Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!

vendredi 23 avril 2021

Hommage à Marc Ferro

Un historien dans son siécle

        Il vient de nous quitter, l'homme engagé dans son temps, l'explorateur passionné du passé, attentif aux mouvements de l'aventure humaine surtout récente, pour tenter de lui donner une sens ou un sens plus réfléchi, plus approfondi. Avec la modestie de celui qui sait qu'on n'a jamais fini d'écrire l'histoire, d'interpréter le passé, de rendre plus clairs et intelligibles des faits ou des événements significatifs qui ont préparé les temps qui sont les nôtres.


             ___Le travail de l'historien est une tâche permanente de réécriture, à la lumière de nouveaux documents, de nouvelles clés d'interprétation, des travaux déjà réalisés et toujours perfectibles, de l'éclairage que le présent peut donner à certains moments, déplaçant nos centres d'intérêt en permanence. Il fut préoccupé surtout de remettre en chantier de nouvelles clés pour mieux comprendre le caractère déterminant de mouvements qui ont tant marqué le passé récent, comme l'ébranlement de la Révolution russe, les formes de colonialisme, etc... Soucieux aussi de réfléchir sur la méthodologie et "l'éthique" historiennes, qui sera toujours en question. Il ne voulait pas jouer au prophète mais essayait de tirer quelques réflexions de son cru à partir des tendances du temps présent. L'avenir de nos sociétés, avec leur héritage et les mutations qu'elles vivent, le préoccupaient. Il se dressait contre toutes les instrumentalisations, surtout politiques, de l'histoire, à des fins d'édification,de manipulation ou de propagande: l'oubli du passé peut être mortel dans certains cas.  Après une jeunesse engagée dans la résistance, il a beaucoup écrit, pour témoigner de ses recherches, mais aussi pour parler de méthode, insistant sur la nécessité de sortir de l'histoire purement événementielle, qui ne nous apprend rien, comme par exemple dans le cas de la Révolution russe, dont on ne peut saisir l'importance qu'en sortant du simple récit.


   _____ Il fut, comme sur d'autres périodes historiques, un témoin et conteur passionné sur Arte, dans Histoires parallèles. Sa présence, sa bonhommie, sa simplicité et son sens de la pédagogie nous manqueront...comme son érudition.

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jeudi 22 avril 2021

Il est partout

 TOTALement présent

            Comme toutes les grandes multinationales qui ne sont plus guère attachées à leurs pays d'origine, même fiscalement, qui ont assez de puissance pour avoir parfois une profonde influences sur la marche de certains Etats et sur certaines de leurs grandes décisions, possédant souvent plus de moyens financiers que certains d'entre eux. Total a un vaste réseau d'influences, ses nombreuses filiales lui permettant d'être présent sous des formes diverses et dans des lieux multiples de par le monde des affaires, en particulier autour du domaine si crucial de l'énergie, aujourd'hui en pleine mutation. Mais pas seulement.                                                                    Il est sur tous les fronts. Les affaires sont florissantes, mais sont loin d'être toujours claires de par le monde.  Un groupe d'une puissance généralement mal mesurée. Un pouvoir quasi intouchable.    Total-ment en prétendant ne pas s'immiscer dans les affaires des Etats, ne pas faire de la politique, ne pas influencer le monde de la recherche et de l'enseignement, par un lobbying qui ne dit pas son nom, au service de ses propres intérêts, contre les mouvements, parfois officiellement en place pour agir contre la puissance des pétroliers suivant leur logique propre et leurs visées à court terme, tout en se donnant bonne conscience. Le groupe est en fait très politique, dans un sens bien particulier.

             "...Les entreprises polluantes ne sont plus les bienvenues au sein des universités. Une véritable mobilisation éclot en ce moment dans les établissements les plus prestigieux de France, à l'initiative d'étudiants qui rechignent de plus en plus à les rejoindre, une fois leur diplôme en poche. A Polytechnique par exemple, une grande partie d'entres eux s’opposent farouchement au projet du groupe pétrolier Total d'installer un centre de recherche sur le campus de l'école.   L'entreprise parle d'un centre de recherches sur les énergies propres, mais les étudiants, eux, ne décolèrent pas. 61% d'entre eux ont voté contre ce projet, une révolution dans cette école où les élèves sont sous statut militaire. Soumis par ailleurs à un devoir de réserve, parler aux médias peut leur coûter leur diplôme. Europe 1 a tout de même pu interroger l’un d’entre eux, à condition de modifier sa voix. "Comment c'est possible que ce soit aussi gros et que personne n'ait vu le problème ? Le business majeur de Total, ça reste l'industrie pétrolière. Ils sont tout à fait capables d’influencer l’école, comme ils sont capables d’influencer la stratégie européenne sur les énergies", s'indigne-t-il                 ______Selon Le Monde, "...Total est une autorité souveraine d’un genre nouveau, capable de rivaliser avec des Etats et de générer un nouveau rapport à la loi. Elle est composée d’un réseau d’entités indépendantes partout dans le monde, via 882 sociétés présentes dans 130 pays. Aucun Etat n’est à même d’encadrer Total, puisque la firme évolue sur une échelle qui échappe à leur portée législative. C’est une firme qui, en étant éclatée et active dans un très grand nombre de secteurs, ne peut être réduite à sa seule filière pétrolière...."                      _______"...Christophe de Margerie [PDG du groupe de 2010 jusqu’à sa mort en 2014] disait : « Tant que ce n’est pas interdit, c’est permis. » Mais en affirmant « c’est légal », la firme ne dit pas que c’est parce qu’elle a parfois bénéficié de la complicité d’un Etat, d’autres fois parce qu’elle a profité de la passivité d’un parquet, d’un vide juridique ou de l’exploitation de la lettre de la loi au détriment de son esprit grâce à une armée d’avocats...."               _______ "...Elle profite du fait que les filiales ne sont pas solidaires de la maison mère et qu’elles sont donc des entités autonomes qui répondent de la législation du lieu où elles sont actives. Quand Total dit qu’elle a agit légalement aux Bermudes, ça veut dire que sa filiale respectait le droit des Bermudes, celle du Qatar, le droit Qatari… "   ___________

mercredi 21 avril 2021

Vélo sur ordonnance

              Il revient en force. 

