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jeudi 23 août 2018

Point d'histoire

Les événements ou l'aventure de SUEZ
                                         [Quelques notes sur un épisode de l'histoire qui ne fut pas sans conséquences majeures]
               Tout ça pour un canal. Mais quel canal!
     Beaucoup s'en souviennent encore, mais à l'époque, les faits paraissaient embrouillés, les tenants et aboutissants des événement nous échappaient largement, comme leur sens réel, l'information était réduite et orientée, la presse bien conditionnée, et les principaux enjeux de certains accords. étaient secrets. Alors que les conséquences furent importantes, pas seulement dans la nouvelle gestion du canal, enjeu majeur du commerce occidental surtout à l'époque.

    Tout cela dans le contexte de la guerre froide, de la fin d'un monde colonial, notamment britannique, de la montée de certaines indépendances moyen-orientales, des tensions avec Isarël et du nouveau cours de la diplomatie des USA.
     Ce fut un fiasco franco-britannique.
          Les conséquences sur l' éveil de certains nationalismes arabes ne furent pas insignifiantes.
      Les conséquences en chaîne: de nouvelles alliances
....La preuve est faite que les pays d'Europe ne sont plus les puissances dominantes dans cette région. Les États-Unis et l'URSS ont tenu à montrer que l'ère coloniale était finie et qu'aucune politique au Proche-Orient ne pouvait se faire sans eux. C’est la fin de la politique de la canonnière.
De plus, en agissant de manière isolée, des pays comme la France et la Grande-Bretagne peuvent être mis en échec par des représailles purement économiques, comme l'a montré l'attaque sur la livre sterling.
La France tire une rancune du retrait des Britanniques — à la suite des pressions américaines — sans avoir averti ses alliés, et du refus des États-Unis d'utiliser son droit de veto pour les défendre.
    La France et la Grande-Bretagne tirent des conclusions opposées. La Grande-Bretagne s'aligne sur la politique étrangère des États-Unis, devenant son plus proche allié en Europe.
  Au contraire, la France conclut qu'elle doit se donner plus de moyens pour pouvoir si nécessaire contrer les États-Unis. D'où la mise au point de la force de dissuasion nucléaire française, dont De Gaulle indique qu'elle est faite pour s'opposer à toutes menaces potentielles (« dissuasion tous azimuts »), sans adversaire désigné, ce qui n'en excluait aucun y compris les États-Unis18.
    De plus, l'alliance entre la France et Israël sort renforcée de cette crise. Cette alliance sera plus tard brisée par la politique arabe de Charles de Gaulle[et la guerre des Six Jours.
     Israël se conforte comme puissance militaire, l'opération a détruit une partie du potentiel militaire égyptien et la France a renforcé sa coopération militaire avec l'État hébreu avec, entre autres, la livraison des premiers avions à réaction de l'aviation israélienne (OuraganMystère IVVautourMirage III), de chars AMX-13 et une coopération nucléaire — don d'un réacteur — conformément au protocole de Sèvres.
    ______Ce fut un échec de la politique néocoloniale de l'Angleterre et de la France, sous la pression des USA et la  fin de l'ère coloniale et le relatif succès de Nasser.
          .... Le canal constitue d’abord un symbole de l’impérialisme européen. Le courant nationaliste se développe au début du XXe siècle en Egypte et s’empare du thème de la restitution du canal. Un projet d’allongement de la durée de la concession de 40 ans (qui devait se terminer en 1968) n’avait pas été rejeté par le gouvernement immédiatement, la presse arabophone s’était déchaînée contre le premier ministre Boutros Ghali. En 1910, il est assassiné par un jeune nationaliste. En 1922, l’Egypte devient indépendante. Des voies s’élèvent pour réclamer une indépendance économique. Hassan El-Banna, fondateur des Frères musulmans, déclare « Matin et soir, les signes de l’occupation étrangère crevaient les yeux. Le canal de Suez, c’était lui la cause du mal, la racine de la plaie, à l’ouest, le camp militaire anglais et à l’est le bureau général d’administration de la compagnie. L’Egyptien se sentait étranger chez lui, méprisé ». Le canal de Suez apparaît comme la source des misères de l’Egypte, qui ne bénéficie pas de ses revenus. En 1910, un partage des bénéfices avait été envisagé (4% puis progressivement 12 %), mais ce projet est abandonné. L’indépendance passe ainsi par la récupération du canal. Nasser, qui avait déjà obtenu le départ des militaires britanniques, annonce la nationalisation du canal en 1956 afin de permettre le développement économique de l’Egypte. Ce ne sera pas le cas, car il devient un lieu d’affrontement. En 1956, les Français font appel aux Israëliens qui mènent une action militaire aux côtés des parachutistes britanniques et français. L’Egypte fait dynamiter la statue de Ferdinand de Lesseps à l’entrée du canal.

     A partir de la nationalisation, le canal symbolise également la lutte pour l’intégrité territoriale. En juin 1967, des forces israéliennes sont présentes dans le Sinaï. En 1968, Nasser fait tirer sur les positions israéliennes, matérialisées par des remparts de terre (ligne Bar-Lev). Nasser mène une guerre d’usure. A partir de 1970, la région connaît une situation de « ni guerre, ni paix », jusqu’en octobre 1973. En 1973, Sadate décide d’agir en raison du manque à gagner : le canal de Suez est en effet fermé à la circulation depuis 1967. Il fait détruire la ligne Bar-Lev avec des canons à eau. Sadate devient le « héros du franchissement ». En juin 1975, le trafic reprend, ce qui fait espérer des perspectives de développement à l’Egypte.
     Le canal est également une vitrine pour l’Egypte et un symbole de son développement. En 2014, le projet de doubler le canal de Suez crée des emplois. Une souscription est lancée auprès de la population égyptienne : 7 milliards de dollars sont ainsi récoltés en quelques jours. Seuls les Egyptiens ont été autorisés à y participer. En un an, la navigation croisée est rendue possible sur 72 km. Le canal de Suez est peu visible de la terre, car il est protégé. Il constitue cependant un élément central de l’histoire de l’Egypte...
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mercredi 22 août 2018

Brésil en péril?

