Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!

mercredi 20 mai 2009

Lait à gogo


Le lait: une marchandise comme une autre?

Une politique agricole schizophrène, effet de la stratégie financière des grands groupes agroalimentaires.
Il est plus qu'urgent de revoir le fonctionnement de la PAC
_________________


-José Bové, tête de liste Europe-Ecologie dans le Sud-Ouest, avait... mis la crise du lait sur le dos des «politiques néolibérales qui placent toujours les intérêts des grands groupes de l’agroalimentaire» avant ceux des paysans et des salariés qui sont «les seuls à payer la déréglementation»...

-"... La centrale d’achat Leclerc impose à ses fournisseurs un contrat type garantissant à l’enseigne Leclerc une marge de 25 %, quel que soit son prix de revente consommateur aligné sur le concurrent le moins cher.Cette pratique condamnable sur la forme comme sur le fond ruine tout l’équilibre de l’économie de marché. Le prix des pâtes a par exemple augmenté de 10,8 % en un an, alors que le blé a chuté de moitié à l’été 2008 ! Les premières victimes sont immédiatement les consommateurs et l’approvisionnement. Si la saine et loyale concurrence sert les justes prix, la course au moins cher à tout prix coûte très cher à notre société, et en particulier aux producteurs et aux consommateurs..." (Jeunes Agriculteurs)
_______________

Derrière la crise du lait, il y a l'Union européenne:
"Un marché du lait libre et non faussé. La fin des quotas. Une législation européenne de la concurrence qui s'impose à tous. C'est l'accord européen trouvé en décembre dernier par Michel Barnier. Un désastre pour celui qui candidate au prochaines élections européennes...« Nous sommes parvenus à un accord à la quasi-unanimité ». Michel Barnier avait été clair en novembre 2008. Il se réjouissait alors d’un accord trouvé au niveau européen pour déréguler progressivement le marché du lait jusqu’en 2015. Les quotas de production étaient relevés de 1% pendant 5 ans, puis disparaîtraient complètement. Le lait fluctuerait ensuite « librement » au gré du marché de l’offre et de la demande. Pleinement ancré dans l’idéologie libre-échangiste de l’Europe, cet accord à la « quasi-unanimité » - sauf la Lituanie - entérinait le sacro-saint principe de non intervention du pouvoir politique dans l’économie. Et déjà, les producteurs français, allemands et autrichiens s’inquiétaient des conséquences dramatiques d’un telle mesure sur… le prix du lait. ...L’obstination de Bruxelles, « le lait trop régulé » ?Dans un éditorial de Jean-Francis Pécresse, paru dans les Echos d’aujourd’hui, on peut lire que l’économie laitière « ne souffre pas de trop peu de régulations mais de trop de régulations. (…) L’Europe, avec l’aide de la France, a privilégié une politique des revenus si aboutie qu’elle a transformé les éleveurs en salariés de leurs clients… ». Et de préciser qu’« en 2007, lorsque les prix du lait grimpaient en flèche, c’est la régulation qu’on dénonçait et la concurrence qu’on célébrait. »
Certes, mais la joie fut de courte durée. Davantage que la hausse du prix du lait, c’est l’importante fluctuation du prix qui saute aux yeux, a fortiori depuis avril 2008, date à laquelle la DGCCRF - Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes – a décrété illégales les ententes permettant le maintien du prix du lait.
-Le ministre de l’Agriculture Michel Barnier, candidat aux élections en juin prochain, n’est donc pas exempt de responsabilités dans cette crise qui enflamme plusieurs villes de Province. Il est l’un des artisans de la volonté affichée des libéraux de Bruxelles à vouloir déréguler les marchés, même si cela doit saborder tout un pan de l’économie faisant vivre les régions. Les beaux discours ne peuvent se substituer aux actes. A 15 jours des élections au Parlement de Strasbourg, cette crise du lait incarne parfaitement le dilemme européen qui voit s'opposer un sentiment d’impuissance des citoyens au dogme de l'idéologie libérale qui se cache derrière la raison économique : déréguler toujours plus pour appauvrir encore. " (L.Coupet)

Aujourd'hui, c'est le lait. Et demain ?

>L'Europe prête à produire plus de lait pour répondre à la demande
>Quotas laitiers
>Si Barnier ne peut résoudre la crise du lait, à quoi sert-il ?
>Stratégies des multinationales agroalimentaires en Europe

-La situation est intenable pour les producteurs de lait:

"A cause de la crise économique, les exportations de lait ont chuté de 7 à 9 % en 2008. Pendant ce temps-là, la production laitière n’a cessé d’augmenter. C’est le résultat de la politique menée par la Commission européenne qui relève ses quotas laitiers de 1 % chaque année et qui prévoit leur suppression définitive à horizon 2015. On se retrouve en situation de surproduction sur le marché européen alors que nous n’avons pas les consommateurs. Du coup, les prix s’effondrent et mettent les producteurs européens en difficulté puisqu’ils sont amenés à vendre leur production en dessous du prix de revient.-Quel est l’intérêt, pour l’Union européenne, de supprimer ces quotas ?Sur la base des négociations avec l’Organisation mondiale du commerce, la Commission doit libéraliser ses marchés agricoles. Et les quotas sont considérés comme une entrave. De plus, l’Europe verse une aide compensatoire aux producteurs, de 34 euros par tonne depuis 2004 pour compenser la baisse du prix du lait, qu’elle souhaite donc supprimer.

-On importe du lait d'Australie et on jette celui des vaches françaises:
"C’est bien le mépris de la préférence communautaire qui est entrain de conduire l’Europe laitière dans l’impasse. Furieux de voir le cours du lait s’effondrer, les producteurs Français ont sorti les tracteurs et bloquent le centre ville de plusieurs préfectures. Une jacquerie en bonne forme provoquée par le comportement insupportable du lobby industriel laitier, Lactalis en tête, digne des fermiers généraux de l’Ancien régime...
Après une période de sous production, pour faire grimper les prix, obligeant la France à importer, le prix du lait avait flambé en 2007. Face à la demande, on s’était mis à faire pisser la vache afin de ramasser le « beurre » de cette paradoxale situation. Mais l’arrivée de la crise a fait fondre le « beurre » et le monde est aujourd’hui confronté à une surproduction. D’où un effondrement subit des prix à -30%.
L’Europe technocratique a tout géré en dépit du bon sens, relayée par des pouvoirs publics et des organisations syndicales aveuglés par la rentabilité à outrance de leur logique productiviste intensive. Nous ne dirons jamais assez combien Luc Guyau, ancien président de la FNSEA, mentor désastreux de la politique agricole chiraquienne des années 80-90, a conduit l’agriculture française dans le mur. Et les efforts courageux de son successeur, Jean-Michel Lemétayer, pour rétablir une situation presque sans espoir, semblent parfois peine perdue.
Que s’est-il passé pour que le pays du bon lait en soit arrivé là ? Tout simplement l’éternelle collusion entre l’agroalimentaire et la grande distribution, la première tenue de mettre à disposition de la seconde des produits bas de gamme aux coûts de production minimalistes afin de garantir un maximum de profit aux différents intermédiaires. Résultat, le consommateur ingurgite des produits laitiers indignes et les éleveurs sont sur la paille. Qui expliquera pourquoi, aujourd’hui, près de la moitié des laits de consommation courante proviennent de Nouvelle- Zélande, d’Australie et d’autres continents lointains, contraignant nos producteurs à déverser le lait européen devant les préfectures et à bloquer les dépôts de centrales d’achat de la grande distribution pour se faire entendre ?..."

