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mercredi 14 juin 2017

Macron et le "modèle" suédois

   A la recherche du Graal ?             
                                              Notre Président, dans sa volonté réformatrice, s'est plusieurs fois référé, comme d'autres avant lui,  au modèle scandinave, et tout particulièrement à celui d'une Suède qui aurait opéré une mutation économique et sociale exemplaire dont il conviendrait de s'inspirer.
      Pour nos gouvernants, leurs conseillers ou leur think tank, c'est une tendance constante, voire un tropisme récurrent, de se référer à un modèle étranger de gouvernement économique. Presque une obsession. Les clés de la réussite n'étant pas à la maison et l'herbe étant supposée  plus verte ailleurs, on se tourne vers un modèle supposé qui servirait de référentiel pour sortir de nos problèmes. La solution serait ailleurs...
    Après Le défi américain de JJSS, vint le modèle japonais, puis le modèle allemand schröderisé, qui séduit déjà moins. Sans se poser le problème de l'adaptabilité à notre propre culture, à notre type de démographie, à l'histoire de nos institutions, à notre culture.
       Depuis sa révolution libérale, beaucoup regardent maintenant ver la Suède, supposée avoir établi un équilibre entre les performances économiques, les questions de l'emploi et celles de la redistributionn, dans le contexte d'une même mondialisation et de ses rudes exigences d'adaptation et de mutations.
                ...Mais ce modèle ferait-il long feu?
      Après examen, on comprend vite que la petite taille de ce pays, son histoire propre, sa culture si spécifique, son héritage luthérien si particulier interdisent une transposition simple à nos propres normes, faute de trouver chez nous nos propres solutions. On remarque aussi que chaque pays scandinave a ses modes de fonctionnement qui ne ressemblent pas à l'autre. La politique de Stockholm n'est pas celle d'Oslo ni celle de Helsinki,  étant donné l'histoire, les différences des ressources, des modes d'organisation , des choix politiques. Malgré certaines analogies que l'on peut faire de Paris, en matière éducative par exemple, où il y aurait beaucoup à apprendre.
       Le modèle scandinave n'est pas si idéal que ça, si l'on veut bien y regarder de près. Il faut cesser de s'y référer de manière mythique ou naïve.
        Le type de capitalisme mis en place là-bas depuis quelque temps n'est pas "exportable" tel quel, comme le disent eux-mêmes certains responsables économiques de ces pays. De plus, il n'est loin d'être sans imperfections, même si on vante à juste titre l'excellence du système éducatif finlandais, par exemple, mais qui investit énormément de moyens pour la formation des maîtres et la réduction des effectifs de classe.
    De plus, si le taux d'emploi est plus élevé de 10% en Suède, et que le taux de chômage de longue durée y est plus bas, le revenu d'activité y est plus faible, comme la sécurité de l'emploi. Si l'on retrouve plus facilement un emploi en Suède, la part des contrats d'au maximum 6 mois y est bien plus grande qu'en France (13,86% en Suède, contre 9,30% en France). Ce sont donc deux système très différents : si dans l'un, l'emploi est plus difficile à obtenir (la France), les revenus d'activité y sont meilleurs et les emplois stables plus fréquent, quand dans l'autre (la Suède) il est plus facile d'y trouver ou retrouver un emploi, mais avec plus de précarité et un peu moins de revenus. "
   Les secteurs publics sont soumis à la dure loi de la privatisation et de ses arbitraires, lieux d'une compétitivité organisée.
     Les tableaux comparatifs parlent d'eux-mêmes. Si d'un point de vue macro-économique, les réformes suédoises ont eu un effet positif, il semble que celles-ci ne se répercutent pas aussi profondément sur la qualité de vie des populations : logement, revenu, et santé sont mieux placés en France, tandis que le chômage, et les disparités entre les sexes sont moins importants en Suède. Le modèle suédois, selon l'OCDE, ne serait donc peut-être pas la panacée... 
     L'esprit du capitalisme suédois, sous ses jours les plus divers, montre ses limites et n'est pas transposable chez nous.
    Malgré un système social encore très protecteur, beaucoup sont d'avis que le modèle social suédois serait  en train de se fissurer, par création de nouvelles inégalités.
       Un système hybride, avec ses qualités et ses défauts, mais qu'il serait impossible et vain de vouloir "copier", même si tel ou tel aspect mériterait réflexion.
  C'est à chaque pays de trouver, de manière originale, ses voies de renouveau, avec son génie propre.
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samedi 10 septembre 2022

Ecoles suédoises

Cherchez le modèle...

