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vendredi 13 mai 2022

Management brutal

C'était à France Télécom 

          Ils ne comprennent pas encore ce qu'on peut leur reprocher. Ils ont fait leur travail...Il fallait bien passer par là pour que vive Orange. La machine à exclure était devenue une machine à broyer, mais ils n'ont rien vu...Trop haut , trop loin de la base peut-être.... Pour Lombard : "France Télécom n'a pas agi contre ses salariés"

 ________Ben voyons, c'était juste du coaching cool à la France-Telecom. Mais il y avait bien une politique globale de lean management, il fallait dégraisser le mammouth, et on ne privatise pas sans douleur. Et quelle douleur!   "...D’avril 2008 à juin 2010, l’entreprise avait connu une vague de suicides, au plus fort d’un plan visant à réduire ses effectifs de 22 000 personnes, et à en déplacer 10 000 autres, sur 120 000 salarié-es à l’époque. La volonté de transformer l’entreprise, et notamment de se débarrasser des fonctionnaires qu’on ne pouvait pas licencier avait commencé dès 2002, alors que le groupe, croulant sous les dettes, menaçait de sombrer.   Courant 2006, la direction de France Télécom, privatisée deux ans plus tôt, a réellement mis en œuvre sa politique de réduction massive des effectifs. C’est l’époque où Didier Lombard explique aux cadres que les départs doivent se faire « par la fenêtre ou par la porte ». Trois ans plus tard, le 15 septembre 2009, après une réunion avec Xavier Darcos, alors ministre du travail, le PDG aura encore ses mots funestes : « Il faut marquer un point d’arrêt à cette mode du suicide qui, évidemment, choque tout le monde"                       L'obligation de résultats! disaient-ils... C'était une valeur sacrée, quels que soient les résultats (connus) au niveau humain. "Certains n'arriveront jamais jusqu'au bout...Par son caractère définitif, cette phrase alors couchée noir sur blanc par les consultants ès management résonne aujourd'hui tragiquement..."                                                                                                                 La gestion par le stress faisait florès à l'époque. La souffrance au travail est toujours là, loin d'être toujours visible..Le management peut parfois être brutal. La gestion par le stress est encore ça et là d'actualité.                                                                                                                                              Il y a management et management. Il n'y a pas si longtemps que l'on parle de management,  mot emprunté aux pratiques anglo-saxonnes, qui dérive lui-même d'un vieux mot français, issu du mot main.    Il y a bien des façons de prendre les hommes en main. Ici, dans leurs tâches productives. L'idée était là avant le mot, dès les premières formes d'organisation industrielle, puis s'est étendu à d'autres champs d'activité, tertiaires notamment.   La notion de management a connu bien des aléas et des variations jusqu'à devenir aujourd'hui un terme à la mode, parfois abusivement utilisé, souvent miroir aux alouettes. Si la direction des hommes s'est toujours imposée, parfois de manière rigide et très hiérarchique, elle tend à prendre aujourd'hui un sens généralisé, attractif, un peu enchanté, recouvrant une pratique devenue souvent insidieusement anxiogène, où l'individu tend à s'impliquer pleinement dans ses tâches en pensant se réaliser dans un système qui le dépasse et le contraint intérieurement.

     Nous avons hérité du nouvel esprit du capitalisme anglo-saxon, qui a introduit un peu partout, même dans les hôpitaux les méthodes de nouvelles formes d'organisation et d'évaluation, qui ont leur logique propre dans le système, celles du new public management.
    La standardisation des tâches et les nouvelles exigences de rentabilité, dans un système de production mondialisé, à produit ce que certains appellent les petits soldats du nouveau management:
     ...Ils s'appellent Bernard, Philippe, Céline, Eric ou Laurence. Leur mission ? Implanter dans un hôpital un progiciel à destination du personnel soignant supposé saisir à l'intérieur chaque acte effectué, développer le self-scanning dans un hypermarché pour éviter les gestes inutiles, envoyer à des chefs de service des lettres d'objectif et des tableaux de bord... Dans des cabinets de conseil et d'audit, ils élaborent des dispositifs standardisés pour améliorer la rentabilité des grandes entreprises privées comme des institutions publiques.
    Le lean management (le management «sans gras») qui vise à supprimer les temps morts et les tâches superfétatoires, c'est eux. Le benchmarking qui repose sur des indicateurs de performance permettant de classer les établissements et les services et de déterminer les budgets affectés à chacun, encore eux. Ces acteurs de l'ombre sont au cœur de l'ouvrage de la sociologue Marie-Anne Dujarier. Le Management désincarné réalise en effet une surprenante plongée dans les lieux où se fabriquent les prescriptions qui s'imposent aujourd'hui aux cadres d'entreprise comme aux employés administratifs, aux médecins comme aux infirmiers, aux informaticiens comme aux universitaires, aux policiers comme aux assistantes sociales. Il braque le projecteur sur la main invisible de ceux qui œuvrent, dans de lointains bureaux, à la propagation d'outils de gestion qui rythment le quotidien de nombreux salariés, sans épargner les dirigeants de proximité chargés de les faire appliquer....
       De nouvelles règles qui, sous prétexte d'efficacité, sont souvent sources de tensions, de concurrence exacerbée, de perte de temps, de stratégies absurdes  et contre performantes...
   Quand l'efficacité devient une fin en soi, c'est la qualité du travail ainsi que ses résultats, les relations dans le travail qui en souffrent. Beaucoup de formes de souffrance au travail en sont issues.
    Le lean management s'installe même au coeur de certains services publics, masquant les objectifs économiques sous-jacents.    ________________________
                                             