                             Depuis son déclin, dans les années 50, il n'y a jamais eu tant de demandes, surtout depuis le début de la pandémie. Les primes de toutes natures aidant, c'est même la ruée chez les vélocistes, qui peinent à répondre à la demande, surtout en milieu urbain. Les pièces détachées ne suivent pas toujours, quand elles viennent de pays asiatiques. La crainte de la promiscuité aidant, l'hirondelle s'envole, avec ou sans assistance électrique. Fera-t-elle le printemps? L'avenir le dira...En tous cas le corps médical applaudit: 

« Ne pas faire de vélo, c'est dangereux pour la santé ! »

        ____ Le vélo ne peut pas tout, mais il peut beaucoup.

        Sa pratique régulière devrait être  remboursée par la Sécu. Bientôt ce ne sera peut--être plus une blague, dit-on.
          Ce n'est pas moi qui le dit. Et les avis convergent.
  Qui dira les mérites du vélo pour la santé physique et mentale? Beaucoup y trouvent des bénéfices et abandonnent ou réduisent statines ou Prozac.
       De 7 à 77 ans...et au-delà. On y gagne:
          ...Un mieux-être général », détaille le docteur Sandra Winter de l’hôpital Edouard Herriot, à Lyon. Car les bénéfices de la pratique ne sont pas uniquement physiques. La santé psychique au sens large connaît la même métamorphose. Pédaler stimule les neurones et accroît ainsi la mémoire et les capacités cognitives. Monter en selle régulièrement aide à combattre le stress, permet d’augmenter son temps d’exposition à la lumière, fait gonfler l’estime de soi, améliore la qualité du sommeil… et la liste est encore longue....
....Du vélo à la place des médicaments, le docteur Arthur Molique ne réfute pas l’idée, bien au contraire : « on arrête des traitements de certains diabètes débutants suite à la reprise d’une activité physique, idem pour les traitements contre le cholestérol. Elle joue un rôle également dans la lutte contre la récidive des pathologies cancéreuses. Je suis par ailleurs persuadé que la pratique du vélo pourrait mettre un frein à la surconsommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs ».
        Mauvaises nouvelles pour les pharmaciens....
   Le vélo est reparti, après une longue période d'abandon. parfois par la force des choses, à la reconquête du pavé, mais ce n'est qu'un début. 
     Aller applaudir les forçats du guidon, les bourreaux du bitume, à l'Alpe Duez n'est pas interdit, mais ne se substitue pas à quelques sorties hebdomadaires sur son hirondelle (qui fait déjà le printemps...). Un bon virus.
    Pas seulement pour les bobos.
     Ses dangers sont souvent surestimés et trop peu est fait pour une circulation sans risques.   Visitez Copenhague, où le nombre de vélo dépasse celui des voitures et où on respire, on respire....
                                                            Le vélo ira loin...

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mardi 20 avril 2021

Washington; fin d'une époque? (suite)

L'après Reagan

                    Ce n'est pas une révolution, mais une nouvelle ère semble bien s'engager. Si le Congrès suit... La pensée de l'ancien acteur hollywodien, marquée par l'influence de l'école de Chicago prônant un libéralisme d'un nouveau genre, dont Hayek et Friedman furent les prophètes, semble bien en recul. L'Etat n'est plus le "problème", mais redevient l'arbitre et l'incitateur, avec le nouveau plan de reconstruction des fondations; la finance libérée et omnipotente devra se plier à des règles pour ne plus engendrer des crises majeures pas sa folie spéculative; le marché n'est plus portée aux nues, dans le contexte où l'ultralibéralisme ou même les libertariens avaient pignon sur rue.                              ________Joe Biden a fait un pari raisonnable. Déjà la fin de la concurrence fiscale va permettre, si elle est appliquée, de ne plus léser certains Etats, même à l'intérieur de l'Europe, où l'Irlande et le Luxembourg pratiquent allègrement le dumping fiscal, au désavantage des pays voisins, malgré les principes européens de solidarité. Un plan social ambitieux, une réforme scolaire d'ampleur, celle des impôts qui baissaient toujours pour les plus favorisés, tout cela initie d'autres priorités et une autre logique économique, dont beaucoup d'Etats feraient bien de s'inspirer.  Non, on avait pas tout essayé, comme on aimait répéter, même à Paris. Non, les marchés pouvaient ne pas être roi dans une mondialisation heureuse (Alain Minc). La croyance en la main de Dieu était une justification commode pour un "laisser faire" parfois destructeur, comme la théorie du ruissellement arrangeait bien les intérêts des winners. Avec Biden, les choix politiques redeviennent enfin prioritaires. Un pari risqué, mais un pari audacieux, qui peut sauver l'Amérique d'elle-même. Mais pas seulement. Si....

