Des rideaux de commerces qui ne se relèvent plus débouchant sur une désertification accélérée de quartiers  autrefois bien vivants. L'activité commerciale a basculé vers les faubourgs et les zônes périphériques, enlaidies et saturées, selon le modèle américain déjà ancien: no parking, no business!            Va-t-on poursuivre ce modèle sans réaction?  Une dévitalisation à questionner.                                                                                         Les petites et moyennes villes (ne parlons pas des villages, dortoirs ou non)) sont devenues des sortes de déserts, semblant comme mortes même de jour. La vie commerciale s'est déplacée en périphérie, ou se résume à des activités de plus en plus réduites, rendant certains quartiers sans âme, parfois tristes , même sinistres, tant l'abandon est manifeste.

     La reconquête, au programme avant les élections municipales, ne se fera pas rapidement et par pur volontarisme, car la logique de désertification s'est installée depuis longtemps.
 De puissants intérêts privés n'ont pas peu joué dans ce phénomène qui gagne encore.
     Une ville peut se dépeupler, lentement ou rapidement pour plusieurs raisons.
        Le cas de Détroit après la crise de 2008 et l'effondrement de l'industrie automobile en est un exemple récent.
   Mais ce qui pose problème aujourd'hui, de manière plus générale, c'est la perte de substance des centres des villes moyennes, depuis une vingtaine d'années, du fait de la disparition ou de l'exode massif des commerces de proximité au profit des espaces commerciaux extérieurs, qui drainent la clientèle là où "on trouve tout" facilement, de l'alimentation aux loisirs en passant par le bricolage et la restauration....et même ce à quoi on n'aurait pas pensé.
       No parking, no business. Le slogan américain a été suivi un peu partout, sans résistance des consommateurs.
   Il suffit de voir ce qu'est devenue une ville de 10 à 20.000 habitants: le plus souvent un quasi-désert. Des agences bancaires, immobilières, des coiffeurs, quelques services....Une activité réduite à  peau de chagrin. Des soirées assez sinistres, des week-end tristes. Des centres urbains désertés, sans vie.
        La surproduction de surfaces de vente en périphérie a créé les conditions de ce déclin, qui renforce une régression des relations de voisinage, de la vie associative, de la vie tout court. Parfois même le boulanger ou le boucher s'est exilé. Comme s'en plaint par exemple le maire de Perpignan: 
« ... La situation est catastrophique : sur les trois dernières années, 300 000 m2 de superficies commerciales ont vu le jour et 100 000 m2 sont déjà prévus pour la suite. Une multiplication des centres commerciaux aux effets dévastateurs : un quart des commerces du centre-ville ont déjà fermés. Cette concurrence exacerbée a des incidences directes sur l’emploi, avec une baisse de 10% des salariés, et fragilise la viabilité des commerces restant avec une baisse d’un tiers de leur chiffre d’affaires ».
          Selon le parlementaire, une « spirale infernale» se met alors en place : la fréquentation du centre-ville diminuant, les commerces baissent en qualité, la ville perd en attractivité, « notamment auprès des classes moyennes et supérieures qui préfèrent partir emménager en périphérie », amplifiant d’autant plus la paupérisation du centre-ville.....
    L’étude PROCOS précise : «...le nombre de commerces en cœur de ville reflue depuis 12 ans, il a diminué en moyenne de 3,7 %. Alors que dans le même temps, le parc des surfaces commerciales français a doublé, passant de 70 millions à près de 140 millions de mètres carrés... »
         Les centres-villes sont donc en péril, ainsi que les villages environnants, mais on ne s'attaque pas aux causes principales. La proximité recule: Face à la disparition du commerce de proximité partout en France, et jusque dans des villes de taille conséquente comme Le Havre ou Saint-Etienne, le gouvernement s’apprête à annoncer une série de mesures. Mais pas question, bien entendu, d’instaurer un moratoire sur l’implantation de grandes surfaces en périphérie. Au nom de la liberté, Bercy s’y oppose. C’est la même comédie depuis la loi Royer de 1973. Régulièrement, les responsables politiques feignent de découvrir le problème et prennent quelques décisions pour masquer, en la matière, leur soumission au libéralisme sans limites. On ne voit pas de quelle liberté il s’agit quand une poignée de centrales d’achat imposent leur loi. L’Allemagne, l’Italie, la Suisse réglementent leur urbanisme commercial. Y vit-on moins libre qu’en France ? (Xavier de Jarcy)
       Il est devenu urgent de changer de modèle:
   le dispositif d’autorisation préalable délivrée par les CDAC est notoirement peu efficace et, malgré ses remaniements successifs, n’a jamais permis de réguler la prolifération anarchique des zones commerciales dans les périphéries des villes.
      Et la question n'est pas seulement esthétique (la laideur des entrées de villes), elle est aussi immobilière et micro/macro-politique.
     Les promoteurs et les grands groupes de distribution ont gagné, avec la complicité d'élus locaux à courte vue et/ou intéressés électoralement, au nom d'une modernité naïvement proclamée.
    Il est bien tard pour revenir en arrière et toutes les incantations comme tous les colloques restent purement verbaux.____
- L'agonie commerciale des quartiers centraux dans les petites villes : l'exemple de Parthenay
- Le cas d'Albi.
- Les coulisses de la grande distribution.

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mercredi 25 février 2026

Solidarité en question

Un constat inquiètant

       Le lien social n'est pas dans sa meilleure forme. On peut même dire qu'il se délite de plus en plus du fait de la montée des individualismes, sous l'effet notamment du néolibéralisme libéral, du consumérisme galopant, des tensions sociales qui se développent, de la tendance au repli de chacun sur la sphère privée ou uniquement familiale. La solidarité est une valeur en baisse.  Le lien social tend à se déliter. Le moi-je  n'est pas seulement dans les réseaux sociaux. Les associations dédiées n'ont plus la forme. Les crises  sont passées par là.    Les valeurs républicaines en souffrent.                                                                                         Le repli de l'individu sur lui-même, le chacun pour soi , qui détruit les solidarités anciennes, sous l'effet de la montée du chômage, du consumérisme compulsif et de l'imprégnation des valeurs libérales, est palpable depuis une trentaine d'années, même en milieu non urbain.