L'heure des élections approche
                                                               A la fois espérée et redoutée.
                                                                                           Dans ce pays livré depuis quelques années à des désordres chroniques, où, la crise économique aidant, la violence prend toujours de nouvelles formes, de même que la corruption au plus haut niveau parfois, beaucoup de Brésiliens de bon sens
s'interrogent avec crainte sur les échéances futures.
    La corruption a atteint l'ancien président lui-même, même s'il garde un fort capital de sympathie dans la partie la plus défavorisée de la population et que sa combativité semble intacte.
   On parle de démocratie en déliquescence, où l'extrême droite arrive pour l'instant en tête des intentions de vote.
   Risque-t-on de revivre les années noires de la dictature?
   Avec des nostalgiques comme Jair Bolsenaro, une aventure noire n'est pas à exclure, d'autant que l'insatisfaction de nombreuses couches de la population risque de faire le lit de "sauveurs", même évangélistes.
...Outre son appartenance au lobby des BBB balle, bibble, boeuf), les différentes prises de position de Jair Bolsonaro sur des questions sociétales le rapproche d’une frange extrémiste qui défend une élite ethnique et économique aux dépends du reste de la société : il se proclame en faveur de la peine de mort, défend les violences corporelles contre les enfants qui présentent des tendances homosexuelles, se déclare contre l'union civile entre deux personnes de même sexe… Il propage aussi des préjugés racistes à propos des peuples indigènes, présumés « malodorants » et « non éduqués ».
    L'agrobusiness en plein développement, aux dépends de zônes amazoniennes qui se rétrécissent d'années en années, pèse lourd dans la balance, concentrant les problèmes les plus cruciaux du pays, dont un renforcement des inégalités, auxquelles Lula avait partiellement essayé de porter remède, sans s'attaquer au fond du problème, largement hérité de la période coloniale.
    La vraie violence est plus massive dans les campagnes que celle, plus visibles, de certains quartiers urbains... celle des sans-terre notamment.
   «Nous sommes un pays de grands propriétaires terriens, où le pouvoir de la terre a historiquement dominé la politique. C’est pourquoi la lutte pour la terre est la lutte pour le Brésil. Le coronélisme [le pouvoir local attribué aux grands propriétaires liés au gouvernement, officiellement de 1889 à 1930 : les coroneis] des propriétaires fonciers ainsi que la confiance du pouvoir dans sa capacité de boycotter la réforme agraire ont passé à une nouvelle étape, encore plus agressive suite à l’émergence d’une force socio-économique et politique: l’agrobusiness», nous a déclaré Clodoaldo Meneguello Cardoso, coordinateur de l’Observatoire de l’éducation aux droits humains à l’Université d’Etat de São Paulo.
«Notre histoire est raciste et violente. Notre environnement idéologique et social aussi, et il n’est pas mal à l’aise avec la mort», a dit Rubén Siqueira, de la Commission pastorale de la terre (CPT), de Manaus. Selon R. Siqueira, nous sommes confrontés à une «contre-réforme agraire» basée sur l’impunité, et à une justice qui consiste à «ne pas fonctionner et à garantir des privilèges», avec des processus lents et complexes qui facilitent «les chicanes [point mineur soulevé dans un procès pour embrouiller l’affaire], les omissions et les connivences de toutes sortes».
     On attend toujours cette réforme agraire, la question-clé du pays, que n'a pu résoudre même le PT, qui a cédé sous la pression des grands lobbies. 
     Malgré les grandes fortunes qui s'étalent ici et là, "..Le Brésil demeure le pays le plus inégalitaire au monde à peine 1% de la population du pays concentre 50% des richesses. Selon le coefficient de Gini qui mesure la répartition des richesses, le Brésil est l'un des plus mal placés, aux côtés du Honduras, de la Zambie ou de Haïti. Le salaire minimum est de seulement 200 euros..."(R.Soubrillard)
   On a parlé du Brésil comme d'un pays inachevé, qui pourrait être un exemple de richesse comme de diversité.
    La lulamania est bien finie, les espoirs suscités par les rêves de l'ancien leader charismatique sont bien minces.
    La situation est préoccupante, malgré d'immenses atouts.
        A quelles conditions un président inspiré et efficace pourrait-il remettre le pays sur des rails réellement démocratiques?
Aujourd'hui, le pessimisme domine.
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mardi 21 août 2018

La facture

Ou la fracture?
                      Le charme est rompu. La magie n'opère plus.
                               La flamboyance des débuts s'est estompée.
     Au bout d'un an, l'usure du pouvoir touche inévitablement celui se déclarait très modestement jupitérien, élu par défaut, sur une base électorale réduite, avec une chambre introuvable, qui se proposant de renouveler la gestion de la nouvelle start-up France à vitesse grand V.
     A marche forcée, sans réel débat contradictoire ni réelle opposition, tout devait changer, à un rythme qui épuisait administrateurs et élus.
    L'"affaire" constitue une étape qui laissera des traces, le pouvoir n'étant pas au-dessus de tout soupçon:
...La diversion de l’Élysée qui tend à focaliser sur la « faute » commise par Benalla ne devrait normalement déboucher que sur une impasse. Le problème ne réside pas dans les violences exercées par celui-ci, mais dans le fait qu’il fut présent en violation de toutes les règles, et en commettant avec d’autres plusieurs infractions invraisemblables. Et ça, c’est la responsabilité d’Emmanuel Macron. Qu’ensuite ce favori au comportement douteux ait pu bénéficier, ce qui est le problème essentiel, de tout un tas d’avantages, dont certains loufoques, et en tout cas illégaux et inacceptables, par la seule volonté du prince, sans qu’aucun fonctionnaire d’autorité ne fasse son devoir en s’y opposant… 
   Un coup pour la dream team, déjà écorné. La macronstory se délite.
      De plus la situation économique se suit pas les rêves élyséens et les données des affaires ne jouent pas en notre faveur. Les aléas de la politique, qui bénéficie ou non des circonstances internationales....
   La croissance ne va pas se chercher au bout des dents, comme disait à une époque Sarkozy
L'optimisme des débuts se trouve pris au piège des réalités.
   Et puis certains parrains s'interrogent, comme Alain Minc et d'autres, sur la pertinence et les méthodes suivies.
   L'arrogance élyséenne devra forcément en rabattre.
      La déco n'y changera rien...Restent les questions de fond.
  Notre nouveau Tony Blair va-t-il comprendre que les règles du néolibéralisme, sous leur apparence moderniste, ne mènent qu'à des problèmes plus profonds et au creusement incessant des inégalités.
   De retour de Moscou, en vainqueur radieux, il paraissait invincible. Aujourd’hui, ses propres électeurs s’interrogent : Macron Jupiter qui garde le silence, tel Giscard lors de l’affaire des diamants, serait-il un Janus au double visage ? 
   Après la vague, la mer se retire.
        Celui qui apparaît de plus en plus comme Janus plus que comme Jupiter saura-t-il, pourra-t-il enfin devenir une Président (presque) normal?...

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lundi 20 août 2018

Un virage chinois?

IL fallait s'y attendre. Ce n'est pas la première fois.
                                                                    La Chine revoit peu à peu sa copie                  [notes]
                                                     Plus sous la pression des nécessités internes et externes que du libre choix.
       Le développement économique effréné  va devoir être ralenti et il était prévisible que le pays se resterait pas éternellement l'atelier du monde, sous la poussée inévitable du coût de la main d'oeuvre, des exigences des équilibres intérieurs, des problèmes posés par les conséquences d'une production qui, malgré certains efforts, porte parfois gravement atteinte au milieu.