-Conjoncture_laitière -Grande distribution et produits laitiers
-Le lait déborde sur la campagne européenne:
"...Reprochant à Barnier des propos sur l’insuffisance du prix du lait «frisant la schizophrénie», le député souverainiste voit dans la crise laitière le signe que «le gouvernement français a capitulé face à la logique ultralibérale de Bruxelles». Laquelle a décidé, selon Dupont-Aignan, «la suppression de toute régulation des prix du lait en Europe».«Monsieur Barnier, occupez-vous des campagnes plutôt que de faire campagne!», avait lancé mardi Stéphane Le Foll, numéro 2 sur la liste Ouest du PS au responsable de la campagne UMP. L’eurodéputé sortant a exhorté le ministre à «s’occuper un peu plus des agriculteurs plutôt que de multiplier les meetings en région parisienne».José Bové, tête de liste Europe-Ecologie dans le Sud-Ouest, avait, lui, mis la crise du lait sur le dos des «politiques néolibérales qui placent toujours les intérêts des grands groupes de l’agroalimentaire» avant ceux des paysans et des salariés qui sont «les seuls à payer la déréglementation»...
________________________
-
Agrobusiness et subventions

Travailler autant pour gagner ...pas plus


Vers une spirale déflationniste des revenus?

-"Le risque est réel pour des milliers de salariés de perdre 15 à 20% de leur rémunération" a indiqué le ministre X.Bertrand

-"La baisse des salaires est le symptôme d’une économie malade. Et ce symptôme peut aggraver l’état de santé de l’économie..." (P.K)
_________________

Le symptôme de la déflation salariale:
"Face à la crise, les travailleurs américains acceptent de plus en plus - volontairement ou sous la contrainte - de réviser les salaires ou les avantages sociaux à la baisse en espérant ainsi sauver leur emploi. La hausse anémique des rémunérations à l’embauche au dernier trimestre - plus 0,2% seulement - fait craindre à Paul Krugman que ne s’installe une spirale déflationniste des revenus, à l’image de ce qu’avait connu le Japon, où les rémunérations avaient perdu 1% par an entre 1997 et 2003. Ce mécanisme, rappelle-t-il, relève de ces paradoxes nombreux en macroéconomie où un comportement sacrificiel, en apparence raisonnable à l’échelle individuelle, s’avère désastreux lorsqu’il est adopté par tous. Une remarque : ne pourrait-on analyser la course compétitive au moins disant salarial sous la pression concurrentielle mondialisée comme une manifestation du même phénomène ?...
Certaines baisses de salaires, comme celles concédées par les salariés de Chrysler sont la contrepartie de l’aide fédérale. D’autres, comme l’accord en cours de négociation sur une réduction des salaires ici, au New York Times, sont le résultat de discussions entre les employeurs et les travailleurs syndiqués. D’autres enfin, reflètent la réalité brutale de la faiblesse du marché du travail : les salariés n’osent pas protester quand les paies sont réduites, car ils ne pensent pas pouvoir changer d’employeur.Cependant, quelles qu’en soient les circonstances, la baisse des salaires est le symptôme d’une économie malade. Et ce symptôme peut aggraver l’état de santé de l’économie...
Nous sommes victimes du paradoxe de l’épargne : l’épargne est une vertu, mais lorsque tout le monde cherche à épargner plus en même temps, l’effet produit est celui d’une dépression de l’économie. Nous sommes victimes du paradoxe du désendettement (deleveraging) : la réduction de la dette et le nettoyage des bilans sont une bonne chose, mais quand tout le monde essaie de vendre des actifs et de rembourser ses dettes en même temps, le résultat c’est une crise financière.
Et nous pourrions être confrontés bientôt au paradoxe des salaires : les employés d’une entreprise peuvent contribuer à sauver leur emploi en acceptant des salaires plus bas, mais lorsque l’ensemble des employeurs réduisent en même temps les salaires, cela se traduit par une hausse du chômage.Voici comment fonctionne ce paradoxe. Supposons que les travailleurs de la Société XYZ acceptent une réduction de salaire. Cela permet aux dirigeants de réduire les prix de XYZ, rendant ses produits plus compétitifs. Les ventes augmentent, et un nombre plus important de travailleurs peuvent garder leur emploi. Ainsi, on pourrait croire que des réductions de salaire augmentent l’emploi - ce qu’ils font au niveau d’une seule entreprise.Mais si tout le monde décide d’une réduction de salaire, personne n’y gagne un avantage compétitif. L’économie ne bénéficie donc aucunement de ces baisses. Dans le même temps, elles peuvent aggraver les problèmes de l’économie sur d’autres fronts.
En particulier, la baisse des salaires, et donc la baisse des revenus, aggrave le problème de l’endettement excessif : les remboursements mensuels ne diminuent pas en relation avec la fiche de paie. L’Amérique est entrée dans cette crise avec un ratio de dette des ménages relativement au revenu à son plus haut niveau depuis les années 1930. Les ménages tentent de réduire cet endettement en épargnant plus qu’ils ne l’avaient fait depuis une décennie - mais si les salaires chutent, ils sont alors à la poursuite d’une cible mobile. Et l’augmentation du fardeau de la dette va exercer une pression baissière sur les dépenses de consommation, maintenant l’économie déprimée.Les choses sont pire encore lorsque les entreprises et les consommateurs s’attendent à voir baisser les salaires dans le futur. John Maynard Keynes l’a clairement exprimé, il y a plus de 70 ans de cela : « l’effet d’une attente d’une baisse des salaires de par exemple 2% au cours des prochaines années sera à peu près équivalent à celui d’une augmentation de 2% du montant des intérêts à payer pour la même période. » Et une augmentation du taux d’intérêt réel est la dernière chose dont notre économie ait besoin..."
-La baisse ou le gel des salaires se banalise dans les entreprises françaises

-Bertrand envisage de fortes baisses de salaires
- Baisse des salaires : est-ce bien légal ?:
"Que se passe-t-il si l'employeur diminue de façon unilatérale le salaire de ses employés ? C'est illégal. Une baisse de salaire suppose une modification du contrat de travail et nécessite donc l'accord du salarié. Un avenant doit alors être signé. Le salarié qui verrait sa rémunération baisser sans son accord peut prendre acte de la rupture de son contrat de travail par courrier adressé à l'employeur et cesser son activité. Il doit ensuite saisir le Conseil de Prud'Hommes pour qu'il juge que la rupture du contrat de travail produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Le contrat est alors immédiatement rompu et l'employeur a obligation de lui remettre une attestation Assedic. Deuxième option : le salarié peut saisir le Conseil de Prud'hommes pour qu'il prononce la résiliation judiciaire du contrat aux torts de l'employeur. Dans ce cas, il continue de travailler en attendant que le jugement soit prononcé..."
- Un employeur peut-il baisser les salaires ?

-Baisse des salaires: il n'y en aura pas pour tout le monde!
-Toyota baisse les salaires de 10% au Royaume-Uni
-HP France propose une baisse illimitée des salaires sans garantie sur l’emploi

mardi 19 mai 2009

Moyen-Orient: un tournant?



Un test majeur pour Obama

Après une inquiétante allégeance préélectorale envers l'AIPAC et une longue période de silence ambigü à l'égard de la politique israëlienne et son engagement à Gaza, il semble qu'Obama, malgré ses équivoques, sa persistance aveugle en Afghanistan, sa dépendance aux lobbies, soit prêt à jouer une carte importante, peut-être décisive...
("Il est dans l'intérêt, je crois, non seulement des Palestiniens, mais aussi des Israéliens, des Etats-Unis et de la communauté internationale de parvenir à une solution à deux Etats", a dit Barack Obama à l'occasion du premier face-à-face entre les deux hommes depuis qu'ils ont pris leurs fonctions.)


