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samedi 14 novembre 2009

Histoire revisitée


Histoire instrumentalisée

Une interprétation de l'histoire au service des intérêts politiques présents et des projets d'avenir
_________________Le présent n’est pas brillant, l’avenir semble échapper au volontarisme magique, reste le passé qu'on torture pour en faire un élément fédérateur, faute de mieux...
-"Il n’y a guère pire « explosif » que l’Histoire, laquelle fournit à tous des preuves de tout et son contraire. Il n’y a d’ailleurs guère de matière plus volatile : instrumentalisée sans scrupule par les tenants de toutes idéologies pour leur permettre de prendre plus aisément le pouvoir. On dit souvent que l’Histoire, mise au service du nationalisme, ne vaut guère mieux que l’ignorance."(Le Taurillon)
-"L'histoire justifie ce que l'on veut. Elle n'enseigne rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout. "-( Paul Valéry)

-"Les procédés multiples par lesquels Nicolas Sarkozy réécrit l’histoire à sa façon sont lourds de conséquences : produisant un brouillage du sens de l’histoire, ils ont pour but de désarmer toute critique. Nicolas Sarkozy ne détourne pas par hasard nombre de références historiques de gauche comme Jaurès ou le Front populaire, il n’inverse pas innocemment le sens de mai 1968 au point de prétendre en faire l’origine du capitalisme amoral que Mai 68 combattait"
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-L’histoire par Nicolas Sarkozy : le rêve passéiste d’un futur national-libéral :
"L’usage de l’histoire et surtout des grandes figures du passé dans les discours des hommes politiques n’est pas une nouveauté. Les orateurs de la Révolution française et surtout les « pères fondateurs » de la IIIe République ont fait de la citation, de la référence, et de la convocation des « Anciens » des éléments majeurs de la rhétorique politique et de l’éloquence. Notre attention est retenue surtout par l’inflation de ces références alors même que partout domine le cliché des Français ignorant l’histoire de France tandis qu’une poignée d’entre eux peut espérer participer aux nouveaux jeux télévisés animés par quelques-uns de nos doctes collègues. Cette inflation n’est pas seulement surprenante en quantité, mais aussi en qualité pourrait-on dire tant elle est l’objet d’un surinvestissement à droite et plus encore dans les discours de Nicolas Sarkozy. La thématique nationale du discours de Nicolas Sarkozy s’appuie constamment sur la légitimation par le « grand homme ». La référence historique sert ici à s’inscrire dans la continuité de l’histoire nationale tout en martelant la rupture et en captant l’histoire de la gauche. Le Panthéon de Nicolas Sarkozy est à cet égard particulièrement significatif (les décomptes sont effectués sur 6 discours discours entre celui de Tours le 10 avril et celui de Marseille le19) : Jean Jaurès revient à 37 reprises, Jules Ferry 17, de Gaulle 12 et Léon Blum à 7 reprises. Ceci n’a évidemment pas manqué d’interpeller de nombreux observateurs (voir l’interview d’Henri Guaino sur France-Inter, le 25/4/07 entre 8h20 et 9h00 et divers sites internet).
POURQUOI ?Nicolas Sarkozy utilise l’histoire dans un double but : produire un nouveau rêve national qui brouille toutes les analyses et toutes les convictions ; détourner l’attention de son programme réel que l’on peut qualifier de national-libéral et dont les premières victimes seront les cibles directes de ses discours de récupération.Depuis longtemps, histoire et politique sont étroitement liées, mais la campagne électorale porte à son paroxysme l’interaction entre propagande électorale et instrumentalisation du passé. Gauche et droite rivalisent en références historiques coupées de toute historicité. Les grandes figures du socialisme, les hommes de gouvernement se retrouvent aux côtés des défenseurs d’une patrie mythique. De Jeanne d’Arc à Léon Blum, de Jaurès à Barrès, les figures se déplacent au rythme des manifestations publiques et de la course aux suffrages des candidats. Le héros national ancré dans un terroir, auquel la région serait identifiée, est invoqué afin de valoriser l’électorat visé. Le procédé est connu mais toujours renouvelé en fonction des polémiques et des enjeux du moment. Il est poussé à l’absurde dans bon nombre des discours de ce que la presse, en sa grande majorité, salue comme une excellente campagne et qui n’est qu’une suite de clichés et d’usages biaisés de l’histoire ....
MAI 68 : le repoussoir_____Cette réécriture de l’histoire a évidemment un objectif assez grossier qui est d’en déposséder la gauche actuelle, celle qui, paradoxalement, après 1984, a pris un virage social-libéral et qui, sans doute à ce moment-là s’est éloignée d’un électorat populaire. Mais ce n’est pas là que Nicolas Sarkozy marque le tournant de la gauche. Pour lui, clairement, c’est Mai 68. Là se situe un tournant conduisant, selon lui, à la négation des valeurs, du travail, de l’autorité, etc. L’insistance mise sur Mai 68 pour caractériser la gauche actuelle relève, là encore de l’escroquerie intellectuelle : est-il nécessaire d’insister ici sur la complexité de l’événement dans ses différentes phases étudiante, sociale, politique ; d’insister sur l’aspect problématique de ses inspirations marxistes : est-il nécessaire de rappeler la concurrence féroce faites par les nébuleuses gauchistes d’alors au PCF et la CGT ? Jamais sans doute le fossé n’a semblé plus grand entre « communistes orthodoxes » et gauchistes (trotskistes,libertaires, maos, etc.) : il est impossible d’en faire le substrat idéologique de l’actuel Parti Socialiste.C’est surtout « L’esprit de 1968 », dont la saisie historique échappe à l’homme de pouvoir, qui ne cesserait de déstabiliser l’ordre existant. Quoi qu’on pense des événements de mai, dont l’écriture est encore en débat, le sens donné aujourd’hui par les hommes d’ordre comme Sarkozy ne porte pas sur l’interprétation des événements mais sur son « esprit ». Qu’est-ce à dire ? S’agit-il de l’esprit révolutionnaire ? Du besoin des « gens » de s’occuper des intérêts collectifs ? De la volonté des citoyens de prendre en charge leur part de souverain ? Ou, tout simplement, de la nécessité de renouer avec la démocratie en s’occupant du bien commun ? L’esprit critique, en effet, a sans aucun doute permis de croire que la victoire des idées, des partis, des forces en présence, n’était pas irréversible et que le parti vainqueur pouvait être le vaincu de demain. Mais en rappelant le souvenir de de Maistre et de Bonald qui, en leur temps, ont jugé contre-nature la révolution de 1789 dont le déroulement avait dévié le cours normal de l’histoire, Nicolas Sarkozy signifie, de manière non équivoque, que ce qui est, est ce qui devait être. Comme si la pratique politique, échappant aux conflits, n’avait de sens que dans le respect de l’ordre « naturel » des choses et des hommes. Des inégalités aux intelligences, la « nature » déterminerait l’organisation sociale. Là est le danger le plus grave pour notre démocratie.Et si les hommes sont ce qu’ils doivent être en fonction de leur patrimoine génétique, alors effectivement l’esprit de 1968 est dangereux, car il a permis, entre autres, de penser que l’inégalité entre hommes et femmes n’était ni dans la nature humaine, ni dans celle des sociétés.
LES LUTTES SOCIALES OUBLIEES : le Front populaire__Dans sa tentative de réécrire l’histoire, Nicolas Sarkozy va jusqu’à annexer le Front populaire. Mais s’il annexe les congés payés qu’il réduit à une imagerie, il écarte la semaine de 40 heures – tout rapprochement avec les 35 heures serait gênant. Surtout, il omet de préciser que les acquis sociaux du Front Populaire ne sont que le fruit de la pression du vaste mouvement de grève du printemps 1936, lorsque Marceau Pivert s’écriait « Tout est possible ! » (une expression que reprend Nicolas Sarkozy dans son discours). Précisons aussi que les acquis sociaux de 1936 furent, dès 1937, contestés et progressivement repris par la Confédération Générale du Patronat Français, ancêtre du MEDEF, dans ce que l’historien allemand Ingo Kolboom a appelé la « revanche des patrons ». L’histoire de la gauche française comme la réécrit Nicolas Sarkozy est aseptisée, sans conflit, à tel point que comme historien on serait tenté de lui demander quand la gauche est devenue marxiste. Ce n’est pas faire acte de « repentance » que d’essayer de comprendre l’importance des conflits sociaux, mais évidemment, c’est difficilement conciliable avec la défense du capitalisme que revendique aussi explicitement Nicolas Sarkozy. Il y a assurément loin de la « synthèse » de Jaurès entre la « République », c’est-à-dire la démocratie politique, et le social, à celle de Nicolas Sarkozy entre le national et le socialisme.Comment ne pas rire au final à cette assertion : « Cette gauche-là elle n’est pas l’héritière des luttes sociales, elle n’a rien à voir avec Jaurès ou avec Blum, elle n’a rien à voir avec les canuts lyonnais ou avec les communards qui se sont fait massacrer par Thiers » (discours de Tours le 10 avril ) ?....