                                       En matière économique et sociale, nous aimons bien nous comparer aux autres pays, soit en bien soit en mal. Nous avons tendance à chercher des modèles de bonne gestion chez nos voisins les plus proches, comme si nous n'étions pas capable politiquement de faire les choix qui s'imposent à la lumière de nos traditions et de nos valeurs. Quitte à être vite conscients qu'il y a des problèmes chez les autres aussi et que l'herbe n'est pas plus verte ailleurs. Notre myopie parfois nous aveugle. Il y eut à une époque le "modèle japonais" qui inspira maints dirigeants, puis le "modèle allemand", qui actuellement montre ses faiblesses. Aujourd'hui, c'est plutôt le "modèle suédois" que l'on juge performant en haut lieu. Jupiter y pense souvent dans sa volonté de réformes brouillonne.   


                   ...Sauf que la Suède n'est plus ce qu'elle était. La privatisation sans complexe et sans limites apparentes est en train de modifier profondément le mythe d'un pays social et progressiste sur plus d'un point. Par exemple en matière scolaire. Chez nous l'école va mal.  Il y a des raisons structurelles à cet état de fait, ce qui n'est pas nouveau. La gouvernance scolaire a suivi la pentes des anciennes recommandations de l'OCDE en matière de tout ce qui éest service public et certains pensent fortement à une privatisation encore plus rapide qui supprimerait les problèmes qu'ils ont eux-mêmes contribués à créer.      La dérégulation/déstructuration, nouveau dogme néo-libéral, est à l'oeuvre aussi en Suède et on peut déjà en voir les effets: ils sont édifiants! Certains observateurs parlent de fiasco. Au nom de la "liberté", on a créé une situation ubuesque et inquiétante pour l'avenir de ce pays.          "...C'est une école “deux en une” », résume Mme Elsa Heuyer. Cette professeure de français du lycée Drottning Blanka a dû apprendre à « optimiser » le temps et l’espace au bénéfice d’AcadeMedia, l’« entreprise éducative » cotée en Bourse qui l’emploie à temps (très) partiel : 28,7 %. Situé au sud de Stockholm, son lycée, un établissement privé sous contrat, dit friskola (friskolor au pluriel), partage ses locaux avec un autre du même groupe. Rentabilité oblige, Mme Heuyer doit gérer deux niveaux dans la même classe : « En pratique, je suis obligée de diviser le temps de cours par deux. »    Exerçant, eux, à temps plein, ses collègues professeurs d’espagnol, Mme Sandra Nylen et M. Adrian Reyes, enseignent également une autre matière — un fait commun en Suède. Ils assurent en outre un tutorat pour une quinzaine d’élèves chacun, jouant le rôle de ce qu’on appelle en suédois un mentor. Par courriel ou par téléphone, ils doivent maintenir un contact permanent avec les parents pour le suivi des absences et de la scolarité, toutes matières confondues. « Lorsqu’un élève rencontre des difficultés, c’est de la faute du mentor », soupire M. Reyes. Il n’est ainsi pas rare de voir un professeur aider un élève à faire remonter ses notes dans une autre matière que celles qu’il enseigne. « Je m’assure sans cesse auprès de mes élèves que tout va bien, car je sais que mon directeur va me demander des comptes, raconte Mme Nylen avec nervosité. Mais que faire lorsqu’ils échouent dans plusieurs matières ? »   Le directeur du lycée Drottning Blanka « demande des comptes » parce qu’il lui faut de bons résultats pour conserver ses élèves ou en attirer davantage. Après le retour au pouvoir des « partis bourgeois », en 1991, le premier ministre du Parti modéré, M. Carl Bildt, instaura le système des « chèques éducation ». Depuis, il n’y a plus de carte scolaire, et chaque famille peut inscrire gratuitement ses enfants dans l’école publique ou privée de son choix..."                                      L'ex-modèle suédois n'en est plus vraiment un... 
Sous prétexte de dépoussiérer le mammouth, on vide progressivement de sa substance un système qui, sous l'effet de la massification, demandait certes bien des adaptations, mais que beaucoup ne reconnaissent plus, tant il s'éloigne des missions fondamentales de l'école, qui est d'abord de former l'homme et le citoyen, avec un minimum d'exigences de culture, de maîtrise de la langue.  Tout se passe comme si l'accent était mis sur une nouvelle ambition, et cela très précocément: préparer le plus tôt possible de futurs producteurs et d'excellents consommateurs.   Ce que l'on déplore chez nous est encore plus visible dans d'autres pays, qui ont pris à grande vitesse les voies indiquées par de nouveaux pédagogues, marquées par la permissivité, l'idéal d'auto-apprentissage, le recul de l'autorité légitime du maître, les exigences minimales exigées le plus souvent, le fameux "apprendre à apprendre   En même temps la privatisation va bon train, accompagnant et accentuant les inégalités.                                                                      En Suède, par exemple, qui a engagé un vaste tournant libéral et que l'on veut mimer, après d'autres modes, qui vont et viennent. Le modèle scolaire suédois est très souvent vanté, mais c'est se fier à l'apparence et ne pas comprendre ce qui se joue dans le fond ainsi que les dérives en cours.   Certes, l'élève est "au centre" du système" (comme on le répète chez nous comme un mantra); il est aussi roi, avec toutes les effets pervers de cette promotion. Les parents ont une autorité  sur un système en fait très contrôlé, malgré la libéralisation proclamée. Un marché scolaire trop concurrentiel commence à être remis en question là-bas, ainsi qu'une baisse de niveau. La communication devient prioritaire aux dépends des contenus et des matières que l'on sacrifie peu à peu. La France prend le même chemin.  La ségrégation scolaire va de pair avec une privatisation de plus en plus poussée.  Les qualités de "modèle" suédois ont aussi des revers, à cette échelle. Il est discuté au coeur même du pays et du monde enseignant, après s'être trop ouvert.  Etant donnée l'extrême permissivité qui s'est mise en place sous le gouvernement libéral, certains se demandent si l'on est pas en train de former là-bas des "petits cons".  C'est la fin d'un mythe, de toute évidence..

