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jeudi 14 août 2025

Retour au bon vieux temps

Celui du capitalisme sauvage, de la loi de la jungle

          Pétrole et  gaz  sans frein.

                    Comme toute les matières premières

        Point de vue et analyse:

Cela                                            "Cela fait désormais partie des usages de la présidence états-unienne. Chaque jour ou presque, Donald Trump donne un show dans son bureau de la Maison-Blanche digne des Affranchis de Scorsese. La violence et l’humiliation le disputent à la flagornerie devant un auditoire qui lui est acquis.                                                                         La semaine dernière, les patrons des géants du numérique n’ont pas échappé à la règle. Le 6 août, Tim Cook, le PDG d’Apple, est arrivé un cadeau à la main dans le bureau Ovale : une plaque en verre commémorative, fabriquée par Corning (un groupe verrier partenaire du groupe), montée sur un socle en or – forcément en or, pour complaire au goût du président (Donald Trump a fait redorer tout son bureau à la feuille d’or à son arrivée).                                                                                                            La plaque est censée symboliser le lancement d’une nouvelle usine, faisant partie des 600 milliards de dollars d’investissements que le groupe a promis d’engager aux États-Unis en quatre ans. Résultat ? Les produits du géant numérique, dont une grande partie est désormais fabriquée en Inde, seront dispensés de droits de douane à leur entrée sur le territoire.                                Le même jour, Donald Trump incendiait le PDG d’Intel, Lip-Bu Tan, et demandait sa démission immédiate, l’accusant d’entretenir des relations étroites avec des dirigeants du Parti communiste chinois et de menacer la sécurité intérieure. Dans la foulée, après entrevue avec son dirigeant, il autorisait le PDG de Nvidia, Jensen Huang, à vendre ses semi-conducteurs, considérés parmi les plus performants au monde, à la Chine. À une condition : que la firme reverse aux États-Unis 15 % des revenus tirés de ses exportations en Chine.                                                                                     Jamais le pouvoir états-unien n’avait pratiqué un tel interventionnisme, mis en œuvre de tels chantages auprès de groupes privés états-uniens. « Le capitalisme en Amérique commence à ressembler à la Chine », s’est alarmé le Wall Street Journal après les annonces sur Nvidia. Le quotidien économique voit dans toutes ces interventions l’émergence d’un capitalisme d’État.                                   Une analyse que beaucoup d’observateurs contestent. Après des premiers mois de décisions intempestives, de menaces, de tête-à-queue spectaculaires, d’arbitrages inexplicables et irrationnels, ceux-ci estiment qu’il n’y a aucune logique à chercher dans la politique de Trump. Elle s’inscrit dans l’imprévisibilité du « fait du prince » : tout peut changer d’un moment à l’autre, selon le jour, selon l’endroit, selon l’interlocuteur.                                                                                                                                   Au-delà du chaos mondial provoqué par Donald Trump, il y a cependant des constantes et des obsessions dans sa politique. Elles se retrouvent dans chaque négociation menée par l’administration états-unienne. Rompant avec le capitalisme financiarisé des dernières décennies, Trump renoue avec un capitalisme d’extraction et d’extorsion. Pétrole, gaz, matières premières, mais aussi données numériques, tout ce qui peut lui permettre de tirer profit, d’exercer un pouvoir monopolistique, l’intéresse.                                                                                                                  « L’exploitation du pétrole, l’exploitation des ressources minières et le transport maritime de marchandises, tous des secteurs extrêmement rentables à travers l’histoire, ont longtemps été un moteur clé de l’économie mondiale », rappelle Laleh Khalili dans son livre Extractive Capitalism (éditions Verso, 2025, non traduit)Avant de tout de suite nuancer son propos : ce capitalisme-là se nourrit de la corruption, de l’exploitation sans limites des ressources naturelles et humaines. Il institue une violence exacerbée contre tous ceux qui lui font obstacle. Cette politique d’accaparement au profit de quelques-uns engendre des inégalités insupportables.                                                                                       C’est à ce capitalisme-là que Donald Trump se réfère. Pour lui, toutes les richesses de la planète doivent être mises à la disposition des États-Unis et de sa volonté.                                Alors que les géants du numérique rêvent d’aller sur Mars, le président états-unien, lui, continue d’ambitionner des expansions terrestres. Des dérèglements climatiques menaçant l’humanité entière, il ne retient qu’une seule chose : la disparition des pôles, la fonte des glaciers et la fin du permafrost sont autant de territoires, jusque-là inexplorés, qu’il convient de conquérir. Ce sont les nouvelles frontières de son mandat.                                                                                                                            Dès son arrivée à la Maison-Blanche, il a désigné le Groenland comme une proie à avaler de gré ou de force pour pouvoir mettre la main sur ses ressources minières. Même si ce n’est pas l’enjeu premier de sa rencontre avec Vladimir Poutine le 15 août, choisir l’Alaska comme terrain de rencontre n’est pas sans signification. Donald Trump se projette déjà dans l’après : quand les glaciers de l’Arctique auront quasiment disparu. Au-delà des richesses inexplorées du sous-sol, la route maritime du pôle Nord deviendra utilisable tout au long de l’année, devenant la voie la plus rapide pour passer d’un côté à l’autre de la planète. Et les États-Unis et la Russie en seront les gardiens.                                                                                Mais pour l’instant, c’est d’abord le pétrole et le gaz qui l’intéressent. Dès son premier mandat, Donald Trump s’est montré fasciné par le monde pétrolier et les centaines de milliards de dollars qu’il charrie. Faisant une cour assidue à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et même à la Russie, il agissait alors comme si son pays, premier producteur mondial de pétrole, était membre du cartel de l’Opep, discutant avec les uns et les autres prix et production.                                                                    Depuis le début de son second mandat, le pétrole est devenu chez lui une obsession. Il veut des explorations, des forages partout, prendre le contrôle de toutes les réserves possibles dans le monde, sur terre ou dans les mers. Mais sa préoccupation est d’abord aux États-Unis. Alors que de nombreux gisements sont en cours d’épuisement, que les groupes ne veulent plus relancer de nouveaux projets faute de rentabilité assurée, il met tout en œuvre pour les inciter à redévelopper l’exploration et la production pétrolière et gazière états-unienne.                      Une de ses premières décisions a été de couper tous les moyens aux énergies renouvelables et à toutes les technologies propres, parce qu’elles font peser un risque existentiel au secteur pétrolier états-unien. Mais pour convaincre le secteur pétrolier d’investir à nouveau, il pense avoir trouvé la carte maîtresse qui va les convaincre : ce sont les autres pays, ceux qu’ils considèrent comme les vassaux des États-Unis, qui vont prendre les risques.