CONSTRUIRE UN AVENIR_LE RÊVE_Le rêve américain__Faisons un sort au rêve, seule référence qui ne soit pas totalement hexagonale. Car en effet, il « fait un rêve » Nicolas Sarkozy, et ses pensées oniriques se nourrissent d’un détour transatlantique, en appelant à se souvenir des mots de Martin Luther King : « Je rêve qu’un jour sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité » (discours de Nicolas Sarkozy à Marseille, 19 avril 2007). Qu’un leader noir-américain de la lutte pour le Mouvement des droits civiques rejoigne son panthéon des grands hommes est assurément lourd de sens, car sous ce glorieux patronage Nicolas Sarkozy n’en finit plus de rêver sa France nouvelle débarrassée de tous ses maux (dans ce seul discours de Marseille, il rêve en effet 46 fois…). À l’été 1963, la marche de Washington avait rassemblé près de 250 000 personnes qui protestaient contre l’incapacité du gouvernement américain à résoudre la question raciale. King y avait prononcé son plus beau discours, endossant son rôle de pasteur, et mobilisant ses talents de preacher. Et c’est bien cette posture-là que lui confisque aujourd’hui Nicolas Sarkozy. La rhétorique de la litanie, policée par ses professionnels de la communication, use et abuse des formules répétitives qui scandent chacun de ses discours comme pour marteler des vérités quasi-transcendantales. Sarkozy y devient le grand rassembleur de foule, dont la mission confine à celle de guide spirituel. La méthode procède d’une double imposture. La première n’est pas anecdotique : on oublie trop souvent que le discours de King, dans la tradition afro-américaine du sermon, était en majeure partie improvisé, contrairement à l’usage statique et réifiant qu’en fait l’orateur Sarkozy, et qui clôt le discours sur ses leitmotiv, lui conférant une dimension plus propagandiste que mystique. La seconde tient à l’usage de la mémoire de Martin Luther King, instrumentalisé comme la figure historique consensuelle d’une Amérique qui combat pour ses droits et ses libertés. C’est faire injure au courage politique qui a dicté la marche de Washington dans une Amérique en proie aux crimes racistes, et oublier que King, pour l’occasion, avait bravé les menaces du directeur du FBI sur la liste noire duquel il figurait en bonne position comme l’explique Nicole Bacharan (Histoire des noirs-américains au XXè siècle, éditions Complexe, pp.154-162). Mais c’est aussi un moyen, pour Nicolas Sarkozy, d’activer l’image du dissident politique, persécuté, aux combats duquel l’avenir donnera raison et légitimité. S’autoproclamer héritier de King permet donc à Nicolas Sarkozy d’apparaître comme le libérateur inspiré des opprimés, et d’adresser au passage un clin d’œil au « rêve » américain qui anime ses desseins politiques
Le « rêve français »___Le mot dit tout : à l’opposé du « modèle », trop normé, le mot produit ce qu’il désigne : la mythologie politique. Ce rêve permet, là encore, de suggérer que, comme lui, comme Jaurès, il est menacé. Mais c’est aussi un autre « rêve », français, comme il dit Nicolas Sarkozy, pour lequel le premier sert de cache ou de leurre, comme chacune des références de Sarkozy : un rêve de revanche « nationaliste », après les années 60-70 de domination des forces sociales d’opposition et de domination intellectuelle de la gauche, après les décennies de crise sociale.La matrice du « rêve » est aussi probablement le tableau du même nom du peintre peintre d’histoire militaire Edouard Detaille. Sur la toile, des soldats français qui dorment, pendant le désastre de 70, et rêvent des armées napoléoniennes victorieuses. Ce tableau, exposé aujourd’hui au musée d’Orsay datant de 1888 a été perçu comme boulangiste : parce qu’il suggère la « Revanche », en récupérant et en fondant dans un même ensemble les couleurs du drapeau tricolore et le blanc des monarchistes. Sarkozy rêve de revanche. Mais à l’impossible revanche militaire, étant donnée la puissance française actuelle(elle aurait pu cependant consister à faire le choix de la participation à la guerre en Irak aux côtés des américains), Nicolas Sarkozy offre l’alternative de la revanche économique sur les 30 « piteuses ». Nous sommes dans la mondialisation : il ne saurait être question de la croissance dans le cadre de l’Etat-Providence dont les « excès » sont vivement dénoncés. S’il faut jouer la victoire économique, il faut la jouer dans la pleine concurrence : il faut le libéralisme concurrentiel associé structurellement à une société d’ordre et de police. Mais il faut aussi rassurer : le discours historique de Nicolas Sarkozy avec son cortège hétéroclite et incompatible de références républicaines, de Robespierre à Georges Mandel, sert à fournir cette colle idéologique rassurante....
CONCLUSION : une histoire détournée et inversée au profit d’une ascension sociale et politique.L’apparente confusion des références historiques de Nicolas Sarkozy, leur accumulation, leur caractère hétéroclite et paradoxal, pour celui qui se réclame de la droite décomplexée, ont plusieurs fonctions. Elles servent d’abord à faire oublier ses alliances sociales et médiatiques : le MEDEF et les grands patrons des médias. Pour parvenir au pouvoir, Nicolas Sarkozy est resté l’homme de l’ « entre soi de la grande bourgeoisie ». Elles ont ensuite un but idéologique précis : dissimuler par une agitation constante, la vérité de son programme économique et moral, ce néo-bonapartisme libéral qui le range du côté des dirigeants les plus inquiétants et les plus aventureux de la planète.Les procédés multiples par lesquels Nicolas Sarkozy réécrit l’histoire à sa façon sont lourds de conséquences : produisant un brouillage du sens de l’histoire, ils ont pour but de désarmer toute critique. Nicolas Sarkozy ne détourne pas par hasard nombre de références historiques de gauche comme Jaurès ou le Front populaire, il n’inverse pas innocemment le sens de mai 1968 au point de prétendre en faire l’origine du capitalisme amoral que Mai 68 combattait. C’est seulement au prix de ce confusionnisme de tous les instants qu’il peut espérer tromper les classes populaires, rassurer et leurrer les indécis. Nicolas Sarkozy est le contraire absolu du chiffonnier de l’histoire de Baudelaire et de Walter Benjamin, qui en sauve les débris pour tirer de l’oubli les vaincus du progrès. C’est la France comme entreprise en crise dont il se veut le repreneur sans scrupule : il en reprend les références en gros, quitte à les abandonner après, une fois la plus-value électorale effectuée."
-Sarkozy revisite l'histoire de France à la sauce « Bling-Bling »
>>Un Lavisse 2009 ?
-Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France ?
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Identité nationale: l'UMP kidnappe Jean Jaurès ! | Mediapart
-L’histoire bling-bling- Le blog de l'histoire-«Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France»-Nicolas Sarkozy préfère offrir de belles images puisées dans la mythologie -Le syndrome du poisson rouge - AgoraVox-Sarkozy et le 11 Novembre, une nouvelle lecture de l’Histoire____Nicolas Sarkozy puise dans le nationalisme un ressort électoral
_________Nationalisme et Histoire, liaisons dangereuses
____COMMENT ON RACONTE L’HISTOIRE AUX ENFANTS

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- Identité nationale: diversion?
-Guy Môquet :mémoire manipulée?

mercredi 28 octobre 2009

Identité nationale: diversion?

