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mercredi 21 septembre 2022

Poutine: équations mutiples

Et périlleuses

                  A la croisée des chemins?    Parier sur l'implosion du système?     Oui, mais pour quelle relève...    

             Chantage ou fuite en avant?  __ Force et faiblesses__________            "...La récente contre-offensive ukrainienne dans la région de Kharkiv agite bruyamment depuis plusieurs jours les chaînes Telegram des militants pro-guerre russes, qui y déversent leur haine contre l’Ukraine et leurs critiques virulentes à l’égard de l’armée. Alors que Kyiv (Kiev) continue de consolider ses positions dans les régions orientales du pays, les ultrapatriotes appellent à une stratégie plus agressive et à la mobilisation générale.                                                                        _ Ces critiques pourraient constituer « l’un des défis politiques les plus sérieux pour le Kremlin depuis celui de la destruction de l’opposition libérale », estime la chercheuse Tatiana Stanovaya dans une analyse publiée sur le site de la Fondation Carnegie pour la paix internationale« Poutine ne considère pas les militants pro-guerre comme des adversaires idéologiques agissant dans l’intérêt d’ennemis extérieurs. Il considère leurs protestations comme légitimes et patriotiques, ce qui réduit la marge de manœuvre des siloviki, chargés d’écraser la dissidence. »                                              Face à cette violence, une part non négligeable de la population – de l’ordre de 20 à 25 % – reste catégoriquement opposée à la guerre. Certains tentent courageusement d’exprimer leur voix dans un contexte de répression sévère. Plusieurs dizaines d’élus locaux ont signé récemment une pétition demandant la démission de Vladimir Poutine, jugeant ses actions « préjudiciables à l’avenir de la Russie et de ses citoyens ». Autre intervention remarquée dimanche, la chanteuse ultra-populaire Alla Pougatcheva, 73 ans, a dénoncé la guerre évoquant la mort de soldats « pour des objectifs illusoires, qui font de notre pays un paria et pèsent sur la vie de nos citoyens ».Cette guerre est existentielle pour Poutine, il ne peut pas se payer le luxe de la perdre. (Greg Yudin, politologue et sociologue)                                                                                             Entre ces deux camps, la majorité des Russes sont passifs et complètement dépolitisés. Se tenant à distance des nouvelles du front, ils essaient de continuer de vivre comme si de rien n’était. Selon une étude récente menée par l’institut de sondage indépendant Rosmir, depuis l’invasion de l’Ukraine, un quart des Russes ont cessé de regarder la télévision publique en raison de la propagande pro-guerre incessante de Poutine.   Le politologue et sociologue Greg Yudin observe une division de la société entre les pro-guerre et la majorité passive : « Les radicaux se fâchent contre les passifs qui poursuivent leur vie normalement alors que les troupes meurent pour la survie du pays sous l’assaut de l’Otan. Les passifs sont en colère contre les radicaux qui tentent de politiser leur vie, par exemple en introduisant de la propagande de guerre dans les écoles », détaille cet expert de l’opinion publique russe. Depuis le 1er septembre, un nouveau cours hebdomadaire de patriotisme a été introduit dans toutes les classes, provoquant le mécontentement de nombreux parents et professeurs.     « La situation actuelle place Poutine dans une position précaire, dit Greg Yudin, car il dépend à la fois de l’engagement des radicaux et de la passivité de la majorité, ce qui l’oblige à tenir deux discours contradictoires : l’un sur une guerre existentielle et l’autre sur les choses qui fonctionnent comme d’habitude.                                                                                                                                                           ______________ Parallèlement, l’État russe peine à mobiliser de nouveaux combattants pour l’Ukraine. Jusqu’alors, la stratégie a consisté à recruter parmi les couches défavorisées de la population, en particulier dans les régions les plus pauvres du pays où l’on fait miroiter aux jeunes de gros salaires.   « Cette ressource n’est pas encore épuisée – il y a peut-être un vivier de deux millions d’hommes, estime Greg Yudin, mais ils sont loin d’être les meilleurs soldats et les défaites sur le front réduisent leur motivation à s’engager. Ils veulent participer à une guerre victorieuse pour la gloire et l’argent, pas pour affronter un adversaire difficile et perdre. »                                     « Nous devrons écraser et détruire l’Ukraine [...] même si nous devons démolir toutes les usines que nous avons construites sur le continent et empoisonner toutes les terres noires, même si nous devons couper les tendons de notre économie et perdre beaucoup des meilleurs de nos jeunes hommes », affirme le commentateur politique nationaliste Yegor Kholmogorov dans un post publié samedi 17 septembre, précisant qu’une guerre nucléaire mondiale est « préférable à une victoire ukrainienne ».  Le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov a critiqué la stratégie militaire. « Si aujourd’hui ou demain des changements ne sont pas apportés dans la conduite de l’opération spéciale, je serai obligé de parler avec les dirigeants du ministère de la défense et du pays pour leur expliquer la situation réelle sur le terrain », a-t-il prévenu dans un message audio publié sur Telegram. Cet allié de longue date de Vladimir Poutine a également annoncé le retour de ses unités d’élite sur le front..."  [Merci à Estelle Levresse                _______________