                             "...La doctrine Reagan semble s’essouffler. En moins de cent jours à la Maison Blanche, Joe Biden s’est posé en champion de l’État-providence en multipliant les annonces d’investissements publics ambitieux pour « sauver l’emploi » ou « reconstruire en mieux » le pays, à l’image de son lointain prédécesseur Franklin D. Roosevelt, père du New Deal des années 1930.     Après avoir fait adopter par le Congrès un plan de relance de 1 900 milliards de dollars (10 % du PIB américain), qui prévoit la distribution de chèques de 1 400 dollars à 90 millions d’Américains et doit réduire de moitié la pauvreté infantile à travers une série d’aides et d’allègements fiscaux, il planche à présent sur un programme à plus de 2 000 milliards de dollars visant à moderniser les infrastructures du pays.                             Loin de s’arrêter en si bon chemin, Biden a demandé au Congrès, début avril, d’adopter un budget de 1 500 milliards de dollars pour étendre le réseau d’écoles maternelles publiques et le parc de logements sociaux, tout en renforçant la lutte contre le changement climatique et les programmes de santé pour les minorités raciales. Autant de projets qu’il entend financer en partie par une augmentation d’impôts sur les entreprises et les ménages les plus riches, à contre-pied du « ruissellement » et du laisser-faire prônés par Reagan.                            « C’est la première fois que le reaganisme est remis en question de la sorte par un président. Et c’est très inattendu que cela provienne de Joe Biden, qui n’est pas vu comme un progressiste, s’étonne Douglas Rossinow, professeur à Metropolitan State University (Minnesota) et auteur de l’ouvrage The Reagan Era. Obama avait dit qu’il serait le président qui tournerait la page de l’héritage de Ronald Reagan. Il l’a fait en partie avec sa réforme du système de santé, qui était un effort de nationalisation de la santé. Mais Biden va encore plus loin. »                     __Démocrate pro-New Deal devenu conservateur pro-business au fil de sa carrière d’acteur et de sa vie politique, Ronald Reagan arrive au pouvoir dans un contexte de marasme économique pour les États-Unis. L’économie américaine est alors minée par les séquelles de la guerre du Vietnam, qui a conduit à des déficits budgétaires colossaux, et par l’épuisement du modèle fordiste, marqué par une baisse tendancielle du profit depuis le milieu des années 1960. « Nous vivions alors dans un climat de stagflation, avec une inflation galopante et très peu d’emplois disponibles. Cela minait le moral des Américains et générait beaucoup de frustration. On avait l’impression que tout avait été essayé. On allait de récession en récession », rappelle Brian Domitrovic, professeur d’histoire à Sam Houston State University (Texas) et auteur de plusieurs ouvrages sur les politiques de Ronald Reagan.     Élu facilement en 1980 pour succéder à Jimmy Carter, le 40e président applique une politique de soutien de l’offre, approche devenue populaire dans les années 1960. Son équipe de conseillers économiques compte notamment Arthur Laffer, père de la « courbe de Laffer », une théorie économique selon laquelle un taux d’imposition trop élevé conduit à une baisse des recettes fiscales pour l’État en raison d’un effet décourageant sur les entreprises. Ronald Reagan engage alors plusieurs « rounds » de baisses d’impôts (sur le revenu, les entreprises, les plus-values…). L’inflation est contrôlée, le chômage baisse. Même les démocrates applaudissent cette politique néolibérale, y compris un certain Joe Biden, alors sénateur du Delaware.    « À l’époque, les démocrates étaient favorables aux baisses d’impôts. Même Kennedy en son temps avait dit qu’il ne fallait pas taxer le capital au point d’affecter la production », rappelle Brian Domitrovic. D’ailleurs, certains démocrates issus du Sud conservateur du pays, surnommés « Reagan Democrats », se sont sentis tellement proches des idées du républicain qu’ils ont changé de parti à ce moment-là.                __Contrairement à ce que Reagan répétait dans ses discours, il ne voyait pas le gouvernement fédéral comme un problème pour tout. Tout en coupant les vivres à de nombreux programmes sociaux afin de réduire la taille du « Big Government » (« l’État obèse »), il ne s’est pas privé d’augmenter le budget de l’armée et de prôner l’intervention de l’État dans la lutte contre l’avortement ou pour autoriser la prière dans les écoles. Il n’empêche qu’à l’issue de ses deux mandats, le républicain avait profondément transformé le pays et sa vie politique.     Son laisser-faire économique (« Reaganomics ») et son « nouveau fédéralisme » (retrait de l’État fédéral au profit des États fédérés) ont donné le ton pour ses successeurs, y compris démocrates. « Depuis Reagan, aucun président américain n’a augmenté les impôts sur les plus riches, note Brian Domitrovic. Barack Obama voulait revenir sur les baisses d’impôts de George W. Bush, son prédécesseur, mais ne l’a pas fait. Joe Biden serait le premier en 40 ans ! »                « Clinton a épousé une approche néolibérale pro-business dans la foulée de Reagan. C’est devenu la formule gagnante pour le leadership démocrate, qui a vu la croissance économique des années Clinton. Barack Obama a aussi choisi de ne pas adopter une approche populiste. Modéré, il a pris une orientation technocratique », ajoute Douglas Rossinow.     Pour ce dernier, le changement de cap de Joe Biden s’explique facilement. « Il a toujours été une créature de l’époque politique. Donald Trump et la pandémie ont uni le parti comme jamais en plusieurs décennies. La colère grandissante autour du creusement des inégalités économiques pendant ces 15 dernières années a planté les graines de politiques qui n’ont pas été aussi progressistes depuis la présidence de Lyndon Johnson dans les années 1960. » Ce dernier est le père de la « Great Society », un ensemble de réformes sociales et civiques dont l’ambition était d’éradiquer la pauvreté et l’injustice raciale. « Joe Biden n’a pas besoin de convaincre les Américains : il y a une demande d’intervention de l’État aujourd’hui. Elle existe depuis la crise économique de 2009. »   Pour Douglas Rossinow, l’augmentation proposée des impôts sur les sociétés (de 21 à 28 %) et sur les ménages les plus riches n’est pas le seul point sur lequel Joe Biden se détourne de Ronald Reagan : la lutte contre l’inflation aussi. « Président, Reagan menait une politique anti-inflationniste qui s’appuyait sur la Fed, la banque centrale américaine. La politique a porté ses fruits car les États-Unis ont une faible inflation depuis le début des années 1980. Aujourd’hui, Joe Biden conduit une politique d’expansion fiscale sans se soucier de l’inflation. Il est soutenu par l’actuel président de la Fed, Jerome Powell, qui a été nommé par Donald Trump. S’il arrive à conduire une telle politique, c’est en grande partie grâce à Powell..... »   _______________________

lundi 19 avril 2021

Le Président et Amazon (1)