Un vacarme opportun...et un débat biaisé

Beaucoup de bruit pour masquer l'essentiel?

Comment instrumentaliser un thème légitime en soi mais récurrent et émotionellement porteur pour se relancer à mi-mandat, dans le contexte d'une crise imprévue et d'une faillite des projets?



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-"Nicolas Sarkozy et ses amis profitent de la «crise identitaire», du brouillage des repères pour recycler une ligne patriotique. La France de toujours, c'est une idée simple qui réconforte ceux qui peuvent être perturbés par ce monde ouvert, multiple, complexe, qui est le nôtre. Les «barbares sont à nos portes»? La France. Les lignes se brouillent? La France. La nation figée dans son éternité. Il y a bien sûr aujourd'hui de nouveaux enjeux de mémoires en fonction de ce que la mondialisation ou la construction européenne ont bousculé. Mais à quoi peut correspondre cette réponse souverainiste? Au devoir d'adhésion, il faut opposer un devoir d'intelligibilité."(Nicolas Offenstadt)

__________"Le moment choisi pour ce débat n'est évidemment pas innocent. Il y a d'abord la volonté, de la part du gouvernement, de reprendre en main l'agenda médiatique pour faire oublier une séquence problématique pour lui: l'affaire Frédéric Mitterrand, les banques, Jean Sarkozy... Empêcher la focalisation, allumer des contre-feux, c'est une grande force de Sarkozy depuis 2002 déjà. Ensuite, n’oublions pas qu'un tel débat peut être instrumentalisé politiquement. Il suffit de repenser à 2007: jamais l'électorat n'avait été aussi à gauche, et pourtant les gens ont voté pour Nicolas Sarkozy. Pas seulement pour sa dimension charismatique ou pour le «travailler plus pour gagner plus», mais aussi parce qu'il a su jouer sur l'immigration et la crainte du communautarisme..." (Vincent T.)

_________"Comment peut-on renforcer l'identité nationale ? Le rôle de l'école me paraît tout à fait central et, notamment, la place de la langue française, avec ses règles et avec ses contraintes. Il faut aussi renforcer l'enseignement de la littérature et de l'histoire. J'ai entendu Éric Besson rappeler le rôle central de l'histoire. Dans le même temps, je m'inquiète du fait que, dans le concours du professorat des écoles, on veuille supprimer l'histoire comme discipline obligatoire. Il y a là quelque chose de contradictoire dans la politique du gouvernement. De même, la diminution des postes au CAPES et à l'agrégation d'histoire, ou de littérature, me semble un mauvais signal. L'assimilation doit être aussi professionnelle. Or, il y a des discriminations à l'embauche, au logement, qui touchent certains jeunes issus de l'immigration africaine ou nord-africaine et qui sont contraires aux valeurs de la République, que celle-ci ne fait pas suffisamment respecter. On a là des éléments de troubles très forts. Enfin, il existe de véritables ghettos, à la fois sociaux et ethniques, que la République a laissés, à tort, s'ancrer dans son territoire." (D.Lefeuvre)

_____"Il n’existe aucune définition de l’identité nationale qui soit acceptée par l’ensemble des chercheurs. La raison en est simple : ce n’est pas un concept scientifique, c’est une expression qui appartient au langage politique. Il ajoute plus crûment encore : la question de l’identité nationale telle qu’elle est apparue pour la première fois le 14 janvier 2007 dans le discours de Nicolas Sarkozy « est un “faux problème”, une simple magouille électorale destinée à flatter les préjugés de la fraction la plus xénophobe de la population » (G.Noiriel)
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-Eric Besson agite le drapeau de l'identité nationale | Mediapart:
"Le président Sarkozy disparu durant deux semaines en vacances (du jamais vu à cette période de l'année), Eric Besson, ministre de l'immigration et secrétaire général adjoint de l'UMP, a aussitôt occupé le terrain. Objectif: reprendre la main sur le débat public au moment où la majorité parlementaire proteste et où l'Elysée s'est égaré dans les scandales Sarkozy (Jean) et Mitterrand. Eric Besson a donc annoncé dès dimanche le lancement d'«un grand débat sur les valeurs de l'identité nationale, sur ce qu'est être français aujourd'hui». Pour cela, le ministre s'est même dit déterminé à mobiliser l'appareil d'Etat. Préfets et sous-préfets seront requis pour organiser «des réunions avec les forces vives de la nation». Dans un communiqué de presse publié lundi 26 octobre, il avance ses premières pistes: remettre au goût du jour les «symboles» et les «emblèmes nationaux», faire chanter la Marseillaise à «l'ensemble des jeunes français» et faire donner par les préfectures des cours d'instruction civique. Il déclare vouloir «valoriser l'apport de l'immigration», mais il se contente en réalité de proposer des mesures visant à «faire partager les valeurs de l'identité nationale» par les étrangers. Et pour cela, il en appelle au contrat (à sens unique). Après le contrat d'accueil et d'intégration, il imagine un «contrat d'intégration républicaine» pour les nouveaux venus et un «contrat avec la Nation» pour les candidats à la naturalisation.«Il faut réaffirmer les valeurs de l'identité nationale et la fierté d'être français», résume l'ancien socialiste, reprenant là ce qui fut un slogan du Front national. Le ministre ne s'en cache d'ailleurs pas: il est exclu de laisser ces thèmes au parti d'extrême droite. Jean-Marie Le Pen ne s'y est pas trompé qui, lundi, a ironisé sur cette «résurgence purement électoraliste afin de prendre des voix au FN. Plus c'est gros, plus ça passe.»La gauche a également dénoncé la manœuvre, y voyant essentiellement une arme de campagne pour l'UMP. Car le calendrier est à peu près calqué sur celui de la campagne électorale des élections régionales de mars 2010. Fort opportunément, le débat voulu par Eric Besson durera deux mois et demi. Un grand «colloque de synthèse» conclura le tout début février... un mois avant le vote...La présence annoncée de Nicolas Sarkozy au colloque du 4 décembre n'est évidemment pas neutre. En pleine bérézina dans les sondages et après une «séquence» étrangère très fournie, le chef de l'Etat veut réinvestir le champ national dans la perspective des élections régionales de mars 2010. Le côté «Regardez comme je m'intéresse à vous» saute aux yeux. Mais ce serait faire injure au chef de l'Etat que d'imaginer que seules des préoccupations bassement électorales président à son intérêt pour la chose identitaire.Nicolas Sarkozy a souvent exprimé son sentiment d'appartenance. Et toujours il a privilégié le portrait du «petit Français de sang mêlé qui a acquis la fierté d'être français» (congrès de l'UMP du 14 janvier 2007) dans une tradition davantage anglo-saxonne qu'essentialiste ou mystique. Nicolas Sarkozy s'est toujours rêvé en immigré idéal, celui qui s'est intégré dans l'amour d'un pays et de ses valeurs républicaines. Il le dit au cours de sa campagne électorale: «La France, ce n'est pas une race ou une ethnie, la France c'est une République.» Ou encore lors d'une visite à Vesoul (Haute-Saône) le 15 janvier 2007: «Les usines, cela fait partie de l'identité nationale française..."