Dans l’accord commercial avec le Japon, il a ainsi imposé que les Japonais investissent 550 milliards de dollars aux États-Unis pour avoir accès au marché états-unien avec des droits de douane de 15 %. Et il a déjà désigné le premier projet d’investissement obligatoire : les capitaux japonais devront financer le gazoduc reliant l’Alaska aux États-Unis. Un projet vieux de trente ans qui n’a jamais réussi à voir le jour faute de capitaux et débouchés suffisants.                                                                     En contrepartie de 15 % de droits de douane sans réciprocité, les Européens eux se sont vu extorquer l’obligation d’acheter pour 750 milliards de dollars de pétrole et de gaz états-uniens en trois ans. Même si l’Europe entend respecter à la lettre ces exigences, la production pétrolière et gazière états-unienne disponible – en dehors de la consommation intérieure – et les infrastructures nécessaires pour la transporter vers l’Europe ne sont pas suffisantes pour remplir de telles conditions, sauf à appliquer des prix exorbitants en dehors de tout prix de marché. Mais qu’importe ! Donald Trump tient là un moyen de chantage qu’il pourra utiliser quand bon lui semble contre les Européens.                                                                                    Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président états-unien a une autre obsession : les matières premières. Irrité par le quasi-monopole que s’est constitué le gouvernement chinois sur toutes les matières premières stratégiques et critiques dans le monde, qui lui donne un moyen de pression et de chantage inégalé, impressionné selon son entourage par la stratégie chinoise des routes de la soie, Donald Trump a décidé de marcher sur les traces de Pékin. Il développe désormais une diplomatie minière qui vise à faire main basse sur toutes les ressources disponibles dans le monde, en utilisant tous les moyens à sa disposition.                                         Cuivre, nickel, terres rares, tungstène... tout l’intéresse, en particulier les métaux nécessaires aux nouvelles technologies liées au numérique et à l’électrification des usages. Et le président états-unien a décidé d’utiliser tout le pouvoir militaire et diplomatique états-unien pour se les approprier.     Sa soudaine préoccupation pour arbitrer des conflits régionaux qui jusqu’alors ne le préoccupaient guère en témoigne : à chaque fois, en contrepartie de son arbitrage, il arrache des droits miniers pour les États-Unis. Le cas le plus flagrant est celui de l’Ukraine. Pour maintenir son soutien militaire à Kyiv, Donald Trump a extorqué au gouvernement ukrainien un accord sur la quasi-totalité des ressources minières et énergétiques du pays. Gaz, pétrole, terres rares et métaux critiques sont désormais à la main des groupes états-uniens pour leur exploitation.