     On le voit spectaculairement avec la gestion des terres rares dont elle s'est accaparée la gestion presque exclusive, pour garder la main sur la production des industries de pointe.
     La Chine affirme sa volonté de rééquilibrer son développement, de freiner la poussée des inégalités internes, qui ne sont plus un atout majeur dans ses coûts de production.
     La croissance des grandes mégapoles va se terminer pour un aménagement plus équilibré du pays.   C'est aussi vital économiquement que politiquement, même si le contrôle des populations et des informations a pris un virage plus dur, quasi orwellien par certains côtés, jusque dans l'espace public et les transports
   Ce contrôle renforcé ne garantit pas de produire à terme les effets escomptés et la nouvelle gestion de la population peut devenir une bombe à retardement pour le régime.
   Et il y a le problème bancaire, dont on comprend mal les ressorts, mais qui inquiète certains économistes. Le pays tente de réguler d'ailleurs aujourd'hui son fabuleux endettement, quitte à retarder ou ralentir certains grands projets comme celui de la nouvelle route de la soie
       La Chine a-t-elle atteint ses limites? C'est ce que pensent certains, mais qui ne voient sans doute le problème que par certains aspects seulement. Dans certains domaines, on n'a plus rien à lui apprendre.
   On peut aussi la voir comme la future première puissance économique mondiale dans un très proche avenir, malgré la puissance déclinante des USA et les récentes rodomontades de Trump, car l'Empire du milieu tient les finances US par la barbichette.
     Elle a certainement mieux que d'autres pays la capacité de résister à de futures crises économiques prévisibles.
   Malgré son centralisme, elle semble garder des capacités d'adaptation étonnantes.
 En dépit de ses tensions internes et ses contradictions, parfois peu perceptibles, elle n'a pas renoncé à ses ambitions de retrouver la première place d'antan et s'en donne les moyens, avec une capacité d'adaptation qui surprend toujours.
       Mais l'avenir, comme toujours, est difficilement prévisible, surtout pour une puissance qui reste largement pour nous un trou noir.
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dimanche 19 août 2018

Simples coups d'oeil

___ Une grande dame s'en va.
                Une voix unique reste, en héritage.
                           Qui n'a pas fini de nous faire rêver.


__ Pour gagner en espérance de vie, mieux vaut habiter La Havane que Chicago

__ La modération salariale, c'est bien...pour les autres.
           Un pas vers la libéralisation?
               Comme les low cost qui tirent les prix et les salaires vers le bas. 
                Pognon de dingue! comme disait quelqu'un...

__  Les dieux sont avec nous.
                    Descendus de l'Olympe
                                  Jupiter et Mars, la planète qui brille de tous ses feux.
                                                  Heureusement qu'il y a Closer...

__ Il fut un temps où Edouard parlait d'Emmanuel
                        Mais c'était avant...
                                                              Bien souvent le vent tourne...
          « le Romain qui ressemble le plus à Macron, c’est Macron » , ou plus précisément « Naevius Sutorius Macro, dit Macron ». Edouard  décrit avec malice ce « haut fonctionnaire devenu, à la faveur d’une révolution de palais, le conseiller de Tibère, empereur détaché des affaires courantes » , chef qu’il « finira par assassiner ».
 Le député de Seine-Maritime dépeint un Emmanuel Macron « tribun adepte d’un populisme désinvolte », « qui n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier ».
          « Il marche sur l’eau en ce moment », note M. Philippe le 15 février. Et d’ironiser sur l’attitude christique du candidat : « Il guérit les aveugles, il multiplie les pains, il répand la bonne parole. A la France paralysée, il ordonne “Lève-toi et en marche !” (...) Et tout ça tout seul, sans réel programme ni réelle équipe. Il suffit de croire en lui. D’avoir la foi. » Le maire du Havre cite alors Saint-Matthieu – « par ailleurs saint patron des banquiers, ça ne s’invente pas  » – rapportant les paroles de Jésus : « Car il en viendra beaucoup sous mon nom qui diront : “C’est moi le Christ”, et ils abuseront bien des gens. »
       Le 15 mars, Edouard Philippe constate que, comme Marine Le Pen, Emmanuel Macron s’est « affranchi d’une règle simple consistant à dire à quel camp on appartient ». Dans la grammaire de la politique, « Macron serait le plus-que-parfait », écrit-il : « Qui faisait encore quelques fautes d’accord au début (...) mais qui a vite appris, comme un élève doué qui espère compenser par son intelligence son manque d’expérience ». Désormais, note-t-il, « il transgresse » et « revendique son immaturité ».....
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samedi 18 août 2018

Point d'histoire

Le clairon et le litron
                        Le pinard au front en 1914-1918
                                                  La vinasse, car le bon vin était inconnu dans les tranchées, fut perçu très tôt par les autorités militaires comme un adjuvant indispensable dans l'effort de guerre, surtout au fur et à mesure que les combats devinrent plus durs, plus cruels, que les assauts devinrent plus problématiques, souvent plus inutiles, plus absurdes aussi.
      L'intendance fit tout pour compenser, depuis Pétain surtout, pour améliorer l'ordinaire. Le pinard prit une place centrale, pour redonner force et moral aux troupes souvent décimées et démoralisées.       On comprit vite le rôle que pouvait jouer ce breuvage abondant, venu d'Algérie par bateaux entiers,qui redonnait au poilu, pour un temps, tant bien que mal, faute de mieux, une arme, l'arme du pinard
  ...Le vin a été, pour les combattants,le stimulant des forces morales comme des forces physiques, et a largement concouru, à sa manière, à la Victoire... (Philippe Pétain)
                 De l'autre côté, la bière et le schnaps ne manquaient pas. Mais Besser Schnaps als schlechtes Bier !
  Pour supporter si longtemps l'insupportable, touts les moyens étaient bons. Le patriotisme des débuts, la coercition plus tard montraient vite leurs limites.
        Jusqu’à la fin du conflit, il est omniprésent sur le front et, si le poilu manque souvent d’eau et de nourriture, il n’est jamais à court de vin. Produit de très gros débit qui répond parfaitement aux standards du ravitaillement à l’échelle industrielle, le pinard s’impose comme le breuvage de la guerre de masse. Ainsi que l’écrit Henri Lavedan dans L’Illustration (13 octobre 1917), « il surpasse encore le café ; c’est le grand jus, numéro un, le régime des régiments ».