vendredi 24 octobre 2025

NPM en question

On ne parle plus que de ça depuis des années 

    On connaît le management d'entreprises, dans celles qui ont une certaine dimension,  management souvent nécessaire, mais pouvant prendre des formes parfois brutales. Comme chez Nike aujourd'hui, comme chez France Telecom hier.  L'organisation, la gestion humaine peuvent peuvent parfois prendre des formes perverses, par souci d'excessive rentabilité.                                                                                                                    Le New Public Mangement, souvent appelé lean Management a pris le relais dans le domaine des services publics et des administrations de l'Etat, Tony Blair ayant montré la voie, au nom de la "modernisation" de l'Etat, voulue par M.Thatcher. Une mise au pas de la réglementation et du fonctionnement des principaux organismes d'Etat, à l'hôpital comme à l'école, dans un souci de rentabilité uniquement. En faisait appel éventuellement à divers cabinets de conseil fort onéreux et surtout aveugles aux enjeux et aux intérêts politiques et à long terme. Ce processus s'accompagnant souvent de souffrance au travail . Une certaine évaluation n'est pas sans conséquences.    Heureusement que l'administration de l'Etat ne se ramène pas à celle de l'entreprise...                                                                                                                                                                                  Il n'y a pas si longtemps que l'on parle de management,  mot emprunté aux pratiques anglo-saxonnes, qui dérive lui-même d'un vieux mot français, issu du mot main.    Il y a bien des façons de prendre les hommes en main. Ici, dans leurs tâches productives. L'idée était là avant le mot, dès les premières formes d'organisation industrielle, puis s'est étendu à d'autres champs d'activité, tertiaires notamment.

       La notion de management a connu bien des aléas et des variations jusqu'à devenir aujourd'hui un terme à la mode, parfois abusivement utilisé, souvent miroir aux alouettes. Si la direction des hommes s'est toujours imposée, parfois de manière rigide et très hiérarchique, elle tend à prendre aujourd'hui un sens généralisé, attractif, un peu enchanté,;recouvrant une pratique devenue souvent insidieusement anxiogène, où l'individu tend à s'impliquer pleinement dans ses tâches en pensant se réaliser dans un système qui le dépasse et le contraint intérieurement.
     Nous avons hérité du nouvel esprit du capitalisme anglo-saxon, qui a introduit un peu partout, même dans les hôpitaux les méthodes de nouvelles formes d'organisation et d'évaluation, qui ont leur logique propre dans le système, celles du new public management.
    La standardisation des tâches et les nouvelles exigences de rentabilité, dans un système de production mondialisé, à produit ce que certains appellent les petits soldats du nouveau management:
     ...Ils s'appellent Bernard, Philippe, Céline, Eric ou Laurence. Leur mission ? Implanter dans un hôpital un progiciel à destination du personnel soignant supposé saisir à l'intérieur chaque acte effectué, développer le self-scanning dans un hypermarché pour éviter les gestes inutiles, envoyer à des chefs de service des lettres d'objectif et des tableaux de bord... Dans des cabinets de conseil et d'audit, ils élaborent des dispositifs standardisés pour améliorer la rentabilité des grandes entreprises privées comme des institutions publiques.
    Le lean management (le management «sans gras») qui vise à supprimer les temps morts et les tâches superfétatoires, c'est eux. Le benchmarking qui repose sur des indicateurs de performance permettant de classer les établissements et les services et de déterminer les budgets affectés à chacun, encore eux. Ces acteurs de l'ombre sont au cœur de l'ouvrage de la sociologue Marie-Anne Dujarier. Le Management désincarné réalise en effet une surprenante plongée dans les lieux où se fabriquent les prescriptions qui s'imposent aujourd'hui aux cadres d'entreprise comme aux employés administratifs, aux médecins comme aux infirmiers, aux informaticiens comme aux universitaires, aux policiers comme aux assistantes sociales. Il braque le projecteur sur la main invisible de ceux qui œuvrent, dans de lointains bureaux, à la propagation d'outils de gestion qui rythment le quotidien de nombreux salariés, sans épargner les dirigeants de proximité chargés de les faire appliquer....
       De nouvelles règles qui, sous prétexte d'efficacité, sont souvent sources de tensions, de concurrence exacerbée, de perte de temps, de stratégies absurdes  et contre performantes...
   Quand l'efficacité devient une fin en soic'est la qualité du travail ainsi que ses résultats, les relations dans le travail qui en souffrent. Beaucoup de formes de souffrance au travail en sont issues.
    Le lean management s'installe même au coeur de certains services publics, masquant les objectifs économiques sous-jacents.
  La peur, sourde ou marquée, n'est pas un mode d'organisation rationnelle des hommes.
:   Le Nouveau management publicqui nous vient du monde anglo-saxon (le film de Ken Loach, Daniel Blake, en est une bonne illustration) visant un désengagement de l'Etat, selon les préceptes hayekiens, et une financiarisation généralisée, investissent même l'hopital et l'enseignement,.dénaturant leur mission essentielle. Le patient devient client, l'élève, apprenant. La déshumanisation des institutions n'est pas loin....                                                                                                                                                                                                    La bonne gestion de l'Etat n'est pas celle de l'entreprise...   _________________________

mardi 22 septembre 2009

Coaching à la F.-Télécom


De si gentils managers...

