C'est vers l'Est aussi que regarde de plus en plus Berlin...
...Qui a
Vers une redistribution des cartes, une recomposition des alliances?
Depuis la réunification et l'ère Schröder, l' Allemagne, malgré ses failles, amorce à bas bruit un changement de cap économique et géostratégique, une sorte de lent glissement de plaques géo-économico-politiques. Un Drang nach Osten progressif et pacifique, celui-là, une offensive mercantile guidée en coulisse par les grands groupes industriels allemands, inspirateurs de la nouvelle voie allemande, qui modifie peu à peu ses rapports au monde de l'Ouest dictés par l'après-guerre.
Avec Poutine se dessine, malgré les vicissitudes, une convergence d'intérêts.Avec la Chine, un partenariat très avantageux et sans doute durable est engagé
________On a ainsi pu parler d'une Allemagne devenant progressivemnt post-occidentale
On peut lire à ce sujet le blog de Coralie Delaume, qui renvoie à un article de Hans Kundnani, paru dans la revue Foreign affairs de janvier-février 2015. Hans Kundnani est un spécialiste de la politique étrangère allemande et officie notamment au sein d'un Think Tank, le Conseil européen pour les relations internationales:
( Extraits) "... La réponse germanique à la crise ukrainienne doit être replacée dans le contexte d'un affaiblissement de long terme de ce qu'on nomme la Westbindung, c'est à dire l'arrimage du pays à l'Ouest, en vigueur depuis l'après-guerre. La chute du mur de Berlin et l'élargissement de l'Union européenne ont libéré le pays de la dépendance à l'égard des États-Unis que lui imposait l'impératif de se protéger contre l'Union soviétique. Dans le même temps, l'économie allemande, très dépendante aux exportations, est devenue plus tributaire de la demande des marchés émergents, notamment du marché chinois.
La politique russe de l'Allemagne a longtemps été basée sur l'échange politique et sur l'interdépendance économique. Lorsque Willy Brandt devient chancelier de la RFA en 1969, il essaie de contrebalancer la Westbindung en recherchant une relation plus ouverte avec l'Union soviétique. Il inaugure une nouvelle approche devenue célèbre sous le nom d'Ostpolitik (ou « politique orientale »). Brandt pensait que l'approfondissement des entre les deux puissances pourraient éventuellement conduire à la réunification allemande, une conception que son conseiller Egon Bahr baptisa Wandel durch Annäherung: le « changement par le rapprochement ».
La forte dépendance allemande à l'énergie russe a également conduit Berlin à redouter les sanctions. Après la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, la République fédérale a en effet décidé de sortir du nucléaire plus tôt que prévu, ce qui a rendu le pays plus dépendant encore au gaz russe. En 2013, la Russie fournissait environ 38% de son pétrole à l'Allemagne et 36% de son gaz. L'Allemagne pourrait certes diversifier ses sources d'approvisionnement, mais un tel processus prendrait des décennies. Dans l'immédiat, elle se montre donc réticente à toute perspective de contrarier Moscou....
Les industriels allemands ont eu beau accepter les sanctions, ils n'en ont pas moins continué à faire pression sur Merkel pour les assouplir. En outre, l'Allemagne a clairement fait savoir qu'aucune option militaire n'était sur la table. Au moment du sommet de l'OTAN au Pays de Galles en septembre, Merkel s'est opposée au projet d'établir une présence permanente de l'Alliance en Europe orientale, et a fait valoir qu'une telle initiative constituerait un viol de l'acte fondateur OTAN-Russie 1997. Pour le dire autrement, la République fédérale n'a aucune volonté de mener une politique de containment de la Russie.
L'Allemagne
s'est également rapprochée de la Chine, un indice encore plus probant
de l'amorce d'une politique étrangère post-occidentale.
Comme avec la Russie, les liens sont de plus en plus étroits. Durant
la décennie écoulée, les exportations vers la Chine ont augmenté
de façon exponentielle. En 2013, elles sont montées jusqu'à 84
milliards de dollars, presque le double du montant vers la Russie.
L'Empire du Milieu est devenu le deuxième plus grand marché pour
les exportations allemandes hors de l'UE, et pourrait bientôt
dépasser les États-Unis pour devenir le premier. Il est d'ores et
déjà le principal marché pour Volkswagen et pour la Classe S de
Mercedes-Benz....... L'Allemagne se trouve à présent dans une position plus centrale et plus forte en Europe. Pendant la guerre froide, la RFA était un État faible et quasi marginal de ce qui est devenu l'Union européenne. A l'inverse, l'Allemagne réunifiée est aujourd'hui l'une des plus fortes, si ce n'est la plus forte puissance d'Europe. Ceci étant donné, une Allemagne post-occidentale pourrait emporter à sa suite nombre d'autres pays, en particulier les pays d'Europe centrale et orientale dont les économies sont profondément imbriquées avec la. Si le Royaume-Uni quitte l'UE, comme il est en train de l'envisager, l'ensemble sera encore plus susceptible de s'aligner sur les préférences germaniques, en particulier pour tout ce qui concerne les relations avec la Russie et la Chine. Dans ce cas, l'Europe pourrait se trouver en opposition avec les États-Unis – et une faille pourrait s'ouvrir au sein du monde occidental, pour ne jamais se refermer..." (Merci à Coralie Delaume)_______________________________