Un pragmatisme raisonné, qui peut l'emporter.
Mais on peut s'attendre à une vive résistance des forces de droite en Israël [" Ce gouvernement de droite a déjà annoncé la couleur : la question palestinienne n'est pas sa priorité autrement que dans sa dimension économique, et il s'assoit sans complexes sur la « Feuille de route » élaborée en 2007 par le gouvernement sortant avec les Etats-Unis et l'Autorité palestinienne, qui n'avait, il est vrai, mené nulle part.Benyamin Netanyahu met en avant la « menace de l'Iran » plutôt que la nécessité de trouver un accord avec les Palestiniens : ce sera le ciment de sa coalition avec l'extrême-droite et les religieux" (P.Haski)]...
... si Obama continue à s'appuyer sur le
"plan de paix saoudien, qui propose une reconnaissance d'Israël par tous les États membres de la Ligue arabe, en échange d'un retour de l'État hébreu sur ses frontières de 1967"...

Mais Israël a -t-il le choix s'il veut simplement durer, car le temps ne joue pas en sa faveur ?
Netanyahu devrait relire Machiavel. (
Rien n'est aussi désespérant que de ne pas trouver une nouvelle raison d'espérer.” )
Comprendra-t-il le sens de son intérêt à long terme?
L'essentiel se jouera loin du tam-tam médiatique. ("La destinée du monde se joue à l'intérieur des salons feutrés des Princes."-Machiavel)
_____________________

Nous n’accepterons pas la création d’un État palestinien souverain à côté d’Israël.» C’est, en substance, ce que Benjamin Netanyahou s’apprête à dire à Barack Obama ce lundi. (AJ.Mayer)

Si Israël temporise sur la solution à deux États ou s’il n’y a pas de vision américaine claire de la façon dont cela va se jouer en 2009, alors la crédibilité énorme d’Obama dans le monde et dans cette région se volatilisera du jour au lendemain », prédit Abdallah de Jordanie
______________________

"Une chose est sûre : si règlement il doit y avoir un jour du conflit au Proche-Orient, ce qui veut dire la création d’un Etat palestinien, il ne pourra se faire sans une implication directe, pour ne pas dire une direction des opérations, des Etats-Unis. Et ce, pour des raisons que l’on connaît bien, comme les liens très étroits qui unissent Israël et les Etats-Unis depuis la fin de la guerre éclair de 1967. Des liens qui dépassent la seule communauté juive américaine, communauté qui représente en nombre la population d’Israël, que l’on appelle à tort le lobby juif puisqu’il s’agit d’un lobby israélien constitué très tôt, avant même l’indépendance, du temps de la Palestine mandataire, dans les années 1920-1930. Les relais de la politique isrélienne, quels que soient les grands partis au pouvoir aux Etats-Unis, sont puissants, ont une influence déterminante sur bien des aspects de la démocratie américaine

.Il ne peut y avoir de règlement du conflit sans une pression des Etats-Unis sur leurs alliés isréliens.C’est un constat de l’histoire : il y a un rapport du fort au faible entre Israël et les Palestiniens et l’on voit mal le fort céder à toutes les demandes du faible. Tant que les Américains n’exerceront pas de demandes pressantes et et n’entreront pas dans un rapport de force avec leur allié, il n’y aura pas de solution. On l’a bien vu pendant la période que nous venons de traverser, avec l’équipe Bush et les néoconservateurs qui avaient une vision diamétralement opposée, celle d’imposer une solution par la force sans de réelles négociations.On connaît le résultat. Les Israéliens, et non les seuls conservateurs, ont vu d’un très bon oeil l’intervention américaine en Irak, pensant qu’elle était le moyen de faire sauter le seul Etat qui semblait piloter, fédérer une majorité du refus d’un accord possible entre Istraël et ses voisins arabes, à commencer par ses voisins des territoires occupé.." (A.Defay)-

>-Résoudre le conflit israélo-palestinien : une priorité pour Obama-<

_______________

-Obama veut imposer à Israël un Etat palestinien:
"...Cette fois, ce ne sera pas un Nétanyahou conquérant qui entrera dans le Bureau ovale. Car le premier ministre israélien sait que les beaux jours de l'Administration Bush, où l'Amérique passait tout à Israël, sont bel et bien terminés. Pour George W. Bush, le conflit israélo-palestinien n'était qu'une affaire périphérique dans le contexte d'un «Grand Moyen-Orient» qu'il convenait de démocratiser en commençant par l'Irak. Faire la paix en Palestine n'était donc pas une priorité pour Washington. Avec Obama, le contentieux israélo-palestinien est redevenu le sujet majeur de la politique moyen-orientale de l'Amérique...
L'Administration Obama s'est engagée dans une politique de petits pas. À la différence de l'Administration Bush, elle accorde beaucoup d'importance au plan de paix saoudien, qui propose une reconnaissance d'Israël par tous les États membres de la Ligue arabe, en échange d'un retour de l'État hébreu sur ses frontières de 1967..."

-Obama-Netanyahu, discussions au sommet
- Round d’observation
-Obama contre Nétanyahou :
"...A la tête du gouvernement le plus à droite qu’Israël ait jamais eu, Benjamin Netanyahou ne se convertira pas, d’un coup, au pacifisme mais, outre que l’armée et l’économie israéliennes dépendent beaucoup des Etats-Unis, il aura du mal à résister à l’offensive de Barack Obama qui ne se contente pas de faire pression sur lui. Le président américain est, parallèlement, en train d’intégrer à sa diplomatie le plan de paix saoudien, proposition de reconnaissance d’Israël par l’ensemble des pays de la Ligue arabe en échange de la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967...."
- Bras d’honneur de Bibi à BHO
-Barack Obama lie le plan de paix d'Israel à un accord sur les frontières de 1967

-Netanyahou-Obama : des visions opposées du Proche-Orient | Rue89:
"... Quand il y a un désaccord entre les Etats-Unis et Israël, la plupart du temps, ce sont les Américains qui renoncent à leur position initiale et non Israël. Ce petit Etat semble être plus fort dans leurs relations bilatérales que son partenaire « hyper puissant ».Un expert britannique a même écrit après la guerre d'Irak que la « relation spéciale », devise de la diplomatie anglaise, n'était plus d'actualité, le Royaume-Uni ayant perdu toute possibilité d'influencer les décisions stratégiques américaines.
Cette capacité appartient désormais uniquement à Israël. Les raisons profondes de cette tendance générale sont d'ordre historique et politique. Mais celle-ci n'avait jamais été aussi forte que sous la présidence de George W Bush, notamment à l'image de la guerre de Gaza à la toute fin de son second mandat et de cette anecdote révélatrice...
Mais les choses peuvent changer dans un futur proche. Les tensions entre les deux pays se creusent et Obama ne semble pas prêt à accepter d'obéir systématiquement aux exigences d'Israël. En fait, les agendas diplomatiques respectifs des Etats-Unis et d'Israël sont assez différents, voire même opposés dans une certaine mesure. Par ailleurs, le fait que le gouvernement actuel d'Israël soit le plus à droite de l'histoire du pays n'arrange pas les choses.La priorité stratégique d'Obama est d'apaiser les rapports entre les Etats-Unis et le monde musulman. Mais pour cela, il sait qu'il faut plus que des discours sympathiques sur le dialogue entre les civilisations, l'éloge du caractère pacifique de l'islam et des sourires adressés aux Arabes.Si un réel progrès sur le conflit israélo-palestinien, avec des apports directs et pas seulement des perspectives vagues à long terme, n'est pas atteint, sa crédibilité et sa popularité -à son apogée actuellement- vont progressivement disparaître.Même si le précédent gouvernement israélien n'a pris aucune mesure particulière dans le sens d'une solution durable, c'est la première fois depuis 16 ans qu'il y a au pouvoir un gouvernement qui renie le principe même d'un Etat palestinien. Il s'agit d'un grand bond en arrière..."

