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vendredi 16 mai 2014

Point d'histoire: Charlemagne

Sacré Charlemagne!
                                     Comme Clovis, comme Jeanne d'Arc, l'empereur à la barbe fleurie a été malmené par une tradition historique ambigüe.
          Il a été bon à tout faire, à tout justifier.
Tiré à hue et à dia, il a été utilisé pour défendre des causes aussi diverses qu'opposées parfois.
     Dans la fabrique d'une histoire mythique et/ou instrumentalisée, il a incarné des figures diverses, selon les besoins de la cause, les croyances d'époque.
      L'Eglise le sanctifia dès 1165, malgré ses moeurs peu orthodoxes, ou ce que l'on en sait. 
  Il est plutôt hasardeux de reconstituer les traits de personnalité du résident d' Aix-la -Chapelle, là où on retrouve encore des traces de son ancienne grandeur célébrée.
   Sous la plume de V.Hugo puis de Michelet, et tout au long du 19° siècle, on sculpta une figure héroïque, héros national, unificateur éphémère, sans masquer certains des excès, comme le massacre des Saxons.
                    A l'origine du projet européen, la figure de Charlemagne, entre histoire et légende,  a été invoquée et le reste parfois encore, même s'il s'épuise,  comme s'il était, de manière parfaitement anachronique, le père de de l'Europe.
         Le discours hitlérien l'a récupéré dans le cadre de sa volonté de domination d'une Europe promise à la soumission politique et économique au joug fasciste. Dans sa mythologie fourre-tout, « Hitler considérait Charlemagne comme l'un des plus grands hommes de l'histoire d'Allemagne, car il voyait d'abord en lui l'unificateur des Allemands et le créateur de l'Empire ; il l'approuvait d'avoir, en vue de ce « but national suprême », aussi bien introduit la religion chrétienne dans les pays germaniques que d'avoir agi avec une rigueur impitoyable contre tous ceux qui ne voulaient pas coopérer à l'unification sous l'égide du christianisme. C'était pour cela qu'il ne tolérait pas que l'on pût critiquer les massacres du grand empereur Charles… » (Dr Otto Dietrich, Hitler démasqué)
    Dans cette entreprise, la division Charlemagne, de sinistre mémoire, a combattu jusqu'au denier jour au service du Führer jusqu'à la chute de Berlin...
   La propagande franco-nazie parisienne  a utilisé cyniquemment  le nom de l'empereur, comme on le voit dans certaines expositions officielles ou affiches de circonstance.(document  ci-joint).
____________Sur les ruines d'une Europe en lambeaux, le projet européen renaissant aspire à une nouvelle unification, pacifique celle-là, en invoquant aussi l'esprit de Charlemagne au  secours de l'Europe  (*).
   L'esprit démocrate-chrétien de la plupart des pères fondateurs utilisa ce mythe utile, comme un moteur de refondation, sans grand souci d' objectivité historique, sans se demander si l'unification voulue aurait la même brièveté historique que l'oeuvre unique mais fragile de Karolus Magnus.
                                   [ Dans ses mémoires, le fondateur du mouvement Paneuropa, Richard de Coudenhove-Kalergi évoque la proposition qu’il aurait faite en 1951 à De Gaulle de lancer à partir de la ville d’Aix-la-Chapelle un appel à la restauration de l’empire carolingien dans l’esprit du XXe siècle. L’idée aurait plu à De Gaulle mais aurait échoué « à cause de ses conseiller nationalistes » (Koudenhove, 1958,340).
En octobre 1952, Mrg Frings, archevêque de Cologne exhortait les jeunes assistant au congrès des Jeunesses catholiques de son diocèse de contribuer à restaurer l’Empire de Charlemagne.] 
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  (*)   "... . Ces précédents en matière d’instrumentalisation du passé expliquent pourquoi la référence à l’empire de Charlemagne était bien adaptée pour fournir l’ancrage historique qui manquait au processus d’intégration européenne à ses débuts.   Le lien établi au cours des dernières décennies entre la symbolique carolingienne et le projet d’unification européenne ne doit toutefois pas cacher que l’Europe n’a jamais été un concept politique ou spirituelle dans la pensée de Charlemagne ou de sa cour (Fried, 2003, 41). Dans le rapport que les sociétés entretiennent avec leur passé, l’amnésie et les lacunes sont, il est vrai, tout aussi importantes que le souvenir et la commémoration . Les références faites à la mémoire collective sont par nature parcellaires et sélectives et passent consciemment sous silence les contradictions possibles entre réalité historique et objectif de l’instrumentalisation, afin de mettre uniquement en avant ce qui sert à mettre en valeur l’unité et l’existence de points communs. Ainsi, dans les discours visant à faire de l’empereur franc un modèle de référence, la polygamie de Charlemagne tout comme le fait qu’il ne savait pas écrire, sont le plus souvent ignorés. [ Dans le discours qu’il prononça à Aix-la-Chapelle le...] 
 En bref, la présentation de Charlemagne en tant que figure tutélaire de l’Europe unifiée est donc des plus subjectives et relève en grande partie du mythe. [ Ce qui n’enlève en rien de son importance, bien au..].      L’importance de Charlemagne comme figure tutélaire de la construction européenne est donc liée tout à la fois à l’émergence de ce qui a longtemps été la forme centrale d’organisation politique en Europe et de son dépassement. On sait en effet aujourd’hui, que le véritable lieu de naissance du complexe féodal - expérience fondamentale pour l’apparition des États-nations - a été l’Europe continentale de l’Ouest, l’ancien territoire des Carolingiens. De là, il s’étendit lentement et inégalement à l’Angleterre, l’Espagne et la Scandinavie, puis, moins parfaitement il gagna l’Europe orientale. [ C’est tout du moins l’analyse que Perry Anderson fait...] 