       La privatisation galopante de l'école s'imprègne des lois du marché. La recherche de la "satisfaction client" pousse à une inflation de bonnes notes , qui fausse tout le système, les parents demandant souvent aux enseignant de revoir leur copie. Un système qui tend à devenir à la carte. Il n'est pas étonnant que le métier d'enseignant, assez mal payé, ne séduise plus.
       L'obsession  de nos chefs d'Etat, c'est de trouver des modèles pour sortir des difficultés qu'ils ont eux-mêmes souvent contribué à créer.
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lundi 10 septembre 2018

Modèles scolaires

    En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des modèles.
                                                        Les idées, on va souvent les chercher ailleurs.
              Par paresse, par renoncement ou par mimétisme.
     L'obsession  de nos chefs d'Etat, c'est de trouver des recettes pour sortir des difficultés qu'ils ont eux-mêmes souvent créés.
   Après le modèle américain des années 70, vint le modèle japonais, puis le modèle allemand, qui a montré ses faiblesses et ses failles.
  Aujourd'hui, l'heure est au modèle danois, après le modèle suédois, présenté de manière biaisée et partielle.
   C'est vrai en matière de "gouvernance" économique, emprunté au monde anglo-saxon revu et corrigé par la tacherisme.
   Mais c'est aussi vrai en matière scolaire, chaque ministre ayant à coeur de laisser son nom à une réforme ou à une réformette.
      Sous prétexte de dépoussiérer le mammouth, on vide progressivement de sa substance un système qui, sous l'effet de la massification, demandait certes bien des adaptations, mais que beaucoup ne reconnaissent plus, tant il s'éloigne des missions fondamentales de l'école, qui est d'abord de former l'homme et le citoyen, avec un minimum d'exigence de culture, de maîtrise de la langue.
    Tout se passe comme si l'accent était mis sur une nouvelle ambition, et cela très précocément: préparer le plus tôt possible de futurs producteurs et d'excellents consommateurs
               Ce que l'on déplore chez nous est encore plus visible dans d'autres pays, qui ont pris à grande vitesse les voies indiquées par de nouveaux pédagogues, marquées par la permissivité, l'idéal d'auto-apprentissage, le recul de l'autorité légitime du maître, les exigences minimales exigées le plus souvent, le fameux "apprendre à apprendre"
   En même temps la privatisation va bon train, accompagnant et accentuant les inégalités.
     En Suède, par exemple, qui a engagé un vaste tournant libéral et que l'on veut mimer, après d'autres modes, qui vont et viennent.
   Le modèle scolaire suédois est très souvent vanté, mais c'est se fier à l'apparence et ne pas comprendre ce qui se joue dans le fond ainsi que les dérives en cours.
   Certes, l'élève est "au centre" du système" (comme on le répète chez nous comme un mantra); il est aussi roi, avec toutes les effets pervers de cette promotion. Les parents ont une autorité  sur un système en fait très contrôlé, malgré la libéralisation proclamée.
   Un marché scolaire trop concurrentiel commence à être remis en question là-bas, ainsi qu'une baisse de niveau.
   La communication devient prioritaire aux dépends des contenus et des matières que l'on sacrifie peu à peu. La France prend le même chemin.
   La ségrégation scolaire va de pair avec une privatisation de plus en plus poussée.
       Les qualités de "modèle" suédois ont aussi des revers, à cette échelle. Il est discuté au coeur même du pays et du monde enseignant, après s'être trop ouvert.
    Etant donnée l'extrême permissivité qui s'est mise en place sous le gouvernement libéral, certains se demandent si l'on est pas en train de former là-bas des "petits cons".
    C'est la fin d'un mythe, semble-t-il..
       La privatisation galopante de l'école s'imprègne des lois du marché. La recherche de la "satisfaction client" pousse à une inflation de bonnes notes , qui fausse tout le système, les parents demandant souvent aux enseignant de revoir leur copie. Un système qui tend à devenir à la carte. Il n'est pas étonnant que le métier d'enseignant, assez mal payé, ne séduise plus.
       L'obsession  de nos chefs d'Etat, c'est de trouver des modèles pour sortir des difficultés qu'ils ont eux-mêmes souvent contribué à créer.
  .
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mercredi 29 mai 2013

Modèle suédois?