-«Sarkozy nous refait le coup du roman national»:
Une histoire "bling-bling":une formule qui renvoie à notre Président «bling-bling», du bruit, des images, des symboles, détachés de tout contexte, qui disent une France glorieuse, la France éternelle, une France mythifiée, faite de grands hommes et de grandes guerres, une France d'un seul bloc dans une permanence qui transcende les opinions, les conflits...C'est ça l'histoire « bling-bling », du brillant, du clinquant. De Guy Môquet, le jeune communiste fusillé par les nazis, ou Lazare Ponticelli, le dernier poilu de la guerre de 14-18, que Nicolas Sarkozy a réduits à de simples icônes, à la création d'un musée de l'Histoire de France, il ne s'agit que d'exalter «l'âme» de la France, son identité. C'est-à-dire un volontarisme idéologique avant d'être un projet de connaissance..."

-L'identité nationale : "grosse ficelle" pour la gauche, geste "électoraliste" pour le FN
-«L'identité nationale, pour la droite, c'est l'immigration, l'étranger»
-Identité nationale : le débat piège-à-cons - AgoraVox
-Besson et l'identité nationale: un faux débat, mais un vrai leurre
-Identité nationale: Peillon dénonce "les sous-entendus d'une partie de la droite"
- "L'identité nationale est l'affaire de tous"
-Identité française : offrons à Eric Besson quelques pages de Renan - AgoraVox
-L’« identité nationale » : un faux problème
-Identité nationale : Un débat biaisé - AgoraVox
-Les immigrés menacent-ils l'« identité nationale » ?
-Identité nationale - La vie des idées

mercredi 30 novembre 2022

Afrique dépréciée

 Elle n'aurait pas d'histoire

                               Elle serait restée en marge. Comme une continent immobile et invariable. Une planère à part, en quelque sorte, une belle endormie que l'Occident conquérant aurait réveillé d'un sommeil profond, de traditions immuables. On reconnaît là l'essence des croyances qui ont fondé et entretenu la longue période coloniale, entretenus pas les a priori de ceux qui, ayant l'âme blanche, ne pouvait considérer les Africains que comme ayant l'âme noire, comme le disait  ironiquement Montesquieu, qui fit une critique sans concession de l'esclavage.   Même dans la période post-coloniale, et récemment encore, comme dans un célèbre discours de N.Sarkozy, on demande à l'Afrique d'entrer dans l'histoire, de rejoindre le club des pays blancs industrialisés.             Or dans l'immense continent africain, les événements ont suivi un autre cours qu' en Europe, depuis des origines qui furent communes et des voies originales, où la notion de civilisation avait un sens, comme le souligne tous les anthropologues. Il faut le répéter, car les préjugés sont encore tenaces: même méconnues pendant longtemps (et on comprend pourquoi) l'Afrique a fait du chemin et de manière parfois dynamique.                     Autrement dit, un vaste pan de la culture occidentale a longtemps véhiculé l’idée que l’Afrique était restée à l’écart de l’histoire et du progrès. Cela va de nos grands penseurs aux livres et aux films qui ont nourri des générations d’enfants. Dans des dessins animés de Disney, on voit des cannibales africains à peine vêtus faire mijoter gaiement leurs victimes dans d’énormes marmites suspendues au-dessus d’un feu. Parmi les philosophes, il y a pléthore d’exemples consternants. Voltaire ­disait des Africains : « Un temps viendra, sans doute, où ces animaux sauront bien cultiver la terre, l’embellir par des maisons et par des jardins, et connaître la route des astres : il faut du temps pour tout. » Hegel était encore plus radical : « Ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, c’est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle. » On entend encore aujourd’hui des échos de tels propos chez les dirigeants politiques occidentaux.... qui aimaient l'Afrique...pour les richesses et la main d'oeuvre qu'elle leur procuraient à bas prix.                      L' histoire du continent africain reste encore largement à faire. Il était supposé être immuable, dès qu'il fut découvert. Et le préjugé dura, renforcé par l' aveuglement colonial, qui avait besoin de maintenir le mythe de peuples-enfants, qu'il fallait mener au niveau de notre histoire, considérée comme LA référence et le modèle.        Depuis quelques décennies surtout, les études africaines, avec leurs limites, ont modifié enfin notre regard. L'histoire de ce continent dit mineur  a une histoire que l'on ne soupçonnait pas à une époque, histoire que l'on continue à mettre à jour peu à peu malgré les difficultés liées au manque d'archives.     Hors du fait que, c'est bien établi, l'Afrique de l'Ouest est le berceau de l'humanité. Notre histoire commence là.

       Certains peuples étaient déjà des navigateurs et des marchands, à partir d'une certaine époque: "...la palme d'or de la navigation revient très certainement aux Somaliens. Si, aujourd'hui, la Somalie rime avec pauvreté et piraterie, il y a quelques siècles, elle était plutôt synonyme de cités portuaires florissantes et abritait des commerçants qui faisaient partie des meilleurs de l'océan Indien. Ils entretenaient des contacts commerciaux avec l'Arabie, l'Inde, la Perse, l'Égypte, la Chine, Venise et, plus tard, le Portugal...."

          Oui, l'Afrique a une histoire. Et quelle histoire! Partiellement connue. Largement méconnue.  Contrairement aux nombreux préjugés toujours tenaces, entretenus par l'ignorance, les clichés longtemps répandus, certains propos publics, même en haut lieu:

 Le discours de Dakar où Sarkozy déclara sans sourciller, sans doute victime de son "nègre" , disent les plus indulgents: " le « drame de l'Afrique » vient du fait que « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. […] Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès ."   Les Africains seraient donc restés de grands enfants, qu'il (nous) resterait à éduquer. Un ethnocentrisme qui régna au coeur de l'entreprise coloniale et dont il reste des traces.    Un européocentrisme étriqué, un essentialisme tenace et une ignorance sidérante.  On le sait mieux maintenant, l'Afrique a une histoire. On peut le savoir...après tant de silences   Certes, l'Afrique bouge sous nos yeux actuellement, du moins certains pays plus que d'autres, chapeautés par l'aide chinoise ou non, certains ne s'étant pas encore relevés de la potion amère du FMI et des fonds vautour.
  Mais elle l'a toujours fait, si l'on met entre parenthèse la période coloniale où l'Europe se partageait le gâteau.
       Ce continent oublié, ce passé occulté nous revient aujourd'hui après tant             Pour les colonisateurs, l'Afrique était une page vierge où l'Europe allait inscrire ses valeurs, au nom d'une civilisation de référence et d'intérêts bien compris. Pour s'installer en Afrique et l'exploiter en toute bonne conscience, il fallait bien "infantiliser" ce continent de grands enfants, comme l'avait bien vu déjà ironiquement Montesquieu:
   "Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres._Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves._Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre._On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir..."
 

    Après la période coloniale, la Françe-Afrique a pris le relai, faisant mine de gérer l'indépendance, comme au Gabon, où Sarkozy, et d'autres, ont réécrit l'histoire
   Paris a forcé la main aux Africains: "... l'indépendance imposée aux Africains, bien que décidée par Paris avec la bénédiction de Washington au gré des préjugés les plus réactionnaires et de vils calculs, fut présentée comme le triomphe des idées progressistes, de la liberté, de la modernité politique et, ironie suprême, de la volonté des Africains."
    L'Afrique de "Papa" n'est pas tout à fait finie... L'imposition du franc CFA reste une des traces de cette subordination.
  L'Afrique, si diverse, n'est "en retard" que par rapport à nos modèles de développement, mais elle pourrait bien nous étonner par les chemins originaux qu'elle pourrait prendre à l'avenir. "L'Afrique est mal partie", disait R. Dumont après les décolonisations officielles, mais elle pourrait bien un jour nous surprendre.. 
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mercredi 3 janvier 2024

Retour sur l'Afrique

 Elle n'aurait pas d'histoire, dit-on encore parfois.

