Le MILLION de visites est atteint. Merci de vos visites et de votre indulgence. En route pour la suite...si Dieu me prête vie!

mardi 14 février 2012

H.Ford: singulier destin

____Mythe au double visage

De la lumière à l'ombre

De la rationalité industrielle aux dérives mégalomaniaques


_____C'était l'époque où Détroit rêvait... au coeur de l' American dream, quand la cité n'était pas encore ce qu'elle est récemment devenue...
Après l'ère des pionniers conquérants territoriaux, l'ère des aventuriers industriels commençait vraiment, le pétrole ne manquait pas. Tout semblait possible. A partir de (presque) rien, on pouvait encore se faire un nom et une fortune, dans les terres vierges de l'industrie, dans un dynamisme que Tocqueville avait bien décrit dès le 19° siècle.

__Dès 1908, Henri Ford, figure emblématique de l'épopée industrielle US, d'origine modeste, peu cultivé, mais malin et ardent bricoleur, trouve l'occasion de fabriquer une petite machine à vapeur et une des toutes premières voitures, qu'il rêve de diffuser à tous. Puis, sur un marché prometteur, vient vite le succès, grâce aux nouvelles méthodes de production qui ont fait sa réputation. L'histoire officielle n'évoque guère quelques mythes concernant des inventions qu'on lui a attribuées. (1)
L'homme qui instaure un maximum de rationalité dans l'organisation du travail, grâce au taylorisme, est aussi un patron paternaliste, méfiant vis à vis de toutes formes de contestations, et ne reculant devant aucune méthode pour maintenir son pouvoir de droit divin, comme beaucoup d'autres à l'époque, notamment Rockefeller. Il se méfie notamment de toutes formes de mouvement revendicatif et syndical.