 Le modèle suédois a pris du plomb dans l'aile.
________________________________________Malgré une prospérité industrielle retrouvée après une crise sévère, la Suède connaît, sous la houlette d'un gouvernement libéral, une croissance des inégalités parmi les plus fortes des pays européens.
Même si la pauvreté en Suède reste encore mesurée, par rapport à d'autres pays comparables, un masse importante de la population surtout immigrée hétérogène connaît un sort peu enviable du fait d'un chômage qui l'affecte particulièrement et aux réductions, voire aux suppressions des aides sociales et des projets d'intégration.
 La Suède n'est pas le paradis que certains imaginent encore, même si le pays semble se porter mieux que le nôtre dans le secteur manufacturier. Le pays de Volvo, Ikea, Saab, Electrolux, Ericsson a encore de beaux restes...
___En 2010 dèjà, la crise dans ce pays annonçait des tensions nouvelles qui ont surpris. __[Précisons de Lord sur les particularités de l'immigration en Suède]__
Aujourd'hui, certaines banlieues craquent.
A l'occasion des émeutes récentes,  les faiblesses de ce modèle apparaissent mieux.
Une vitrine se brise:
 "... Le 14 mai, un rapport de l'OCDE constatait que les écarts des revenus augmentent davantage en Suède que dans l'ensemble des autres pays européens. Et une semaine plus tard, de violentes émeutes ont éclatés à Husby, dans la banlieue de Stockholm, où des jeunes masqués ont incendiés des voitures et attaqué les forces de l'ordre avec des jets de pierre. Plusieurs commentateurs de la presse suédoise lient justement ces évènements à l'inégalité croissante du pays.
"Un échec gigantesque" écrit Lena Mellin, chroniqueuse du quotidien social-démocrate Aftonbladet, estimant que les autorités ont trop longtemps fermé les yeux sur les problèmes liés à la ségrégation des banlieues comme Husby où 85 % des 12 000 habitants sont nés en Suède mais ont deux parents nés à l'étranger.
 De son côté, Aftonbladet estime dans son éditorial que les émeutes à Husby reflètent l'essentiel de la politique conduite par la coalition gouvernementale de droite, une politique que la phrase emblématique "Il doit être rentable de travailler" illustre le mieux. "Lorsqu'on baisse les impôts, ce sont les parties les plus faibles de la société, des endroits comme Husby, qui en paient le prix", poursuit le journal..."
La presse conservatrice renvoie les émeutiers à leur seule responsabilité, faisant silence sur les défaillances des efforts d'intégration.
Pour les politiques de nos pays, toujours à la recherche d'une référence, il est clair que le modèle scandinave ne peut pas s'exporter.
Il a en fait toujours été un mythe.
Sur certains points même, il pourrait servir de contre-exemple.
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- Pourquoi les banlieues de Stockholm se sont-elles enflammées?
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-Paru dans Agoravox
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mercredi 1 février 2012

Modèle allemand (suite)

Précarité et pauvreté, facteurs de réussite?

__Si ça continue, nous nous rapprochons du modèle allemand, non pas du point de vue de ses performances industrielles, mais de ses aspects les plus discutables, de l'injustice et de la précarité qu'il engendre et dont il bénéficie...
Après le modèle américain de JJSS, le modèle japonais, suédois, finlandais, voici le
modèle allemand...
La France douterait-elle d'elle-même, pour chercher ailleurs des modèles parfois contestés, sans prendre en compte les deux faces d'une réalité idéalisée et sans remettre en question les comparaisons non pertinentes? Symptôme d'un grand déficit d'idées, d'un désarroi manifeste et d'un tropisme germanique singulier.

[Nicolas Sarkozy : « J’admire le modèle économique allemand » Jean-François Copé : « Nous devrions utiliser le modèle allemand comme exemple » François Fillon : « Il faudra aller vers un temps de travail commun, vers un âge de retraite commun […], c’est la clé de la survie de la zone euro » Laurence Parisot : « il est indispensable que la France et l’Allemagne aient une approche économique et sociale de plus en plus similaire, pas forcément identique mais similaire et ce que veut dire le mot convergence, c’est réduire les divergences »]
__Nobody's perfect, Sarkozy liebt das deutsche Modell . Avec angélisme ou opportunisme, il semble proclamer modestement Ich bin ein Berliner ! et se ranger (officiellement) du côté d'Angela, pourtant en plein dilemme.
_Le prétendu recul du chômage Outre-Rhin n'est pas un miracle, quand on connaît les dessous de la compétitivité allema
nde et le nombre masqué de travailleurs pauvres.
Le meilleur des mondes économiques n'existe pas et les transpositions entre des pays si différents n'ont guère de sens. Il faut remettre la supériorité industrielle de l'Allemagne actuelle, fragile par bien des aspects, en perspective historique. Et l'économie n'est pas tout...
__Vouloir imposer un super-Maastricht à l'Europe n'est sans doute pas ce qu'il y a de mieux à faire, c'est préparer un avenir plus difficile. Il y a toutes les chances pour que la strenge Disziplin finisse par tuer le malade, entraîner des effets pervers économiques et politiques, accentuer le cercle vicieux de la dette et de la récession. On nous mène en bateau avec le « modèle allemand »