                               Elle serait restée en marge. Comme une continent immobile et invariable. Une planère à part, en quelque sorte, une belle endormie que l'Occident conquérant aurait réveillé d'un sommeil profond, de traditions immuables. On reconnaît là l'essence des croyances qui ont fondé et entretenu la longue période coloniale, entretenus pas les a priori de ceux qui, ayant l'âme blanche, ne pouvait considérer les Africains que comme ayant l'âme noire, comme le disait  ironiquement Montesquieu, qui fit une critique sans concession de l'esclavage.   Même dans la période post-coloniale, et récemment encore, comme dans un célèbre discours de N.Sarkozy, on demande à l'Afrique d'entrer dans l'histoire, de rejoindre le club des pays blancs industrialisés.             Or dans l'immense continent africain, les événements ont suivi un autre cours qu' en Europe, depuis des origines qui furent communes et des voies originales, où la notion de civilisation avait un sens, comme le souligne tous les anthropologues. Il faut le répéter, car les préjugés sont encore tenaces: même méconnues pendant longtemps (et on comprend pourquoi) l'Afrique a fait du chemin et de manière parfois dynamique.                     Autrement dit, un vaste pan de la culture occidentale a longtemps véhiculé l’idée que l’Afrique était restée à l’écart de l’histoire et du progrès. Cela va de nos grands penseurs aux livres et aux films qui ont nourri des générations d’enfants. Dans des dessins animés de Disney, on voit des cannibales africains à peine vêtus faire mijoter gaiement leurs victimes dans d’énormes marmites suspendues au-dessus d’un feu. Parmi les philosophes, il y a pléthore d’exemples consternants. Voltaire ­disait des Africains : « Un temps viendra, sans doute, où ces animaux sauront bien cultiver la terre, l’embellir par des maisons et par des jardins, et connaître la route des astres : il faut du temps pour tout. » Hegel était encore plus radical : « Ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, c’est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle. » On entend encore aujourd’hui des échos de tels propos chez les dirigeants politiques occidentaux.... qui aimaient l'Afrique...pour les richesses et la main d'oeuvre qu'elle leur procuraient à bas prix.                      L' histoire du continent africain reste encore largement à faire. Il était supposé être immuable, dès qu'il fut découvert. Et le préjugé dura, renforcé par l' aveuglement colonial, qui avait besoin de maintenir le mythe de peuples-enfants, qu'il fallait mener au niveau de notre histoire, considérée comme LA référence et le modèle.        Depuis quelques décennies surtout, les études africaines, avec leurs limites, ont modifié enfin notre regard. L'histoire de ce continent dit mineur  a une histoire que l'on ne soupçonnait pas à une époque, histoire que l'on continue à mettre à jour peu à peu malgré les difficultés liées au manque d'archives.     Hors du fait que, c'est bien établi, l'Afrique de l'Ouest est le berceau de l'humanité. Notre histoire commence là.

       Certains peuples étaient déjà des navigateurs et des marchands, à partir d'une certaine époque: "...la palme d'or de la navigation revient très certainement aux Somaliens. Si, aujourd'hui, la Somalie rime avec pauvreté et piraterie, il y a quelques siècles, elle était plutôt synonyme de cités portuaires florissantes et abritait des commerçants qui faisaient partie des meilleurs de l'océan Indien. Ils entretenaient des contacts commerciaux avec l'Arabie, l'Inde, la Perse, l'Égypte, la Chine, Venise et, plus tard, le Portugal...."

          Oui, l'Afrique a une histoire. Et quelle histoire! Partiellement connue. Largement méconnue.  Contrairement aux nombreux préjugés toujours tenaces, entretenus par l'ignorance, les clichés longtemps répandus, certains propos publics, même en haut lieu:

 Le discours de Dakar où Sarkozy déclara sans sourciller, sans doute victime de son "nègre" , disent les plus indulgents: " le « drame de l'Afrique » vient du fait que « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. […] Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès ."   Les Africains seraient donc restés de grands enfants, qu'il (nous) resterait à éduquer. Un ethnocentrisme qui régna au coeur de l'entreprise coloniale et dont il reste des traces.    Un européocentrisme étriqué, un essentialisme tenace et une ignorance sidérante.  On le sait mieux maintenant, l'Afrique a une histoire. On peut le savoir...après tant de silences   Certes, l'Afrique bouge sous nos yeux actuellement, du moins certains pays plus que d'autres, chapeautés par l'aide chinoise ou non, certains ne s'étant pas encore relevés de la potion amère du FMI et des fonds vautour.
  Mais elle l'a toujours fait, si l'on met entre parenthèse la période coloniale où l'Europe se partageait le gâteau.
       Ce continent oublié, ce passé occulté nous revient aujourd'hui après tant             Pour les colonisateurs, l'Afrique était une page vierge où l'Europe allait inscrire ses valeurs, au nom d'une civilisation de référence et d'intérêts bien compris. Pour s'installer en Afrique et l'exploiter en toute bonne conscience, il fallait bien "infantiliser" ce continent de grands enfants, comme l'avait bien vu déjà ironiquement Montesquieu:
   "Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres._Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves._Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre._On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir..."
 

    Après la période coloniale, la Françe-Afrique a pris le relai, faisant mine de gérer l'indépendance, comme au Gabon, où Sarkozy, et d'autres, ont réécrit l'histoire
   Paris a forcé la main aux Africains: "... l'indépendance imposée aux Africains, bien que décidée par Paris avec la bénédiction de Washington au gré des préjugés les plus réactionnaires et de vils calculs, fut présentée comme le triomphe des idées progressistes, de la liberté, de la modernité politique et, ironie suprême, de la volonté des Africains."
    L'Afrique de "Papa" n'est pas tout à fait finie... L'imposition du franc CFA reste une des traces de cette subordination.
  L'Afrique, si diverse, n'est "en retard" que par rapport à nos modèles de développement, mais elle pourrait bien nous étonner par les chemins originaux qu'elle pourrait prendre à l'avenir. "L'Afrique est mal partie", disait R. Dumont après les décolonisations officielles, mais elle pourrait bien un jour nous surprendre..  
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mercredi 16 décembre 2009

Nicolas et Angela



Relations ambigües

Chien et chat...

Sarkozy entdeckt Deutschland


"Alors que la polémique fait rage sur la présence ou non de
Nicolas Sarkozy, le 9 novembre 1989, lors de la chute du mur à Berlin, et que Nicolas Sarkozy devrait dire ce lundi soir sur TF1 tout le bien qu'il pense du couple franco-allemand, on se rappellera que l'actuel président a déjà eu quelques difficultés avec l'histoire de l'Allemagne...En effet, en 2007, lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait provoqué une polémique chez nos voisins, en comparant la France "terre des droits de l'Homme" et l'Allemagne qui avait inventé le totalitarisme.À l'époque, même le journaliste de Libération, Jean Quatremer, en avait parlé sur son blog. Daniel Schneidermann aussi dans une chronique." (Le Post)

-

"
Les Français et les Allemands doivent devenir des frères.

La fraternité des deux peuples doit devenir

quelque chose d’élémentaire [...].

Il est clair que nos intérêts se rencontrent

et se rencontreront de plus en plus.

Elle a besoin de nous autant que nous avons besoin d’elle."