«Certains n'arriveront jamais au bout»

-Les ravages de l'idéologie managariale-
__Discutable coaching
-Stage France Telecom : "courbe du deuil" et casse du salarié

-"On a laissé les managers gérer les conséquences psychologiques de l'organisation du travail en méconnaissant qu'elles pouvaient être sources de passage à l'acte. Or toute entreprise, publique ou privée, est tenue par le code du travail (article L4121-2, ex 230-2) à une obligation de résultat concernant la santé physique et mentale des salarié. France Télécom ne peut s'en exonérer. Il me semble que ces documents pourraient intéresser un juge. Je ne comprends pas pourquoi dans cette entreprise personne n'a rien dit. Pourquoi ni le CHSCT, ni les syndicats, ni les médecins du travail ne se sont emparés de ces documents! Ça nous donne la mesure de la peur et du climat qui régne dans cette entreprise... Pour diffuser et observer ces modes de management, il faut que les managers soient dans un état effrayant de soumission, de docilité et d'adhésion à l'idéologie managériale... " (Marie Pezé-psychologue-)

_______________"...Au début de chaque année, les médecins du travail de France Télécom (ils sont 80) remettent un rapport d'activité. Ces documents sont compilés par un médecin coordonnateur, puis largement diffusés dans l'entreprise, notamment aux élus du personnel. Mediapart s'est procuré le rapport du docteur Catherine Korba pour l'année 2008 (cliquer pour l'afficher). Ce médecin du travail, salariée de France Télécom, exerçait à Nice et Toulon. En 2008, elle a vu près de 1300 salariés.Catherine Korba a démissionné au début de l'été et, depuis, changé de région. Comme elle, huit médecins du travail ont démissionné de France Télécom depuis le début de l'année, signe d'un malaise grandissant. Avant de quitter Orange, elle avait présenté ce rapport au printemps au sein d'un comité d'entreprise où elle n'avait pas hésité à dire tout ce qu'elle avait sur le cœur, racontent plusieurs témoins..."(Mediapart)