Question de thermostats

Mais pas seulement

                         Précarité énergétique.  Elle existe bien, même si elle est invisible à nos yeux, en période hivernale "normale" déjà, sous nos latitudes. Se chauffer correctement par grand froid fait partie des nécessités, qui touchent plus de monde que l'on croit, que nous finissons pas oublier, quand nous sommes en capacité de faire le plein d'énergie et d'avoir des murs correctement isolés. L'hiver qui vient risque d'être redoutable pour ceux qui sont touchés de plein fouet pas des hausses inouïes des matières premières énergétiques, même un peu compensées. On se souvient des grands froids de 1954 et des appels d'un certain abbé Pierre pointant du doigt certaines conditions d'habitat de l'époque et la détresse thermique.                                                                                                                                                      Il y a à ce niveau des inégalités profondes mais invisibles. "... les ménages les plus aisés, qui vivent souvent dans des maisons individuelles récentes et qui peuvent ajuster leur température de chauffage, ont tendance à consommer plus que ce que leur diagnostic de performance énergétique indique, comme nous l’avons relevé dans un article de recherche publié en 2021.   En approfondissant cette relation entre niveau de revenu et poids de la consommation énergétique (en se basant sur des données françaises récentes récoltées dans le cadre du projet de recherche PEPSI), nous obtenons que ceux qui déclarent préférer le confort thermique plutôt que de réaliser des économies d’énergie gagnent 7 965 euros de plus par an que la moyenne des ménages...."                      

 ____Il est des formes de pauvreté qui se voient, d'autres qui se font plus discrètes, d'autres qui passent inaperçues, même en milieu urbain. Le manque de ressources ou de revenus suffisants n'est qu'un aspect des nouvelles formes de pauvreté. Le fait de travailler, souvent à temps partiel ou de manière discontinue peut coexister avec une forme de précarité .Les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux.
Nos sociétés s'installent dans une sorte de précarité généralisée, qui peut affecter un jour tout un chacun et cette précarité s'exprime sous diverses formes.
___En cette période hivernale, elle se manifeste par la précarité énergétique
 "qui relève d'une difficulté à accéder techniquement pour son logement à des sources d'énergie outre le fait d'avoir des difficultés à les payer."
Se chauffer devient un luxe pour un nombre croissant de personnes et de familles, d'autant plus que l'on assiste à une hausse constante du prix de l'énergie.

