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mercredi 4 février 2009

Bolloré, l'ami africain



Le groupe Bolloré, c'est un empire industriel et financier aux ramifications multiples , spécialement centré sur l'Afrique et le domaine des medias
Vincent Bolloré est spécialement connu pour ses relations étroites avec Nicolas Sarkozy

"Je ne suis pas un investisseur financier, je suis un investisseur industriel. Je dois donc avoir le contrôle de l'éditorial..."( VB)

Comment Vincent Bolloré s'est taillé un empire en Afrique | Mediapart

"Vincent Bolloré aime l'Afrique. Il ne s'y rend pas souvent : une à deux fois par an seulement. Mais à chaque déplacement, il ne manque pas de répéter dans la presse africaine son attachement durable au continent africain, sa croyance profonde dans son développement . « La Corée de XXIe siècle », a-t-il même prédit. Au-delà des convictions, il y a aussi les intérêts économiques. Une grande partie de la richesse du groupe Bolloré provient de l'Afrique. Récupérant des morceaux entiers de l'empire colonial délaissé par les Français, il s'est bâti un royaume.
Aujourd'hui, le groupe Bolloré est un des grands acteurs économiques de l'Afrique. Avec une vraie réalité économique : il a des ports, des trains, des équipements de logistiques, des entrepôts, des plantations, des usines de transformation. Il transporte, selon les estimations, entre 20 et 30% des exportations de cacao, de café, d'huile de palme, de coton du continent. Son maillage est des plus serrés dans toute l'Afrique de l'Ouest, en particulier en Côte d'Ivoire, au Cameroun, au Congo, au Gabon.Il est parti désormais à la conquête de l'Afrique anglophone, au Nigeria d'abord puis en Afrique du Sud et en Afrique de l'Est (Kenya, Ethiopie). Au total, le groupe est implanté dans 43 pays, y emploie 18.480 salariés, soit 53% des effectifs du groupe. Il y réalise officiellement 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires sur 6,3 milliards au total. Mais, là aussi, il y a une part officielle et une part officieuse.La part officielle, c'est le transport, la manutention, la logistique. La première diversification de la société quand Vincent Bolloré décide de regarder au-delà du métier historique de la famille, le papier fin. Dès 1986, l'homme d'affaires rachète à Suez, sur les conseils de son mentor, Antoine Bernheim, la SCAC, une société de manutention et de logistique portuaire. Le métier est austère, compliqué. Mais l'homme d'affaires en comprend très vite tout l'intérêt : il y a des fortunes à faire en reprenant des activités négligées sur un continent délaissé de tous, sans concurrence ou presque. Sans parler du pouvoir qui l'accompagne : sur les quais, on connaît toutes les marchandises qui sortent et rentrent, leur prix, à qui elles sont destinées. En Afrique, ces informations ont leur importance.... Ainsi, Vincent Bolloré commence à ramasser petit à petit des secteurs économiques abandonnés et devient un des piliers de la « Françafrique ». Désireux de s'étendre très vite, il part à l'assaut dès 1990 de Delmas Vieljeux, le groupe de transports maritimes qui a alors la haute main sur tous les ports de l'Afrique de l'Ouest. Comme à son habitude, il opte pour une prise de contrôle rampante. Pourquoi acquérir la totalité du capital et dilapider de l'argent, alors qu'une participation minoritaire peut permettre d'imposer sa loi dans une société au capital éclaté ?.."

-Enquête sur les bonnes affaires africaines de Bolloré | Mediapart:
"... Jadis engagée dans les usines de production de tabac ou dans le bois, la multinationale se concentre aujourd'hui sur les activités logistiques, du chemin de fer à la gestion portuaire. Faisant face à une concurrence acharnée, Bolloré s'est lancé dans une opération séduction avec les Etats d'Afrique francophone pour la gestion de leurs ports. Il vise plus particulièrement l'activité des terminaux à conteneurs, très lucrative.
Déficitaire dans ses activités médias (Havas, la télévision Direct 8, les quotidiens gratuits Direct Matin et Direct Soir), le groupe breton réalise plus de 60 % de son chiffre d'affaires dans la logistique et le transport. En 2007, il a réalisé sur le continent africain un chiffre d'affaires de 1,4 milliard d'euros sur un total de 6,4 milliards. La multinationale compte progresser à 1,7 milliard d'euros en 2008. Plus éloquent encore : la moitié de ses investissements en 2007 ont été réalisés en Afrique, soit 120 millions d'euros. Cette somme pourrait atteindre 200 millions d'euros en 2008.

-"Bolloré : monopoles services compris. Tentacules africaines":
"La stratégie africaine de Vincent Bolloré et de son groupe est simple : elle consiste à contrôler toute la chaîne de transport, plus quelques filières de production hautement rentables. La vague de privatisations, imposées par les institutions financières internationales, lui permet de racheter le maximum d’infrastructures de transport et d’élargir sa gamme de produits tropicaux (cacao, coton, café, caoutchouc, huile de palme…). La gestion des réseaux ferrés s’est ajoutée à celle des ports et lignes maritimes pour maîtriser le coût du transport de marchandises. Compte tenu du fonctionnement économique et politique de nombreux pays d’Afrique francophone, si l’on se donne la peine d’aller y commercer et investir, c’est qu’on y escompte plus de passe-droits et de profits qu’en France"
-Recherche Google : Bolloré Afrique
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-Comment Bolloré tisse sa toile dans les médias | Rue89:
Vincent Bolloré s'est constitué un bel aspirateur à publicité. Il possède aussi, mais seul, Direct Soir -dont les pages "Economie" sont souvent un complaisant espace promotionnel- et la chaîne Direct 8. Autant de médias d'information que leur patron aime à contrôler. Directement. Direct Soir est ainsi le seul quotidien national, à l'exception de La Croix, à publier "le saint du jour". Direct Matin le fait aussi, mais ses partenaires régionaux ont le choix. En novembre, il déclarait à Télérama :"Je ne suis pas un investisseur financier, je suis un investisseur industriel. Je dois donc avoir le contrôle de l'éditorial...
Vincent Bolloré est aussi le principal "mécène" affiché du président Sarkozy depuis son avènement. Rue89 l'avait d'ailleurs pris en flagrant délit de mensonge quand il niait tout conflit d'intérêts après l'épisode du yacht Paloma. Cette amitié l'a propulsé parmi les patrons français les plus puissants, alors que les Bouygues, Dassault, Arnault... possèdent des groupes beaucoup plus importants...."
-Bolloré impose le monopole de sa presse à la RATP
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-Bolloré: une enquête à emporter | Mediapart
-Bolloré et Sarkozy, une amitié au service de l'État
-Vincent Bolloré, le nouvel ami milliardaire de Nicolas Sarkozy
-Sarkozy-Bolloré, des connivences... africaines | AgoraVox
-"Bolloré n'a jamais travaillé avec l'Etat" Jamais, vraiment? | Rue89
-Sarkozy dans l'avion de Bolloré : le PS évoque des "contreparties"
-Vincent et les «petites caisses» du Luxembourg | Mediapart

mardi 4 juillet 2023

Bollorisation des médias en cours

 Un homme discret

                                On peut lui reconnaître cette vertu. Discret, mais influant. Beaucoup n'en ont même jamais entendu parler. Dans ses propriétés ou sur son yacht, qui ne fait pas dans la demi-mesure, il supervise des réseaux multiples qu'il s'évertue à entretenir. Un homme d'influence. Même s'il ne gagne pas à tous les coups (il a des réserves), il entretient un important réseau et son nom est souvent en filigrane derrière des médias bien connus. Qui possède et influence de grands organes de presse et de télévisions est assuré de faire valoir une ligne éditoriale de son cru. C'est une constante, en France particulièrement, où tous les grands médias sont aux mains de groupes d'intérêt puissants. Monsieur B., héritier de quelqu'un qui est parti de rien, a fait son chemin dans le monde des affaires nationales et internationales et a eu le loisir et le pouvoir de se faire de nombreuses relations, surtout dans la sphère politique. C'est lui surtout que N.Sarkozy a remercié après son élection à la présidence.                                                     ___   La bollorisation des medias, et non des moindres, est en route depuis des années(*) Sans qu'on s'émeuve beaucoup dans les hautes sphères, où le contrôle de la presse, de sa liberté, devrait être un souci légitime et démocratique. Le conservatisme militant favorisant la droite la plus extrême ne devrait pas avoir autant de faveur. Le catholicisme "social" est le moindre souci du mentor breton, qui, petit à petit, fait son nid.  Pour qui vous savez...  