Il irrigue tant le tissu social que la cellule familiale, mise à mal par un individualisme souvent destructeur de liens. Le ciment s'effrite, qui permettait naguère des échanges denses et multiples, une vie associative développée, un certain souci de l'autre.
_Sans idéaliser le passé, nous glissons, sans nous en rendre compte, vers une sorte de régression (provisoire?), où la concurrence devient la règle et l'individualisme le principe, affiché ou tacite.
"...Il ne fait pas de doute qu'une des pentes des sociétés marquées par l'éclatement des encadrements familiaux et religieux ainsi que par l'argent-roi ne conduise à l'affaiblissement de la force d'obligation de tout un ensemble de devoirs, au primat des intérêts privés, au « après moi le déluge », autrement dit un individualisme sans frein, sans souci des autres, sans respect de la loi. Tout simplement un individualisme irresponsable." (Hanse-love)

___La solidarité ne va pas de soi.
Elle résulte de volontés individuelles conditionnées par un certain type d'éducation et par des institutions qu'il faut sans cesse entretenir, améliorer et recréer, un "esprit du temps", qui la stimule ou l'affaiblit. L'ethnologie nous apprend beaucoup là-dessus.
Le souci de l'a
utre n'est pas donné à la naissance. Le narcissisme est plutôt ce qui caractérise tout un chacun dès le début de la vie. L'enfant est naturellement d'abord autocentré, comme la psychanalyse le montre bien. Mais il se socialise peu à peu, sauf si les conditions font défaut.
L'enfant-roi et parfois tyran n'est-il pas souvent le produit de parents infantilisés?

_Pourtant, un certain égoïsme, l'intérêt personnel, reste bien souvent de fait notre moteur d'action essentiel que nous le voulions ou non, même au coeur de nos attitudes que nous jugeons morales (La Rochefoucault allait jusqu'à dire que "Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer"
Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citati

Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citations

Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.


Source : Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. | Blog Dicocitations - Dico citati

). La morale est toujours ambivalente et notre humanité est un fragile vernis, qu'il faut entretenir.
On peut affirmer, comme les économistes classiques, que la somme des intérêts individuels concourt à produire l'intérêt collectif, la richesse globale. En tant qu'agent économique, l'égoïsme ( et non la cupidité) est apparu très tôt comme un moteur créatif de liens sociaux, d'échanges et de progrès (Mandeville... A Smith..).
La théorie de l'individualisme possessif a été une des origines du capitalisme anglo-saxon, au développement spectaculaire des biens et des injustices. Revue et adaptée à la théorie hayekienne, elle a abouti à l'intransigeance sociale reaganienne, la 
dureté thatcherienne, _l'Etat ne jouant plus son rôle régulateur et redistributeur_ et aux crises d'aujourd'hui, qui sont d'abord des crises de l'inégalité et de la cupidité. Le sacro-saint marché devient roi et représente" une démocratie de consommateurs."(Ludwig von Mises)
_L'accumulation aveugle et sans justice a fini par produire des formes d'(auto)destruction. On aboutit à une sorte de chaos néolibéral où les dépossédés sont amenés à des formes d'expression désespérées, comme on l'a vu récemment à Londres.L'enrichissement croissant des plus riches, les coupes sombres dans les budgets sociaux, l'abandon de couches sociales de plus en plus paupérisés créent une désespérance qui menace la société toute entière...
"Si l'on ajoute à cela le sentiment que les banquiers, qui ont provoqué la crise financière de 2008 à la City, s'en sont sortis avec beaucoup d'égards et aujourd'hui pas mal de bénéfices, il n'est peut être pas si surprenant que les jeunes au bas de l'échelle sociale souhaitent, eux aussi, profiter d'une certaine impunité en brûlant et pillant. « J'ai le sentiment que la criminalité dans nos rues ne peut pas être dissociée de la désintégration morale dans les rangs les plus élevés de la société britannique moderne », écrit l'éditorialiste du Daily Telegraph Peter Oborne. « La culture de la rapacité et de l'impunité que nous avons vue sur nos écrans de télévision lors des émeutes s'étend jusque dans les conseils d'administration et au gouvernement. Elle inclut la police et de nombreux médias. Ce n'est pas seulement la jeunesse dérangée qui a besoin d'être réformée, mais la Grande Bretagne dans son entier. »

__Le développement de la culture du narcissisme, du consumérisme infantilisant, de l'ego-mania érigé en culte, fruits amers du système, dont nous sommes plus ou moins à la fois auteurs et victimes, ne pourra que renforcer la perte d'une certaine solidarité, sans laquelle une société ne peut être viable...
Seul un individualisme socialisé et désensauvagé, civilisé, pourra être un gage d'un avenir supportable. Reste à en créer les conditions...
Ce n'est pas parce que l'égalité au sens strict est irréalisable qu'on doit abandonner les principes de justice et qu'on doit cesser de lutter pour une société plus solidaire, à la richesse plus équitablement répartie
L'homme n'est un loup pour l'homme que si les institutions de l'Etat démocratique ne jouent plus leur rôle.

           _____  "Une démocratie ne vaut et ne dure que si elle sait refondre constamment dans la communauté l'individualisme qu'elle fait naître" (J.de Lacretelle)
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mardi 17 février 2026

Finance: moment de bascule

 La finance: pour le meilleur ou pour le pire...Elle n'est plus tout à fait ce qu'elle était

            Mon ennemi, c'est la finance! proclamait l y a quelques années un futur Président, en mal se popularité, après la crise spéculative de 2008, celle des surprimes, et de la folie bancaire qu'elle avait engendrée, obligeant des Etats à mettre la main à la poche. La finance dérégulée avait amené quelques années de rétablissement difficile, portant un rude coup aux finances publiques. Ce fut une catastrophe pour beaucoup de ménages.                                                                                                                                                 Certes, il y a finance et finance. Celle, contrôlée, qui vient alimenter croissance et bien-être socials, celle, purement spéculative, qui n' a pour objet que sa propre croissance, génératrice d'inégalités parfois sans mesure.  "...Nous assistons aujourd'hui à un nouveau type d'accumulation des richesses, qui se caractérise par le virage trumpien, de tendance libertarienne, ce qu'on appelle la "seconde finance", qui se développe à distance des marchés financiers et en dehors des régulations financières  ou environnementale imposées par des organisations transnationales. Ils monétarise le crie climatiques, , sanitaires, immobilières et politiques, transformant en actifs financiers des biens et des services, jugés jusqu'ici insuffisamment lucratifs ou trop centraux à la vie sociale pour être délégués à la finance privée..." (M. Benquet) 