______________________La
précarité dans ce pays, héritage de Schröder, n'est pas pour rien dans ses performanc
es.
Si on peut se fier aux do
ssiers publiés par Myeurope , on est en droit de nuancer les propos de circonstance visant à nous culpabiliser et nous mettre au régime sec.
On y évoque la réalité du chomage (Premier volet )

« (...) un système qui, par vases communicants, aurait progressivement fait passer plusieurs millions d’allemands des listes de chômeurs à ceux de quasi-chômeurs ou travailleurs pauvres (...) Une responsable de l’Arbeitsagentur d’Hambourg (Pôle-emploi allemand), souhaitant garder l’anonymat, ne cache pas sa colère : Qu’on arrête de parler de miracle économique. Aujourd’hui, le gouvernement répète que nous sommes aux alentours de 3 millions de chômeurs, ce qui serait effectivement historique. La réalité est toute autre, 6 millions de personnes touchent Hartz IV, ce sont tous des chômeurs ou des grands précaires. Le vrai chiffre n’est pas 3 millions de chômeurs mais 9 millions de précaires (...) »
(Deuxième volet )

Les nouveaux types de contrat de travail, qui séduisent le plus les employeurs allemands:
« Les Mini-Jobs : des contrats à temps partiel, payés 400 euros par mois, qui permettent aux employeurs d’être exonérés de charges mais prive ses bénéficiaires d’assurance maladie... Ils n'ouvrent aucun droit à la retraite ou aux allocations chômage (...) »
Ils : (...)
tiennent le haut du pavé, avec une augmentation de 47,7%, simplement devancés par le boom de l’intérim (+134%) (...) Certaines entreprises ont voulu tirer profit du système, privilégiant, par exemple, deux ou trois mini-jobs, fiscalement neutres, à l’embauche d’un salarié en plein-temps (...) »
Troisième volet:
Myeurope cite le cas de ce retraité qui sert des parts de gâteau à la cafétéria d’un centre de soins
: « En tant que retraité je touche 525 euros par mois. Je paye un loyer de 440 euros. Avec téléphone, le gaz, etc, il faut rajouter 150 euros. Et cela ne suffit pas. Il faut bien vivre de quelque chose c’est pour ca que je travaille ici. Wolgang travaille donc 20 heures par semaine dans ce centre, et cela pour 390 euros par mois (...)
_« Selon le ministère des affaires sociales, plus de 660 000 séniors de 65 à 74 ans auraient un emploi à temps partiel (...) cette catégorie de population est menacée de paupérisation. Ils n’étaient que 416 000 en 2000. Leur nombre a donc augmenté de plus de 58% en dix ans ( soit 660 000 ) Selon les experts, la paupérisation des séniors ne va cesser d’augmenter durant les vingt prochaines années (...) »
Conclusion d'une retraitée : « (...)
Des salaires de misère ne peuvent entrainer que des retraites de misère (...)
__Selon Basta, "Les derniers chiffres de l’institut allemand des statistiques Destatis publiés le 19 juillet sont sans appel : la croissance allemande s’appuie sur le travail précaire. Plus de la moitié des 322 000 créations d’emploi entre 2009 et 2010 concernait du travail intérimaire, et trois-quarts des travail précaire : intérim, CDD, mi-temps de moins de 20 heures, mini-jobs à 400 euros par mois. 7,8 millions de personnes occupent un emploi précaire en Allemagne sur 40 millions d’actifs, dont 30 millions pour les seuls salariés. Soit un salarié sur quatre sous statut précaire. D’après une nouvelle étude de l’institut d’analyse économique DIW, citée par la presse allemande mardi, les bas salaires ont connu une baisse réelle de 16 à 22 % endix ans, contre 2,5 % pour l’ensemble des salariés.
De quoi inspirer un nouveau modèle social pour la France ?..
"
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Chômage : les chiffres sont truqués en Allemagne comme en France
-Précarité et Hartz iv
- Le «modèle Allemagne»: de son instrumentalisation politique à la réalité
-Allemagne de cocagne?

dimanche 2 septembre 2018

On en parle

__ Contrats aidés et contradictions.
                         Qu'en pensent les associations diverses et variées?

__  Merkel passe aux aveux.

__ Travail carcéral aux USA: toujours rentable.

__ Monsanto laisse des traces.

__ Où l'on reparle des perturbateurs endocriniens. Ce n'est qu'un début.

__ Nanoparticules: une "invasion" qui pose problème.

__ Modèles en question. L'obsession  de nos chefs d'Etat, c'est de trouver des modèles sortir des difficultés.
  Après le modèle américain des années 70, vint le modèle japonais, puis le modèle akllemand, qui a montré ses faiblesses et ses failles.
Aujourd'hui, l'heure est au modèle danois, après le modèle suédois, présenté de manière biaisée et partielle.