                                                                   (*)   "....Zemmourisation de la politique et bollorisation des médias ne vont pas l’une sans l’autre et, pour comprendre le journaliste néo-maurrassien aux portes du second tour des présidentielles, il faut comprendre le parcours et les visées du corsaire de la finance. 
Éric Zemmour a choisi de nommer sa maison d’(auto-)édition « Rubempré » depuis qu’Albin Michel, qui l’éditait, a fait défaut au candidat. Il se reconnaît sans doute dans ce parcours d’homme de lettres et de journaliste, en quête d’un titre et du pouvoir, la pairie ou un ministère sous la Restauration chez Balzac, la présidence de la République pour l’éditorialiste du Figaro. Mais tout Rubempré a son Vautrin, pour financer et soutenir sa trajectoire médiatique et politique. Nous parlons bien sûr ici de Vincent Bolloré, qui a littéralement installé Éric Zemmour dans le paysage politique français. Bien sûr, Éric Zemmour avait une carrière bien remplie, au Figaro, à RTL et sur le service public (On n’est pas couché), comme sniper et polémiste chargé de faire entendre une voix atypique, perçue alors comme minoritaire, et comme auteur à succès. Mais la surexposition dont il a joui sur CNews a marqué un passage à l’échelle supérieure dans son avènement, puisque lui a été ménagée, à un carrefour d’audience significatif, une heure quotidienne de libres propos dans un Face à l’info, où rien ne lui faisait face. De fait, il y occupait une position qui résiste mal à la définition de simple chroniqueur, puisqu’il était à la fois l’invité principal, le véritable maître des lieux et l’arbitre de tout ce qui se disait sur le plateau, servi par une Christine Kelly habile à lui tendre toutes les perches et sans véritable contradicteur. Il faut donc s’intéresser à celui qui tire les ficelles de cette montée en puissance, tel l’abbé Herrera qui, sur la route d’Angoulême, permit à Lucien de repartir à la conquête de Paris. Zemmourisation de la politique et bollorisation des médias ne vont pas l’une sans l’autre et, pour comprendre le journaliste juif et berbère néo-maurrassien aux portes du second tour des présidentielles, il faut comprendre le parcours et les visées du corsaire catholique et breton de la finance.   _________Il faut d’abord insister sur la surpuissance médiatique qu’a acquise Vincent Bolloré. Il continue, voire parachève aujourd’hui, un parcours sans faute, au moins sur le plan de la stratégie des affaires, dans sa conquête au sein de l’univers médiatique hexagonal, européen et africain. Il n’a fait qu’une bouchée de l’héritier Arnaud Lagardère qui, ayant eu l’imprudence de quitter sa forteresse en forme de commandite que son père lui avait bâtie, n’est visiblement plus le maître à bord. Ne l’a-t-il jamais été ? Après de longues années d’impéritie et de vente à la découpe et pris en tenaille entre ces différents actionnaires (Amber Capital, Bernard Arnaud), il s’est jeté dans les bras, étouffants, de Bolloré. Le capitaine d’industrie se trouve désormais à la tête à la fois de Vivendi (Canal +, C8, CNews), de Lagardère donc (Europe 1, Paris MatchLe Journal du Dimanche) et de Prisma (CapitalGEOFemme actuelle, etc.) qui lui a été revendue par Bertelsmann. On se rappelle aussi ses vues sur M6, désormais promise à TF1, qui fit elle-même jadis l’objet d’une tentative d’OPA. On parle aussi désormais du Figaro et de discussion sur le sujet avec la famille Hersant. Il est même question d’une sortie des affaires africaines, essentiellement le déploiement d’infrastructures surtout portuaires, ferroviaires et routières, pour continuer à privilégier le renforcement des médias au sein du groupe.                                                                                                     Bolloré dispose donc d’un impressionnant arsenal médiatique au moment où se lance la campagne présidentielle française. Face à cette trajectoire irrésistible dans le champ des médias et de l’information, il n’est pas illégitime de se demander de quoi Bolloré est le nom. Son empire se déploie à la fois en radio, dans la télévision de flux, dans les plateformes de contenus et dans la presse. Il s’appuie aussi sur Havas et donc sur le marché publicitaire, qui permet aux médias de vivre, et sur le marché complémentaire de l’édition, dans lequel il occupe une position dominante avec Editis, en passe donc d'absorber Hachette (et qui diffuse le dernier livre d'Éric Zemmour). Son emprise est multiple et massive, ce qui lui donne un pouvoir de frappe exceptionnel. On peut donc considérer qu’un degré supplémentaire est franchi sur la question de la dépendance des médias, de leur financement par de grands groupes et de l’enjeu démocratique que cela constitue. Certes, Vincent Bolloré n’est pas le premier grand capitaliste à investir dans l’information : en quoi diffère-t-il donc de ceux qui l’ont précédé, les Hersant justement ou ses compétiteurs Bouygues (TF1), Altice (NextRadio), LVMH (Les ÉchosLe Parisien) et autres Free dirigé pa Xavier Niel (Le Monde, Nice Matin, Mediawan) ? D’abord, si le paysage français a toujours été contrasté idéologiquement dans la presse écrite, les grands médias de flux comme la télévision restaient plus ou moins liés, pour ceux qui ont été privatisés, à leur origine publique, s’inscrivant davantage dans une certaine recherche de consensus, avec laquelle une chaîne comme CNews a clairement rompu en suivant un modèle à la Fox News. Le patron de Vivendi s’est emparé, à force de patience, de sens des affaires, de coups de force et de ruses, d’un ensemble de médias de masse qu’il oriente du côté de la droite la plus dure. L’absence de barrières éthiques dans les affaires, associée à une évidente intelligence stratégique, ont conduit à son succès, qui permet l’affirmation d’un corpus idéologique sans complexe ni déontologie journalistique.                                                                Mais Vincent Bolloré ne se contente pas de créer des médias proches de sa vision du monde ou d’en acquérir, comme il le fit dans la presse gratuite avec Direct Matin ou en rachetant France catholique. Il s’est beaucoup appliqué à détruire des offres éditoriales avec lesquelles il n’était pas en accord. Il a exercé une sorte de pouvoir sur l’existence même des médias qu’il a acquis, de la mise à mort de l’esprit Canal+ et des Guignols à l’investigation en passant par Le Grand Journal, jusqu’à la mise au pas d’Europe 1, où il a fallu se soumettre ou se démettre, en passant par la transformation de iTélé en CNews. Il crée une offre certes, mais sur les décombres de rédactions qu’il met au pas ou dont il se débarrasse, depuis les cadres dirigeants (qui n’ont pourtant pas toujours la réputation d’avoir le couteau entre les dents, voir la récente éviction d’Hervé Gattegno de Paris Match et du Journal du Dimanche) jusqu'aux journalistes qui, de motions de défiance en grèves, découvrent l’ampleur de leur impuissance. Il s’agit moins de créer une offre nouvelle, tel un Édouard Drumont lançant La Libre Parole, que de brider des contenus ou des orientations à travers les groupes sur lesquels il a pris un pouvoir financier. Ce tropisme de la terre brûlée a conduit d’ailleurs le marché à s’interroger sur la destruction de valeur à laquelle il pouvait conduire et à se demander si l’homme d’affaires préférait ses idées à ses intérêts. Ainsi, ce qui reste de l’esprit Canal+, qui a correspondu à une forme de créativité télévisuelle, a-t-il migré avec succès au sein du groupe TF1, avec Quotidien sur TMC. En réalité, il n’y a nulle indifférence au succès économique, mais ce dernier, acquis avec CNews ou C8, ne va pas sans l’affirmation d’un ligne idéologique marquée. On se rappellera aussi que Bolloré avait une revanche à prendre, tant son entrée dans l’univers des médias télévisuels, à travers le rachat de deux petites chaînes de la TNT (Direct 8 et Direct Star) qu’il avait relancées à sa façon, avait suscité de quolibets en matière éditoriale. Pourtant, c’est en les revendant au groupe et en faisant son cheval de Troie, qu’il prendra le contrôle de Vivendi.                                                                                                                   Sur les ruines d’une offre toujours trop marquée à ses yeux par le gauchisme ou le progressisme ou simplement la dérision, il construit un empire médiatique marqué par des idées ultralibérales qui interdisent toute critique possible des actions de son groupe, en particulier en Afrique, ce qui est souvent la posture des grands médias privés. Mais à cela s’ajoute aussi des idées conservatrices, catholiques, traditionalistes, très ancrées à droite, soutenues par un populisme identitaire et civilisationnel, que portent Éric Zemmour, Pascal Praud ou Sonia Mabrouk. Ces idées s’inscrivent d’abord dans une perspective décliniste, nationaliste, qui fait de l’islam le problème central en France, associé aux questions migratoires et à celles du maintien de l’ordre, et du « wokisme » l’autre grand danger contre lequel il faudrait lutter.  Le groupe médiatique fonctionne d’abord sur une logique de l’affiliation clanique avec les affidés et de règlement de compte et de mise au pas avec ceux qui font mine de s’affranchir d’un unanimisme contraint. L’humour en particulier, quand il prend une forme critique, celui d’un Nicolas Canteloup (Europe 1) ou d’un Sébastien Thoen (Canal+) par exemple, est particulièrement mal supporté. De plus, ce qui naguère prenait la forme de pressions discrètes apparaît désormais au grand jour. L’influence sur les lignes éditoriales, l’absence de « muraille de Chine » entre l’économique et le rédactionnel et le rejet de l’indépendance journalistique sont affichés au nom d’une doctrine libérale assumée de la toute-puissance de celui qui tient les cordons de la bourse. Mais ils le sont aussi au nom d’une vision qui érige les autres médias, en particulier publics, et les autres orientations idéologiques, en particulier à gauche, dans une position monopolistique qui permet de revendiquer la position de la parole bâillonnée et de crier à la dictature du politiquement correct, alors même qu’on occupe une part de voix conséquente et qu’on érige une nouvelle doxa. Cette radicalité conservatrice s’appuie aussi sur une véritable capacité à bousculer les formats, à s’affranchir de la distribution des rôles classiques sur la scène médiatique, en mêlant invités, journalistes et éditorialistes dans une sorte d’unité de pensée qui donne paradoxalement un caractère apaisé à certains plateaux. Le populisme d’expression plus grand public d’un Hanouna sur C8, qui promeut une transgression bien normative et transforme le télévisuel en cours d’école rigolarde et quelquefois cruelle, fait écho à celui, plus savant, d’un Zemmour, qu’il complète. Pourtant, derrière la variété des formes et l’appel au bon sens populaire, c’est bien une pensée réactionnaire, de moins en moins masquée, qui s’avance, en promouvant ici un catholicisme traditionaliste avec la diffusion d’un téléfilm anti-avortement sur C8 ou, là, une hostilité à toute mise en cause de l’Église, avec par exemple le blocage de l’achat du film de François Ozon, Grâce à Dieu, sur l’affaire Preynat. Au demeurant, ce catholicisme à l’ancienne, bien peu républicain, s’accommode parfaitement des valeurs les plus libérales sur le plan économique.                  L’empire Bolloré se livre désormais à une guerre sans merci pour remettre en cause les médias publics. Zemmour, comme Marine Le Pen d’ailleurs, parle de privatisation dans son programme. Ce procès s’instruit sur la base d’une orientation qui serait systématiquement à gauche et/ou proche du pouvoir en place. On assiste à la transformation des débats qui existaient à l’intérieur des grands médias en débats entre les grands médias. Ce mouvement d’opposition prend particulièrement pour cibles France Inter, ses chroniqueurs et ses humoristes, mais aussi certaines émissions de France Télévisions, qui seraient perverties par le politiquement correct.    L’ensemble de ces traits dessine bien une sorte de Rupert Murdoch hexagonal, qui amplifie la mainmise d'acteurs économiques majeurs sur les grands médias, mais qui rompt avec une certaine discrétion feutrée de l’establishment français dans l’influence, affichant frontalement un désir de promouvoir dans l’espace public un modèle à la fois très libéral et très conservateur et d’opérer une sorte de grand remplacement médiatique en mettant à bas les médias publics. La droite a trouvé en lui une ressource clef pour installer ses thématiques dans une position hégémonique à travers un dispositif médiatique puissant. Le sera-t-il assez pour porter Zemmour au pouvoir ?..." [ Merci à Esprit ]                    __________________