-Etats-Unis et Israël: l'heure du choix pour Obama | Mediapart:
"Netanyahou, à l'image d'une partie de la droite israélienne, apparaît obsédé par la perspective d'un Iran nucléaire et refuse, semble-t-il, la moindre concession à l'égard des Palestiniens tant que la théocratie perse agite cette menace et poursuit sa politique de soutien au Hezbollah et au Hamas. Les Américains, de leur côté, semblent penser, comme l'a déclaré en substance le conseiller à la sécurité nationale, James Jones, la semaine dernière que «la route d'un Iran dénucléarisé passe par la Cisjordanie».Autrement dit : améliorons le sort des Palestiniens et tentons de régler le conflit avec Israël, et nous aurons alors un levier puissant contre les ambitions iraniennes...
L'administration Obama a ensuite fait savoir, de manière fort peu diplomatique, qu'elle ne goûtait pas vraiment la coalition droitière mise en place par Netanyahou, avec l'ultra-nationaliste Avigor Lieberman aux affaires étrangères. Enfin, le fait que les hommes clés de la sphère diplomatique régionale – George Mitchell, James Jones et le chef de cabinet d'Obama Rahm Emanuel – soient restés fort silencieux jusqu'ici, ou que les rares paroles émanant d'eux ayant filtré indiquent une ligne plus dure vis-à-vis d'Israël, témoigne d'une inflexion de l'administration Obama...."

-Quel plan pour sortir de l'impasse politique au Proche-Orient ?
_____________________________
- L'historien Arno Joseph Mayer dissèque un siècle et demi de sionisme | Mediapart:
" Alors que Tel-Aviv fait tout pour sensibiliser le monde à la « menace de l’Iran nucléaire», Obama demeure farouchement opposé à toute intervention militaire contre un pays dont il espère se rapprocher dans les prochains mois.

«Obama n’a pas le choix, l’empire américain décline, juge l'historien de Princeton, Arno J. Mayer. Et les Etats-Unis ont aujourd’hui moins besoin d’Israël que de l’Iran» Professeur d’histoire contemporaine, Arno J. Mayer dresse, dans son dernier ouvrage, un portrait sans concession d’un siècle et demi de sionisme qui a abouti, selon lui, au triomphe des idées de Jabotinsky, le père de la droite israélienne, porte-parole d’un sionisme politique pour un Etat Israël ultra-militarisé. Un sionisme à rebours des idées des intellectuels de l'Ihoud, tels Judah Magnes ou Martin Buber, concepteurs de la notion d'orientalisme avant même Edward Saïd, et partisans farouches d'un État binational, d'une confédération à l'image du Canada ou de la Suisse.Motivé par la nécessité de différencier les notions d’antijudaïsme, de judéophobie et d’antisémitisme, De leurs socs, ils ont forgé des glaives est aussi le récit d’un exil, de la construction intellectuelle d’un historien juif né au Luxembourg en 1928, et contraint de fuir en 1940, quelques heures avant l’arrivée des Allemands, pour Hendaye, Montpellier, Oujda, Oran… et finalement New York...

Tout a réussi aux Israéliens. Avec le temps, beaucoup de faits accomplis se sont accumulés parce qu'ils ont ce sentiment d'être les plus forts, ce qu'ils sont effectivement. D'après moi, ils ne veulent pas vraiment une négociation. Ils veulent une reddition, sous la dictée.Là, il y a quelque chose que je trouve très compliqué. Je viens d'un petit pays, le Luxembourg, bien sûr bien plus petit qu'Israël. Mais les petits pays, d'habitude, ont un sens des limites. C'est d'ailleurs la formule de Machiavel, ce nécessaire sens des limites, à la fois en politique intérieure et extérieure. Que les Israéliens soient les plus forts, il n'y a aucun doute. Mais lier cette puissance, comme ils le font, avec celle de peuple élu, quand on sait que la majeure partie de la force militaire et économique d'Israël vient des Etats-Unis, c'est difficilement acceptable.-Il n'empêche, avec Israël, nous avons au Proche-Orient une construction tout à fait unique, une population de 7 millions de personnes, dont 20 % sont arabes, et nous avons la cinquième puissance militaire du monde, avec entre 100 et 200 missiles nucléaires. Tout cela mis bout à bout confère un sentiment d'«Hubris», que je ne sais comment déconstruire. Mais il faut le déconstruire, si l'on veut arriver à la paix. C'est d'autant plus vrai qu'en face, on se sent humilié, et l'humiliation pousse à la vengeance...-L'affaiblissement de l'hégémonie américaine n'arrange pas les Israéliens. Une divergence de fond apparaît aujourd'hui au grand jour, au sujet de l'Iran. Obama veut négocier avec Téhéran, Israël, lui, se braque, et continue à ne rien donner. C'est une fois de plus son «Hubris» qui le guide. Le facteur explosif est du côté d'Israël, qui est prêt à aller au bout et à bombarder l'Iran. D'autant qu'ils savent bien que les Etats-Unis, seront obligés, en ce cas, de se ranger de leur côté...."


lundi 18 mai 2009

Culbute américaine?


Une Amérique qui bascule?


"La crise a mis à nu bien des vérités déplaisantes au sujet des USA"(S Johnson) -The Atlantic-
_________

« Est-il trop tard pour sauver l’Amérique ? ». C’est la question volontairement provocante que posent la journaliste Marie-Paule Virard et l’économiste Patrick Artus dans un livre qui paraît cette semaine aux éditions la Découverte.

La semaine dernière Barack Obama prononçait un discours sur « la nouvelle fondation » du modèle économique américain devant les étudiants de l’université de Georgetown à Washington. Il y évoquait les premiers signes de progrès sur le front de la reprise économique…
Difficile pourtant de savoir si le plan de relance marque une vraie rupture avec le modèle hérité des années 80, celui de l’endettement et du creusement des inégalités...(France-Culture)

>Une analyse sans concession, des solutions discutables...

L’Amérique du « No we can’t »:
"... Le diagnostic de l’économie comme de la société américaine est implacable : excès d’endettement confinant à l’insolvabilité, société en voie de paupérisation minée par des inégalités insupportables, système social inexistant, délabrement des infrastructures, désindustrialisation presque achevée, déficits budgétaires et commerciaux structurels. Et last but not least un rêve américain évanoui, « qui nécessite d’être endormi pour y croire encore »

-Comment les Etats-Unis en sont arrivé là ? Inutile de chercher des boucs-émissaires. Ils se sont mis tout seul dans cette galère grâce à leur optimisme naturel et la foi en leur superpuissance. Ils ont parié sur un modèle de développement qui apparaît à la lumière de l’expérience comme une impasse. Ce modèle Artus, le qualifie de « bipolaire » à savoir une spécialisation sur les deux bouts de la chaine : les activités hautement qualifiées de très haut de gamme (finance, management, développement) et les services bas de gamme de l’économie résidentielle (des bads jobs, sous rémunérés, précaires et sans couverture sociale). Entre ces deux pôles, l’économie industrielle a été délocalisée pour satisfaire la soif inextinguible du consommateur pour les produits à bas coûts.

Naturellement ce modèle a eu des conséquences sociales, notamment une quasi disparition de la classe moyenne, la montée de la précarité, l’apparition des travailleurs pauvres et une explosion des inégalités. Mais ce n’est pas sur ce terrain que se place Artus pour le condamner. Il ne marche tout simplement pas sur le plan économique. Pour trois raisons. 1- Tout est potentiellement délocalisable. 2- L’excédent commercial des services haut de gammes ne peut pas compenser le déficit lié à l’importation des produits manufacturés 3- Les gains de productivité dans les services ne sont pas suffisants pour générer une croissance non soutenue par l’endettement...

L’Amérique ne peut donc s’en sortir qu’à la double condition de continuer à être financé par le reste du monde et de savoir inventer nouveau modèle productif. Pour Artus, le monde dans son ensemble doit encourager cette évolution, car l’effondrement du dollar entrainant celle de la consommation américaine serait extrêmement dommageable pour tout le monde.