On estime que le manque de chauffage, l'inconfort qu'il génère, les maladies qu'il peut engendrer, affectent environ 9 millions de précaires .
Il arrive que se chauffer rend (très) pauvre, du fait de la vétusté de l'habitat représentant souvent un gouffre énergétique, une passoire à KW
.
Selon l'INSEE, plus d'un ménage modeste sur cinq déclare souffrir du froid dans son logement

_Si le gouvernement 
commence à se pencher sur la précarité énergétique, c'est bien tardivement et de manière bien trop limitée, sans agir sur les causes. Les outils existent cependant. Pour ce qui est du mal-logement, une des sources du problème, il existe des solutions.
Selon des données qui demandent à être actualisées, "..Les tarifs sociaux de l'énergie profitaient l'an dernier à moins de la moitié de leurs ayants droit potentiels, estimés à environ 2 millions de personnes, selon la Commission de régulation de l'énergie. Philippe Pelletier, le président du comité stratégique du plan bâtiment Grenelle, avait alors préconisé un plan global de près de 4 milliards d'euros en dix ans, dont 1,7 milliard à la charge de l'Etat, pour aider ces plus démunis à réduire leurs factures de chauffage et d'électricité. A la fin de 2010, le nombre de foyers bénéficiaires du tarif social, qui était encore de 940 000 à la fin de décembre 2009, a encore chuté à 650 000, soit une baisse de 31%..."    ___________________

mardi 20 septembre 2022

Xerfi Canal

 Il y a toujours à apprendre sur Xerfi Canal

                                        

                           Avec un oeil critique et vigilant, bien sûr....

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Incertitude(s)

Dimension essentielle de toute vie

                                                         Si le monde matériel suit des lois bien déterminées, concernant sa nature et ses transformations, le monde des hommes est constamment soumis à l'aléatoire. Les lendemains ne sont pas toujours ceux que l'on croit, les choses souvent échappent à notre volonté, nos désirs peuvent changer, l'avenir, même proche, n'est jamais certain, je peux mourir dans la journée qui vient. Ma liberté est toute relative et mes projets peuvent être vite contredits....Des constats d'une grande banalité, soulignant la finitude de nos vies, le caractère aléatoire de nos parcours que nous nous acharnons à baliser, à rationaliser, ce que les philosophes désignaient pas le terme de contingence. Si nous ne sommes pas sans capacité de modifier nos choix, nos parcours, nous sommes soumis en permanence à l'incertitude, individuelle et/ou collective, à ce que nous ne pouvions ou ne voulions pas voir, prévoir, l'anticipation étant toujours d'ailleurs soumise à des fluctuations possibles, parfois surprenantes... Surtout en ces temps troublés où bougent les lignes traditionnelles, au niveau sanitaire, géopolitique et plus sûrement écologique, au sens large. La maîtrise cartésienne de la nature n'engendre pas ce qui était anticipé; il va falloir revoir nos rapports économiques et sociétaux. Bref, rien que des banalités à première vue, mais qui ne s'imposent pas toujours à nous, dans nos rêves de dépassement, de grandeur, voire de puissance. L'humaine condition peut connaître le déclin en peu de temps, comme elle peut se  ressaisir assez vite, la fragile humanité peut faire montre de plus de "résilience" qu'attendu.     


                                                                        ___   Apprendre à gérer l'incertitude est le lot de toute entreprise humaine, que ce soit dans l'entreprise ou dans l'action sociale. Le pari éclairé fait partie des anticipations, même à moyen terme. Loin d'être paralysante, elle peut être stimulante, comme dans la vie individuelle, nous forçant à la prudence et à la vigilance. Mais ce n'est pas le monde numérique qui la réduira, malgré les prétentions des gourous de la Silicon Valley, qui veulent réduire totalement l'aléatoire. Le plus puissant ordinateur du monde peut aider à prendre une décision à long terme en gérant une partie de la complexité, mais que peut-il face à la décision inattendue ou à l'accident non anticipé? La production énergétique aujourd'hui se heurte à des impasses qui n'était pas envisageables hier, à la suite d'un conflit parfaitement imprévisible...                                                                                         Comme disait le regretté Edgard Morin, nous devons vivre dans l'incertitude, qui permet de dépasser la pesanteur ou la paralysie dans l'action. A l'heure où "nous ne sommes plus sûrs de rien", l'effort collectif pour trouver de nouvelles voies est gigantesque, mais pas impossible, C'est une question de survie par certains côtés.   
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lundi 19 septembre 2022

Métier à risques

 Où va l'école?