mardi 29 octobre 2024

Bollorisation médiatique

Un appétit sans mesure

         C'est même une boulimie. Sur la voie d'un empire médiatique. Au service de l'extrême droite. Le groupe Hachette, au riche passé, tombe dans son escarcelle. Il fait partie des princes de la presse. Où s'arrêtera -t-il?... 


            Un homme discret.  On peut lui reconnaître cette vertu. Discret, mais influant. Beaucoup n'en ont même jamais entendu parler. Dans ses propriétés ou sur son yacht, qui ne fait pas dans la demi-mesure, il supervise des réseaux multiples qu'il s'évertue à entretenir. Un homme d'influence. Même s'il ne gagne pas à tous les coups (il a des réserves), il entretient un important réseau et son nom est souvent en filigrane derrière des médias bien connus. Qui possède et influence de grands organes de presse et de télévisions est assuré de faire valoir une ligne éditoriale de son cru. C'est une constante, en France particulièrement, où tous les grands médias sont aux mains de groupes d'intérêt puissants. Monsieur B., héritier de quelqu'un qui est parti de rien, a fait son chemin dans le monde des affaires nationales et internationales et a eu le loisir et le pouvoir de se faire de nombreuses relations, surtout dans la sphère politique. C'est lui surtout que N.Sarkozy a remercié après son élection à la présidence.                                                     ___   La bollorisation des medias, et non des moindres, est en route depuis des années(*) Sans qu'on s'émeuve beaucoup dans les hautes sphères, où le contrôle de la presse, de sa liberté, devrait être un souci légitime et démocratique. Le conservatisme militant favorisant la droite la plus extrême ne devrait pas avoir autant de faveur. Le catholicisme "social" est le moindre souci du mentor breton, qui, petit à petit, fait son nid.  Pour qui vous savez...  


