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mercredi 26 août 2026

Un Israëlien parmi d'autres

 il s'appelle A.Burg

                     Il se veut un peu, parmi d'autres, la voix d'Israël. Sans prétention, mais avec détermination. Comme d'autres aujourd'hui. Alors que les colons sévissent de plus belle en Cisjordanie, que Bibi impose la force. Animé par des valeurs qui ont guidé son pays aux meilleurs moments. Ancien haut responsable d'Israël, dont il connaît les rouages et leurs limites. Athée el le revendiquant, laïque, comme plus d'un en Israël, donc loin des fous de Yahweh qui aujourd'hui mènent la danse et inspirent la droite israëlienne jusqu'au plus haut niveau du Likoud et leurs rêves expansionnistes et leur bellicisme, condamné depuis des années.   Il va plus loin que les opposants de la première heure et d'autres plus connus, comme Barnavi, ancien ambassadeur en France, etc...   Des intellectuels et hommes politiques israëliens s'interrogent aussi, comme David Grossman, Amos Oz. Les enfants de Gaza, eux, ne se posent pas de telles questions(*)... Certains vont plus loin dans l'interrogation: Omer Bartov met en garde (*). Elie Barnavi avait proposé très rapidement un premier diagnostic des événements. Certains Juifs sont cependant tiraillés. Le journaliste de Haaretz, Gideon levy n'y est pas allé par quatre chemins, très critique à l'égard de la politique de Netanyahou, que Didier Fassin ne ménage pas non plus. Comme Yaniv Icskovits                                                                            Un homme de paix, accroché à ses idéaux démocratiques, qui voit son pays partir à la dérive, déchiré comme jamais, ne présageant rien de bon pour l'avenir proche, tant que Israël sort des rails dessinés par les meilleurs fondateurs de son pays. Il ne mâche pas ses mots, face à la dérive des extrêmistes de Tel Aviv, présageant le pire encore... "...La révolution sioniste reposait sur deux piliers : la soif de justice et une équipe dirigeante soumise à la morale civique. L’une et l’autre ont disparu. La nation israélienne n’est plus aujourd’hui qu’un amas informe de corruption, d’oppression et d’injustice. La fin de l’aventure sioniste est déjà à notre porte. Oui, il est devenu probable que notre génération soit la dernière du sionisme. Après elle, il resterait ici un Etat juif méconnaissable et haïssable. Qui de nous voudra en être le patriote ?.." 


                   Une force digne de certains prophètes de l'Ancient Testament à l'égard des dérives de leur pays " ...
Alors qu'en Israël des personnalités de premier plan, civiles et militaires sont vent debout contre l'aveuglement meurtrier de Bibi, surtout depuis l'acharnement meurtrier des derniers mois.. Comme Burg, qui réfute les principes ségrégationnistes actuellement en cours dans son pays, allant juqu'à'  dire: "...« La révolution sioniste est morte », lâche-t-il en 2003 dans un article du quotidien Yediot Aharonot, avant d’affirmer qu’Israël, « ghetto sioniste », court à sa perte en se définissant comme État juif. Il y a quelques semaines, Avraham Burg, qui estime désormais que le sionisme aurait dû être aboli après la création d’Israël, a demandé au tribunal de district de Jérusalem d’effacer son inscription en tant que juif sur le registre de population du ministère de l’intérieur.   Dans le droit administratif israélien, la nationalité ne se confond pas avec la citoyenneté. À la rubrique « nationalité » du registre de la population comme de la carte d’identité figure un terme qui indique la nation du point de vue ethnique (juif, arabe, druze…) et non la citoyenneté de l’intéressé(e). En 2011, l’écrivain Yoram Kaniuk (1930-2013), qui jugeait le judaïsme en Israël synonyme de racisme, a demandé et obtenu du tribunal que, dans son cas, la mention « juif » soit remplacée, dans le registre de population, par « sans religion ».                                                              __Pourquoi avez-vous demandé de ne plus être inscrit comme juif sur le registre du ministère israélien de l’intérieur ? __   Avraham Burg : Parce que je ne me sens plus identifié à la nationalité juive, au collectif juif. Dans la Déclaration d’indépendance de 1948, qui n’est pas une constitution mais le document le plus proche d’une constitution dont nous disposions en Israël, il existe un équilibre très intéressant.  On y lit d’une part qu’Israël est un État juif, un État pour les juifs, mais aussi qu’Israël est résolument engagé à pratiquer la non-discrimination entre ses citoyens. Et qu’il assure à tous ses habitants une égalité des droits sociaux et politiques, sans distinction de sexe, de croyance, d’origine ethnique ou d’opinion politique.                                                                  C’est une prise de position très puissante. Si elle n’est pas parfaite, elle a le mérite d’être là depuis l’origine de l’État. Les gens comme moi qui n’aiment pas l’état actuel des choses peuvent toujours se dire : ce n’est pas l’idéal, mais nous avons un lieu pour vivre car les principes fondateurs de 1948 sont bons.    Mais depuis l’adoption, en juillet 2018, de la loi sur l’État-nation du peuple juif , tout est changé. Ce qui définit Israël, désormais, c’est le seul monopole juif. Sans l’équilibre constitutionnel des droits et libertés. En vertu de cette loi, un citoyen d’Israël qui n’est pas juif est assigné à un statut inférieur. Comparable à celui qui a été assigné aux juifs pendant des générations. Ce qui fut odieux pour nous, nous l’infligeons maintenant à nos citoyens non juifs.    Cette législation est en fait une nouvelle définition des relations entre majorité et minorité en Israël. Elle constitue aussi un changement dans ma définition existentielle. Dans mon identité. Dans ces conditions, ma conscience m’interdit désormais d’appartenir à la nationalité juive, d’être classé comme membre de cette nation, ce qui impliquerait pour moi d’appartenir au groupe des maîtres, statut que je refuse. Je ne veux pas appartenir à un collectif défini par les promoteurs de cette loi...."          ____________