                 Concrètement, l’instrumentalisation de la figure historique de Charlemagne prend la forme d’un discours sur l’Europe dans lequel la nécessité de l’intégration est étroitement liée au rappel de ses mérites. L’effet ainsi produit a été évoqué de manière paradigmatique par deux membres du directoire du Prix Charlemagne pour qui « l’unification de l’Europe ne se fera certes pas par des discours. Peut-elle cependant être atteinte sans que l’on en parle ? Agir en faveur de l’Europe et l’évoquer sont deux formes de comportement qui s’influence réciproquement » [ Kurt Malangré, maire d’Aix-la-Chapelle, et Hugo Cadenbach,...] .     De telles pratiques discursives associant symboles, références et idées directrices visent, on le voit, à faire émerger ce que l’on peut qualifier comme une communauté d’expression dans laquelle l’identité collective s’exprime, permettant le développement du sentiment pour l’individu de tirer une partie de son identité de son appartenance à un groupe plus grand (Peters, 1993). 
                 L’objectif premier de l’instrumentalisation de la symbolique carolingienne est de susciter une adhésion de type émotionnelle au projet européen.     Pour ce faire, des symboles et des représentations historiques sont mis en relation avec des thèmes politiques contemporains. Grâce à ces connexions explicites ou implicites, les discours en question produisent de la légitimation et peuvent conférer celle-ci au processus d’intégration ainsi qu’aux initiatives proposées par les responsables politiques qui ont recours à ces symboles. L’utilisation de la symbolique carolingienne à des fins politiques est productrice de sens, en particulier grâce à l’accentuation d’événements ou de personnalités historiques qui passent pour incarner certaines valeurs et caractéristiques et qui, pour cette raison, sont proposés comme modèle et point de référence. La condition pour qu’un symbole agisse est qu’il possède une capacité virtuelle d’évocation. La charge affective des symboles a le pouvoir, dans certaines occasions, de déclencher de riches associations, notamment de réactiver une mémoire faite de savoirs engrangés d’émotions éprouvées ou inculquées (Braud, 1996,89)....
      La référence à Charlemagne en relation avec construction européenne est essentiellement le fait d’hommes politiques et non d’intellectuels ou de penseurs. Par ailleurs, il s’avère que les institutions communautaires y ont peu recours.Un des bâtiments de la Commission européenne porte...] Son utilisation répétée et continue démontre en tout cas que son potentiel politique a été reconnu dès le début du processus d’intégration [ Le fait que la figure de Charlemagne ait été préalablement... ] .          Dans les années 1950 et 1960, elle remporta un grand succès, entre autres par ce que, associée au projet d’unité européenne, la référence à Charlemagne permettait aux Allemands de raviver positivement l’idée d’empire qui avait été sérieusement disqualifié par l’expérience du IIIème Reich et par l’épisode Wilhelminien. Par ailleurs, sa dimension religieuse en faisait une option très attractive pour les tenants de l’idée de chrétienté. Le fait que des catholiques convaincus comme Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi et Robert Schuman aient adhéré à l’idée d’Europe carolingienne comme incarnation de l’Europe chrétienne est certainement à mettre en relation avec le paganisme affiché par le bloc communiste (Münkler, 1996,147). Enfin, il se trouve que, du fait de la guerre froide et de la séparation du continent par le rideau de fer, à travers l’action des six pays participant à l’aventure de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, les limites de l’intégration en Europe occidentale correspondaient aux frontières de l’empire de Charlemagne.
                 À travers le Prix Charlemagne qui donne l’occasion d’invoquer à intervalles réguliers le souvenir de l’empereur franc, l’instrumentalisation de la symbolique carolingienne a été en quelque sorte institutionnalisée et pérennisée. Cependant, malgré les tentatives répétées de relier la situation actuelle au passé carolingien de l’Europe, au fil des ans, la rhétorique développée autour du symbole de Charlemagne est devenue de plus en plus générale et abstraite ; ce qui restreint sa capacité à susciter une légitimité émotionnelle et limite par la même occasion son effet mobilisateur. La référence à Charlemagne s’éloigne de la réalité historique pour se concentrer sur l’aspect mythique, à savoir son aura d’unificateur, dont la réputation dépassait les frontières de son empire. Il n’en reste pas moins qu’avec l’élargissement à l’Est de l’Union européenne, la figure de Charlemagne n’est plus suffisamment rassembleuse et ne dispose pas d’une dimension pan-européenne suffisante pour être autre chose qu’une vague figure tutélaire.    Même si en Europe centrale et orientale l’instrumentalisation du passé à des fins politiques est encore une pratique courante, la figure de Charlemagne ne trouve que peu d’échos dans la mémoire collective de ces peuples. Là où elle avait un ancrage historique, ce genre de références à un passé lointain a en revanche perdu beaucoup de sa portée. Dans nos sociétés postmodernes, fortement individualistes, rationnelles et utilitaristes, la référence historique ne peut qu’être démocratique et consensuelle et de ce fait limitée au niveau du plus petit dénominateur commun...."
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-Le  forum Carolus
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-Relayé pas Agoravox
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vendredi 20 juillet 2018