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-Comment France Télécom a formé ses cadres à l'art du dégraissage | Mediapart:
"Depuis dix ans, France Télécom est en restructuration permanente. En 1998, elle était encore une administration publique. Depuis, elle est une société privée, cotée en bourse, détenue seulement à 27% par l'Etat, ballottée par la féroce compétition internationale que se livrent les opérateurs télécoms. Les nouvelles technologies (Internet, le mobile, les fibres optiques) ont encore accéléré les changements.-En 2006, l'entreprise lance le programme Next. Objectif : 22.000 départs (les plus âgés ou, par exemple, les mères de trois enfants), 6.000 recrutements dans les secteurs de pointe et 10.000 «mobilités» (des changements de poste et de service) vers des secteurs en manque de bras : les boutiques et les centres d'appel, les réseaux informatiques, le multimédia. Le programme s'est terminé fin 2008, l'objectif atteint. -Mi-2006, France Télécom avait demandé à 4000 cadres dirigeants de suivre un module de formation (dix jours au total, répartis sur plusieurs mois) pour accompagner cette vaste restructuration. Objectif : faire des chefs d'équipe des relais du changement permanent et de la «mobilité». En clair, les aider à présenter à leurs équipes les réorganisations de service sous un jour positif. Pas évident. «Lors de ce séminaire dont l'essentiel des cours se tenait à Paris, se rappelle un cadre qui a suivi le cursus de formation, 80% des managers présents avaient eux-mêmes été changés de service ou de région.»-Pour cela, ils étaient invités à participer à des jeux de rôle ou à se laisser évaluer par leurs chefs et leurs collaborateurs (l'évaluation à 360°). Mediapart publie l'intégralité des modules de ce séminaire. Ces dix jours de formation pour 4000 cadres, s'ils ont peut-être permis d'éviter à certains managers de se montrer trop brutaux lors de l'annonce des restructurations, n'ont malheureusement pas porté les fruits attendus: très récemment, deux salariés, Michel D. à Marseille, et Stéphanie, une jeune femme de 32 ans à Paris, ont explicitement relié dans des courriers leur suicide aux conditions de travail.
["S'approprier Next" (cliquer ici pour le télécharger en pdf): en 61 pages, les principes du programme Next (réduction d'effectifs, mobilités...) sont présentés. ]«Votre leadership, notre futur», proclame ce texte. L'objectif est écrit noir sur blanc : les managers doivent «développer leur leadership et piloter la transformation» de l'entreprise. Le mouvement est impératif, assène-t-on encore aux cadres: «Notre productivité, en régression constante, reste une des plus dégradées des opérateurs européens.» Malheur au manager qui travaille dans les services d'assistance technique, s'occupe du réseau téléphonique ou travaille au service finance : son activité est marquée d'une croix descendante, symbole de métier en déclin. Le voilà prévenu : son service sera massivement restructuré.
["Réussir Act" (pour le pdf, cliquez là) ]: quelques semaines plus tard... Cette fois, voilà notre manager plongé dans le vif du sujet : la restructuration. Il s'agit en réalité d'un module assez général sur l'écoute, la façon d'évaluer le travail d'un collaborateur (sa «valeur professionnelle» et son «employabilité»). La présentation n'en fait pas mystère : c'est au manager que reviendra la lourde tâche d'aider celui qui devra quitter son service, sa région, ou tout simplement France Télécom à réaliser le «deuil» de son poste.... L'entretien avec le collaborateur (de 10 minutes) est méthodiquement découpé en séquences que les managers sont invités à respecter.
Un saisissant guide de 6 pages résume les bonnes attitudes à adopter. Intitulé Guide pratique : accompagner un collaborateur en processus de changement (cliquer ici pour l'afficher), c'est le viatique indispensable d'une restructuration en douceur. Il explique au responsable d'unité comment gérer les réactions suscitées par l'annonce d'un changement de poste. Par exemple, si le salarié trépigne de rage dans le bureau de son chef : «Si la personne manifeste de la colère ou de la déception, laisser le temps nécessaire à l'expression de cette émotion.»-Le guide fournit d'autres conseils. «Ne pas avoir peur des silences, dans les échanges avec le collaborateur ; il faut accepter ces temps de respiration.» Rappeler, une fois de plus, le mot d'ordre de l'entreprise : «L’insécurité, dans un environnement changeant, serait, pour nous tous, de ne pas bouger.» Redire que tous dans l'entreprise sont confrontés de la même façon au changement, rendu inéluctable : «Insister sur le fait que la mobilisation concerne tout le monde, y compris le manager.» Et gare à ne pas se laisser berner par la rage de son collaborateur : «Le niveau d’"énergie" exprimé n’est pas toujours représentatif du niveau de résistance réel !»Le «schéma des phases de deuil» (ci-dessous : il faut le lire du centre vers la gauche, puis de la gauche vers la droite) aidera avantageusement le cadre à savoir où en est son subordonné sur la longue route de l'acceptation de son changement de poste...
Les cadres doivent encore assister à un module de formation de deux jours, toujours dispensé à l'Ecole du management, en Ile-de-France. Séance concoctée par les cabinets Lesire Partners (qui compte parmi ses clients, selon son site internet, le géant de l'aluminium Alcan ou Leroy-Merlin) et Insep Consulting (spécialiste du développement de la «performance managériale» qui revendique 500 clients «issus du secteur privé et des principales administrations publiques»).-Dans un jargon bourré d'anglicismes (coach, feed-back, leadership, etc.) et d'épithètes ronflantes («l'écoute active», le «questionnement efficient»), les consultants donnent les derniers conseils. lls rappellent aux managers leur rôle : «Écouter et mobiliser» (objet du premier module d'une journée), puis: «S'engager et faire s'engager». On ne leur cache pas que leur mission sera difficile : face à un changement, «les collaborateurs se sentent mal à l'aise et inquiets, rappellent-ils. Ils pensent d'abord à ce qu'ils vont perdre, ils se sentent seuls (...) ils ne peuvent pas supporter trop de changement», etc. Pourtant, pas question de lâcher la bride! «Si on arrête le mouvement et retire la pression, les collaborateurs ont tendance à revenir à leurs anciennes habitudes et comportements> [Pour télécharger les deux modules, cliquez ici (le premier) et(le second)]

C'est en suivant tous ces préceptes que le manager et ses ouailles traverseront sans encombre la «vallée du changement»» (sic!). Sans encombre? Pas totalement. Page 24 du module numéro 2, on trouve une phrase extrêmement troublante :
"Certains n'arriveront jamais jusqu'au bout"Par son caractère définitif, cette phrase alors couchée noir sur blanc par les consultants ès management résonne aujourd'hui tragiquement..."


-Le stress censuré sur l'intranet de France Télécom
-Un cadre de France Télécom : "On a tous été robotisés"
-Didier Lombard aux salariés d'Orange : «La pêche aux moules, c'est fini» | Mediapart
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- Fait(s)divers: souffrance au travail