  Acheminé d’Algérie par les « cargos pinardiers » qui alimentent quotidiennement le port de Sète ou issu des vignobles du Portugal, de l’Espagne et surtout du Languedoc, le vin est transporté en vrac par convois ferroviaires jusqu’à la zone des armées. Il s’agit d’un vin rouge de qualité très médiocre, tantôt âpre, rêche, raboteux, tantôt aigrelet, acerbe, piquant. Souvent dénigré par les soldats, qui, faute de mieux, s’en accommodent, le pinard mouillé, frelaté, bromuré, trafiqué, empesté est un gros vin rude, bourru, sans distinction, couramment coupé et « remonté » par adjonction de potions chimiques susceptibles de lui redonner certaines des caractéristiques d’une boisson naturelle.
   Mais, purée saumâtre ou petit ginguet sans consistance, il s’impose par ses effets, qui lui rallient les soldats du rang comme les plus hautes autorités politiques, militaires et même scientifiques. « Le vin convient particulièrement à ceux qui ont à fournir un travail puissant et rapide et plus spécialement au soldat qui se bat, observe, dès 1915, le docteur Armand Gautier dans l’un de ses mémoires à l’Académie des sciences. Donner du vin à nos hommes, à la dose très modérée de 50 à 75 centilitres par jour, dans les conditions habituelles ou aux combattants, c’est leur éviter bien des maux (refroidissements, bronchites, pneumonies, diarrhées, etc.), c’est épargner à l’État beaucoup de journées d’hôpital, c’est conserver nos combattants, c’est entretenir leur force et leur bonne humeur. »
   Au combat, le pinard réchauffe les cœurs, donne du courage et suspend, un temps, l’épouvante qui s’empare de chacun au moment de l’assaut. Dans un conflit marqué par une extrême brutalité et par l’expérience quotidienne de la mort, la transgression rendue nécessaire par les nouvelles formes de guerre implique un état de désinhibition entretenu par l’alcool. Sa consommation devient également pour les hommes un moyen de tenir dans l’inaction, en palliant la perte de sens d’une guerre de plus en plus perçue comme absurde. Boire renforce la cohésion des groupes, leur solidarité et leur identité même. C’est encore autour du pinard que se forge parfois l’osmose de combattants aux origines sociales, culturelles et géographiques distinctes....

               Le vin des poilus était devenu breuvage patriotique dans l'enfer vécu presque journellement.
C'était devenu une arme pour la France, dont on est bien incapable de mesurer l'efficacité, étant donné ses effets contradictoires.
Plus tard, pour se donner les moyens d'aller vite et fort dans certaines opérations, puis de façon régulière et massive, l'armée allemande,  le Reich, marchait à la pervitin
Beaucoup plus tard, l'usage de drogues fit des ravages dans l'armée américaine embourbée au Vietnam.
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vendredi 17 août 2018

Guerres de l'eau?

L'or bleu n'a pas de prix, mais peut être objet de discorde.
                                                 Selon divers spécialistes, le problème de l'alimentation en eau risque de devenir de plus en plus aigü dans diverses parties du monde.
     Il pourrait même générer des conflits de plus en plus marqués.
        Comme on le voit entre Israel et la Palestine
   Le problème n'est pas nouveau mais s'aggrave:
        ....Cinq années de sécheresse consécutives. Selon le ministre israélien de l’énergie et des ressources en eau, Yuval Steinitz, cela faisait « 100 ans » qu’un tel manque de pluie n’avait pas frappé la région. Résultat, les sources d’eau naturelles, notamment au nord d’Israël, ne cessent de voir leur niveau baisser. Et les importantes infrastructures de désalinisation et de traitement des eaux usées créées par l’État hébreu ne suffisent plus à compenser la pénurie.
  « Ce type de longue sécheresse n’est pas rare dans la région mais ce sont les effets du changement climatique qui rendent la crise aussi sévère », estime Avner Adin, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, spécialisé dans le traitement de l'eau et les technologies de contrôle de la pollution.
    Pour remédier au problème, le gouvernement israélien a annoncé en avril 2018 vouloir mettre les bouchées doubles. Deux nouvelles usines de désalinisation vont être construites le long de la côte méditerranéenne. Le budget de l’opération n’a pas été dévoilé mais il est évalué à 400 millions de dollars, soit environ 344 millions d’euros, par usine. Le réseau de distribution en eau du pays doit également être étendu.
   Parallèlement, le gouvernement Netanyahou projette de réduire le pompage des sources naturelles pour réhabiliter les rivières asséchées. Il envisagerait en revanche de prélever de plus grandes quantités d’eau douce dans le lac de Tibériade, pourtant gravement touché par la sécheresse.
   Cette sécheresse qui dure frappe également de plein fouet les Territoires palestiniens et la Jordanie, tous deux fortement dépendants d’Israël pour leur fourniture en eau. En 1967, pendant la guerre des Six-Jours, l’État hébreu a pris le « contrôle de toutes les sources d’eau entre la rivière du Jourdain et la mer Méditerranée », rappelle Adam Aloni, chercheur au sein de l’ONG B’Tselem. Au moment des accords d’Oslo, il est décidé que 80 % de l’eau provenant de l’aquifère de la montagne en Cisjordanie seraient exploités par les Israéliens et 20 % par les Palestiniens.
    En zone A (sous contrôle palestinien) et B (sous régime mixte), les villes palestiniennes sont en principe alimentées par la compagnie d’eau israélienne Mekorot. Mais chaque été, pendant les mois les plus arides, la pression baisse dans les tuyaux. « Le réseau de distribution passe d’abord dans les colonies israéliennes » et ces dernières « augmentent leur consommation en eau pour l’agriculture », explique Adam Aloni. Les autorités palestiniennes doivent donc rationner l’eau pour que chaque famille puisse en recevoir une fois par semaine, voire une fois toutes les deux semaines.
   La situation est également critique pour les Palestiniens vivant dans la zone C, où Israël exerce un contrôle militaire et civil absolu. « Pour construire un puits ou raccorder une pompe à un tuyau, les Palestiniens ont besoin d’un permis. Mais les autorités israéliennes n’en délivrent presque jamais », constate le chercheur. Des « dizaines de communautés palestiniennes » ne sont donc toujours pas connectées à l’eau courante. Elles doivent vivre avec « 20 litres d’eau par jour par personne », une quantité largement inférieure aux recommandations fixées par l’ONU à 100 litres.
    Le problème est d’autant plus dramatique dans la bande de Gaza, sous blocus depuis 2007. Contactée par Mediapart, Margaux Chinal, chargée de projets eau et assainissement à l’Agence française de développement, estime que « 95 % de l’eau utilisée » par la population de l’enclave palestinienne est « impropre à la consommation en raison de la pollution » de la nappe phréatique et de « l’intrusion d’eau salée » dans cette dernière....
      Sans parler de la Jordanie, gravement affectée. A-t-on oublié que les première émeutes en Syrie ont été largement générées par une population rurale fuyant ses terres par déficit d'eau, donc de récoltes.
      La rareté et l'absence de partage peuvent aggraver des tensions latentes et déboucher sur des conflits ouverts, dans diverses parties du monde.
     Déjà que cinq cents millions de personnes n'ont pas d'accès à une eau de qualité et que d'autres ne peuvent payer une eau devenue un produit cher du fait du marché accaparé souvent par des multinationales.  Pas étonnant que Coca Cola, grand dévoreur d'eau, domine dans certains pays, comme le Mexique.
     La gestion irrationnelle de l'eau combinée à sa rareté, comme en Californie, peuvent créer à terme des problèmes insurmontables. Certaines villes peuvent devenir, par incurie, malades de l'eau, par incurie, comme à Flint.
   Si l'affrontement n'est pas toujours le cas, les tensions existent bien en certains lieux et à certaines époques.
      Les histoires d'eau, élément si universel et si essentieln'ont pas fini de hanter l'histoire des hommes, surtout dans une phase de réchauffement soudain, de développement démographique parfois exponentiel et d'absurde marchandisation.
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jeudi 16 août 2018