samedi 8 août 2026

Figure israëlienne

 Il manque à son peuple... 

Un écrivain s'en est allé.
                                        Et non des moindres.
      Amos Oz, ecrivain, mais aussi un témoin des tragédies de son temps et une voix qui a compté  et qui résonnera encore longtemps, pas seulement dans son pays.
          Même s'il nul n'y est prophète...
   Comme celle de David Grossman, qui déplorait l'"impuissance" des gouvernements israëliens à faire la paix, après les vaines tentatives de Rabin, le conciliateur tardif, assassiné par l'extrémisme aveugle.
   Profondément engagé, il avait suivi un parcours sinueux et incertain, toujours prêt à se remettre en question, avant de devenir un militant de la paix, dont la voix s'exprimait souvent dans Haaretz, faisant prévaloir la voie d'une certaine sagesse dans une société épousant de plus en plus les extrêmes, surtout depuis Sharon et la politique d'annexion qui s'instaure progressivement, en dépit de toutes les conventions internationales. pour l'instauration du Grand Israël, souvent inspiré par un messianisme sans freins.
   Comme d'autres figures; entre autre, Théo Klein, D.Barenboïm, Charles Enderlin...et l'UJP, qui rappelle obstinément que:

« Le conflit entre Israéliens et Palestiniens ne peut être résolu qu'en mettant un terme à la domination d'un peuple par un autre, et en mettant en œuvre le droit à l'autodétermination pour le peuple palestinien, y compris le droit de créer son propre État indépendant. Le retrait d'Israël des territoires occupés depuis 1967 constitue une étape nécessaire à l'accomplissement de l'autodétermination palestinienne. Le droit à l'autodétermination est déjà, bien entendu, clairement établi pour le peuple israélien.      Toute forme étatique ultérieure que les peuples de la région pourront établir dépendra de l'évolution des relations entre ces peuples, notamment entre Palestiniens et Israéliens. Nous espérons qu'elles évolueront dans le sens de la paix, de la coopération mutuelle et de la justice sociale. Nous militerons pour encourager de tels développements. »
     La Paix Maintenant , aux ramifications internationales était devenu pour Amos son lieu d'expression et de militantisme, essayant difficilement de faire barrage aux dérives d'une extrême-droite décomplexée et d'un fondamentalisme sioniste s'exerçant de plus en plus au coeur même des institutions, la Knesset comme Tsahal. En route vers un apartheid renforcé....
         L' annexion est et deviendra de plus en plus un cauchemar pour Israël, rappelle une majorité d'anciens généraux de Tsahal (Commanders for Israel’s Security) 
      Le grignotage est sans fin dans le silence et parfois la réprobation purement verbale, comme avec Obama, avec la complicité affichée, comme avec Trump
         Le problème est qu'Israël est extrêmement et de plus en plus divisé, comme le souligne l'historien israëlien Marius Schattner.
 Celui-ci avait naguère analysé les clivages et les divisions qui affectent sourdement mais profondément l'Etat d'Israël.    Il soulignait "le potentiel dévastateur du mélange de nationalisme et de religion, quand brader la moindre parcelle d'Eretz Israël est considéré comme pire qu'une trahison: un sacrilège." (-Histoire de la droite israelienne)
    La crise est profonde. __L' évolution de la politique du  pays depuis Sharon et surtout depuis Netanyaou n'a fait que confirmer le durcissement et le glissement vers l'extrême droite d'une partie du monde politique et même de l'opinion... La  fuite en avant  vers la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est se poursuit à un rythme de plus en plus soutenu, malgré l'opposition palestinienne et des voix israëliennes. 