Charles de Gaulle,____________

-Pourquoi cette obsession de Sarkozy avec l'Allemagne ?:

"Lors de sa conférence de presse, lundi, Nicolas Sarkozy a fait plusieurs fois allusion à l'Allemagne, « notre plus grand ami et concurrent » (« notre plus grand » s''appliquant aussi à « concurrent »). Pourquoi s'obstine-t-on à parler de l'Allemagne comme de notre « concurrent », plus de 50 ans après la naissance de la communauté européenne ?__Parce que l'Europe n'existe pas encore dans les têtes des dirigeants français. La région Rhône Alpes parle-t-elle de l'Ile-de-France comme d'une concurrente ? Les hommes politiques allemands parlent-ils de « notre plus grand concurrent, la France » ?-Tantôt l'Allemagne est citée comme étalon de comparaison, voire comme modèle. Lorsque l'Allemagne prend la même initiative que la France, c'est forcément un gage de qualité. Surtout quand l'Allemagne arrive après la France ! Nicolas Sarkozy ou ses ministres ont ainsi récemment cité en exemple l'Allemagne sur plusieurs dossiers .Le contrôle des déficits publics___L'investissement (la France doit « rattraper son retard » par rapport aux Allemands)_Le taux de prélèvement obligatoires (« En 2007, la dépense publique représentait 52% du PIB contre 43 % en Allemagne… voilà la situation dont j'ai hérité »)
  • A tort, la mise en place du bouclier fiscal que Nicolas Sarkozy n'a pas « inventé »
  • La baisse de la TVA sur les restaurants (à tort encore : elle est encore à 19% en Allemagne)
  • La création des « campus universitaires d'excellence » inspirée de l'exemple allemand, selon Valérie Pécresse
  • Tantôt l'Allemagne devient celle qu'on a « battue ». Le 1er décembre 2009, à Toulon, Sarkozy se félicitait ainsi d'avoir une baisse de l'activité moins prononcée que celle de l'Allemagne :« Quant à nos amis Allemands, c'est très simple : la récession est deux fois plus importante qu'en France. »Dans le même discours, il revenait ainsi sur la création du « médiateur du Crédit » :« Cela ne devait pas être une si mauvaise idée puisque Madame Merkel vient de décider aujourd'hui même de doter l'Allemagne d'un médiateur du Crédit. Je me réjouis que l'Allemagne prenne la même décision que nous, mais nous l'avions prise l'année dernière. »__________Un problème personnel avec l'Allemagne ?Sarkozy va bien plus loin que ses prédécesseurs dans l'insistance sur une rivalité avec l'Allemagne. Pendant la campagne électorale, il avait déjà affiché un esprit bien peu amical, lorsqu'il avait déclaré dans un discours prononcé à Nice, à l'adresse des « adeptes de la repentance » :« Je suis de ceux qui pensent que la France n'a pas à rougir de son histoire. Elle n'a pas commis de génocide. Elle n'a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l'homme et elle est le pays du monde qui s'est le plus battu pour la liberté. »
-Nicolas Sarkozy, une obsession allemande | Mediapart:
"C'est à croire que le fantôme d'Angela Merkel hante ses nuits de président. A l'Elysée, ce lundi 14 décembre, lors d'une conférence de presse pourtant dédiée au grand emprunt (initiative franco-française s'il en est), Nicolas Sarkozy n'a cessé de faire référence... à l'Allemagne, «notre plus grand ami et concurrent».


Cette fois, c'est sûr : crise oblige, Nicolas Sarkozy a cessé son flirt avec le Royaume-Uni et ne jure plus que par le pays d'Angela, qu'il a évoqué au moins cinq fois en une heure. A tel point que la Süddeutsche Zeitung ironisait ce lundi sur son site internet (photo) : «Sarkozy découvre l'Allemagne», pour moquer ce président qui semble enfin se rendre compte que l'Allemagne existe après l'avoir longtemps ignorée
-Entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, c'est pas la fête!...
Quand Gérard Leclerc, patron de La Chaîne Parlementaire, lui demande s'il a l'intention de revenir sur le fameux bouclier fiscal (c'est-à-dire le plafonnement des impôts à 50% des revenus), Nicolas Sarkozy s'énerve. Et ressort son pare-feu favori: le prétendu bouclier fiscal... allemand. «L'Allemagne a un bouclier fiscal et le bouclier fiscal est inscrit dans la Constitution.»Bruxelles et à Saint-Quentin), puis encore en mai (à Nîmes)....
pour justifier le serrage de ceinture à venir, c'est une nouvelle fois... vers l'Allemagne que Nicolas Sarkozy s'est tourné. En prenant, encore une fois, quelques libertés avec la réalité : «L'Allemagne ramènera ses déficits à zéro en 2016. C'est même inscrit dans la Constitution», a-t-il dit.__En réalité, l'Allemagne s'est engagée à ramener son déficit fédéral, non pas à zéro, mais à 0,35% de son produit intérieur brut en 2016 – ce qui représente tout de même «entre 9 et 10 milliards d'euros» selon l'agence de presse DPA. Objectif: repasser en 2013 sous la barre des 3%, seuil des critères de Maastricht auxquels l'Allemagne, championne de l'orthodoxie budgétaire, est très attachée._A partir de 2020, les déficits dans les Etats régionaux seront également proscrits, sauf catastrophe naturelle ou récession. La loi a été adoptée par le Parlement en mai 2009, et le principe de “freinage de l'endettement” («Schuldenbremse») est inscrit dans la Constitution.Mais Nicolas Sarkozy, qui vante le chemin pris par l'Allemagne, s'en déroute largement.
C'est absolument faux, mais le chef de l'Etat raffole de ce mensonge,déjà servi à trois reprises..."

mercredi 25 novembre 2009

Histoire optionnelle     



L'histoire, discipline incontournable?

-L'Histoire mise à mal-

-« Bon, l'histoire et la géo c'est bien. Mais sur le plan des pures performances, regardons les US qui ont un maximum de prix Nobel, combien savent où se trouve la France ou bien la plupart des 50 états des US? Il n'y a nul besoin de culture pour être performant en mathématiques ou en physique, et pour un gouvernement qui pense en termes de performances ce sont des connaissances optionnelles. Maintenant si nous revenons au but primordial de l'éducation Française qui est de créer d'honnêtes personnes (au sens de la renaissance) capables de penser en tant que citoyens d'une république lumineuse, c'est un tout autre propos, mais qui ne peut intéresser des néo-libéraux comme Sarkozy et ses ministres... » explique ainsi sfjp. « L'éducation coûte cher ? Essayez l'ignorance ! eh bien ça y est, on essaie. » s’indigne Toinou-(Blog Marianne)
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Contre la suppression de l’Histoire-Géographie en Terminale Scientifique:
"On peut supposer que les pressions des associations de mathématiciens et de physiciens qui veulent à tout prix conserver à cette terminale son caractère de « pureté » ont dû être très fortes ces derniers jours. Cela aboutit à une décision qui privera plus de la moitié des lycéens de Terminale d’un enseignement tout à fait nécessaire. Cette question ne concerne pas que les historiens et géographes, même si l’on ne doit pas s’étonner que ces derniers protestent très vigoureusement. Ancien élève de ce que l’on appelle une Terminale Scientifique (une Terminale C en l’occurrence), économiste et spécialiste en recherches stratégiques, je me suis sentis personnellement interpellé par cette mesure.___________Une mesure démagogique et une politique schizophrène.Tout le monde peut comprendre, au vu de ce qu’est un lycéen aujourd’hui, et plus particulièrement dans une section scientifique avec une spécialisation renforcée par la réforme, qu’une telle décision va aboutir à la suppression totale de cet enseignement. Très peu nombreux seront les élèves qui prendront une telle option. Nous ne devons donc nourrir aucune illusion. Le caractère démagogique de la mesure est évident dans la mesure où il fait reposer sur les élèves la décision de prendre ou de ne pas prendre les cours d’Histoire et Géographie à un moment où la spécialisation de la filière vient d’être réaffirméeAlors que, aujourd’hui, plus de 50% des élèves ont choisi la Terminale Scientifique, ceci revient à enlever l’enseignement d’Histoire et Géographie à cette même proportion. Quand bien même on arriverait dans le cours de la réforme à faire baisser ce nombre vers le 35%, ceci resterait absolument inacceptable.Seul le rétablissement de l’Histoire et de la Géographie dans le cadre de cours obligatoires peut garantir qu’elles seront suivies par les élèves des Terminales Scientifiques.Il faut alors souligner l’incohérence profonde de cette décision. Elle survient au moment même où, de la commémoration de l’anniversaire de la mort de Guy Môquet au grand débat sur « l’identité nationale », en passant par le projet d’un musée de l’Histoire de France, la question de l’Histoire, mais aussi de la Géographie (car la conscience nationale s’enracine dans des pays et des paysages) occupe une place centrale dans notre pays. Contrairement à d’autres, je ne pense pas que le débat sur l’identité nationale puisse être évité, mais je pense qu’il doit être soigneusement défini pour éviter les dérapages.______On se souvient du livre de Fernand Braudel L’Identité de la France, et de la place qu’il donnait à la fois aux paysages, à leur construction sociale, et à l’Histoire dans la production d’un sentiment national. La définition de ce dernier ne saurait renier ce qu’il doit à ces deux disciplines. Dans l’identité nationale, il y a aussi l’histoire des luttes sociales qui permet de comprendre la spécificité de chaque culture politique. Ce n’est pourtant pas à un homme de Gauche que nous devons de nous rappeler de ce que l’histoire du progrès de la civilisation est aussi celle de la lutte des classes. C’est à François Guizot que revient l’honneur de la formule, et Marx lui en avait donné crédit. Que penser d’une histoire qui serait réduite à sa plus simple instantanéité ?Ou alors, mais on n’ose croire que tel soit le projet du gouvernement, cela reviendrait implicitement à faire reposer ce sentiment national, cette « identité française » sur une couleur de peau ou une religion. Ceci impliquerait pour le coup une rupture absolument radicale avec ce qui fait l’essence même du sentiment national en France.On peut alors s’interroger sur la logique d’une telle politique qui prétend faire de la conscience nationale une priorité, qui va même jusqu’à créer à cette fin un Ministère de l’Intégration, et qui projette de la retirer en réalité à la moitié des élèves de Terminale. Ce n’est plus de l’incohérence, c’est de la schizophrénie pure et simple.