vendredi 7 septembre 2018

Erreurs d'aiguillage

On y va                                                 (Points de vue)
      On ne sait pas trop où, mais on y va.
    Vers une libéralisation des transports de plus en plus poussée.
  Toute une histoire....La réforme, menée au pas de charge et à courte vue selon les exigences anciennes de Bruxelles, ne sera sans doute pas conforme à ce qui fut promis.
  Tout reste à construire ou à reconstruire au niveau des chemins de fer, trop longtemps délaissés.
       Mais l'esprit est donné, finalement sans grande surprise:
             ... Ce qui se passe (en effet) dans ce secteur n’est jamais qu’une déclinaison de ce que les politiques néolibérales produisent globalement sur l’État social : désengagement de l’État  – qu’il s’agisse de ses missions régaliennes d’aménagement du territoire par la fermeture programmée des petites lignes ferroviaires ; du manque d’investissement dans l’entretien du réseau ferré – ;  mise en place progressive de la concurrence ; transformation des entreprises publiques par le biais du new public management ; démantèlement des acquis sociaux par l’abandon du statut des cheminots et, enfin, transformation des usagers en « clients » par la marchandisation du service....
...La grande transformation de la SNCF directement imputable aux politiques de l’UE est son découpage par activités. C’est tout le sens de la directive 91/440 que d’avoir séparé l’exploitation du service de la gestion de l’infrastructure. Les règles de la concurrence européennes ont poussé cette logique en découpant chaque activité de l’entreprise – TGV, trains Corail, trains régionaux, trains de fret – au nom de la sacro-sainte concurrence libre et non faussée interdisant tout mouvement financier interne. En clair, les bénéfices du TGV ne peuvent plus venir compenser l’activité fret, déficitaire...
   Désormais, le service public ferroviaire est traité au prisme de l’efficience, de l’efficacité, de la performance économique. Il n’est plus le « service d’intérêt collectif qui fonde le lien social », selon la formule du juriste Léon Duguit, mais un service soumis à la logique de marché. Cette histoire est le fruit de la construction européenne, mais aussi de la transformation de la puissance publique, État comme collectivités, dont le rôle tend de plus en plus à se réduire à celui d’organisateur du marché. Elle s’est également faite par la dépolitisation du sujet en le noyant sous des enjeux techniques et financiers très complexes qui sont autant d’obstacles à l’émergence d’un débat citoyen. C’est cette évolution profonde, inscrite dans une temporalité longue – la libéralisation des transports est inscrite dans le Traité de Rome – mais accélérée avec l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, que j’ai tenté de mettre au jour....
...Il faut déjà rappeler que les transformations néolibérales des grandes entreprises publiques (SNCF, la Poste, France Telecom, etc.) se font avec l’aval de l’État, qui organise le marché et ses logiques. Dans le domaine des transports, on assiste du reste à une situation pour le moins ubuesque puisque l’État, via ses compagnies, en est réduit à faire exister un marché qui peinerait visiblement à exister sans lui. Je prends l’exemple dans mon livre de la concurrence dans les transports urbains, qui est vraiment frappante. Une bataille fait rage entre différents groupes publics : la RATP, via sa filiale RATP Dev, fait concurrence à Keolis, filiale de la SNCF, laquelle fait concurrence à Transdev, filiale de la Caisse des dépôts… 
      La conséquence « logique » de ce processus est de rendre au marché ce qui lui appartient, et donc d’organiser la privatisation de ces groupes. Les annonces récentes du gouvernement sur sa stratégie de privatisation de différents groupes publics, à l’instar d’Aéroports de Paris, de la Poste ou de la Française des Jeux, est là pour en témoigner....
           La désinformation et les données biaisées ont fait leur oeuvre, auprès d'une opinion peu motivée, car peu informée sur ce sujet complexe.
      Comme l’a écrit récemment l’éditorialiste Éric Le Boucher dans les Échos, "le train n’est rentable dans aucun pays » et, partout, même dans les pays les plus exemplaires pour ce mode de transport, comme en Suisse, au Danemark ou en Allemagne, il est largement subventionné..." (à des degrés divers)
            ...Un second argument, lié au précédent, qui circule dans les médias veut que la SNCF est très dépensière et peu efficace au regard de ce qu’elle coûte au pays. L’entreprise publique ne serait pas au standard des autres pays européens.
    Ce n’est pourtant pas ce que révèle le rapport publié en 2017 European Railway Performance Index (RPI) du cabinet international Boston Consulting Group, qui fait référence en matière de performance des transporteurs ferroviaires.    Ce rapport indique que la France se trouve dans le premier tiers des pays en matière de performance ferroviaire avec une note de 6/10, au même titre que la Suisse (7,2), le Danemark (6,8), la Finlande (6,6), l’Allemagne (6,1), l’Autriche (6,1) et la Suède (6)....
        La gouvernance par les nombres finit par lasser.
                      La finance sera finalement la grand gagnante du processus de privatisation...s'il va à son terme.
      A vouloir tuer le malade, on peut s'attendre à nombre de désillusions, comme au Royaume Uni, où l'Etat se voit dans l'obligation de revenir en force.
       Ce qui est sûr, c'est que le dossier est loin d'être clos.
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samedi 29 avril 2023

Etre prof'

Plus qu'un malaise...

                              Le plus beau métier du monde est à un carrefour. Une véritable crise même. Cela commence à se savoir et à se voir. Le déclassement -certains parleront même de dénaturation-  que subit cette profession si essentielle a des effets pervers. IL n'y a pas que la dégradation des rémunérations (parmi les plus faibles d'Europe), en question ces temps-ci, largement cause de la désaffection, qui oblige à des recrutements à tout va, mais aussi les effectifs des classes qui ne baissent pas en moyenne et peut-être surtout l'administration tatillonne issue de la  blanquérisation et aussi les exigences parentales parfois contradictoires qui semblent souvent faire la loi. A force de mettre l'élève "au centre", on met le prof' "en marge", dont la fameuse "liberté pédagogique" se réduit comme peau de chagrin. La mise au pas administrative, sous prétexte d'efficacité, produit bien des effets pervers. On en a des échos ici. Le métier est souvent sous tension. Les artifices sont nombreux pour sauvegarder les apparences. Le principe d'autorité part en c****** sous l'effet d'une démission parentale, sur bien des points. 