               Certes,on  n'est pas aux USA ou  à O.K.Corral.
                                                 Ni même à la journée de la jupe.
      Mais le fait, que l'on appelle divers, a tout de même de quoi inquiéter.
    Même si la question n'est pas nouvelle. Mais elle prend de nouvelles formes.
       Certes, l'enfant a des droits, cela va maintenant de soi. Mais on insiste peu sur la notion de devoir et dans de  nombreux cas celle de travail semble s'être s'évanouie.
      Oui, notre système solaire est malade et à force de valoriser la" tolérance", d'ouvrir l'école au monde, de privilégier le ludique, les dérives se sont faites de plus en plus nombreuses, à l'image aussi de la société. La bienveillance n'est pas la fausse tolérance et l'abandon des règles nécessaires à la vie en commun.
    On en est arrivé à une silence et à une chape de plomb où la notion même d'enseigner finit bien souvent par perdre son sens.
  Les témoignages ne sont pas rares d'enseignants, impuissants et isolés, qui ne peuvent plus exprimer leur vécu difficile, l'administration minimisant les faits selon une loi du silence qui doit beaucoup au carriérisme et à la myopie. Une administration qui réagit toujours trop tard et partiellement.
     Pas de vague! devient trop souvent le mot d'ordre tacite.
        La médecin refuse de voir le malade en face, les dérives quotidiennes ne peuvent que perdurer.
La question des normes et des valeurs  est souvent éludée et l'intimidation est courante.
  Le tout sécuritaire ne sera pas le remède aux dérives, car une grande partie du problème se trouve en dehors de la classe, trop peu souvent soulignée.
   Les valeurs sociétales dominantes semblent s’éloigner toujours davantage de celles portées par l’École. Pour que l’élève accède au savoir, il lui faut contrôler ses pulsions a minima, accepter au moins temporairement une discipline qui permet la réflexion et l’entrée dans le travail, s’engager dans une démarche active s’inscrivant dans la durée et réclamant sens de l’effort. Il en est tout autrement dans notre société dominée par un individualisme devenu la valeur de référence, où l’univers de la consommation donne à voir – et permet à ceux qui en ont les moyens – d’accéder au plaisir le plus vite possible, sans effort et apparemment sans limites. Ce « capitalisme pulsionnel » (Stiegler, 2006) devient le moteur de notre économie et imprègne en profondeur les comportements individuels. Il cible en particulier les jeunes, cherchant à capter leur attention à travers l’image et le son (de télévision, d’ordinateur, de téléphone portable). Langage privilégié de cette pulsion, la publicité ne cesse d’user de l’inversion des places générationnelles (Marcelli, 2003), présentant l’enfant comme tout-puissant et omniscient, l’adulte comme inconsistant, faible, ignorant et sans intérêt. Quant à la télévision, elle produit chez les élèves une attention plus fragmentée, difficilement capable d'intégrer la continuité. Plus généralement, elle cherche à garder le téléspectateur sous emprise par toutes les formes d’effets possibles et imaginables, avant de lui permettre de réfléchir et de penser (Meirieu, 2007). Un tel contexte rend l’action éducative et pédagogique paradoxale, puisqu’on reproche aux enseignants de ne plus jouer leur rôle alors même qu’une action de leur part irait à contre- courant des valeurs que notre société promeut.
        L'école républicaine  perd ses valeurs et la question des normes et la question de l'autorité et du respect est au coeur du débat.
     Les renoncements et les complaisances accumulées ne doivent plus nous étonner.
         C'est le règne quasi généralisé de l'enfants roi et des parents consommateurs plus que citoyens.
  Comme disait déjà Platon dans la République:
        « Lorsque les parents s’habituent à laisser faire leurs enfants ; lorsque les enfants ne tiennent plus compte de leurs paroles ; lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves ; lorsque finalement les jeunes méprisent les lois, parce qu’ils ne reconnaissent plus, au-dessus d’eux, l’autorité de rien ni de personne, alors, c’est en toute justesse, le début de la tyrannie. Oui ! La jeunesse n’a que du mépris pour ceux de ses maîtres qui s’abaissent à la suivre au lieu de la guider. »   ________________________

dimanche 18 septembre 2022

Petit billet du dimanche

__Très tendu

__ Sélection progressive

Il était une fois....
__ Credo libertarien

__ Navigation à vue    

__ Philo encore?

__ Rien n'est acquis

__ Liverpool, la rebelle

__ Une école philanthropique?

__ Grèce libéralisée: un contre-modèle________

samedi 17 septembre 2022

Libre marché en question

Sortie contrainte du néolibéralisme?