Eloge de la marche

Mettre un pied devant l'autre...

                                 La marche, c'est l'homme.
          Leroi-Gourhan disait que " l'homme commence par les pieds " - La marche nous rappelle la bipédie et aussi ce qu'elle nous a offert : nos mortelles civilisations... 
       Marcher redevient à la mode, pour les sédentaires que nous sommes devenus, saturés de tout. Retrouver un rythme lent, un regard qui décentre, un intérêt souvent perdu pour le milieu et un rythme maîtrisé.
Bien au-delà des habitudes,des modes et des contraintes de la course, du jogging imposé. Savoir s'arrêter, regarder, se fatiguer sainement et ré-ouvrir les yeux sur le plus proche, le plus fondamental, le  plus vital.
   Retrouver le sens de la lenteur. Une lenteur maîtrisée, une lenteur réfléchie. Pour retrouver en quelque sorte l'élémentaire.
   Faut-il dire avec Nietzsche que seules les pensées qui viennent en marchant valent quelque chose?
   Il y a marche et marche...
          "
On évitera de croire que la marche est un sport. Pas même un loisir, encore moins un divertissement. Au contraire, si l'on en croit Frédéric Gros, ce serait plutôt une ascèse, au vieux sens grec - exercice, entraînement -, qui nous ramène à l'essentiel, c'est-à-dire à ce presque rien que nous sommes, présent-absent dans le monde, ne faisant qu'y glisser." (RP .D)

            "Marcher, une philosophie", comme le dit Frédéric Gros:
    "C'est ce qu'il fait valoir, dans un admirable petit livre qui ravira même les incurables sédentaires, ceux que Nietzsche appelait "culs-de-plomb". Car personne, après tout, n'est obligé de pratiquer la randonnée pédestre pour prendre plaisir et intérêt à cette prose intelligente et claire - rare, somme toute. Philosophie, ici, ne signifie ni pédanterie ni jargon. Frédéric Gros réinvente, à l'antique, une méditation qui accompagne le mouvement du corps et en creuse les sensations."En marchant, écrit-il, on échappe à l'idée même d'identité, à la tentation d'être quelqu'un, d'avoir un nom et une histoire." On songe à Michel Foucault, que Frédéric Gros a étudié, édité et commenté, disant : "J'écris pour n'être personne." Ecrire, marcher, serait-ce la même chose ? La parenté existe : nombreux sont les écrivains-penseurs-marcheurs. On en croise certains au fil des pages, depuis Nietzsche arpentant l'Engadine ou les collines niçoises jusqu'à Gandhi nomadisant en Inde avec la marche pour action, sans oublier ces promeneurs célestes que furent Rimbaud, Rousseau ou Thoreau. Contrairement à Kant, hygiéniste et métronome, ils convainquent que sur terre l'homme habite en marcheur. En parcourant le monde à pied, ne fût-ce que quelques heures ou quelques jours, on le voit tout différemment. Et l'on se voit soi-même autre.Car la marche insiste sur les articulations, en particulier celle du corps et de l'âme. Elle métamorphose le temps, impose fatigue à la pensée, se fait subversion ou vacuité. En pérégrinant, on se perd et se retrouve, comme en tout exercice spirituel. On cesse de s'affairer, on crée parfois. Nietzsche avait les sentiers pour atelier, d'autres y élaborent des psaumes. "Marcher fait venir naturellement aux lèvres une poésie répétitive, spontanée, des mots simples comme le bruit des pas sur le chemin."On évitera donc de croire que la marche est un sport. Pas même un loisir, encore moins un divertissement. Au contraire, si l'on en croit Frédéric Gros, ce serait plutôt une ascèse, au vieux sens grec - exercice, entraînement -, qui nous ramène à l'essentiel, c'est-à-dire à ce presque rien que nous sommes, présent-absent dans le monde, ne faisant qu'y glisser. Avec des mots de tous les jours, et sans en avoir l'air, façon Montaigne, ce philosophe donne là une vraie leçon.De ce livre, en fin de compte, on pourrait dire que le propos est ténu, les constats simples, les remarques presque toujours évidentes. Mais l'écriture est souveraine - limpide, exacte, les termes tous sentis. D'où ce ton juste, qui fait de ce petit volume une très bonne surprise. Du coup... on marche !"
        Retrouver le sens de la marche, c'est se retrouver.
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mercredi 15 août 2018

Où va l' empire américain?

   Tournant décisif ou relatif et provisoire?        
                                                           Le Pompier pyromane, qui siège à la Maison Blanche, n'est pas à une incohérence près, tout en suivant une ligne définie très tôt contre un multilatéralisme relatif, ayant à ses yeux affaibli la puissance économique du pays.
     Les coupables du déclin sont toujours à l'extérieur, utiles boucs émissaires...