Le modèle de la «flexisécurité» vient du Danemark.
                    Le programme de Macron coche-t-il les cases de la flexisécurité?

__ Du rififi à la Curie.
         François n'est pas sorti de l'auberge.
                L'oppositon  est vive. Les questions de moeurs prennent de l'ampleur de plusieurs manières.
                          Les loups sont-ils entrés dans la bergerie du pasteur de Rome?
                                    Comment sortir de l'omerta?
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jeudi 12 décembre 2019

Vu de Stockholm:

Un modèle en trompe l'oeil.
                              On nous présentait la Suède comme un paradis pour retraités. Encore une référence qui a du plomb dans l'aile, même si ce n'est pas l'enfer et si c'est pire ailleurs.
   Nos chefs d' Etat ont parfois des lubies. Faute de solutions, ils se tournent souvent vers des modèles supposés: après le rêve américain de Giscard-JJSS, vint le modèle japonais, puis coréen, enfin allemand. On en revient.

     Notre Maître des horloges s'est tourné vers la Suède, son modèle, dans un projet trop vite ficelé. Après Hollande, qui regardait souvent au Nord, qui virait libéral.
   Sur le point des retraites, le paradis n'existe pas là-bas, malgré une dizaine d'années d'élaboration.
Résultats: -Les perdants du nouveau système sont nombreux.
                 -Les retraités pauvres ne sont pas une rareté.
                 -Le système par points n'est pas une garantie.
   C'est un goût amer pour beaucoup de scandinaves qui ne s'y retrouvent plus, dans un système à géométrie variable.
      Le modèle scandinave n'est pas si idéal que ça, si l'on veut bien y regarder de près. Il faut cesser de s'y référer de manière mythique ou naïve.
      Selon l'économiste Husson, les clauses cachées changent tout ...
         Comme il l'exprime ici
                      .... Les réformes des retraites contiennent souvent une clause cachée, à savoir que la part des retraites dans le revenu national ne doit plus augmenter. L’adoption de cette règle, souvent baptisée soutenabilité financière, entraîne – arithmétiquement – une baisse relative de la pension, dès lors que le nombre de retraités augmente plus vite que celui des actifs (voir annexe pour une démonstration). Dès lors, quel que soit le système de retraites, les réformes ne se distinguent que par le choix des dispositifs adoptés pour faire respecter cette règle générale qui implique un appauvrissement relatif (voire absolu) des retraité·e·s.
Plus fondamentalement, il s’agit d’une inversion totale de logique sociale. Un système par répartition pur obéit à une logique des besoins: à partir de normes sur l’âge de la retraite et le taux de remplacement (le rapport entre pension et revenu d’activité) on calcule le montant total des pensions et on en déduit rétroactivement le taux de cotisation. Un système pur de comptes notionnels ou par points fonctionne selon une logique comptable: on se fixe le montant total des pensions, et le taux de remplacement, ou l’âge de la retraite, compatibles avec cette contrainte en découlent. Une autre différence, sur laquelle on reviendra, est que l’on passe d’un système régi par des normes sociales à un autre où l’ajustement est en grande partie le fait de comportements individuels.
Dans le cas suédois, la réforme est assez radicale, puisqu’elle se fixe comme objectif une baisse de la part des retraites jusqu’à 7% en 2070. Le graphique ci-dessous illustre cette trajectoire: il fait apparaître un net décrochage avec la mise en oeuvre de la réforme à la fin des années 1990, puis un rebond avec la crise. Ensuite, la courbe devrait reprendre son mouvement à la baisse. Cette courbe est construite à partir de données officielles d’Eurostat et de la Commission européenne pour les prévisions [2]. Si ces dernières sont évidemment soumises à de fortes incertitudes, les projections démographiques à long terme sont en revanche plus fiables. C’est la seconde courbe du graphique qui décrit l’évolution passée et prévue du ratio de dépendance. Ce ratio qui rapporte la population de plus de 65 ans à la population en âge de travailler (20 à 64 ans) augmente à peu près régulièrement, passant de 29% en 1995 à 43% en 2070.
La stagnation, voire la baisse de la part des retraites, combinée avec une augmentation du ratio de dépendance conduit mécaniquement à un appauvrissement relatif des retraités. Le taux de remplacement, c’est-à-dire le rapport entre la pension moyenne et le revenu d’activité moyen est programmé pour passer de 50,5% en 2016 à 32,6% en 2070....
        _____Et si on changeait de logique?
                                                         __________________________

samedi 20 février 2010

Ikea: modèle à démonter

Marketing éthique?