"Au début des années 1930, malgré la Grande Dépression, Henry Ford accélère la production à un rythme insupportable. Il règne sur ses usines par la crainte ; alors que leurs conditions de vie se dégradent, ouvriers et cadres se méfient des mouchards. Ford utilise en effet près de 3 500 hommes de main pour empêcher les syndicats d’entrer dans l’usine. Le maire de Détroit observe d’ailleurs qu’« Henry Ford emploie certains des pires bandits de notre ville ». Harry Bennett, un ancien Marine nommé à la tête du service de sécurité interne, emploie différentes tactiques d’intimidation pour écraser la syndicalisation dont le plus célèbre incident, survenu en 1937, aboutit à une bagarre sanglante ; l’événement sera connu sous le nom de « Bataille de l’Overpass ». La même année, Walter Reuther, futur président de l’United Auto Workers (l’Union des Ouvriers de l’Automobile) est brutalisé à Red River pour avoir distribué des tracts syndicaux..."
____Voilà pour l'homme rationnel: efficace et opportuniste, d'une philanthropie intéressée ("une voiture pour tous")
La face irrationnelle, c'est son antisémitisme affiché et militant, qui va l'amener aux pires dérives et aux pires fréquentations. Il se met à fréquenter
et à soutenir les mouvements précurseurs et alliés du nazisme aux Etats-Unis. Une osmose s'est produite naturellement entre les thèmes racistes du futur Reich et ceux qui régnaient depuis longtemps Outre-Atlantique, dont C.Lindbergh fut à une époque un ardent propagandiste.
"..Les doctrines scientifiques et les pratiques racistes politiques et juridiques des Etats-Unis ont eu un impact non négligeable sur les courants équivalents en Allemagne.Cette connexion américaine remonte tout d’abord à la longue tradition de la fabrication juridique de la race – une tradition qui exerce une grande fascination sur le mouvement nazi dès ses origines. En effet, pour des raisons historiques, liées entre autres à la pratique ininterrompue, des siècles durant, de l’esclavage des Noirs, les Etats-Unis offrent le cas peut-être unique d’une métropole qui a exercé, et sur son propre sol, une classification raciste officielle comme fondement de la citoyenneté..".
Ford va même devenir un inspirateur d’Adolf Hitler et celui-ci lui fit décerner une très haute distinction nazie. Lors de la réception, en présence de l’attaché culturel allemand, Ford lève son verre et souhaite : « le succès de la jeune et puissante Allemagne nazie dans sa tâche d’éradication de toutes les vermines et dégénérés qui salissent la race blanche ». Le Führer garda toujours une photo de l'industriel dans son bureau.
___________Henry Ford participa également à l'effort de guerre allemand, comme certaines grandes banques américaines, et des groupes industriels (General Motors, Standart Oil, ITT, etc...), ce que confirme de façon détaillée l'historien belgo-canadien
Jacques R.Pauwels , dans son étude très débattue sur La guerre 1939-1945 : une "bonne" guerre ...pour quelques grands intérêts US, jouant contre leur camp)
__Selon Pierre Abramovici : « En 1938, Ford Compagny ouvrira, dans la banlieue de Berlin une usine d'assemblage de véhicules de transports de troupes. Avec Opel, société d'origine allemande, mais propriété de General Motor, l'autre grand constructeur automobile US, Ford produira près de 90 % des half-tracks de 3 tonnes et 70 % des camions lourd et moyen tonnage utilisés par la Wehrmacht. » Après la guerre, les firmes ITT et General Motors se font dédommager par le gouvernement américain pour les dommages causées à leurs usines en partie détruites par les bombardiers américains. « De son côté, Ford arrache un peu moins d'un million de dollars pour les dégâts provoqués à ses chaînes de fabrication de camions militaires installées à Cologne. Sans compter les 38 millions de francs versés, pendant la guerre, par Vichy, après le bombardement par des avions alliés de son usine de Poissy dans laquelle elle produisait vingt camions par jour destinés à la Wehrmacht. »
___Ford Company à Cologne utilisa des travailleurs esclaves. Aucune suite ne fut donnée après la guerre à cette bonne collaboration.La société fut indemnisée pour les dommages subis en Allemagne lors des bombardements allié (1 million de dollars pour la « destruction » de son usine de Cologne, qui fut pourtant totalement reconstruite et opérationnelle dès 1945).
____________Le rêve amazonien fut la dernière folie de H.Ford, qui passa de l'industrie au commerce et aux plantations d' l'hévéas, nécessaires pour les pneus de ses voitures. La folie des grandeurs et la lutte contre une nature difficile, les problèmes sociaux et sa politique paternaliste et autoritaire aboutirent à l'échec de l'aventure brésilienne qui lui avait coûté une fortune.
__________
(1)Contrairement à la croyance répandue, Henry Ford n’invente pas l’automobile. C’est plutôt un certain Karl Benz qui accomplit l’exploit en 1885. Ferdinand Verbiest avait lancé l’idée en 1672, avec un véhicule autonome à vapeur qui ne connut pas un succès retentissant. C’est 13 ans avant la fondation de la compagnie Ford que la première production industrielle d’automobiles est lancée, en France, par Émile Levasseur et Armand Peugeot. Dès 1897, la Daimler Motor Company se lançait dans la production de masse de son véhicule, la même année où Rudolf Diesel construisait son premier moteur.
Contrairement à la croyance répandue, la chaîne de montage n’a pas été inventée par Henry Ford. La chaîne de production avait été conçue par Oliver Evans en 1780 et la chaîne d’assemblage proprement dite fut l’œuvre de Eli Whitney, autre fils de fermier états-unien né dans la région de Boston, qui organisa ainsi sa fabrique de mousquets en… 1801 ! Une chaîne d’assemblage a également été inaugurée la même année en Angleterre par le Français Marc Brunel.

Contrairement à la croyance répandue, Ford n’a pas non plus été le pionnier de la chaîne d’assemblage pour l’industrie automobile. Ransom Eli Olds l’avait brevetée en 1901, faisant de sa compagnie, la Olds Motor Vehicle Company, la première entreprise états-unienne à se lancer dans la production de masse dans le secteur automobile.

lundi 13 février 2012

Quand l' Empire s'effrite...

On achève bien les empires...