              Les dogmes vont-ils enfin céder? Sous la poussée des nécessités et des urgences du moment, parfaitement inattendues dans les années 80. Les croyances en la "sagesse" des marchés libres, en la toute puissance créatrice de la mondialisation (supposée "heureuse") et des marchés financiers dérégulés, issues de l'école de Chicago et de ses épigones, l'effacement progressif des fonctions de l'Etat dans ses missions essentielles... tout cela fait long feu sous nos yeux, avec la nécessité impérieuse de l'intervention de l'Etat dans la succession des crises profondes que nous vivons et qui nous attendent. 


 

     _____________ Pont de vue:      " De nos jours, les politiciens ordinaires cherchent constamment des excuses pour justifier leur divergence par rapport au dogme du marché. De la pandémie à la crise énergétique, en passant par la guerre en Ukraine et l’inflation croissante, des crises toujours nouvelles obligent les responsables politiques à recourir à une intervention lourde de l’État, que les néolibéraux considéraient comme leur ennemi juré, ceci pour soutenir les marchés.     Ces interventions sont justifiées comme étant des mesures d’urgence nécessaires pour garantir la poursuite des opérations économiques avant le retour tant désiré à la normalité du marché – qui est toutefois toujours reporté. Il suffit de penser à la Banque centrale européenne qui a déclaré en avril qu’elle cesserait d’acheter des obligations, avant d’annoncer un nouvel achat d’obligations pour faire face à l’explosion des coûts d’emprunt dans des pays comme l’Italie.                                      Jusqu’à présent, l’interventionnisme d’État que nous avons pu observer, tant au centre-gauche qu’au centre-droit, au cours de la dernière décennie, et plus clairement encore depuis l’explosion de la pandémie de COVID, a suivi de près cette logique de facilitation du retour aux « conditions normales du marché ». Les conditions économiques ont radicalement changé et les prémisses et attentes qui ont accompagné l’ère de la mondialisation néolibérale n’offrent plus aucune orientation crédible. Face à cette tentative grotesque du courant politique dominant d’utiliser l’interventionnisme de l’État pour restaurer la société de marché et protéger la richesse, la gauche devrait saisir cette occasion pour se réapproprier la tradition socialiste de l’interventionnisme progressiste de l’État, comme moyen de transformer la société et de modifier les relations de pouvoir.              En fait, l’utilisation volontariste de l’État comme moyen de construire une nouvelle société était partagée par différents courants de la gauche. Cette idée n’était pas seulement celle des léninistes, qui visaient à construire une économie dirigée avec une propriété d’État couvrant pratiquement tous les secteurs, mais aussi celle des sociaux-démocrates, qui ont mené la transformation des anciens États libéraux en États-providence, nationalisé des entreprises stratégiques et appliqué la planification indicative pour réorganiser l’économie et la guider vers des objectifs socialement souhaitables. L’État était considéré comme un « champ de bataille de la lutte des classes », selon la célèbre expression de Nicos Poulantzas, et l’objectif de la gauche était de conquérir de nouvelles tranchées dans l’appareil étatique tentaculaire tout en le démocratisant radicalement.                                                                                Cette vision de l’interventionnisme de l’État de gauche a perdu une partie de son attrait à la suite de la défaite de la classe ouvrière dans les années 1970 et 1980, et en raison de l’effondrement du bloc soviétique et des preuves de son inefficacité économique. La révolution néolibérale a réussi à convaincre les citoyens que dans un monde globalisé, l’intervention de l’État était condamnée. Des politiciens néolibéraux comme Bill Clinton ont présenté la mondialisation comme « l’équivalent économique d’une force de la nature, comme le vent ou l’eau » qu’il serait stupide d’essayer d’inverser, tandis que Barack Obama, en 2016, l’a formulée dans des termes similaires comme « un fait de la nature. » La politique était présentée comme la gestion de la nécessité de la mondialisation, les décisions économiques étant limitées à celles qui sont acceptables pour les investisseurs internationaux, certaines sections de la gauche souple et modérée acceptant largement ces prémisses idéologiques.    