-La grande famille IKEA en crise

___________Un fondateur atypique
-Une société opaque





-Ikea : un modèle low cost:
"Lors de leur embauche chez Ikea, les managers reçoivent en cadeau un opuscule rédigé par le fondateur du groupe, Ingvar Kamprad : Le testament d'un négociant en meubles. Celui-ci n'a de cesse d'y rappeler que le succès de son entreprise est dû à ses prix imbattables obtenus par une réduction systématique des coûts.
Il invite chacun des salariés à participer à cet effort : « Aucune peine ne devra être épargnée afin de maintenir ces prix au niveau le plus bas. » Il faut dire qu'Ikea est une entreprise pionnière du low cost. Dès 1955, alors qu'elle était une simple PME de la ville d'Älmhult, située dans une région aride du sud de la Suède, elle a simplifié ses produits afin de les vendre en pièces détachées, économisant ainsi les coûts de livraison.
Conditionnés à partir de 1956 dans des paquets plats, les meubles sont transportés par le client qui les monte ensuite lui-même. Principale innovation d'Ikea, ce système de vente en kit permet à l'entreprise de comprimer ses dépenses du stade de la production jusqu'à celui de la distribution, règle de base du low cost.
Les salariés d'Ikea-France se sont mis en grève le 6 février, au lendemain de la réunion pour les négociations annuelles obligatoires, car la direction ne leur a proposé aucune augmentation collective de salaire, seulement 1,2 % d'augmentation individuelle, au mérite, alors que le chiffre d'affaire du groupe atteint plus de 2 milliards d'euros. Mi-février, le mouvement touchait plus de la moitié des magasins français du groupe, dont l'un, dans le Val-d'Oise, a dû fermer ses portes. Au-delà du gel des salaires, c'est le recours croissant aux CDD et à l'intérim qui est dénoncé par les organisations syndicales comme FO et la CGT. Une flexibilité qui se traduit également par des contrats aux horaires « modulables » pour les étudiants, et qui entre en contradiction avec le management « convivial » affiché par l'entreprise...
Dans cette tradition, l'entreprise applique au sein de ses magasins une gestion du personnel qui se veut conviviale et participative, à la scandinave, que décrit Elsa Fayner dans son livre de témoignage Et pourtant je me suis levée tôt... Tutoiement de rigueur entre les salariés, quel que soit le niveau de hiérarchie, écoute et entraide au sein des équipes de vente sont autant de principes que l'auteure, en contrat à durée déterminée (CDD) chez Ikea, observe sur le terrain, parfois jusqu'à la caricature. En même temps, se demande Elsa Fayner, « comment concilier ces règles avec le recours à la sous-traitance » ? Ce n'est qu'une des contradictions du marketing éthique d'Ikea. Car comment être à la fois un pionnier du low cost et se vouloir un champion de la responsabilité sociale des entreprises ? C'est la question que s'est posée Oxfam-Magasins du monde en lançant en 2006 une campagne intitulée « Ikea : un modèle à démonter »

...Dernière critique que l'on adresse à Ikea, et non des moindres : l'opacité de ses comptes, comment Ikea peut-elle se targuer d'être une entreprise éthique alors que la multinationale pratique sans vergogne l'évasion fiscale ? Non cotée en Bourse, l'entreprise ne publie pas ses bénéfices, et la société mère appartient à une fondation caritative basée aux Pays-Bas. Ikea service, qui détient le concept et le design de la marque, appartiendrait de son côté à des sociétés situées dans des paradis fiscaux. Le logo de la multinationale porte les couleurs du drapeau suédois, mais Ingvar Kamprad, tout en cultivant une image de simplicité et d'honnêteté, mots clés de son Testament d'un négociant en meubles, préfère ne pas être soumis à la fiscalité de son pays natal."
-Plus riche que Bill Gates, avec l'horreur du fisc...

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samedi 10 septembre 2022

Ecoles suédoises (suite)

(Selon Le Monde)

Une école-business..._____

" L’école suédoise, dégradée par une logique de marché, est devenue un contre-modèle