 . Le poète Natan Zach, l’une des figures du laïcisme israélien va jusqu'à déclarer au journal «Maariv»: «Je ne pense pas que ce pays tiendra longtemps. La société s’est fragmentée […]. Notre nation s’est désintégrée en factions partisanes imprégnées de haine et de fanatisme […]. Cela ne pourra pas durer.»
 ___De plus en plus, les orthodoxes ont le vent en poupe,. un monde à part dans le pays, qui pose des problèmes notamment aux femmes, religieuses ou non.
  Comme le reconnaît Mme Livni, de la droite israëlienne elle-même, tout marche à l'envers. La droite nationaliste, d'une aveugle stupidité, domine à la Knesset, qui considère les Palestiniens israëliens comme ennemis de l’intérieur. Israël contre Israël?
    Une politique suicidaire qui compromet l'avenir et sape la légitimité du pays.

      L'espoir de paix s'est progressivement évanoui, d'autant plus que les faucons, le lobby des colons ont de plus en plus d'influence. Ceux qui se risquent encore à parler de négociations sont marginalisés
Un Likoud qui se déchire comme jamais. Une société dans l'impasse, paralysée par la peur
Une peur entretenue et instrumentalisée. 
 ____Comme dit  ALEXANDRA SCHWARTZBROD «Tant que ce problème (palestinien) ne sera pas réglé, il n’y aura pas de paix ici»... «Effacer l’existence même des Palestiniens, c’est le processus en cours dans ce pays. Nous allons nous effondrer si nous continuons ainsi."
    Une terre qui dévore ses enfants?
      De sombres perspectives d'avenir, selon Gidéon Lévy, si rien ne change très vite.
          La paix maintenant?...ou trop tard? 
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- Le pouvoir « maléfique » des hommes en noir
- Les sombres prophéties d’Amos Oz
- "En Israël, il y a quelque chose d'une tragédie grecque"
- L'inquiétant M. Bennett
-Pas de solution militaire au conflit
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mercredi 27 août 2025

La famine n'est pas une opinion...

 Mais un fait maintenant bien établi. Une tragédie

              Contrairement à ce que l'on prétend dans certains cercles qui ont intérêt à minimiser ce qui continue de se dérouler à Gaza, la situation réelle des populations en souffrance. Que ce soit à Jerusalem ou à Paris. Contre toute évidence, certains, non dénués d'arrière pensées, crient au mensonge ou à la propagande, alors qu'il y a une quasi unanimité sur ce sujet de la part de journalistes de tous pays, du moins ceux qui ont survécu sur le terrain, pour reconnaître qu'une terrible famine s'y déroule.                                                                                                                                                 A Jérusalem, on nie, contre toute évidence. Depuis octobre 2024, combien de journalistes tuès? La famine est déniée par Netantahou, instillant le doute ou la dénégatiion.  La logique mortifère  qui continue à 'exercer ne peut plus être niée. Sauf dans la logique de Ben Gvir and Co.   Le gouvernement israélien accélère sa fuite en avant génocidaire et suicidaire , malgré son isolement, qui s'accentue . Et il y a la Cisjordanie...