                                                                                                                                                                            La haute finance présente bien des risques. Surtout celle qui concerne les fonds spéculatifs portant sur des actifs de toutes natures.  On dit qu'elle n'pas de visage, " ...qu’elle gouverne nos vies de façon invisible, qu’elle est liquide, distribuée, transnationale, qu’elle jaillit d’un clic, qu’elle rebondit sur des baies vitrées à Singapour, s’enfouit dans des montages financiers à Jersey, se recompose dans des produits si complexes qu’ils échappent à leurs créateurs, qu’elle est de plus en plus algorithmique, qu’elle est insaisissable et qu’il est vain de vouloir la réguler. La financiarisation du capitalisme est devenue l’un des grands arguments des défaitistes de toutes farines pour justifier l’ordre en place : « C’est le marché, on n’y peut rien. » Les capitaux sont mobiles et, à l’ère des cryptos et des connexions satellitaires, ils échappent aux décisions politiques ; il serait même contre-productif de trop y mettre les doigts...'                                                                                                                                        Le virage  trumpien et sa galaxie libertarienne est en train de changer la donne. Le nouveau patronat financier nous introduit dans un monde carnassier. Une finance dite autoritaire, où les valeurs démocratiques et les ci-devant règles internationales passent au second plan, réglée essentiellement  par la seule cupidité .                                                                                                   Pour une autre finance? : " Avec la mise en place du capitalisme déréglementé au cours des années 1980-90, les sphères économiques, sociales et environnementales ont été progressivement reléguées au rang d'auxiliaires du système financier. Cette orientation est celle de la cupidité et non de la réponse appropriée à des besoins humains et sociaux, pourtant toujours aussi nombreux à satisfaire à l'échelle de la planète. Pour prévenir les dégâts économiques, sociaux et écologiques que provoque une globalisation pilotée par des intérêts de court terme, la finance solidaire se propose de construire de nouvelles relations non lucratives entre les agents, les entreprises et les organisations associatives et publiques. A la différence d'une simple transaction d'échange marchande anonyme, cette finance s'appuie sur un système de relations sociales dont l'objectif est de réunifier les rapports monétaires et les liens sociaux et humains dans un ensemble cohérent susceptible de faire système. L'ouvrage montre que la généralisation d'une autre finance ne pourra pas se réaliser pleinement au sein de l'actuel capitalisme déréglementé. Les conditions de développement d'un financement solidaire exigent en effet la refondation complète des principales institutions du capitalisme : banques, entreprises, marchés, Etats et droits issus de la propriété. A défaut de toucher ces centres névralgiques, les rapports sociaux propres au capitalisme se reconstitueront en permanence dans tous les autres espaces de la vie économique et parasiteront toute tentative de " financer, de produire et de consommer autrement ".                                                                                                                                                                                                                         Tant que la musique joue.... _______________

mardi 10 février 2026

L'entremetteur universel

 Au delà du complot

Epstein : l'entremetteur universel ? _____________ Si cette "affaire" nous sidère, c'est parce qu'elle place ce personnage sinistre au cœur de plusieurs nœuds de l'histoire récente (le poutino-trumpisme, notamment, mais pas seulement). Un effet Zelig, en quelque sorte. Mais je pense qu'elle révèle surtout la sociologie des élites d'aujourd'hui, qu'a décrite Christopher Lasch dans "La Révolte des élites". "L'entremetteur universel", c'est d'ailleurs la manière dont Marx désignait l'argent.


[Mon édito sur Philosophie magazine, en accès libre (lien en premier commentaire). ]
"Vous vous souvenez de Zelig ? Dans ce faux film d’époque, Woody Allen introduit un modeste personnage dans les lieux les plus improbables. On le voit à côté de Hitler, en compagnie du pape, dans des cercles psychanalytiques, des matchs de base-ball et des soirées huppées. Cet inconnu participe secrètement aux plus grands événements historiques de son temps. Jeffrey Epstein est le Zelig de notre époque. Tiens, il connaissait bien Woody Allen.
­ Mais Epstein fait plus fort que Zelig. A-t-il été mêlé à la crise des subprimes en 2008 ? Des documents montrent son rôle possible dans l’effondrement de la banque Bear Stearns, premier acte de la catastrophe financière. A-t-il joué un rôle dans la désagrégation de la monarchie britannique ? Il offrait des services sexuels au prince Andrew. A-t-il participé au financement du Rassemblement national ? Steve Bannon comptait sur lui pour venir au secours de partis de droite populiste en Europe. Était-il une pièce centrale de l’influence des services secrets russes sur Donald Trump ? Lisez l’enquête de l’historienne Françoise Thom détaillant les multiples liens entre Epstein et la Russie. Les vidéos des ébats qui avaient lieu sur son île atterrissaient-elles dans des bureaux russes pour alimenter la plus grande opération de kompromat de l’histoire ? Travaillait-il aussi pour le Mossad israélien ? Cela ne l’empêchait pas de discuter de grammaire (dé)générative avec Noam Chomsky, de tutoyer les têtes couronnées et les géants de la “tech”, de faire de la philanthropie, de participer à des colloques et de gloser sur la gravitation universelle ou les limites de la mathématisation du réel.
Avec l’affaire Epstein la réalité dépasse le complot. Le réel est dévoré par le mythe. Sous les traits d’une figure démoniaque, comme le dit si bien la chanson des Rolling Stones, il participe à tous les plus atroces événements de son temps. D’ailleurs, quand Steve Bannon lui demande s’il est le diable en personne, il feint l’innocence et interrompt l’entretien. ____ Il revient aux enquêtes journalistiques et à la justice de faire la part des choses et de dissiper la sidération qui a gagné les esprits. Car les révélations autour d’Epstein, qui font tomber les têtes dans le monde entier, pourraient nous faire croire que nous n’avons rien compris à l’Histoire. Celle-ci ne serait pas guidée par l’action des peuples et des grands hommes. Elle ne serait pas non plus le fruit de forces sociales et économiques. Non, elle serait le jouet de machinations liant malversations financières, corruption des élites de tous champs et de tous bords, et violence sexuelle sur les plus faibles. Ce qui passait jusqu’à présent pour un délire de complotistes – un assassinat maquillé en suicide, et puis quoi encore ! – prend une vigueur inattendue. Je pense qu’on n’en mesure pas encore les conséquences. Si l’affaire Epstein ébranle Donald Trump, elle conforte le trumpisme. Si la publication des dossiers est une victoire de la transparence, elle risque de faire passer la démocratie pour un jeu de dupes contrôlé par des groupes de pervers. Et pour les pays du Sud ou de l’Est, elle est le dernier clou sur le cercueil de l’Occident décadent. ____ Mais ce retour inopiné de la théologie dans l’histoire occulte à mon avis la question principale, philosophique et sociologique. Marx appelait l’argent “l’entremetteur universel” (Manuscrits de 1844), qui permet de convertir “le besoin en objet”, la personne en chose, se concluant en “perversion et confusion de toutes les qualités humaines et naturelles”. Epstein radicalise cette proposition car il est devenu lui-même l’entremetteur universel. Il a augmenté sa fortune et celle des autres en mettant en relation des hommes avec leurs victimes, mais aussi entre eux. Si la liste des personnes qu’il connaissait est si vertigineuse, si elle comprend des capitaines d’industrie, des politiques, des financiers, des princes, des intellectuels et des artistes, c’est parce que les affaires mondialisées reposent sur ces mises en relation. Epstein n’est pas le chaînon manquant de l’histoire contemporaine. Il est celui qui a le mieux compris le principe de l’entremise comme moteur du monde d’aujourd’hui.
_________ J’ai alors rouvert La Révolte des élites (1994) de Christopher Lasch. Analysant la mutation sociale provoquée par la mondialisation, le sociologue décrit la sécession de “ceux qui contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, qui président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignement supérieur, génèrent les instruments de la production culturelle” face à la sous-humanité des classes populaires et moyennes appauvries. Cette nouvelle élite ne se définit pas, d’après lui, par l’idéologie – Epstein était aussi copain avec Trump qu’avec Chomsky, avec Jack Lang qu’avec Bannon – mais par un mode de vie, mobile et léger. Selon lui, “les nouvelles élites sociales ne se sentent chez elles qu’en transit, sur le chemin d’une conférence de haut niveau, de l’inauguration de gala d’un nouveau magasin franchisé, de l’ouverture d’un festival international de cinéma, ou d’une station touristique encore vierge”. C’était le rêve éveillé que vivait Epstein et qu’il promettait à ses contacts de partager : “une expérimentation incessante, qui dure toute leur vie”, écrit encore Lasch.
______Ce dernier voit dans cette émancipation des élites un danger pour la démocratie. Le sentiment d’appartenir à une classe hyperprivilégiée, solidaire et déliée de toute obligation morale, crée nécessairement des déséquilibres et des crises : révoltes, ploutocratie, désir d’ordre autoritaire. La conclusion de Lasch est simple : “La difficulté de limiter l’influence de la richesse suggère que la richesse elle-même demande à être limitée. Quand l’argent parle, tout le monde est condamné à écouter. Pour cette raison, une société démocratique ne peut autoriser une accumulation illimitée du capital.” Est-il trop tard pour s’en apercevoir ? " [ Michel Eltchaninoff _ Philosophie Magazine] ________________


