La crise est derrière nous, dit-il, ou disent-ils...
Ce n'est pas l'avis de tous, loin de là...
Elle pourrait même s'amplifier, disent certains, si l'Europe ne fait pas de profondes réformes structurelles et ne renonce pas à une politique austéritaire à courte vue et désastreuse, qui l'amène dans une direction funeste.
_______Les Grecs surtout, dans un champ de ruines économique et social, n'en sont pas vraiment convaincus
Leur véritable ministre des finances, le bon docteur Schaüble, alors que des pans entiers de l'économie et des services sont vendus à l'encan et que monte la détresse sociale, déclare tout bonnement, trahissant les vues des industriels de son pays:
"Je suis très impressionné par ce que la Grèce a déjà réalisé en matière
de rééquilibrage budgétaire et de modernisation de l'économie," a
déclaré M. Schäuble lors d'une rencontre avec des hommes d'affaires et
son homologue grec Yannis Stournaras à Athènes. "L'Allemagne est prête à
investir" dans un fonds destiné à procurer des liquidités aux
entreprises grecques, "dès qu'il sera prêt" a-t-il ajouté.." (Figaro)
________Dans l' Espagne qui fait son gran salto hacia atras, des ministres annoncent sans rire la fin de la crise ... pour 2014!
La journaliste Concha Caballero, dans El Pais, raille un telle annonce qui lui semble d'un cynisme sans nom:
El día que acabó la crisis: "Un beau jour de l'année 2014, lorsque les salaires auront été baissés à
des niveaux du tiers-monde, lorsque le travail sera si bon marché qu'il
ne sera plus le facteur déterminant d'un produit, lorsqu'ils auront mis à
genoux toutes les professions pour que leurs avoirs tiennent dans un
salaire de misère, lorsqu'ils auront habitué les jeunes à travailler
presque gratuitement, lorsqu'ils disposeront d'une réserve de millions
de chômeurs près à être polyvalents, mobiles et malléables simplement
pour sortir de leur situation désespérante, ALORS LA CRISE SERA TERMINÉE.
Un beau jour de 2014, quand les élèves s'empileront dans les salles de
classe, qu'ils auront réussi à expulser du système éducatif 30% des
étudiants sans laisser de traces visibles, quand la santé s'achètera et
ne s'offira plus, quand notre état de santé ressemblera à celui de notre
compte bancaire, quand on nous fera payer pour chaque service, chaque
droit, chaque, prestation, quand les retraites seront tardives et
ridicules, quand ils nous auront convaincu que nous avons besoin
d'assurances privées pour garantir nos fins de vies, ALORS LA CRISE SERA
TERMINÉE.
Un beau jour de l'année 2014, quand ils auront réussi à niveler vers le
bas toute la structure sociale et que tous, excepté l'élite protégée
dans chaque secteur, nous marcherons dans le lisier de la pénurie ou
sentirons l'haleine de la peur dans nos dos, quand nous nous serons
lassés des confrontations entre les uns et les autres, et que tous les
ponts de la solidarité auront été rompus, ALORS ILS NOUS ANNONCERONT QUE
LA CRISE EST TERMINÉE.
Jamais en si peu de temps, ils auront réussi autant. Seulement 5 ans
leur ont suffit pour réduire en cendres des droits qui ont demandé des
siècles de conquêtes et expansion.Une dévastation si brutale du paysage
social seulement comparable en Europe lors des dernières guerres. Bien
que, reflexion faite, dans ces derniers cas aussi, c'est l'ennemi qui a
dicté les règles, la durée des combats, la stratégies à suivre et les
conditions de l'armistice.
Pour cela, je ne suis pas seulement préoccupée de quand nous sortirons
de la crise sinon comment nous en sortirons. Sa grande victoire aura été
non seulement de nous rendre plus pauvres et inégaux, mais également
lâches et résignés, car sans ces derniers ingrédients, le terrain si
facilement conquis par eux serait de nouveau disputé.
Pour l'instant, ils ont mis l'horloge de l'histoire en arrière et ont
gagné 30 ans pour leurs interêts. Il reste maintenant les dernières
retouches au nouveau cadre social: Un peu de privatisation par ici, un
peu moins de dépense publique par là, et "voilà": son oeuvre est
terminée.
Quand le calendrier marquera n'importe quel jour de 2014, mais que nos
vies auront regressées comme dans les années 70, ils décréteront la fin
de la crise et nous écouterons à la radio les dernières conditions de
notre reddition..."
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