                                                                                                                        La perte des bases essentielles dans le savoir et le manque d'autorité parentale se remarquent un peu partout, à tel point que beaucoup d'enseignants ont l'impression de jouer les "nounous"(**) Il semble à beaucoup que ce qui se joue derrière cette lente dégradation vise à privatiser toujours plus une institution qui relève du pouvoir républicain, en jouant sur l'arme de la dégradation des services, comme dans d'autres pays où les principes du très libéral  OCDE se met en place peu à peu, comme dans  d'autres domaines et dans d'autres pays, malgré les échecs constatés (*). Comme la Cour des Comptes le préconise. Un modèle pour demain? (*) "  C'est une école “deux en une” », résume Mme Elsa Heuyer. Cette professeure de français du lycée Drottning Blanka a dû apprendre à « optimiser » le temps et l’espace au bénéfice d’AcadeMedia, l’« entreprise éducative » cotée en Bourse qui l’emploie à temps (très) partiel : 28,7 %. Situé au sud de Stockholm, son lycée, un établissement privé sous contrat, dit friskola (friskolor au pluriel), partage ses locaux avec un autre du même groupe. Rentabilité oblige, Mme Heuyer doit gérer deux niveaux dans la même classe : « En pratique, je suis obligée de diviser le temps de cours par deux. » Exerçant, eux, à temps plein, ses collègues professeurs d’espagnol, Mme Sandra Nylen et M. Adrian Reyes, enseignent également une autre matière — un fait commun en Suède. Ils assurent en outre un tutorat pour une quinzaine d’élèves chacun, jouant le rôle de ce qu’on appelle en suédois un mentor. Par courriel ou par téléphone, ils doivent maintenir un contact permanent avec les parents pour le suivi des absences et de la scolarité, toutes matières confondues. « Lorsqu’un élève rencontre des difficultés, c’est de la faute du mentor », soupire M. Reyes. Il n’est ainsi pas rare de voir un professeur aider un élève à faire remonter ses notes dans une autre matière que celles qu’il enseigne. « Je m’assure sans cesse auprès de mes élèves que tout va bien, car je sais que mon directeur va me demander des comptes, raconte Mme Nylen avec nervosité. Mais que faire lorsqu’ils échouent dans plusieurs matières ? »Le directeur du lycée Drottning Blanka « demande des comptes » parce qu’il lui faut de bons résultats pour conserver ses élèves ou en attirer davantage. Après le retour au pouvoir des « partis bourgeois », en 1991, le premier ministre du Parti modéré, M. Carl Bildt, instaura le système des « chèques éducation ». Depuis, il n’y a plus de carte scolaire, et chaque famille peut inscrire gratuitement ses enfants dans l’école publique ou privée de son choix. ...."  ___