Histoire et histoires

(Re)faire l'histoire de l'histoire
                                           Le récit (toujours provisoire ) du passé demande le plus souvent une approche critique.
    Cela fait partie du travail de l'historien, mais pas seulement, qui sait qu' une relecture des représentations du passé fait partie intégrante de l'étude des faits, qui sont toujours établis à une époque donnée, qu'ils en portent la marque, les limites et l'idéologie.
     Une relecture des représentations populaires, plus ou moins forgées par l'école, mais aussi de leurs prédécesseurs manquant de données, de recul ou de moyens techniques (par exemple, en archéologie, en génétique, en linguistique, etc...)
     Il est donc dans la nature même de l'historien de produire des vérités toujours partielles, provisoires, parfois biaisées et de se donner les moyens de se corriger en permanence et de remettre en question des croyances et des mythes qui sont loin d'être toujours innocents.
   Hier comme aujourd'hui.
       L'histoire s'est longtemps construite sur l'idée d'un roman national, flatteur et parfois mobilisateur, mais douteux du point de vue théorique..
    Instrumentaliser les faits ou les sortir de leurs contextes pour mieux agir sur les esprits est une dérive permanente.
   Certains récits non critiqués ont toujours la vie dure, tant ils s'enracinent dans l'imagination populaire.
      Des Gaulois à De Gaulle, il y a fort à faire parfois pour établir le vrai.
                             Charlemagne a-t-il inventé l'école ? Y-a-t-il un secret des Templiers ? Jeanne d'Arc a-t-elle sauvé la France ? Marignan fut-elle une victoire si importante ? Marie-Antoinette fut-elle une ravissante idiote ? Y-a-t-il eu un génocide vendéen ? Jean Moulin a-t-il été trahi ? La France est-elle malade de la guerre d'Algérie ? Des Gaulois, nos prétendus ancêtres, à la vie politique la plus récente, notre histoire est truffée de lieux communs, de légendes, d'idées reçues, d'erreurs gravées dans le marbre par l'écriture d'un roman national au 19ème qui a coïncidé avec l'apparition des manuels scolaires de la IIIe République. Laurent Avezou revisite 2000 ans d'histoire et cent mythes qui ont fait la France, en en décortiquant les raisons et les origines. A l'aune des derniers travaux d'historiens, il apporte des réponses claires, simples et précises. Il fait ainsi toute la lumière sur un récit souvent sujet à caution et à polémiques. L'histoire de France est une oeuvre en perpétuelle évolution...
          Une histoire "plurielle" dans une France qui a changé reste à réinventer, en gardant un regard critique sur ses propres productions et celles de son époque.
    Déconstruire les mythologies nationales est une nécessité permanente, malgré les résistances.
       Nous ne sommes pas encore tout à fait sortis de l'histoire à la Jules Michelet.
         Des barbares aux Gaulois, en passant par Charlemagne, Charles Martel et les autres...il est essentiel de dépoussiérer, de rectifier, de relativiser. A la lumière de nouveaux faits, de nouvelles méthodes, de nouvelles recherches.
               La Vérité historique est toujours un horizon...les vérités peuvent toujours s'affiner.
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mardi 22 juin 2021

L'historien et le politique

L'art de tordre les faits

                       L'art de l'historien est de prendre la maximum de recul par rapport au présent pour interpréter, de manière toujours renouvelée, les données du passé proche ou lointain. Ce qui n'est jamais une tâche achevée, car le présent, par ses limites et ses points de vue, conditionne toujours en partie la lecture du passé. L'objectivité est un idéal vers lequel il tend en sachant que sa tâche ne sera jamais achevée , à la lumière de nouveaux documents, grâce à des méthodes renouvelées. C'est ainsi qu'on n'aura jamais fini d'écrire l'histoire de la Révolution Française.                                           ___Le danger est que le politique s'empare du passé, du moins ce qu'il veut en retenir, pour valoriser la lecture qu'il veut en donner, pour favoriser ses vues et ses projets.   Les hommes au pouvoir et qui tiennent à le conserver, comme les autocrates, souvent par tous les moyens,  n'aiment pas les historiens. L'histoire donne trop d'exemples en leur défaveur et témoigne toujours d'une chose: tout régime arbitraire connaît un jour une fin. La considération du passé souvent les gêne comme un obstacle à leur domination. Ils essaient souvent de l'instrumentaliser en leur faveur, soit en inventant des généalogies, comme autrefois, soit en idéalisant ce qu'ils considèrent comme allant dans leur sens, soit en taisant des aspects qui les désavantageraient. L'histoire peut parfois être revisitée ou peut être malmenée, jusqu'à des pressions sur les historiens eux-mêmes.

     Ainsi, "La Fédération internationale pour les droits humains publie un document, « Crimes contre l’histoire », qui recense les atteintes systématiques menées ces dernières années par Moscou contre les historiens pour imposer un récit officiel et autolégitimer le pouvoir."                __Les historiens sont parfois vus comme des gêneurs, des empêcheurs de gouverner en tond. On comprend pourquoi. Ils ravivent une mémoire qui peut en perturber plus d'un, en faisant l'histoire de l'esclavagisme, par exemple. L'équilibre entre le relativisme et l'engagement dans le présent est toujours un problème. Les dérives sont encore nombreuses.

        D'où l'importance de faire l'histoire de l'histoire et de son implication dans l'histoire réelle. Le récit (toujours provisoire ) du passé demande le plus souvent une approche critique.   Cela fait partie du travail de l'historien, mais pas seulement, qui sait qu' une relecture des représentations du passé fait partie intégrante de l'étude des faits, qui sont toujours établis à une époque donnée, qu'ils en portent la marque, les limites et l'idéologie.