Fort de ce précédent, Donald Trump a repris le même schéma dans d’autres dossiers. Il s’est ainsi beaucoup impliqué dans la résolution de paix entre le Rwanda et le Congo, aux ressources minières gigantesques que plusieurs pays, dont la Chine mais aussi de nombreuses mafias, se disputent. Pesant de tout son poids pour obtenir un cessez-le-feu et la garantie des frontières existantes, il a obtenu en compensation que les États-Unis aient un droit d’accès privilégié aux ressources minières de l’est du pays.                                                                                                                            Le même scénario s’est reproduit lors du conflit entre l’Inde et le Pakistan fin juin. Dans les discussions de cessez-le-feu, Trump a obtenu l’ouverture privilégiée de concessions minières à des groupes états-uniens. Depuis, il estime que le Pakistan est un allié parfait, à l’inverse de l’Inde qui continue à acheter du pétrole russe.       L’accord signé entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie sur le Haut-Karabakh s’inscrit dans le droit fil des accords précédents. Dans le cadre de sa médiation dans le conflit, Donald Trump a réussi à instituer une zone de transit permettant à Bakou d’atteindre ses territoires plus à l’ouest. Nommée « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP), elle va permettre aux intérêts états-uniens de disposer d’un droit privilégié pour accéder aux ressources pétrolières et minières de cette région d’Asie centrale, jusque-là chasse gardée de la Russie.                                                                                                                                                          Mais il n’y a pas que les ressources naturelles qui intéressent Donald Trump. Avec le développement des technologies du numérique et l’essor de l’intelligence artificielle, les géants du secteur ont convaincu l’administration états-unienne que les données, toutes les données, étaient des ressources indispensables pour perpétuer leur domination sur les nouvelles technologies.   Il y a déjà plusieurs années que ces géants ont commencé à s’approprier toutes les données personnelles à leur disposition, afin d’améliorer les performances de leur ciblage publicitaire, leur première source de revenus, voire de manipuler les opinions comme dans le cas du scandale de Cambridge Analytica.               ___Mais avec le développement de l’intelligence artificielle, leurs appétits sont décuplés. Production intellectuelle, production artistique, savoirs scientifiques et techniques, savoir-faire, en quelques années, ils ont siphonné tout ce qui était à leur disposition. Dans l’indifférence totale de nombre de gouvernements – à commencer par le gouvernement français – qui n’ont pas mesuré l’importance de ces matières premières à l’ère numérique. Au mépris également de toute propriété intellectuelle, eux qui sont si à cheval sur leurs droits de propriété de marque.                                                                                                            Engagée dans une bataille mondiale de conquête numérique, la Chine a décidé de répliquer et de frapper là où les géants du numérique sont vulnérables : ces droits de propriété justement qui confortent leur pouvoir. À l’inverse de ChatGPT, Meta ou Google, la société DeepSeek et ses concurrents Alibaba, Qwen et autres, étroitement surveillés par le gouvernement chinois, ont tous décidé de laisser leurs modèles d’intelligence artificielle gratuits afin de faciliter la diffusion de leurs langages dans le monde entier.           Donald Trump n’a pas encore réagi à ce nouvel assaut chinois. Mais il ne devrait pas tarder. Dès le début de son nouveau mandat, il est déjà parti en guerre contre toutes les lois, toutes les protections instituées notamment en Europe qui font obstacle à l’exploitation sans réserve des données et de la production intellectuelle par les géants états-uniens. Un premier exemple a été donné avec le Canada, qui du jour au lendemain s’est vu imposer 35 % de droits de douane, en raison de la taxation des géants du numérique.                                                             Car, dans ce capitalisme d’extraction et d’extorsion, dans ce colonialisme à peine revisité, il n’y a pas de place pour les vassaux. Les langages, la création intellectuelle sous toutes ses formes, sont des matières premières indispensables au numérique qui ne sauraient échapper à la domination états-unienne. "     [Merci à Martine Orange- souligné par moi]                                                _______________________________