        Contre les critiques qui ne cessent pas et tendent même à redoubler, jusqu'à dans la presse US la plus conventionnelle, il maintient un cap dont beaucoup là-bas voient qu'il nuit aux intérêts à terme de l'économie américaine, et renforce les positions dures vis à vis de régimes comme l'Iran, profitant du privilège exorbitant de l'exterritorialité.
      C'est le hard power en action, brouillon mais têtu, lourd de menaces internes et externes, mais  si favorable à Wall Street.
      L'Empire tente de se refaire une santé, dans tous les sens du terme, à la faveur d'un isolationnisme à courte vue.
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                Point de vue:
                                    Le côté obscur du système.
                                                                                         Accordons au président Donald Trump le sens du symbole. C'est le 8 mai 2018, anniversaire de la capitulation de l'Allemagne nazie, qu'il a dénoncé unilatéralement le traité de Vienne entre l'Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (ainsi que l'Allemagne).
C'est aussi le 14 mai 2018, 70e anniversaire de la proclamation de l'État d'Israël, qu'il a choisi pour transférer officiellement de Tel Aviv à Jérusalem l'ambassade américaine en Israël, en violation du plan de partage préconisé par l'ONU et le Conseil de sécurité en 1947, selon lequel Jérusalem devait garder un statut international...
     Enfin, c'est le 6 août 2018, anniversaire du bombardement d'Hisroshima, qu'il précise les sanctions contre l'Iran et les entreprises occidentales qui auraient le front de commercer avec ce pays.
      Précédemment, le 4 août 2017, le président américain a aussi renié l'accord de Paris sur le climat, conclu le 12 décembre 2015 sous l'égide de l'ONU (mais il est toutefois douteux qu'il ait choisi cette date en référence à l'abolition des privilèges, le 4 août 1789 !).
       Il est déjà arrivé que les États-Unis renient leur parole : ce fut le cas le 19 mars 1920 quand le Sénat rejeta le traité de Versailles laborieusement négocié à Paris par le président Wilson. Les conséquences en furent dramatiques : les Américains ignorèrent la Société des Nations et s'abstinrent d'intervenir face aux violations des traités qui, de proche en proche, menèrent à la Seconde Guerre mondiale.
      Comment mieux signifier que les États-Unis s'affranchissent désormais de l'ordre multilatéral qu'ils ont eux-mêmes mis en place en 1945 en fondant l'ONU à San Francisco ?
      Aux yeux de la plupart des Européens, ces trois ruptures (sur l'Iran, le climat et Jérusalem) apparaissent insensées, contraires à l'intérêt général et potentiellement source de guerres et de désordres majeurs. Mais aux yeux de la majorité des Américains, bien au-delà de l'électorat de Donald Trump, elles sont raisonnables et pleinement conformes à l'intérêt supérieur des États-Unis.
S'il manque pour le moins de finesse et d'élégance, le président américain semble doué d'un flair exceptionnel pour sentir les attentes de ses concitoyens. On a pu le constater pendant la campagne électorale quand ce milliardaire new-yorkais a gagné la faveur des petits Blancs de l'intérieur, victimes de la désindustrialisation, du dumping chinois, de la financiarisation de l'économie et du recul des services publics.  Comme eux, il a compris que les États-Unis étaient à bout de souffle. La preuve en est que, pour la première fois depuis la naissance du pays il y a deux siècles, l'espérance de vie moyenne a chuté en 2015 et 2016. Selon cet indicateur du bien-être, les États-Unis se classent désormais dans le peloton de queue des pays développés et même derrière Cuba. Comment ne pas comprendre que les classes populaires aient envie de renverser la table et d'en finir avec la politique néolibérale menée depuis plus de trente ans ?...   On peut douter que les pistes ébauchées par Donald Trump redressent le pays et améliorent le sort de l'humanité. Il n'empêche qu'elles rejoignent les aspirations de l'Américain moyen et même d'une bonne part des élites du pays.  
     On l'a encore constaté avec le désengagement de l'accord de Paris sur le climat qui rejoint les aspirations profondes de la quasi-totalité des citoyens américains, pour lesquels l'accès à une énergie bon marché est un élément non-monnayable de l'american way of life.
    C'est que les Américains ont une perception de la nature à l'opposé de celle des Eurasiens. Pendant plusieurs millénaires, Chinois, Indiens, Orientaux et Européens ont appris à gérer la pénurie dans des terroirs à forte densité humaine. En l'absence d'alternative, ils ont veillé à la conservation de la fertilité des terres et au bon renouvellement des ressources naturelles.
     Rien de tel pour les colons qui ont débarqué au XVIIe siècle sur les côtes de Nouvelle-Angleterre. Ils ont découvert un Éden aux ressources en apparence inépuisables, tout juste occupé par quelques tribus d'Indiens qu'ils ont eu vite fait de chasser ou d'exterminer. Agriculteurs et artisans émérites, ils ont mis tous leurs talents dans l'exploitation de ces ressources sans jamais craindre la pénurie ou la disette. Ils se sont comportés en prédateurs, comme les chasseurs-cueilleurs de l'Âge de pierre mais avec les moyens techniques des Temps modernes.
   Il en a découlé l'agro-industrie, l'automobile individuelle associée à la déliquescence des villes traditionnelles, l'avion associé aux vacances aux antipodes pour le seul plaisir de « buller » sur une plage, avec les conséquences que l'on sait pour notre environnement.
    Inédite dans l'Histoire humaine, cette mentalité de prédateur empêche aujourd'hui les Étasuniens de penser le réchauffement climatique. Comme leurs ancêtres, ils font confiance à la Providence et plus encore à leur débrouillardise pour y parer.
       Contre l'Iran:
                              À cela une raison immédiate, l'image détestable de l'Iran aux États-Unis. Washington et ses services secrets ont longtemps vu en l'Iran un protectorat pas plus respectable qu'une quelconque république bananière d'Amérique centrale.La dénonciation de l'accord de Vienne avec l'Iran réunit aussi sinon un consensus du moins une nette majorité de l'opinion américaine. Le New York Times lui-même, journal de référence de la bourgeoisie intellectuelle de gauche hostile à Trump, l'a lui-même approuvée (*).
      Faisant fi de l'Histoire et de la culture de ce pays, autrement plus prestigieuses que la leur, ils ont pu renverser un Premier ministre réformiste en 1953, ramener au pouvoir un jeune souverain à leur dévotion et le laisser choir quand ce même souverain (le chah) s'est avisé de reprendre le contrôle de ses ressources pétrolières en 1973. Ayant ainsi malencontreusement ouvert la voie à une dictature islamiste, ils ont tenté de la renverser en lançant contre elle le dictateur irakien Saddam Hussein et n'ont fait au contraire que la renforcer. Ils ont alors connu une humiliante prise d'otages qui a marqué l'opinion publique presque aussi violemment que la guerre du Vietnam.
      C'est ainsi que les Américains préfèrent encore aujourd'hui nouer une alliance impieavec les wahhabites de l'Arabie séoudite plutôt que se réconcilier avec l'Iran. Ils oublient simplement que les wahhabites, c'est le World Trade Center (3000 morts en 2001) et l'Iran le Festival de Cannes (2 films en compétition en 2018), comme le note le géographe Bernard Hourcade.
