Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!
Affichage des articles triés par date pour la requête harmonie fiscale. Trier par pertinence Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par date pour la requête harmonie fiscale. Trier par pertinence Afficher tous les articles

mardi 4 janvier 2022

Biens au soleil

    Le rêve! 

           S'installer là où le soleil fait rarement défaut pendant presque toute l'année, dans des conditions immobilières favorables, là où le fisc vous fait des faveurs. Que rêver de mieux quand on est un retraité aisé? On appelle ça la fiscalité héliocentrique. Sous le soleil de l'Algarve, on peut couler des longs jours heureux, quand on a un peu de biens de côté. Pas de souci. Une sorte d'Eldorado pour jeunes et moins jeunes retraités, surtout français. Même si Lisbonne a revu à la hausse sa fiscalité de faveur, les conditions restent néanmoins excellentes. (*)  Certains ont tout vendu pour s'installer définitivement là bas. Difficile de le leur reprocher quand les incitations sont si fortes...


         Et il existe d'autres pays très accueillants pour les retraités aisés et les autres. Même si l'héliotropisme ne joue plus, mais d'autres critères entrent en jeux comme en Belgique, qui fait des faveurs fiscales, pas seulement aux artistes comme Depardieu et au grosses fortunes, comme B.Arnauld. Le Luxembourg lui non plus ne manque pas de charmes, grâce à ses institutions bancaires accueillantes, peu regardantes à vrai dire.                                                 La question que l'on était censé résoudre à Bruxelles est notamment celle d'une certaine l'harmonie fiscale, celle qui concerne les particuliers comme celle des entreprises, multinationales ou non. On est loin du compte, même si pour ce dernier point, on a fait un petit, très petit pas, pour  contrer les plus énormes discordances.  C'était l'objectif fixé au départ, mais il y a encore du chemin à faire pour s'en approcher...Mais à Bruxelles, on n'est pas à une incohérence près. Paroles...  On optimise, on optimise, comme ils disent. Il y a même des conseillers pour cela, qui ont pignon sur rue. Pour les fonds qui se déplacent à Malte, à la City, à Jersey ou aux îles Caïmans, le climat ne joue plus: avec quelques clics, les fortunes, aux origines plus ou moins claires, se baladent d'une place à l'autre au gré des intérêts du moment: miracle du l'informatique, de l'anonymat et du libéralisme financier florissant. Les grandes lessiveuses ont de l'avenir, malgré les mesures dispersées. L'évasion est un sport bien coté à l'intérieur même de nos frontières, prenant parfois des aspects "respectables". On s'évade, on s'évade...Ce sont les finances publiques qui en pâtissent, et les investissements à l'hôpital, à l'école, etc...C'est plutôt la guerre fiscale qui prévaut. A méditer...

                         ____(*)    "...Ces schémas fiscaux attirent de plus en plus de monde, relève le rapport relayé par Les Échos. Plus de 200.000 contribuables aisés profitent de régimes de faveur dans l'UE, un chiffre probablement largement sous-estimé en raison de l'absence de données récentes.  Au 31 décembre 2020, sur plus de 14 millions de retraités français, 1,2 million touchait leur pension dans un pays étranger, selon les chiffres de l'Assurance retraite (même si la plupart sont des binationaux et ne le font pas pour des raisons fiscales).   Au total, le manque à gagner fiscal pour le pays de l'UE s'élève à 4,5 milliard d'euros, l'équivalent du budget Erasmus pour les étudiants. «La concurrence fiscale entre les États membres fait peser des risques sur les finances publiques, l'égalité sociale et la cohésion sociale et politique», met en garde l'Observatoire...."______________________