Quels citoyens voulons nous pour demain ?Au-delà, les raisons sont nombreuses qui militent pour le maintien d’un enseignement d’Histoire et de Géographie pour les Terminales Scientifiques.Dans la formation du citoyen, ces disciplines ont un rôle absolument fondamental. La compréhension du monde contemporain, de ses crises économiques ou géostratégiques, des rapports de force qui se nouent et se dénouent en permanence entre les nations, implique la maîtrise de l’Histoire et de la Géographie. Est-ce à dire que, pour le Ministère de l’Éducation Nationale, les élèves des Terminales Scientifiques sont appelés à être des citoyens de seconde zone ? Est-ce à dire que l’on n’attend plus d’un mathématicien ou d’un physicien qu’il soit aussi un citoyen ?Ou bien, voudrait-on ici organiser à terme une France à deux vitesses où d’un côté on aurait de grands décideurs dont la science serait au prix de leur conscience, et de l’autre le simple citoyen auquel on pourrait laisser ce savoir si nécessaire car devenu sans objet dans la mesure où ce dit citoyen ne pourrait plus peser sur les décisions politiques ?________Il est vrai que l’on peut s’interroger aujourd’hui devant la réduction, sans cesse croissante, de la démocratie à ses simples formes, qui ont elles-mêmes été bafouées comme on l’a vu pour le vote du referendum de 2005.Par ailleurs, cette décision est en réalité autodestructrice pour notre économie dont on prétend cependant que l’on veut en pousser l’externalisation.Aujourd’hui, dans les formations de pointe, qu’il s’agisse de Polytechnique (Chaire de management interculturel), des autres Grandes Écoles (École des Mines, École des Ponts et Chaussées) ou des Écoles de commerce et de gestion (HEC, ESSEC, SupdeCo, etc...), qui toutes impliquent de la part de l’étudiant une Terminale Scientifique, l’accent est mis sur la compréhension du monde contemporain. Ceci nécessite une formation de base en Géographie (humaine, économique et géopolitique) mais aussi une formation en Histoire afin de fournir les bases de compréhension des évolutions du monde contemporain.Ceci correspond à une demande spécifique des entreprises françaises qui sont de plus en plus engagées dans un processus d’internationalisation de leurs activités. Qu’il s’agisse de la question des contrats, ou encore du développement d’activités à l’expatriation, la connaissance des fondements historiques, géographiques et culturels de ces sociétés, qui pour certaines sont très différentes de la nôtre, est absolument indispensable.L’absence de ces disciplines, ou la réduction de leurs horaires à la portion congrue, défavoriseraient considérablement ceux des élèves de Terminale Scientifique qui ne veulent pas s’orienter vers des activités strictement en liaison avec les sciences de la nature._______L’Histoire, la Géographie et la double nature de la Science Économique.Moi-même, en tant qu’économiste, je ne cesse de mesurer ce que ma discipline doit à l’Histoire (pour l’histoire des crises économiques mais aussi des grandes institutions sociales et politiques dans lesquelles l’activité économique est insérée) mais aussi à la Géographie avec son étude des milieux naturels et humains, des phénomènes de densité tant démographique que sociale. Comment peut-on penser la crise actuelle sans la mémoire des crises précédentes ? Comment peut-on penser le développement de l’économie russe hors de tout contexte, comme si ce pays n’avait pas sa spécificité de par son histoire mais aussi de par son territoire ? Nous savons bien que les processus économiques ne sont pas les mêmes dans les capitales, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, et dans les régions.___________Pourtant, j’ai fait ma scolarité dans ce que l’on appelait à l’époque une Terminale C, et je ne regrette pas les mathématiques et la physique, qui m’ont été nécessaires justement pour faire de l’économie, pour me frotter à la modélisation, et en mesurer la force mais aussi les limites. Pour dire les choses simplement, si l’on trouve bien en économie des régularités, qui permettent le calcul, ces dernières ne sont que temporaires et en réalité elles n’ont de pertinence que dans un cadre institutionnel précis. Que ce cadre change, et ces régularités changeront aussi.L’économie ne sera jamais une science construite sur le modèle des sciences de la nature, comme les mathématiques ou la physique ou encore la mécanique. La raison fondamentale est que l’économie, activité humaine, dépend par trop de la subjectivité des acteurs et que cette subjectivité change suivant les contextes mais aussi suivant les changements dans la structure de la « dotation en facteur » que l’on reconnaît à chaque agent.Michal Kalecki, un grand économiste polonais qui fut l’égal de Keynes, disait qu’il y avait deux erreurs qu’un économiste pouvait un jour commettre. La première était de ne pas calculer, et la seconde était de croire en ce qu’il avait calculé ! Ceci me semble bien résumer la double nature de la science économique. Les calculs que l’on peut faire n’ont de pertinence que temporaire et limité, pour tout dire contextuelle. Mais cela ne veut pas dire que dans un contexte donné ils n’aient pas de pertinence.On voit donc bien que si l’Économie n’est pas bien sûr le simple prolongement de l’Histoire et de la Géographie, elle perd toute pertinence à ne pas se nourrir à ces deux disciplines, et ceci de plus sans que cela soit exclusif d’autres disciplines comme l’Anthropologie ou la Sociologie. L’économie est donc fondamentalement une science sociale, mais une science sociale impliquant le recours étendu à des calculs comme instruments et cela sans que jamais on puisse cependant y voir une « nature » propre de l’économie. À ce titre, ceux qui prétendent vouloir trouver dans les mathématiques la clé de la scientificité de la science économique errent gravement, à la fois en tant qu’économistes et en tant qu’épistémologues.Il faut donc arrêter cette mesure avant qu’il ne soit trop tard, et pour cela susciter le mouvement de protestation le plus important et le plus large possible. Le Ministère doit impérativement réintégrer l’Histoire et la Géographie parmi les matières obligatoires en Terminale Scientifique !" (J.Sapir)

-Toute l'Histoire avec Herodote.net
-L'Histoire à la carte
-Sites Web - histoire géographie éducation civique
-Sciences Humaines, Histoire et médias : promotion de l'Histoire sur Internet
-______________________
-Histoire revisitée
-Identité nationale: diversion?

jeudi 25 octobre 2007

Guy Môquet :mémoire manipulée?