La première des conditions apparaît douteuse. A supposer même que les pays disposant d’épargne aient toujours les moyens de faire face aux besoins de capitaux croissant des Etats-Unis, (pour soutenir leur demande, rebâtir des infrastructures et un système social ou reconstruire un appareil productif) encore faudrait-il qu’ils le veuillent bien ! Cela va devenir de plus en plus difficile de convaincre les épargnants mondiaux « d’investir » aux Etats-Unis à mesure que les menaces sur la solidité du Dollar s’accentueront et après l’épisode de la bulle internet et des subprimes où beaucoup ont perdu leur mise en croyant acheter des actifs qui n’étaient virtuels ou toxiques !..

La pérennité de l’avantage comparatif des Etats-Unis sur l’innovation... Sur quoi était-il fondé ? Sur une supériorité intrinsèque quasi génétique des américains à inventer ? Certainement pas. Il reposait sur un enseignement supérieur de haut niveau, une capacité à attirer les meilleurs cerveaux du monde et un système de financement particulièrement efficace pour les activités de R&D et les starts-up. Ce système semble lui-même à bout de souffle. Le système financier est en quasi faillite. Les universités américaines commencent à connaître de sérieuses difficultés financières. Le système éducatif est considéré dans un état déplorable. Enfin, les Etats-Unis ne sont pas certain de pouvoir continuer à attirer les meilleurs cerveaux une fois perdue leur centralité économique. Dans ces conditions présupposer que les industries de demain naîtront nécessairement aux Etats-Unis apparaît assez hasardeux..." (Malakine)


-L'Amérique empire... peut-on sauver la grande démocratie ? - AgoraVox
-Obama Says U.S. Long-Term Debt Load ‘Unsustainable’
-Dedefensa.org : Le joli mois de mai
____________
-Comment la finance a conquis et ruiné l’Amérique
"Johnson, ancien économiste en chef du FMI, a publié récemment le « coup d’Etat feutré », un essai dans lequel il décrit l’insidieuse prise de contrôle de la finance sur les élites politiques des Etats-Unis, à l’image, nous dit-il, de ce qu’il avait pu observer de près dans les économies émergentes. Devant les succès apparents des grandes banques, les fortunes amassées, le prestige encore renforcé par l’appui fourni par les universitaires, l’idée que ce qui était bon pour la finance était bon pour les USA a bientôt acquis un statut d’évidence, que bien peu auraient osé remettre en cause. Et les politiques sont devenus les complices bienveillants de l’entreprise de dérégulation qui allait permettre des gains mirobolants, tout en accumulant les risques. Jusqu’à la chute. Expert reconnu, Johnson a été auditionné le 21 avril par les sénateurs et parlementaires américains...."
-Crise systémique : le chaos
-Mille millions de mille milliards de mille trillions de mille dollars ! - AgoraVox
-Finance, puissances... le monde bascule
_______________________
-USA: déclin programmé ?


dimanche 17 mai 2009

Récession déniée


Les mots ont-ils un sens?

C'est le trés sérieux Figaro qui l'annonce : la France est en récession sévère.
Mais au niveau le plus haut fleurissent les circonlocutions et les euphémismes pour contourner , dénier les faits, même si Mr Fillon confirme.
Pourtant les statistiques paraissaient bonnes , mais, comme disait l'économiste Alfred Sauvy « dans toute statistique, l'inexactitude du nombre est compensée par la précision des décimales » ?

A l'Elysée,"on ne parle pas de signes de reprise, mais de signes de moindre décrue de l'économie»(sic!), donc est est urgent de ne rien faire...
Pour l'instant, tout va bien!
___________
-"Le gouvernement n'a fait aucune erreur depuis le début de la crise"
( Nicolas Sarkozy)
-
10 février 2008 au G7 au Japon, Mme Lagarde : "Nous ne prévoyons pas de récession dans le cas de l'Europe"..

_______________________

-La France officiellement en « croissance négative »:
"L'annonce de cette entrée officielle en récession a fait l’objet de plusieurs fuites. Les Echos annonçaient la nouvelle dès la veille. Tout comme l’usage de l’expression « croissance négative », fabuleuse invention sémantique, le rythme d’annonce de ces mauvais chiffres fait l’objet d’une communication soignée. Ainsi, les chiffres du marché de l’emploi. Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi, indique dans un premier temps « que les chiffres ne vont pas être très bons ce mois-ci ». Puis vient la veille de la publication, l’annonce d’une fourchette de chiffres, « entre 60 et 70.000 », puis enfin, la véritable annonce, précise, à l’unité près. Du grand art. L’être humain s’habitue à tout même aux mauvaises nouvelles. Et comme en plus, comprendre l’économie d’aujourd’hui relève du travail de titan, pas sûr qu’il y a ait grand monde à comprendre ce qui se passe. L’Insee propose sur un site dédié d’apprendre aux béotiens le BA-ba des statistiques, notamment pour saisir les concepts les plus utilisés et comprendre leur sens. On lira avec attention également le livre de Lorraine Data, la bien-nommée, paru chez La Découverte : « Le grand trucage ».
Dans cet ouvrage, le collectif d’auteurs, des statisticiens, explique combien l’usage des chiffres est éminemment politique. L’idée n’est pas nouvelle mais a le mérite de démontrer l’impact du tout quantitatif dans notre société de communication.A mon sens il ne faut y voir un nouveau pamphlet contre le pouvoir en place ou une illustration de la théorie du complot, mais plus simplement, le signe que la connaissance est l’impératif de la démocratie. Le pouvoir en général est hégémonique et d’autres forces, dont celle du savoir, doivent le contre-équilibrer.On attend avec impatience non-feinte un ouvrage de littéraires sur la sémantique du pouvoir. En attendant il tarde à Christine The Guard d’annoncer l’entrée de notre pays « en récession positive ». Béret bas!..."

-Une croissance à deux chiffres pendant la crise - AgoraVox
-Les dix signes encourageants - Economie
-Faut-il virer Christine Lagarde pour faute lourde ? - AgoraVox
-Tripatouiller les statistiques, la sale manie du gouvernement
-Un collectif de statisticiens dénonce les manipulations du gouvernement

samedi 16 mai 2009

Responsabilisation et domination



L'homme est-il responsable de tout ce qui lui arrive?

Abstraction faite du problème philosophique que suscite cette question (les conditions et les limites de la liberté individuelle), il est intéressant de voir comment elle est envisagée du point de vue social et politique, de la remettre en perspective historique et d'analyser quelles inflexions lui a donné la pensée ultralibérale et ses avatars actuels, qui peut aller parfois jusqu'à la pénalisation de la misère...

-Comme l'affirmait R.Reagan, non sans caricature,mauvaise foi et arrière pensée , décidé à désengager l'Etat au maximum de son rôle social:"Il n’est que trop évident que l’essentiel de notre problème de criminalité a été causé par une philosophie sociale qui conçoit l’homme comme étant principalement un produit de son environnement matériel. Cette même philosophie de gauche qui entendait faire advenir une ère de prospérité et de vertu par le bais de dépenses publiques massives voit les criminels comme des produits malheureux de mauvaises conditions socioéconomiques ou du fait d’être issu d’un groupe défavorisé. C’est la société, disaient-il, et non pas l’individu, qui est en défaut quand un crime est commis. C’est à nous la faute. Eh bien, aujourd’hui un nouveau consensus rejette totalement ce point de vue. "
...Où l'on voit que le discours sur la notion de responsabilité est fortement marqué par l'idéologie dominante, les intérêts en jeu, les rapports de domination. Il est aussi lié à la manière typiquement américaine de concevoir la liberté et l'individu dans les relations sociales.
(" nous avons l’assurance d’une égalité des chances dans la compétition, la justification que les places entrent en correspondance avec le mérite individuel, mais qu’advient-il de celui-ci puisque, de toute manière, les dés sont pipés dès le départ par ce naturalisme ou ce « racisme de l’intelligence ».W7)
-"Les hommes n’ont pas tous la même valeur, la nature a fait des uns des chefs, et des autres des hommes qui ont besoin d’être conduits par ces chefs ; à cela les institutions démocratiques ne changeront rien. Tous ne peuvent pas être les hardis pionniers qui fraient la route. (Le socialisme, Ludwig Von Mises)
__________
"Le principe de responsabilisation apparaît aujourd’hui comme un transfert à l’individu lui-même de tout ce qui lui arrive, en tant que conséquence « inévitable » d’une société étant devenue « incertaine ». Ce n’est qu’a l’issue de cette inflexion que la responsabilisation - et non pas la responsabilité - apparaît comme un mécanisme d’inscription subjective sui generis de la domination. In fine, il y a quelque chose de profondément troublant à voir les laudateurs de la « responsabilsation » (dont la position n’est pas neutre d’un point de vue axiologique) accuser leurs contradicteurs d’idéologie, voire d’archaïsme."(W7)
________________