mardi 9 février 2021

Visitez le Luxembourg

 Un pays si discret

                         Mais opulent. Riche et peu loquace. On fait semblant de découvrir ce qui est le secret de ce petit pays qui a une niveau de vie record au sein de l'UE. Mais à lui seul il est une expression de qui ne va pas dans l'esprit et les institutions voulus par Delors: il symbolise au plus haut point l'absence de régulation, loin de l'harmonie fiscale, sans laquelle les règles du jeu sont faussées. Les grandes fortunes, même les fonds les plus douteux adorent ce petit pays si discret et si accueillant.                                                             L’enquête Open Lux, conduite par Le Monde avec seize médias partenaires pendant plus d’un an, révèlent que  "..;55 000 sociétés offshore y gère des actifs dont la valeur atteint au moins 6 500 milliards d’euros..."           Loin des règles de l'harmonisation fiscale européenne, présentées comme l'idéal vers lequel il faut tendre. Il n'y a pas que ce petit pays, mais il est vraiment un champion, malgré les apparences. Pas de grands établissements; de modestes boîtes aux lettres suffisent. Très discrètes. Même des Français s'y trouvent bien.

          Un Grand Duché d'une grande discrétion. De pures holdings financières le plus souvent attirées par des impôts légers, légers...; On sait y faire. Demandez à Amazon  comment il se trouve bien là-bas. Et bien d'autres. Et plus qu'on le pense. Les Français ne sont pas à la traîne. Un pays au grand coeur, peu regardant sur l'origine des fonds qui prospèrent à deux pas de chez nous. Pas besoin d'aller aux îles Caïmans. Un pays de cocagne au pays de Robert Schuman. "...Pour ce qui est du Luxembourg, OpenLux nous a permis de déconstruire le discours policé du Grand-Duché. Le vocable de « centre financier international » cache bien mal un paradis fiscal de très grande ampleur, parmi les cinq premiers de la planète. L’environnement favorable que le pays a installé pour la création de sociétés a favorisé un détournement massif de ces structures par des individus et des entreprises qui les exploitent pour payer moins d’impôts, sans s’y installer réellement. Dans ce système hors-sol, ou offshore, près de la moitié des 124 000 sociétés commerciales enregistrées dans le pays sont de pures holdings financières sans ancrage dans l’économie réelle, de simples boîtes à lettres sans bureaux ni salariés. Ces sociétés offshore concentrent 85 % du total des actifs des entreprises du Grand-Duché, soit plus de 6 500 milliards d’euros, selon les révélations d’OpenLux...."   Une paille...           Qu'en pense Mr l'ancien Président de la Commission européenne, Mr Junker le luxembourgeois, qui se disait démocrate. Quand on sait que l'évasion fiscale mine nos démocraties.  On ne lui en a peut-être pas parlé...😲 Pourtant il aurait dû savoir depuis longtemps... Et que dit Mme Von der Leyen? Faudrait lui en dire deux mots....et lui rappeler l'idée proclamée d'Europe exemplaire et solidaire....   ____Un investisseur comme un autre...__

                                                    _____________________

mercredi 27 mars 2019

L'argent et le politique

 Ambiguïté du problème
                                            [Notes sur un problème majeur en démocratie]
       Pas d'exercice de la politique sans argent, mais l'argent fait souvent mauvais ménage avec la politique... telle qu'elle devrait être.
     A plusieurs niveaux.
   Il faut de l'argent pour faire fonctionner les rouages de l'Etat, comme pour assurer ses missions essentielles, mais il en faut aussi pour rétribuer (justement) les élus et pour assurer, sans discrimination, leur accession à la représentation nationale, qu'elle quelle soit.
     Si l'Etat ne joue pas correctement son rôle, si l'argent joue un jeu trouble, de quelque manière que ce soit, la démocratie (ou du moins son espérance) sera vite en question et aboutira au mieux à un système vicié.
       La démocratie a un coût, qui doit être assumé équitablement par tous, selon ses moyens.
            "...La démocratie a un coût, assumé par les contribuables français depuis la fin des années 1980 et la législation sur le financement public des partis politiques et des campagnes électorales. Nées, déjà, des révélations journalistiques sur les pratiques illégales des partis, de gauche comme de droite, ces nouvelles dispositions permettent aux formations politiques de bénéficier de sommes publiques qui ne sont aucunement négligeables et qui sont complétées par des remboursements forfaitaires des frais de campagnes électorales (voir ici le site de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques et voir là celui de la Commission pour la transparence financière de la vie politique)...."