Sur la colonisation de la zone E1, Smotrich déclare hier: "Nous sommes en train d'effacer l'État palestinien. Pas avec des slogans mais avec des actions. Les Européens hypocrites n'auront plus rien à reconnaitre en septembre". • Mobilisation de 130.000 réservistes israéliens pour l'opération "Chars de Gédéon 2" (à l'échelle de la population française cela correspondrait à 1,3 millions de mobilisés). À propos de cette offensive Smotrich déclare hier : "Nous allons conquérir, purifier, et rester. En chemin nous allons anéantir tout ce qui reste. Nous allons briser Gaza et la réduire à un tas de décombres. Une destruction totale, sans précédent dans l'histoire du monde". • 65% des Allemands approuvent l'embargo sur les armes décidé le 8 août par le chancelier, contre 19% qui désapprouvent. Du jamais vu en Allemagne. • 58% des Américains approuvent la reconnaissance de l'État palestinien, contre 33% qui désapprouvent. La bascule est là encore très nette, et très rapide, en particulier chez les moins de 40 ans. • Même les représentants de la communauté juive australienne accusent Netanyahu de "faire directement le jeu des opposants à Israël et des antisémites". • Hier Emmanuel Macron a dénoncé "l'analyse erronée et abjecte" de Netanyahu à propos de l'antisémitisme en France, et a annoncé que cela "ne restera pas sans réponse". Quelques jours plus tôt, le ministre des affaires étrangères israélien a menacé de fermer le Consulat général de France à Jérusalem (ouvert en 1843). > C'est l'heure de vérité. Pour stopper Netanyahu il faudra bien plus que des "condamnations" ou des promesses de reconnaissance. Seules des sanctions immédiates, concrètes et crédibles seront efficaces. Les opinions publiques l'ont compris, elles seront en soutien. Les dirigeants doivent agir maintenant, avant qu'il ne soit trop tard, car si l'avenir du monde se joue en ce moment en Ukraine, il se joue aussi à Gaza.


De plus en plus d'intellectuels israëliens n'hésitent plus à franchir le pas de la condamnation, devant l'horreur des faits constatés.. Comme Amos Oz, une voix israëlienne, pour la Paix maintenant Comme David Grossman, grande figure de la littérature:           • David Grossman, immense écrivain israélien, leader du camp de la paix dans les années 1990, qui a perdu son fils lors de la guerre de 2006 au Liban (Une femme fuyant l’annonce, Le Seuil 2008) tente de nommer l'innommable dans la Repubblica: "Je veux parler comme une personne qui a fait tout ce qu'elle pouvait pour ne pas qualifier Israël d'Etat génocidaire. Maintenant, avec une douleur immense et le coeur brisé, je dois constater que c'est ce qui se passe devant mes yeux. Un génocide. C'est un mot avalanche: une fois que tu l'as prononcé, il ne fait que grossir, comme une avalanche". • "La malédiction d’Israël trouve son origine dans l’occupation des territoires palestiniens en 1967. Nous sommes devenus très forts militairement et nous sommes tombés dans la tentation générée par notre pouvoir absolu et l’idée que nous pouvions tout faire. L’occupation nous a corrompus". • "Je reste désespérément fidèle à l'idée de deux États, la Palestine et Israël, parce que je ne vois pas d'alternative. L'initiative d'Emmanuel Macron est une bonne idée et je ne comprends pas l'hystérie avec laquelle elle a été accueillie en Israël" ________________________

vendredi 22 novembre 2024

Le piège

Diviser pour mieux régner [Notes de lectures]

            Jouer avec le feu. Calcul machiavélique et impasse tragique. (ici)

                         De la dénégation à la réalité. Prémonition? Naguère déjà Yossi Alpher, un ancien fonctionnaire appartenant au Mossad, le service de renseignements, et ex-conseiller sur les négociations de paix à l’époque où Ehud Barak était Premier ministre, estime que le blocus de la bande de Gaza était un stratégie vouée à l’échec et qui pourrait renforcer le Hamas. « Je ne pense pas que quiconque puisse produire des preuves évidentes montrant que le blocus ait été contre-productif, mais il n’a certainement pas été productif. Il est très possible qu’il ait été contre-productif. C’est une punition collective, une souffrance [au plan] humanitaire. Il n’a pas conduit les Palestiniens dans la bande de Gaza à se comporter de la façon dont nous le voulions. Alors pourquoi le faire ? » déclare-t-il. « Je pense que des gens ont vraiment cru que si on affamait les habitants de Gaza, ils contraindraient le Hamas à cesser les attaques. C’est la répétition d’une politique vouée à l’échec, déraisonnable ».