vendredi 23 janvier 2026

Point de bascule

   La confiance n'y est plus

      C'est la brutalité à sens unique. L'homme est dangereusement imprévisible. Le divorce s'accentue. De quoi affoler le mondes des affaires

 si la rupture doit s'accentuer. Faire son deuil?...C'est une ère de défiance qui commence. Certains relativisent: ce n'est pas la première fois et la période faste de mondialisation était sans doute destine à être une exception..... 

     


                                                                   


C’est

         "...  Les USA ne sont plus considérés comme sûrs. C'est sans doute la seule force qui peut contraindre Donald Trump    à changer de position, à limiter son ivresse de pouvoir : les marchés. Mais à la différence du Liberation Day – ce jour d’avril où le président états-unien avait lancé sa guerre commerciale mondiale –, les marchés en ce début d’année semblaient indifférents à l’instabilité grandissante du monde. Les tensions géopolitiques et financières ont pourtant atteint une intensité inégalée. La confiance a disparu. En confirmant ses menaces sur le Groenland, le président états-unien ébranle un des piliers qui ont assuré la domination économique et financière américaine : les États-Unis ne sont plus considérés comme sûrs.  .....                                                                                                                      

C’estsans doute la seule force qui peut contraindre Donald Trump à changer de position, à limiter son ivresse de pouvoir : les marchés. Mais à la différence du Liberation Day – ce jour d’avril où le président états-unien avait lancé sa guerre commerciale mondiale –, les marchés en ce début d’année semblaient indifférents à l’instabilité grandissante du monde. Les tensions géopolitiques et financières ont pourtant atteint une intensité inégaléeEnlèvement et arrestation de Nicolás Maduro, saisie de la production pétrolière du Venezuela, ouverture d’une procédure judiciaire contre le président de la Fed, Jerome Powell, enfin projet d’accaparement du Groenland avec menaces de droits douaniers supplémentaires pour tous les pays européens – officiellement alliés – qui s’opposeraient aux vues du président états-unien… En moins de trois semaines, la présidence Trump a frappé tous azimuts, adoptant presque autant de mesures agressives que pendant toute sa première année de mandatÀ chaque fois, les marchés n’ont pas réagi, donnant l’impression qu’ils accordaient une sorte de blanc-seing à toutes les initiatives de l’administration Trump, y compris les plus dangereuses. Cette complaisance semble s’être arrêtée le 20 janvier.    Enlèvement et arrestation de Nicolás Maduro, saisie de la production pétrolière du Venezuela, ouverture d’une procédure judiciaire contre le président de la Fed, Jerome Powell, enfin projet d’accaparement du Groenland avec menaces de droits douaniers supplémentaires pour tous les pays européens – officiellement alliés – qui s’opposeraient aux vues du président états-unien… En moins de trois semaines, la présidence Trump a frappé tous azimuts, adoptant presque autant de mesures agressives que pendant toute sa première année de mandat.