                   Julia Cagé nous invite à prendre nos distances à l’égard d’une simple célébration de la « bonne santé d’une ‘démocratie à la française’ bien loin des dérives américaines » (p. 67). De fait, aux États-Unis les sommes investies dans les campagnes donnent le vertige : les entreprises peuvent financer massivement des causes via les Political Action Committees (PACs) et les politiques publiques avantagent massivement les plus fortunés. Tout cela a même conduit les politologues Gilens et Page à conclure que les États-Unis correspondaient de facto à une société oligarchique [1]. Les dérives états-uniennes sont donc bien réelles. 
        Mais dans tous les pays étudiés par Cagé, y compris la France et le Canada, la dynamique est similaire : les préférences des riches sont systématiquement satisfaites alors que celles des classes populaires sont mises de côté, sauf rare et heureuse harmonie entre les deux. C’est ce que Gilens et Page qualifient de « démocratie par coïncidence », dans laquelle les préférences des classes populaires ne sont prises en compte que si elles se trouvent, pour diverses raisons, coïncider avec celles des plus aisés.                   Il est vrai que la France se caractérise par une politique de plafonnement de dons (ainsi les dons de personnes privées aux partis ou regroupements sont plafonnés à 7500 euros) et par l’interdiction faite aux personnes morales (dont les entreprises) d’y avoir recours. Mais ce que montre Cagé, c’est que de telles mesures n’éliminent pas tout rapport problématique entre argent et politique. Surtout, elle montre les effets pervers des mesures fiscales structurant le financement de la vie politique française. L’auteure prend l’exemple d’un individu disposant d’un revenu annuel (imposable) de 100 000 euros et donnant 7500 euros. L’État va déduire 66% de cette somme de ses impôts, soit 4950 euros, pour un don qui coûtera en réalité 2550 euros. Pour un citoyen touchant 9700 euros par an (seuil minimum à partir duquel est célibataire est imposable), un don de 7500 euros lui revient réellement à 7500 euros. Bref, le système de financement est à l’avantage des plus fortunés qui voient leurs contributions subventionnées par la force publique.    
        Afin de rénover notre démocratie, Cagé fait trois propositions ambitieuses : 1) une limitation drastique du financement privé de la démocratie (limite fixée à 200 euros par année) ; 2) la mise en place de « bons pour l’égalité démocratique » (BDE) afin de renouveler le financement des partis et des mouvements politiques. Chaque citoyen, au moment de sa déclaration d’impôts, pourra choisir le parti ou mouvement qui bénéficiera de son « bon », soit un montant annuel de 7 euros d’argent public ; 3) l’établissement d’une Assemblée de la mixité sociale, dans laquelle un tiers des sièges seraient réservés à des « représentants sociaux », élus sur des listes représentatives de la réalité socioprofessionnelle de la population.       De manière plus générale, Le prix de la démocratie documente les dysfonctionnements des démocraties en contexte de croissance des inégalités. Ainsi, le travail de Cagé se situe dans la continuité de celui de chercheurs comme les politistes Gilens et Page, les juristes Richard Halen et Larry Lessig ou encore de l’économiste Thomas Piketty, qui tous ont analysé à leur manière l’émergence de ce qu’il faut bien qualifier de tendances oligarchiques dans les démocraties libérales [2]. La richesse et l’étendue de ces travaux sont telles qu’on serait tenté de parler de la constitution d’un champ d’études à part entière (les « oligarchy studies  » ?)   