                             " Le 7 octobre dernier, Israël était frappé par l’attentat terroriste le plus important de son histoire. Derrière lui, le Hamas laissait des milliers de victimes civiles, directes et indirectes – morts et blessés, traumatisés et endeuillés. Une année durant, le gouvernement de Netanyahou devait méthodiquement pilonner et affamer la Bande de Gaza. Les forces armées israéliennes devaient se livrer à des tueries de civils à un rythme inédit pour le XXIè siècle, tandis que les dirigeants multipliaient les propos considérés comme génocidaires par la Cour internationale de justice (CIJ). À Israël comme à Gaza, le conflit renforçait les forces maximalistes. Tandis que le Hamas était concurrencé par des groupes armés plus radicaux – notamment le Jihad islamique -, Netanyahou se pliait à l’agenda d’une extrême droite suprémaciste. Ce renforcement mutuel n’est pas neuf. Il remonte en réalité à l’assassinat de Yitzhak Rabin. Les dirigeants israéliens, conscients que l’hégémonie du Hamas leur fournirait une justification pour refuser la création d’un État palestinien, ont contribué à le renforcer. Retour sur un sabotage méthodique des issues pacifiques.       la progression du Hamas donne du grain à moudre à la droite (dominée par le Likoud), prompte à qualifier de « terroriste » toute forme d’opposition à la colonisation. Déjà fragile, la confiance de la population à l’égard des processus de pacification s’érode davantage. Il faut dire que la stratégie israélienne n’était pas totalement étrangère à cette montée en puissance du Hamas. En 2006, le reporter Charles Enderlin en résumait la teneur dans Le Monde : « depuis trente ans, les dirigeants israéliens ont misé sur les islamistes pour détruire le Fatah » [NDLR : le principal mouvement de l’OLP]. Depuis les années 1970 en effet, les gouvernements successifs avaient fait le pari de soutenir les Frères musulmans palestiniens pour affaiblir l’OLP. Les premiers étaient tolérés, voire encouragés, tandis que la seconde était prohibée et réprimée. Dans un premier temps, ce choix pouvait s’expliquer par une mésestimation du danger représenté par la mouvance islamiste1. Mais cette orientation stratégique a perduré bien au-delà de la création du Hamas....     