Pourtant, nous nous trouvons aujourd’hui à un moment où cette vision de la mondialisation comme inévitable et permanente, et de l’État comme une créature faible s’est avérée empiriquement douteuse et historiquement anachronique. Pendant la pandémie, les politiciens de centre-gauche et de centre-droit ont été contraints de créer de nouvelles dispositions d’urgence en matière d’aide sociale afin de venir en aide aux chômeurs, or maintenant, ils sont contraints, bien malgré eux, d’appliquer des formes de contrôle des prix et de constituer des fonds de lutte contre la crise du coût de la vie. L’interventionnisme d’urgence de l’État est devenu la nouvelle norme, et le retour à une société de marché normale est sans cesse repoussé.      Une partie du changement auquel nous assistons n’est pas tant pratique que fondamental, c’est-à-dire qu’il concerne la façon dont nous percevons et appréhendons le monde. En fait, contrairement à l’évangile néolibéral, l’État et l’interventionnisme étatique n’ont jamais vraiment disparu. Comme l’ont montré de nombreux économistes politiques, le projet néolibéral et l’existence même de la mondialisation ont toujours reposé sur le patronage de l’État, par exemple en établissant les cadres réglementaires nécessaires et en réprimant les protestations. Mais au niveau rhétorique, ce récit de « l’État faible » avait d’importantes implications idéologiques : il servait à restreindre l’éventail des politiques acceptables à celles qui étaient dans l’intérêt du capital international. Cette fiction a été favorisée par les conditions particulières de la « Grande modération », la période entre le milieu des années 1980 et les années 2000 marquée par une volatilité macroéconomique limitée, une faible inflation et des taux d’intérêt bas.                           Dans l’illusion de stabilité des « longues années 90 », la politique économique semblait être en pilotage automatique et se résumait à des interventions limitées : de petits coups de pouce au marché, qui pouvaient être présentés comme des exercices limités de « correction de trajectoire », des décisions techniques plutôt que politiques. Cependant, la crise du capitalisme est désormais si profonde qu’il n’est plus possible de maintenir ce faux-semblant. Les décisions économiques apparaissent immédiatement comme des décisions politiques, donc des décisions où des intérêts différents sont en jeu, et où trop souvent les intérêts des entreprises continuent à passer avant ceux des travailleurs. On l’a vu avec la Bidenomics, où le paquet infrastructure qui était dans l’intérêt des entreprises a été adopté, tandis que les mesures sociales faisant partie du paquet dit « Build Back Better » ont été stoppées au Congrès, en raison de l’opposition des centristes démocrates qui ont exprimé de grandes inquiétudes quant aux aides publiques aux pauvres, tout en applaudissant les aides publiques aux entrepreneurs.                                                                                                                           Le défi stratégique consiste maintenant à faire correspondre cette réalité économique, où l’interventionnisme lourd de l’Etat est devenu la nouvelle normalité, avec une vision où cette intervention n’est pas seulement considérée comme une mesure fragmentaire et de dernier recours pour relancer le marché. Les socialistes doivent se réapproprier une vision constructive de l’État, ce que l’économiste Mariana Mazzucato a appelé un « État orienté vers la mission », qui faisait partie de la tradition social-démocrate. Du New Deal de Franklin D. Roosevelt aux sociaux-démocrates européens, la gauche du XXe siècle a eu recours à la création d’agences d’État et de grands plans d’emploi public pour favoriser le développement économique, garantir l’égalité sociale et rééquilibrer les rapports de force entre le travail et le capital.             Il n’y a que trop de domaines qui nécessitent une intervention immédiate de l’État : de la crise du coût de la vie, qui nécessite le retour du contrôle des prix et l’indexation des salaires sur l’inflation, au changement climatique, qui exige une accélération des investissements et des actions visant à réduire les émissions et à s’adapter au climat. Mais au-delà des mesures spécifiques, ce qu’il faut, c’est aussi une nouvelle vision de la façon dont l’interventionnisme de l’État peut être utilisé non seulement comme un palliatif aux urgences immédiates, mais aussi comme une partie d’un plan à long terme pour atteindre cette sécurité économique et environnementale que le marché n’est pas capable de fournir ; et pour redistribuer le pouvoir loin des oligarchies économiques qui ont condamné notre société au chaos permanent, vers les travailleurs et les citoyens ordinaires."    [Paolo Gerbaudo est sociologue au King’s College de Londres et l’auteur de The Great Recoil : Politics after Populism and Pandemic (Verso 2021), non traduit en francais.]                                       ___________________