       Si l’ouvrage représente un travail empirique d’envergure, il nous fournit aussi les clés d’un argument normatif visant à justifier une régulation plus agressive du financement de la démocratie. Cagé nous offre en effet des outils pour invalider un certain nombre d’arguments anti-régulation. Mentionnons-en deux.        Un premier argument consiste à dire que dépenser de l’argent pour financer des partis politiques représente une forme de discours politique, une prise de parole tout à fait légitime qu’on ne saurait restreindre par des lois. Ainsi, limiter la capacité individuelle de financer la vie politique serait incompatible avec un engagement sérieux en faveur de la liberté d’expression. C’est l’argument du « money is speech », qui occupe une place de choix dans l’imaginaire politique américain, étant donné la place de l’argent en politique et l’engagement flirtant parfois avec le fétichisme en faveur de la liberté d’expression.   L’argument, rapidement évoqué et disqualifié par Cagé comme « libertarien », est à la fois puissant et troublant. Il est puissant, car il mise sur certaines intuitions fortes et largement partagées sur la liberté d’expression. Il est troublant, car il semble conduire à une forme brutale d’exclusion politique de groupes désavantagés, ainsi qu’à une conception nécessairement appauvrie du débat politique.     Notons que Cagé accepte les prémisses de cet argument tout en en refusant la conclusion. En effet, dans Le prix de la démocratie, l’argent est traité très sérieusement comme une forme de discours politique, dont il serait même l’une des formes les plus influentes. Cagé nous rappelle que notre vote a un prix, que les dépenses politiques se traduisent en votes, en satisfaction de préférences données ainsi qu’en politiques publiques concrètes, que le financement de la démocratie est un enjeu crucial, mais souvent négligé ; bref, que les liens entre argent et politiques sont inextricables. Mais elle refuse la conclusion « libertarienne ». Il existe des raisons légitimes de réglementer la façon dont les citoyens « parlent » avec leur argent.   
        Pour défendre une telle thèse, il faut d’abord se débarrasser de la soi-disant neutralité de contenu de l’argent. En effet, l’argument du money is speech gomme la charge politique des dons, comme si l’argent ne favorisait aucun contenu politique en particulier. Or, comme le montre Cagé, dans la plupart des pays étudiés, il y a non seulement inégalité flagrante entre les donateurs, mais aussi entre les bénéficiaires. Les partis de droite tendent à recevoir plus. Un système dérégulé favorise donc une parole de droite     Une autre réponse, souvent négligée, mais soulignée par Cagé, est la suivante : si l’argent représente une forme de discours politique, c’est alors cela que nous devons redistribuer si nous prenons l’égalité politique au sérieux. De ce point de vue, une politique de redistribution économique est donc justifiée au nom de l’égalité politique.    Un autre argument anti-régulation consiste à dire que les dons aux partis politiques ne représentent qu’une forme de consommation idéologique. Plus qu’un investissement en vue d’un retour, les dons ne sont qu’une manière parmi d’autres d’étaler sa richesse. C’est l’équivalent politique de la consommation ostentatoire. Bref, oui, l’argent est bel et bien une forme de discours politique, mais celui-ci est somme toute assez bénin. Il ne permet pas en tant que tel aux donateurs de s’assurer que leurs préférences soient nécessairement prises en compte.       C’est l’argument avancé par Stephen Ansolabehere, John M. de Figueiredo et James M. Snyder Jr. dans leur influent article « Why so Much Little Money in U.S Politics ?” [3]. Ceux-ci soutiennent en effet que si l’argent conduisait de facto à la satisfaction des préférences politiques des riches, en particulier dans un environnement politique dérégulé comme celui des États-Unis, nous devrions alors admettre qu’il n’y a pas trop d’argent en politique, mais pas assez. Ils en concluent alors que l’argent dépensé en politique ne peut qu’obéir à une logique de consommation idéologique. Les plus riches donnent, dans une logique de compétition distinctive, pour le prestige, ou encore dans une logique de confirmation, pour sceller leur appartenance à l’élite.      