 Une relecture des représentations populaires, plus ou moins forgées par l'école, mais aussi de leurs prédécesseurs manquant de données, de recul ou de moyens techniques (par exemple, en archéologie, en génétique, en linguistique, etc...)     Il est donc dans la nature même de l'historien de produire des vérités toujours partielles, provisoires, parfois biaisées et de se donner les moyens de se corriger en permanence et de remettre en question des croyances et des mythes qui sont loin d'être toujours innocents.
   Hier comme aujourd'hui.
       L'histoire s'est longtemps construite sur l'idée d'un roman national, flatteur et parfois mobilisateur, mais douteux du point de vue théorique..
    Instrumentaliser les faits ou les sortir de leurs contextes pour mieux agir sur les esprits est une dérive permanente. 
   Des récits non critiqués ont toujours la vie dure dans l'imagination.

      Des Gaulois à De Gaulle, il y a fort à faire parfois pour établir le vrai.
                             Charlemagne a-t-il inventé l'école ? Y-a-t-il un secret des Templiers ? Jeanne d'Arc a-t-elle sauvé la France ? Marignan fut-elle une victoire si importante ? Marie-Antoinette fut-elle une ravissante idiote ? Y-a-t-il eu un génocide vendéen ? Jean Moulin a-t-il été trahi ? La France est-elle malade de la guerre d'Algérie ? Des Gaulois, nos prétendus ancêtres, à la vie politique la plus récente, notre histoire est truffée de lieux communs, de légendes, d'idées reçues, d'erreurs gravées dans le marbre par l'écriture d'un roman national au 19ème qui a coïncidé avec l'apparition des manuels scolaires de la IIIe République. Laurent Avezou revisite 2000 ans d'histoire et cent mythes qui ont fait la France, en en décortiquant les raisons et les origines. A l'aune des derniers travaux d'historiens, il apporte des réponses claires, simples et précises. Il fait ainsi toute la lumière sur un récit souvent sujet à caution et à polémiques. L'histoire de France est une oeuvre en perpétuelle évolution...
          Une histoire "plurielle" dans une France qui a changé reste à réinventer, en gardant un regard critique sur ses propres productions et celles de son époque.
    Déconstruire les mythologies nationales est une nécessité permanente, malgré les résistances.
       Nous ne sommes pas encore tout à fait sortis de l'histoire à la Jules Michelet.
         Des barbares aux Gaulois, en passant par Charlemagne, Charles Martel et les autres...il est essentiel de dépoussiérer, de rectifier, de relativiser. A la lumière de nouveaux faits, de nouvelles méthodes, de nouvelles recherches.
               La Vérité historique est toujours un horizon...les vérités peuvent toujours s'affiner.

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samedi 25 septembre 2021

Points d'histoire

 On n'a pas fini d'en débattre...

                         Il y a les faits et l'interprétation des faits. 

   _____Par exemple, au sujet de l'histoire encore chaude de la naissance  d'Israël. De nouveaux historiens commencent à être écoutés dans leur réinterprétation de l'histoire dite "officielle", notamment sur la question de la Terre dite "promise".

    _____ Par exemple, sur la défaite de 1940.  Une défaite qui ne doit rien au hasard. Rien n'était inéluctable. L'illusion du déterminisme est tenace. Il est toujours temps de revoir nos propres mythes et même certains fantasmes.

                    Il y a en général l'art de tordre les faits:

                       L'art de l'historien est de prendre la maximum de recul par rapport au présent pour interpréter, de manière toujours renouvelée, les données du passé proche ou lointain. Ce qui n'est jamais une tâche achevée, car le présent, par ses limites et ses points de vue, conditionne toujours en partie la lecture du passé. L'objectivité est un idéal vers lequel il tend en sachant que sa tâche ne sera jamais achevée , à la lumière de nouveaux documents, grâce à des méthodes renouvelées. C'est ainsi qu'on n'aura jamais fini d'écrire l'histoire de la Révolution Française.                                           ___Le danger est que le politique s'empare du passé, du moins ce qu'il veut en retenir, pour valoriser la lecture qu'il veut en donner, pour favoriser ses vues et ses projets.   Les hommes au pouvoir et qui tiennent à le conserver, comme les autocrates, souvent par tous les moyens,  n'aiment pas les historiens. L'histoire donne trop d'exemples en leur défaveur et témoigne toujours d'une chose: tout régime arbitraire connaît un jour une fin. La considération du passé souvent les gêne comme un obstacle à leur domination. Ils essaient souvent de l'instrumentaliser en leur faveur, soit en inventant des généalogies, comme autrefois, soit en idéalisant ce qu'ils considèrent comme allant dans leur sens, soit en taisant des aspects qui les désavantageraient. L'histoire peut parfois être revisitée ou peut être malmenée, jusqu'à des pressions sur les historiens eux-mêmes.

     Ainsi, "La Fédération internationale pour les droits humains publie un document, « Crimes contre l’histoire », qui recense les atteintes systématiques menées ces dernières années par Moscou contre les historiens pour imposer un récit officiel et autolégitimer le pouvoir."                __Les historiens sont parfois vus comme des gêneurs, des empêcheurs de gouverner en tond. On comprend pourquoi. Ils ravivent une mémoire qui peut en perturber plus d'un, en faisant l'histoire de l'esclavagisme, par exemple. L'équilibre entre le relativisme et l'engagement dans le présent est toujours un problème. Les dérives sont encore nombreuses.