                                                                                                                        
Yitzhak Rabin déclarait que le Likoud était « le meilleur collaborateur dont le Hamas puisse rêver ». Amos Oz ajoutait que le Hamas était « le meilleur instrument que les faucons extrémistes d’Israël avaient à disposition ».                                                  En 2007, alors qu’une guerre civile sanglante déchirait le Hamas et le Fatah à Gaza, le chef des services secrets israéliens Amos Yadlin se déclarait « heureux » de la perspective d’une « conquête par le Hamas de la Bande de Gaza », qui « [permettrait] de la traiter comme un État hostile », ainsi que le rapporte Wikileaks. Durant les mandatures de Benjamin Netanyahou (au pouvoir de 2009 à 2019 puis à partir de 2022), ce soutien tacite au Hamas a continué, soulevant l’indignation répétée de la gauche israélienne.            __
Le Premier ministre a notamment autorisé, sans aucun contrôle, des transferts de fonds qataris et iraniens vers Gaza – autrement soumise à un blocus – qui ont directement alimenté la branche militaire du Hamas. Benjamin Netanyahou a défendu cette politique lors d’une entrevue à la Knesset, en des termes rapportée par plusieurs médias israéliens, dont Haaretz et The Times of Israël : « Quiconque s’oppose à la création d’un État palestinien devrait soutenir l’afflux de fonds vers Gaza, car la séparation entre l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et le Hamas à Gaza empêchera l’établissement d’un État palestinien. »  Au-delà de ces manoeuvres, la politique menée par le premier ministre israélien a contribué à empêcher tout rapprochement entre le Hamas (hégémonique à Gaza) et le Fatah (au pouvoir en Cisjordanie). En 2006, ce dernier refusait de reconnaître la victoire de son concurrent aux élections législatives. De violents affrontements s’en sont suivis : le Fatah a été évincé de la Bande de Gaza, tandis qu’il est demeuré au pouvoir en Cisjordanie (sous l’appellation « d’Autorité palestinienne »).                                                                                  Le Hamas, maître à Gaza, est resté ouvert à une réunification des institutions palestiniennes, tant et si bien qu’en 2014 un pacte est entériné : l’Autorité palestinienne est rétablie dans ses fonctions sur la Bande, tandis qu’un gouvernement unitaire est instauré. Cet accord ne survit pas aux bombardements commandités par Netanyahou en juin, qui accuse le Hamas de la mort de trois adolescents israéliens enlevés dans la zone d’Hébron.                               Cette nouvelle période de tueries signe la fin du rapprochement intra-palestinien. Ainsi que l’écrit le chercheur Jean-Pierre Filiu : « En cet automne 2014, le Hamas peut être reconnaissant à Netanyahou de l’avoir sorti d’une impasse qui aurait pu lui coûter son pouvoir sans partage dans la bande de Gaza. Les pilonnages féroces de l’armée israélienne ont en effet rendu sa légitimité à la “résistance islamique”2. » Plus largement, ajoute-t-il, la cruauté du blocus imposé à Gaza accroît l’emprise de l’organisation sur la Bande : « le refus israélien de desserrer significativement l’étau du siège fait aussi le jeu du Hamas. Le contrôle sourcilleux des points de passage par Israël permet en effet au Hamas d’affecter prioritairement les secours ainsi chichement admis à sa propre clientèle de sympathisants3. » Le « cauchemar dans le cauchemar », ainsi que le qualifie un manifeste gazaoui en 2010, était amené à durer..."                                                                                                                       Comme le note Charles Enderlin « Benjamin Netanyahu a joué avec le feu. De retour au pouvoir en 2009, poursuivant la stratégie de ses prédécesseurs, il a favorisé le contrôle de Gaza par le Hamas. Cette politique destinée à empêcher la création d'un État palestinien, renforcée par son soutien au messianisme juif et au développement de la colonisation a, le 7 octobre 2023, conduit Israël à la plus grande défaite militaire et politique depuis sa création. À partir de sources souvent exclusives, il me fallait raconter et analyser les erreurs de calcul, l'incompréhension, la cécité des dirigeants israéliens et des responsables du renseignement face à l'islam radical. Un aveuglement qui a débuté dans les années soixante-dix lorsque les Israéliens croyaient que le cheikh Yassine, fondateur du Hamas en 1987, pouvait être "l'antidote à l'OLP", comme, à Washington, la CIA était persuadée qu'Oussama Ben Laden et les Talibans pouvaient servir de rempart au communisme.  Les deux fondamentalismes, juif et musulman, mènent aujourd'hui le Proche-Orient vers une guerre de religion. Il appartient à la communauté internationale d'arrêter cette marche insensée vers de nouvelles tragédies... » [Charles Enderlin]                                                              Et pendant que Gaza se meure...  __________________

lundi 7 octobre 2024

365 jours

Un an déjà

     Quel bilan?

           Après cet épouvantable carnage, ayant enclenché de si terribles dérives, toujours en cours. Des intellectuels et hommes politiques israëliens s'interrogent, comme David Grossman, Amos Oz. Les enfants de Gaza, eux, ne se posent pas de telles questions(*)... Certains vont plus loin dans l'interrogation: Omer Bartov met en garde (*). Elie Barnavi avait proposé très rapidement un premier diagnostic des événements. Certains Juifs sont cependant tiraillés. Le journaliste de Haaretz, Gideon levy n'y est pas allé par quatre chemins, très critique à l'égard de la politique de Netanyahou, que Didier Fassin ne ménage pas non plus. Comme Yaniv Icskovits. De simples voix ont su garder une distance critique en gardant le ton et la mesure qui s'imposaient.... difficilement. Peur er confusion.                                    