À bien y penser, cette ligne argumentative a un avantage : elle écarte dès le départ l’apparente neutralité de contenu de l’argent. En effet, si l’argent dépensé en politique est une forme de consommation ostentatoire, alors il n’est pas neutre, son contenu correspond à celui d’un discours bien spécifique : celui des riches. La neutralité de l’argent s’évapore donc et la réalité de l’inégalité économique rejaillit. Car, bien sûr, les classes populaires ne peuvent même pas imaginer de telles modalités ostentatoires de participation politique.   
       Mais ce que montre Cagé, c’est bien que l’argent en politique n’est pas que de la consommation idéologique. Au contraire, son introduction va de pair avec la capture du jeu électoral par le poids de l’argent et ce, même lorsque les sommes ne sont pas gargantuesques. Les dons aux partis ne sont pas neutres, notamment au-delà d’un certain montant, et favorisent concrètement certains intérêts. Car on peut légitimement supposer que les grands donateurs ont tendance à favoriser des partis qui mettront en place des politiques plus conservatrices, notamment d’un point de vue fiscal. Et ils maintiendront la stratégie fiscale qui leur permet d’exprimer leurs préférences politiques en cédant une partie de la facture à l’ensemble des contribuables. Enfin, cette capture se reflète dans les « politiques publiques qui sont chaque jour mises en œuvre et qui, à l’image de la flexibilisation à l’extrême du marché du travail ou des multiples cadeaux fiscaux faits aux plus riches, ne traduisent que les préférences des plus aisés, contre les préférences de plus modestes » (p. 329).   
        Ainsi, l’argent n’est pas à associer à une pratique discursive parmi tant d’autres, qui favoriserait pléthore de points de vue variés. En tant que discours, l’argent tend à favoriser concrètement ceux qui en ont. Il n’est donc (1) ni neutre (2) ni sans effet.      Cagé nous suggère de délaisser la théorie de la « consommation idéologique » au profit d’une théorie du « retour sur investissement ». Elle propose alors de résultats similaires à ce que Gilens et d’autres ont obtenu : l’argent a un poids réel en démocratie, un poids beaucoup trop lourd. Quelle est la théorie normative de la démocratie qui nous aiderait à penser avec Cagé ? Trois types de considérations peuvent ici retenir notre attention.        On pourrait d’abord évoquer le vocabulaire de la démocratie délibérative. Pour les démocrates délibératifs, les sources de la légitimité démocratique sont à tirer de la délibération publique, comprise une pratique « d’échanges de raisons » au sein d’espaces publics multiples et inclusifs. C’est en délibérant entre eux que les citoyens d’une communauté démocratique peuvent donner un sens et une légitimité à leur devenir commun. La démocratie délibérative a donc une importante dimension épistémique, c’est-à-dire qu’elle se caractérise par un souci constant pour la qualité de nos débats démocratiques, pour la capacité de ces derniers à nous rapprocher du « vrai » et à nous éloigner toujours plus du règne de l’ignorance.      Cagé semble être favorable à une telle approche, notamment en raison de ses travaux précédents sur les médias et de son scepticisme à l’égard de la prise de parole populiste. En effet, notre « crise » démocratique est (en partie) une crise de la parole démocratique, et une prise de parole plus près des idéaux délibératifs constitue peut-être le remède idéal. Cagé veut manifestement des institutions démocratiques « intelligentes », et loue les travaux d’Hélène Landemore sur la capacité des institutions délibératives à produire de la « sagesse collective ».       Or, d’un point de vue délibératif, nos préférences politiques ne doivent pas être vues comme « figées », elles doivent être constamment interrogées, évaluées, critiquées. Et surtout, elles ne doivent pas être simplement promues via un médium aussi pauvre que l’argent. Elles doivent subir le test d’un échange constant au sein d’un espace public vibrant.       