    _____ (**)   "  Il s’agit pour Arnaud Fabre et Nicolas Glière de ne rien cacher sur ce qui va mal à l’Éducation nationale et surtout de rechercher les causes des dysfonctionnements d’une « maison qui rend fou ». Contre des idéologues dogmatiques, faux progressistes et véritables destructeurs de l’école, les auteurs veulent « rendre à l’école son rôle premier : instruire ». Le projet est ambitieux, car un renversement des valeurs, digne de la caverne de Platon, mine l’Éducation nationale. À l’école, « scolaire » est un gros mot ; les bons élèves sont détestés, ceux qui produisent continûment des efforts sont méprisés. Quant aux professeurs attachés aux connaissances qu’ils ont à transmettre, ils sont moqués par des chefs ou des collègues qui ne maîtrisent pas l’orthographe et la syntaxe.  Pour « alléger la souffrance de l’élève », les maîtres à penser en « sciences de l’éducation » estiment qu’il n’y a jamais de mauvaise réponse dès l’instant qu’elle émane d’un élève, et que l’absence de logique est la preuve que l’on a affaire à un futur artiste. Il ne faut pas s’étonner, dans ces conditions, de la crise particulière de l’enseignement des mathématiques. On fait un cadeau empoisonné aux élèves, à ceux en particulier issus d’un milieu social défavorisé, en renonçant à leur réclamer des efforts et du travail.   L’emprise institutionnelle exercée depuis quarante-cinq ans par cette pseudoscience que sont les « sciences de l’éducation » est décrite avec précision, dans sa haine des connaissances académiques, dans son ignorance du métier d’enseignant et de la réalité des classes, dans son jargon et ses positions de pouvoir, notamment dans les centres de formation. Les stagiaires s’entendent dire : « Vous avez eu le concours, eh bien, maintenant il va falloir tout désapprendre pour vous mettre au niveau des élèves. » Pour les parangons des sciences de l’éducation, la chronologie est une hérésie, et l’orthographe et la grammaire sont discriminantes pour les enfants des classes populaires. Quiconque les critique est décrété de droite ou d’extrême droite, anti-pauvre, raciste et passéiste. Lorsqu’ils doivent admettre que leurs solutions miracles n’ont pas procuré les résultats escomptés — que l’école publique joue de moins en moins le rôle d’ascenseur social —, leur réponse est toute trouvée : on n’est pas allés assez loin dans le pédagogisme ! « C’est comme si, en cas d’allergie à un médicament, on vous conseillait de doubler la dose pour ne pas remettre en cause les bienfaits de la molécule. »  Comme les métiers de l’hôpital, les métiers de l’éducation souffrent d’une « crise des vocations ». L’expression est récusée par les auteurs qui défendent un métier plutôt qu’un ordre religieux. À l’Hôpital comme à l’École, l’utilité sociale de ces métiers se retourne contre les travailleurs. Parler de salaire est indécent quand il s’agit de soigner ou d’éduquer. Les Stylos rouges ont d’ailleurs reproché aux syndicats de ne pas s’être assez souciés d’une perte abyssale de leur pouvoir d’achat en quatre décennies[2]. L’augmentation des démissions et la chute du nombre de candidats aux concours sont aujourd’hui connues du grand public, désormais au courant que les professeurs sont très mal payés.    En revanche, le public ignore encore qu’à l’Éducation nationale, comme dans de nombreux autres métiers, un lien étroit doit être établi entre la santé et le travail. Mais la santé des personnels n’est pas une préoccupation du ministère de l’Éducation nationale. La médecine du travail y est quasiment inexistante et les établissements manquent cruellement de médecins scolaires et de services d’infirmerie. Si on peut être malade, c’est en période de vacances. C’est à ce signe qu’on reconnaît « l’employé modèle ». « Faire cours sans voix ou avec 39° est une ineptie, sauf à croire que nous ne faisons que garder les élèves. » Le manque criant de professeurs remplaçants permet de culpabiliser les enseignants. « Cette vision de la maladie, rappellent les auteurs, est propre à beaucoup de patrons ailleurs qu’à l’école. » L’installation structurelle de la logique du privé à l’école est pointée, à travers la mise en concurrence des établissements entre eux et, au sein d’un même établissement, entre professeurs qui surnotent les élèves pour conserver leurs postes ou leurs heures supplémentaires.

Comme dans les autres ministères et les autres fonctions publiques, l’Éducation nationale fait de plus en plus appel à des contractuels, qui est une main-d’œuvre peu chère, précaire et soumise. Des rectorats cachent des postes vacants pour les réserver à des contractuels. On cultive un cercle vicieux : pourquoi augmenter le salaire des enseignants dès lors que l’Éducation nationale fait d’eux des exécutants interchangeables qui n’ont qu’à suivre un manuel et faire de l’animation ? Il est humiliant pour des professeurs de constater que le métier qu’ils aiment est considéré par l’institution comme un job temporaire. Est évoqué le cas de personnes ayant choisi le devenir professeur « pour faire une pause », qui sont rattrapées par la dure réalité d’un métier épuisant et démoralisant, saboté par l’institution. Certaines découvrent que l’idéologie des faux savants pédagogistes sert à légitimer une baisse des moyens, en même temps qu’elle répercute l’idéologie néolibérale de l’entreprise fondée sur les compétences et le management.

Les Stylos rouges ont été parmi les premiers à s’insurger contre les pressions exercées sur les personnels, tant par les élèves que par les parents et la hiérarchie. Livrés à eux-mêmes, les professeurs sont ignorés, voire sanctionnés lorsqu’ils évoquent ces faits. « Comment ne pas évoquer, écrivent les auteurs, l’assassinat de notre collègue, Samuel Paty, tué par une cabale d’islamistes après avoir été abandonné voire menacé de sanctions et réprimandé par sa hiérarchie, déconsidéré par une partie de ses collègues, simplement pour avoir fait cours et respecté les programmes ? » Cette évocation est d’une alarmante actualité[3].