L'idéologie de la responsabilisation - AgoraVox

"-En février 2000, Loïc Wacquant rédigeait un article concernant la nouvelle doxa pénale qui, selon lui, se diffusait massivement dans l’espace public. Le postulat de cette doxa était, selon lui, de faire « une césure nette et définitive entre les circonstances (sociales) et l’acte (criminel), les causes et les conséquences, la sociologie (qui explique) et le droit (qui régule et sanctionne)". Hier encore, le sociologue Gérard Mauger, sur le plateau de C dans l’air, a été rappelé à l’ordre par d’autres invités, pour avoir remis en cause ce postulat idéologique qui se présente comme une position de bon sens pourfendant courageusement l’idéologie dominante.
Aujourd’hui, il semble bien que ces discours de responsabilisation, ces représentations individualisantes des problématiques sociales ou collectives, outre qu’elles n’ont jamais été absentes de l’espace publique, se radicalisent. Par certains aspects, ces débats sont d’ailleurs séculaires et recoupent les conflits internes au champ politique (gauche-droite), et philosophique (déterminisme-libre-arbitre). Cependant, ne substitue-t-on pas à ces débats profonds et complexes, une rhétorique intimidante et vulgaire ?
En effet, aujourd’hui, il semble presque incongru d’expliquer socialement ou sociologiquement des phénomènes tels que la délinquance, le chômage (les chômeurs sont fainéants), la précarité (les « profiteurs de l’assistance »), le sans-abrisme (les SDF sont « inadaptés ») puisque ceux qui essaieraient seraient automatiquement et fermement éconduits comme démobilisateurs,dé-responsabilisants, voire (ne pas rire)...simplificateurs. Cette position critique est donc repoussées d’un revers de la main, avec la pointe d’ironie et la suffisance qui sied à ces thèses « archaïques ».
On peut sans doute retrouver les prémisses de ces représentations chez les théoriciens libéraux, comme l’expliquait la sociologue québécoise Laurin-Frenette : « L’inégalité sociale (économique, politique et autre) n’est donc conçue en aucune manière comme la condition et le résultat de pratiques collectives, déterminés par la nature des processus sociaux capitalistes et liés à l’exploitation, la domination et l’oppression qu’ils impliquent. Elle est conçue de la même manière que tout fait social : comme une nécessité inscrite dans la nature humaine une contribution à l’harmonie essentielle entre l’individu d’une part, et d’autre part, la société comme système de rapports rationnels entre ces individualités, nécessaires à leur réalisation respective ». En outre, à l’instar de Loïc Wacquant, le philosophe allemand Axel Honneth, explique dans on ouvrage « La société du mépris », que :
« le discours sur la responsabilité personnelle tend à détourner complètement le regard des instances de l’Etat-social, ignorant, par ailleurs, « dans quelle mesure l’attribution de responsabilité individuelle dépendait de conditions internes et externes qui doivent être rassemblées pour que des sujets puissent être tenus ou non, de manière fondée pour responsables de leurs actes ». Plus grave encore : « lorsque la responsabilité est encouragée sans prise en considération de ces conditions, elle se transforme en un impératif aux allures paradoxales, justement lorsqu’il s’est avéré que, pris dans les conditions d’une société de plus en plus complexe, les sujets ne peuvent plus, dans maints aspects de leur existence, assumer des responsabilités au sens plein du terme. Le caractère impératif (notamment dans des dispositifs du travail social) imposée s’accroît dans la mesure où les individus doivent assumer des responsabilités pur des faits desquels ils ne sont de facto pas responsables ». S’il serait abusif de « tordre le bâton dans l’autre sens » et affirmer que la responsabilité personnelle n’est qu’une figure de la domination sociale, il y a bel et bien lieu de critiquer ce mouvement dit de « responsabilisation ». Le sociologue Martucelli l’explique parfaitement ici : « Hier, l’appel à la responsabilité individuelle était supposé participer activement de l’établissement des fondements de l’économie capitaliste et plus largement de l’intronisation de l’individu (Abercrombie, Hill et Turner, 1986). Mais au sein de ce processus général et désormais indissociable de la modernisation occidentale (dont la place accordée à l’individu dans le droit est la plus solide expression), il y a bien eu, pendant longtemps, la volonté du législateur de distinguer entre ce qui revenait en propre à la responsabilité individuelle et ce qui en appelait à une nécessaire socialisation des risques face aux aléas de la vie. Cela fut même pendant longtemps l’équation minimale de la rationalité libérale. Comme le montre Ewald, ce principe fut au fondement d’une rationalité juridique et politique qui a d’abord entravé, puis rendu possible l’émergence de l’Etat Providence avec la reconnaissance graduelle de la régularité probabiliste de l’extension des risques sociaux et de l’existence de souffrances imméritées dans la société (Ewald, 1986). En revanche, et en rupture avec cette tradition, le principe de responsabilisation apparaît aujourd’hui comme un transfert à l’individu lui-même de tout ce qui lui arrive, en tant que conséquence « inévitable » d’une société étant devenue « incertaine ». Ce n’est qu’a l’issue de cette inflexion que la responsabilisation - et non pas la responsabilité - apparaît comme un mécanisme d’inscription subjective sui generis de la domination. In fine, il y a quelque chose de profondément troublant à voir les laudateurs de la « responsabilsation » (dont la position n’est pas neutre d’un point de vue axiologique) accuser leurs contradicteurs d’idéologie, voire d’archaïsme."(William 7)

-
"Excuses sociologiques" et "responsabilité individuelle". - Loïc Wacquant
- Figures de la domination
-Classes_et_pouvoir
-La Mentalité anti-capitaliste - L. von Mises
- Textes de Pierre Bourdieu
-Textes de Loïc Wacquant

vendredi 15 mai 2009

Hadopi: loi bâclée



Assez difficile de me forger un avis arrêté sur ce problème complexe du "partage" des produits culturels par la voie du Net..Mais il m'apparaît maintenant que cette loi obéit à une précipitation suspecte et relève de raisons discutables...
Une loi principalement dictée par les industriels de la musique et du cinéma?
____________________

-
Nicolas Sarkozy ( lors du Web 3.0, avait commencé son discours [en décembre 2006 ] en disant « je ne suis pas un grand familier du monde de l’Internet ».