                   ???Tous les marchés ont plongé dans le rouge, mais aux États-Unis encore plus qu’ailleurs. À Wall Street, les grands indices boursiers ont effacé tous les gains enregistrés depuis le début de l’année. Le Dow Jones a baissé de 1,8 %, le S&P 500 de 2,1 %, le Nasdaq de 2,4 %. Les sanctions ont été beaucoup plus sévères pour les groupes de la high tech et du numérique. Le géant mondial des puces, Nvidia, a reculé de 4,3 %, Apple de 3,46 %, et l’informaticien Dell a perdu plus de 7 %.

             Le véritable avertissement a été donné ailleurs, sur les bons du Trésor états-uniens. Le taux des obligations états-uniennes à trente ans est passé au-dessus de 4,95 %, celui des bons du Trésor à dix ans est au-dessus de 4,3 %. Établis par les marchés en fonction de l’offre et de la demande – à la différence des taux courts fixés par la Réserve fédérale –, ils indiquent un niveau de défiance palpable : les taux états-uniens sont désormais parmi les plus hauts des pays occidentaux.

          Dans le même temps, le dollar a continué à se déprécier par rapport aux autres devises – il ne vaut désormais que 0,86 euro – tandis que l’or poursuit son ascension himalayenne : l’once est à plus de 4 864 dollars. Elle était à 2 770 dollars il y a tout juste un an.

            L’annonce de Donald Trump, dans son discours très attendu de Davos le 21 janvier, que les États-Unis ne recourraient pas « à la force » mais qu’ils voulaient engager des négociations « immédiatement » pour s’emparer du Groenland, a à peine inversé la tendance. À l’ouverture de Wall Street, le S&P 500 progressait de 0,3 %, le Nasdaq de 0,2 %, et l’or continuait à monter.


               L’administration Trump refuse d’y voir un signal, encore moins une mise en garde du monde financier. À Davos, le secrétaire au Trésor états-unien, Scott Bessent, a balayé toutes les critiques ou même les questionnements sur la politique de Donald Trump, sur ses prétentions à vouloir s’emparer du Groenland et la remise en cause de l’Otan. Tout est sublime, forcément sublime. Pour lui, la chute des bons du Trésor états-uniens n’est en aucun cas liée aux décisions de la Maison-Blanche mais aux ventes énormes intervenues sur le marché japonais...

     ;;;Les observateurs et les analystes ont une autre lecture. « Je pense que quand nous nous retournerons sur ce moment, nous considérerons avec le recul qu’il a marqué un point de bascule », confie au Wall Street Journal Adam Posen, président de l’Institut Peterson.

       Longtemps incontestée, la domination monétaire, financière et économique états-unienne ne va plus de soi. La Chine, au travers des Brics notamment, remet en cause depuis plusieurs années déjà la suprématie du dollar. Mais personne ne s’attendait à ce qu’un président états-unien porte les coups les plus durs, les plus dangereux, contre cette domination financière et économique.

     Une vraie crise de confiance s’est nouée depuis le retour de Donald Trump. L’engagement des guerres commerciales avec ses alliés d’autrefois, ses décisions unilatérales d’extorsion et d’appropriation, la remise en cause des alliances passées, à commencer par l’Otan, au-delà des désordres provoqués, créent un sentiment de malaise : les États-Unis ne sont plus aussi sûrs qu’auparavant. La lente chute des bons du Trésor états-uniens depuis un an, considérés jusqu’alors comme l’actif le plus sûr du monde, de même que la baisse des réserves en dollars dans les banques centrales illustrent cette défiance grandissante.