Il est expliqué comment « inspecteurs, formateurs et chefs d’établissement sont la parfaite courroie de transmission des ordres du pouvoir en place, quel qu’il soit ». Ainsi, à quelques années d’intervalle, ils exigent des enseignants tout et son contraire, selon la mode et le ministre du moment. L’ouvrage fourmille d’exemples éloquents. Citons le cas de l’inspectrice qui exige, lors d’une formation liaison CM2-6e, que le professeur explique des consignes aux élèves en difficulté pendant que les autres travaillent. Lorsque le professeur demande comment faire pour que la classe travaille tranquillement, l’inspectrice répond : « Vous leur dites : ‘Allez, zou, au travail !’ Et ils s’y mettent. » La dame ne blaguait pas[4].    Il est une règle à laquelle l’Éducation nationale ne déroge pas, c’est celle du « pas de vague ». Un enseignant, un conseiller principal d’éducation, un membre du personnel médical, un assistant d’éducation fait appel à sa direction en cas de problème ? Très mauvaise idée ! Quand on sollicite un chef au sujet d’un problème, on devient le problème. La ressemblance avec le management France Telecom ou la Poste est justement soulignée. Non seulement l’agent n’est pas soutenu, mais il est convoqué et calomnié. On refuse parfois de le recevoir accompagné d’un représentant syndical. La bienveillance qu’on exige des enseignants leur est refusée par les chefs d’établissement et les inspecteurs qui « cassent, humilient, harcèlent pour certains, sans vergogne et sans jamais rendre de comptes ».   Les auteurs ne nient évidemment pas que des professeurs rencontrent des difficultés et ont besoin d’être aidés. Toujours est-il que les inspections qui se bornent à démolir sont contre-productives. Les auteurs prennent l’exemple d’inspecteurs expliquant uniformément à des professeurs ayant trente ans de métier, qu’ils sont vieux, dépassés, nuls et que rien de ce qu’ils ont fait jusque-là n’est à conserver. La réalité d’une hiérarchie « qui se couvre en permanence, dans l’obsession du contrôle et du culte du chef » n’est pas le fait de cas isolés. Elle est structurelle. Dans ces conditions, « les chefs compétents et humainement respectables sont noyés et invisibilisés dans une masse d’incompétents aux valeurs humaines plus que détraquées ». De son côté, le professeur régulièrement humilié par des élèves perturbateurs jouissant d’une complète impunité est seul et méprisé. Le cocktail « déni des faits, refus de sanctionner, omerta, idéologie » est le carburant ordinaire de l’Éducation nationale.     Comment éviter les ennuis ? Comment espérer être bien vu ? En renonçant à transmettre librement les connaissances. En dénigrant l’école comme outil égalitaire d’émancipation face aux déterminismes sociaux. Mais cela suffit-il pour obtenir ce qu’on veut ? Les auteurs ont forgé avec humour et pertinence le néologisme « larbinat » pour rendre compte avec exactitude et précision de ce qui se passe en 2023 à l’Éducation nationale. Dans une note de bas de page, le larbinat est ainsi défini : « Il s’agit du ‘métier’ de larbin et des compétences à acquérir pour devenir le larbin parfait auprès de ceux qui détiennent le pouvoir ». Ainsi, par exemple, les profs-larbins obtiennent les classes qu’ils souhaitent ainsi que le versement d’heures, parfois non effectuées, selon l’envie du proviseur ou du principal. Par contre, le syndicaliste honni se verra refuser arbitrairement l’autorisation d’effectuer des heures d’enseignement dans le supérieur. Mais attention : l’enseignant n’a pas l’exclusivité du larbinat. Ce rapport social pathologique se retrouve à tous les niveaux du ministère. L’obsession pyramidale qui a atteint des sommets depuis les années Blanquer impose partout des tyranneaux serviles qui se vengent sur leurs subalternes. Pitoyable modèle offert aux élèves que l’école devrait former à l’esprit critique et à la solidarité humaine !   Ce rejet conjoint du pédagogisme, du néolibéralisme et… du larbinat s’accompagne d’une contestation sans équivoque du renoncement à la laïcité « envisagée à l’aune des États-Unis, du communautarisme culturel sans rapport avec notre histoire ». « Il est assez surprenant, précisent N. Glière et A. Fabre, que des gens se revendiquant de la gauche, parfois radicale, suivent ces modèles importés ultra-individualistes ». Si tout se vaut, la frontière entre croire et savoir n’a pas de sens. Dire que la Terre est plate devient une opinion comme une autre.    Comme le soulignent les auteurs, les fanatiques religieux connaissent la puissance émancipatrice de l’instruction, car « en en privant les autres, on les domine et on les mène où on veut ». Mais pour les idéologues qui se disent de gauche, il faut respecter les croyances, comme si elles étaient essentiellement attachées aux personnes. On connaît la suite : « Combien de ces universitaires et autres collègues de tendance pédagos ont renoncé à la laïcité ? Combien d’entre eux ont quasiment cherché à justifier le massacre de Charlie Hebdo ou la décapitation de Samuel Paty ? », demandent Arnaud Fabre et Nicolas Glière.   Les auteurs terminent par des propositions décapantes, allant d’un travail à mi-temps dans les classes pour les personnels d’inspection et de direction à l’abolition du Concordat en Alsace-Moselle, en passant par une augmentation des salaires de 50 % sans contrepartie. Ce livre d’enseignants est un livre politique de citoyens de gauche qui savent que « l’école est le creuset par lequel tout le monde passe ». Il est aussi celui de salariés en activité qui se reconnaissent pleinement dans le présent mouvement contre la réforme réactionnaire des retraites. La réponse que la macronie oppose à cette lame de fond populaire n’a pas dépaysé les deux professeurs qui y retrouvent « le même autoritarisme et le même mépris ». N. Glière et A. Fabre font d’ailleurs résonner dans les deux cas le même appel : Ne vous laissez plus faire !  Ce livre corrosif, sincère et confiant est à recommander particulièrement à tout professeur qui se sentira moins seul, et à toute personne de gauche qui apercevra concrètement que les combats pour l’instruction, les services publics, la justice sociale et la laïcité sont indissociables..."     _____________________________.