Il y a donc une féconde critique délibérative du financement de la vie démocratique qui se profile, et qui aurait pu être développée par Cagé. Mais la justification de propositions comme l’Assemblé mixte et les BED ne saurait être fondée que sur ces considérations délibératives (notamment épistémiques).          S’agit-il alors de diagnostiquer une corruption de la démocratie ? C’est une option crédible étant donné l’invocation par Cagé des travaux de Lawrence Lessig et d’autres. Car, il faut bien l’admettre, le lien quasi automatique entre dons et satisfaction des préférences politiques ressemble à ce qu’on qualifie généralement de corruption de type quid pro quo, c’est-à-dire de type « argent-contre-faveurs ». Mais les théoriciens, comme Lessig, de la « corruption institutionnelle » attirent notre attention moins sur ce type de corruption « individuelle » que sur le détournement des institutions démocratiques par l’influence privée de l’argent. C’est la corruption au sens des Anciens, au sens d’une déliquescence des institutions qui n’arrivent plus à réaliser leur télos.         Une telle conception semble sous-jacente au raisonnement de la Cour suprême des États-Unis dans l’arrêt Austin v. Michigan Chamber of Commerce (1990), qui maintenait une loi interdisant aux entreprises d’utiliser leurs ressources financières pour appuyer un candidat aux élections (arrêt renversé vingt ans plus tard par la décision Citizens United). Comme le faisait remarquer Ronald Dworkin, en nous mettant en garde contre les « dangers de la corruption », la Cour ne renvoyait pas aux formes classiques de corruption comme échange de faveurs, mais à une « autre forme de corruption », celle des institutions démocratiques.      Cagé peut tout à fait attirer l’attention sur ces différentes formes de corruption. Mais il y a plus, car, encore une fois, une focalisation sur la corruption ne suffit pas à justifier ses propositions.       Il est à noter que dans le contexte états-unien, le langage de la corruption est aisément mobilisé parce qu’il semble quasi impossible d’utiliser politiquement celui de l’égalité. Bref, la « corruption » suscite l’indignation et motive à l’action, l’égalité est « socialiste ». Mais cela est problématique, et, heureusement, peut-être en train de changer. Selon Hasen par exemple, cette « autre forme de corruption » dont parle la Cour dans Austin ne renvoie pas qu’aux effets corrosifs de l’argent sur le congrès et les élections, mais tout simplement à ses effets ravageurs sur l’égalité politique entre citoyens [4].       C’est donc le langage de l’égalité qui doit être mobilisé, et il est à espérer qu’une telle chose soit encore possible dans le paysage politique français. Comme le note Cagé d’entrée de jeu, la démocratie est promesse d’égalité (p. 37), mais celle-ci est mise à mal par le système de financement de la vie politique. Ici, on pourrait penser à Rawls qui mettait au cœur de sa théorie de la justice sociale les libertés politiques égales pour tous. Et pour lui, c’est la valeur de ces libertés politiques égales pour tous qui se trouve diminuée lorsque « ceux qui possèdent de plus grands moyens privés ont le droit d’utiliser leurs avantages pour contrôler le cours du débat public » [5]. Ainsi, il ne s’agit pas de déplorer le déficit de participation des classes populaires aux élections, aux débats publics ou à la vie des partis politiques, ce qui suggère que les libertés politiques égales sont « déjà là », mais mal utilisées. Non, ce qui est troublant est le fait que ces activités, lorsqu’elles sont menées par de larges pans de la population, se trouvent dévalorisées au sein de dynamiques politiques marquées par le sceau de l’inégalité économique, telles que celles qu’étudie J. Cagé...    
__________________________________________