Les cents jours

                        Ils sont décisifs, dit-on. Pour tout nouveau gouvernement voulant réformer vite et bien. L'erreur d'Obama est d'avoir trop tardé et de s'être fait piéger, malgré ses promesses, par de puissants intérêts financiers et ceux du Pentagone, en en restant trop souvent à des discours humanistes.    Biden sait qu'il ne se représentera pas, donc il n'a rien à perdre, sans souci de gagner les futures élections. C'est son avantage. Outre que les événements et le désir de rendre aux classes moyennes laminées toute leur place, il s'engage dans un New deal qui n'a pas l'ampleur ni l'audace de celui de Roosevelt, mais qui peut redresser la barre de manière significative et ouvrir de nouvelles voies.                                  ___ "Joe l'endormi", selon l'expression trumpienne, se réveille avec un ensemble de mesures significatives, même si l'on peut avoir des doutes sur sa ligne actuelle en politique étrangère. Il ne va pas sauver le monde ni transformer le système, mais il peut amorcer un certain retour à une époque pré-reaganienne, sans faire plier la finance et la remettre à une place plus contrôlée.           ___Un coup bien senti à l'égard de Amazon et de sa politique délibérément anti-syndicale. Mais ira-t-il plus loin en revoyant les pratiques des Gafas en général, sur lesquels pleuvent les critiques, pas seulement en Europe. Rossevelt a osé démanteler certains intérêts puissants à son époque, nuisibles à l'intérêt général, et on avait pratiqué la suppression des monopoles bien avant lui. Les admonestations ne suffisent pas.                                         __________Ce n'est pas le "grand soir" à la Maison Blanche, et il y a la crise migratoire, mais des semi-ruptures qui ne pourront aller jusqu'à des réformes de fond demandés par la gauche du parti démocrate. On le voit déjà avec le problème des armes, fléau américain: le poids des lobbies et celui du Congrès ont toute chance de ne pas faire aboutir les voeux présidentiels. Taxer les plus riches n'est plus une obscénité, mais juste une mesure imposée par les circonstances, même si on ne reviendra pas de si tôt aux années d'après-guerre, même si le FMI semble avoir changé de ton....   Affaire  à suivre...Encore un effort Joe!   

             * Points de vue:                                 "...Les premiers pas de la présidence Biden sur le plan économique, s’ils ne laissent pas indifférent, posent un certain nombre de questions sans réponse. Quelque chose a bougé outre-Atlantique. Mais la nature de ce mouvement reste imprécise : est-on à l’aube d’un dépassement du néolibéralisme et de la naissance d’une nouvelle voie keynésienne et sociale-démocrate ? Ou s’agit-il avant tout, comme l’écrit l’économiste de l’université de Genève Bruno Amable dans Libération, d’une simple « correction des excès de la libéralisation néolibérale et une tentative de revenir à un capitalisme un peu moins prédateur » ?     Se poser la question, c’est aussi poser celle des ambitions et des limites de la politique Biden. La réponse ne peut qu’être partielle, dans la mesure où l’on ignore comment cette politique va évoluer et comment elle va sortir du débat au Congrès. Mais certains éléments permettent déjà de définir des lignes fortes de rupture avec les réflexes néolibéraux. Et des limites.   La première ligne de rupture, c’est la logique économique même du plan Biden. L’administration états-unienne n’a pas écouté les critiques et les mises en garde des économistes néokeynésiens qui, traditionnellement, conseillaient les démocrates au pouvoir. Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Clinton et concepteur du plan de relance Obama, et Olivier Blanchard, chef de file de cette école, ne cessent depuis des semaines de pousser des cris d’orfraie sur le risque de surchauffe qu’induiraient les dépenses du plan Biden. Encore ce lundi 12 avril, dans les colonnes du Financial Times, Larry Summers se disait très inquiet des effets de ce plan sur le retour d’une inflation « jamais vue depuis des décennies ». Mais le fait même que ces économistes en soient réduits à protester continuellement signifie précisément qu’ils sont demeurés à la porte de la Maison Blanche.    Et pour cause : la vision économique du plan Biden est inverse de la leur. Elle part des besoins. C’est la volonté d’améliorer les infrastructures, l’éducation, la santé, le logement social qui prime. Dans cette vision, c’est le sous-investissement chronique dans ces domaines qui bloque la croissance des États-Unis. C’est ici où les néokeynésiens ne sont pas écoutés : ces derniers considèrent, en conformité avec le consensus néolibéral, que ces dépenses ne peuvent relever la croissance potentielle, car les États-Unis sont proches du niveau de production et d’emploi maximum. Si des besoins sont insatisfaits, ils ne peuvent pas être satisfaits par l’État, ou bien on s’expose au risque d’inflation. Il faut donc soutenir l’offre productive et la concurrence pour les satisfaire.....Or Joe Biden, lui, décide de relever au même moment l’impôt sur les sociétés pour précisément « socialiser » une partie des profits du privé et les mettre à disposition de ces besoins collectifs. La dette et l’inflation ne sont plus présentées comme des contraintes indépassables pour l’action à long terme de l’État. C’est là encore une vision qui tranche avec la doxa néolibérale du « ruissellement », y compris par l’investissement privé, qui est encore défendue en Europe en général et en France en particulier.     Pour l’économiste Éloi Laurent, qui défend l’idée d’une « sortie de la croissance » (lire ses entretiens dans Mediapart ici et ), ce plan est une « rupture majeure » avec l’ère Clinton-Obama de la gauche états-unienne. Pour lui, donner la priorité aux infrastructures sur les questions de dette publique, d’inflation ou de déficits, c’est prendre conscience de la nécessité de « reconstruire un pays qui menace de s’effondrer ». Et de rappeler le risque d’effondrement démocratique que la prise du Capitole en janvier a mis en lumière, mais aussi l’effondrement écologique qui est devenu patent avec la vague de froid qui a frappé le Texas.    Dans ce cadre, ce plan est, pour Éloi Laurent, celui de la « refondation ». La refondation d’infrastructures globalement dans un état avancé de décrépitude : l’association des ingénieurs des États-Unis vient de leur donner une note globale de C- (l’équivalent de 8 sur 20). On peine souvent à prendre conscience de leur état de délabrement, des routes au chemin de fer, en passant par les réseaux d’eau ou d’électricité. Le plan Biden prend en compte cet état et l’urgence de la remise à niveau.      Mais c’est aussi la refondation démocratique, avec un travail sur les inégalités, qui est engagée par le premier plan, avec la distribution de chèques aux plus modestes, avec des investissements sociaux et le relèvement des impôts sur les plus grandes fortunes. Enfin, c’est une refondation écologique qui est engagée puisque les dépenses liées au changement climatique représentent la moitié du plan d’investissements.    Bien sûr, reconnaît Éloi Laurent, Joe Biden ne sort pas d’une logique de croissance, mais il remet, selon lui, les choses dans l’ordre ; il faut d’abord travailler sur les fondations et refonder l’économie dans un cadre social et environnemental sain. « La croissance peut être le résultat de cette refondation, mais ce n’est pas son objectif fondamental », conclut Éloi Laurent, pour qui Joe Biden « réinvente l’économie du XXIe siècle comme économie des fondations ». C’est pour cette raison qu’il définit les « infrastructures » dans un sens bien plus large que les économistes mainstream : il y inclut tous les éléments de cette refondation. En cela, la rupture avec la macroéconomie à la Summers est, encore une fois, profonde.     L’économiste de l’université de Los Angeles (UCLA) François Geerolf estime lui aussi que « l’immense changement, c’est que les économistes néokeynésiens, qui avaient un rôle prépondérant dans les administrations Clinton et Obama, sont beaucoup moins écoutés et que leur rôle est beaucoup moins important que sous les derniers mandats démocrates ». À la différence de ces derniers, pour qui l’État doit avant tout intervenir pour « réparer » les déviations du marché et uniquement à court terme, le plan Biden « envisage un État qui va être présent au long cours », relève François Geerolf....."        ________________