__A Davos, ce n'est plus ce que c'était.
L'ambiance est morose, les cénacles sont désertés. La messe est triste.
Les représentants des USA y font des constats désabusés, comme en 2009 déjà. La foi au développement économique n'y est plus. Le rêve américain s'étiole.
Même les secteurs de pointe se font rejoindre ou doubler par les puissances montantes. Le dépassement par la Chine, qui talonne déjà l'Oncle Sam dans certains secteurs, est programmé pour plus tôt que prévu. Les universités perdent leur substance, des cerveaux fuient et le recrutement d'élites étrangères se tarit ou ne fonctionne plus.
Si on ajoute à cela un endettement phénoménal, une monnaie en péril, des institutions dégradées, le tableau est sombre pour l'avenir de ce pays aux clivages toujours plus marqués. L'économie US, ou ce qu'il en reste, ne pourra durer que tant qu'elle sera financée par les créanciers. La montée en puissance des rivaux met en péril le monopole qu'elle exerçait sur les affaires mondiales. La dépendance économique par rapport à la Chine notamment la rend vulnérable aux vicissitudes de sa "partenaire", atelier du monde, fournisseur essentiel de Wall Mart et bailleur de fonds, sans lequel le niveau de vie plongerait dangereusement. Le pays vit sous perfusion et ne tient que par le souvenir de son aura passé, par le pouvoir de battre monnaie à son gré et par sa puissance militaire déclinante.
____Le thème du déclin de l'empire est récurrent aux USA depuis la fin de la guerre du Vietnam, mais se renforce depuis une dizaine d'années et ne semble plus un mythe aujourd'hui.
Il n'y a pas que des intellectuels, tel Paul Craig Roberts, Robert Reich ou certains responsables politiques qui font ce constat, le pessimisme gagne toutes les couches de la population:
"
Insidieusement depuis la crise financière, le "déclinisme" s'est introduit dans le débat public américain. Appuyée par une abondante littérature, l'idée a fait son chemin dans l'opinion publique : selon un sondage publié en octobre par le magazine Time, 71 % des Américains pensent que leur pays est en déclin. Une idée que relayait d'ailleurs Freedom, le roman de Jonathan Franzen, publié aux Etats-Unis en septembre 2010 (éditons de l'Olivier, 2011). Ce roman, qui a remporté un immense succès, scrutait les dérives de la société américaine, et la fragmentation des idéaux sous l'effet de l'argent et du consumérisme...En 1978, l'adoption d'une série de lois a consacré l'emprise de l'argent sur la politique. Pour George Packer, "l'argent organisé et le mouvement conservateur ont saisi ce moment pour ent
reprendre un transfert massif, générationnel, de la richesse du pays vers les Américains les plus riches". Toujours dans Foreign Affairs, d'autres intellectuels, Francis Fukuyama - qui, après avoir annoncé la fin de l'Histoire, pose à présent la question de "l'avenir de l'Histoire : la démocratie libérale peut-elle survivre au déclin de la classe moyenne ?" - et Charles Kupchan, qui décrypte "le malaise démocratique", font des analyses proches de celle de Packer...
Barack Obama, succédant à George Bush qui voyait dans les Etats-Unis le pays "choisi par Dieu et par l'Histoire pour servir de modèle au monde", veut, lui, plus modestement, que l'Amérique reste "la nation indispensable".

_Comme la France est devenue une puissance (très) moyenne, depuis la fin de la décolonisation et la montée des pays émergents, les USA peuvent assez vite et peut-être brutalement perdre leur hégémonie économique et financière, la crise pouvant rebondir. L'hégémonie militaire qui resterait serait juste capable, à grands frais, d'en préserver des lambeaux.
Le déclin est-il vraiment programmé ? Difficile de faire dans la voyance, mais quand un pays doute ainsi de lui-même, quand l'ennemi est intérieur, on peut légitimement se poser la question.
Le leadership mondial de l'empire se réclamant naguère d'une destinée manifeste essaie désespérément de durer. Le keynésianisme militaire ne saurait durer. Le miroir est brisé.
"En janvier 1900, le sénateur américain Albert J. Beveridge déclarait, à propos de l’annexion des Philippines par les États-Unis : « Dieu a fait de nous les maîtres organisateurs pour établir un système dans un monde où le chaos règne. Il nous a insufflé l’esprit du progrès pour renverser les forces de la réaction sur toute la Terre. Il a fait de nous les adeptes du gouvernement que nous devons administrer sur les peuples sauvages et séniles. Sans cette force, le monde sombrerait à nouveau dans la barbarie et l’obscurantisme. » Plus de quatre-vingt-dix ans plus tard, à l’issue de la guerre du Golfe, le général américain Colin Powell annonçait à son tour : « L’Amérique doit assumer la responsabilité de sa puissance. Nous devons diriger le monde. (…) C’est notre rendez-vous avec le destin. (…) Nous ne devons pas laisser l’Histoire nous échapper. »
_____Too big to fail ?
Combien de puissances n'ont pas survécu à leur obésité et leurs dysfonctionnements?
Sic transit...
E.Todd ne manquait pas de clairvoyance.
__________________
_Le déclin du rêve américain

vendredi 10 février 2012

Grèce: pour l'exemple?