        D'où l'importance de faire l'histoire de l'histoire et de son implication dans l'histoire réelle. Le récit (toujours provisoire ) du passé demande le plus souvent une approche critique.   Cela fait partie du travail de l'historien, mais pas seulement, qui sait qu' une relecture des représentations du passé fait partie intégrante de l'étude des faits, qui sont toujours établis à une époque donnée, qu'ils en portent la marque, les limites et l'idéologie.

 Une relecture des représentations populaires, plus ou moins forgées par l'école, mais aussi de leurs prédécesseurs manquant de données, de recul ou de moyens techniques (par exemple, en archéologie, en génétique, en linguistique, etc...)     Il est donc dans la nature même de l'historien de produire des vérités toujours partielles, provisoires, parfois biaisées et de se donner les moyens de se corriger en permanence et de remettre en question des croyances et des mythes qui sont loin d'être toujours innocents.
   Hier comme aujourd'hui.
       L'histoire s'est longtemps construite sur l'idée d'un roman national, flatteur et parfois mobilisateur, mais douteux du point de vue théorique..
    Instrumentaliser les faits ou les sortir de leurs contextes pour mieux agir sur les esprits est une dérive permanente. 
   Des récits non critiqués ont toujours la vie dure dans l'imagination.

      Des Gaulois à De Gaulle, il y a fort à faire parfois pour établir le vrai.
                             Charlemagne a-t-il inventé l'école ? Y-a-t-il un secret des Templiers ? Jeanne d'Arc a-t-elle sauvé la France ? Marignan fut-elle une victoire si importante ? Marie-Antoinette fut-elle une ravissante idiote ? Y-a-t-il eu un génocide vendéen ? Jean Moulin a-t-il été trahi ? La France est-elle malade de la guerre d'Algérie ? Des Gaulois, nos prétendus ancêtres, à la vie politique la plus récente, notre histoire est truffée de lieux communs, de légendes, d'idées reçues, d'erreurs gravées dans le marbre par l'écriture d'un roman national au 19ème qui a coïncidé avec l'apparition des manuels scolaires de la IIIe République. Laurent Avezou revisite 2000 ans d'histoire et cent mythes qui ont fait la France, en en décortiquant les raisons et les origines. A l'aune des derniers travaux d'historiens, il apporte des réponses claires, simples et précises. Il fait ainsi toute la lumière sur un récit souvent sujet à caution et à polémiques. L'histoire de France est une oeuvre en perpétuelle évolution...
          Une histoire "plurielle" dans une France qui a changé reste à réinventer, en gardant un regard critique sur ses propres productions et celles de son époque.
    Déconstruire les mythologies nationales est une nécessité permanente, malgré les résistances.
       Nous ne sommes pas encore tout à fait sortis de l'histoire à la Jules Michelet.
         Des barbares aux Gaulois, en passant par Charlemagne, Charles Martel et les autres...il est essentiel de dépoussiérer, de rectifier, de relativiser. A la lumière de nouveaux faits, de nouvelles méthodes, de nouvelles recherches.
               La Vérité historique est toujours un horizon...les vérités peuvent toujours s'affiner.    _________

lundi 13 décembre 2021

Trafiquants de l'histoire

 Tordre les faits  ou les respecter?

                        Pour manipuler les foules ou les éduquer?.   L'histoire peut être une connaissance rigoureuse, quand elle est confiée à des spécialistes formés et critiques, en dehors de tous préjugés, de manière neutre et documentée. Mais elle peut s'avérer dangereuse si elle est manipulée, instrumentalisée par des esprits, souvent incultes, qui veulent l'utiliser à leur convenance, sans souci d'objectivité, à seule fin de conditionner les esprits, souvent ignorants, pour les mener à une interprétation faussée et parfois dangereuse du passé. C'est ainsi que Hitler sut flatter le passé glorieux et mythique de son pays pour conditionner les esprits à épouser sa doctrine.   C'est ainsi qu'un certain Z. refait l'histoire à sa façon, selon ses visées idéologiques, après l'histoire bling bling de Nicolas  Le danger est toujours possible de faire dire au passé ce qu'il ne signifiait pas.                                                        C'est en ce sens que l'écrivain Paul Valéry disait: L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. Ses propriétés sont bien connues. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. ...Oui, si le récit du passé, faussé et manipulé, devient un outil de propagande. Comme avant et après la guerre de 14, d'un côté comme de l'autre du Rhin.