dimanche 18 avril 2021

En deux mots...

__ Dubai: tourisme spécial en terre d'Islam

__ Nord Stream II: course de vitesse

__ Fukushima; comment s'en débarrasser?

__ Je suis désolé, disait-il

__ Plus blanc que blanc?

__ Timelapse

__ On embauche

__The Girl next Door?

__ Si les gens savaient...      

__ Philip, dernière aventure...            ______________________

samedi 17 avril 2021

Même l'éternité à une fin

 Tout ça pour ça!?

.                   Ils étaient venus for ever. Ce fut la plus longue guerre des USA. Biden dit quitter l'Afghanistan, ouvrant ainsi une voie royale dans le pays à une plus large influence talibane. Le chaos a engendré l'inverse de l'effet officiellement recherché, comme en Iraq. Le radicalisme religieux a bien profité de l'aide militaire et organisationnelle de la CIA, dès le début de la résistance contre l'occupation soviétique. On avait par intérêt créé un Frankenstein.                                                                                                            Un départ, enfin! Mais cela avait déjà été annoncé plusieurs fois avant lui, même par Obama, qui persista dans l'erreur. Quelle mission? Quel bilan! L'aventure des néo-conservateurs US, avec le bras armé de WW Bush a réussi sa mission: désorganiser un peu plus le pays, le livrer aux groupes armées et à la corruption. L'hubris a porté ses fruits attendus: l'impasse totale, comme pour tous les empires qui ont voulu soumettre ce pays-citadelle. Le bon investissement annoncé par Dick Cheney n'a même pas eu lieu. 

         ______Tout fini par se savoir, comme les ressorts cachés de cette aventure tragique. La dissimulation fut une stratégie. Pour le pire des résultats. Aux USA, tout finit par se savoir. En tout cas beaucoup de choses. Même s'il faut du temps pour y arriver.     C'est ainsi que les dessous de la politique vietnamienne de plusieurs présidences s'est trouvée dévoilée par certains journalistes curieux et finalement par des voix officielles. C'est ainsi que l'intervention musclée au Chili a été démystifiée peu à peu et finalement par Kissinger lui-même. De même pour l'intervention en Irak, qui a commencé par un énorme mensonge de l'administration néo-conservatrice Bush, et dont les véritables visée ont été finalement révélée à la presse.  _____ Il en est de même pour l' aventure afghane, sans qu'on fasse vraiment la somme des victimes civiles et des dégâts matériels provoqués par une intervention longue et violente. Les visées économiques de ce fiasco furent passées sous silence pendant longtemps. Et il y a encore beaucoup à savoir.      Le Washington Post continue à faire progresser l'analyse de ce qui devint un bourbier, un pays où s'enlisèrent déjà Alexandre le grand, les troupes coloniales anglaises et celles de l'URSS, que les supplétifs du Pentagone contribuèrent au retrait, avec l'aide des djiadistes recrutés secrètement au Pakistan._______