mardi 22 janvier 2019

Toujours plus haut

 Ils seraient seulement 26
                                 Au dire d'une récente étude d'Oxfam, largement relayée et peu contestée, du moins sur l'essentiel. 50, ce serait déjà pas mal...
    Ils seraient un tout petit nombre qui détiendrait la moitié de la richesse de l'humanité

     Ils ont doublé en nombre depuis 2008. Comme quoi la crise n'a pas fait que des malheureux...
      Il reste des progrès à faire dans cette fulgurante et jusqu'alors inédite ascension. ..En France comme ailleurs.
   Certains mettrons ça sur le compte du mérite personnel, comme c'est courant Outre-Atlantique, faisant des moins fortunés, voire des plus pauvres les responsables de leur destin.
    L'explosion est en fait largement planétaire, même si les USA détiennent encore la palme du succès comme ...de la précarité et de la pauvreté relative, malgré un chômage claironné comme réduit.
    Certes les injustices, ce n'est pas nouveau. Naguère nous avions nos deux cents familles, mais la surabondance savait se faire moins tapageuse et n'atteignait pas de tels sommets hyper-himalayens.
      Un poignons de dingue, disait quelqu'un.
       Christine Lagarde, qui ne gagne pas le smic et touche du FMI autour de 400000 euros (de quoi voir venir...) commence à sonner d'alarme. Sans doute y voit-elle un risque pour l'économie mondiale. En dehors de toute considération morale, trop de richesses concentrées, c'est un risque pour l'économie  et un facteur de nouvelle crise. Facile à comprendre.
   Les actionnaires  se paient la part du lion, font monter à la hausse les salaires des dirigeants, aux dépens de la rémunération des travailleurs. Il y a peu, on préconisait la répartition suivante pour une saine gestion et pour se prémunir de risques; la règle des trois tiers.
    L' évasion fiscale connaît des sommets, malgré les quelques règles toujours, annoncées comme imminentes. L'harmonie fiscale en Europe n'est pas pour demain, chaque pays revendiquant se part de gâteau.
     22 janv. 2018 - Les inégalités de revenus et de richesses dans le monde étaient au sommet... En 2017, la fortune des plus riches a augmenté de 1.000 milliards de ...
    Par exemple, Jeff Bezos, le patron d’Amazon (112 milliards de dollars en 2018, soit 98,5 milliards d’euros), 1 % de sa fortune correspond au « budget de santé de l’Ethiopie », insiste Oxfam.
     D’une manière générale, la fortune des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 milliards de dollars en 2018, soit au rythme de 2,5 milliards par jour, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population de la planète a chuté de 11 %.
     ...Si la tendance était inversée, la plupart des gouvernements auraient suffisamment de ressources pour financer les services publics", a souligné l'ONG qui estime que "la richesse est tout particulièrement sous-taxée". Elle a ainsi précisé que sur un dollar d'impôt sur le revenu, seulement quatre centimes proviennent de la taxation de la richesse. Selon Oxfam, qui estime que les plus riches cachent au fisc 7.600 milliards de dollars (6.680 milliards d'euros) "les 10% les plus pauvres paient désormais des impôts plus élevés en proportion de leurs revenus que les plus riches" dans certains pays comme le Brésil ou le Royaume-Uni.....
      Mais qui sont les vrais assistés?

   On a perdu le sens de la valeur, ainsi que des valeurs.
   Les rudiments d'une gestion économique équilibrée se sont envolés.
        Et il n'y aura pas de guerre des pauvres. comme à une époque.W. Buffet le proclamait triomphalement: la guerre des classes, c'est nous qui l'avons gagné. Il avait le mérite de la franchise.
    Le politique seule, mais renouvelée,  peut réparer ce qu'une certaine économie néolibérale rapace a détricoté.dans la logique d'une finance devenue folle .
       La France: un cas à part?
   Revenir à quelques principes rooseveltiens de bon sens serait déjà un premier pas...
______________________________

jeudi 26 octobre 2017

Transhumance

Pas simple d'être (très) riche!
                                     C'est un sport de combat.
        Rien n'est jamais acquis et il faut savoir souvent faire sa valise.
           Car les règles (ou les non règles) changent très souvent.
             Ce n'est pas du jeu.
   Une situation qui n'est pas de tout repos et il faut savoir déjouer le fisc.
    C'est comme les multinationales, obligées de déplacer leurs pions selon le coût de la main d'oeuvre.
   Pourquoi tant de grosses entreprises américaines en Irlande? Il y a climat plus favorable. Pas cons les mecs, qui profitent de l'absence d'harmonie européenne. Chacun pour soi! Bien fait pour leurs g......!
    Même si certains esprits chagrins ne sont pas d'accord:  "Cette concurrence entraîne finalement les pays européens dans une spirale infernale. L'Irlande du Nord prévoit d'abaisser son impôt sur les sociétés pour être aussi attractive que la République irlandaise. Tout cela est accentué par le développement des acteurs du numérique, qui profitent du caractère dématérialisé de leur activité pour payer le moins d'impôt possible. « Au final, tout le monde est perdant, juge le député Marc Laffineur. Cette concurrence fiscale et sociale agressive sape les fondements de l'Union européenne. "
    Donc les grosses fortunes font de la  transhumance, en fonction des avantages et des cadeaux fiscaux. L'intérêt,national et général n'est leur souci.
 Le principal argument en faveur de la réduction du périmètre de l'impôt de solidarité sur la fortune(ISF) a du plomb dans l'aile quand on observe ce qui passe dans les pays européens offrant aux plus riches une fiscalité avantageuse. 
   De la Belgique jadis attractive ou du Luxembourg si proche, il faut maintenant aller plutôt sur les bords du Léman.
   Mais la Suisse ne serait plus ce qu'elle était...
Il faudrait aller voir vers Malte...et plus loin. Ce n'est pas la place qui manque. 
      C'est un enfer que la recherche du meilleur paradis. On ne va pas en plus payer des impôts.
La fortune se gagne à la force ses poignets, reste encore à la faire fructifier et à faire partie des premiers de cordée.
    Heureusement qu'il n'y a plus de valises et de routes forestières passées à la sauvette. L'argent pèse moins lourd et il n'y a plus de frontières.    Les chemins numériques, bien que détournés, ont pour eux la discrétion et la rapidité.
________________________________