                                                                   (*)   "....Zemmourisation de la politique et bollorisation des médias ne vont pas l’une sans l’autre et, pour comprendre le journaliste néo-maurrassien aux portes du second tour des présidentielles, il faut comprendre le parcours et les visées du corsaire de la finance. 
Éric Zemmour a choisi de nommer sa maison d’(auto-)édition « Rubempré » depuis qu’Albin Michel, qui l’éditait, a fait défaut au candidat. Il se reconnaît sans doute dans ce parcours d’homme de lettres et de journaliste, en quête d’un titre et du pouvoir, la pairie ou un ministère sous la Restauration chez Balzac, la présidence de la République pour l’éditorialiste du Figaro. Mais tout Rubempré a son Vautrin, pour financer et soutenir sa trajectoire médiatique et politique. Nous parlons bien sûr ici de Vincent Bolloré, qui a littéralement installé Éric Zemmour dans le paysage politique français. Bien sûr, Éric Zemmour avait une carrière bien remplie, au Figaro, à RTL et sur le service public (On n’est pas couché), comme sniper et polémiste chargé de faire entendre une voix atypique, perçue alors comme minoritaire, et comme auteur à succès. Mais la surexposition dont il a joui sur CNews a marqué un passage à l’échelle supérieure dans son avènement, puisque lui a été ménagée, à un carrefour d’audience significatif, une heure quotidienne de libres propos dans un Face à l’info, où rien ne lui faisait face. De fait, il y occupait une position qui résiste mal à la définition de simple chroniqueur, puisqu’il était à la fois l’invité principal, le véritable maître des lieux et l’arbitre de tout ce qui se disait sur le plateau, servi par une Christine Kelly habile à lui tendre toutes les perches et sans véritable contradicteur. Il faut donc s’intéresser à celui qui tire les ficelles de cette montée en puissance, tel l’abbé Herrera qui, sur la route d’Angoulême, permit à Lucien de repartir à la conquête de Paris. Zemmourisation de la politique et bollorisation des médias ne vont pas l’une sans l’autre et, pour comprendre le journaliste juif et berbère néo-maurrassien aux portes du second tour des présidentielles, il faut comprendre le parcours et les visées du corsaire catholique et breton de la finance.   _________Il faut d’abord insister sur la surpuissance médiatique qu’a acquise Vincent Bolloré. Il continue, voire parachève aujourd’hui, un parcours sans faute, au moins sur le plan de la stratégie des affaires, dans sa conquête au sein de l’univers médiatique hexagonal, européen et africain. Il n’a fait qu’une bouchée de l’héritier Arnaud Lagardère qui, ayant eu l’imprudence de quitter sa forteresse en forme de commandite que son père lui avait bâtie, n’est visiblement plus le maître à bord. Ne l’a-t-il jamais été ? Après de longues années d’impéritie et de vente à la découpe et pris en tenaille entre ces différents actionnaires (Amber Capital, Bernard Arnaud), il s’est jeté dans les bras, étouffants, de Bolloré. Le capitaine d’industrie se trouve désormais à la tête à la fois de Vivendi (Canal +, C8, CNews), de Lagardère donc (Europe 1, Paris MatchLe Journal du Dimanche) et de Prisma (CapitalGEOFemme actuelle, etc.) qui lui a été revendue par Bertelsmann. On se rappelle aussi ses vues sur M6, désormais promise à TF1, qui fit elle-même jadis l’objet d’une tentative d’OPA. On parle aussi désormais du Figaro et de discussion sur le sujet avec la famille Hersant. Il est même question d’une sortie des affaires africaines, essentiellement le déploiement d’infrastructures surtout portuaires, ferroviaires et routières, pour continuer à privilégier le renforcement des médias au sein du groupe.                                                                                                     Bolloré dispose donc d’un impressionnant arsenal médiatique au moment où se lance la campagne présidentielle française. Face à cette trajectoire irrésistible dans le champ des médias et de l’information, il n’est pas illégitime de se demander de quoi Bolloré est le nom. Son empire se déploie à la fois en radio, dans la télévision de flux, dans les plateformes de contenus et dans la presse. Il s’appuie aussi sur Havas et donc sur le marché publicitaire, qui permet aux médias de vivre, et sur le marché complémentaire de l’édition, dans lequel il occupe une position dominante avec Editis, en passe donc d'absorber Hachette (et qui diffuse le dernier livre d'Éric Zemmour). Son emprise est multiple et massive, ce qui lui donne un pouvoir de frappe exceptionnel. On peut donc considérer qu’un degré supplémentaire est franchi sur la question de la dépendance des médias, de leur financement par de grands groupes et de l’enjeu démocratique que cela constitue. Certes, Vincent Bolloré n’est pas le premier grand capitaliste à investir dans l’information : en quoi diffère-t-il donc de ceux qui l’ont précédé, les Hersant justement ou ses compétiteurs Bouygues (TF1), Altice (NextRadio), LVMH (Les ÉchosLe Parisien) et autres Free dirigé pa Xavier Niel (Le Monde, Nice Matin, Mediawan) ? D’abord, si le paysage français a toujours été contrasté idéologiquement dans la presse écrite, les grands médias de flux comme la télévision restaient plus ou moins liés, pour ceux qui ont été privatisés, à leur origine publique, s’inscrivant davantage dans une certaine recherche de consensus, avec laquelle une chaîne comme CNews a clairement rompu en suivant un modèle à la Fox News. Le patron de Vivendi s’est emparé, à force de patience, de sens des affaires, de coups de force et de ruses, d’un ensemble de médias de masse qu’il oriente du côté de la droite la plus dure. L’absence de barrières éthiques dans les affaires, associée à une évidente intelligence stratégique, ont conduit à son succès, qui permet l’affirmation d’un corpus idéologique sans complexe ni déontologie journalistique.                                                                Mais Vincent Bolloré ne se contente pas de créer des médias proches de sa vision du monde ou d’en acquérir, comme il le fit dans la presse gratuite avec Direct Matin ou en rachetant France catholique. Il s’est beaucoup appliqué à détruire des offres éditoriales avec lesquelles il n’était pas en accord. Il a exercé une sorte de pouvoir sur l’existence même des médias qu’il a acquis, de la mise à mort de l’esprit Canal+ et des Guignols à l’investigation en passant par Le Grand Journal, jusqu’à la mise au pas d’Europe 1, où il a fallu se soumettre ou se démettre, en passant par la transformation de iTélé en CNews. Il crée une offre certes, mais sur les décombres de rédactions qu’il met au pas ou dont il se débarrasse, depuis les cadres dirigeants (qui n’ont pourtant pas toujours la réputation d’avoir le couteau entre les dents, voir la récente éviction d’Hervé Gattegno de Paris Match et du Journal du Dimanche) jusqu'aux journalistes qui, de motions de défiance en grèves, découvrent l’ampleur de leur impuissance. Il s’agit moins de créer une offre nouvelle, tel un Édouard Drumont lançant La Libre Parole, que de brider des contenus ou des orientations à travers les groupes sur lesquels il a pris un pouvoir financier. Ce tropisme de la terre brûlée a conduit d’ailleurs le marché à s’interroger sur la destruction de valeur à laquelle il pouvait conduire et à se demander si l’homme d’affaires préférait ses idées à ses intérêts. Ainsi, ce qui reste de l’esprit Canal+, qui a correspondu à une forme de créativité télévisuelle, a-t-il migré avec succès au sein du groupe TF1, avec Quotidien sur TMC. En réalité, il n’y a nulle indifférence au succès économique, mais ce dernier, acquis avec CNews ou C8, ne va pas sans l’affirmation d’un ligne idéologique marquée. On se rappellera aussi que Bolloré avait une revanche à prendre, tant son entrée dans l’univers des médias télévisuels, à travers le rachat de deux petites chaînes de la TNT (Direct 8 et Direct Star) qu’il avait relancées à sa façon, avait suscité de quolibets en matière éditoriale. Pourtant, c’est en les revendant au groupe et en faisant son cheval de Troie, qu’il prendra le contrôle de Vivendi.                                                                                                                   Sur les ruines d’une offre toujours trop marquée à ses yeux par le gauchisme ou le progressisme ou simplement la dérision, il construit un empire médiatique marqué par des idées ultralibérales qui interdisent toute critique possible des actions de son groupe, en particulier en Afrique, ce qui est souvent la posture des grands médias privés. Mais à cela s’ajoute aussi des idées conservatrices, catholiques, traditionalistes, très ancrées à droite, soutenues par un populisme identitaire et civilisationnel, que portent Éric Zemmour, Pascal Praud ou Sonia Mabrouk. Ces idées s’inscrivent d’abord dans une perspective décliniste, nationaliste, qui fait de l’islam le problème central en France, associé aux questions migratoires et à celles du maintien de l’ordre, et du « wokisme » l’autre grand danger contre lequel il faudrait lutter.  Le groupe médiatique fonctionne d’abord sur une logique de l’affiliation clanique avec les affidés et de règlement de compte et de mise au pas avec ceux qui font mine de s’affranchir d’un unanimisme contraint. L’humour en particulier, quand il prend une forme critique, celui d’un Nicolas Canteloup (Europe 1) ou d’un Sébastien Thoen (Canal+) par exemple, est particulièrement mal supporté. De plus, ce qui naguère prenait la forme de pressions discrètes apparaît désormais au grand jour. L’influence sur les lignes éditoriales, l’absence de « muraille de Chine » entre l’économique et le rédactionnel et le rejet de l’indépendance journalistique sont affichés au nom d’une doctrine libérale assumée de la toute-puissance de celui qui tient les cordons de la bourse. Mais ils le sont aussi au nom d’une vision qui érige les autres médias, en particulier publics, et les autres orientations idéologiques, en particulier à gauche, dans une position monopolistique qui permet de revendiquer la position de la parole bâillonnée et de crier à la dictature du politiquement correct, alors même qu’on occupe une part de voix conséquente et qu’on érige une nouvelle doxa. Cette radicalité conservatrice s’appuie aussi sur une véritable capacité à bousculer les formats, à s’affranchir de la distribution des rôles classiques sur la scène médiatique, en mêlant invités, journalistes et éditorialistes dans une sorte d’unité de pensée qui donne paradoxalement un caractère apaisé à certains plateaux. Le populisme d’expression plus grand public d’un Hanouna sur C8, qui promeut une transgression bien normative et transforme le télévisuel en cours d’école rigolarde et quelquefois cruelle, fait écho à celui, plus savant, d’un Zemmour, qu’il complète. Pourtant, derrière la variété des formes et l’appel au bon sens populaire, c’est bien une pensée réactionnaire, de moins en moins masquée, qui s’avance, en promouvant ici un catholicisme traditionaliste avec la diffusion d’un téléfilm anti-avortement sur C8 ou, là, une hostilité à toute mise en cause de l’Église, avec par exemple le blocage de l’achat du film de François Ozon, Grâce à Dieu, sur l’affaire Preynat. Au demeurant, ce catholicisme à l’ancienne, bien peu républicain, s’accommode parfaitement des valeurs les plus libérales sur le plan économique.                  L’empire Bolloré se livre désormais à une guerre sans merci pour remettre en cause les médias publics. Zemmour, comme Marine Le Pen d’ailleurs, parle de privatisation dans son programme. Ce procès s’instruit sur la base d’une orientation qui serait systématiquement à gauche et/ou proche du pouvoir en place. On assiste à la transformation des débats qui existaient à l’intérieur des grands médias en débats entre les grands médias. Ce mouvement d’opposition prend particulièrement pour cibles France Inter, ses chroniqueurs et ses humoristes, mais aussi certaines émissions de France Télévisions, qui seraient perverties par le politiquement correct.    L’ensemble de ces traits dessine bien une sorte de Rupert Murdoch hexagonal, qui amplifie la mainmise d'acteurs économiques majeurs sur les grands médias, mais qui rompt avec une certaine discrétion feutrée de l’establishment français dans l’influence, affichant frontalement un désir de promouvoir dans l’espace public un modèle à la fois très libéral et très conservateur et d’opérer une sorte de grand remplacement médiatique en mettant à bas les médias publics. La droite a trouvé en lui une ressource clef pour installer ses thématiques dans une position hégémonique à travers un dispositif médiatique puissant. Le sera-t-il assez pour porter Zemmour au pouvoir ?..." [ Merci à Esprit -Souligné par moi ]
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lundi 14 novembre 2016