Laissons Guy Môquet en paix...

Personne n’en aurait parlé si, dans sa mise en scène permanente de lui-même,dans sa prétention à transcender tout clivage politique, dans son art consommé de brouiller les cartes en instrumentalisant l’histoire, dans sa volonté récupératrice qui fait feu de tout bois (ce fut Jaurès, bientôt Marx ?), notre Grand Timonier n’avait pas utilisé sa mémoire. Le présent n’est pas brillant, l’avenir semble échapper au volontarisme magique, reste le passé qu'’on torture pour en faire un élément fédérateur, faute de mieux...Nihil novi... ZEN




Guerre des mémoires, par Bertrand Le Gendre Le Monde| 24.10.07 | 13h36 • Mis à jour le 24.10.07 | 13h37

"En 2005, la polémique portait sur l’esclavage, le génocide arménien et le rôle "positif" de la colonisation... On croyait cette guerre des mémoires éteinte, mais le feu couvait sous la cendre. De nouveaux foyers ont pris feu, ranimant les passions. Comment parler de l’immigration ? A qui appartient Guy Môquet ? La République est-elle comptable des crimes de Vichy ?

Ces questions, Nicolas Sarkozy et son conseiller spécial, Henri Guaino, les posent sans complexes. Comme prévu, les historiens se raidissent, la gauche crie à la manipulation des symboles, et l’Elysée persiste. Le chef de l’Etat et son idéologue ont de bonnes raisons d’exalter ainsi le passé. Ils voient dans la nation un antidote providentiel à la mondialisation qui désincarne la France, un remède nécessaire aux forces centrifuges qui minent le vivre ensemble dont parlait Ernest Renan (1823-1892).

Nicolas Sarkozy ne connaissait pas la lettre de Guy Môquet, qu’il a décidé de faire lire le 22 octobre dans tous les lycées. C’est Henri Guaino, gaulliste nostalgique, qui la lui a mise sous les yeux pendant la campagne présidentielle.

A qui appartient la mémoire de ce jeune communiste fusillé à 17 ans par les Allemands, en octobre 1941 ? A tous, affirme l’Elysée. A nous, rétorquent les communistes, non sans arrière-pensées. Exalter le sacrifice de Guy Môquet, c’est passer sous silence l’un des épisodes les moins glorieux de l’histoire du Parti communiste français: l’adhésion du parti au pacte Hitler-Staline d’août 1939. Une trahison qui, en février 1940, valut au père de Guy Môquet, Prosper Môquet, d’être déchu de son mandat de député.

Otages de mémoires concurrentes, les enseignants et les chercheurs, en particulier les historiens, ont le sentiment d’être abusés, dépossédés. Ils disent "instrumentalisés". Dans L’Humanité, une professeure de lettres s’insurge contre la circulaire demandant aux enseignants de lire la lettre d’adieu de Guy Môquet: "Cette circulaire transforme cet hommage au résistant qu’il était en une sorte d’ode à l’obéissance."

Histoires d’hier, querelles d’aujourd’hui. La gauche s’exaspère tout autant de l’invocation par la droite de ses grands hommes: Léon Blum, Jean Jaurès, Jules Ferry... Voulue par Jacques Chirac - horresco referens -, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration est révélatrice de ces tiraillements, dont les travailleurs étrangers sont souvent l’enjeu.

A quelques semaines de son ouverture au public, porte Dorée, à Paris (12e), une poignée d’historiens décidaient de quitter son conseil scientifique pour protester contre la création d’un ministère de l’immigration et de "l’identité nationale". Les mêmes historiens sont revenus à la charge, début octobre, pour contester la création d’un Institut d’études de l’immigration au sein du Haut Conseil à l’intégration. Son inauguration par le ministre, Brice Hortefeux, a dû être reportée sine die.

Guy Môquet, identité nationale... Henri Guaino revisite le passé avec une telle passion qu’il lui arrive de mettre Nicolas Sarkozy en porte-à-faux. Le régime de Vichy était-il la France ? Non, disait de Gaulle. Oui, a dit Jacques Chirac. Non, a expliqué Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, dans un discours inspiré par Henri Guaino: "La France n’a pas commis de crime contre l’humanité, la France n’a pas commis de génocide."

Si la France en tant que telle n’est pas coupable de la rafle du Vél’d’Hiv’, pourtant organisée par la police française, c’est donc Vichy qui est responsable. Retour à la vulgate gaulliste. C’est ce qu’on avait cru comprendre jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy, élu président de la République, assure qu’il n’avait "rien à ajouter et rien à retrancher au très beau discours de Jacques Chirac". En juillet 1995, commémorant la rafle de 1942, l’ancien président avait affirmé que "la France" des années d’Occupation avait commis "l’irréparable", la France et non l’Etat français.

Dans Le Monde du 27 juillet, Serge Klarsfeld, président de l’association Les Fils et Filles de déportés juifs de France, se félicitait aussitôt de ce retour à l’orthodoxie chiraquienne. Qu’en a pensé Henri Guaino ? On le sait depuis l’interview qu’il a accordée à Libération (20-21 octobre). Il ne désarme pas: "Ma France à moi, elle n’était pas à Vichy. Je ne vais pas me repentir de quelque chose que je n’ai pas fait..."

BROUILLONNE, INTÉRESSÉE, APOCRYPHE

Ces messages contradictoires, cet empilement de propos n’embarrassent pas Nicolas Sarkozy. Contrairement à son conseiller spécial, ce n’est pas un idéologue. Il ne se sert pas de l’histoire comme d’un corps de doctrine, mais comme d’une boîte à outils, au risque d’entretenir, par ses zigzags, la guerre des mémoires.

Comme pour le régime de Vichy, la France ne sait pas sur quel pied danser avec l’immigration. Et encore moins avec la colonisation. Là aussi, la parole officielle empile, juxtapose, faute d’un accord sur une lecture commune du passé.

Le Palais de la porte Dorée, où la République se propose aujourd’hui de "changer le regard contemporain sur l’immigration", a d’abord abrité l’Exposition coloniale de 1931. Puis un musée des colonies. Puis un musée de la France d’outre-mer.

Les deux ailes de son grand hall Art déco hébergent toujours des fresques monumentales où se déhanchent, lascives, des négresses nues. Telle était, à l’apogée de l’empire, la vision de l’homme blanc.

Cette sédimentation de l’histoire est une constante du roman national. De la colonisation, certains ne veulent retenir que le côté présentable: Charles de Foucauld, Lyautey, les tirailleurs sénégalais... Les autres ne voient que sa face hideuse: le travail forcé, la torture en Algérie...

L’invocation de Guy Môquet brouille pareillement la mémoire nationale. Elle exalte un acte de résistance héroïque sans le resituer dans son contexte. Contrairement à Guy Môquet, la France profonde a collaboré ou elle a fait le dos rond.

De Gaulle le savait, mais il ne voulait pas le savoir. A peine revenu en métropole, en juin 1944, il s’adressait ainsi à des Normands maréchalistes la veille encore: "Ce que le pays attend de vous, c’est que vous continuiez le combat comme vous ne l’avez jamais cessé depuis juin 1940." De Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy, c’est la même vision de l’histoire nationale qui se perpétue. Brouillonne, intéressée et souvent apocryphe.

Les historiens s’insurgent. Ils ont bien raison. Mais ils n’y peuvent rien. Sinon fourbir leurs arguments pour la prochaine bataille de la guerre des mémoires". Bertrand Legendre Article paru dans l’édition du 25.10.07.


La manipulation des émotions (Contrejournal):

Le théâtre politique de Nicolas Sarkozy