mardi 24 mai 2011

Pauvres éxilés (fiscaux)!

Exilés fiscaux: mauvais patriotes?

"Tous ces grands dinosaures- vedettes de cinéma, du sport et du jeu, quelques princes dorés ou féodaux internationaux - qui défraient la chronique des magazines et de la T.V., c’est toujours leur vie par excès, et la virtualité de monstreuses dépenses qui est exaltée en eux. Leur qualité surhumaine, c’est leur parfum de potlatch. Ainsi remplissent-ils une fonction sociale bien précise : celle de la dépense somptuaire, inutile, démesurée. Ils remplissent cette fonction par procuration, pour tout le corps social, tels les rois, les héros, les prêtres ou les grands parvenus des époques antérieures. (...)." Jean Baudrillard

__Si la Suisse, notamment, est si attrayante pour certains Français, malgré le bouclier fiscal, ce n'est pas pour son chocolat, son air pur ou sa qualité de vie proverbiale.
C'est qu'elle a des coffres profonds, une vieille tradition de refuge bancaire et de recyclage des capitaux, une discrétion à toute épreuve, une législation très favorable à certains fortunes, des impôts négociés à la tête du client étranger (forfait fiscal)...et a l'avantage d'être frontalière.
Les agents bancaires et les avocats suisses savent se faire discrets et efficaces.
Mais il y a aussi la Belgique, le Luxembourg, Jersey et autres paradis fiscaux...
Echapper à l'impôt est si tentant et si facile.
__C'est entre 10 et 20 milliards qui ne s'investissent pas en France.

"L'exil fiscal endommage l'économie, notamment en raison de la perte de recettes fiscales. Comme l'a dit l'économiste Christian Saint-Etienne, les capitaux qui ont fui à cause de l'impôt auraient rapporté entre 6 et 8 milliards d'euros par an en TVA ou en impôts sur les sociétés s'ils avaient été investis en France. L'exil fiscal provoque aussi la raréfaction des investissements, la diminution de la qualité des prestations sociales ainsi que la réduction drastique des effectifs dans tous les secteurs." (La Tribune)
Le bouclier fiscal ne sert donc à rien, contrairement à la langue de bois officielle, malgré quelques modestes succès claironnés.
L'"exit tax" sera sans doute sans grand effet et
"ce dispositif vient d'être condamné par la Cour de justice des communautés européennes au motif qu'il constitue une entrave au principe de la liberté d'établissement prévu par l'article 43 du Traité européen. Pour la Cour, un Etat de la communauté européenne ne peut, par des mesures fiscales, empêcher l'un de ses ressortissants de s'installer dans un autre Etat membre."
De plus, "la Cour d’appel de Paris vient d’annuler les perquisitions du fisc chez un contribuable dont le nom figurait sur la fameuse liste des 3000 évadés fiscaux, étendard de la lutte d’Eric Woerth contre la fraude fiscale. D’après La Tribune, les juges ont estimé que cette perquisition reposait sur un fichier obtenu de façon illicite. De fait, Hervé Falciani, qui avait transmis cette liste au fisc français, avait dérobé le listing à la banque HSBC, dont il était employé."
__S'il y avait une harmonie fiscale entre les Etats européens, l'expatriation fiscale n'aurait pas lieu d'être.
Malheureusement, l'harmonie fiscale n'est pas pour demain...
Et pourtant, il y a urgence.