L’empire Bolloré

The Smiling Killer
                  Comme Charles Quint pouvait dire que le soleil ne se couchait jamais sur ses terres, Nicolas Bolloré pourrait affirmer que ses multiples affaires couvrent des domaines et des lieux aux limites sans cesse repoussées ....
   Homme de papier, à l'origine, les domaines d'activités du Breton obstiné sont désormais si variés que l'on risque toujours d'en oublier une partie.
  IL faut au moins 10 minutes  pour survoler l'étendue de l'univers impitoyable de l'atypique homme d'affaires.
       L'activité de l'ami des premières heures de Sarkozy s'exerce aussi bien dans l'industrie que dans la logistique, aussi bien dans la batterie au lithium que dans le domaine des medias, où il entend exercer une pouvoir d'influence incontesté, comme tant de groupes puissants aujourd'hui. Participer à faire l'opinion n'est peut-être un objectif rentable dans l'immédiat, mais il ne doute pas que cette stratégie soit aussi un bon investissement. On mène les hommes aussi par les idées.
  Son influence s'exerce jusque dans la vie quotidienne et pas seulement au  Cameroun ou en Côte d'Ivoire. Entre autres pays[L’Afrique est comme une île, reliée au monde par les mers, expliquait un ancien du groupe Bolloré en 2006. Donc, qui tient les grues tient le continent]
    L'ami africain  ne cesse d'étendre ses activités..
         Une récente enquête d'Antenne 2 fit beaucoup de bruit sur ses pouvoirs, ses ambitions et surtout ses méthodes
    "Quand il vous appelle 'mon ami', méfiez-vous !" confie un de ses anciens proches. La technique préférée de Vincent Bolloré, c'est le coup de force avec un grand sourire. Quand il veut avaler une entreprise, ce "chef d’un clan de gitans" est prêt à tout. Ce patron surnommé le "smiling killer", le tueur souriant, a pris le contrôle total du groupe Vivendi quand il en était actionnaire. "
    Il y a les aspects connus dans sa polyactivité, mais il y a aussi une face cachée (*)
      Après avoir dévoré Canal+, ses démêlés actuels avec iTélé  sont une véritable feuilleton.
           Cette volonté de conquête a néanmoins ses revers et n'est pas à l'abri de certaines erreurs.
   Au coeur d'une presse malade, au côté notamment du citizen Drahi, il s'efforce d'étendre son influence. et de contrôler l'univers immatériel de l'information, de contribuer à faire l'opinion.
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________(*) Vincent Bolloré se serait sans doute passé de cette nouvelle controverse. Il avait déjà censuré il y a quelques mois un article du Monde sur les violences policières dans son quotidien gratuit Direct matin, dans lequel Le Monde est actionnaire à 30%. Il vient de récidiver la semaine dernière, comme l'a dévoilé Rue 89, en interdisant à la dernière minute la publication d' un article sur les méthodes assez curieuses de la RATP pour pister les clients grâce à la carte Navigo. C'est le type même de polémique qui agace le financier. Quoi qu'il en dise, il est très sensible à son image.
Il préfère que l'on parle de lui comme un nouveau conquistador, un des entrepreneurs prêts à tout pour bousculer le jeu. L'image est désormais ancrée dans les esprits. Il n'y a pas une semaine ou presque sans que l'ombre de Vincent Bolloré ne plane sur le monde français des affaires. Il semble toujours à l'affût, quel que soit le secteur concerné.
  En ce moment, il n'est question que de son attaque – imminente selon certaines rumeurs – sur le groupe britannique de publicité Aegis, dont il détient déjà 29%. Il y a quelques jours, on lui prêtait l'intention de racheter l'hebdomadaire Le Point à François-Henri Pinault. Dans le même temps, on parle de sa montée au capital de la société italienne automobile Pininfarina, en difficulté depuis la mort de son dirigeant. Auparavant, la presse avait écrit sur son ambition de racheter TF1 à Martin Bouygues.
     Rien ne paraît devoir arrêter Vincent Bolloré. Pourtant, à la lecture des comptes officiels de son groupe, son appétit paraît démesuré par rapport à ses moyens. Il a un groupe certes de taille honorable. Mais sa dimension financière ne paraît pas être à la hauteur de ses projets affichés ou supposés. En 2007, le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 6,3 milliards et un résultat net de 322 millions d'euros. Au premier semestre de 2008, le groupe a déjà été pénalisé par la crise : le résultat net a chuté de 61%, à 140 millions d'euros, en raison de la chute d'Havas où il est actionnaire à hauteur de 32,8%.
   Pas de quoi faire des folies donc. D'autant que sur les sept activités du groupe (transports et logistiques, films plastiques et batteries, papiers minces, distribution d'énergie, terminaux et systèmes spécialisés, médias et télécoms et autres), seules les branches transports et logistiques, distribution d'énergie, affichent un résultat opérationnel positif (58 millions au premier semestre 2008).
Toutes les autres sont en perte. Et c'est sans compter les gros paris sur l'avenir qu'a pris Vincent Bolloré en misant sur le développement de la batterie électrique, le redressement d'Havas, ses convoitises sur Aegis. Autant de chantiers qui amènent le groupe à immobiliser plus de 1 milliard d'euros de capitaux.
   En dépit de cette équation financière contrainte, personne néanmoins ne remet en question les ambitions de Vincent Bolloré. Aveuglement médiatique? Sans doute. Mais peut-être aussi le sentiment diffus que la puissance du financier, qui s'est illustré ces dernières années par quelques coups célèbres, est plus grande que celle affichée officiellement. Sentiment plus que justifié. Il y a bien une face cachée de l'empire Bolloré. Juste évoquée en quelques mots pour ne pas donner l'impression du secret, mais en fait totalement obscure.
   Entre Afrique et Luxembourg, Vincent Bolloré a bâti un deuxième groupe puissant, discret et tentaculaire. Il lui permet de faire ses coups financiers à l'abri des regards, de prospérer hors de nombreuses contraintes fiscales et réglementaires et d'accumuler une richesse sans proportion avec celle revendiquée. Voyage dans la zone offshore de Bolloré
    Aux origines de cette fortune discrète, il y a l'empire Rivaud. Puissance financière coloniale, propriétaire de millions d'hectares de plantations en Afrique et en Asie, elle a au fil des décennies accumulé des centaines de millions – des milliards aujourd'hui – dans les paradis fiscaux les plus divers – Vanuatu, Guernesey, Jersey, Luxembourg –, au travers d'un écheveau inextricable de sociétés en autocontrôle, aux noms évoquant le passé colonisateur français : Caoutchoucs de Padang, Forestière bordelaise, Terres rouges, Compagnie du Cambodge, Sennah Rubber..
     Un empire tenu d'une main de fer par Jean de Beaumont et Edouard de Ribes. Dès que l'on prononce leurs noms, les interlocuteurs évoquent la bonne noblesse napoléonienne, le Bottin mondain, le Jockey Club et la création du Club Interallié.
   Ils oublient en revanche le trafic des piastres entre la France et l'Indochine au début des années 1950, la collusion continuelle avec les pouvoirs en place tout au long de la IVe République, l'accueil dans leur banque des finances du RPR, et aussi leur immense fortune, les liens très étroits avec certaines familles italiennes très proches du Vatican et de sa banque, l'IOR (Istituto per le Opere di Religione, institution pour les œuvres religieuses). A l'abri des regards indiscrets, ils ont accumulé des centaines de millions tirés des plantations asiatiques et africaines, avec l'appui de la famille Fabri en Belgique, qui possède un tiers de l'empire.
   Tous ceux qui ont essayé de s'approcher de Rivaud, d'en prendre le contrôle, s'y sont cassé les dents, d'Edouard Stern et Philippe Jaffré à Giancarlo Parretti, l'homme d'affaires italien au cœur d'un des plus gros scandales du Crédit lyonnais. Même des membres de la famille Rivaud ont été partiellement dépouillés par les deux hommes, les seuls capables de s'y retrouver dans le dédale des participations (lire notre article "A la recherche de l'héritage perdu").
    Tous ont échoué donc, sauf un : Vincent Bolloré. Invité en 1987 par les deux dirigeants à entrer au capital comme actionnaire très minoritaire de quelques sociétés Rivaud (Artois, Socfin et Terres rouges) pour défendre le groupe contre les attaques des banques Stern et Duménil Leblé, il n'a jamais lâché sa proie depuis. Même au temps de la quasi-faillite de son groupe en 1994, il n'a pas envisagé de se défaire de ses participations dans Rivaud. Là était sa fortune. Il le savait.
Après des années de patience, l'heure de la récompense sonna. En 1996, la banque Rivaud, plaque tournante financière du dispositif mis en place par Jean de Beaumont et Edouard de Ribes, est ébranlée : un contrôle fiscal a mis en lumière un dispositif d'évasion fiscale en Suisse pour les fortunes du Sentier et d'ailleurs. Dans le même temps, la justice enquête sur son rôle dans des financements occultes à destination d'administrateurs judiciaires. Enfin, la Commission bancaire s'inquiète de sa solidité financière et de son soutien hors de proportion à la compagnie aérienne Air Lib, en quasi-faillite.
    Vincent Bolloré souffle alors sur les braises. Au conseil, comme dans les médias, il prédit la catastrophe bancaire. La banque est perquisitionnée, de nombreux documents sont envoyés aux juges. Présentée comme la banque du RPR, la banque voit sortir dans la presse les comptes de certains clients dont celui d'Alain Juppé, alors premier ministre. En septembre, tout est consommé. Vincent Bolloré a pris le pouvoir et s'est installé dans la banque. (Pour le récit complet de cet assaut, lire le livre de Renaud Lecadre et Nathalie Raulin, Enquête sur un capitaliste au-dessus de tout soupçon.)
...... Bolloré aujourd'hui, ce sont des dizaines de sociétés et de filiales dans le monde. Une petite partie est installée en France, un certain nombre en Afrique pour les besoins de ses activités portuaires, logistiques et agricoles, et un bon paquet ailleurs en Europe, avec une nette préférence pour le Luxembourg (lire ici la liste des sociétés consolidées du groupe. Il y en a six pages).
Certaines ont été reçues par héritage, si l'on peut dire, d'autres sont de création récente, comme Swan, Cormoran ou Carlyle investissement. Vincent Bolloré assure que cette dernière accueille juste des participations pour ses bateaux. La ressemblance avec un autre groupe Carlyle, un fonds américain redouté, très proche de la famille Bush et qui s'est illustré dans certaines affaires avec la CIA, est cependant frappante. D'autant que l'antenne européenne de ce fonds est aussi au Luxembourg.
    Tout fonctionne en circuit fermé. Aux conseils d'administration, on retrouve la même poignée d'hommes, cinq ou six, contrôlant l'ensemble de la pyramide. Le même homme, Daniel-Louis Deleau, installé au Luxembourg, supervise toutes le structures, accomplit les démarches administratives, signe les procès-verbaux d'assemblée et les chèques depuis plus de vingt ans.
A la base, il y a des structures opérationnelles. Elles ont une activité, des employés, un chiffre d'affaires et des bénéfices. Mais elles ne conservent quasiment rien pour elles. Tous les flux de trésorerie, les bénéfices sont centralisés par la suite dans différentes structures (Financière du Champ de Mars, Plantations de terres rouges, Socfinal, Nord Sumatra, etc.). Ce sont des sociétés de portefeuille qui n'ont parfois aucun chiffre d'affaires, pas de salariés, de multiples dividendes et des réserves de capitaux prolifiques, le tout bénéficiant de grandes largesses fiscales.
    Combien cet ensemble pèse-t-il ? Peut-être 5, peut-être 10 milliards d'euros, peut-être plus, En tout cas, pas dix milliards de francs (1,5 milliard d'euros), comme l'avait annoncé Vincent Bolloré en 1996. Il y a des actifs partout, parfois inscrits à leur valeur historique des années 1950 ou avant. Il y a des réserves partout. Tout en se moquant des « petites caisses » du comte de Ribes, Vincent Bolloré en a repris l'usage. La Financière du Champ de Mars (ex-Socfin) a plus de deux milliards d'euros de réserves, Plantation des terres rouges 500 millions, sans compter les dizaines de millions accumulées ici et là dans des structures pratiquement sans aucune dette.
    Contrôler les flux d'argent paraît presque impossible. Les participations se croisent, se recroisent. L'autocontrôle est à tous les étages: Plantations des terres rouges détient 61,7% de Cambodge, qui détient elle-même 36% de Moncey, qui détient 42% de Financière d'Artois, elle-même actionnaire à hauteur de 22% de Plantations des terres rouges. Ainsi de suite. Les dividendes circulent d'une structure à l'autre, reviennent, se perdent. Le tout est illisible..... (Merci à Mediapart)
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mardi 30 mars 2010