                      L'aveuglement ou la complicité (*) de nos sociétés n'ont rien arrangé. L'intoxication est à son comble. Les délires d'extrême-droite ont pignon sur rue. Le pays est fracturé pour longtemps. Les consciences sont à l'épreuve.    _______(*)" Comme le notait l’historien Vincent Lemire le 4 septembre au micro de France Inter, quelques jours avant l’offensive sur le Sud-Liban et Beyrouth : « On ne connaît pas les histoires et les visages des morts à Gaza. Au moins 40 000 morts, dont au moins 30 000 femmes et enfants à Gaza, innocents par définition… Ces chiffres ont pratiquement une capacité anesthésiante sur nous. Il y a quelques mois, on programmait des émissions parce qu’on parlait de 30 000 morts et non plus de 20 000. Mais aujourd’hui ces chiffres ne nous disent plus rien. On est obligé de les rapporter à une réalité française pour qu’ils continuent de nous frapper. »...." Un mois après les massacres du 7 octobre, nous écrivions que « rapportés à la population israélienne, il a été dit que les massacres du 7 octobre ayant fait plus de 1 300 victimes équivalaient, en France, à un Bataclan qui aurait coûté la vie à 9 500 personnes. Si l’on prolonge ces calculs sordides, et qu’on rapporte les 9 000 morts de Gaza à une population totale d’environ 2,3 millions d’habitant·es, c’est comme si, en quatre semaines, la France avait perdu 264 000 habitants, dont plus de 100 000 enfants ». 
      ___En société 
            ___ Elie Barnavi  : vers la crise?
                        ___  Un an après___ Gazacide________ 

vendredi 19 avril 2024

Cisjordanie, l'oubliée

Pendant que Gaza se meurt

         Gaza tient un triste et tragique record de l'attention de medias et des politiques, qui se focalisent avec raison là où le pire arrive, sans perspective d'issue envisageable pour l'instant. Mais ce n'est pas la première fois que des incursions y ont eu lieu, mais sans atteindre ce degré extrême de violence paroxystique. Mai il n'y a pas que Gaza. La Palestine ne se réduit pas à cette enclave, souvent cataloguée de prison à ciel ouvert, terreau favorable à tous les extrêmes.


        Il existe une autre guerre, plus ancienne, plus larvée, plus insidieuse, redoublant aujourd'hui, loin des médias, à la faveur de ce qui se passe à l'Ouest. Avec la bénédiction de l'extrême droite israëlienne et l'appui d'une armée aux ordres des éléments les plus radicaux du gouvernement de Netanyahou. On parle d'un chaudron qui menace d'exploser. Les exactions contre les populations locales, souvent sommées par la peur de quitter les liens, s'amplifient, l'impunité des colons les plus radicaux étant assurée. La colonisation, déjà entamée depuis Sharon et même à bas bruit bien avant, ne se cache plus, au nom d'une terre qui devrait rester éternellement juive, la conquête ancestrale de Josué contre les Philistins prenant un nouveau sens. Ce qui n'était que prétention dissimulée devient aujourd'hui but publiquement revendiqué: de la mer au Jourdain. L'apartheid de fait s'installe un peu plus. Le double langage n'est plus de mise, les objectifs sont clairement avoués, soutenus en haut lieu. Malgré les multiples résolution de l'ONU, dont Tel Aviv n'a que faire.                        ___L'opposition israëlienne, sommée de se taire, ose encore évoquer ce cancer qui ronge une communauté déjà divisée, comme le journal Haaretz ou d'autres, très minoritaires, à la suite d'auteurs comme Amos OZ, d'historiens comme Shlomo Sand ou de journalistes comme Charles Enderlin. Encouragé par l'extrêmiste Ben Gvir, qui a fait armer les colons, l'armée prête main forte, La brutalité ne se cache plus. Un front oublié, comme titre un quotidien. Un vieux projet ultra- sioniste à la Jabotinski est-il en voie de se constituer? Son admirateur Netanyahou ne le nie pas, renouant avec le mythe d'une terre sans homme de Ben Gourion et de Golda Meir. Le mythe du Grand Israël n'a pas fini de produire ses effets, hélas!sous les yeux d' une population tétanisée... 
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