Le système scolaire du pays scandinave, longtemps très estimé, s’est affaibli à mesure que l’enseignement privé prenait du poids et s’autonomisait. Les inégalités se sont creusées, et l’enseignement public est fui.
Par Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale)
Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 06h00
Analyse.                           "L’école suédoise va mal. Avant des élections législatives prévues dimanche 11 septembre, les leaders politiques ont beau s’opposer sur les solutions, ils font tous le même constat. Chaque année, 16 000 élèves quittent le collège sans pouvoir entrer au lycée. Les différences de niveau entre les établissements ne cessent de croître. Partout, les enseignants qualifiés manquent à l’appel.
Le système scolaire suédois, considéré comme l’un des plus performants et égalitaires du monde il y a encore trente ans, est désormais observé avec un mélange de répulsion et d’incrédulité. En 2013, l’enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis), publiée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), avait révélé au grand jour ses dysfonctionnements : le niveau des jeunes Suédois en lecture, mathématiques et sciences s’était effondré. Depuis, il est légèrement remonté, mais les inégalités scolaires se sont creusées.
Pour comprendre cette évolution, il faut remonter à la fin des années 1980. L’école suédoise est alors encore très centralisée. Son organisation et son financement dépendent de l’Etat. Les établissements ont peu d’autonomie. Autre particularité : ils sont quasiment tous publics. En 1992, seuls 1,1 % des écoliers et collégiens et 1,7 % des lycéens étaient inscrits dans le privé.
Malgré ses bons résultats, ce système est alors de plus en plus critiqué pour son manque de diversité pédagogique et le peu de liberté de choix qu’il laisse aux parents. Alors que les finances publiques du pays sont dans le rouge, les Sociaux-Démocrates au pouvoir décident de décentraliser l’éducation : à partir de 1989, le primaire et le secondaire passent sous la responsabilité des 290 communes, malgré l’opposition des syndicats d’enseignants.
Des sociétés cotées en Bourse
Quand la droite arrive au pouvoir en 1991, elle introduit une seconde réforme, celle des « friskolor » – les « écoles libres » –, visant à mettre fin au quasi-monopole de l’enseignement public, avec l’introduction d’un « chèque éducation ». Imaginé par l’économiste américain Milton Friedman, chantre du néolibéralisme, il se présente sous la forme d’une enveloppe, financée par les communes et attribuée à chaque élève, quel que soit l’établissement où il est inscrit, afin de couvrir ses frais de scolarité. Avec cet argent, les établissements paient les enseignants, le personnel administratif et les locaux.
Pendant les premières années, le montant du « chèque éducation » est de 15 % inférieur dans le privé. Quand ils reviennent au pouvoir en 1994, les Sociaux-Démocrates le portent au même niveau que dans le public au nom de l’égalité : les parents doivent pouvoir choisir d’inscrire leurs enfants où bon leur semble, quels que soient leurs revenus. Aux communes de fixer le montant du chèque qui peut varier du simple au double. Les écoles privées peuvent s’établir où elles le souhaitent, à condition que l’inspection scolaire leur donne son feu vert. Elles sont également autorisées à faire des profits.
Ce système est toujours en place aujourd’hui. Mais le paysage scolaire a fondamentalement changé. Désormais, environ 400 000 élèves âgés de 1 à 19 ans sont inscrits dans le privé, soit environ un cinquième des jeunes Suédois. Des sociétés anonymes, dont certaines sont cotées en Bourse, détiennent 70 % des 4 000 établissements privés (dont 70 sont confessionnels). A eux seuls, les vingt plus gros acteurs privés comptent 60 % des élèves.
Le secteur a vu s’imposer une logique de marché. Pour augmenter leurs revenus, les établissements privés doivent attirer le plus d’élèves possible, tout en réduisant les coûts. Parmi les solutions : se passer d’une bibliothèque ou d’une cantine, mais aussi augmenter le nombre d’élèves par enseignant, ou embaucher des professeurs non qualifiés avec des salaires inférieurs.
La stratégie consiste également à attirer les élèves les moins difficiles, qui coûtent le moins cher. Pour y parvenir, les établissements privés ont développé différentes tactiques : s’installer dans les beaux quartiers, présenter un profil exigeant réservé à des élèves particulièrement motivés ou gonfler les notes. Soumis à la double pression des parents et de leurs supérieurs, les enseignants doivent obtempérer.
Aucune obligation de transparence
Mais l’outil le plus efficace reste les listes d’attente, car certains parents, les plus avertis, sont prêts à y inscrire leurs enfants dès la naissance. Elles peuvent rassembler des centaines de noms. Officiellement, les écoles privées n’ont pas le droit de faire de sélection et doivent accueillir les premiers inscrits. En réalité, elles n’ont de comptes à rendre à personne, puisque ces listes sont considérées comme des secrets commerciaux, dont la gestion n’est soumise à aucune obligation de transparence.
Face à ce phénomène, les communes sont démunies. Sans pouvoir s’opposer, sur leur territoire, à l’installation d’un établissement privé qu’elles sont obligées de financer, elles se trouvent dépourvues pour lutter contre la ségrégation scolaire en forte progression. D’autant que l’on assiste à une fuite en avant : à mesure que les inégalités augmentent, les élèves quittent le public pour le privé. Plus les listes d’attente s’allongent, plus les entreprises scolaires prennent de la valeur.
Avant les élections, les Sociaux-Démocrates et le Parti de gauche se sont engagés notamment à interdire les profits des acteurs privés et à réduire leur financement. Les centristes et libéraux proposent, pour leur part, de mieux encadrer le secteur privé, avec des contrôles accrus des pouvoirs publics. Mais aucun ne veut remettre en cause la liberté de choisir des familles à laquelle les Suédois sont attachés. Seule exception : les Démocrates de Suède (extrême droite) veulent interdire la dizaine d’écoles de confession musulmane. "
Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale)