David et Goliath ou Les bons et le "truand"...
Patatras!
Dur, d'être trader
Le film Margin Call (qu'il faut voir pour sa qualité) et son univers impitoyable en donne une petite idée...
Monsieur K, l'homme qui volait 5 milliards, sort de la relégation.et ne serait plus que le "couillon de service", selon l'avocat des petits actionnaires.
Mais encore plus dur d'être une banque aux pratiques orthodoxes et strictement professionnelles! La SG, elle, s'est permise quelques fantaisies, protégée par son statut de maison vénérable et too big to fall...Ce ne sont pas quelques petites sanctions financières qui vont modifier ses pratiques frauduleuses?
Il était difficile d'imaginer qu'un simple trader, peut-être un peu mythomane, fasse autant de sorties de route, et de cette ampleur, à l'insu de la direction ,et de ses plus hauts collaborateurs, dans les vastes transactions-casino, qui se faisaient pignon sur desk, même si les algorithmes sophistiqués dépassaient la compréhension d'une directeur lambda.
La version officielle s'effondre donc (*)
Manipulé, il fut forcément. La loi du silence a prévalu.
La Société Générale : une banque au-dessus de tout soupçon?.Il y avait déjà.'affaire euribor.et le reste. On savait encore peu de choses sur la Société Génarale, qui se posait en victime..
Aujourd'hui on en sait plus sur les pratiques peu orthodoxes de cette maison.
L'affaire de Panama est encore toute fraîche. On peut se forger un autre jugement sur ce qui restera l' affaire Kerviel
La folie banquière s'est sans doute ralentie, mais ne s'est pas évanouie . Rien n'est réglé
____Affaire Kerviel: la version officielle s'effondre à l'audience (*)
En attendant, la folie banquière, réparée par nos soins, s'est atténuée, mais rien n'est réglé.
La blague du contrôle bancaire continue?
__On peut se forger un autre jugement sur ce qui restera l' affaire Kerviel
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(*) ...Les juges de la cour d’appel de Versailles, qui conduisent le procès
pour déterminer au civil les responsabilités entre Jérôme Kerviel et la
Société générale, s’attendaient certainement à un procès compliqué, avec
des coups d’éclat et le « cirque médiatique » si souvent dénoncé
par les avocats de la Société générale. Mais ils n’avaient sans doute
pas anticipé ce qui s’est passé à l’audience du 16 juin. Brusquement, le
brouillard qui entoure ce dossier depuis plus de huit ans a commencé à
se déchirer. Des témoins sont venus raconter à la barre des faits qui
n’avaient jamais été entendus auparavant. Les juges eux-mêmes ont semblé
mesurer une réalité qu’ils n’avaient jamais perçue dans les enquêtes
judiciaires et les jugements d’appel.
Ce changement fut
perceptible dès le début d’audience. Le président de la cour d’appel,
Patrick Wyon, avait pris en fin de séance, la veille, une décision
inattendue : la cour allait écouter des extraits de l’enregistrement du
vice-procureur de la République, Chantal de Leiris, révélé partiellement
par Mediapart et 20 minutes en janvier, que la défense de Jérôme
Kerviel avait déposé au dossier.
Cet enregistrement d'une
conversation entre Chantal de Leiris et Nathalie Le Roy, ancienne
policière en charge de l'enquête, avait déjà causé beaucoup d’agitation
dès l’ouverture du procès. Les avocats de la Société générale avaient
tenté de s’opposer à sa prise en compte dans le dossier par tous les
moyens. Était-on bien sûr qu’il s’agissait de Chantal de Leiris, avait
questionné Jean Reinhart, avocat de la Société générale, mis en cause
dans l’enregistrement pour essayer d’en différer l’écoute.
Plusieurs contre-feux avaient été allumés auprès des journalistes afin
d’en minimiser la portée : cette conversation n’était qu’amicale, la
parquetière avait raconté à Nathalie Le Roy, qui aurait de « graves problèmes de santé et familiaux » (sic), ce qu’elle voulait entendre. Chantal de Leiris était une « vieille »
parquetière, qui n’avait jamais vraiment traité l’affaire. D’ailleurs,
que penser de ses propos, elle qui avait docilement requis pour
amnistier Jacques Chirac dans le procès de la Mairie de Paris ? Bref,
tout cela était « beaucoup de bruit pour rien ».
Pourtant,
quand la voix de Chantal de Leiris en conversation avec la commandante
de police Nathalie Le Roy commença à être diffusée dans la salle, cela
fit un certain effet, malgré la mauvaise qualité sonore. Toutes les
questions posées de longue date sur le dossier Kerviel, sur la façon
dont l’enquête avait été menée, sur l’indépendance de la justice face à
la banque, trouvaient un certain écho.
« C’était surtout Maes [chef de la section financière de Paris à l’époque], sans arrêt il me disait : “Tu vas pas mettre en porte à faux, en défaut la Société générale”. » « J’ai trouvé que Van Ruymbeke [juge d’instruction chargé du dossier Kerviel en 2008], ça
l’intéressait pas, je pense. C’est facile de dire “À toute vitesse, on
avance, on boucle l’affaire”. Quand on voit que les scellés n’ont jamais
été exploités. » « La Générale savait, savait, c’est évident,
évident. Et alors, c’est vrai que sur le montant du préjudice, les 4
milliards et quelques, y a aucune expertise, y a rien », avait raconté la parquetière à la commandante de police.
Plus les extraits passaient, plus les avocats de la Société générale
se tassaient sur leurs chaises, plus la cour était attentive, stupéfaite
par ce qu’elle entendait. Une certaine vision de la justice
s’émiettait. « Ils [le parquet de Paris] étaient complètement sous la coupe des avocats de la Générale. » « Ce que l’on dit, c’est que c’est pas Aldebert [procureur au parquet de Paris en 2008] qui a rédigé l’ordonnance de renvoi, c’est un des avocats qui lui a communiquée. » « Reinhart,
du temps d’Aldebert et même encore Maes, il était tout le temps, tout
le temps là. Il arrivait pour parler d’un autre dossier avec
M. Aldebert, il se positionnait, il s’asseyait, “Ah mais, je serai
peut-être bientôt l’avocat de telle société”. Ce que j’ai appris, c’est
un type qui renseignait tous les grands cabinets parisiens des affaires
nouvelles pour se partager le gâteau. »
La diffusion était à
peine terminée que l’avocat de Chantal de Leiris, Olivier Baratelli,
déboula dans la salle. Il annonçait que sa cliente allait déposer
plainte, demandait le retrait de l’enregistrement, compte tenu de la
manière illicite dont il avait été obtenu. « Sur le fond, précisait l’avocat,
ma cliente ne regrette rien. C’est une conversation strictement privée.
Mais cet enregistrement a été obtenu de manière illicite », a-t-il expliqué avant de demander son retrait du dossier.
Après
un long de débat de procédure, le président trancha : dans un tribunal
pénal, la preuve est libre ; les faits reprochés s’étaient passés en
dehors de la cour ; et de toute façon, la plainte n’avait pas encore été
déposée, donc l’enregistrement restait au dossier. Sage prudence : en
janvier, à la suite de nos révélations, Jean Veil, avocat de la Société
générale, avait déjà annoncé que Chantal de Leiris allait déposer
plainte. L’annonce est restée sans suite.
Que dire après
l’audition d’un tel témoignage qui décrit une justice manipulée, des
petits arrangements entre parquet et avocats, au point qu’un procureur
aurait pu accepter de se faire écrire une ordonnance de renvoi, les
manœuvres en coulisses des grands cabinets pour se partager les
dossiers ? Il n'y avait pas de mot. Le silence s'installa un moment.
L’avocat de Jérôme Kerviel a toutefois annoncé qu’il allait déposer
cette pièce comme nouvelle preuve auprès de la cour de révision.
L’enregistrement n’allait être que la première surprise de la journée.
Entendu comme témoin de la défense, Jacques Werren, ancien directeur du
marché à terme des instruments financiers (Matif), arriva très remonté à
la barre. « Ce que j’entends, en résumé, c'est que la Société
générale n’a pas vu les positions de Jérôme Kerviel. C’est un déni de
bon sens, une insulte à la loi créée pour l’organisation de ces marchés à
terme », attaqua-t-il d’emblée. Très remonté par ce qui lui semble
être une grossière manipulation,
« Tous les
jours, il y a un relevé des positions de chacun, des gains et des
pertes. Tous les jours, les membres doivent régler en espèces leurs
“déposits” [dépôts de garantie], leurs appels de marge. Il n’y a pas de dérogation à cette règle. Car c’est un mécanisme essentiel pour éviter le risque », expliqua-t-il. Avant d’insister : « Il n’y a pas de place pour la dissimulation dans ce système. »
Face aux juges qui semblaient découvrir certains détails, Jacques Werren entreprit de décrire ce fonctionnement : « Les traders n’ont pas accès au coffre-fort et heureusement »,
résuma-t-il. Le système informatique des traders par lequel ils passent
leurs ordres est déconnecté des systèmes comptables. Avant de payer,
tout est vérifié par les services des risques, des contrôles, pour
s’assurer de la réalité des transactions, des contreparties. Bref, il y a
des procédures, des vérifications, des contrôles des risques.
Pouvait-on d'ailleurs imaginer qu'il puisse en aller autrement ?
Dans
ces conditions, les ordres fictifs réalisés par Jérôme Kerviel ne
pouvaient avoir aucune incidence sur la comptabilité de la banque. Ils
restaient en suspens, sans jamais être traités par les services
comptables. D’ailleurs, précisa-t-il, « on nous parle d’un risque de
50 milliards d’euros pour Jérôme Kerviel. Mais le nominal ne correspond
pas à l’exposition réelle. Les produits à terme ne se négocient pas
comme cela, on évalue la volatilité, les risques de couverture. En gros,
cela tourne autour de 5 % du montant nominal. L’exposition réelle de
Jérôme Kerviel devait être de l’ordre de 2,5 milliards d’euros. La
baudruche se dégonfle d'un coup. Cela ne représente pas un risque
systémique. Pourquoi ce risque a-t-il été volontairement exagéré ? » s’interrogea-t-il.
Mais
comment expliquer alors que la Société générale ait fait autant de
bruit autour de l’affaire Kerviel, en prenant le risque de se tirer une
balle dans le pied, d’endommager sa réputation ? demanda en substance le
président. « J’ai un scénario mais ce n’est qu’un scénario car je n’ai pas toutes les clés. Pour moi, il a pu y avoir un desk fantôme qui prenait des positions contraires à celles de Jérôme Kerviel. Tout était couvert », dit-il. « Mais
si vous voulez vraiment savoir la vérité, ce qui s’est vraiment passé,
combien la Société générale a perdu, faites faire une expertise, allez
voir dans la comptabilité de la banque, allez voir à la chambre de
compensation Eurex. Vous saurez alors la vérité », conseilla Jacques Werren.
Le desk
fantôme évoqué par l’ancien directeur du Matif prit une soudaine
consistance avec l’audition de Philippe Houbé. Ancien responsable du back office
chez Fimat, le courtier de la Société générale par lequel Jérôme
Kerviel passait tous ses ordres, il avait été entendu lors du procès en
appel de l’ancien trader, en mai 2012. Les avocats de la Société
générale et la présidente du tribunal, Mireille Filippini, avaient alors
raillé « ce petit témoin du back office ». Philippe Houbé
était ressorti en larmes du tribunal. Très peu de temps après ce
témoignage, il a été licencié par la Société générale. Il n’a jamais
retrouvé de travail depuis, figurant parmi la trop longue liste des
« irradiés » de l’affaire Kerviel, punis pour avoir soutenu des propos
contraires à la vérité officielle.
Mais lors de cette audience,
Philippe Houbé fut écouté, de plus en plus attentivement même, au fur et
à mesure de sa déposition. Il commença par témoigner de son étonnement
en entendant les responsables de la banque parler en nominal. « Les professionnels ne parlent jamais en nominal sur les produits à terme. Le risque n’a jamais été de 50 milliards d’euros »,
dit-il, confirmant les propos du témoin précédent. Selon lui, la perte
pour la banque non plus n’a jamais été de 6,3 milliards d’euros. « Si un compte a effectivement perdu cette somme, un autre a gagné entre la période du 18 et 25 janvier [dates de débouclage des positions prises par Jérôme Kerviel – ndlr] 1,8 milliard d’euros, et 2,2 milliards d’euros sur an », dit-il expliquant que, par sa position, il avait pu avoir accès à tous les comptes. La Société générale aurait donc menti ?
Il
poursuivit son récit. Il n’y avait pas que Jérôme Kerviel qui donnait
énormément de travail au courtier Fimat, raconta-t-il. Deux autres
comptes avaient aussi des volumes totalement délirants. L'un,
semble-t-il, était celui de Maxime Kahn, le trader qui a débouclé les
positions de Jérôme Kerviel et l'identité du détenteur de l'autre
compte, SF 594, est inconnue. L’un de ces deux comptes était positionné
exactement sur les mêmes produits de Jérôme Kerviel – des contrats Dax
et Eurostoxx –, et pendant que Jérôme Kerviel se plaçait en position
acheteuse, l’autre prenait exactement la position inverse. « Cela a continué pendant la période de débouclage. Il est resté vendeur jusqu’au bout », raconta-t-il devant des juges médusés. « Pour
moi, la Société générale n’a rien perdu dans cette affaire, si on prend
en compte le crédit d’impôt de 2,2 milliards d’euros », assura-t-il.
L’embarras devenait palpable. Toute la procédure, tous les jugements ont
été bâtis à partir des seules déclarations de la Société générale.