          Un recueil de documents gouvernementaux confidentiels obtenus par le Washington Post révèle que de hauts responsables américains n’ont pas dit la vérité sur la guerre en Afghanistan tout au long de cette campagne de 18 ans, faisant des déclarations optimistes qu’ils savaient être fausses et cachant des preuves indubitables que la guerre était devenue impossible à gagner.     Les documents ont été produits dans le cadre d’un projet fédéral visant à examiner les échecs fondamentaux du plus long conflit armé de l’histoire des États-Unis. Elles comprennent plus de 2 000 pages de notes inédites d’entrevues avec des personnes qui ont joué un rôle direct dans la guerre, des généraux et des diplomates aux travailleurs humanitaires et aux responsables afghans.        Le gouvernement américain a tenté de dissimuler l’identité de la grande majorité des personnes interrogées dans le cadre du projet et a dissimulé presque toutes leurs remarques. Le Post a obtenu la publication des documents en vertu de la loi sur la liberté de l’information au terme d’une bataille juridique de trois ans.    Au cours des entrevues, plus de 400 de collaborateurs ont critiqué sans retenue ce qui s’est passé en Afghanistan et comment les États-Unis se sont enlisés dans près de deux décennies de guerre.     Avec une franchise rarement exprimée en public, les entretiens ont mis à nu des plaintes, des frustrations et des aveux refoulés, ainsi que des suppositions et des rumeurs malveillantes.      « Nous n’avions aucune compréhension fondamentale de l’Afghanistan – nous ne savions pas ce que nous faisions », a déclaré Douglas Lute, un général de division de l’armée qui a servi comme tsar de la guerre en Afghanistan à la Maison-Blanche sous les gouvernements Bush et Obama, à des enquêteurs en 2015. Il a ajouté : « Qu’essayons-nous de faire ici ? Nous n’avions pas la moindre idée de ce que nous entreprenions ». [war Czar (tsar de la guerre) : expression familière pour désigner l’adjoint au président et conseiller adjoint à la sécurité nationale pour l’Irak et l’Afghanistan, NdT]       « Si le peuple américain connaissait l’ampleur de ce dysfonctionnement… 2 400 vies perdues », a ajouté M. Lute, attribuant la mort de militaires américains à des défaillances bureaucratiques entre le Congrès, le Pentagone et le département d’État. « Qui dira que c’était en vain ? »       _______Depuis 2001, plus de 775 000 soldats américains ont été déployés en Afghanistan, dont un grand nombre à plusieurs reprises. Sur ce nombre, 2 300 y sont morts et 20 589 ont été blessés au combat, selon les chiffres du ministère de la Défense.         Les entretiens, à travers un large éventail de voix, mettent en relief les principales défaillances de la guerre qui persistent à ce jour. Ils soulignent que trois présidents – George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump – et leurs commandants militaires ont été incapables de tenir leurs promesses de victoire en Afghanistan.      Comme la plupart d’entre eux parlaient en supposant que leurs remarques ne seraient pas rendues publiques, les responsables américains ont reconnu que leurs stratégies de guerre étaient complètement erronées et que Washington avait gaspillé d’énormes sommes d’argent pour tenter de transformer l’Afghanistan en un pays moderne.        Les entretiens mettent également en lumière les tentatives bâclées du gouvernement américain de mettre un frein à la corruption galopante, de mettre sur pied une armée et une police afghanes compétentes et de faire reculer le commerce florissant d’opium du pays.       Le gouvernement américain n’a pas fait une comptabilité complète des sommes qu’il a dépensées pour la guerre en Afghanistan, mais les coûts sont énormes.          Depuis 2001, le ministère de la défense, le département d’État et l’Agence des États-Unis pour le développement international ont dépensé ou affecté entre 934 et 978 milliards de dollars, selon une estimation ajustée en fonction de l’inflation calculée par Neta Crawford, professeure de sciences politiques et codirectrice du projet Costs of War à l’Université Brown.     Ces chiffres ne comprennent pas l’argent dépensé par d’autres organismes comme la CIA et le ministère des Anciens Combattants, qui est chargé des soins médicaux pour les anciens combattants blessés.          « Qu’avons-nous obtenu pour cet effort de mille milliards de dollars ? Ça valait mille milliards de dollars ? » Jeffrey Eggers, un ancien membre des Navy SEAL et membre du personnel de la Maison-Blanche pour Bush et Obama, a déclaré aux intervieweurs du gouvernement. Il a ajouté : « Après l’assassinat d’Oussama ben Laden, j’ai dit qu’Oussama riait probablement dans sa tombe aquatique compte tenu des sommes que nous avons dépensées pour l’Afghanistan ».     Les documents contredisent également un long chapelet de déclarations publiques de présidents, de commandants militaires et de diplomates américains qui, année après année, ont assuré aux Américains qu’ils faisaient des progrès en Afghanistan et que la guerre en valait la peine.      ______Plusieurs des personnes interrogées ont décrit les efforts explicites et soutenus déployés par le gouvernement des États-Unis pour tromper délibérément le public. Ils ont dit qu’il était courant au quartier général militaire de Kaboul – et à la Maison-Blanche – de falsifier les statistiques pour faire croire que les États-Unis étaient en train de gagner la guerre alors que ce n’était pas le cas.                « Chacune des données a été modifiée pour présenter la meilleure image possible », a déclaré Bob Crowley, colonel de l’armée de terre qui a été conseiller principal des commandants militaires américains en matière de contre-insurrection en 2013 et 2014, aux enquêteurs du gouvernement américain. « Les sondages, par exemple, n’étaient pas du tout fiables, mais ils ont confirmé que tout ce que nous faisions était juste et que nous devenions un cornet de crème glacée qui se lèche lui-même » [self-licking ice cream cone : expression idiomatique désignant une organisation ou une entité dont le seul but est de promouvoir sa propre existence et sa propre splendeur, NdT].     John Sopko, the head of the federal agency that conducted the interviews, acknowledged to The Post that the documents show “the American people have constantly been lied to.”     John Sopko, le directeur de l’agence fédérale qui a mené les entretiens, a reconnu au Post que les documents montrent qu' »on a constamment menti au peuple américain ».       _______Les entretiens sont le sous-produit d’un projet mené par l’agence de Sopko, le Bureau de l’Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan. Connu sous le nom de SIGAR, l’agence a été créée par le Congrès en 2008 pour enquêter sur le gaspillage et la fraude dans la zone de guerre.       En 2014, sous la direction de Sopko, le SIGAR sort de sa mission habituelle d’audit et lance une activité parallèle. Intitulé « Leçons apprises », ce projet de 11 millions de dollars visait à diagnostiquer les échecs de la politique menée en Afghanistan afin que les États-Unis ne répètent pas leurs erreurs la prochaine fois qu’ils envahiraient un pays ou qu’ils tenteraient de reconstruire un pays sinistré.        ____Le personnel des Leçons apprises a interviewé plus de 600 personnes ayant une expérience de première main de la guerre. La plupart étaient américains, mais les analystes du SIGAR se sont également rendus à Londres, Bruxelles et Berlin pour interviewer des alliés de l’OTAN. De plus, ils ont interviewé une vingtaine de responsables afghans pour discuter des programmes de reconstruction et de développement.     S’appuyant en partie sur les entrevues, ainsi que sur d’autres documents et statistiques du gouvernement, le SIGAR a publié sept rapports sur les Leçons apprises depuis 2016 qui mettent en lumière les problèmes en Afghanistan et recommandent des changements pour stabiliser le pays.    Mais les rapports, rédigés en prose bureaucratique dense et centrés sur un méli-mélo d’initiatives gouvernementales, ont laissé de côté les critiques les plus dures et les plus franches ressortant des entretiens.     « Nous avons constaté que la stratégie de stabilisation et les programmes utilisés pour la mettre en œuvre n’étaient pas adaptés au contexte afghan, et que les réussites dans la stabilisation des districts afghans duraient rarement plus longtemps que la présence physique des troupes de la coalition et des civils », peut-on lire dans l’introduction à un rapport publié en mai 2018.        Les rapports omettaient également les noms de plus de 90 pour cent des personnes interviewées dans le cadre du projet. Alors que quelques fonctionnaires ont accepté de parler officiellement au SIGAR, l’agence a déclaré qu’elle promettait l’anonymat à toutes les autres personnes qu’elle interrogeait pour éviter la controverse sur des questions politiquement sensibles...."_______________________________