lundi 2 février 2026

Histoire des impôts

Notes brèves

Impôts et justice fiscale                                                                                                                                                       Un sujet hautement sensible politiquement et toujours d'actualité.  "...« Lorsque la gauche arrive au pouvoir en 1981, elle amène, parmi d’autres mesures fiscales, l’idée d’un impôt de solidarité sur la fortune (ISF) touchant les plus riches. Celui-ci sera instauré en 1982. Mais c’est une mesure finalement assez symbolique qui ratera en partie sa cible et ne contribuera que faiblement à la réduction des inégalités. Les plus fortunés trouvent moyen de contourner l’impôt et beaucoup de capitaux s’envolent vers la Suisse, comme cela avait déjà été le cas à partir des années 1920. Surtout, au même moment, la conjoncture internationale est en train de complètement se retourner avec l’irruption des politiques libérales de Reagan aux États-Unis et de Thatcher en Angleterre, qui vont faire basculer l’économie de tous les pays occidentaux. En France, l’ISF sera supprimé en 1987, puis remis en place de 1989 à 2017. »                                                                                                                       L'égalité devant l'impôt (en termes de proportionnalité) reste toute théorique, quelle soient les réformes entreprises. La question de la dette aujourd'hui réactive cette question. Une question qui taraude nos sociétés depuis la Révolution Française et ses principes universels. Surtout quand la richesse, souvent très ostentatoire, se reconstitue de multiples manières. Les paradis fiscaux ont encore pignon sur rue, malgré les réglementations limitées après la crise de 2008. Il reste bien des opacités.       « ...À partir du traité de Maastricht en 1992, les logiques libérales l’emportent en Europe, aboutissant à la situation actuelle, où l’impôt sur le capital n’est pas le même entre États européens. Ce qui a débouché sur la création, en toute légalité, de sortes de paradis fiscaux au sein de l’Union européenne : de nombreuses sociétés placent leur siège au Luxembourg, par exemple... Une dérégulation qui va mener au règne des niches et de l’optimisation fiscales. On en voit aujourd’hui les conséquences : des phénomènes comme les Gilets jaunes ou le Brexit trouvent en partie leur source dans cette injustice. Finalement, avec la crise du Covid et la guerre en Ukraine, on se rend compte que la question de la protection des citoyens par le biais de la fiscalité – et donc de l’État – est plus que jamais d’actualité. Et qu’à travers les siècles le lien matériel constitutif du peuple français reste l’impôt. "                                                                                                                                                               La révolution fiscale se fait encore attendre. Toute une histoire...

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lundi 19 janvier 2026

Dans l'ombre du gourou

Jusqu'où ira-t-il?
       
     Il est passé très vite en pôle position, fidèle parmi les fidèles, converti sur le tard, JD Vance! Il est pressenti pour devenir le digne successeur de son maître dans les années qui viennent. Il a épousé LA a cause avec ferveur, très rapidement. On sait que les nouveaux convertis vont souvent même plus loin que la doctrine officielle. On l'a vu lors de son discours de Munich, où il n'a pas mâché ses mots, loin de toute forme de diplomatie conventionnelle; annonçant la nouvelle "diplomatie" de la Maison Blanche avec un cynisme rare. L'idéologue du catholicisme d'extrême droite ne fait aucune concession en matière idéologique. Certains sont sous le charme, inconditionnellement.


Il faut dire qu'il ne s'adresse pas à l'élite intellectuelle du pays. Mais le pitbull de Donald peut terroriser bien des gens. Avec lui, la nuance est une inconnue. Les rapports de force sont d'ailleurs la logique de la nouvelle diplomatie US, la transaction économique, le nerf de la guerre. Foin des conventions d'autrefois! L'impérialisme des ressources est devenue la nouvelle doctrine.                                                                                                                                               Dans une Amérique qui change d'aspect à grande vitesse.. Devenue éclatée, comme l'analyse un bon spécialiste de ce pays, vivant à New York. Un phénomène qui vient de loin et dont nul ne peut prédire les effets...