Toutes les demandes d’expertise ont été refusées. Mais comment établir
des dommages et intérêts, évaluer les responsabilités, alors que le
doute s’est désormais insinué sur la réalité de la perte de 4,9
milliards d’euros affichée par la Société générale ? L’avocat de Jérôme
Kerviel a annoncé qu’il allait présenter une nouvelle demande
d’expertise, à la suite de ce témoignage.
Mais les opérations
fictives de Jérôme Kerviel ne faisaient-elles pas courir un risque ?
hasarda le président. Philippe Houbé assura que non. Ces opérations mal
renseignées, incomplètes, tombaient en anomalies mais n’étaient jamais
prises en compte par le back office dans les résultats réels, les seuls qui importent, selon lui.
Mais pourquoi Jérôme Kerviel faisait-il cela ? demanda le président. « Honnêtement, il était couillon », répondit du tac au tac Philippe Houbé. « Il
pensait masquer ses positions, alors qu’au contraire il attirait
l’attention sur lui. Les différents services se sont plaints à de
nombreuses reprises de lui, parce qu’il les embêtait, parce que les
écarts entre sa situation réelle et ses positions fictives leur
donnaient un surcroît de travail. Il y a eu des réunions avec des
responsables haut placés sur le sujet. Mais il n’y a eu aucune décision,
aucune sanction, parce qu’ils savaient que ces opérations n’existaient
pas. Ils ont laissé faire », constata-t-il. Avant de révéler qu’un
rapport de la direction des risques de Fimat avait été réalisé en
novembre 2007 sur l’activité délirante de Jérôme Kerviel et transmis à
la banque, car la multitude de ces opérations saturait les serveurs du
courtier !
Interrogé sur les dysfonctionnements de la banque,
l’ancien responsable de Fimat commença à leur décrire longuement le
fonctionnement quotidien. Entre 500 millions et 1,5 milliard d’euros
étaient payés chaque jour par la trésorerie de la Société générale pour
couvrir les appels de marge. Il fallait bien s’assurer de la conformité
des opérations avant de payer de telles sommes.
Chaque jour,
toutes les opérations passées étaient donc vérifiées. Toutes les
informations venaient de l’extérieur – chambre de compensation,
contreparties. Des fichiers indiquant toutes les positions prises, les
risques, les appels de marge, les gains et les pertes, compte par
compte, étaient envoyés aux différents services de la comptabilité, de
la trésorerie, du contrôle de gestion, de la gestion des risques et bien
sûr aux responsables des différentes salles de marché. « Dire que la
Société générale n’a rien vu, cela sous-entend que pendant un an, des
équipes entières n’ont pas fait leur travail », asséna Philippe Houbé.
Manifestement
bousculé par ce qu’il entendait, un des assesseurs du président, chose
rare, prit la parole pour demander s’il avait été interrogé lors de
l’instruction judiciaire. « Non, jamais. Personne n’est jamais venu
chez Fimat. Nous, on attendait le juge d’instruction. Il n’est jamais
venu, on ne nous a jamais posé une seule question », répondit Philippe Houbé. Un gouffre semblait s’ouvrir sous les pieds des juges.
La déposition de la commandante de police Nathalie Le Roy devant le juge d’instruction Le Loire revenait comme en écho. « J’ai eu le sentiment d’avoir été instrumentalisée par la Société générale », a-t-elle déclaré au juge. C’est
la Société générale elle-même qui m’adresse les personnes qu’elle juge
bon d’être entendues. Je n’ai jamais demandé : “Je souhaiterais entendre
telle ou telle personne.” C’est la Société générale qui m’a dirigé tous
les témoins », a-t-elle confié.
Les avocats de la Société
générale déclarèrent forfait : ils ne posèrent aucune question au
témoin. Claire Dumas, la responsable de la Société générale qui conduit
le dossier à la banque depuis le début de l’affaire Kerviel, se dévoua.
Ses propos créèrent la dernière surprise, un aveu inattendu. Elle
reconnut qu'il existait bien deux comptes chez Fimat, semblables à celui
de Jérôme Kerviel, mais ceux-ci servaient à couvrir des portefeuilles
actions par ailleurs et non à être en miroir avec les positions du
trader, assura-t-elle. Avant de complèter : « Philippe Houbé a raison
dans sa description des positions au quotidien. Tous les jours, il y a
une réconciliation entre les données externes et les données internes
sur les marchés des futures. Au niveau du back office, il n’y avait pas écart sur les positions de Jérôme Kerviel. »
En
d’autres termes, les positions réelles prises sur le Dax et l'Eurostoxx
par Jérôme Kerviel étaient relevées chaque jour. Elles étaient
vérifiées par la banque. Elles correspondaient à ce que les
contreparties extérieures déclaraient. « La Société générale savait, savait. C’est évident, évident. » (Merci à Mediapart)
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- Manipulations certaines
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