                L'histoire n'est pas une science au même titre que les sciences "dures" celles de la nature. Malgré la rigueur qu'elle exige, elle laisse une large place à des interprétations rationnelles et contrôlées.    On n'a pas fini d'en débattre..   Il y a les faits et l'interprétation des faits.  _____Par exemple, au sujet de l'histoire encore chaude de la naissance  d'Israël. De nouveaux historiens commencent à être écoutés dans leur réinterprétation de l'histoire dite "officielle", notamment sur la question de la Terre dite "promise". _____ Par exemple, sur la défaite de 1940.  Une défaite qui ne doit rien au hasard. Rien n'était inéluctable. L'illusion du déterminisme est tenace. Il est toujours temps de revoir nos propres mythes et même certains fantasmes Il y peut y avoir tout un art de tordre les faits.  L'art de l'historien est de prendre la maximum de recul par rapport au présent pour interpréter, de manière toujours renouvelée, les données du passé proche ou lointain. Ce qui n'est jamais une tâche achevée, car le présent, par ses limites et ses points de vue, conditionne toujours en partie la lecture du passé. L'objectivité est un idéal vers lequel il tend en sachant que sa tâche ne sera jamais achevée , à la lumière de nouveaux documents, grâce à des méthodes renouvelées. C'est ainsi qu'on n'aura jamais fini d'écrire l'histoire de la Révolution Française.                                           ___Le danger est que le politique s'empare du passé, du moins ce qu'il veut en retenir, pour valoriser la lecture qu'il veut en donner, pour favoriser ses vues et ses projets.   Les hommes au pouvoir et qui tiennent à le conserver, comme les autocrates, souvent par tous les moyens,  n'aiment pas les historiens. L'histoire donne trop d'exemples en leur défaveur et témoigne toujours d'une chose: tout régime arbitraire connaît un jour une fin. La considération du passé souvent les gêne comme un obstacle à leur domination. Ils essaient souvent de l'instrumentaliser en leur faveur, soit en inventant des généalogies, comme autrefois, soit en idéalisant ce qu'ils considèrent comme allant dans leur sens, soit en taisant des aspects qui les désavantageraient. L'histoire peut parfois être revisitée ou peut être malmenée, jusqu'à des pressions sur les historiens eux-mêmes.

     Ainsi, "La Fédération internationale pour les droits humains publie un document, « Crimes contre l’histoire », qui recense les atteintes systématiques menées ces dernières années par Moscou contre les historiens pour imposer un récit officiel et autolégitimer le pouvoir."                __Les historiens sont parfois vus comme des gêneurs, des empêcheurs de gouverner en tond. On comprend pourquoi. Ils ravivent une mémoire qui peut en perturber plus d'un, en faisant l'histoire de l'esclavagisme, par exemple. L'équilibre entre le relativisme et l'engagement dans le présent est toujours un problème. Les dérives sont encore nombreuses  D'où l'importance de faire l'histoire de l'histoire et de son implication dans l'histoire réelle. Le récit (toujours provisoire ) du passé demande le plus souvent une approche critique.   Cela fait partie du travail de l'historien, mais pas seulement, qui sait qu' une relecture des représentations du passé fait partie intégrante de l'étude des faits, qui sont toujours établis à une époque donnée, qu'ils en portent la marque, les limites et l'idéologie.

    Hier comme aujourd'hui.
       L'histoire s'est longtemps construite sur l'idée d'un roman national, flatteur et parfois mobilisateur, mais douteux du point de vue théorique..
    Instrumentaliser les faits ou les sortir de leurs contextes pour mieux agir sur les esprits est une dérive permanente. 
   Des récits non critiqués ont toujours la vie dure dans l'imagination.

      _____Des Gaulois à De Gaulle, il y a fort à faire parfois pour établir le vrai.
                             Charlemagne a-t-il inventé l'école ? Y-a-t-il un secret des Templiers ? Jeanne d'Arc a-t-elle sauvé la France ? Marignan fut-elle une victoire si importante ? Marie-Antoinette fut-elle une ravissante idiote ? Y-a-t-il eu un génocide vendéen ? Jean Moulin a-t-il été trahi ? La France est-elle malade de la guerre d'Algérie ?..
Des Gaulois, nos prétendus ancêtres, à la vie politique la plus récente, notre histoire est truffée de lieux communs, de légendes, d'idées reçues, d'erreurs gravées dans le marbre par l'écriture d'un roman national au 19ème qui a coïncidé avec l'apparition des manuels scolaires de la IIIe République. Laurent Avezou revisite 2000 ans d'histoire et cent mythes qui ont fait la France, en en décortiquant les raisons et les origines. A l'aune des derniers travaux d'historiens, il apporte des réponses claires, simples et précises. Il fait ainsi toute la lumière sur un récit souvent sujet à caution et à polémiques. L'histoire de France est une oeuvre en perpétuelle évolution... Gaulois, nos prétendus ancêtres, à la vie politique la plus récente, notre histoire est truffée de lieux communs, de légendes, d'idées reçues, d'erreurs gravées dans le marbre par l'écriture d'un roman national au 19ème qui a coïncidé avec l'apparition des manuels scolaires de la IIIe République. Laurent Avezou revisite 2000 ans d'histoire et cent mythes qui ont fait la France, en en décortiquant les raisons et les origines. A l'aune des derniers travaux d'historiens, il apporte des réponses claires, simples et précises. Il fait ainsi toute la lumière sur un récit souvent sujet à caution et à polémiques. L'histoire de France est une oeuvre en perpétuelle évolution... Des Gaulois, nos prétendus ancêtres, à la vie politique la plus récente, notre histoire est truffée de lieux communs, de légendes, d'idées reçues, d'erreurs gravées dans le marbre par l'écriture d'un roman national au 19ème qui a coïncidé avec l'apparition des manuels scolaires de la IIIe République. Laurent Avezou revisite 2000 ans d'histoire et cent mythes qui ont fait la France, en en décortiquant les raisons et les origines. A l'aune des derniers travaux d'historiens, il apporte des réponses claires, simples et précises. Il fait ainsi toute la lumière sur un récit souvent sujet à caution et à polémiques. L'histoire de France est une oeuvre en perpétuelle évolution... Gaulois, nos prétendus ancêtres, à la vie politique la plus récente, notre histoire est truffée de lieux communs, de légendes, d'idées reçues, d'erreurs gravées dans le marbre par l'écriture d'un roman national au 19ème qui a coïncidé avec l'apparition des manuels scolaires de la IIIe République. Laurent Avezou revisite 2000 ans d'histoire et cent mythes qui ont fait la France, en en décortiquant les raisons et les origines. A l'aune des derniers travaux d'historiens, il apporte des réponses claires, simples et précises. Il fait ainsi toute la lumière sur un récit souvent sujet à caution et à polémiques. L'histoire de France est une oeuvre en perpétuelle évolution...  Une relecture des représentations populaires, plus ou moins forgées par l'école, mais aussi de leurs prédécesseurs manquant de données, de recul ou de moyens techniques (par exemple, en archéologie, en génétique, en linguistique, etc...)Il est donc dans la nature même de l'historien de produire des vérités toujours partielles, provisoires, parfois biaisées et de se donner les moyens de se corriger en permanence et de remettre en question des croyances et des mythes qui sont loin d'être toujours innocents.