vendredi 16 septembre 2022

Ecole à l'américaine

 Quelques aspects du système scolaire actuel.

                                  Ce que l'on peut déjà souligner, c'est que le pays peine à recruter pour l'encadrement des élèves, en cette rentrée encore plus que les autres, comme le signale le WP. C'est bien plus grave que chez nous, car là-bas, cette année surtout, on fait feu de tout bois, pas vraiment regardant sur la compétence réelle des futurs maîtres.                                                                       Ce système scolaire complexe est devenu extrêmement pédocentrique. l'enfant et ses exigences étant au coeur de tout, les familles ayant de plus en plus tendance à ne jamais s'opposer aux désirs de l'enfant. Les conséquences au niveau des savoirs prétendument acquis sont parfois ahurissantes? Et l'institution comportent de nombreux points noirs. En plaçant le bien-être de l'enfant au centre, le travail et la rigueur sont souvent sacrifiés aux dépends des connaissances parfois élémentaires. Ce qui explique tant de lacunes de base. Quand la pression locale ne fait pas obstacle dans certaines disciplines, comme les sciences naturelles, où l'enseignement de l'évolution peut être banni, car "incorrect"....            A tel point que Diane Ravitch, ancienne haut responsable en matière éducative, éprouve le besoin de proposer un changement profond du système qui a failli à ses yeux. Et la privatisation est toujours en cours.                              Certains sont plus sévères à l'égard de certaines dérives manifestes: _"L'éducation de masse, qui se promettait de démocratiser la culture, jadis réservée aux classes privilégiées, a fini par abrutir les privilégiés eux-mêmes. La société moderne, qui a réussi à créer un niveau sans précédent d'éducation normale, a également produit de nouvelles formes d'ignorance. Il devient de plus en plus difficile aux gens de manier leur langue avec aisance et précision, de se rappeler les faits fondamentaux de l'histoire de leur pays, de faire des déductions logiques, de comprendre des textes écrits autres que rudimentaires...(Christopher Lasch)________Malgré sa diversité et certaines réussites, le système d'enseignement aux USA n'est pas en excellente santé (c'est un euphémisme) et connaît, comme le reste, des dérives liées au libéralisme ambiant et des restrictions sévères, conséquences du désengagement progressif des institutions fédérales ou étatiques.

       Récemment, les enseignants étaient  dans l'action à Chicago, protestant contre la  privatisation programmée du service public  et plus précisément contre la dégradation des conditions d'enseignement.
 Chicago, ville symbole, qui ne sort pas du marasme comme Détroitmais qui renoue avec l'ultraviolencedans un contexte très dégradéoù le maire semble impuissant devant la criminalité montante, où s'appliquent de sévères plans d'austérité, comme en Californie.
"Des milliers d'écoles publiques non "performantes" ont été fermées (ou vont l'être à brève échéance) et leur personnel licencié ou en passe de l'être.
Et, évidemment, ces écoles "non performantes" sont situées dans les ghettos et autres quartiers pauvres. Les "charter schools" (appelées "écoles du choix", c'est dire le cynisme) absorbent les meilleurs élèves et les autres n'ont qu'une alternative: soit abandonner l'école, soit s'entasser dans les classes des écoles publiques restantes, qui, en conséquence, deviennent encore plus sinistrées, cela d'autant plus que le financement de ces écoles repose sur les résultats aux tests des élèves.
Et la "réforme" de l'éducation d'Obama ne fait qu'accélérer le processus déjà entamé par Bush: livrer les services marchands du secteur de l'Education aux prédateurs du secteur privé.
L'égalité des chances, l'éducation pour tous ne sont plus une priorité -même factice - pour les pouvoirs publics. C'est l'éducation de classe, la sélection par l'argent et la ségrégation sociale qui triomphent après une période un peu plus faste."