Greece's Debt: Bad Options

"Clysterium donare_ Postea saignare_ Ensuita purgare _Il doit jurer De non jamais te servire De remediis aucunis _Quam de ceux seulement doctore facultatis_ Maladus dust-il crevare _Et mori de sue male" (Molière)
______________Tout ne va pas si mal au pays des Héllènes:
Les armateurs peuvent continuer à mener grande vie, les députés ne sont pas sur la paille, les popes mangent à leur faim et les généraux plastronnent. Seuls problèmes pour les privilégiés: un peu moins de Mercédes, d'Audi et de BMW...
Mais pour la majorité du peuple et des classes moyennes, c'est la spirale infernale, chaque jour devenant plus marquée, comme en période de guerre.
__Un cercle vicieux s'est installé, la détresse est palpable, même si elle n'est pas toujours visible, la faim affecte même des enfants, se soigner devient un luxe, il faut payer les médicaments , quand on en trouve, de nouveaux sans-abri font leur apparition. A court de trésorerie, les entreprises qui résistent encore ne paient plus de TVA, ce qui affaiblit les ressources publiques et compromet encore plus le remboursement de la dette...
_Bref, le naufrage se confirme, dans ce pays pompé jusqu' à la moëlle, où la désespérance s'installe: une situation kafkaïenne et barbare, qui risque d'enfanter les pires désordres.
On dira qu'une mauvaise gestion, longtemps tue par l'Europe et encouragée par Goldman Sachs, est la cause de cette dérive, mais c'est oublier l'absence de solidarité européenne, mettant en concurrence des économies très inégalement développées, sous le joug d'une monnaie favorisant les plus industrialisés et exportateurs. Il s'agit surtout de sauver l'euro.
Cette dette est odieuse aux yeux de la majorité des Grecs d'aujourd'hui.
______Bruxelles veut surveiller les finances publiques grecques. Remède de cheval ou stratégie du choc? Une souveraineté, ou ce qu'il en reste, sous surveillance, un pays mis sous tutelle
"La construction économique européenne montre (là) ses limites, voire son échec. Cette affaire illustre jusqu’à la caricature l’inexistence de toute stratégie concertée et de coopération en matière économique. Même à l’intérieur de l’Union, les Etats sont dans une logique de concurrence exacerbée les uns contre les autres. Les déséquilibres croissants deviennent intenables entre les pays exportateurs et les pays déficitaires, . La tension qui en résulte menace non seulement la monnaie unique mais la construction européenne elle-même, car c’est ici le libre échange intérieur qui est mis en cause, la base de la base du fondement de la construction européenne depuis le traité de Rome !.."(Malakine)
____On le sait peu, mais un chaos de ce genre, la Grèce l'a déjà connu

__Veut-on faire de la Grèce un EXEMPLE ?
" Selon le nouveau plan concocté," le SMIG serait baissé de 22%, les salaires des entreprises publiques diminués, 15.000 emplois supprimés dans le secteur dans l’année et des coupes à hauteur de 15% effectuées dans les retraites complémentaires. Aucune mesure concernant les avantages fiscaux des armateurs grecs, de l’église orthodoxe et des grandes familles n’a été divulguée. Sous couvert de la construction d’une Grèce moderne, c’est la plus traditionnelle dont les intérêts sont sauvegardés. Michalis Chrissohoïdis, le ministre grec de l’économie, vient de déclarer au Frankfurter Allgemeine Zeitung que « si nous continuons à couper encore et toujours dans les revenus des gens, et que nous amenons la Grèce de la récession à la dépression, la question la plus grave à laquelle ce pays sera confronté sera prochainement le maintien de la paix sociale »."
Tout se passe comme si la Grèce devait servir de laboratoire, être un cobaye pour expérimenter une "faillite contrôlée": "Nous vivons sous une dictature économique. Et la Grèce est le laboratoire où l’on teste la résistance des peuples. Après nous, ce sera le tour des autres pays d’Europe. Il n’y aura plus de classe moyenne."disent certains responsables.
" Nouveau plan de rigueur, nouvelles restrictions budgétaires, nouveaux sacrifices : la population grecque déjà au bord de l'asphyxie ne voit pas la fin de ce goulot d'étranglement. Car comment relancer la croissance si la population a à peine de quoi vivre ? Panagiotis Grigoriou n'en finit pas de dénoncer les décision politiques prises dans les hautes instances, et voit son pays comme le « premier cobaye dans le processus du démantèlement des règles démocratiques en Europe ».