Medias en péril


Une concentration inquiétante

Bientôt achevée ?

-Qui possède les médias ? - AgoraVox

- « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. » (article 19 de la Déclaration des droits de l’homme de 1948)

« Le principe de la liberté de la presse n’est pas moins essentiel, n’est pas moins sacré que le principe du suffrage universel. Ce sont les deux côtés du même fait. Ces deux principes s’appellent et se complètent réciproquement. La liberté de la presse à côté du suffrage universel, c’est la pensée de tous éclairant le gouvernement de tous. Attenter à l’une, c’est attenter à l’autre ». (Victor Hugo)

« Article 1er : La presse n'est pas un instrument de profit commercial. C'est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. Article 2 : La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. Article 3 : La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs ».(Fnp-CNR)

___"...Arnaud Lagardère, ami intime de l’actuel chef d’état, qualifié de « mon frère » par ce dernier, possède les éditions Hachette, Fayard, Grasset, Hatier, Hazan, Le Masque, Marabout, Pluriel, Stock, Le Livre de Poche, Larousse, Armand Colin, Dalloz et Dunod ; les magasins Relay, et Virgin ; les titres de presse Paris-Match, Elle magazine, le Journal du Dimanche, La Provence, Nice-Matin ; les stations radio Europe1, Europe 2, RFM ; les chaînes de télévision Canal J, MCM, Mezzo, Tiji, Match TV, la chaîne météo, CanalSatellite, Planète, Planète Future, Planète Thalassa, Canal Jimmy, Season, CinéCinéma, AlloCinéInfo et EuroChannel ; entre autres.
Groupe de l’industrie aéronautique, gros client de marchés publics. Chiffre d’affaires en 2008 : 8,2 milliards d’€.___Martin Bouygues (ami intime de l’actuel chef d’état, parrain d’un de ses fils) et sa famille possèdent* les chaînes de télévision TF1, LCI, Odyssée, Eurosport, Histoire, UshuaïaTV, S Star, Cinétoile, Cinéstar, Télétoon, Infosport, Série Club, TF6, TV Breizh ; les sociétés de production de films : Téléma, Film Par Film, TF1 Film Production, les sociétés de distribution de films : TFM, la société d’édition vidéo : TF1 Vidéo, les magazines Tfou Mag, Star Academy, et pour la presse écrite quotidienne gratuite : Métro.
Groupe de bâtiment et travaux publics, gros client de marchés publics. Chiffre d’affaires en 2008 : 32,7 milliards d’€.___Serge Dassault, proche de l’actuel chef d’état, et sa famille possèdent* Le Figaro, L’Express, le Figaro Magazine et Valeurs Actuelles.
Sénateur, avionneur et marchand d’armes, gros client de marchés publics. Chiffre d’affaires groupe en 2007 : 21 milliards d’€ (selon wikipédia, à vérifier).____Avec ces 3 personnes nous avons listé notamment le 1er éditeur de France, le 2ème libraire de France, le 1er quotidien de France, la 1ère chaîne de télévision de France si ce n’est d’Europe. Dans ce pays, la plus grande partie des médias est donc détenue par cinq empires financiers : Bouygues, Dassault, Lagardère, Bertelsmann (groupe RTL, M6), Vivendi-Universal (canal+, SFR).____Ajoutons encore Bernard Arnault l’homme le plus riche de France, qui fut témoin de mariage de l’actuel chef de l’état et qui possède Les échos. Vincent Bolloré, proche de l’actuel chef de l’état au point de lui prêter son yacht pour les vacances, possède la chaîne de télévision Direct8, les journaux gratuits Direct Soir et Matin Plus, en plus du groupe publicitaire Havas contenant RSCG de Jacques Séguéla.