« Donner un signal fort »
, c’est la volonté exprimé par les producteurs de disque et de DVD pour faire adopter la loi Hadopi. Les ayants droit se gardent bien de donner des objectifs clairs. Car nul sait si la riposte graduée va ramener les loulous à la maison et surtout à l’achat. M’enfin, plus qu’un signal, c’est tout un arsenal qui est mis en place, une véritable usine à gaz comme le démontre ce beau schéma copyright de la Quadrature du Net, signataire avec l’UFC-Que choisir:lettre ouverte aux parlementaires...." (Bakchich)

-"La Cnil avait émis un avis défavorable, ponctué de recommandations. Au rang desquelles le contrôle de l’autorité judiciaire dans le traitement des données des fournisseurs d’accès pour intercepter les pirates de l’internet. Un point qui ne posait aucun problème à la ministre de la Culture, Christine Albanel. Cette dernière avait estimé que le droit d’accès à internet n’était pas un droit fondamental." (Bakchich)

-Demain une loi Hadopi pour les livres ?
______________

Hadopi : une loi bâclée pour satisfaire des intérêts financiers - AgoraVox le média citoyen:
"L’Assemblée nationale a adopté en nouvelle lecture par 296 voix contre 233 le projet de loi Création et Internet, qui prévoit de sanctionner le téléchargement illégal par une coupure de l’accès Internet en cas de récidive. Après un premier échec, Christine Albanel a enfin réussi à faire accepter une loi qui ne semblait satisfaire ni l’opposition ni les membres de sa majorité. La loi Hadopi ayant principalement été dictée par les industriels de la musique et du cinéma, les députés de droite comme de gauche ainsi que les associations de consommateurs avaient d’ailleurs qualifié ce projet de « bâclé ».-Devant le refus des députés de voter en faveur d’Hadopi, l’association UFC-Que choisir avait alors proposé pour sortir du « bourbier », de fournir aux élus des résultats d’études indépendantes afin d’évaluer réellement l’impact du téléchargement et les moyens techniques et économiques pour mettre en place un tel projet. Dans son communiqué, UFC-Que choisir affirmait que la pression des industriels était venue biaiser tout débat au sein du gouvernement de sorte que « le projet de loi ne reposait que sur des déclarations, souvent péremptoires, qui n’avaient jamais été vérifiées ». De fait, l’association de défense des consommateurs s’étonnait des chiffres présentés par la ministre, sachant qu’ils étaient fournis uniquement « par le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) et l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa) [et dont personne ne connaissait] ni les sources ni la méthodologie. »-Pressée par les industriels et les membres de son gouvernement qui entendaient bien récupérer les manques à gagner du paquet fiscal via les taxes sur les produits culturels, Christine Albanel souhaitait au plus vite entériner cette loi. Les intérêts financiers allaient donc prendre le pas sur le manque de valeur de l’adresse IP (1) comme marque de téléchargement et sur les problèmes de spams (2) que cette loi va irrémédiablement entraîner...." (Laurent Monserrat)

-10 bonnes raisons de dire NON à la loi Hadopi !
"La loi ne sanctionne pas le fait de télécharger ou de mettre à disposition sans autorisation des oeuvres protégées par le droit d'auteur. Elle crée en fait un nouveau délit, le "fait, pour la personne titulaire d'un accès à des services de communication au public en ligne (un accès à Internet, ndlr), de ne pas veiller, de manière répétée, à ce que cet accès ne fasse pas l'objet d'une utilisation à des fins de reproduction, de représentation, de mise à disposition ou de communication au public d'oeuvres ou d'objets protégés par un droit d'auteur ou par un droit voisin sans l'autorisation des titulaires de droits lorsqu'elle est requise". Or pour vérifier que l'abonné n'a pas "veillé" à ce que son accès ne soit pas utilisé pour pirater, la Haute Autorité ne pourra s'en remettre qu'à une seule présomption : le fait que l'accès a été en fait utilisé pour pirater. Peu importe que ça soit par l'abonné lui-même ou par ses enfants, son ex-compagne ou un voisin de passage. La loi crée donc une responsabilité du fait d'autrui qui serait une première dans le système juridique français. L'article 1384 du code civil prévoit bien la responsabilité du fait d'autrui, mais uniquement dans des cas où le tiers coupable est jugé incapable (les mineurs par exemple), ou est placé dans une situation de subordination par rapport à son responsable...
Puisqu'il n'est techniquement possible que de trouver l'adresse IP de ceux qui partagent les oeuvres et non de ceux qui les téléchargent depuis des serveurs distants, le projet de loi Hadopi ne vise de fait que le P2P dans son dispositif. Or aujourd'hui le piratage se produit au moins autant sur les serveurs de newsgroups et les sites de téléchargements et de stockage comme RapidShare, dont les utilisateurs sont mis à l'abri de toute procédure. De plus, les nouvelles générations de réseaux P2P sont conçues de façon à masquer l'adresse IP des utilisateurs qui partagent des fichiers, ou à ne pas pouvoir associer de façon certaine une adresse IP à un contenu partagé. Sachant qu'il est toujours politiquement beaucoup plus facile de créer une Autorité administrative que d'en démanteler une, est-il utile d'aggraver la charge publique par une énième Haute Autorité qui sera très rapidement incapable de travailler, ou de façon tellement anecdotique que son efficacité sera nulle ?..."

-« Hadopi est une mauvaise réponse faite par des gens désemparés »
>Rapport Hadopi : le piratage a détruit 10.000 emplois... fictifs ? :
"...Les scientifiques sérieux, et selon des études réalisées en France sur un échantillon fait de petits français, le piratage de films aurait tendance à faire augmenter la consommation légale de films, que parmi les vilains téléchargeurs de mp3, se cachent bon nombre d’ « explorateurs » qui achètent bien plus, du fait de leur trouvailles, que le piratage pourrait être, en réalité, une aubaine pour l’industrie du disque, et enfin, que l’appréhension économique du phénomène du piratage demande des outils un tantinet plus sophistiqués que les additions et les multiplications (on s’en doutait un peu). Enfin, on trouve un guide à destination des économistes pour aborder l’économie de la musique digitale. Utile, pour peu qu’on ai le niveau - doctorat en microéconomie minimum - pour réaliser ce genre d’études sans sombrer dans le ridicule....
le ministère de l’industrie Canadien, pas vraiment connu pour être fantaisiste, a commandité une étude qui montre, elle aussi, la même chose....Diantre. Mais… on m’aurait menti ?Même l’OCDE s’y met et abonde dans ce sens…"

- Les députés et les sénateurs UMP ont adopté, à une large majorité, le texte Hadopi
-L'Hadopi et après?
-Hadopi ou la déconnexion
-44 députés de la majorité font défaut au projet de loi "Création et Internet"

-La Cnil a fustigé le gouvernement sur la loi Hadopi.
-Hadopi : Double peine, mouchard,... la Cnil sort de sa réserve
-"L'abus n'est pas dans la technologie, mais dans l'usage que l'on en fait"
-Pourquoi Madame Michu doit craindre l'Hadopi-

-Hadopi - AgoraVox le média citoyen
-Hadopi - Google Actualités
-Video: Les mesures prévues par la loi Hadopi sanctionnant le téléchargement illégal
_________________________
-Loppsi 2, bientôt Hadopi en pire ?:
"...Hier, lors d’un tchat sur le site du Monde, un internaute lui demandait : « Doit-on s’inquiéter de la tournure des événements concernant le futur d’Internet (...) puisque les moyens de contournement d’Hadopi (VPN, SSL, etc.) pourront être considérés comme des moyens “terroristes” pouvant faire l’objet de poursuites ? » Et Jean-Michel Planche de répondre : « Oui, mille fois oui. Après s’être occupé des ordinateurs, on va s’occuper des infrastructures et fondamentalement modifier la structure même de l’Internet. (...) Et le pire, c’est que cela ne règlera strictement rien. Au mieux, on aura réussi à fragiliser une infrastructure qui a été faite pour résister à un conflit nucléaire. »-Avec le projet de loi Création et Internet, le gouvernement a mis un pied dans la porte sur des questions aussi essentielles que le filtrage, la surveillance, et la neutralité du net. Aucun argumentaire ni démonstration technique n’ont réussi à arrêter la machine à vouloir contrôler, surveiller, réguler. On se souvient par exemple du « Je vous en supplie, madame la ministre, ne faites pas cela ! (...) Vous êtes en train de faire quelque chose de très grave ! » adressé par Jean Dionis du Séjour à Christine Albanel lors des débats à l’Assemblée Nationale.Après l’apéritif, le plat principal. On attend donc de voir ce que mijote Michèle Alliot-Marie qui, pour rappel, est arrivée en tête dans la catégorie « Orwell Ensemble de son Œuvre » lors des derniers Big Brother Awards. « On est dans un système où on ne sait pas qui veut contrôler quoi, mais on ressent une menace. Par exemple, que font les gens comme CISCO et d’autres à installer chez les opérateurs et les FAI des logiciels permettant d’analyser les paquets [unités d’information ndlr] qui circulent sur les réseaux ? On est déjà dans l’analyse des paquets et dans le filtrage », nous indiquait récemment Jean-Bernard Magescas, ancien président de FON France. Et de lancer : « Alerte rouge, Hadopi n’est que le début ! »...(A.Girardeau)

jeudi 14 mai 2009

Indispensable portable?