Mais l’Europe joue avec le feu, car, "contrairement à ce que déclarent Sarkozy et Merkel, l’Europe n’est pas « sauvée ». Bien au contraire, elle sacrifie aujourd’hui son « âme », son projet fondateur d’un espace de mieux vivre partagé, sur l’autel de la créance, en choisissant pour des raisons comptables à courte vue de plonger dans la misère tout un peuple, de tolérer des taux de chômage des jeunes avoisinant les 50% dans plusieurs pays. Ce n’est pas un hasard, si Martin Wolf a mentionné hier dans Le Monde Heinrich Brüning, dernier Chancelier de la République de Weimar, dont la désastreuse politique de déflation a propulsé Hitler au pouvoir. L’Europe a appris au prix fort que misère, désespoir et démocratie ne font pas bon ménage. Ce fut l’ardente obligation ayant présidé à la refondation du contrat social de l’après guerre : éradiquer les causes du désastre. Hélas, nos dirigeants de l’heure paraissent avoir oublié cette terrible leçon. On se prépare aujourd’hui à saigner à mort la Grèce pour la « guérir » - à enterrer du même coup ce qui reste de l’idéal européen, en prenant le risque insensé de réveiller les vieux démons. "
Ce "sauvetage" accule la Grèce
"Le plan de réforme structurel n’apporte aucun soulagement aux maux de la Grèce. Les mesures imposées par la Troïka sont déjà considérées comme inapplicables. En contrepartie d’une nouvelle aide de 130 milliards d’euros, de nouvelles « réformes structurelles » sont exigées. Ainsi, le salaire minimum dans le privé doit être diminué de 22 %, pour être ramené à moins de 600 euros. Les contrats de travail dans le privé seront révisés pour permettre une nouvelle flexibilité. Les droits à la retraite, qui ont déjà été révisés, seront revus à nouveau à la baisse. Les dépenses publiques doivent être réduites derechef de plus de 3 milliards d’euros dès 2012. Après l’éducation, les transports, c’est la santé qui est visée. 1,1 milliard d’économies a déjà été approuvé sur les dépenses de santé, alors que plus d’un tiers des Grecs sont déjà exclus du système, faute de moyens. Les dépenses dans la défense vont être réduites de 400 millions d’euros, tout comme celles des collectivités territoriales. Alors que 30.000 emplois ont déjà été supprimés dans la fonction publique, 15.000 autres devraient à nouveau disparaître....
Résultat : l’économie grecque est exsangue. Le pays entame sa cinquième année de récession consécutive, les faillites s’accumulent dans les entreprises et les commerces, la production industrielle a chuté de plus de 11 % en décembre.
Les dernières statistiques publiées aujourd’hui font état d’un taux de chômage dépassant les 20 % de la population active et touchant 48 % des jeunes. « La chute de l’emploi en un mois est sans précédent », assure un analyste. En dépit de ces chiffres, le FMI et l'Europe tablent sur un scénario d'un excédent budgétaire primaire (hors charges d'intérêts) de 4,5 % en 2014 dans le cadre du plan de sauvetage. Même avec beaucoup d'imagination, cet objectif paraît surréaliste. « Nous allons vers un autre drame en Grèce avec beaucoup de questions non résolues. C’est une situation insoluble où on leur demande de réduire leur déficit sans croissance. C’est un piège », expliquait Patrick Legland, responsable de la recherche à la Société générale sur Bloomberg TV. « Ces mesures n’aident pas au sauvetage de la Grèce », estime de son côté la banque UBS qui estime désormais à 50 % – contre 22 % auparavant – l’éventualité d’une sortie de la Grèce de la zone euro dans les dix-huit mois. Il est rare que les populations et le monde financier partagent les mêmes analyses.
Même le FMI a des doutes sur la voie empruntée par l’Europe.
« Beaucoup de critiques à l’étranger sous-estiment le fait que la Grèce a déjà fait beaucoup, à un prix très élevé pour la population », a reconnu Paul Thomsen, chef de mission du FMI. De nombreux experts s’interrogent sur le bien-fondé de toutes les mesures d’austérité exigées par l’Europe...