          Une histoire "plurielle" dans une France qui a changé reste à réinventer, en gardant un regard critique sur ses propres productions et celles de son époque.
    Déconstruire les mythologies nationales est une nécessité permanente, malgré les résistances.
       Nous ne sommes pas encore tout à fait sortis de l'histoire à la Jules Michelet.
         Des barbares aux Gaulois, en passant par Charlemagne, Charles Martel et les autres...il est essentiel de dépoussiérer, de rectifier, de relativiser. A la lumière de nouveaux faits, de nouvelles méthodes, de nouvelles recherches.
               La Vérité historique est toujours un horizon...les vérités peuvent toujours s'affiner.    ________

jeudi 8 mars 2018

Les Vikings (suite)

Monde très méconnu
                             Nous restons fascinés  par les Vikings   et le récit de leurs exploits, écrit l’historien. Nous nous les représentons comme de féroces barbares coiffés de casques à cornes, brandissant des épées étincelantes et des haches tranchantes. » Alors même que les emblématiques casques ornés de cornes des Vikings n’ont jamais existé…
                 Pour l’auteur, la réputation des Vikings, au Moyen Âge comme actuellement, est en effet « liée aux conceptions religieuses et à la formation théologique des auteurs des textes qui sont parvenus jusqu’à nous ». Les Vikings avaient certes « une propension à attaquer les monastères et les églises qui constituaient des cibles faciles, sans défense, le plus souvent épargnées par les armées chrétiennes. Comme les moines et les clercs avaient le quasi-monopole de l’écrit pendant le haut Moyen Âge, les chroniques et les autres textes qui nous sont parvenus défendent leur point de vue ». Et les Vikings y ont gagné une réputation détestable : celle d’un « peuple infâme » et d’une « race corrompue ».d
     Même si, comme le souligne Alban Gautier, professeur d’histoire médiévale qui assure la préface du livre, « les Vikings n’étaient pas un peuple », puisque « l’univers des Vikings était marqué par une grande diversité tant culturelle que religieuse » et qu’il n’était pas nécessaire que du sang scandinave coule dans ses veines pour appartenir à ce groupe. À rebours de ce que pensent certains adeptes néopaïens et contemporains des Vikings. L’un des plus grands rois vikings, Cnut le Grand, qui bâtit un empire en mer du Nord entre 1015 et 1035, était ainsi aux trois quarts slave…
      Mais la violence, écrit l’auteur, « continue à passionner la société moderne et les Vikings sont devenus emblématiques de ses formes les plus atroces et les plus insensées ».L’incarnation la plus fantasmée de cette cruauté viking aurait consisté en l’habitude de la torture dite de l'« aigle de sang », dont l’auteur rappelle pourtant que l’imaginaire provient d’une mauvaise compréhension et traduction de la poésie scaldique.
    En dépit de tout cela, la réputation sanglante de ces « super héros du Nord » et de ces « histoires de tortures horribles imprégnées de paganisme », sensationnelles et palpitantes, a « annihilé notre sens critique habituel, y compris celui de nombreux historiens. Même des auteurs ayant accès à des sources de connaissance fiables continuent à raconter ces histoires considérées comme un fatras d’erreurs ».
    L’auteur considère que, replacée dans son contexte historique, « leur violence n’était pas pire que celle des autres », par exemple comparée à un Charlemagne (sacré empereur en 800) dont les armées ont tué et ravagé à plus grande échelle que les Vikings. Le mode d’action des Vikings, consistant à remonter les fleuves à l’aide de bateaux rapides, catalysait l’effet de sidération et de terreur provoqué par ces hommes en armes. En effet, si les peuples d’Europe n’ignoraient pas la violence aveugle dans une époque très tourmentée, lorsque l’ennemi progressait par voie de terre, la rumeur se répandait rapidement et permettait à beaucoup de s’échapper…
     Pour à la fois contrer cette image noire et aller au-delà des imaginaires stéréotypés entourant le temps des Vikings, Anders Winroth fait le point sur un savoir fragmenté, marqué par des vides et des incertitudes, qui a pu catalyser le recouvrement d’une réalité difficile à cerner par un imaginaire puissant et souvent erroné.