vendredi 16 avril 2021

Sale temps pour les chômeurs!

 Un tournant 

                    Même si des données officielles du chômage sont sujettes à discussion, méritent d'être examinées de près, parce que sous-estimées en temps normal, celles qui vont suivre la période épidémique actuelle risquent d'être d'une ampleur inédite. Ce n'est pas vers une aide accrue que vont les nouvelles dispositions, bien au contraire....La nouvelle réforme, si elle reste en l' état, non seulement"...va faire chuter les allocations des chômeurs les plus précaires, mais elle va les désinciter à accepter des jobs moins bien rémunérés..."  Selon les pronostics de certains observateurs, ces mesures de devenir une pure loterie.  Un durcissement est prévu pour l'automne.                                                                                                                     C'est bien connu, les chômeurs, dont le nombre est largement incompressibles, dans les circonstances actuelles de baisse de l'activité économique et de numérisation, de robotisation de tâches de plus en plus nombreuses et de l'organisation actuelle du travail, sont des oisifs qu'il importe de sortir de leur sort. La pensée magique est toujours de rigueur...                                                                                               ______Comme Mediapart "...l’a déjà détaillé ici, le premier volet de la réforme doit s’appliquer dès le 1er juillet, avec la mesure la plus brutale, modifiant le mode de calcul du salaire journalier de référence (SJR) qui définit le montant des allocations-chômage.      Au lieu de partir d’une moyenne des salaires perçus les jours travaillés par un salarié pendant un an, la nouvelle   règle prend également en compte des périodes d’inactivité, en remontant jusqu’à deux ans en arrière. La formule fait s’effondrer le montant des allocations-chômage.  Les intermittents de l’emploi, qui alternent activité réduite et périodes chômées, en paieront le prix fort. 1,15 million de personnes seront potentiellement concernées, la première année d’application, par la baisse des allocations à l’ouverture de droit. En moyenne, la baisse de l’indemnité journalière sera de 17 % mais pourra, dans certains cas, dépasser 40 %, selon une étude d’impact de l’Unédic qui embarrasse le gouvernement.  Dans la première version de la réforme, la baisse était encore plus drastique, comme Mediapart l’avait illustré ici. Les allocations étaient divisées par quatre dans les cas les plus extrêmes. Jugeant que cela portait « atteinte au principe d’égalité », le Conseil d’État a mouché le gouvernement et annulé, en novembre 2020, ce volet.