L’idée semble désormais cheminer dans la tête des politiques. Mardi, la commissaire européenne grecque, Maria Damanaki, a reconnu dans un entretien au journal To Vima tis Kyriakis que des scénarios alternatifs d’un abandon de l’euro par la Grèce sont «ouvertement étudiés »...la chancelière allemande, Angela Merkel, a de plus en plus de mal à convaincre sa majorité de soutenir la Grèce.
Pour eux, toute aide supplémentaire n’est que gaspillage d’argent. Les dernières tractations des partis politiques grecs, jugés irresponsables, risquent d’accroître leur résistance. D’autant qu’ils estiment qu’après deux années de crise, le système financier a eu le temps de préparer la sortie de la Grèce de la zone euro. Selon eux, les conséquences seraient moins graves aujourd’hui qu’en 2010. « Nous voulons que la Grèce reste dans l’euro », a répliqué José Manuel Barroso, président de la commission européenne, avant d’ajouter cet argument définitif qui en dit long sur l’état d’esprit européen : « Les coûts d'une sortie de la Grèce de l'euro seraient plus élevés que les coûts pour continuer à soutenir la Grèce. »
Y a-t-il encore un responsable européen qui se rappelle les principes fondateurs qui ont présidé à la construction européenne ?"
(Martine Orange)
Mais Mr Barroso a du souci à se faire: en Grèce elle-même on étudie la sortie de l'euro . "Nous vivons sous une dictature économique. Et la Grèce est le laboratoire où l’on teste la résistance des peuples. Après nous, ce sera le tour des autres pays d’Europe. Il n’y aura plus de classe moyenne." pense-t-on de plus en plus à Athènes, où on n'oublie pas l' histoire...
___Άγαθῇ τύχῃ! Courage au peuple grec!
_____________________
-Modélisation du désastre grec
-L'Europe saigne la Grèce pour sauver l'euro
-Grèce, bientôt la solution finale?

-Grèce : on ne rit plus
-La Peau de la Grèce
-Grèce - AgoraVox
-
Le laboratoire grec sert à radicaliser des politiques d’austérité

mercredi 8 février 2012

Allo police!

Pistes pour une autre police

____Bâtir une relation de confiance avec la police, aujourd'hui désorientée, est une nécessité, voire une urgence, surtout en milieu urbain, spécialement dans les zônes de relégation
"La dégradation des relations entre la police et la société alimente régulièrement la chronique des faits divers. Elle engendre également un sentiment, de plus en plus ouvertement exprimé, de malaise chez les policiers. Le discours de fermeté tenu depuis près de dix ans par les dirigeants politiques français s’est accompagné d’une fragilisation relative de l’institution, désormais incapable d’inspirer confiance et obligée de surenchérir dans la répression pour se faire respecter. Les années récentes ont ainsi été marquées par une évolution paradoxale dans la manière de percevoir leur travail par les policiers : ils se présentent de plus en plus comme les victimes de l’insécurité, réclamant protection et soutien à leurs autorités de tutelle, alors même qu’ils ont en charge le maintien de l’ordre public. Ce renversement de perspective a des conséquences évidentes sur la conception qu’ils ont de leur métier et sur leur identité socio-professionnelle, notamment lorsqu’ils estiment être insuffisamment soutenus, par la justice et les magistrats, dans l’exercice de leurs fonctions."
_La police de proximité, celle qui se montre, rassure et connaît le quartier a été quasiment supprimée. Mise en place à partir de 1998 par Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Intérieur du gouvernement Lionel Jospin, elle disparaît avec N.Sarkozy en 2003, qui a même introduit le projet de police privée. Le "sergent de ville" n'est plus dans l'espace urbain.
"Dès le second Empire, Napoléon III avait instauré à Paris une police caractérisée par sa visibilité, son mouvement, son contact quotidien avec la population, la police des sergents de ville, appelée à rester la principale force de l’ordre de la capitale sous la IIIe République. Sa fonction est clairement exposée par le ministre de l’Intérieur Billault en 1854 : « Le principe […], c’est la présence partout, jour et nuit, à toute heure, de nombreux agents [en tenue] dont chacun, chargé de la surveillance exclusive d’un espace très circonscrit […], connaît à fond la population et les habitudes, se trouve toujours là, prêt à donner son appui […] et, par ces allées et venues continuelles, ne laisse aux malfaiteurs ni le loisir de consommer, ni même de préparer sur place leurs coupables projets »
_La comparaison avec la police anglaise est intéressante, dans la mesure où, malgré de récentes dégradations, la relation de confiance entre la population et sa police est inscrite dans une tradition très ancienne et profonde. Des réformes récentes ont renforcé son efficacité, de manière trop managériale sans doute, mais dont pourrait parfois s'inspirer.
Contrairement au Mexique gangrené par les narcotrafiquants ou au Brésil, où la corruption est courante.
________Le tout-sécuritaire français actuel est une dérive et un mythe.
Les chiffres de la délinquance, si souvent contestés, ne sont guère fiables et que met-on sous la notion floue de délinquance?
Depuis 2002, les consignes ont été clairement de faire du chiffre, de manière obsessionnelle
Les statistiques sont souvent instrumentalisées à des fins politiques.
D.Fassin avait fait une étude sur le terrain du mode de fonctionnement de certaines unités de police (BAC), F. Jobard en souligne la nouveauté, l'intérêt mais aussi les limites.
_________Remettre la police au service des citoyens doit redevenir un objectif prioritaire
"Une politique de la police centrée sur la répression et guidée par l’obsession du chiffre est une mauvaise politique... les missions de prévention et de service ont été oubliées. Pour que la police redevienne efficace et légitime, elle doit replacer le citoyen au cœur de son action et être réellement coordonnée par le pouvoir central et les pouvoirs locaux."
Quel Président s'attellera à cette tâche, surtout dans les zônes de quasi non-droit, abandonnées à elles mêmes?
___________
Merci à La vie des Idées
- La « police de proximité », un projet neuf ?