       « Vendre les États-Unis » est même devenu un mot d’ordre chez certains analystes. Même si l’argent du monde entier continue d’affluer sur les marchés états-uniens, un certain ralentissement apparaît dans tous les secteurs. Et c’est encore plus vrai dans les échanges commerciaux, où la domination du dollar comme unique monnaie de réserve s’effrite. « Il existe des canaux pratiques et efficaces qui ne se limitent pas aux canaux du dollar états-unien », relevait à Davos le directeur général de Standard Chartered, Bill Winters, justifiant les besoins de diversification par l’émergence d’un monde multipolai

La montée des tensions avec l’Union européenne (UE) pourrait encore accélérer le mouvement. Dès le 18 janvier, un analyste de la Deutsche Bank publiait une note en réaction aux annonces des hausses de droits de douane imposées au Danemark, à l’Allemagne, à la France, à la Grande-Bretagne, à la Finlande, à la Suède et à la Norvège pour les punir de s’opposer aux volontés trumpiennes de s’emparer du Groenland.

          Les sommes engagées par le fonds de pension danois représentent une goutte d’eau dans la masse des investissements européens : à peine 100 millions de dollars. Mais si l’exemple danois faisait tache d’huile, ce serait une autre histoire. L’Europe détient plus de 8 000 milliards de dollars d’actions et d’obligations états-uniennes, soit le double de tous les investissements détenus par les investisseurs étrangers dans le monde.

    Alors que le gouvernement états-unien a plus besoin que jamais d’argent pour financer ses déficits et ses investissements, la menace d’un retrait de l’épargne européenne constituerait une catastrophe pour l’administration Trump. Le secrétaire au Trésor états-unien exclut par avance ce scénario. « Je n’ai aucune inquiétude. Je vois nos adjudications. Nous enregistrons des investissements étrangers record », a-t-il déclaré, avant d’assurer que le président de la Deutsche Bank s’était désolidarisé de la note de son analyste.

Les observateurs sont beaucoup moins affirmatifs. Si tous excluent une liquidation éclair des actifs européens, ils envisagent très bien un découplage plus ou moins rapide, la domination états-unienne étant devenue une menace pour tous les alliés. « Nous sommes au milieu d’une rupture et non d’une transition », a insisté le premier ministre canadien – auparavant ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre –, Mark Carney, ovationné à la fin de son discours mardi à Davos.

Pour les États-Unis, cette rupture risque d’être au moins aussi lourde que pour ses alliés. Pendant des décennies, en contrepartie d’une stabilité économique et financière, ces derniers ont accepté d’apporter leur épargne, d’investir aux États-Unis, de financer les déficits états-uniens, de soutenir le dollar. Jamais pays n’avait bénéficié de tels privilèges. Même si le statut des États-Unis était en train de s’éroder avec l’émergence d’un monde multipolaire, il conservait encore une grande importance. Depuis un an, Donald Trump est en train de tout mettre à bas." [Martine Orange                           ______________

vendredi 18 avril 2025

Trump et les banques

       Vers de nouvelles crises?

              Malgré les  difficultés du moment, les grandes banques se portent bien. Pout l'instant... Merci qui?   Certains voient cependant venir une possible crise financière. Mais le somnambulisme touche aussi les géants de Wall Street, où on fait de bonnes affaires. A court terme.   