"...De la Maison-Blanche aux coins les plus reculés des États-Unis, Romuald Sciora, observateur et analyste incontournable de la société outre-Atlantique, nous plonge dans cet essai au cœur d’une Amérique sombre, marquée par des décennies de néolibéralisme et encore en proie aux séquelles de la crise financière de 2008 et de la pandémie de Covid-19.Une Amérique de plus en plus fragilisée par les divisions et où les volontés d’autonomie, voire de séparatisme, sont chaque jour prises un peu plus au sérieux.Fruit de recherches approfondies, ce livre se distingue par la richesse de ses sources et entretiens, qu’il s’agisse de figures influentes de l’establishment washingtonien ou d’Américains de tous horizons. Il constitue un outil essentiel pour comprendre le processus de déliquescence dans lequel semblent engagés, depuis plusieurs années, l’État fédéral et la société étasunienne, indépendamment du parti au pouvoir et de la personne occupant la présidence.    
Alors que le 250e anniversaire du pays approche, Romuald Sciora brosse un portrait implacable d’une nation ayant perdu son unité et sa cohésion, révélant des fractures profondes menaçant son avenir. Cette analyse démontre que, sans un sursaut citoyen fort et une remise en question des élites progressistes – dont l’inertie, même lorsqu'elles sont au pouvoir, semble seulement repousser l’échéance –, les États-Unis pourraient, dans un avenir pas si lointain, se diriger vers un régime autoritaire et/ou une possible partition du territoire."

Un essai qui pourrait résonner, si les scénarios les plus inquiétants décrits venaient à se concrétiser, comme une conclusion dramatique au voyage entrepris par Alexis de Tocqueville il y a près de deux siècles, à une époque où l’Amérique débordait encore de promesses.                               [Romuald Sciora, essayiste franco-américain, dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Également membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient plusieurs fois par semaine dans les médias français et internationaux pour commenter l’actualité. Il vit à New York

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lundi 27 octobre 2025

Prix Nobel en question

Quand certains lauréats interrogent sur la scientificité de l'institution

    La vénérable institution suédoise n'est pas à l'abri de toutes critiques dans certains de ses choix. Cela dépend des domaines . Si les prix attribué à Marie Curie ou à Albert Camus ont été et restent largement applaudis, il est des domaines où certaines attributions relèvent de choix partisans ou idéologiques, qui ne font pas l'unanimité, même au sein d'éminents spécialistes. Il n'est pas interdit de s'interroger sur certains ses choix portant sur des domaines discutés ou sur lesquels s'exercent de nombreux doutes. Par exemple les récent prix récemment attribués à des économistes vivants, dont les orientations sont contestés par nombre de leur pairs.  C'est le cas de Philippe Aghion, dont les travaux ne sont pas particulièrement originaux, après ceux de Schumpeter. L'économie n'est une science exacte et il n'est pas déplacé de contester certains de ses choix.                                                                                                                               Un prix "Nobel" qui tormpe son monde, de même qu'il n'y a jamais eu de prix Nobel de mathématiques. "...Certains considèrent que, par un pervers retour des choses, le prix de la Banque centrale de Suède en vient à dévaloriser les vrais prix Nobel..."   On devrait dire: lauréat de la Banque de Suède, dont l'objectivité peut être légitimement mise en question. On sait pourtant que l'économie n'est pas une science dure et la crise a bien montré à quel point beaucoup se sont trompés. Elle peut même être une imposture, en fonction de certains choix préalables non interrogés..Son enseignement devrait être revu et il est des présupposés à revoir, un formalisme mathématique qui interdit tout débat de fond...La plupart n'ont rien vu venir, comme certains l'ont reconnu.  Il arrive même qu'on puisse dire tout et le contraire de tout.       Cela relativise un peu... "                                       Alors qu'il n'y a pas de prix Nobel en math. mais une médaille distinctive seulement. Pourquoi? On s'interroge...                                                                                                                                                                                  Pour ce qui concerne l'économie, son caractère de scientificité souvent attribué interroge.... Si la rigueur de sa démarche n'est pas en cause le plus souvent, ses présupposés sont rarement élucidés...                    Parfois des économistes s'égarent.  Un économiste pas comme les autres...

       Il savait que l'économie n'était pas une science exacte et qu'elle ne pouvait se réduire à des données surtout mathématiques, au ras des marchés et des fluctuations bancaires, à des anticipations risquées sur l'avenir. Modeste, mais méthodique, il formulait hypothèses et  probabilités, à ses risques et périls, ce qui lui suffisait le plus souvent. Pour lui, l'économie n'est pas une "science dure", ce qui n'exclut pas sa nécessité et la rigueur de la pensée, où les mathématiques ont leur part comme outils. La crise de 2008 a montré les limites, les erreurs et l'aveuglement de l'analyse de certains économistes à l'esprit étroit ou trop dépendants des intérêts dominants. A part quelques uns, personne n'a rien vu venir... D. Cohen pointe le risque de déshumanisation dans l'espace économique . Après le choc néolibéral des années 80, faut-il redouter le "capitalisme numérique", comme il le souligne dans Homo Numericus

               Le propre des sciences de la nature est son pouvoir prédictif, sur la base d'observations méthodiquement menées, à partir d'hypothèses toujours à confirmer. La "science" économique, si elle a sa nécessité et sa rigueur propres, ne peut prétendre au même statut. Même quand elle use du calcul (statistique, le plus souvent), elle ne peut être qualifiée de "scientifique" au sens strict, même si elle s'en donne l'apparence. Sur les bases de données présentes à un moment donné, elle ne peut anticiper l'avenir. Tout juste peut-elle énoncer des tendances possibles. Les crises, par exemple, prennent le plus souvent, les économistes de court, comme celle de 2008, que seuls deux ou trois économistes  ont vu venir...        "...Depuis la pandémie de Covid-19, la boule de cristal des prévisionnistes s’est opacifiée jusqu’à la caricature. Trimestre après trimestre, les anticipations sont systématiquement démenties. Après avoir noirci le tableau post-confinement, ils ont clairement sous-estimé le risque inflationniste. Quant à cette récession qui devait frapper en 2023 une Europe fragilisée par la guerre à ses portes, elle n’aura été qu’un mirage. Comme avait un jour ironisé l’économiste américain Ezra Solomon, « la seule fonction des prévisions économiques est de donner à l’astrologie une apparence respectable »....                                                                        Faut-il dire: L'économie est une science trop sérieuse pour être laissée aux économistes?...Ou: l'économie est une science trop imparfaite, voire une connaissance trop problématique, pour que nous lui fassions  pleine confiance?..