mardi 7 février 2012

(Mauvais) gag du gars Guéant

Beaucoup de bruit pour rien? Si, pour faire oublier le bilan...

____ Propos de Madame Michu, place Beauvau...


__Faisons-la drôle, pour ne pas donner trop l'importance à une saillie de simple braconnier, qui n'est sociologiquement intéressante que par les réactions souvent contradictoires, embrouillées et révélatrices qu'elle provoque.
Il est clair que le locataire de la place Beauvau était en mission, en service commandé, pour moissonner dans les champs du FN. Mauvais sondages obligent...
Certains passages du ministre, hors contexte et hors considération du public concerné, semblent anodins, mais, connaissant l'homme, on peut le soupçonner de machiavélisme politique. Tout est calculé pour faire du buzz, engendrer la peur et les réactions xénophobes par des procédés grossiers: vieille recette....Les marinistes de RL renchérissent avec "subtilité"
Propos non pas odieux, mais stupides.


__________"Le ministre opère là une succession de raccourcis stupides et d’amalgames douteux. Qu’est-ce donc d’abord que cette "idéologie relativiste de gauche" ? Où se cachent ces mécréants pour lesquels tout se vaudrait, le Bien comme le Mal, la liberté comme l’oppression, la démocratie comme la tyrannie ?… En fait, le ministre de l’Intérieur use sciemment du terme de « civilisation » en lieu et place de celui de "régime"..."


__Guéant n'est pas Levi-Strauss, c'est sûr, et le relativisme culturel (qui n'a qu'un sens anthropologique) n'est pas son fort, même si l'ethnologue n'interdit pas d'avoir des préférences, du point de vue des valeurs universelles qui sont les nôtres à un moment donné de notre histoire. On pensait Huntington passé de mode...
Il n'est pas loin le temps où nous exhibions nos sauvages, bafouant les Droits de l'Homme en toute bonne conscience républicaine. Si l'Occident, concept flou, doit servir de référence et de modèle, on oubliera notamment ses périodes de barbarie et ses nombreuses exactions, dont l'aventure irakienne est une des plus récente.

________L'essentiel est de faire du bruit pour oublier le bilan
"...
Faute de résultats, le champion de la culture du résultat est condamné à la fuite en avant identitaire. Autrement dit, l’échec économique qu’aggrave et que met en lumière la crise actuelle interdit de revenir sur le «travailler plus pour gagner plus», soit sur le «président du pouvoir d’achat». C’est une explication négative : «faute de mieux» ou «à défaut d’autre chose». D’autre part, et c’est le versant «positif» de l’explication, Claude Guéant emprunte au Front national moins ses mots que sa tactique. Comment combattre l’extrême droite, s’interroge-t-on depuis les années 1980 ? La réponse est toujours la même : moins sur le terrain des valeurs que sur celui de l’économie. Voyez comme la journaliste Anne-Sophie Lapix a pu désarçonner Marine Le Pen, récemment, en parlant chiffres...
_Aujourd’hui, le camp présidentiel reprend donc la tactique du FN :
l’important, c’est de faire du bruit – peu importe qu’il soit favorable ou pas. On ne parle plus de la TVA sociale, et on débat de la valeur des civilisations ! C’était déjà la tactique utilisée au moment du discours de Grenoble, qui a fait oublier l’affaire Woerth-Bettencourt. On peut donc craindre, à mesure que les difficultés de tous ordres s’accumulent, que Nicolas Sarkozy et les siens se complaisent de plus en plus dans un bruit qui n’est pas sans odeurs..."

________"Le rôle de l'Etat, ce n'est pas de créer de l'agitation, de soulever des provocations ou des peurs" (F.H.)
________________
-
Attention au détournement de l'ethnologie
-Vous avez dit «civilisations» ?

lundi 6 février 2012

Ecole en campagne

L'école, en danger, s'invite dans la campagne

__C'est devenu un rituel: à chaque grande élection, l'école réoccupe le devant de la scène.
Plus particulièrement cette fois-ci. Cristallisant tous les malaises et toutes les fausses espérances dans un société en crise, ce thème sera forcément porteur et passionnel. Le corps enseignant, souvent découragé, représente une masse électorale non négligeable...Mais sera-il dupe?