     Contre les Arabes.
                               Ce pays fut, il faudrait s'en souvenir, le premier État occidental, sinon le seul hormis le IIIe Reich, à introduire le droit de la race dans sa législation. C'était le 26 mars 1790, par le Naturalization Act : cette loi offrit généreusement la citoyenneté aux free white persons (« personnes libres blanches »), autrement dit aux immigrants européens de bonnes mœurs et à leurs enfants, mais en exclut sans le dire les autres immigrants et surtout les esclaves et affranchis africains ainsi que les Indiens eux-mêmes dont la présence sur le sol américain était pourtant bien antérieure à celle des Blancs.L'installation provocatrice de l'ambassade américaine à Jérusalem découle de la même politique de pompier-pyromane. Par son mépris affiché des revendications arabes, elle satisfait un vieux fond raciste caractéristique des États-Unis.
        Le déplacement de l'ambassade à Jérusalem comble d'aise les bellicistes au pouvoir en Israël tout comme les chrétiens intégristes qui ont soutenu Donald Trump aux États-Unis. Elle éloigne encore un peu plus la perspective d'un règlement négocié sur la Palestine avec la création de deux États. Elle donne au Hezbollah chiite libanais des motifs supplémentaires d'attaquer Israël. L'Iran, du coup, pourrait se sentir obligé de soutenir son affidé et d'entrer dans un conflit frontal avec l'État hébreu que l'un et l'autre redoutent.
    Dans ce conflit hypothétique, les chiites et les Iraniens bénéficieront d'un atout de taille. Face au fringant prince héritier d'Arabie MBS qui se repose encore sur l'alliance américaine et a fait le choix téméraire de se rapprocher d'Israël, au risque d'être renversé ou tué, ils auront beau jeu de se présenter comme les seuls vrais défenseurs des Palestiniens et de la cause musulmane. Un coup qui pourrait être fatal à l'Arabie, déjà empêtrée dans sa guerre au Yémen.
      Ainsi les États-Unis pourraient-ils, avec l'affaire de l'ambassade, entraîner l'effondrement de la dynastie de Séoud et de l'Arabie elle-même. Ce lâchage des Arabes sunnites, et de l'Arabie séoudite en premier lieu, tient peut-être à un bouleversement récent dans le domaine énergétique : avec l'exploitation intensive de leurs gisements de schistes bitumineux et de gaz de schiste, les États-Unis sont redevenus très largement le premier producteur mondial de pétrole et gaz et n'ont plus à s'inquiéter autant de la stabilité du monde arabe.
     L'autre éventualité, liée à l'asphyxie économique de l'Iran, serait la remise en selle des extrémistes à Téhéran. Par fierté, n'ayant plus rien à perdre, les Iraniens pourraient se lancer dans une guerre désespérée, avec des conséquences imprévisibles comme le blocage du détroit d'Ormuz par lequel passe l'essentiel de la production pétrolière du Golfe.  
        La dénonciation de l'accord de Vienne et l'installation de l'ambassade américaine à Jérusalem relèvent surtout d'une motivation politique profonde qu'avait déjà décelée Emmanuel Todd en 2002 dans un ouvrage visionnaire, Après l'Empire, Essai sur la décomposition du système américain. C'est sciemment en effet que les États-Unis produisent aujourd'hui du désordre et de la guerre, afin de continuer à apparaître comme indispensable au maintien de l'ordre avec leurs forces armées.
      Selon l'historien, les États-Unis ont connu après la Seconde Guerre mondiale une phase impériale bienveillante. Portés par le prestige de leur victoire sur le nazisme et la puissance de leur industrie (près de la moitié de la production mondiale), ils ont pu ramener la prospérité en Europe occidentale et au Japon ainsi que maintenir une paix approximative dans l'ensemble de la planète. Hollywood, le rock'n roll, Coca Cola et l'american way of life ont fait rêver le monde entier, y compris les pays à gouvernement hostile.
     Mais les choses se sont gâtées dans les années 1970, observe Emmanuel Todd. Les États-Unis ont reporté sur leurs alliés et partenaires le poids de leur fonction militaire, à la manière d'Athènes qui, au Ve siècle av. J.-C., imposa à ses alliés de la ligue de Délos de financer ses trières garantes de leur sécurité face aux Perses. À la différence des Athéniens, les Américains n'ont eu besoin d'exercer aucune contrainte. Ils ont usé simplement du prestige de leur monnaie, le dollar : c'est ainsi qu'au lieu d'augmenter leurs impôts pour financer la course aux armements, ils ont émis des bons du Trésor. Les banques étrangères y ont souscrit sans hésiter en se disant qu'il n'y avait pas de placement plus sûr car le « gendarme du monde » ne pouvait en aucune manière faire défaut, sauf à provoquer l'effondrement de l'économie mondiale.
       Du fait d'une monnaie surévaluée, les États-Unis ont alors vu se creuser leurs déficits commerciaux et se réduire leurs exportations industrielles. Les citoyens américains en ont largement profité avec une charge fiscale réduite et un volume de consommation très supérieur à leur création de richesse.
     Ils ont abandonné à la Chine, au Japon et à l'Allemagne la production de biens manufacturés, en se réservant le soft power représenté par la monnaie de réserve (42% des transactions internationales sont encore effectuées en dollars) ainsi que les activités tertiaires (cinéma et surtout internet).     
      Mais ce privilège impérial a été rendu possible parce que les États-Unis et leur puissance militaire étaient réputés indispensables à la stabilité de la planète. Or, depuis la fin de la guerre froide et plus encore depuis le début du XXIe siècle, les progrès de l'éducation et la maîtrise de la fécondité ont pacifié le monde comme jamais dans son Histoire ! Cela ne fait pas l'affaire des Américains qui pourraient craindre que leurs créanciers leur demandent des comptes (*
     Le cauchemar américain, en ce début du XXIe siècle, eut été une Union européenne partenaire de la Russie selon le projet exprimé en allemand, devant le Bundestag, le 21 septembre 2001 par le président Poutine lui-même : « Nul ne remet en question l'importance des relations partagées entre l'Europe et les États-Unis. Toutefois, je pense que l'Europe peut assurer à long terme sa réputation de centre puissant et politiquement indépendant si elle parvient à associer ses ressources avec celles de la Russie... avec les ressources naturelles, humaines et territoriales... avec le potentiel économique, culturel et de défense de la Russie ».
      Fort heureusement, les stratèges de Washington ont eu vite fait d'enterrer ce projet concurrent. Avec le concours bienveillant de la Pologne et des États baltes, viscéralement antirusses, ils multiplient aujourd'hui les exercices militaires aux portes de la Russie, façon d'humilier le peuple russe et ses dirigeants.
     Le président russe, renvoyé dans ses cordes, se voit obligé de jouer la carte eurasiatique en se rapprochant de la Chine à travers le groupe de Shanghai. Et tant pis pour les industriels et les agriculteurs allemands et français, privés du marché russe. Heureusement, l'Europe peut continuer de se pourvoir en gaz russe. Mais jusqu'à quand ?