      Il utilise pour cela les résultats de fouilles archéologiques inédites, notamment dans les « tombes à navire », puisqu’on trouve dans les campagnes scandinaves des milliers de « navires de pierres » en forme de vaisseaux emmenant les morts dans l’Au-delà et que nombre de Scandinaves, non seulement des guerriers vikings mais aussi des paysans lambda, étaient inhumés « dans une sorte de bateau ou au moins accompagnés par un navire symbolique ».Mais Winroth s’intéresse tout particulièrement aux inscriptions runiques et aux strophes scaldiques, ces compositions élaborées dont les poètes islandais firent la renommée....
..O« recycle toujours les mêmes mythes, mais certaines de ces histoires les plus passionnantes sur les Vikings ne sont que rarement, voire jamais racontées ». Si tout n’est pas passionnant de bout en bout dans cet ouvrage, son grand mérite est de trancher les controverses sur les motifs qui ont poussé les Vikings, pendant trois siècles, à parcourir les mers et les fleuves pour piller, rançonner, coloniser et conquérir une géographie lointaine, allant des mondes arabes jusqu’au-delà du Groenland.
Représentation des Vikings datant du XIIe siècle : les Danois sur le point d'envahir l'Angleterre.Représentation des Vikings datant du XIIe siècle : les Danois sur le point d'envahir l'Angleterre.
Winroth ne cherche pas ces raisons dans les explications mécaniques parfois avancées, allant du changement climatique à la pression démographique en passant par un prétendu « caractère guerrier » des peuples du Nord. Son explication est de nature sociopolitique. Comme le résume Alban Gautier : « Afin d’affermir un pouvoir foncièrement instable, les chefs scandinaves du haut Moyen Âge recrutaient des bandes armées qu’il leur fallait récompenser par des présents prestigieux ; en échange, les guerriers fidèles à leur chef se battraient pour lui. (…) L’explication principale du phénomène viking se trouverait donc à la croisée d’une stratégie politique, d’une pratique sociale et d’une éthique guerrière, toutes fondées sur le principe du don et du contre-don. »
     Winroth fait donc le pari que, pour comprendre les Vikings qui sont partis et que l’Europe a vu déferler sur ses terres, il faut d’abord connaître ceux qui sont restés et les sociétés auxquelles les guerriers étaient adossés. En effet, « les raids des Vikings avaient lieu à petite échelle, et étaient le plus souvent le fait d’hommes jeunes qui possédaient peu de propriétés foncières, voire aucune, et n’étaient généralement pas mariés ».
L’historien cherche donc moins à comprendre le « temps des Vikings » depuis le champ de bataille que depuis la « maison-halle » où le chef abreuvait ses hommes et les éblouissait par sa richesse et les produits exotiques qu’il avait pu ramener. « Tout commençait, explique-t-il, avec les grandes fêtes données dans les maisons-halles des chefs de guerre du Nord » qui constituent les plus grands bâtiments de l’Europe septentrionale au Moyen Âge.
Attaque viking, image de 1100, faite dans l'abbaye de Saint-Aubin.Attaque viking, image de 1100, faite dans l'abbaye de Saint-Aubin.
Dans cette maison-halle, le chef prononçait des discours, parce qu’un « bon chef n’avait pas seulement besoin d’être généreux et victorieux à la guerre mais devait être éloquent et prononcer des paroles qui allaient droit au cœur ». Il s’agissait aussi d’un « espace sacré où le chef procédait à des rituels religieux ».
    Le chapitre que Winroth consacre à la religion est l’un des plus intéressants de l’ouvrage. On y découvre ou redécouvre, même si les fouilles « ne nous apprennent pas grand-chose de la religion vécue », la complexité de l’imaginaire spirituel et mythologique des Vikings, notamment la lutte du dieu Thor avec le serpent de Midgard, qui se tenait enroulé autour du monde et était censé le maintenir en place. Le jour où il lâcherait, le monde se fragmenterait et disparaîtrait, dans le cadre d’une religion largement apocalyptique, où la fin du monde s’appelle le Ragnarök et consiste en un grand incendie après lequel un monde meilleur peut surgir.
    On y voit aussi la façon dont le christianisme a, peu à peu, remplacé la vieille religion païenne en Scandinavie, parfois en se superposant à elle. Winroth prend ainsi l’exemple très parlant d’un moule en stéatite, trouvé dans le nord du Jutland au Danemark, qui donne une image de la manière dont le christianisme a lentement pénétré la culture scandinave sans immédiatement éliminer les anciennes religions. L’artisan qui possédait ce moule, pouvait en effet, au choix, couler « une croix chrétienne ou le marteau de Thor », voire les deux en même temps…
    Cette conversion des mondes vikings au christianisme fut moins le fait de missionnaires« que des besoins et objectifs des chefs et rois scandinaves ». La religion chrétienne fut en effet utilisée comme un « outil de construction des communautés au sein de leur économie politique ».
     C’est en effet au moment où les chefs vikings à l’onomastique devenue légendaire, d’Erik le Rouge à Harald à la dent bleue, sont remplacés par des rois scandinaves que la religion catholique s’impose vraiment. « L’Église joua un rôle de premier plan dans ce processus, fournissant son savoir-faire en matière d’éducation et d’administration, en plus d’une idéologie qui considérait que les rois régnaient, avec l’approbation de Dieu, depuis le sommet d’une hiérarchie bureaucratique. »
   Avec cette transformation de la structure sociopolitique des territoires vikings en royaumes médiévaux, c’est toute la société scandinave qui se modifia, jusqu’à son expression poétique. Le vers scaldique était ainsi entièrement muet sur l’amour romantique, dont les idées ne se propagent dans la poésie scandinave qu’au XIIe siècle. « Dans ce domaine aussi, la Scandinavie rejoint progressivement l’Europe », conclut l’auteur. [Mediapart]
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