_____________Selon Mme Ravitch, qui fut vice-ministre de l'enseignement sous le gouvernement Bush et qui en critique aujourd'hui les orientations et les résultats, l’évaluation et le libre-choix, devenus la norme à l'école, sapent l’éducation. 
Elle pointe les dysfonctionnements de fond, contre ceux qui n'accordent aucune part aux déterminismes sociaux dans l'échec scolaire: ("...If every child arrived in school well-nourished, healthy and ready to learn, from a family with a stable home and a steady income, many of our educational problems would be solved. And that would be a miracle.") 
Le « Race to the Top » de type managarial a produit bien des effets pervers... Le mot d'ordre No Child Left Behind n'a pas donné les résultats escomptés
Le système demande une sérieuse révision__"Selon l'enquête d'éducation Pisa 2006 de l'OCDE, les Etats-Unis ne sont qu'au 21e rang en matière de culture scientifique chez les jeunes de 15 ans et au 25e rang pour les mathématiques."Il faut s'assurer que le futur des enfants ne soit pas dicté par une boule de loterie", conclut Michelle Rhee, superintendante des écoles publiques de Washington."
La privatisation va bon train, dans le sens d'une plus grande rentabilité de l'institution, souvent orientée par les exigences de fonds privés.
L'université américaine, qui reste encore de qualité pour les plus réputées, attirant les meilleures cerveaux de la planète, est de plus en plus vampirisée par les marchants, qui orientent les recherches.
Les meilleures ne sont pas à la portée de tous 
(40 000$ (29 000 euros) par an pour aller suivre un master à Harvard ou au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Public, Berkeley est nettement moins cher avec 26 000 dollars en master (18 500 euros). Mais cela peut aller encore bien plus loin et il faudra compter 108 000 $ (79 000 euros) pour suivre un MBA (master of business administration) à Harvard.) 
Les étudiants vivent de plus en plus  à crédit, créant une nouvelle sélection et un risque futur de bulle majeure. Les deux tiers des étudiants diplômés sont endettés.
Même Harvard ne fait plus rêver.
   ____Les Etats-Unis, qui ont su développer un complexe militaro-industriel, s'acheminent-ils irréversiblement vers un complexe edu-industriel ?           
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jeudi 15 septembre 2022

Ça s'est passé un 15 Septembre

 Entre autres, une faillite retentissante

          Pour l'exemple

                                    Plus dure fut la chute


                 Le début d'une crise qui mit à mal les finances publiques et engendra l'"austérité", et qui peut se reproduire sous d'autres formes.   

                          Ils n'ont rien vu venir...  __________________________

Varia

__ Enseignants: problèmes  durables?

                  Des chiffres qui ne rassurent pas. Le problème n'est pas d'aujourd'hui.

                               Une rentrée bien compliquée.  

__ Confort thermique

                                 Une notion historiquement relative.   

__ A new spin doctor?

                           Un homme d'influence, déjà connu, du privé au public.

__ Banques alimentaires:   trop de succès Outre-Manche.

__ Surveillance au travail

__ Un Conseil de l'Ordre contesté

__ Enseignement formés à la va-vite: dévalorisation et découragement

__  Confusions et amalgames dangereux.   Un néo-maccarthisme?

                     Critiquer la politique d'Israël: un crime?

__ Incertitudes: elles ne sont pas toujours paralysantes