                                                                                                                                                                                   Pourvou que ça doure, comme disait la mère de Napoléon. "...Grâce aux impressionnants revenus de trading, la banque d'affaires mondiale Goldman Sachs a annoncé une hausse de 15% de son bénéfice, atteignant 4,74 milliards de dollars...    BlackRock, a également profité de cette agitation. Avec 12% de hausse du chiffre d'affaires, des afflux nets records et plus de 11.500 milliards de dollars d'actifs, la multinationale américaine confirme que la nervosité des marchés financiers peut rapporter gros à certains..." Mais "Les antécédents rappellent que l'euphorie du trading est souvent éphémère. Il a fallu des années aux banques pour retrouver leurs niveaux d'avant la crise de 2008. Et même en 2020, malgré l'explosion des revenus liée à la pandémie, cela ne s'est pas traduit par une surperformance boursière durable."     Black Rock, une maison pas comme les autres...                                                                                                                                          La Fed fait de la résistance. La régulation financière se trouve mise en question, comme avant, dans le sillage de Clinton...pour le pire?  Car Donald est plein de sollicitude pout le monde de la finance, oubliant que le capitalisme bancaire dérégulé peut mener à la faillite. La prédation continue...avec brutalité.   


                                                                                                                    Malgré la volonté politique de prédation, le maître de la Maison Blanche n'est pas un  idiot. C'est le problème.  Il faut l'écouter:      " Donald Trump a bâti sa réputation, de façon certes discutable, sur ses capacités de négociations. Et il les a développées dans le milieu ultra-sauvage de l’immobilier new-yorkais, comme le rappelle l’ancien directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce : « M. Trump a appris à faire des affaires sur le marché immobilier new-yorkais influencé par la mafia et ses tactiques sont basées sur l'extorsion ». Pour lui, un « deal équilibré », obtenu après des négociations brutales, c’est quand il a obtenu 90 et l’autre 10…Sans compter ceux en lien avec son entrée en politique après 2015, Donald Trump a écrit 18 livres, la plupart sur les affaires et la négociation. Son premier ouvrage, publié à 41 ans en 1987, est d’ailleurs le plus emblématique. Mêlant autobiographie et conseils pratiques, il est intitulé « The Art of The Deal » (« L’art de la Négociation »). Il s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires. Petit florilège :« Ma façon de traiter les affaires est simple et directe.
 Je vise très haut et puis j’augmente de plus en plus la pression sans m’arrêter – jusqu’à ce que j’atteigne mon but. Parfois, je me contente de moins que ce que je souhaitais, mais dans la plupart des cas, je finis quand même par obtenir ce que je veux. […] Je suis le premier à admettre que je suis très compétitif et que je ferai presque n’importe quoi dans les limites légales pour gagner. Parfois, une partie de la conclusion d’un accord consiste à dénigrer vos concurrents. […]Un des secrets pour voir grand est de se concentrer entièrement sur l’objectif. […] Et c’est particulièrement vrai dans le domaine de l’immobilier new-yorkais où vous avez affaire aux gens les plus malins, les plus durs et les plus vicieux du monde. J’ai appris à aimer me mesurer à ces types et à les écraser. […]                                                                  Les gens croient que je suis joueur. Je n’ai jamais joué de ma vie. […] Il se trouve que je suis prudent en affaires. Je m’engage toujours en prévoyant le pire. Si vous prévoyez le pire, si vous vous donnez les moyens de l’assumer, alors le meilleur ira toujours de soi. […]La pire approche à adopter quand vous voulez conclure un accord est d’avoir l’air d’y tenir à tout prix. Votre interlocuteur, encouragé par l’odeur du sang, sent alors qu’il vous tient et vous êtes mort. La meilleure façon de s’y prendre est d’être en position de force. […] En un mot, il vous faut convaincre l’autre qu’il a vraiment intérêt à trouver un accord avec vous. […]La touche finale, que j’utilise souvent pour achever en beauté la promotion de mes projets, est la bravade. Je joue avec les fantasmes des gens. [...] Un peu d’exagération ne nuit pas. Les gens aiment croire que quelque chose est ce qu’il y a de plus grand et de plus spectaculaire au monde...»_________________