              Le gouvernement a donc trouvé une nouvelle formule et instauré un plafond. Toutes les périodes d’inactivité n’entreront pas dans le calcul, elles représenteront au maximum 75 % du temps en emploi. Dit autrement : le nombre de jours non travaillés pris en compte ne pourra pas dépasser 43 % de la période totale.       Problème : l’instauration de ce plafond génère toujours des inégalités. Et de taille ! Des personnes ayant eu, dans leur parcours professionnel, un arrêt maladie de plus de quinze jours, un congé maternité, paternité ou parental ou encore des périodes d’activité partielle pourraient être lésées.      La réglementation prévoit en effet de « neutraliser » toute période durant laquelle le contrat de travail a été suspendu et où les rémunérations ont été moindres ou nulles. Cela signifie que ces périodes n’entrent pas dans le calcul des allocations-chômage. Seule la rémunération habituelle, prévue dans le contrat de travail, est prise en compte.   Jusqu’ici, rien de fâcheux. Au contraire, la règle qui existait avant la réforme (comme évoqué ici par Mediapart) est censée être plus juste.  Le problème vient du nouveau mode de calcul du SJR. Conjugué à cette règle de neutralisation, il crée des effets pervers, repérés dans le projet de décret par les services de l’Unédic. Cela pénalisera, là encore, des personnes ayant eu une carrière fractionnée. Et donc, les plus précaires.  « En proportion, les jours non travaillés pourraient être plus importants que les jours travaillés, compte tenu des périodes de contrat neutralisées », prévient le gestionnaire de l’assurance-chômage, dans un document de travail, daté du 19 mars, que Mediapart a pu consulter.   Sur ce même document, l’Unédic poursuit : « Aucune disposition du projet de décret ne prévoit que les jours d’inter-contrats sont réduits à due-proportion du nombre de jours travaillés neutralisés, ce qui peut impacter à la baisse le SJR»    ____Un exemple vient ensuite étayer ces affirmations. Une femme ayant alterné travail et chômage et ayant pris un congé maternité aura un salaire journalier de référence réduit de 14 % par rapport à une personne ayant eu exactement la même trajectoire, mais sans congé maternité.   L’Unédic a donc prévenu le ministère du travail, sans aucune ambiguïté. Et a pris soin d’alerter, en particulier, sur les neutralisations liées à l’activité partielle, dont on connaît l’usage massif depuis un an      « L’appréhension de cet impact mathématique est d’autant plus importante que de nombreux allocataires ont connu et vont continuer de connaître des périodes d’activités partielles. Nous souhaitons vous alerter sur ce point, si toutefois il n’a pas d’ores-et-déjà été identifié par vos services. »....                                                                                Mathieu Grégoire, sociologue et maître de conférences à l’université Paris Nanterre a décortiqué le décret et relevé, à son tour, des inégalités « disproportionnées » et inquiétantes. Il démontre que le plafond mis en œuvre dans le décret n’y change rien.       Mathieu Grégoire a récemment publié une série de billets sur son blog Mediapart pour développer ses analyses sur la réforme, accompagnées d’exemples concrets. Pour parvenir à ses conclusions, il a utilisé un simulateur de droits au chômage, mis au point avec deux autres chercheurs – Claire Vives et Jérôme Deyris – dès 2017. Trois ans de travail et 6 000 pages de programme ont été nécessaires pour élaborer cet outil.   Il leur a permis de documenter 40 ans d’évolution des droits au chômage (1979-2019). Leur rapport, publié pour la CGT en mai 2020, est disponible sur le site de l’IRES, l’institut de recherches économiques et sociales. Mediapart l’avait également évoqué ici.        « Nous sommes en mesure, grâce à ce simulateur, de calculer instantanément l’évolution des droits de 1979 à 2019 pour n’importe quel profil de salarié, du plus simple au plus complexe », écrivent les auteurs dans leur étud       Mathieu Grégoire a donc eu l’idée de s’en servir pour documenter, avec précision, les effets de la réforme d’assurance-chômage. Ses affirmations ont été recoupées avec des cas concrets, calculés par l’Unédic, à la demande de la C        Ici, il décrypte qu’un seul contrat court dans une carrière pourra avoir des effets néfastes. Il note que « dans certaines conditions, travailler pourra non pas faire “gagner plus […] mais se traduire par une perte nette de revenu. La perte de droits causée par un emploi sera très supérieure au salaire apporté par cet emploi »                   Dans cet autre billet, Mathieu Grégoire déconstruit les arguments de la ministre du travail, selon lesquels « la réforme ne réduit pas les droits car les allocations sont versées pendant plus longtemps ». Au contraire, Mathieu Grégoire démontre que les droits « sont purement et simplement réduits en permanence » pour les salariés alternant chômage et emploi.                                   Aujourd’hui, la moitié des allocataires indemnisés travaillent, chaque mois, en activité réduite. Et près de la moitié d’entre eux perçoivent, en plus de leur revenu, des allocations-chômage.     Elles peuvent en effet être versées, dans certaines conditions, pour compléter un petit salaire. Ce dispositif est censé encourager la reprise d’activité. Or, la réforme du SJR pourra considérablement amoindrir, voire annuler, cette possibilité. Ce point avait déjà été déjà identifié lors de la première version de la réforme.    Dans son analyse d’impact, l’Unédic précise d’ailleurs que 40 % des économies liées au nouveau calcul du SJR « sont liées au moindre cumul allocation revenu ».          « C’est le salaire journalier de référence qui est la colonne vertébrale du dispositif, explique Mathieu Grégoire. En modifiant profondément ce SJR, la réforme bouleverse aussi la façon dont les allocataires peuvent cumuler emploi et indemnisation un mois donné. »     Le chercheur a approfondi ce point précis. Dans un dernier billet, il relève des ruptures d’égalité profondes. Ses exemples mettent au jour des différences affolantes. À emploi égal et à salaire égal, les indemnités peuvent être, au total, jusqu’à 24 fois moins élevées ! Soit bien au-delà du seuil ayant abouti à une annulation par le Conseil d’État.        « Les inégalités de traitement ne proviennent pas que du “montant” de l’indemnité journalière de chômage mais aussi, et surtout, du “nombre d’indemnités journalières” servies par mois », détaille Mathieu Grégoire.      Ce que va percevoir, chaque mois, un demandeur d’emploi dépend en effet de deux critères : d’une part son allocation journalière, déterminée par le fameux SJR. Et d’autre part, le nombre de jours qui lui seront versés.     Pour un même nombre d’heures de travail et un même salaire, la seule répartition des périodes d’emploi dans le calendrier conduit à d’énormes différences.  Voici l’exemple de Félix et Marjorie. « Leurs emplois et leurs salaires ne différent que par leur répartition dans les 24 mois de la période de référence et par les dates de leurs contrats, détaille Mathieu Grégoire. Félix a perçu 19 000 euros d’indemnisation, sur deux années. Marjorie 800 euros, c’est-à-dire 24 fois moins. »....Le gouvernement n’a pas voulu renoncer à cette réforme. Malgré la pandémie. Malgré la crise sociale et économique. Et malgré les contestations unanimes des organisations syndicales. Même les économistes qui avaient soutenu Emmanuel Macron en 2017 n’y croient plus, comme le raconte Le Monde. Parmi eux – et c’est tout un symbole – Jean Pisani-Ferry qui avait grandement nourri le programme économique du candidat Macron.    Avec cette nouvelle séquence de confinement national qui s’ouvre, pour au moins trois semaines, le service après-vente de la réforme s’annonce compliqué pour l’exécutif. L’entrée est vigueur est dans à peine trois mois. Comment, dans le contexte actuel, justifier une baisse des droits pour les plus précaires ?  Récemment, Bruno Le Maire a tenté sur France Info de décrédibiliser les études d’impact de l’Unédic. Puis de promouvoir la réforme comme outil de « lutte contre la précarité organisée » grâce au bonus-malus sur les contrats courts. Le ministre de l’économie a omis de préciser que cette mesure ne s’appliquera pas avant l’automne 2022. Soit quelques mois après la présidentielle, ce qui la rend très hypothétique.       Les intermittents de l’emploi, eux, ne comptent pas rendre les armes. L’abrogation de la réforme fait toujours partie des revendications portées dans les lieux de culture occupés, partout en France. Quelques occupations ponctuelles d’agences Pôle emploi ou d’une direction régionale de l’opérateur comme ici à Lyon commencent d’ailleurs à essaimer..."        __________________________________