De l'utilité manifeste à l'aliénation évidente

Utile , futile, intrusif...


Objet-gadget-fétiche à tout faire?
Symptôme de désocialisation?
Prothèse psychologique et fil à l'oreille?
____________
[LONDRES (AFP) - Les utilisateurs de téléphones portables peuvent ressentir du stress et de l'anxiété s'ils se trouvent séparés de leur téléphone portable pour une période prolongée, selon une étude britannique publiée jeudi.
90% des personnes interrogées dans le cadre de cette enquête ont affirmé ne pas pouvoir s'empêcher de consulter leur téléphone au moins une fois par heure.
Quatre personnes sur cinq disent se sentir mal à l'aise si leur téléphone est hors de portée pour une période prolongée et 84% ne laissent jamais leur portable hors de vue.
Perdre son portable est pire que perdre son porte-feuille ou ses clés de maison pour 60% des personnes ayant participé au sondage. Pour une personne sur 7, être séparé de son portable se traduit par un sentiment d'anxiété.
"Les gens commencent à considérer leur téléphone portable comme un être humain car il symbolise contact, amitié et attention", a commenté le docteur David Nott, spécialiste des addictions au Priory hospital de Southampton (sud de l'Angleterre), consulté dans le cadre de cette enquête.]

_________________

La prothèse crée le handicap:"Comme la prothèse qui remplace un membre, le téléphone est supposé réparer artificiellement les dégâts de ce monde-là, qui fait de nous les rouages de la machine à produire et à consommer en masse, à faire la queue au supermarché, au multiplexe, au télésiège, au péage d'autoroute. Sans doute les opérateurs ont-ils raison d'attribuer le succès du portable à la crainte "d'un monde potentiellement hostile" et sans doute ont-ils quelque intérêt à renforcer un peu plus cette hostilité du milieu, à chaque lancement d'un nouveau service ou d'une nouvelle norme de communication sans fil. Puis, la prothèse se substituant au membre, les machines nous privent de l'usage de nos facultés. Depuis la voiture, les citadins ne savent plus marcher pour les trajets les plus minimes (plus de la moitié des déplacements en voiture concernent des trajets de moins de 3 km), et, se plaignant de l'"épidémie" d'obésité qui les frappe, de la pollution, des morts sur la route, des guerres pour le pétrole, etc, ne songent même plus à retomber sur leurs pieds. Ils ont oublié comment on vivait sans voiture, et cet oubli est une amputation. La prothèse s'est faite handicap.
Observons les utilisateurs de téléphones mobiles : devenus incapables de se repérer dans l'espace et d'être à l'heure à un rendez-vous (parce qu'ils croient pouvoir être partout à la fois ?), incapables même d'imaginer comment faire pour retrouver quelqu'un quelque part sans portable, ils ont en outre perdu la faculté de vivre le présent.
Amputés de leur présence au monde, ils s'envoient des SMS pendant que le train traverse des paysages inconnus.Non seulement le téléguidage rend le territoire virtuel, mais le bavardage incessant au portable transforme la vie en son commentaire – partagé malgré eux par les voisins du bavard bruyant. Une extraction de la réalité qui culmine avec les fonctions appareil-photo et caméra désormais intégrées à tous les téléphones. L'important n'étant plus ce que l'on est en train de vivre, mais les images qu'on en tire. Même les chanteurs pop s'émeuvent de ces forêts de portables tendus à bout de bras par des spectateurs pressés de les mettre en boîte. "Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation."
[-Le téléphone portable, gadget de destruction massive-]
-LA_JOURNEE_ORDINAIRE_D'UN_JAPONAIS-
-«Ne pas avoir de portable est discriminant»:
"Orange lance un forfait à bas prix exclusivement destiné aux allocataires des minima sociaux. Une offre, qui au delà de son aspect évidemment marketing, pose des questions. Notamment sur l’importance du portable dans notre société aujourd’hui. «Ne pas avoir de mobile est devenu une discrimination», selon la sociologue Catherine Lejealle, auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet"...
"Quand vous travaillez en interim par exemple, il faut être joignable à tout moment pour répondre à une éventuelle offre. La réactivité est devenue une qualité indispensable. C’est aussi une question de crédibilité. Exemple type: sur un CV, on indique systématiquement aujourd'hui un numéro de portable... Pareil, dans la vie privée, pour le sites de rencontre sur Internet (Meetic et autres), la première information qu’on vous demande, c’est votre numéro de portable. Ne pas avoir de mobile est devenu un facteur discriminant...
Quand on pose la question «préférez-vous perdre votre portefeuille ou votre portable?», la grande majorité répond le portefeuille. Et cette réflexion type: «Parce que si je perds mon portable, je suis mort». Au fond le mobile devient notre mémoire intime. Plus utile encore qu’un couteau suisse, il fait tout: réveil matin, carnet d’adresses, album photo… Il sert aussi de coffre à jouets avec les nouvelles applications. Regardez dans les transports: quand les gens s’ennuient, ils tapotent sur leur portable, comme un enfant tripote son doudou. "
-Les branchés du portable:
"Dès le premier chapitre, Francis Jauréguiberry se livre à une identification minutieuse des usages du portable, régis par la spontanéité,l’impulsivité, le cocooning téléphonique– besoin d’être rassuré par une présence –jusqu’à la téléphonite, maladie aiguë qui caractériserait le branché consultant compulsivement son petit écran. Puis, au cours des deux chapitres suivants, l’auteur explore la relation au temps et à l’espace, dimension classique dans l’étude des usages. Ainsi, le portable favorise-t-il la montée, voire la contagion de l’urgence, et les critères de gestion, de rationalité et d’efficacité du monde professionnel qui en viennent à envahir la sphère privée ...le désir d’ubiquité médiatique – être ici sans être là – qui se donnerait à voir dans l’« envol du branché »
.. L’auteur y pointe une hypothèse fort intéressante : le portable est révélateur du degré d’urbanité du lieu. En d’autres termes, il sera accepté dans des lieux fonctionnels, de passage, et fortement réprouvé dans des lieux de convivialité, comme les cafés..
. Francis Jauréguiberry explore, ensuite, les usages dans le monde professionnel et, par une étude très documentée, montre comment les outils de communication mobile sont devenus des instruments de contrôle et d’affirmation du pouvoir, utilisés par la hiérarchie à destination tant des employés travaillant hors des murs de l’entreprise, que des cadres intermédiaires, servant alors de « fusibles ». Dans l’analyse, transparaît la porosité grandissante de la frontière privé/professionnel, ce qui conduit l’auteur à revendiquer le droit à la déconnexion pour certains salariés.Dans le dernier chapitre, il propose un schéma heuristique séduisant, qui met à jour l’expérience du branché, avec toujours
pour ambition de faire émerger les déterminants sociaux qui la constituent..."

-Sociologie du portable
- Une ethnographie de la telephonie mobile dans les lieux publics
-Portables: légitimation des usages
- La ligne est coupée…