    Cela dépend de son objet, de ses hypothèses, de ses parti-pris, de ses présupposés et de ses ambitions, secrètes ou masquées.
   Si elle a pour projet de donner une vaste synthèse sur les mécanismes de production et d'échanges à l'intérieur d'une société dans son rapport aux autres, de décrypter ses causes et ses effets en se projetant ambitieusement vers l'avenir, il est sûr qu'il faut se montrer particulièrement prudent, malgré l'intérêt que peut présenter l'éclairage particulier qu'elle présente.
    Car l'économie (micro ou macro) n'est pas une science dure, elle n'est qu'une connaissance humaine ou sujet et objet sont inextricablement liés, où l'objectivité pose des problèmes spécifiques et aigus.
   Beaucoup d'économistes le savent bien mais le disent trop peu.
Des débats, trop souvent feutrés ou méconnus, on lieu régulièrement entre eux, au sujet des méthodes et des limites de leur discipline.
    Comme dans le récent échange entre André Orléan et Jean Tirole,  dans le Manifeste pour une économie pluraliste publié cette semaine. Le premier réclame que J.Tirole, éminent représentant de l’économie dite “néoclassique”, qui prône la dérégulation, soit le porte-parole d’un courant parmi d’autres, et pas de toute l'économie. Il réclame un pluralisme opposé à une forme de pensée unique. Un pluralisme qui vient d’être refusé à l’Université
« Historiquement l'économie a toujours été un lieu de débat, ce n’est pas une science exacte et donc les débats ont toujours existé, jusqu'aux années 90, explique André Orléan à Mediapart. La France apportait beaucoup, elle était une terre d'accueil de ce pluralisme et ça s'est arrêté parce que le corpus dominant, celui des néoclassiques, a été de plus en plus dominant. La théorie néoclassique a pris des positions de pouvoir et elle a perdu une espèce d'esprit critique. Les néoclassiques se présentent tout le temps comme les seuls défenseurs de la seule vraie science. Il n'y a plus aucun débat... On ne peut pas faire vivre la recherche de cette manière. Toutes ses forces vont absolument dans le même sens, or la seule vraie force est de dire "méfiez-vous, ce n'est pas parce que vous êtes puissant que vous dites la vérité, ce n’est pas parce que vous avez le prix Nobel que vous dites forcément la vérité". La vérité, c'est l'esprit critique, et on ne peut pas faire un corps scientifique sans cet esprit critique et sans cette humilité. La crise financière a quand même montré au monde quels étaient les dangers d'une pensée unique qui ne s'autocritique pas. Or rien n'a changé ! Les capacités d'autorégulation de ce corps de néoclassiques sont nulles. »
    Ce qui est reproché ici, c'est la quasi exclusivité laissée aux voix néoclassiques, qui sont, ouvertement ou non, instrumentalisées par les gouvernements et les médias, qui, sans le dire, défendent la pensée libérale, instituée comme un dogme depuis les années Reagan, inspiré par l'école de Chicago, avec Hayek et Friedmaan.
   C'est aussi l'absence de débats sur les résultats et surtout les présupposés, les choix, qui président à la recherche dans ce domaine. Il y a une réelle demande de changement.
            Comme si on avait oublié l'état de désarroide déroute même, dans lequel s'étaient  trouvés des économistes bien pensants après le choc de la crise qu'il n'avaient pas vu venir, et qui retournent dans les mêmes ornières, les mêmes errements qu'avant, parfois au service d'un groupe bancaire comme conseillers financiers.
       L'hétérodoxie perd du terrain au profit de la doxa officielle, qu cède au dogmatisme, au conformisme ou à la pusillanimité.
      Comme disait l'économiste Maurice Allais, A toutes les époques de l’histoire, le succès des doctrines économiques a été assuré, non par leur valeur intrinsèque, mais par la puissance des intérêts et des sentiments auxquels elles paraissent favorables... La science économique, comme toutes les sciences, n’échappe pas au dogmatisme, mais le dogmatisme est ici considérablement renforcé par la puissance des intérêts et des idéologies ». [Maurice Allais_ 1968]
                -Krugman fustigeait naguère "la cécité de la profession sur la possibilité de défaillances catastrophiques dans une économie de marché". "Durant l’âge d’or, les économistes financiers en vinrent à croire que les marchés étaient fondamentalement stables - que les actions et autres actifs étaient toujours cotés à leur juste prix"---- M. Greenspan avouait qu’il était dans un état d’ « incrédulité choquée » car « l’ensemble de l’édifice intellectuel » s’était « effondré ». Cet effondrement de l’édifice intellectuel étant aussi un effondrement du monde réel de marchés, le résultat s’est traduit par une grave récession"( P.K.)_
    « Lorsque dans un pays le développement du capital devient un sous-produit de l’activité d’un casino, le travail est susceptible d’être bâclé», disait Keynes.
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mardi 23 septembre 2025

Certains l'appellent Bernard

Le roitelet et ses gueux

                  Si j'avais le talent de J. de La Fontaine, je composerais une fable autour de ce thème, dans le contexte d'aujourd'hui. Une fable actualisée, de ce type ou comme celle-ci, la plus célèbre. En n'oubliant pas que la question de l'impôt fut le principal déclencheur de la Révolution, qui établit un certain, relatif et provisoire équilibre. l'impôt dur le revenu, institué au début du 20° siècle,  théoriquement proportionnel, connut assez vite des  problèmes de répartition, fluctuant selon les périodes et les circonstances. La juste contribution  redistributive connut un renouveau lors des lois sociales de 1945. L'égalité devant l'impôt fut et reste un idéal, un horizon, avec ses hauts et ses bas et ses instruments de mesure aléatoires.                                Le développement du néolibéralisme,  dans le sillage de R.Reagan et M Thatcher, inaugura notamment un ère de désengagement fiscal pour les hauts revenus, jusqu'à notre époque , où les cadeaux fiscaux devinrent souvent la norme et les moyens d'échapper au moins partiellement au fisc se développèrent, avec la complicit passive de Bercy.. Les années Sarkozy et Macron furent une période faste pour les plus riches contributeurs, ce qui a contribué de manière significative à produire une partie du  déficit, qui pèse sur nos épaules aujourd'hui. L'appel aux plus fortunés, largement favorisés de ce point de vue, reçoit un écho parfois favorable, mais le plus souvent une résistance souvent très forte de la part de ceux dont la fortune est devenue ces dernières années exponentielle. Le plurimilliardaire B.Buffet avouait que sa femme de ménage donnait proportionnellement beaucoup plus qui lui au fisc.         Forbes connaît le problème.      Ce n'est pas une histoire belge...                                                                                                                                     Le cas de Bernard Arnault en France et ses propos incendiaires sur la taxe Zucman est un révélateur de  la résistance au fisc observée, saut exceptions, dans les milieux les plus favorisés. IL emble ne pas se souvenir du sort imposé aux plus riches par Roosevelt pour sortir son pays de la crise. C'était autre chose..


    Point de vue:  

S’il                       " S'il fallait une preuve que la société est malade, on pourrait avancer ce fait étonnant qui consiste à prendre Bernard Arnault au sérieux. Dans un entretien au Sunday Times, le magnat du luxe a tenté, une nouvelle fois, de faire passer ses obsessions pour des analyses économiques. La taxe Zucman, qui entend frapper à hauteur de 2 % les plus hauts patrimoines, serait ainsi « mortelle pour l’économie française », et l’économiste, un « militant d’extrême gauche ». Ses propos ont inondé les médias français et étrangers.  Mais à militant, militant et demi. Bernard Arnault ne s’exprime pas en tant que juge impartial : il est un des principaux concernés par la taxe Zucman. Aussi ne doit-on pas s’étonner qu’il en fasse une des sept plaies d’Égypte.    Cependant, le milliardaire ne se plaint pas qu’on le taxe, ce qui serait de bonne guerre mais n’aurait pas grand intérêt par ailleurs. Non, ce qu’il prétend, c’est qu’en s’attaquant à lui, on s’attaque à l’économie française tout entière.      « Il ne s’agit ni d’un débat technique ni économique, mais bien d’une volonté clairement formulée de mettre à terre l’économie française », proclame le vieil homme. Dans sa logique, l’économie française dépend de lui et de ses semblables, ceux qui ont prétendument « réussi », selon le critère du montant de leur patrimoine.                                                                                                                                                 À cette aune, et c’est l’objectif de ces propos, l’économie française qui, chaque année, produit 3 000 milliards d’euros par le travail de près de 30 millions de personnes, se réduit à la volonté de quelques-unes, dont il faut reconnaître la « supériorité ». Le patron de la Banque publique d’investissement (BPI), Nicolas Dufourcq, ne dit pas autre chose lorsqu’il prétend que l’on devrait « ériger des statues à Pinault et à Niel plutôt que de les taxer à 2 % ». Ces grands patrons feraient l’économie française, et les taxer serait la pénaliser.   Cette vision frise pourtant le ridicule. D’abord, parce qu’un patron peut favoriser son entreprise ou sa propre accumulation de richesse, mais il n’a pas de maîtrise de l’ensemble des évolutions macroéconomiques. Cette vision qui réalise une équivalence entre les grands patrons et l’économie nie l’existence d’une réalité qui échappe aux premiers. Un patron n’est pas actif dans la conjoncture, il agit dans un environnement qui le dépasse et sur lequel il n’a aucune prise, sauf sur des points de détail.                                                                                                                                 Bernard Arnault en sait quelque chose, puisque son groupe est, aujourd’hui, au cœur d’une crise profonde du monde du luxe qui met en cause son modèle économique, consistant à vendre des produits de masse hors de prix. Il peut bien faire ce qu’il veut, il ne peut pas, à lui seul, contrer l’évolution de la consommation chinoise, pénalisée par l’explosion de la bulle immobilière. Il n’a même aucune prise sur son « ami » Donald Trump, qui lui a imposé des droits de douane de 15 % sur les spiritueux, malgré sa volonté d’obtenir une taxe allégée.     Il faut donc être clair : les patrons sont des agents économiques comme les autres. Leur situation de domination sociale leur permet, parfois, de faire payer les autres acteurs, principalement l’État, les consommateurs et les producteurs, pour réaliser leur accumulation. Mais on ne mesure pas – et on ne mesurera jamais – la réussite d’un pays au nombre de milliardaires.        Il suffit d’une preuve pour s’en assurer : depuis un demi-siècle, la croissance mondiale a été divisée par deux et le nombre de milliardaires a explosé. En parallèle, le chaos politique, social et environnemental s’est imposé partout. La réussite de ces gens a donc été inversement proportionnelle à celle des économies. Ce qui doit immédiatement interroger sur leur caractère nuisible.                                                                                                                                                       Il en résulte deux conclusions. D’abord, l’économie ne peut absolument pas se résumer à l’intérêt des milliardaires. Ceux qui le défendent ont une position de classe : ils favorisent leurs intérêts par rapport à ceux de la société. Car on se demande bien à quel titre on devrait ériger des statues à ces hommes riches, alors même que l’accroissement de cette richesse s’accompagne d’une détérioration palpable des conditions de vie de la majorité de la population. De là, la seconde conclusion : les milliardaires ne peuvent pas être les mieux placés pour donner des conseils de politique économique.                ___S’agissant de Bernard Arnault, la leçon pourrait même être démultipliée. Que serait-il sans l’État ? Rien ou presque. Une grande partie du succès et de sa fortune est liée au soutien sans faille des pouvoirs publics.                     __________Tout a commencé avec la reprise de l’empire Boussac, vaste empire textile tombé en faillite. Candidat imprévu à la reprise, il réussit à l’arracher avec l’aide d’Antoine Berheim, puissant associé-gérant de la banque Lazard, qui a ses entrées dans tous les cercles du pouvoir. Avec, aussi, le soutien financier du Crédit lyonnais, alors banque nationalisée, qui lui apporte les crédits nécessaires au montage financier de la reprise, Bernard Arnault n’ayant que 90 millions de francs à investir, pris sur les fonds de la société immobilière familiale Ferinel, à l’insu de son père.                    Bernard Arnault s’engage à maintenir 12 000 emplois au moins sur les 15 000 du groupe Boussac, en contrepartie de plus de 1,5 milliard de francs d’aides publiques. Trois ans plus tard, la quasi-totalité des activités du groupe (Peaudouce, Conforama, etc.) ont été liquidées, Arnault ne conservant qu’une partie des participations immobilières jugées les plus intéressantes, aux côtés de Dior Couture et du Bon Marché.     Plus de 11 000 emplois directs sont supprimés dans ce laps de temps. Mais jamais l’État ne lui demandera des comptes, et encore moins le remboursement des aides perçues pour non-respect des engagements. Il faudra l’intervention de la Commission européenne pour forcer l’État français à demander le retour des aides publiques. Et encore ! Bernard Arnault reversera moins de la moitié des aides perçues.