_Sarkozy annonce que ce sera son objectif de campagne dominant, prétendant instaurer un débat sur l'école,, alors que les enseignants fustigent son bilan et qu'elle n'est plus une prorité depuis longtemps.
Leurs représentants avancent 10 propositions pour sortir de la crise scolaire, ne voulant plus être de simples exécutants caporalisés, mais redevenir des acteurs de l'école, retrouver une légitime autonomie.
Luc Chat
el, le Moody's de l'éducation, l'homme de l'anglais à trois ans, chaud partisan d'une autonomie dans le nouveau marché scolaire privatisé qu'il appelle de ses voeux, prétend vouloir changer l'école, passer de la la craie aux technologies modernes, pour aboutir sans doute au e-learning généralisé.
_Bayrou l'opportuniste, ex ministre de l'EN,
qui n'a rien vu venir, propose lui aussi ses recettes: «Nous avons l’intention d’installer le verbe "instruire" au coeur de la campagne électorale comme nous avons installé le verbe "produire"»
Instruire pour mieux produire, pour être plus compétitif, veut-il dire?
Si l'école n'a
que cette visée pratique, alors on peut se poser des questions...Enseigner, est-ce seulement se préparer efficacement à un métier? L'école n'est pas une entrepris", contrairement à ce pense l'OCDE.
Déjà, la
culture générale s'efface des concours, à l'heure où on ne parle plus de culture mais de compétences, quand le plaisir d'enseigner ne semble plus guère au rendez-vous, quand les examens sont dévalorisés.
Nobles intentions que celles de nos candidats, à l'heure où l'institution scolaire sombre et semble s'orienter vers une forme non avouée de privatisation, en s'alignant sur le modèle anglo-saxon.
_Hollande entre aussi dans la bataille, de manière floue et équivoque, s'engageant sur le seul plan quantitatif.

_« Aujourd’hui, nous pouvons légitimement nous poser la question: l’Etat a-t-il toujours les mêmes ambitions en ce qui concerne l’instruction de ses citoyens et l’intérêt commun de la société portés par un service public d’éducation de qualité soutenu par une volonté politique forte? »
___ Le diagnostic est accablant. Il est temps de reconstruire l'édifice, de prendre à bras le corps l' échec scolaire sans céder sur l'essentiel, de redonner le goû et le plaisir de lire, fondement de tout vrai savoir, de retrouver un peu de bon sens, loin des pressions des marchés, de redonner en toute souveraineté la priorité à l'Education Nationale, préparant la recherche et les investissements de demain.
Quel candidat entamera la reconstruction de ce projet libérateur, inspiré des principes indépassables mais réactualisés de Condorcet, de Ferry et de Langevin-Wallon?
___
L'éducation coûte trop cher ? Essayez l'ignorance !... (Lincoln)
________________
-Capitalisme cognitif et culture individuelle
-Education et attention_(1)
-Repenser l'école
-La télé et l'école
-Lectures diverses

samedi 4 février 2012

Méli mélo

1_ Grèce: un laboratoire?
____Le remède qui tue. Un remake...
________Les Grecs paient de leur poche les médicaments (s'ils en trouvent)


2_L'assemblee nationale vote l'omerta sur les entreprises
____"Toute publication de documents internes à l’entreprise pourra à l’avenir être susceptible d’être poursuivie, si une telle loi voit le jour. Finies les enquêtes sur le Crédit lyonnais, Vivendi, Altran, France Télécom, le scandale Tapie, d’EADS ou des caisses d’épargne..."
_Pour que les journalistes soient « bons patriotes »

3_BOLIVIE: Le grand écart entre COCA ET COCAÏNE

4_La civilisation télévisuelle : le trait est fort, mais non sans pertinence

5_La Chine découvre la face sombre d'Apple dans ses usines

6_Pessimisme réfléchi ou optimisme béat?

7_Manne autoroutière
____Un scandale, cette braderie, ce racket des sociétés d'autoroutes. Renationalisons-les !

8_Quand on compte chaque pence

9_Biométrie contestée
___Vers une traçabilite totale?

10_Suspens insoutenable ou art de l'aveu?
_____« Je ne vous dirai rien [sur ma candidature] ! Je serai très secret, parce qu’il faut que je surprenne ».