___En voulant parler de concentration, on s’aperçoit que cette concentration est de surcroît, autour de l’actuel chef de l’état !---Rarement autant de pouvoir n’a été concentré entre les mains d’agents économiques aussi restreints...."

"La presse est en danger"

-« Pour des médias soustraits à l'emprise des pouvoirs économiques et politiques »

-Télé-politique. Le sarkoberlusconisme à l’écran

-Passerelle-sud

-L’Observatoire des médias

-Les médias contribuent-ils au débat démocratique ?
-Concentration des médias et leurs liens avec Nicolas Sarkozy

-Contre la concentration des médias et pour un nouveau modèle économique
-Rapport_Lancelot
-Presse-Rural.info
-OPA sur la presse française : Lagardère et Bolloré en redemandent
____________________
-Une presse servile ?
-Sarko et la presse
-Quel journalisme ?
-Subventionner la presse?
-
-Télé : vous avez dit information ?
-Journaliste ou journaleux ?
-Sarko et la presse
- Le JT : à jeter ?___-Trahison des médias ?___- Mythologies journalistiques ?______-Journalistes à tout faire de la presse américaine __- Media control

mardi 31 décembre 2024

Pouvoir de l'information

  Informer ou légitimer

        That is the question

                      Surtout à l'heure de la toujours plus grande concentration des médias, de plus en plus  aux mains des puissants intérëts, de la prolifération des fakes New, l'objectif de tout organe de presse est bien de "faire l'opinion", de l'accompagner, de l'informer, de la constituer aussi, de l 'ouvrir au monde de manière rigoureuse, ce qui n'exclut pas des lignes éditoriales variées s'assumant entièrement, mais en respectant la liberté des lecteurs, ses capacités de choix, de sélection de ses interprétations et le pluralisme politique. Un équilibre délicat et parfois compliqué à trouver, résultat d'une forme de journalisme qui se veut autant que possible objective (non partisane au sens étroit), honnête, ouverte et nuancée. Ce qui est pas une fonction sans difficultés ni écueils. L'objectivité ne peut être dans ce domaine que l'aboutissement d'efforts constants et collectifs. Ce ne peut être qu'un idéal, mais une exigence nécessaire, surtout à l'heure ou beaucoup se détournent de la presse d'opinion. 


                                       Aujourd'hui, une certaine presse (écrite ou non, de plus en plus concentrée, se donne surtout pour tâche de conditionner l'opinion, sur la base de choix éditoriaux clairement assumés, ne faisant pas mystère de ses choix politiques du moment, montant à l'assaut de l'opinion. La concentration est la règle, comme la manipulation des faits et la pression sur les jugements,  mettant à mal les principes républicains et la fonction de journalistes, qui se démettent ou qui se soumettent....

Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, François Bayrou, Sébastien Lecornu, Rachida Dati, Édouard Philippe, Aurore Bergé, Catherine Vautrin, Sylvie Retailleau, Sarah El Haïry, Marc Fesneau, Christophe Béchu, Marlène Schiappa… On ne compte plus le nombre de figures de la majorité présidentielle, anciens ou actuels membres du gouvernement, qui se pressent chaque week-end dans les colonnes du Journal du dimanche, entre deux chroniques de Pascal Praud, trois éditoriaux de Charlotte d’Ornellas et une tribune de Marion Maréchal.    L’hebdomadaire d’extrême droite, dirigé depuis quelques mois par Geoffroy Lejeune, a même récemment recueilli les confidences diplomatiques d’Emmanuel Macron, parfaisant ainsi son entreprise de banalisation. La reprise en main brutale de Vincent Bolloré en juin 2023, les semaines de grève de l’ancienne rédaction, le départ contraint de dizaines de journalistes, la bataille culturelle assumée par les nouveaux dirigeants du titre, les fausses informations qui y sont parfois distillées… Plus rien ne dissuade le pouvoir d’alimenter le JDD. Bien au contraire.....Tout au début, pourtant, des voix s’étaient élevées contre la secrétaire d’État Sabrina Agresti-Roubache et le député Renaissance Karl Olive, qui s’étaient rués dans les pages des premiers numéros de la nouvelle formule. Sylvain Maillard, patron du groupe macroniste à l’Assemblée nationale, avait même demandé à ses troupes de ne pas s’exprimer dans l’hebdomadaire. Mais l’Élysée avait rapidement fait savoir qu’il n’était pas question de le boycotter et les rares scrupules des troupes présidentielles avaient disparu avec les derniers jours de l’été.   À la rentrée de septembre 2023, un ministre expliquait ainsi à Mediapart que « passé un délai de décence », tout le monde finirait par s’exprimer dans le JDD – ce qu’il a d’ailleurs lui-même fini par faire assez rapidement. Même la députée Renaissance Violette Spillebout, qui s’était pourtant mobilisée aux côtés des salarié·es en grève, a récemment réservé une exclusivité au journal – contactée, elle n’a pas souhaité répondre à nos questions. De quoi rebooster légèrement un titre dont les ventes accusent un repli continu. Mais surtout permettre à son rédacteur en chef de se frotter les mains.       ___                                                                                                                                    Le JDD est donc venu compléter la liste des médias Bolloré auxquels les membres du gouvernement et de la majorité apportent régulièrement leur caution : C8, Paris Match, Europe 1 et évidemment CNews. En quelques années, la chaîne dirigée par Serge Nedjar a littéralement envahi les palais de la République, où elle est devenue un bruit de fond quotidien. « Avant, les télévisions qui sont allumées en continu à l’Élysée ou dans les ministères étaient surtout branchées sur BFM. Désormais, de plus en plus de gens mettent CNews », confirme un conseiller de l’exécutif.                                                                            Une position parfaitement assumée au plus haut niveau de l’État. « CNews, c’est la fabrique de l’opinion, affirme l’entourage du président de la République. Contrairement aux autres chaînes d’info, ils offrent un sens – en expliquant toute la journée que la France n’est plus la France – et une perspective – le retour de la France contre-révolutionnaire sur des valeurs catholiques ultratradis. » Et d’ajouter : « Ce qui est important, ce n’est pas le médium, mais le public. Si on regarde CNews, c’est d’abord pour savoir ce que pensent huit millions de Français. »       ___« Parler à tout le monde », « aller convaincre là où les gens vous écoutent », « toucher d’autres publics », « mener le combat sur le champ de bataille »… Depuis quelques années, les macronistes multiplient les formules pour justifier leur présence sur les antennes de Bolloré. Vivement critiqué après son passage dans l’émission de Cyril Hanouna, le député Renaissance Quentin Bataillon, président de la commission d’enquête parlementaire sur la TNT, a d’ailleurs tenté de les recycler. « Je pense qu’il faut parler à tous les publics », a-t-il indiqué sur France Info.    ______________ Sous couvert de « pédagogie » à destination du public de « Touche pas à mon poste » (TPMP), « et notamment des plus jeunes », Quentin Bataillon a surtout participé au dévoiement des institutions en sortant totalement de son rôle et de la neutralité qu’il impose. L’épisode a déplu jusqu’à l’Élysée, qui n’a pourtant rien trouvé à redire, ces dernières années, au défilé de ministres dans l’émission de Cyril Hanouna. En 2019, Marlène Schiappa avait même coanimé une émission avec ce dernier, contribuant ainsi à sa légitimation dans le champ politique.    ____________Avec ses multiples passages sur CNews, ses tribunes dans le JDD ou encore sa nouvelle maison d’édition – elle vient de signer chez Fayard, désormais propriété du milliardaire breton –, l’ancienne ministre est devenue une grande habituée de la galaxie Bolloré. Elle ne manque d’ailleurs jamais une occasion de défendre celle-ci, comme récemment encore, toujours sur le plateau de Cyril Hanouna, où elle est venue dire tout le mal qu’elle pensait de certain·es député·es de la commission d’enquête.   _________En 2021, Marlène Schiappa avait même lancé dans l’atmosphère l’idée selon laquelle l’animateur préféré de Vincent Bolloré pourrait coanimer le débat d’entre-deux-tours de la présidentielle. Passé les rires, la proposition a l’air de rien cheminé dans les esprits. Car si Emmanuel Macron n’a jusqu’ici jamais répondu aux invitations de Cyril Hanouna, son entourage n’insulte plus l’avenir. « Désormais, c’est lui qui incarne la politique sur C8, je pense que la question doit être examinée », indique un conseiller.                                                                                                                 Avec le temps, les figures de la « Bollosphère » ont profité de leurs relais dans les cercles du pouvoir pour se rapprocher de son cœur. Comme le racontait Le Monde au mois de décembre, le milliardaire lui-même échange de nouveau avec Emmanuel Macron. Le 13 mars au soir, juste après son audition devant les parlementaires de la commission d’enquête sur la TNT, il était encore à l’Élysée pour la cérémonie de décoration du patron de LVMH, Bernard Arnault, élevé à la plus haute dignité de la Légion d’honneur par le président de la République.___Pascal Praud, autre animateur phare de la galaxie Bolloré, a lui aussi plusieurs fois textoté avec le chef de l’État. À l’Élysée, il échange régulièrement avec le conseiller mémoire Bruno Roger-Petit, qui fut par le passé l’un des chroniqueurs de son émission. Il est même arrivé que ce dernier mette sa conversation sur haut-parleur pour en faire profiter Brigitte Macron. Selon Le Monde, Pascal Praud, qui n’hésite jamais à fustiger le « système » tout haut, en a même profité pour s’excuser tout bas des « vilenies » qu’il distille à l’antenne contre son époux.                                                             Les bonnes relations entretenues au plus haut niveau de l’État avec les figures de la « Bollosphère » ont tout naturellement infusé le reste de l’écosystème macroniste, où chacun évite les critiques. Les rares personnalités à s’être ouvertement inquiétées de la bataille culturelle conduite par les médias du groupe l’ont d’ailleurs payé très cher. Ce fut notamment le cas de l’ancien ministre de l’éducation nationale Pap Ndiaye – qui avait affirmé que CNews « était clairement d’extrême droite » –, mais aussi de sa collègue Rima Abdul Malak.                                              Pour avoir simplement rappelé que les chaînes du groupe Bolloré étaient soumises, comme tous les diffuseurs, à des règles précises qu’elles ont plusieurs fois enfreintes ces dernières années, la ministre de la culture a fait l’objet d’une large campagne de dénigrement sur C8 et CNews. Et ce, sans recevoir de soutien en interne. Auditionnée en mars par la commission d’enquête parlementaire sur la TNT, elle a cependant estimé que lier son départ du gouvernement à ces prises de position relevait de « la politique fiction ».           Également cible de nombreuses attaques après ses propos sur CNews, Pap Ndiaye n’avait, lui non plus, pas franchement été soutenu par ses collègues. L’un d’entre eux, Stanislas Guerini, était même allé jusqu’à prendre ses distances ouvertement sur Europe 1 : « Si je pensais qu’Europe 1 était une radio d’extrême droite, je ne serais pas venu ce matin », avait-il déclaré. À l’époque, face à la virulence des attaques, le chef de l’État avait certes évoqué la liberté d’expression de son ministre, mais en prenant soin de ne rien dire sur le fond de sa prise de position.    _____Car dans l’écosystème macroniste, chacun est conscient des risques encourus par celles et ceux qui osent émettre une critique sur les médias Bolloré. Selon plusieurs sources au sein de la majorité présidentielle comme du gouvernement, beaucoup craignent d’être « boycottés » par ces derniers ou de souffrir à leur tour d’une « mauvaise presse ». Les éditoriaux ad hominem, les commentaires déplaisants ou les petites phrases glissées ici ou là… La machine peut rapidement se mettre en marche. « Il y a clairement une forme de peur », reconnaît un conseiller ministériel.Certains ont directement fait les frais de leur liberté d’expression, à l’instar du député Renaissance Christopher Weissberg, qui n’a jamais plus été invité sur CNews après y avoir critiqué en direct sa ligne éditoriale. « C’était en pleine grève des journalistes du JDD, se souvient-il. Je me suis dit que c’était l’occasion idéale d’aborder le sujet. Immédiatement, j’ai été attaqué et insulté par certaines personnes autour de la table. C’était dingue. » Après avoir saisi l’Arcom au sujet des propos tenus par Pascal Praud liant les punaises de lit à l’immigration (sortie qui lui a depuis valu une mise en garde du gendarme de l’audiovisuel), l’élu a également eu droit à quelques messages gratinés de l’animateur. _____Au début de son mandat, Christopher Weissberg a lui-même plusieurs fois participé à des émissions sur CNews. « Lorsque vous vous lancez, il n’y a pas beaucoup de formats politiques dans lesquels vous êtes invités régulièrement et qui vous permettent de vous exprimer un peu longuement », dit-il. Mais il a rapidement compris que l’exercice était vain, voire dangereux : « Comme Murdoch aux États-Unis ou au Royaume-Uni, ce groupe puissant sert de tremplin à l’extrême droite, affirme le député Renaissance. On est en train de lui donner les clés. C’est une guerre culturelle qui se joue et on perd quasiment toutes les batailles idéologiques. »                                                                                                     Rares sont celles et ceux, au sein de la majorité présidentielle, à avoir pris conscience de ce danger. L’attrait pour la lumière, la volonté de parler au plus grand nombre, une forme de naïveté… Plusieurs raisons expliquent l’omniprésence des macronistes dans les médias Bolloré. Mais la principale est plus triviale encore. « Chez nous, certains pensent comme CNews, confie un cadre du parti présidentiel. Pour eux, c’est une chaîne de droite comme une autre. Ils ne voient pas pourquoi ils n’iraient pas sur ses plateaux alors qu’ils acceptent d’aller sur le service public qu’ils considèrent de gauche. »   ____Dans ce contexte de droitisation à l’infini, CNews et C8 sont devenus incontournables. Certains, comme Olivier Véran, ont longtemps refusé de s’y rendre, avant de radicalement changer d’avis. Pour justifier sa venue dans l’émission « Face à Baba » de Cyril Hanouna en janvier 2023, après des années à se targuer qu’il ne participerait jamais à ce type de format, l’ancien porte-parole du gouvernement avait recyclé la formule préférée de l’Élysée : « Il est important d’aller s’adresser à l’ensemble des Français qui regardent la télévision ou qui écoutent la radio. »                                                                                                                                                 Les mêmes arguments avaient déjà été invoqués dès l’automne 2019 lorsque le président de la République avait accordé un entretien-fleuve à Valeurs actuelles, alors sous la direction de Geoffroy Lejeune, pour parler immigration, sécurité et identité. L’épisode était très vite apparu comme l’un des tournants du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Une entrée fracassante dans l’ère du confusionnisme macroniste où tout se vaut et où rien n’est grave. Depuis lors, et malgré ses dénégations, le pouvoir a largement contribué à la contamination du débat public par l’extrême droite.  Car contrairement à ce que prétendent celles et ceux qui estiment nécessaire de « mener le combat sur le champ de bataille », les membres du gouvernement et de la majorité qui regardent en boucle les chaînes du groupe Bolloré et s’y expriment souvent n’y mènent aucune offensive. Convaincus que les questions de Pascal Praud, Cyril Hanouna ou Sonia Mabrouk reflètent une grande partie de l’opinion française, ils viennent au contraire valider leurs obsessions. Et normalisent, dans le même temps, leur entreprise de désinformation. " [Ellen Salvi _ Merci à Mediapart   ___________________________