     La nouvelle « guerre froide » entre les États-Unis et la Russie semble bien partie, à cela près qu'elle n'oppose plus deux superpuissances qui dominent chacune la moitié du monde comme dans les années 1950 mais deux pays blessés qui ne pèsent plus très lourds face aux puissances montantes d'Asie.Leur combat nous fait penser à ce tableau de Goya où l'on voit deux bandits en train de s'étriper cependant qu'ils sont tous les deux en train de s'enfoncer dans les sables mouvants.   Comme ces deux-là, les USA et la Russie s'anéantissent mutuellement avec pour seul résultat d'ouvrir la voie à leur rival commun, la Chine.
           Contre la Chine.  
                                      L'autre cauchemar américain est en effet la Chine qui, après avoir été l'atelier à bas coût des multinationales américaines, est subrepticement devenue une puissance autonome, avide de reprendre la place qui lui revient, la première. L'État chinois, à la différence de l'Europe, a su s'émanciper des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) en créant ses propres acteurs de l'internet. Plus gravement peut-être, il s'est approprié un quasi-monopole des terres rares indispensables à l'industrie électronique mondiale et aux armées modernes. Mais pour l'heure, il est encore soucieux de ménager les États-Unis dont il est devenu le premier créancier par ses achats massifs de bons du Trésor.
     En attisant les tensions dans la mer de Chine, avec la Corée du Nord par exemple, le président Trump a voulu montrer à ses voisins que les États-Unis sont encore redoutables et indispensables au maintien de l'ordre international .
      Soucieux de contrer l'influence de la Chine, il a par la même occasion rappelé à ses alliés traditionnels, le Japon et Taiwan, leur dépendance à l'égard du parapluie nucléaire américain. On peut comprendre de la sorte son surprenant bras de fer avec la Corée du Nord. De bienveillant, l'Empire américain est ainsi devenu... malveillant et agressif !
      Déjà en 2002, Emmanuel Todd écrivait : « Les États-Unis sont en train de devenir pour le monde un problème. Nous étions plutôt habitués à voir en eux une solution. Garants de la liberté politique et de l'ordre économique durant un demi-siècle, ils apparaissent de plus en plus comme un facteur de désordre international, entretenant, là où ils le peuvent, l'incertitude et le conflit » (Après l'Empire).
    L'historien avançait l'idée que les États-Unis, pour conserver leur fonction gendarmesque, seraient conduits à affronter des acteurs mineurs. Et de citer l'Irak, l'Iran, la Corée du Nord, Cuba etc. L'exception remarquable est le Vietnam communiste, que les Américains ménagent avec soin, ayant perdu l'envie de l'affronter...
     Il faut dire que, depuis les guerres du XIXe siècle contre les Indiens, les Mexicains et les Espagnols jusqu'aux guerres du XXe siècle contre le Japon et l'Irak, les Américains ont toujours privilégié les guerres asymétriques et évité les adversaires à leur taille (l'exception allemande n'en est pas une, l'armée américaine n'ayant affronté les Allemands qu'en 1918 et 1944, quand ceux-ci étaient déjà passablement affaiblis).
     Si l'on craint aujourd'hui encore la puissance de frappe des États-Unis, ce n'est pas à leurs fantassins que l'on pense (on les a vus en 1992 se débander devant des Somaliens) mais à leurs armes nucléaires, à leurs bombardiers et maintenant à leurs drones (avions sans pilote). Précurseurs dans ces domaines comme dans beaucoup d'autres, les Américains conserveront leur avance aussi longtemps que les Chinois ne les priveront pas des composants électroniques et des terres rares indispensables au fonctionnement de leurs armes. 
           Contre les "alliés" européens.
                                                  Protégés par deux océans et disposant de leurs propres réserves d'hydrocarbures, les Américains n'ont pas trop à se soucier d'un regain de troubles au Moyen-Orient et dans le Golfe Persique. Ils peuvent multiplier les foyers d'incendie dans cette région sans trop de conséquences pour eux-mêmes... Il en va différemment des Européens, d'autant que ceux-ci sont encore très dépendants du pétrole moyen-oriental.
     Pour ne rien arranger, les grandes entreprises françaises et surtout allemandes ont beaucoup investi en Iran. Si elles maintiennent leurs relations avec ce pays au-delà du 4 novembre 2018, Donald Trump les a menacées de représailles financières sur leurs avoirs en dollars. Il s'agit d'une forme de protectionnisme autrement plus violente et efficace qu'une quelconque augmentation de droits de douane !
      Et de façon tout aussi unilatérale, sans prendre la peine d'en référer à ses « alliés », Washington menace aussi de sanctions économiques la Russie sous le prétexte de la tentative de meurtre d'un agent double à Salisbury (on croit rêver quand on songe aux forfaits autrement plus graves dont se sont rendus coupables les services secrets américains : Mossadegh, baie des Cochons, Allende etc etc). Cela signifie-t-il que les entreprises européennes devront renoncer à commercer avec la Russie comme avec l'Iran ?
       Céder aux menaces reviendrait pour les Européens à abdiquer leur souveraineté, comme l'a bien perçu le président de la République française. « Si nous acceptons que d'autres grandes puissances, y compris alliées, y compris amies dans les heures les plus dures de notre histoire, se mettent en situation de décider pour nous notre diplomatie, notre sécurité, parfois en nous faisant courir les pires risques, alors nous ne sommes plus souverains, a déclaré Emmanuel Macron le 10 mai 2018 à Aix-la-Chapelle. Et il a ajouté : Nous avons fait le choix de construire la paix et la stabilité au Proche et au Moyen-Orient (...). D'autres puissances, tout aussi souveraines que nous, ont décidé de ne pas respecter leur propre parole. Devons-nous renoncer pour autant à nos propres choix ? »
          Reste à savoir quelle suite sera donnée à ces fortes paroles. Si les Européens rendent les armes devant un Empire américain désormais clairement agressif, même envers ses alliés, c'en sera fini de la phraséologie bruxelloise sur le libre-échange, la paix, l'union, la concertation etc. Nous entrerons dans un nouveau monde dans lequel, entre les États-Unis, la Chine et peut-être la Russie, l'Europe n'aura plus sa place.
       Ne nous voilons pas la face. Par lassitude, dégoût, fatigue ou intérêt, les États européens sont en voie d'abdiquer leur souveraineté au profit de Washington comme l'a anticipé Emmanuel Macron. Ne maîtrisant ni leur stratégie militaire, décidée par les généraux américains de l'OTAN, ni leur diplomatie et leur commerce comme le montre le précédent iranien, ils seront bientôt devenus un protectorat de Washington. Les États européens conserveront leur statut, comme la Tunisie sous le protectorat français, mais leurs citoyens, entrés en servitude volontaire, n'auront plus voix au chapitre et leurs élus débattront de sujets anecdotiques tels que le harcèlement de rue en laissant à d'autres la monnaie, la diplomatie, le droit commercial, la stratégie militaire, les frontières et les alliances.      [André Larané]
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