Mais l’aide de l’État ne s’arrête pas. Pendant les débuts du groupe LVMH, le Crédit lyonnais lui consent des lignes de crédit sans limite et prend même une participation. Au moment de la faillite de la banque en 1992, Bernard Arnault (comme Bolloré ou Pinault de leur côté) en profite pour racheter cette participation à vil prix et effacer une partie de sa dette. Dans la panique qui entoure le dossier du Crédit lyonnais, qui a coûté plus de 20 milliards de francs à l’État, on n’y voit que du feu.                                                                                                                                                             Dès cette époque, les pouvoirs publics se mettent en quatre pour « aider ». L’administration fiscale ferme les yeux sur tout, des jeux d’argent en ligne (Betfair) basés dans des paradis fiscaux aux différents montages qui lui permettent d’éluder en grande partie l’impôt, grâce à sa holding et à ses filiales basées dans les paradis fiscaux.      En 2020, le gouvernement Macron va encore plus loin et met le Quai d’Orsay à la disposition des intérêts de LVMH : Jean-Yves le Drian, alors ministre des affaires étrangères, signe une lettre permettant au groupe de suspendre son OPA sur Tiffany. Il en renégocie par la suite les termes et économise plus de 750 millions de dollars.                                                                                                                                                       Aux côtés des pouvoirs publics, de nombreuses collectivités et organismes publics, à commencer par Paris et Versailles, se mettent en quatre pour satisfaire les demandes du groupe, qui réussit à obtenir des contrats et des privilèges dépassant toutes les règles du droit commun, de la concession du Jardin d’acclimatation aux Champs-Élysées, en passant par le jardin de Versailles, l’ancienne École polytechnique, voire le Louvre.   Construisant son succès sur une forme de prédation de l’État, Bernard Arnault aime à se présenter comme une forme de pointe avancée du capitalisme français. Mais c’est là encore une illusion, car si LVMH a prospéré grâce au double soutien de l’État français et du capitalisme d’État chinois, son dirigeant a connu une suite de déboires tragiques qui font douter de ses compétences économiques.

Bernard Arnault est l’exemple de ce qu’il ne fallait pas faire pendant la bulle internet. En 1999, il crée ainsi un fonds spécialisé, nommé Europ@web, et plusieurs sociétés, dont Liberty Surf et eLuxury. En moins de dix-huit mois, le fonds perd plus de 500 millions d’euros. Toutes les sociétés sont en difficulté. Mais la faillite la plus flagrante est celle de Zebank, une plateforme de services bancaires, créée avec la participation de Dexia, banque publique emportée dans la crise de 2008.                       Entre difficultés techniques, projets mal évalués et mauvaises mises en œuvre, la banque ne tient pas sept mois. Elle ferme à l’automne 2001. Elle sera revendue pour moins de 6 millions alors que 150 millions d’euros y auront été investis.   Bien plus attiré par les lumières qu’on ne le pense, Bernard Arnault s’entiche à la même période de Sébastien Bazin, alors dirigeant en France de Colony Capital, coqueluche du monde des affaires, et qui a décidé de prendre une très importante participation dans Carrefour. Bernard Arnault l’imite en 2007 et devient bientôt le premier actionnaire du groupe de distribution, qui est un des premiers bénéficiaires du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE).                    __Malgré son talent et les aides publiques, Bernard Arnault n’arrive pas à transformer les pâtes en or, ni à dégager les profits qu’il espérait, preuve, d’ailleurs, de sa piètre connaissance de l’économie française. En 2021, il abandonne piteusement Carrefour en revendant toutes ses actions.

Même dans l’immobilier, son secteur d’origine, Bernard Arnault a connu des déboires. Son expérience de promoteur aux États-Unis a tourné au fiasco. Ferinel, l’entreprise familiale de promotion immobilière, spécialisée dans l’immobilier de loisirs, a disparu dès le milieu des années 1980, n’existant plus que comme holding familiale.

                         La transformation de la Samaritaine, lancée en grande pompe par Emmanuel Macron en 2021, n’est guère plus concluante. Pariant sur les touristes chinois, le groupe n’a pas vu les transformations à l’œuvre depuis le covid. Mal positionné, il ne répond ni aux attentes des Parisiens, ni à celles des touristes.                    Au reste, la preuve que Bernard Arnault, comme les autres milliardaires, se moque profondément de l’intérêt général, c’est son soutien à l’accord passé fin juillet entre l’Union européenne et les États-Unis. Le milliardaire avait clairement exprimé, dans les colonnes du Figaro, qu’il fallait accepter les conditions de Donald Trump, même au prix de mesures douloureuses.   Car ce qui l’intéresse ici, c’est de maintenir son accès au marché états-unien. Peu importe que cet accord sacrifie d’autres secteurs et organise une vassalisation de fait de l’Europe, s’il peut continuer à vendre ses sacs outre-Atlantique. Et pour couronner le tout, LVMH n’hésite pas à investir aux États-Unis, c’est-à-dire à délocaliser une partie de sa production de France, pays dont la marque épuise pourtant l’image dans sa communication.     Ce soutien à Donald Trump, une connaissance de longue date, n’est pas un détail. Il traduit une évolution de l’homme, et plus généralement, de sa classe, vers la nouvelle extrême droite, celle qui s’incarne dans le président états-unien et qui mêle un discours de liberté pour les capitaux avec une tendance autoritaire, xénophobe et réactionnaire.....                                                                                                                                        Ce qui se dessine à travers les déclarations de Bernard Arnault, c’est le nouveau régime dans lequel le capitalisme est sur le point d’enserrer la société.   Dans ce régime, le capital est intouchable, même symboliquement, et la question de la redistribution est limitée à celle entre les catégories de travailleurs, sur des critères ethniques et nationaux. Cette logique induit une destruction systématique des normes, sociales et environnementales, réduites à une bureaucratie inutile. En avril, Bernard Arnault avait d’ailleurs, lors de l’assemblée générale des actionnaires de LVMH, repris la rhétorique classique de l’extrême droite contre la bureaucratie et les normes de l’Union européenne qui « amplifient » les problèmes français.                                                                                  Le débat sur la taxe Zucman constitue, pour les capitalistes français, un moment important. Désormais, leur tolérance au moindre impôt, même le plus modéré comme celui-ci, qui est soutenu par le Parti socialiste et ne modifie aucun grand équilibre de pouvoir économique, est nulle.    Pour augmenter son taux de profit, le capital ne tolère plus aucune frustration, ni équité fiscale, ni norme environnementale, ni droit du travail. La seule contrainte qu’il accepte est celle de la puissance, c’est-à-dire du rapport de force. C’est pourquoi il est prêt à accepter les conditions nouvelles d’accès au marché états-unien. Mais cette concession doit se payer directement par la destruction de l’État social et des protections des travailleurs sur son marché intérieur aux fins de compensation.                  Caricature de la réalité, destruction du lien social et de l’environnement, intolérance à la frustration et glorification de la loi du plus fort : le nouveau visage du capitalisme se confond avec l’extrême droite. Et Bernard Arnault en est l’incarnation. Il n’est certainement pas un parangon de sagesse ou de savoir sur l’économie, il est seulement le porte-voix du capital prédateur radicalisé. Une radicalisation qui nous projette dans le désastre. "  [Merci à Médiapart et à Romaric Godin et Martine Orange]